Moi : Salut tout le monde ! Ça fait tellement de bien de vous retrouver, si vous saviez ! TTwTT

Kyoya : J'ai cru que t'avais arrêté d'écrire, j'étais tellement heureux...

Moi : Je vais te violenter.

Chris : T'étais passée où ? Et pourquoi aujourd'hui c'est un OS ?

Ryuga : Putain de long cet OS.

Moi : Bon hé, une chose à la fois ! Je suis désolée de ma longue disparition de deux mois, je voulais pas vous laisser croyez-moi mais il s'est passé plein de choses... Déjà mon stage m'a monopolisée, je me suis retrouvée avec beaucoup plus de boulot que prévu ! Je faisais tellement bien mon taff que ma prof a pas arrêté de me rajouter des nouveaux trucs, héhé... Une fois le stage fini, bah directement après je suis partie en vacances avec mes amies de la Fac en Normandie ! C'était très cool, c'était mes premières vacances sans ma famille ! Et puis après, bah je me suis pris un vilain contrecoup de fatigue ! Me voilà donc en ce 1er juillet, et je suis fière de vous annoncer que j'ai eu mon année et que j'ai donc validé ma licence ! \^o^/

Chris : Ah bah on comprend mieux du coup !

Ryuga : Et l'OS du coup ?

Kyoya : PUTAIN MAIS C'EST UN OMÉGAVERSE J'AVAIS PAS VU ! POURQUOI ?!

Moi : Tu m'avais pas manqué Kyo, mes oreilles prennent cher...

Kyoya : ...

Chris : *ricane* Allez bim !

Moi : Bon, l'OS donc ! Rassurez-vous j'ai pas abandonné Le lion obscur, j'ai juste eu l'idée de cet OS et je me suis dit que ce serait sympa de revenir avec ! Cet OS est donc une suite de six petites histoires sur le thème vous l'aurez compris de l'annonce d'une grossesse ! Je ne dis pas qui vous allez retrouver dedans, à vous de le découvrir, hihi ^^

Kyoya : I hate you...

Moi : Comme c'est "juste" un OS, vous allez constater que j'ai assoupli les règles de l'omégaverse ! X)

Chris : Et c'est quoi l'ambiance de l'OS du coup ?

Moi : Bonne question ! Disons qu'on oscille entre humour et un peu plus de sérieux. Les trois premières histoires sont surtout légères, la quatrième un peu plus sérieuse mais quand même légère et les deux dernières sont même plus longues car plus sérieuses ! Je voulais essayer d'aborder plusieurs réactions possibles face à l'annonce d'une grossesse, désirée ou non. On reste tout de même assez "superficiel" parce que ça reste un OS !

Ryuga : Et c'est quoi cette image de couverture au juste ?

Moi : Ah oui ça... Vous aurez reconnu le meme qui consiste à mettre un test de grossesse sur l'image d'un personnage souvent paniqué, ce meme me fait énormément rire héhé ! Les gens qui font ces memes, je vous en supplie continuez ! Et pardon Julian, mais c'est trop drôle XD

Kyoya : Pas que j'en ai envie, mais on pourrait peut-être commencer non ? C'est long là...

Moi : Certes ! Disclaimer donc ? ^^

Ryuga : Wonderinn ne possède pas MFB.

Moi : Merci Ryu ! Bonne lecture tout le monde, j'espère que l'OS vous plaira et que vous êtes de me revoir ! n_n


Gingka passait une journée comme tant d'autres, une journée parfaitement tranquille au B-Pit. On était en plein après-midi au milieu d'une semaine de période scolaire, la boutique était donc quasiment vide, laissant le blader aux cheveux flamboyants libre de se perdre sur les réseaux sociaux au lieu de s'occuper du magasin comme il le devrait. Il n'aimait pas faire ça de toute façon, c'était même pas son boulot ! Il ne faisait ça que pour rendre service à la juste propriétaire des lieux, sa femme, quand elle devait exceptionnellement s'absenter en pleine journée. Elle abusait un peu trop de ça d'ailleurs ces derniers temps, et le rouquin ne comprenait même pas pourquoi…

Où était-elle en ce moment ? Le blader de Pégasus n'en savait absolument rien, elle était partie comme une voleuse juste après le déjeuner sans lui dire où elle allait. Elle avait l'air heureuse cependant, excitée même, Gingka ne s'était donc pas posé plus de questions que ça et avait supposé qu'elle allait peut-être retrouver Hikaru pour boire un verre et débriefer du dernier épisode de Game of Beys, ou quelque chose comme ça. Enfin bon, ça ne changeait rien au fait que Gingka commençait à se sentir seul et à s'ennuyer au B-Pit. C'était vraiment pas son truc de rester assis derrière un comptoir sans rien faire, à attendre des clients qui ne venaient pas parce qu'ils étaient à l'école à cette heure-ci. Comment elle faisait Madoka sérieusement ? Elle avait un superpouvoir que lui n'avait pas, c'était sûr.

Soudain, le bruit de coulissement de la porte d'entrée résonna dans le magasin. Gingka releva la tête pour voir qui venait d'entrer et un immense sourire se dessina sur son visage. Non, ce n'était pas Madoka qui venait de rentrer dans le B-Pit, c'était Zyro, le petit protégé de Gingka. L'adolescent de quinze ans parut surpris de trouver son mentor seul dans la boutique.

-Bah, elle est pas là Madoka ? S'étonna le blader d'Iffrit sans même penser à dire bonjour à Gingka.

-Non, elle est partie après le déjeuner… soupira son mentor. Si tu demandes ça c'est que tu devais avoir rendez-vous pour Iffrit, pas vrai ?

-Bah ouais… C'est bizarre qu'elle soit sortie du coup, ça lui ressemble pas d'oublier des rendez-vous… fit remarquer Zyro en se grattant la nuque.

-Ça ne lui ressemble vraiment pas non, confirma Gingka avant de soupirer une nouvelle fois avec un air légèrement déprimé. Je t'avoue que je la reconnais plus trop ces derniers temps, ça fait genre deux semaines qu'elle se comporte bizarrement… Je comprends même pas pourquoi ! Je lui ai demandé si quelque chose n'allait pas, mais elle m'a répondu que tout allait bien et que je me faisais des idées… Je commence à croire qu'elle me cache un truc, mais comme elle est tout le temps heureuse et souriante, bah je m'inquiète pas plus que ça…

-Elle te prépare peut-être une surprise ? C'est ton anniversaire bientôt ?

