Défaite


Cet OS a été écrit dans le cadre de l'Aspiversaire du serveur Potterfictions (rejoignez nous : /862aSNBDk6), un défi d'écriture créé pour fêter les deux ans du serveur.

Aucune contrainte pour ce texte, un simple prompt à interpréter :

C'est l'anniversaire de votre personnage et iel attendait celui-là avec impatience ! Cependant, le matin du jour J, iel se réveille et découvre qu'iel a été transporté dans le temps (à une distance de votre choix dans le passé ou dans le futur) la veille de son anniversaire. Tandis qu'iel navigue au cœur de cette situation étrange, iel doit découvrir les raisons de son voyage temporel et trouver un moyen de rentrer chez lui/elle. Aura-t-iel la possibilité de changer son passé/son futur ? Devra-t-iel, à l'inverse, s'assurer de ne rien changer ? Vous avez jusqu'à 10 000 mots pour nous raconter son histoire !

Les personnages sont libres, les époques sont libres, les UA sont autorisés.

Résumé: Victoire avait attendu son âme-sœur plus de la moitié de sa vie. Et elle s'en était fait la promesse, elle ne laisserait pas la dernière chance de le voir lui passer entre les doigts. C'était sans compter les caprices de l'Univers.

Raiting:M

Genre: F/M

Tags: Soulmates, Time-travel, Birthday day, Friendship, Werewolves, Veela Victoire Weasley, Next gen, Original Characters, Edward Ted (Teddy) Lupin

Nombre de mots: 10 000

Je dédie ce texte à ma petite soeur, alphareader prise en otage tout un diner. J'aimerais remercier Hydrusmaelstrom et Morgane pour la bêta de qualité !


Chapitre 1: Espoir

Il avait à peine réussi à trouver le sommeil. Il était à fleur de peau. Son ami bavait sur son épaule depuis le début de leur trajet. Noah pensait qu'il aurait été perturbé par les néons qui éclairaient leur wagon. Cela le soulageait que Paul s'habitue aussi vite au monde des moldus. Ce serait plus facile de naviguer au Royaume-Uni avec lui.

Il termina son croquis, les mains tachées de couleurs. Sur la feuille granuleuse était encrée une fille dont les ailes blanches étaient déployées au bord du vide. Elle fixait le ciel. Comme à chaque fois qu'il traçait sa silhouette, il était pris d'une mélancolie qui l'enlaçait tel un étau.

Victoire pouvait le ressentir elle aussi. Ce vide, cette solitude qui n'attendait qu'à être comblée par la présence de l'autre. Elle voyait Noah mais elle était incapable de l'atteindre. Depuis tant d'années, ce supplice la hantait sans discontinuité.

En rangeant ses dessins dans sa pochette, Noah fixa les deux places de concert soigneusement plastifiées. Il ne put réprimer le frisson d'envie et d'excitation qui le parcourut. Le né-moldu ne savait pas pourquoi mais il avait l'impression qu'à cet événement, il trouverait peut-être des réponses.


Le dernier tube du groupe AngelZ vrilla les tympans de Victoire. En ouvrant les yeux, la première chose qu'elle aperçut fut sa main tremblante, tendue vers le plafond. Toute sa chambre était beaucoup trop lumineuse. Elle pouvait sentir les énergies magiques de sa famille au rez-de-chaussée. Par ce simple constat, elle savait qu'elle s'était métamorphosée. Ses mèches blondes avaient poussé jusqu'à son armoire et son bureau. Ses ailes coincées dans les draps lui faisaient un mal de chien et elle dût s'asseoir pour les déployer. Des plumes échouèrent sur son matelas au passage.

