Chapitre 3: Chez les loups


Le dernier tube du groupe AngelZ vrilla les tympans de Victoire. En ouvrant les yeux, la première chose qu'elle aperçut fut sa main tremblante, tendue vers le plafond.

Elle avait échoué. Comment avait-elle pu échouer alors qu'elle avait fait amende honorable ?

Victoire ne fit même pas attention à son apparence. Elle avait besoin de réponse. N'importe quelle lumière pour échapper à cette boucle infernale. Si ce n'était pas son comportement qui était responsable d'un voyage dans le temps, c'était qu'une faille temporelle ou qu'un événement modifiait trop le cours du temps pour être accepté par l'Univers.

Qu'est-ce qui dans sa journée n'avait aucun sens et pouvait bouleverser le cours du temps ?

Après plusieurs minutes de vide intersidéral, la lumière se fit dans son esprit. C'était cette histoire de goules qui faisait cafouiller ses plans depuis le début !C'était le fait que la meute de Tedd se charge de ces créatures agaçantes qui retardaient ses projets.

C'était de cette menace dont Victoire devait se charger pour retrouver Noah ! Elle aiderait Teddy avant l'heure de leur rendez-vous et tout son futur serait rayonnant. Victoire n'avait pas le choix. C'était l'une des dernières pistes qu'elle avait pour se sortir de ce voyage incessant.

Déterminée, Victoire descendit dans le salon au pas de course. Son père qui venait de descendre pour préparer le petit-déjeuner l'intercepta :

« Qu'est-ce que tu fais déjà habillée?

— Il faut que je vois Teddy en avance. Tu peux me redonner les coordonnées de la cheminette de chez Tonton Harry ? »

Victoire asséna un bisou marqué sur la joue piquante de son père dès qu'il lui donna les chiffres. Elle n'avait pas le temps pour des explications. Elle se précipita à l'intérieur de l'antre poussiéreuse et jeta la poudre de cheminette.


Victoire ne s'était pas cassée la figure à son atterrissage. Elle dépoussiéra sa robe avant de se prendre les pieds dans un tapis à la sortie de la cheminée. Elle s'étala de tout son long par terre dans un vacarme embarassant. Dès qu'elle releva la tête, la demi-vélane tomba sur des pantoufles mandragores.

« Qu'est-ce que tu fais ici à cette heure, Vic ? demanda Albus, les mains chargées d'un chaudron à la mixture douteuse.

— Et toi, pourquoi tu prépares des potions à huit heures du mat' ?

— J'ai envie de faire pousser des fleurs de lune à paillettes. Scorp m'a parié que j'étais pas capable de le faire mais si tu rajoutes une dose suffisante de poudre d'acacia…

— Il est où Teddy ? »

Son cousin de onze ans était adorable mais elle n'avait pas le temps de s'occuper de ses manies et passions étranges.

« Ah oui ! C'est vrai que c'est ton anniversaire demain ! Tu le fêteras aussi à la fin de la semaine ?

— Non… Pas besoin de gêner Mamie Molly

— Mais elle serait pas dérangée. C'est pas juste… J'ai même pas le droit de participer à ton anniv en plus ce soir…

— T'es trop petit.

— C'est même pas vrai !

— Il est dans sa chambre ?

— Au salon côté moldu », bougonna Albus avant de sortir dans l'arrière-cour en traînant des pieds.

Victoire traversa le couloir qui menait au deuxième salon où passaient tous les moldus et loups-garous que la famille côtoyait. Victoire se trouvait toujours un peu gauche dans ces pièces lumineuses pleines de technologies et d'appareils électroménagers.


Lorsqu'elle arriva dans la pièce, la jeune sorcière fut surprise de trouver autant de monde. Une quinzaine de personnes étaient présentes. Des jeunes dans sa tranche d'âge étaient avachis sur le canapé, assis par terre ou en train de manger une cuisse de poulet dans un coin. Un loup transformé servait de repose-tête à un brun aux muscles saillants.