-J'y avais pas pensé… Mais c'est dans deux mois mon anniversaire, c'est un peu tôt pour me préparer une surprise non ?

-Peut-être un peu trop oui…

Le jeune homme et l'adolescent restèrent plantés là à se regarder avec une incompréhension mutuelle. Décidément, l'un comme l'autre avaient la sensation de ne rien comprendre à la gente féminine et ses nombreux mystères !

Zyro resta au B-Pit pendant une bonne heure, voulant à la fois tenir compagnie à son mentor mais aussi attendre Madoka parce que quand même il avait rendez-vous avec elle pour sa toupie. Seulement voilà, la jeune femme ne semblait pas décidée à revenir et l'adolescent à la mèche rousse avait d'autres choses à faire. Il finît donc par repartir, un peu peiné de laisser son idole seul dans le magasin alors que ce dernier avait l'air si heureux d'avoir un peu de compagnie. Pauvre Gingka, il avait l'expression faciale d'un chien qui regarde son maître partir au travail le matin. La solitude allait avoir raison de lui avant la fin de la journée si ça continuait…

Ce fut seulement une heure plus tard, alors que le soleil se couchait doucement sur la ville portuaire, que Madoka revint enfin au B-Pit. Quand son mari la vit et l'entendit passer la porte il fut très heureux qu'elle rentre enfin après avoir disparu quasiment toute l'après-midi, mais aussi très surpris car elle revenait chargée. Sérieusement, elle avait disparu pendant des heures et avait carrément oublié un rendez-vous pro pour faire du shopping ? Ça ne lui ressemblait vraiment pas, c'était tellement irrespectueux de sa part quoi… Le pire ? Elle semblait ne même pas en avoir conscience, elle était toute heureuse et sautilla vers lui, portant ses sacs à bout de bras avec un immense sourire.

-Oh chéri, je suis tellement contente de te voir ! S'exclama la jeune femme en posant ses sacs sur le comptoir devant Gingka, le faisant quasiment disparaître derrière.

-Euh, moi aussi ma puce, mais tu m'as vraiment planté au magasin tout l'aprem pour faire du shopping ? Demanda le rouquin avec un air sidéré et plein d'incompréhension. C'est pas pro chérie, t'as carrément zappé Zyro… Il avait rendez-vous pour Iffrit…

-Oh mince, Zyro ! Se rappela-t-elle, ramenant sa main sur sa bouche avec l'expression de quelqu'un qui avait effectivement totalement oublié qu'elle avait un rendez-vous dans la journée.

-Bah oui, Zyro… Il était perdu le pauvre, surtout que ça te ressemble pas et que moi j'étais même pas capable de lui expliquer pourquoi t'étais pas là et où t'étais passée, continua Gingka d'un ton légèrement bougon. Maintenant qu'il pensait avoir compris pour quoi sa compagne l'avait abandonné tout l'après-midi, il se sentait vexé.

-Bon, c'est pas grave, je le rappellerai demain et il pourra passer dans la journée pour que je fasse la révision d'Iffrit ! Décida la mécanicienne, retrouvant son immense sourire enthousiaste. Y a plus important !

-Plus important… ? Répéta le blader de Pégasus qui ne comprenait décidément rien au comportement de sa femme aujourd'hui.

-Oui ! Je dois te dire quelque chose ! Quelque chose de très très important !

L'espace d'un instant, Gingka eut une micro crise cardiaque. « Je dois te dire quelque chose », et toutes ses variantes du style « Il faut qu'on parle », c'était le genre de phrases qu'on ne voulait pas entendre dans un couple parce que ça annonçait généralement une discussion compliquée, une dispute musclée ou une rupture. Mais bon, elle lui avait dit ça avec un grand sourire et elle avait rajouté que c'était quelque chose de très très important, donc il pouvait respirer, elle n'allait pas lui annoncer une soudaine envie de divorcer.

-C'est quoi ce truc très important du coup ? Demanda le jeune homme aux cheveux flamboyants puisque sa compagne ne développait pas.

-Eh bien, je… ! Et puis non, tu sais quoi ? Je ne vais pas te le dire, je vais te le montrer ! Déclara Madoka avec beaucoup trop d'enthousiasme en poussant l'un de ses sacs vers son mari. Regarde ce qu'il y a dedans.

Le blader de Pégasus commençait sérieusement à s'inquiéter pour celle qu'il aimait de tout son cœur et avec qui il partageait sa vie depuis près de sept ans. Elle était vraiment bizarre, on aurait dit qu'elle avait bu beaucoup trop de café, et puis ça ne lui ressemblait pas d'être aussi évasive… Elle était plutôt du genre à aller droit au but, alors pourquoi faisait-elle des mystères comme ça ? Et qu'est-ce qu'il y avait dans ce sac ? Gingka ne reconnaissait ni le logo ni le nom de la boutique. La jeune femme aux cheveux auburn le regardait avec l'expression d'une enfant le matin de Noël qui attend d'ouvrir son cadeau, excepté que là ce n'était pas elle qui ouvrait le cadeau. La curiosité de la légende vivante du BeyBlade commençait à se réveiller.

Il défit le ruban qui maintenait le sac fermé et jeta un œil dedans. Il manqua de s'étouffer, ou de tomber dans les pommes, il ne savait plus trop. Il y avait des affaires de puériculture dans le sac ! Deux biberons avec des capuchons bleus, deux tétines bleues, un pyjama bleu et un doudou cheval…blanc. Gingka releva des yeux incrédules vers Madoka, qui de son côté jubilait et sautillait pratiquement sur place.

-T-T-T'es… T'es en-enceinte ?! Bafouilla le roux, les mains tremblotantes alors qu'il tenait toujours le sac avec les affaires de bébé. La réponse pouvait vous paraître évidente à vous, mais le pauvre était complètement sous le choc et avait l'impression que son cerveau était en train de faire des loopings dans sa boîte crânienne.

-Ouiiiiiiii ! Oui oui oui ! Répondit Madoka en tapant dans ses mains, ayant bien du mal à contenir son euphorie.

Gingka resta bouche bée l'espace de quelques secondes, et puis quand il sortit de sa torpeur il se leva tellement précipitamment qu'il en fit tomber sa chaise. Il fit le tour du comptoir pour prendre sa femme dans ses bras et la fit tournoyer dans ses bras, ivre d'un soudain bonheur. Avec Madoka ils avaient déjà parlé du fait de vouloir un enfant, mais ils n'essayaient pas pour autant d'en avoir un activement. Ils savaient juste que tous les deux ils voulaient devenir parents et que si ça leur tombait dessus ils seraient les plus heureux du monde, et justement voilà que ça leur tombait dessus et ils étaient complètement euphoriques maintenant. Ils allaient devenir parents !