Elle voulut soupirer mais ce fut un piaillement qui s'échappa de ses lèvres. Victoire sursauta d'horreur. Elle se jeta sur son miroir mais ses pupilles n'étaient pas noircies par la douleur et la faim. Seuls ses crocs de harpies étaient visibles. Une inspiration. Victoire se concentra pour effacer les traits monstrueux qui commençaient à envahir son visage. Une expiration pour rétracter ses ongles acérés. Une nouvelle inspiration pour diminuer la taille de sa chevelure et une autre pour que ses ailes de vélane disparaissent.

Victoire avait retrouvé son apparence de sorcière. En temps normal, elle se serait recroquevillée sur elle-même, aurait hésité entre griffonner dans son journal, danser comme une dératée ou pleurer pour évacuer toutes les émotions qui l'envahissaient à chaque fois qu'elle pouvait frôler l'esprit de Noah.

Mais tout ce supplice prendrait fin le lendemain. Victoire le sentait. C'étaient les dernières bribes du monde de son âme-sœur qu'elle visualiserait. Sa dernière chance de pouvoir le retrouver avant que ce lien s'étiole et les pousse à poursuivre leur vie l'un sans l'autre.

Cette idée aurait pu la déprimer si son plan n'avait pas été rodé. Le lendemain, ce serait son anniversaire. Et Noah ne serait plus un mirage dans sa vie.

Victoire avait préparé sa tenue depuis des lustres afin qu'elle soit pratique et assez belle pour la mettre en valeur. Elle portait une robe-short fleurie, une veste en cuir et les anciennes bottes de sa tante Gabrielle qui lui arrivaient jusqu'à mi-cuisses. Elle appliqua un rouge à lèvres mat et du mascara avant de descendre pour le petit-déjeuner.

Le fracas des vagues sur les rochers la suivait dans sa course. Dominique et Louis dormaient encore, fatigués par leur voyage. Il n'y avait que ses parents dans la salle à manger. La pièce sentait le café noir, le thé et les biscottes. C'était moins appétissant que lorsque les odeurs de croissants et de pains au chocolat embaumaient leur maison dans les Cévennes. La chaumière aux coquillages avait toujours été plus impersonnelle.

« Bien dormi ? demanda son père avec une voix enrouée.

— Oui… répondit Victoire en se servant une tasse de thé brûlante. On se rejoint à seize heures avec mes potes.

— Tu n'as pas oublié les clés de la maison de Tante Berthe ? s'assura-t-il sans pouvoir cacher le souci qu'il se faisait.

— Bien sûr que non ! J'ai tout planifié depuis plus d'un mois… Tout ira bien. Et je serais là pour la cérémonie de commémoration demain, le rassura-t-elle.

— Tu aurais pu fêter ton anniversaire le week-end comme chaque année, déclara sa mère d'une voix pincée.

— Fleur… souffla son père en caressant sa main.

— Tu sais bien que c'est ma seule chance de le rencontrer…» répondit Victoire.

L'adolescente n'avait aucune envie de massacrer son humeur avec une dispute semblable à celles qu'elles avaient déjà eues.

Victoire laissa sa mère faire sa tirade sur l'importance de passer la commémoration de la bataille de Poudlard en famille. Elle parlait comme si Victoire n'avait pas tout mis en œuvre pour être présente à temps pour la cérémonie et le repas au Terrier. Cette cérémonie où plusieurs membres étaient mis sous le feu des projecteurs plus ou moins contre leur gré, où l'on se rappelait de l'importance de cette bataille et de ne pas reproduire les erreurs du passé. Où ses proches pleuraient les spectres de personnes qu'elle n'avait jamais pu connaître. Les plus jeunes ne savaient jamais où se situer pendant cette période. Généralement, alors que les adultes aidaient Mamie Molly à préparer le repas au rez-de-chaussée en partageant silences et souvenirs de moments irrévocables, Victoire et ses cousins se terraient dans une chambre, pour discuter dans un brouhaha contenu pour ne pas briser la solennité de cette journée.

Il y avait meilleure ambiance pour des retrouvailles familiales.