Teddy tendait un plateau de viandes rouges aux plus affamés, tandis qu'une brune détaillait les indications d'une carte gigantesque posée à même le sol.

Dès son arrivée, tous les regards se braquèrent sur elle. Le silence s'étira avant d'exploser sous une pluie d'exclamations:

« C'est qui cette fille ?

— Qu'est-ce qu'une vélane fout chez toi, Ted ? s'étonna le brun allongé sur le loup au pelage presque blanc.

— C'est une de tes amies du monde sorcier ?

— C'est à cause d'elle que Linda t'a quitté ?

— Quoi ?! Mais non ! Qu'est-ce que tu fais ici, Victoire ? » demanda l'intéressé, mortifié.

— J'ai entendu parler de cette histoire de goules. Je veux vous aider ! expliqua l'interpellée.

— Mais comment… ? Peu importe, tu ne fais pas partie de la meute. Cette histoire de goules te concerne pas, trancha son cousin sans une once de remords.

— Mais il faut que je vous aide sinon tu pourras jamais m'accompagner au stade !

— Victoire, tu peux trouver une autre solution pour aller à ton concert. Je sais que c'est important mais…

— Il n'y a pas d'autre solution ! J'ai l'impression que je vais mourir si je retrouve pas mon âme-soeur ! » s'écria-t-elle.

Victoire pouvait abandonner sa fierté au point où elle en était. Elle braverait même l'hostilité des compagnons de son cousin s'il le fallait. À sa grande surprise, la mention de Noah fit disparaître la tension dans l'air. Et une solidarité qu'elle ne s'attendait pas à retrouver chez des créatures si territoriales lui sauva la mise:

« Oh mais c'est adorable ! On peut pas la laisser dans cet état !

— C'est important si c'est une histoire d'âmes-soeurs !

— Mais Teddy, Henri et Jane n'ont encore jamais dirigé de grande chasse ! Il faut qu'ils prouvent leur valeur !

— Au pire je peux la déposer, moi ! se proposa une fille plus âgée.

— Si je peux me permettre, je pourrais vraiment vous aider à aller plus vite… Grâce à mon aura d'attraction, je pourrais attirer toutes les goules sur plusieurs kilomètres. » déclara Victoire.

À ses mots, la louve blanche se métamorphosa, et fit tomber son ami adossé à elle au passage. La petite blonde au corps sec et puissant la fixait avec des yeux bleus qui pétillaient de malice et d'excitation.

«Tu pourrais nous aider à ce point ? J'ai pas l'habitude de faire confiance aux sorciers, mais si tes pouvoirs de vélane peuvent nous être utiles, pourquoi pas !

— Mais Jane… l'interrompit Teddy.

— J'ai envie de rentrer tôt pour jouer avec Lily à la console ce soir.

— Tu le fais déjà une fois par semaine de toute façon ! Il est hors de question que j'implique ma cousine ! »

Le regard que lui lança Jane était si glacial que tout le monde détourna les yeux sans se faire prier.

« D'accord, Alpha, soupira Teddy. Mais je fais équipe avec elle.

— Ok. Ce serait cool que tu le briffes pour qu'il soit aussi motivé que toi pour trouver son âme-sœur, se moqua Jane.

— J'essaie depuis des années ! »

Agacé par leur soudaine complicité, Teddy attrapa Victoire pour l'asseoir sur l'un des sièges. Sa prise brutale sur son bras lui avait fait mal mais elle était si contente d'avoir atteint son premier obstacle qu'elle s'en moquait.


L'histoire était relativement simple. Des goules avaient infiltré la région et attaquaient les voyageurs sur les bords des routes et des élèves de leur lycée après les cours. Elles avaient brisé le pacte de discrétion auquel étaient soumises toutes les créatures vivant dans le monde moldu. Après un tirage au sort entre les loups-garous, les lutins, les esprits frappeurs et les vampires de la région, la meute de Teddy avait été choisie pour se débarrasser de cette nuisance. Pourquoi était-ce à des jeunes de s'en charger ? Pour passer un rite initiatique ou quelque chose du genre que Victoire n'avait pas bien compris. Mais ce n'était pas le plus important.