-Oh mon Dieu, on va avoir un bébé… souffla le rouquin une fois qu'il eut reposé Madoka. Mais ça fait combien de temps que t'es… ?

-D'après ma prise de sang, ça fait tout juste un mois ! J'ai eu les résultats en début d'après-midi, et j'étais tellement heureuse que j'ai pas pu m'empêcher d'aller faire un peu de shopping, même si j'ai essayé de me contenir quand même… avoua la mécanicienne avec un petit rire gêné.

-Alors c'est pour ça que tu étais si pressée de partir de la boutique après le déjeuner… comprit Gingka. Et c'est aussi pour ça que tu étais bizarre depuis plusieurs jours ?

-Oui, je suis désolée pour ça chéri… s'excusa sa compagne en rougissant. J'ai commencé à me sentir bizarre la semaine dernière… Je me suis doutée assez rapidement de ce que j'avais alors j'ai fait un test de grossesse, et puis deux autres parce que je voulais être sûre, mais je voulais attendre d'avoir fait ma prise de sang et d'avoir les résultats pour te l'annoncer. C'était dur de te cacher ça…

-T'inquiète pas, je comprends. Tu voulais être vraiment sûre d'être bien enceinte avant de me le dire, c'est tout. Ça me rassure de savoir que c'était juste ça, je m'inquiétais un peu tu sais, mais comme tu avais l'air heureuse je me disais que c'était pas grave que tu sois bizarre…

-Oh, je suis vraiment désolée mon cœur… Je ne voulais pas que tu t'inquiètes…

-C'est pas grave j'te dis ! Chérie enfin, on s'en fiche de tout ça ! On va avoir un bébé, c'est merveilleux ! On le voulait trop !

-Oui, c'est génial ! Enfin, j'aimerais bien qu'on attende au moins le troisième mois de ma grossesse pour le dire à nos amis, nos familles… C'est plus sûr comme ça.

-Bien sûr Madoka, on fera tout comme tu le sens ! C'est toi qui es enceinte après tout, c'est pas moi, haha !

-Ça va passer vite de toute façon tu sais, on aura à peine le temps de cligner des yeux que j'aurai déjà un ventre tout rond ! Enfin, d'abord va falloir que j'aille faire une échographie de contrôle, et puis il y en aura une à chaque fin de trimestre… Tu voudras m'accompagner ?

-Bien sûr que je vais venir ! Je ne raterais ça pour rien au monde ! J'te préviens, si c'est un garçon on l'appellera Gingka Junior !

-Je t'aime de tout mon cœur chéri, mais là je vais utiliser mon droit de veto et dire non à cette idée.

-T'es pas drôle…

Gingka semblait réellement dépité que sa femme n'apprécie pas son idée, quant à sa femme justement elle secoua la tête avec un soupir à moitié exaspéré et à moitié amusé. Le pire c'était qu'il était totalement sérieux avec son idée celui-là, pauvre d'elle… On aurait dit Marin au début de Némo qui voulait appeler tous ses enfants poisson-clown Marin Junior ! Bon, ceci dit, Marin était certes nul en noms mais il était l'un des meilleurs pères qu'on puisse imaginer, et Madoka ne doutait pas des capacités de son mari à être un aussi bon père.

Gingka pouvait paraître immature de l'extérieur, encore trop gamin pour avoir lui-même un enfant, mais Madoka connaissait le vrai Gingka elle. Bien sûr que le blader de Pégasus était un grand enfant, elle n'allait pas le nier, mais il était aussi un homme protecteur, prêt à tout pour les gens qu'ils aimaient, altruiste, profondément calme et doux. « Calme », ce n'était certainement pas le premier mot qui vous venait à l'esprit quand on vous parlait de la légende vivante du BeyBlade, mais pourtant il l'était ! Quand il ne faisait pas de duel BeyBlade quoi. Enfin, tout ça pour dire que Madoka avait pleinement confiance en son mari, elle savait qu'il allait être un très bon père pour leur enfant et un grand soutien pendant sa grossesse. Il lui tardait de vivre cette nouvelle aventure avec Gingka, ils l'avaient tant voulu après tout !


Chris était exténué d'avance. Encore une longue nuit de travail au bar qui l'attendait ! Il aimait beaucoup son job, et les horaires de nuit ça payait bien, mais Dieu qu'il était fatigué… Il n'avait pas encore bien pris le pli, après tout ça ne faisait que deux mois qu'il travaillait de nuit. Avant il travaillait de jour dans le même bar, mais avec Dynamis ils avaient encore une partie du crédit de la maison à rembourser et Chris voulait accélérer les choses. Son mari aurait l'esprit plus léger une fois qu'ils auraient réglé ça, et c'était tout ce qu'il voulait.

Justement, ce fut à ce moment-là qu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer au rez-de-chaussée. Dynamis venait de rentrer. Comme d'habitude, il arrivait pile au moment où lui devait partir travailler. Ça devait être ce qui le frustrait le plus depuis qu'il avait commencé les horaires de nuit, il avait l'impression que son mari et lui ne faisaient plus que se croiser, à peine quelques heures dans la journée. Pour eux qui étaient si fusionnels, c'était assez difficile à vivre, mais étrangement Dynamis semblait mieux le prendre que lui.

-Mon amour ? L'appela le mauve depuis l'entrée de leur maison. Tu es en haut ?

-Oui, je descends mon cœur ! Lui répondit l'ancien mercenaire en attrapant son sac.

Chris vérifia l'heure sur son portable et pesta. Merde, il n'était pas en avance… Il n'allait vraiment pas pouvoir rester pour discuter un peu avec sa moitié, et ça l'emmerdait sincèrement. Il avait senti dans le ton de la voix de Dynamis qu'il voulait parler, qu'il avait quelque chose à lui raconter. Ça allait malheureusement devoir attendre un autre moment, probablement le lendemain. Soupirant, le blond mit son sac sur son épaule, sortit de leur chambre et descendit les escaliers.