Victoire aimait sa famille. Mais elle voulait que cette semaine de congé annuelle brille d'une autre lueur que cette mélancolie qui les poursuivait sans cesse. Victoire rencontrerait son âme-soeur et passerait le meilleur anniversaire de sa vie. Le plan était simple.

1)Teddy la récupérerait avec ses amis à seize heures à la gare perdue de Braemar en voiture. (Ce n'était pas pratique mais la mère de Samuel voulait qu'il prenne le passage sorcier le plus proche de chez eux pour aller dans le monde moldu).

2)Ils se rendraient tous à Edimbourg et visiterait la ville avant le concert des AngelZ.

3)Au Murrayfield Stadium, Victoire se débrouillerait pour trouver Noah dans la foule.

4) À la fin du concert, elle serait heureuse, au bras de son amour de toujours et ils partiraient tous souffler ses bougies dans la maison de campagne que Tante Berthe avait eu la gentillesse de lui prêter (Ils prendraient un bus retour car Teddy ne pouvait pas rester).

«Les vélanes ne sont pas des créatures qui ont besoin de leur âme-soeur pour vivre. Tu t'en remettras et passeras à autre chose », finit sa mère.

C'était facile à dire pour elle dont les instincts de vélane étaient peu développés. Facile à dire alors qu'elle ne s'était jamais transformée en harpie et que la faim ne l'avait jamais poussé à vouloir dévorer ses camarades les plus embêtants. Victoire était certaine que les expériences de son âme-soeur oubliée ne la pourchassait pas autant qu'elle. Sinon, sa mère n'aurait pas montré une telle indifférence.

Victoire se força à ne pas répondre pour ne pas envenimer la situation. La sonnerie de son téléphone portable la sauva.

« Qu'est-ce que j'avais dit par rapport au téléphone à table ? s'énerva sa mère.

— Allo Teddy ! Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Victoire en quittant la table sans se faire prier.

— Victoire… Je suis désolé de te prévenir que maintenant mais j'ai un problème de dernière minute… Je pourrai pas te déposer avec tes amis au concert.

— QUOI ? Tu peux pas me faire ça Teddy… S'il te plait, t'es la seule personne majeure que je connaisse qui sache conduire ! Tu peux pas me faire ça la veille de mon anniv' !

— …Il y a personne qui peut te faire transplaner avec tes amies jusqu'au stade ?

— Je ne veux pas mettre mes parents ou un de nos oncles dans cette histoire ! Tu peux vraiment pas ? C'est pas grave si t'es un peu en retard…

— Il y a un problème avec des goules que ma meute doit absolument régler et… Oui, Jane j'arrive ! Je suis vraiment désolé Vic ! Je sais que c'est important pour toi… »

Victoire coupa la communication, atterrée. Son plan était déjà mis à mal. L'univers avait décidé de jouer contre elle. Tant pis. Victoire avait plus d'un tour dans son sac.


La gare de Braemar était vide. Elle se limitait à des rails et un bâtiment crème aux portes bleues métalliques. C'était pittoresque, perdu dans une montagne de verdure et son groupe d'amis éclatant de jeunesse contrastait avec les petites mamies qui promenaient leurs chiots et les fixaient avec désapprobation ou méfiance. Samuel observait les lieux comme si le monde des moldus regorgeait de secrets palpitants. Mary ricanait à une blague de Priya sans pouvoir retenir le son puissant qui s'échappait de sa gorge. Le coup qu'elle asséna par mégarde à Mohammed le fit grimacer de douleur. Ayaba, encore au téléphone, fut la première à la remarquer et coupa sa conversation en yoruba.

« La reine de la journée est enfin là ! s'exclama sa meilleure amie avec un sourire. T'as pas honte de nous faire attendre alors que c'est toi qui nous oblige à venir dans ce trou paumé ? »

Samuel vint prendre sa défense en rattachant ses cheveux noirs et fins en un chignon bas.