Elle se trouvait au milieu de la forêt, prête à utiliser son aura pour les aider. Si tout se passait comme prévu, Victoire pourrait retrouver Noah.

Teddy avait été silencieux tout le trajet. Et ce n'était pas le silence tranquille mais celui suffoquant et froid qu'il offrait lorsqu'il était agacé. Teddy ne cachait pas ses yeux de loup sous une paire de lunettes, sans doute parce qu'ils avaient peu de chances de croiser un moldu ici.

« Tu vas me faire la tête toute la journée ? demanda Victoire. Tu sais que j'aurais pas fait ça si j'étais pas désespérée.

— Je sais mais ça m'énerve, répondit-il. C'était déjà difficile de pas inquiéter Harry la veille de la Cérémonie et je suis certain que t'as pas prévenu tes parents de notre aventure.

— Désolé… Mais tu sais comme c'est difficile d'être loin de son âme-soeur.

— Non justement, je comprends pas.

— Pourtant, ton contrôle dépend de ton lien avec. Tu devrais me comprendre.

— J'ai toujours eu une relation compliquée avec mon loup. Une amourette n'y changera rien.

— Même… Tu ne rêves pas d'une belle histoire d'amour ?

— Toutes les histoires n'ont pas de jolies fins. Et puis je ne vois pas pourquoi je devrais mettre tout mon bonheur entre les mains d'une inconnue.

— Donc pourquoi tu m'aides si tu trouves l'idée ridicule ?

— Je ne suis pas un briseur de cœur. Assez parlé. Tu es prête ?

— Oui. Je peux pas utiliser ma baguette. Tu me protègeras, pas vrai ?

— En loup, je ne peux rien te promettre. Mais je ferai de mon mieux. »

Le sourire que Teddy lui adressa était d'une douceur protectrice qui lui réchauffa le cœur. Il lui rappelait celui qu'il lui avait offert toutes les fois où elle craignait de déployer ses ailes, plus petite. Dans une autre vie, elle aurait pu tomber amoureuse de lui. Rassérénée, Victoire déploya son aura.


Ils avaient réussi à tous les tuer. Victoire avait laissé les loups se charger des morts. Elle n'avait jamais tué personne et la désinvolture avec laquelle ils arrachaient les membres des goules avait un côté perturbant. Elle était restée cachée sur l'arbre le plus haut tout le long des affrontements. Teddy avait perdu le contrôle vers la fin mais un de ses amis l'avait mis à terre. Il s'appelait Henri. Ils firent le trajet ensemble alors qu'il portait Teddy sur son dos. Ils étaient à l'arrière du groupe lorsque son cousin reprit connaissance. Il jura, épuisé, sous le rire de son meilleur ami, avant de promettre à Victoire de l'accompagner à son foutu concert.


Tout se passait comme prévu. Il était seize heures dix. Ses amis étaient déjà installés dans le van et débattaient sur le membre le plus séduisant du groupe. Il ne manquait plus qu'Ayaba et ils pourraient partir. Victoire était si proche de son but que son cœur menaçait de s'échapper de sa cage thoracique.

Victoire reçut un appel de sa meilleure amie et répondit avec hâte. Ayaba ne devait pas avoir d'empêchement:

« Vous êtes dans le grand van ?

— Oui ! T'es déjà là ?!

— À deux pas. Je pensais pas que ton cousin avait une voiture aussi cool.

— C'est celle de mon oncle Harry. T'as beaucoup de bagages ?

— Que mon sac.

— Je lui ouvre la porte », déclara Teddy en s'échappant de l'habitacle sur les nerfs.

Elle avait gagné. Plus que quelques heures et Victoire retrouverait la chaleur de Noah et de son amour ardent.