Son compagnon l'attendait dans l'entrée, tout sourire, son tablier plein de pollen encore sur lui. Encore une fois il avait été si pressé de rentrer qu'il n'avait même pas pris la peine de se changer en quittant la boutique. Ce constat fit de la peine à Chris. Le jeune homme qui autrefois était devin à la Montagne de Brume et qui maintenant vivait avec lui aux États-Unis, dont il était follement amoureux depuis sept ans et avec qui il était marié depuis trois, celui qui n'avait pas hésité à tout plaquer du jour au lendemain pour lui, cet ange sous forme humaine faisait tous les efforts du monde pour qu'ils puissent passer le plus de temps ensemble malgré leurs emplois du temps peu concordants, et lui allait devoir lui dire « Désolé chéri, je suis en retard je dois y aller ! On se voit demain au réveil ! ». Il se sentait comme un monstre de devoir faire ça…

-Chris, je dois te dire quelque chose ! Lui annonça joyeusement Dynamis quand il arriva en bas des escaliers tout en venant se coller à lui, un immense sourire sur son visage si doux. Ça n'allait pas l'aider à se sentir moins coupable ça.

-Oh, mon cœur… Je suis désolé, je peux vraiment pas rester pour qu'on parle, si je pars pas maintenant je vais arriver en retard au taff… s'excusa le blond en soupirant, peiné de devoir mettre un stop à l'enthousiasme de son compagnon.

-Oh… Je comprends chéri, fonce alors, lui répondit le mauve avec un air compréhensif, même si un peu déçu. Ce que je voulais te dire, ça peut bien attendre demain.

Chris sourît, mais il ne put s'empêcher de s'excuser une nouvelle fois tout en serrant fort son mari contre lui. Il se sentait vraiment coupable de partir si vite, comme un voleur. Il avait la sensation de ne plus assez profiter de Dynamis ces derniers temps, c'était vraiment dur pour lui… Il l'aimait tellement son devin de mari, tellement fort…

Même s'il allait se mettre en retard, le blader d'Orion resta donc un peu plus longtemps que prévu. Il ne voulait pas lâcher son compagnon, il y avait tant de douceur dans leur étreinte, comme toujours en fait. Dynamis était l'incarnation même du mot « douceur ». Avec le métier qu'il faisait, il était toujours couvert de différents parfums de fleurs, c'était tellement agréable… Ceci dit, ces différents parfums de fleurs s'avéraient souvent tellement forts qu'ils en couvraient carrément l'odeur naturelle d'oméga du fleuriste. Parfois Chris arrivait même à l'oublier à force de ne plus la sentir pendant des jours et des jours !

-Chris, tu n'étais pas censé te dépêcher parce que tu vas être en retard au bar ? Gloussa Dynamis, ne cherchant pourtant pas à sortir du câlin.

-Oui oui, je sais… bougonna le blondinet, pas franchement ravi de ce retour à la réalité. Bon bah j'y vais hein…

-Travaille bien mon cœur, passe une bonne nuit, lui dît le blader de Jupiter après l'avoir embrassé sur la joue pour l'encourager.

Un petit sourire étira à nouveau les lèvres du barman, mais il préféra ne pas s'attarder et se dépêcha de quitter la maison de peur de ne pas trouver la force de partir. Il avait peut-être un peu trop sous-estimé le poids des horaires décalés sur lui… Bah, il fallait qu'il s'accroche ! C'était pour son mari et lui qu'il faisait ça après tout, c'était lui qui avait décidé de prendre des horaires de nuit pour rembourser plus vite le crédit de leur maison et qu'ils puissent enfin se consacrer entièrement à leur grand projet : avoir un enfant.

Oh oui, ça c'était LE projet de leur vie de couple. Depuis qu'ils étaient ensemble, et qu'ils avaient tous les deux atteint leur majorité, ils parlaient de ça. Ils étaient tous les deux tombés d'accord quasiment instantanément sur le fait qu'ils voulaient des enfants, plein d'enfants. Bon okay, peut-être pas « plein », mais pas un seul en tout cas ! Chris n'avait pas franchement bien vécu le fait d'être enfant unique. Il s'était senti seul dans son enfance ; tous ses amis avaient des frères, des sœurs, ou même les deux, et puis il y avait lui, tout seul et tout frustré. Il s'était donc toujours dit que le jour où il deviendrait père, car il était sûr que ça arriverait un jour, il aurait plusieurs enfants. Quant à Dynamis, il était aussi fils unique mais ne l'avait pas particulièrement mal vécu. Cela dit, il avait su très tôt qu'il voulait avoir des enfants. Il s'était toujours bien débrouillé avec les enfants, il les avait toujours aimés, et puis au fond il en avait toujours voulu en fait ! Ça lui était venu aussi naturellement que respirer, enfin il en avait l'impression en tout cas. Peut-être que c'était parce qu'il était un oméga, mais honnêtement il en doutait. Kyoya aussi en était un, pourtant avoir un enfant c'était bien la dernière chose qu'il voulait, il le répétait bien assez souvent.

Enfin bon, tout ça pour en revenir à notre blondinet qui venait actuellement de grimper sur sa moto et de la démarrer pour aller au bar. Repenser à ce projet de bébé l'avait fait sourire sous son casque. Il voulait tellement pouvoir s'y consacrer entièrement. Eh bien, il n'avait plus qu'à se décarcasser au travail une nouvelle fois !

XXXXXX

-Chris ? Chriiiiis ? Allez, réveille-toi mon cœur…

Le blader d'Orion grogna dans son sommeil dérangé et enfouît encore plus son visage dans son oreiller. Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, mais il était sûr qu'il était beaucoup trop tôt pour son horloge biologique. Il avait terminé sa nuit vers cinq heures du matin, était rentré éclaté et s'était couché immédiatement. Vu la fatigue qu'il ressentait, il devait donc être genre sept ou huit heures actuellement et ça lui donnait envie de mourir.

-Dyn, pitié, j'suis fatiguéééééé… marmonna Chris d'une voix caverneuse.

-Je sais Chris, mais je dois te dire quelque chose d'important, tu te rappelles ? Répéta Dynamis, secouant doucement les épaules de son mari.

-On verra ce soir, pitié j'veux dormir… soupira le jeune homme aux cheveux blonds, la tête enfoncée dans son oreiller.

-Chris, c'est important ! Allez ! J'en ai que pour une minute, mais faut quand même que j'aille bosser alors dépêche-toi de te réveiller ! Insista son compagnon en le secouant un peu plus fermement.

-Noooooooon… Suis crevéééééé…

-Réveille-toi ou je te sors de force de ce lit et je te jette dans la douche pour t'arroser d'eau gelée.