« C'est pas vraiment sa faute si…

— T'inquiètes, coupa Mohammed. Si on meurt ici, on te poursuivra pas dans l'au-delà.

— On mourra pas avant d'avoir vu les AngelZ ! s'écria Priya en secouant les bracelets fluo au nom du groupe qui contrastaient avec sa peau brune.

— Il vient quand ton cousin ? demanda Mary.

— Il a eu un empêchement. Mais je nous ai pris des tickets de bus ! Il passe dans trente minutes. On n'aura sans doute pas le temps de visiter Edimbourg mais on pourra arriver à temps pour le concert ! »

Victoire s'attendait à une plus grande effusion de joie de la part de ses amis.

« Ça nous fait faire un plus grand détour qu'en voiture, pas vrai ? Je crois que ce sera pas possible pour moi. J'ai déjà galéré à convaincre mes parents et mon bracelet magique va sonner si je m'éloigne trop du trajet initial… avoua Samuel. Mais c'est pas grave, je peux te passer ton cadeau et rentrez chez moi, Vic ! »

Impossible. Tous ses amis étaient censés être présents pour souffler ses seize bougies.

Les parents de Samuel en faisaient toujours des caisses. Ils exagéraient. Victoire savait bien qu'être des diplomates sorciers vietnamiens faisaient qu'ils avaient des ennemis potentiels, mais leur fils n'allait pas se faire enlever au milieu de la campagne écossaise !

« Mais nan, Samuel ! On va pas te lâcher ! Au pire Victoire, t'appelles un de tes parents pour nous faire transplaner, non ? proposa Ayaba.

— J'aurais pas acheté les billets sinon…

— Dans ce cas, je peux aller avec Samuel direct chez ta tante ? proposa Mary. Le bus qui passe par là change pas beaucoup du trajet prévu à la base. Et comme ça on prépare tout avant votre arrivée pour fêter ton anniv' et ta rencontre avec ton prince charmant ! »

Mary était vraiment une crème. Victoire n'aurait pas trouvé un meilleur compromis. Ce n'était pas pour rien si la salle commune et les dortoirs des Poufsouffles étaient aussi chaleureux.

« C'est vrai ? Ça ne te dérangerait pas ?! Tu nous sauverais ! s'excita Victoire.

— T'es pas obligée Mary. Je peux y aller avec Samuel comme ça, ça vous fait une petite soirée entre filles, proposa Mohammed.

— Mais nan, ne t'inquiète pas ! T'avais dit à Aya que t'étais curieux de voir les AngelZ. Leurs chansons me font mal à la tête. En plus, je suis pas comme Sam ! J'ai déjà été plusieurs fois dans le monde moldu.

— Non mais c'est vraiment pas la peine… répondirent Ayaba et Mohammed en cœur.

— On se plaindra de nos parents ensemble, comme ça ! ironisa Mary.

— J'ai surtout envie de voir si tu t'es améliorée en déco depuis la dernière soirée ! » répliqua Samuel dans un éclat de rire.

Leur bus fut le premier à arriver. Victoire prit soin de confier la clé à Mary qui le rangea dans un sac aussi imposant que son corps de gardienne de lutte sorcière. Sa chevelure coupée court dépassait de la fenêtre arrière alors que le bus s'éloignait du groupe. Victoire trépignait sur place. Elle avait hâte d'arriver au stade et écoutait d'une oreille distraite la discussion de ses amis. Lorsque leur bus arriva enfin, elle eut l'impression qu'un poids incommensurable quittait ses épaules.


L'Univers n'était pas de son côté. Après une heure de trajet sans anicroche, le bus se figea à l'avant-dernier arrêt qui les séparait de la capitale écossaise.

« Le bus 1998 s'arrête provisoirement à cette station pour cause de carcasses sur les voies et d'animaux étranges aperçus sur les routes. Seules les voitures personnelles ont encore un droit de passage jusqu'à nouvel ordre. » annonça le chauffeur.

