Déboire d'été
Le soleil commençait enfin à plus cogner qu'à l'accoutumée. Bien que ce soit habituel, vu le climat de la Gréce c'était aussi enfin le dimanche, jour de repos béni. Et quoi de mieux pour bien se détendre que de passer la matinée à la plage ?
Le calme absolu, le sable blanc, l'eau turquoise, personne d'autre sur la plage. Une journée qui s'avérait parfaite pour les couples. Un programme déjà imaginé devant le café du matin : emmener un pique nique et profiter toute la matinée de la plage.
Ça, planifier des activités, c'était loin d'être le fort de Milo et Kanon. C'était emmerdant, rébarbatif à souhait, rendait la vie sans saveur. Depuis un an qu'ils étaient ensemble, ils avaient eu le temps de se mettre d'accord là dessus. Un point bien important dans la vie de couple, autant que les petites attentions.
C'est ainsi qu'il était juste dix heures moins le quart et qu'ils avaient étendu leurs serviettes sur la plage. Ce qu'ils n'avaient pas prévu c'est que le soleil avait décidé de taper plus fort que prévu et qu'il faisait déjà 29 degrés !
« Tu ferais mieux de te foutre de la crème solaire vite au lieu de cramer comme un toast sur ta serviette ! » Kanon brûlait d'envie d'avertir son cher et tendre, sauf que merde ! Ils avaient beau être ensemble, heureux, il avait pas à lui dire ce qu'il avait à faire. De plus, vu le coté râleur du scorpion, celui ci ne se priverait pas de lui dire qu'il était assez grand pour se démerder seul !
Mais bon, rien n'empêchait d'être prévoyant, surtout avant une bonne baignade.
- Tu trouves que c'est le moment de te tartiner ? Le petit dej est déjà passé et t'as le soleil qui est même pas au zénith !
- Peut être parce que je ne suis pas maso, moi, répliqua du tac au tac Kanon avant de prendre une bonne tranche de pastèque. Par cette chaleur, c'était un meilleur coupe soif que l'eau.
Rassure toi, je te ferai pas chier, tu fais comme tu l'entends.
Encore heureux. Pensa Milo qui observa des goélands sur la plage à la recherche de poissons, de reste de nourriture.
De toute façon 29 degrés c'était pas insoutenable, et avec la peau qu'il avait il y avait une chance sur mille de se choper un coup de soleil, inutile de se faire des films pour rien.
Il était à présent onze heures et demie, la température avait augmenté de 4 degrés, et il cognait un peu plus fort ce con. Même le sable devenait plus chaud.
Bon au moins après une petite discussion, ils avaient décidé de bouger les serviettes vers un pin qui donnait un peu d'ombre. S'éclater avec le ballon de volley, le frisbee leur avait donné faim.
Heureusement qu'ils avaient fait simple avec des sandwichs tomates olive sardines grillées et oignons rouge, de la pastèque en dessert.
C'était encore plus agréable de déjeuner ici que dans la cuisine.
- On reste encore deux heures avant de rentrer et aller faire la sieste ?
- Ouais, même si c'est pas une seconde de plus, répondit Kanon avant de dévorer des yeux le corps de son mec.
T'es vraiment sur de ton choix ?
- Oui ! Râla le concerné en prenant une grande gorgée de thé glacé. Non mais merde, c'est pas vrai, c'est ton frère qui déteint sur toi ma parole ou quoi ?
- Non, je m'inquiète pour toi, espèce de piaf ! Si tu persistes à rien entendre sur le sujet « crème solaire » tu vas t'en mordre les doigts. Et qui va devoir ramasser les pots cassés hein qui ? Essayant de réfréner son irritation, Kanon choisit de s'éloigner de quelques centimètres, levant les yeux au ciel. Décidément, ils étaient aussi têtus l'un que l'autre, et bien plus que les ânes du Cotentin ou les baudets du Poitou !
Seize heures, le moment de siroter sur la terrasse un café en profitant de la vue magnifique qu'offrait la huitième maison. C'était toujours aussi agréable de se reposer et de se réveiller avec un bon café noir, discuter, recevoir les amis…. Mais là Kanon s'étonna de ne pas voir son cher et tendre le retrouver. Où s'était il encore fourré ? A l'instant précis où il se posait la question, une plainte se fit entendre en provenance de la salle de bains.
- Bordel de merde, ça fait maal ! Mais ça fait mal !
La situation n'était en rien comique, cela dit c'était plus fort que lui. En voyant la peau aussi rouge qu'une cerise, Kanon n'y tînt plus et éclata de rire sans retenue.
- C'est tout ce que tu trouves à faire, te marrer comme un crétin ?! T'as aucune pitié ou quoi ? Pesta Milo.
- Ahahahahaha ! Désolé, mais en voyant ton dos et tes épaules, je peux pas...hahahaha m'empêcher de rire ! Tu ressemble presque à une entrecôte passée au gril, il manque juste les frites et la sauce béarnaise !
Il évita de justesse toujours secoué de rire le gant de toilette humide ponctué de « t'es trop con ! »
- Figure toi que ça me fait un mal de chien quand je m'assieds ou que je me couche, très mal. Et toi, tout ce que tu trouves à faire c'est te foutre de moi !
- Me fais pas chier avec ça, t'as des cellules grises et quand même un peu de logique. T'aurais pu l'éviter , mais non bien sur que non ! Tu te croyais meilleur que les autres ! Résultat tu peux plus rien supporter sur le dos et tu risques de rester en caleçon pour un bon moment.
Ce qui n'est pas pour me déplaire, note bien.
Milo sentit l'énervement le gagner plus vite que le lait quand on le faisait bouillir.
- Kanon… T'as vraiment l'intention de me casser les noix jusqu'à les réduire en poudre ou quoi ?
- Juste retour des choses, riposta l'ex dragon des mers. T'es pas loin non plus de la ceinture noire dans le domaine.
Il l'observa encore quelques minutes un sourire narquois aux lèvres, prenant un malin plaisir à le faire mariner. Et lâcha un gros soupir d'agacement.
- Bon. Va te mettre dans le salon je te rejoins.
- Pourquoi t'as une idée géniale ?
- Tu me sors encore une remarque comme celle là et tu pionces tout seul. Merde à la fin !
Peu attiré par cette perspective et transpercé par un regard aussi meurtrier que sa Scarlett Needle, Milo se décida à écouter la voix de la raison et à s'asseoir sur un des poufs.
Vite rejoint par Kanon qui tenait un tube blanc, qu'il déboucha. Le contact froid de la crème et des mains le fit sursauter, mais apaisa un peu la brûlure permanente sur son dos.
C'était agréable, reposant, très agréable même. Se laisser masser, chatouiller par des mains expertes, douces et fortes. De quoi donner envie de continuer ce petit plaisir sur le canapé ou au lit avec une tablette de chocolat, pour faire bon poids.
- La biafine devrait calmer le coup de soleil. Hors de question que tu foutes un pied dehors même avec un t shirt et un short. Sinon tu risques encore plus de chouiner.
- Hé ! S'indigna le concerné avant de se reprendre.
Je suis un vrai emmerdeur hein, soupira il avant d'embrasser SON mec juste à lui, pour la vie. Une façon de s'excuser pour le boxon occasionné. Et au vu de la longueur du baiser, des doigts qui lui chatouillaient le visage, elles étaient acceptées.
- C'est vrai, mais c'est comme ça que je t'aime Milo.