Chris sortit alors lentement son visage de son oreiller et déglutît en voyant l'expression de son mari. Merde alors, c'était bien la première fois qu'il voyait Dynamis avoir l'air en colère… Il valait peut-être mieux qu'il se fasse violence et qu'il se réveille au moins un peu avant que le devin ne mette réellement ses menaces à exécution, parce qu'il avait l'air vraiment prêt à le faire.

-Bon, okay, qu'est-ce qu'il y a chéri… ? Demanda le barman en essayant de se redresser le mieux possible et de ne pas se rendormir alors que bordel, il en mourrait d'envie.

-Eh bien, je pense que ce que je vais te dire va te réveiller un peu mieux, s'amusa le blader de Jupiter qui avait retrouvé le sourire très rapidement. Chris… Je suis enceint…

Dynamis n'avait pas arrosé son mari avec de l'eau glacée pour le réveiller, mais là c'était comme si. Chris cligna plusieurs fois des yeux, la bouche grande ouverte, complètement sous le choc. Il avait parfaitement compris ce que son compagnon venait de lui dire mais c'était comme si son cerveau refusait de complètement traiter l'information et le laissait en bug.

-T'es vraiment enceint… ? Finît par demander le blond, comme s'il avait besoin de l'entendre une deuxième fois pour que son cerveau accepte enfin l'info.

Le mauve ne répondit pas de vive voix, mais il gloussa et hocha la tête positivement et l'espèce de blocage de son mari disparut. Un immense sourire étira les lèvres de l'alpha aux yeux violets et, sa fatigue disparue elle aussi comme par magie, il sauta sur son oméga pour le prendre dans ses bras, au comble du bonheur.

Il y avait tant de questions qui se bousculaient dans sa tête… Combien de temps ça faisait ? Comment Diable avait-il pu ne pas s'en rendre compte, ne pas sentir le changement dans l'odeur de Dynamis ? Étaient-ils réellement prêts ? N'allaient-ils pas trop vite ? Après tout, ils s'étaient dit qu'ils devaient d'abord régler la question du crédit de la maison avant de se consacrer à leur projet de famille, mais ça faisait bien plusieurs mois qu'ils couchaient ensemble sans la moindre contraception… Un peu paradoxal.

Mais au fond, toutes ces questions n'avaient aucune importance pour Chris. Il était trop heureux et il savait que son chéri l'était tout autant. Ils allaient avoir un enfant… Ils en rêvaient tous les deux ! Alors oui, peut-être qu'ils ne faisaient pas les choses dans le bon ordre, peut-être que ce n'était pas le meilleur des timings, mais ils s'en fichaient au fond ! Aucun d'eux ne voulait attendre plus longtemps, ils voulaient commencer à fonder leur famille maintenant.

-Je suis tellement heureux Dyn, j'ai envie de pleurer mais de bonheur… dît finalement l'ancien mercenaire en appuyant doucement son front contre celui de l'amour de sa vie. Je t'aime…

-Moi aussi je t'aime… lui répondit doucement Dynamis, ses joues s'enflammant légèrement.

À cet instant, Chris avait oublié qu'il n'avait dormi que deux ou trois heures et Dynamis avait lui oublié qu'il était censé partir travailler. Ils ne pensaient qu'au bonheur qui les attendait. Ils étaient déjà en train de penser à tout ce qu'ils auraient à faire bientôt et ils avaient hâte. Dans sa tête, le blond était carrément en train de faire une grande liste de noms pour ce futur bébé et de visualiser la future chambre du petit bout de chou. D'un seul coup, il était encore plus motivé à se décarcasser au bar la nuit !


Au Gymnase Dungeon, il y avait une étrange effervescence en ce lundi pourtant censé être calme. Zéo et Toby étaient sortis tôt pour aller chercher le petit-déjeuner, et quand ils étaient revenus ils avaient trouvé leur ami Masamune en plein faceplant sur la table de la cuisine en train de chouiner. Jusque-là, rien de trop anormal, ça arrivait souvent à cette drama-queen de Masamune dès qu'il rencontrait une contrariété un peu trop forte à son goût. En revanche quand ils lui avaient demandé ce qui lui arrivait encore, ils s'attendaient à une réponse du style « Il y a plus de Fruit Loops » ou « Le coach Steel m'a grondé comme un gamin parce que j'ai pas fait mon lit », pas à une longue complainte encore plus mélodramatique que d'habitude.

-Bon, prends un donut et raconte-nous ce que t'as, dît Zéo en posant devant son ami d'enfance la boîte qu'il venait juste d'acheter.

-J'ai pas faim… marmonna le blader de Striker, le visage toujours contre la table.

Zéo et Toby furent tellement sidérés qu'ils mirent bien trente longues secondes à réagir. Est-ce… Est-ce que Masamune Kadoya, le ventre sur pattes, l'homme capable d'engloutir dix Whooper d'affilée, celui qui vivait littéralement pour la bouffe venait de leur dire qu'il n'avait pas faim ?! Les deux jeunes hommes se lancèrent un regard affolé. C'était beaucoup plus grave que prévu si Masamune refusait de leur raconter ce qu'il avait en mangeant…

-D'accord, qu'est-ce qu'il se passe Masamune ? Demanda Toby plus doucement, s'asseyant près de lui.

-King et moi on a fait une immense connerie… se contenta de répondre le brun aux cheveux rasés, ce qui était franchement vague vu le nombre de conneries que faisaient régulièrement ces deux-là ensemble.

-Ça arrive souvent ça, mais ça te met pas dans cet état d'habitude, fit justement remarquer l'autre brun.

-Parce que d'habitude elles sont un minimum rattrapables nos conneries, celle-là elle l'est pas… geignit Masamune, qui n'avait toujours pas décollé son front de la table de la cuisine.

Zéo et Toby se lancèrent un nouveau regard, circonspect celui-là. Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien avoir fait qui n'était pas rattrapable ? Ils avaient repeint une pièce du gymnase pour le LOL et en fait ça rendait pas bien ? Bah non, même ça c'était rattrapable en fait… Ça commençait à les faire flipper cette histoire… Et King qui n'était même pas là pour les éclairer ! À cette heure-ci, le grec d'origine était probablement dans Central Park en train de sortir le chien du gymnase, un berger australien du nom d'Archer. Bon en fait c'était le chien du coach Steel, mais tout le monde au gymnase considérait que c'était leur chien, en commun.