Victoire avait envie de hurler. Ils n'étaient qu'à une heure d'Edimbourg en transport. Trois heures à pieds. Le concert commençait dans une heure et demie. Alors qu'ils descendaient tous, Victoire se sentait partir. Qu'était-elle censée faire ? Après tous ses efforts, un problème de circulation stupide l'empêcherait de rencontrer Noah. C'était injuste.

Les larmes lui montaient aux yeux. La main ferme de Mohammed sur son épaule l'obligea à quitter le brouhaha et les cris qui englouttissaient son coeur et son esprit. Depuis qu'ils avaient partagé tous les deux les épreuves de la Coupe des sorciers, Victoire trouvait sa présence apaisante. Son calme et sa patience étaient communicatifs.

« Il faut que je trouve une solution…souffla-t-elle, tremblante.

— Priya et Ayaba sont en train de parler avec le chauffeur, lui expliqua-t-il en lui tendant le sac qu'elle avait oublié sur son siège. T'es toute pâle… Tu veux pas t'asseoir ? »

Victoire repoussa l'idée. Elle avait l'impression que ses nausées empireraient.

« Il y a une aire d'autoroute à trente minutes de marche. Les gens font souvent du covoiturage vers là-bas, les coupa Ayaba.

— C'est notre moyen d'assister au concert des AngelZ ! On y va ? Tout n'est pas perdu pour ton âme-soeur Vic ! » la rassura Priya avec un câlin.

Priya sentait toujours l'alma et la lavande. Elle embaumait leur dortoir avec ses huiles et ses parfums jusqu'à ce que Victoire finisse par assimiler cette senteur au réconfort d'une maison de substitution.

« Si vous décidez de faire de l'autostop, on pourra jamais tous monter dans une voiture, constata Mohammed. Vous pouvez continuer sans moi. La dernière gare est pas loin, je peux récuperer le bus pour rejoindre Samuel et Mary.

— T'es sérieux ? Ça peut être dangereux… déclara Ayaba, soucieuse.

— Je ferai attention. Il y a d'autres gens qui font le trajet dans ce sens en plus. Faites attention à vous surtout. Vous faites pas kidnapper. On se retrouve après le concert.

— C'est moi où il essaie juste de fuir ? s'étonna Priya alors qu'il partait.

— Je sais pas mais faut qu'on se dépêche ! » s'exclama Victoire revigorée.

Qu'est-ce qu'il lui avait pris de perdre espoir de la sorte ? Elle ne pouvait pas se décourager ! Tous ces obstacles rendraient leur rencontre d'autant plus belle et vivifiante.


Après plusieurs tentatives infructueuses, les trois sorcières finirent par trouver un chauffeur. Malheureusement, le monsieur n'avait que deux places. Les cages de ses poules occupaient une partie de la banquette arrière.

« Vous pouvez continuer sans moi, proposa Ayaba. C'est toi la plus fan du groupe Priya. Et toi, retrouve ton âme-soeur pour arrêter de nous casser les oreilles.

— Héééé ! s'offusqua Victoire.

— Fais attention à toi, Aya. Il commence à se faire tard », répondit Priya.

Leur conducteur leur parlait de son ambition d'ouvrir sa petite ferme en plein milieu de la ville. Victoire ne l'écoutait que d'une oreille et était soulagée que Priya entretienne ce flot de banalités. Comment Noah s'était-il habillé ? Après toutes ces années, elle ne savait toujours pas à quoi il ressemblait. Elle ne pourrait reconnaître que ses mains et son énergie magique. Etait-il aussi fébrile que dans ses songes ?

Enfin, elles arrivèrent devant le stade, quinze minutes avant la fermeture des portes. On ne refusa pas l'entrée aux deux sorcières. Pour être honnête, Victoire aurait été capable de les stupéfier et d'ignorer les conséquences de son geste s'il en avait été autrement. Elle n'avait plus de temps à perdre.