-Sans vouloir te brusquer Masamune, tu ne pourrais pas être un peu plus clair ? Tenta le jeune homme aux cheveux caramel. Ça ne te ressemble pas d'autant tourner autour du pot…

-Allez voir dans notre chambre Zéo et toi, vous allez comprendre… se contenta de marmonner une nouvelle fois le blader de Striker, le visage toujours plaqué contre la table. Sur le lit…

Vraiment, Zéo et Toby ne comprenaient rien au comportement de leur ami d'enfance. Pourquoi faisait-il autant de mystère sur sa bêtise ? Pourquoi ne voulait-il pas leur dire ? Et surtout, qu'est-ce qu'il avait bien pu faire ?! Le plus étrange c'était qu'il ne semblait même pas craindre la fureur du coach Steel alors que d'habitude c'était ça qui le poussait à rester le visage contre la table de la cuisine jusqu'à ce que ses amis viennent lui demander ce qu'il avait.

-J'te jure mon cœur, j'la sens pas cette histoire, dît le brun alors que son petit-ami et lui montaient à l'étage. Qu'est-ce qu'ils ont bien pu faire les deux rigolos pour que Masamune soit dans cet état ?

-Je n'en ai aucune idée et je t'avoue que je n'suis pas rassuré non plus, lui répondit Toby. On a de la chance que le coach Steel soit en voyage pour quelques jours je pense…

Certainement oui, ça les laissait libres de gérer la potentielle catastrophe eux-mêmes. Si Masamune et King avaient fait une si grosse connerie que ça, alors mieux valait que le propriétaire des lieux ne soit pas dans le coin.

Après avoir traversé le couloir du deuxième étage, les deux garçons se retrouvèrent face à la porte grande ouverte de la chambre du couple infernal de blagueurs. On était plus proche d'un débarras que d'une chambre vu l'état de rangement, ou plutôt de non-rangement. Miraculeusement, l'endroit le mieux rangé de la chambre était sans aucun doute le lit, donc normalement ils ne devraient pas avoir trop de mal à trouver la chose mystérieuse dont Masamune leur avait parlé.

-Là comme ça, je vois pas de signe de connerie, constata Zéo en balayant la chambre du regard, enjambant les vêtements qui trainaient par terre.

-Oui c'est bizarre, il n'y a rien de spécial sur le lit de ce que je vois… appuya son petit-ami, regardant les draps turquoise défaits. C'est comme d'habitude, des emballages de gâteaux, des stylos, des fringues…

C'était effectivement un bazar habituel pour la chambre de King et Masamune, au grand désespoir du coach Steel. Même si ce n'était pas trop le moment, Toby ne put s'empêcher de vouloir remettre de l'ordre sur ce lit complètement désordonné. Le désordre, lui ça le stressait ! Il ramassa donc les emballages pour les jeter et secoua un peu la couette histoire d'y amener un peu d'air.

-Hé Toby, t'as fait tomber un stylo ! Lui fit remarquer le brun.

-Hein ? S'étonna Toby.

Le jeune homme baissa son regard violet au sol et vit qu'effectivement quelque chose était tombé à ses pieds sur le tapis à côté du lit, sans faire de bruit. Il se baissa pour le ramasser par réflexe mais s'arrêta rapidement en fronçant les sourcils. Non, ce n'était pas un stylo…

-Zéo… C'est pas un stylo… dît le châtain foncé en écarquillant les yeux.

-Qu'est-ce que tu racontes ? Lui demanda son compagnon en haussant un sourcil. Et pourquoi tu fais cette tête ?

-Zéo… On a un putain de gros problème… répondit Toby en se retournant avec un air horrifié. C'est PAS un stylo… C'est un test de grossesse !

L'ancien membre des Star Breaker eut alors un immense bug et fixa son petit-ami sans rien dire, sans réagir. Qu'est-ce qu'il venait de lui dire là… ? Non mais il se foutait de sa gueule hein ? Hein ?!

-Toby… Chéri… Amour de ma vie… commença à énumérer le brun, un air désespéré sur son visage. Est-ce que tu es en train de me dire que la connerie qu'ont fait les deux idiots qui nous servent de potes…c'est un bébé ?

Toby ne trouva même pas la force de répondre de vive voix, il se contenta de hocher positivement la tête. Cette fois c'était sûr : leur vie était foutue ! Pourquoi fallait-il que Masamune soit un oméga, hein ? Pourquoi lui ? S'il y en avait bien un qui n'était pas fait pour avoir des enfants, c'était lui ! Et King ! Ces deux-là parents, oh le cauchemar ! Et puis rien que d'imaginer un bébé dans le gymnase… Non parce qu'il fallait en parler de ça, mais ils vivaient tous ici en colocation entre adultes et ils ne comptaient pas partir ! Mettre un bébé là-dedans, mais pitié…

Les deux jeunes hommes commençaient à redescendre sur terre, et la redescente était violente ! Il fallait qu'ils engueulent leur ami là, tout de suite. Cette tête de con qu'ils aimaient fort, il avait oublié un truc tout bête qu'on appelait « la contraception » ?! D'accord on était aux États-Unis, mais quand même !

-Il va m'entendre cet abruti, je vais lui claquer le crâne d'une force, marmonna Toby en sortant de la chambre pour redescendre au rez-de-chaussée en vitesse.

-Le tape pas trop fort, sinon il va finir avec une commotion quand je le taperai après toi, grogna le jeune homme aux yeux turquoise, le suivant.

Malheureusement, leur plan visant à engueuler leur ami d'enfance pour son manque de précaution fut contrarié par l'arrivée de King, qui venait tout juste de rentrer de sa promenade avec Archer. Toby l'aperçut en premier en arrivant en bas des escaliers et freina subitement tout en plaquant sa main contre la bouche de son petit-ami. King allait vers la cuisine…

-Les gars, j'suis rentré ! Annonça joyeusement le blader légendaire de Mars en détachant Archer. Les gars ? Les- Oh, coucou ma guimauve !

Zéo et Toby s'étaient postés discrètement derrière l'encadrement de la porte de la cuisine et jouaient aux espions, jetant des petits coups d'œil dans la pièce. King était debout près de la table de la cuisine tandis que Masamune n'avait pas bougé depuis tout ce temps, le visage contre le bois du meuble.

-Bah qu'est-ce qui t'arrive mon cœur ? Demanda le grec en penchant sa tête sur le côté, ne comprenant pas ce qui arrivait à son petit-ami.