Victoire était focalisée sur son objectif. Avant même de pénétrer dans les gradins, elle le sentit. Noah n'était pas loin. Elle ignora l'appel de Priya et ne rejoignit pas sa place. Elle courut vers l'autre porte.

Dans l'obscurité des escaliers, Victoire sentit sa présence. Enivrée, Victoire toucha sa main. Son épiderme contre la sienne électrisa tout son corps et il lui fallut toute sa maîtrise pour ne pas flancher ou lui sauter dessus. Elle l'attira dans le hall avec elle.

Lorsqu'elle se retourna, elle tomba sur deux prunelles brunes qui la fixaient avec stupeur et une pointe d'admiration qui lui retourna le cerveau. Victoire était à bout de souffle alors qu'elle avait à peine couru. Noah était si beau. Sa peau mate faisait ressortir le doré de ses lunettes rondes et ses cheveux châtains éclaircis par le soleil. Il était plus malingre, plus grand que ce qu'elle avait imaginé, mais la callosité de ses doigts étaient comme dans ses rêves. Noah n'était plus un fantasme insaisissable. L'amour de sa vie se tenait face à elle. Ses sens chantaient, hurlaient de joie. Elle n'avait plus envie de dévorer personne d'autre que l'être devant elle. Elle voulait le chérir pour toujours. Vivre en dehors des peintures qu'il faisait d'elle. Elle se sentait complète. Elle renaissait à l'idée d'apprendre à le connaître, de grandir à ses côtés et d'aimer à en perdre la tête.

« Tu es mon ange gardien ? » demanda Noah, incrédule.

Victoire éclata de rire au moment où les feux d'artifice explosèrent pour marquer le début du concert.


Le chemin du retour était interminable. Il commençait à se faire tard et son angoisse augmentait à mesure qu'elle s'enfonçait dans les fougères. Elle aurait peut-être dû rester sur l'aire d'autostop jusqu'à l'arrivée d'un bus au lieu de tenter d'atteindre la gare. Mais le groupe de garçons du coin qui l'avaient fixée comme si elle était du bétail l'en avait dissuadé. La situation était préoccupante. Elle n'avait plus de réseau et elle avait à peine eu le temps d'appeler l'auberge de jeunesse près de la gare pour louer une chambre.

Pourquoi n'avait-elle pas dix-sept ans ? La situation était absurde. Tous leurs problèmes de la journée auraient été réglés avec un simple transplanage. Elle avançait au bord de la route en espérant ne pas tomber sur un animal sauvage ou pire, une personne malintentionnée.

La lune était presque pleine. Pourtant, sa magie grondait à l'intérieur d'elle. Cette énergie était plus vivace, plus brûlante qu'à l'accoutumée.

Ayaba avait l'impression que la lune l'appelait et la poussait à se perdre entre les pins.

Plus cet appel oppressait son esprit et sa poitrine, plus la peur s'emparait d'elle. Elle pressa le pas. Ayaba était en danger. Elle le sentait. Si elle ne se sauvait pas, elle mourrait.

Alors qu'elle s'apprêtait à courir comme une dératée, une masse informe barra sa route. La créature avait des bras difformes et d'horribles crépitements s'échappaient de sa gorge. Sous la clarté nocturne, elle croisa le regard vide d'une goule au teint blafard.

Ayaba retint un cri. Elle ne pouvait pas utiliser sa baguette mais rien ne lui disait que faire de la magie sans ce bout de bois la détecterait. Elle éleva un bouclier mais il était à peine assez puissant pour lui permettre de fuir. Son souffle était court alors qu'elle bandait ses muscles pour créer de la distance avec le monstre.