Et pour la première fois depuis le début de la journée, Masamune releva la tête de la table. Ses amis d'enfance s'attendaient à ce qu'il se mette à chouiner ou à bougonner des choses incompréhensibles avant de retourner en faceplant sur la table, mais…

-King… Je dois te dire quelque chose… souffla le blader de Striker.

Alors là… Celle-là, Zéo et Toby ne s'y attendaient clairement pas. Est-ce que Masamune allait vraiment être 100% honnête avec son petit-ami alors qu'il avait été totalement vague et nébuleux avec eux ? Bon, remarque c'était une bonne chose, mais ils comprenaient de moins en moins cet être humain.

-Mmh ? Quoi Mumu, qu'est-ce qu'il y a ? S'interrogea le jeune homme aux cheveux bleu marine.

-Je… Je suis désolé King, j'ai oublié ma pilule comme un teubé et j'suis enceint ! S'exclama soudainement l'ancien membre des Gan Gan Galaxy avant de laisser retomber sa tête contre la table. Pardooooooon !

Toby ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel, mais il était tout de même touché d'entendre son ami avoir autant de détresse dans sa voix. Il était vraiment mal, il ne voulait pas que les choses se passent ainsi, mais quand même… Masamune était probablement l'homme le plus distrait du monde, même un poisson rouge avait plus de mémoire que lui, et il avait choisi de prendre la pilule… Qu'est-ce qui pouvait mal se passer hein ? Bah il avait la réponse maintenant !

-Que… QUOIIIIIIIIIII ? Hurla littéralement King avec des yeux tout ronds.

-J'suis désoléééééé ! Répéta Masamune, planté contre sa table avec passion.

-T'es en train de me dire qu'on va avoir un mini nous dans neuf mois ?! Comprit le grec d'origine.

-Concrètement oui… répondit le brun aux cheveux rasés d'une toute petite voix.

-Mais… Mais c'est génial Mumu ! On va être parents !

-Q-Quoi ? T'es content… ?

-Bah ouais, c'est cool ! Bon on risque de galérer un peu, mais c'est trop bien ! J'suis sûr qu'Archer va lui apprendre à marcher quand il sera assez grand !

Masamune ne s'attendait clairement pas à cette réaction. Il pensait que King allait paniquer parce que lui ça le faisait paniquer cette grossesse accidentelle, et au final il était heureux ! Le visage du blader de Striker s'illumina instantanément et il se leva de la table pour se jeter dans les bras de son petit-ami, table qui devait être absolument ravie d'être libérée de ce jeune homme qui avait passé la matinée à lui baver dessus. De l'autre côté de l'encadrement de la porte de la cuisine, Zéo et Toby songeaient quant à eux à déménager, à se noyer dans l'alcool ou à mettre fin à leurs jours, voire même peut-être les trois en même temps. Ils n'étaient pas prêts pour ce qui les attendait, ils n'étaient VRAIMENT pas prêts. Le coach Steel non plus d'ailleurs…


-Wales ?

-Oui ?

-Je dois te dire quelque chose.

-Quoi donc ?

-Je suis enceint.

Wales releva les yeux de son livre, sa tasse de thé aux lèvres, et haussa très légèrement son seul sourcil visible. De l'autre côté de la table, Julian continuait de lire le journal tout en buvant un superbe expresso corsé sans la moindre petite trace de sucre, comme s'il venait simplement de dire « Ce soir je risque de rentrer tard, ne m'attends pas pour le dîner ». Comment pouvait-il boire du café d'ailleurs s'il était enceint ? Wales commençait à croire qu'il venait d'avoir une hallucination auditive.

-Tu…peux répéter ? Hasarda l'anglais, sa tasse de thé toujours pendue à ses lèvres.

-Je suis enceint Wales, répéta donc le blond en relevant cette fois les yeux de son journal. De 3 mois. J'attendais d'y arriver pour te l'annoncer.

-Julian… Tu m'annonces ça comme si c'était rien du tout, rétorqua Wales en posant sa tasse et en fermant son livre. On n'a jamais parlé d'avoir des enfants… Et puis tu prenais pas des suppressants ? Comment tu peux être enceint ?

-C'est monsieur flegme qui me dit que je suis trop nonchalant ? Ricana l'italien avant de poser son café et de prendre un air plus sérieux. C'est juste ma manière de gérer mon stress, en vrai je ne suis pas si calme mais j'essaie de me ménager. C'est une histoire improbable si j'en crois mon médecin… D'après lui, mon organisme aurait fini par s'habituer à mes suppressants d'une certaine manière, ils continuaient de faire leur boulot pour contenir les symptômes de mes chaleurs mais ils assuraient plus niveau contraception. Je pensais même pas que c'était possible…

-Je t'avoue que moi non plus… C'est dingue cette histoire… Mais comment tu fais pour boire du café si t'es enceint ?

-Étrangement, l'odeur du café ne me fait rien du tout. Par contre l'odeur de la térébenthine pour cirer les parquets me donne envie de vomir mon âme alors que d'habitude j'adore ça…

Le châtain clair se contenta de hocher la tête, digérant tout ce que son mari venait de lui dire. Il comprenait mieux pourquoi Julian lui avait sorti ça sans transition et avec un tact proche de moins l'infini, mais quand même il aurait pu choisir un autre moment que le petit-déjeuner… C'était un peu violent de se prendre ce genre d'annonce quand on avait encore la tête dans le cul !

Les deux jeunes hommes restèrent silencieux un moment, ne sachant plus quoi se dire. Le blond reprit rapidement son café, ne supportant pas de rester sans rien dire et sans rien faire, mais l'anglais lui ne retoucha ni à son thé ni à son livre, perdu dans ses pensées. Il était en train de se poser plein de questions. Il l'avait dit, Julian et lui n'avaient jamais réellement abordé le sujet des enfants dans leur couple. Wales n'y avait même jamais trop réfléchi personnellement. Voulait-il des enfants ? Se sentait-il même prêt à devenir père ? Il n'en avait aucune idée… Et son mari ? Il avait l'air serein mais il lui avait dit ne pas l'être tant que ça. Est-ce qu'il se sentait mal ? Est-ce qu'il était en fait totalement paniqué parce qu'il ne se sentait pas prêt à assumer un bébé mais qu'il essayait de garder la face ? Pour l'une des premières fois de sa vie, Wales avait la sensation de ne rien maîtriser et de ne pas savoir quoi faire alors qu'il était censé être quelqu'un de calme et réfléchi.