Elle dépassa une rangée d'arbres touffus. La goule sauta juste devant elle, la bouche grande ouverte. Alors qu'elle s'apprêtait à dégainer sa baguette, une bête se jeta sur le monstre. Les craquements des os sur le sol et les cris d'agonies envahirent la clairière alors que le loup déchiquetait le corps de son assaillant.

Ayaba était pétrifiée. Elle ne bougea pas lorsque du sang éclaboussa son visage. Les crocs souillés du loup brillèrent dans l'obscurité lorsqu'il se tourna vers elle.

À travers cet enfer, deux yeux d'or l'avaient retrouvée.


Victoire et Noah avaient discuté tout le concert. Ils n'étaient jamais retournés au niveau des gradins. Après tout, ils avaient tous les deux acheté leurs places dans l'espoir fou de se rencontrer. Même si Noah n'avait pas compris qu'il était lié à une créature, il avait ressenti en lui cet appel, cette impression que quelque chose ou quelqu'un l'attendait ce soir. C'était miraculeux. Qu'ils se rencontrent malgré les obstacles de l'existence et le fait qu'ils n'étudiaient pas dans les mêmes écoles.

Victoire parla de sa famille, de la cérémonie qui l'attendait demain, de ses amis qui l'avaient accompagnée, de la coupe des six sorciers qu'elle avait gagné avec Mohammed pour suivre les pas de sa mère qu'elle admirait et ne pouvait pas supporter en même temps.

Noah lui parla de sa passion pour l'art, de son anxiété, de l'Alzheimer de son grand-père, de la peur de perdre son lien avec le monde moldu à force de vivre comme un sorcier, de son groupe d'amis obsédé par les potions et les tableaux.

Cela pouvait paraitre niais et stupide mais jamais ils ne purent lâcher la main de l'autre. Victoire se sentait comblée de bonheur. Elle ne voyait que Noah qui riait, qui détournait le regard, timide. Qui parlait de ses futures œuvres.

Ils parlèrent des messages, des lettres qu'ils pourraient s'échanger entre Beauxbâtons et Poudlard. Les potentialités de leur relation naissaient sous ses yeux.

Lorsque le concert s'acheva enfin et que leurs amis respectifs les retrouvèrent dans la foule, Victoire ressentit pour la première fois un embarras heureux.

« Tu m'as lâché pour une meuf ?! se plaignit Paul, ébahi.

— Chance que t'as trouvé ton âme-soeur. Je t'aurais pas pardonné cet abandon sinon… s'amusa Priya.

— J'ai deux billets de bus pour vous deux, déclara Victoire. Au lieu d'aller directement à l'hôtel, ça vous dirait de fêter mon anniversaire ? La maison de ma tante est à une quarantaine de minutes.

— T'avais tout préparé ! s'exclama Noah, stupéfait. C'est dingue…

— C'est parce que je suis déjà folle de toi », répliqua Victoire avant de les entraîner vers la sortie.


On était le 2 mai 2016. Et Victoire s'apprêtait à souffler ses bougies avec son âme-soeur et ses amis. Lorsqu'ils pénétrèrent tous les quatre dans la maison de tante Berthe à deux heures du matin, Victoire fut surprise de voir que quelqu'un manquait à l'appel.

« Ayaba n'est pas rentrée ?

— Elle a eu quelques incidents de parcours. Elle a préféré se prendre une chambre dans une auberge de jeunesse. C'est rien de grave mais elle sera là demain matin. » expliqua Mary.

Samuel avait déjà préparé des places pour les nouveaux venus. Lorsque Mohammed arriva avec le gateau et que le chant criard de ses amis et de son amour résonnèrent dans la petite maison, Victoire se rendit compte qu'elle n'avait jamais vécu un anniversaire aussi joyeux.

Elle souffla ses bougies. Avant de rejoindre l'univers des songes, Noah lui offrit un timide baiser. Victoire était comblée. Allongée dans son sac de couchage, elle était impatiente de se réveiller dans quelques heures pour savourer sa nouvelle vie.