-Eh bah, c'est bien calme ici ce matin ! S'exclama subitement une voix près du couple.

Julian et Wales tournèrent la tête en même temps vers la voix sans vraiment sursauter, sachant très bien à qui elle appartenait. C'était Nero, le cadet de la famille Konzern. Il avait trois ans de moins que son aîné, il était donc actuellement âgé de 21 ans. Contrairement à son grand frère et son beau-frère qui étaient de prendre leur petit-déjeuner en pyjama, comme la plupart des gens à cette heure-ci, Nero lui était déjà lavé et habillé d'un impeccable costard pourpre.

-Tu as un concert de prévu aujourd'hui ? Lui demanda Julian comme si de rien n'était.

-Ce soir oui, et j'ai des répétitions tout l'après-midi du coup, précisa son petit frère en s'approchant de la table du petit-déjeuner pour prendre une nectarine dans la coupe en verre posée dessus. Je te l'ai dit hier, mais apparemment tu ne m'écoutais pas.

Depuis tout petits, Julian et Nero avaient dû prendre des cours de piano sur l'initiative de leur père. C'était un instrument noble après tout, exigeant. Les deux frères Konzern avaient tous les deux un réel talent avec l'instrument, mais le cadet avait en plus du talent la passion alors il avait décidé de s'y consacrer entièrement là où Julian ne jouait plus du piano qu'en tant que passe-temps.

-Désolé petit frère, je suis un peu distrait dernièrement, s'excusa Julian avec un petit sourire gêné sous le regard à la fois concerné et empathique de Wales.

-J'ai remarqué ça oui, répliqua son cadet avec un air un peu moqueur. J'ai l'impression que depuis déjà un moment, quand je te dis quelque chose ça rentre par une oreille et puis ça sort par l'autre. Ça te ressemble pas trop. Les affaires vont bien pourtant, non ?

-Si, les affaires vont bien, ne t'en fais pas, le rassura le plus âgé. C'est juste que…

Il laissa sa phrase en suspens et jeta un regard relativement perdu à son mari, ce qui laissa son petit frère dans l'attente et dans l'incompréhension. Devait-il lui dire ? Il devrait, non ? Nero était son petit frère, il était sa famille, il méritait de savoir quand même… Pourtant, Julian hésitait. Normalement annoncer l'arrivée d'un bébé était une bonne nouvelle, c'était bien pour ça qu'on appelait ça un « heureux évènement », mais là tout était si bizarre… Julian ne savait pas s'il était heureux, il ne savait pas si son mari l'était, il ne savait même pas s'ils étaient simplement prêts pour tout ça.

De son côté, Nero ne comprenait rien. Ça faisait plusieurs semaines que son grand frère avait un comportement assez étrange et il ne comprenait pas pourquoi, mais ce matin c'était encore plus bizarre que dernièrement. Non seulement son aîné se comportait à nouveau étrangement mais en plus son beau-frère semblait s'y mettre aussi. Et puis c'était quoi cette ambiance tendue entre eux ? On aurait dit qu'ils cachaient quelque chose…

Pile à ce moment-là le téléphone de Julian s'alluma, affichant une notification de son application de rappels. Nero n'était pas un fouineur, mais par réflexe plus qu'autre chose il ne put s'empêcher de regarder et fronça les sourcils.

-T'as une échographie prévue demain ? S'étonna le cadet Konzern. T'es malade ?

-Non non, j'ai rien de grave, s'empressa de répondre Julian pour ne pas inquiéter son petit frère. C'est…

-Comment ça « demain » ? Demanda Wales à son tour. Ça aussi tu comptais me le dire au dernier moment ?

-Mais non… soupira le blond en passant une main dans ses cheveux mi-longs pour essayer de dissimuler sa gêne. Il se sentait pris au piège entre son cadet et son mari.

-Je comprends rien, sérieusement vous avez quoi tous les deux ? S'exaspéra Nero.

-Ton frère est enceint espèce d'idiot, c'est évident non ? Répondit une voix féminine derrière lui qui le fit sursauter.

-Sophie ?! S'exclamèrent d'une seule voix les deux autres anciens membres d'Excalibur, qui reconnurent la voix de leur amie immédiatement.

Nero se retourna et tomba nez-à-nez avec la jeune femme aux longs cheveux bleu ciel qui buvait nonchalamment un verre de jus d'orange sanguine. Parfois c'était flippant de vivre à autant dans le manoir Konzern, on avait tendance à oublier qu'on pouvait voir débarquer quelqu'un à tout moment venant d'une autre aile du bâtiment.

-Qu'est-ce que tu viens de dire… ? Demanda le cadet Konzern à la jeune française.

-Ton frère est enceint, c'est pour ça qu'il est bizarre depuis des semaines et des semaines, répéta Sophie avant de passer juste à côté de lui pour aller récupérer une tranche de brioche sur la table. Sérieusement, c'est pas le premier truc qui t'est venu à l'esprit quand tu as vu qu'il avait une échographie prévue ? T'as déjà oublié que ton frère est un oméga ?

-Elle a raison Nero, soupira le blader de Destroyer en rougissant légèrement, se sentant un peu bête. Je suis enceint, et on est étrangement silencieux avec Wales parce que je viens seulement de lui annoncer…

-Non mais Sophie, tu peux m'expliquer comment t'as pu deviner ce qu'il se passe si facilement ? On dirait que tu le savais avant même d'arriver, fit remarquer l'anglais avec une expression suspicieuse.

-Je plaide coupable, je le sais depuis environ un mois, avoua la jeune femme en souriant avec amusement. J'ai pas vraiment de mérite, j'ai juste surpris Julian dans un couloir en train de râler à voix haute que c'était vachement nul de se faire ruiner son sommeil par des nausées matinales et qu'il avait hâte que ça se termine.

-Et tu n'as rien dit à personne ? S'étonna Nero.

-Bah oui, c'était pas à moi de faire ça enfin, lui répondit Sophie en le regardant comme s'il avait un problème. Ce serait comme faire le coming-out de quelqu'un à sa place, ça ne se fait tout simplement pas.

-Ouais okay, c'est vrai… Mais pourquoi vous tirez ces têtes alors vous-deux ? C'est une bonne nouvelle, non ?

-Je… Normalement oui, mais Wales et moi… On a jamais vraiment parlé de si on voulait des enfants ou non… expliqua Julian, assez mal à l'aise. Maintenant on est un peu devant le fait accompli, c'est…difficile de se réjouir du coup…

Wales baissa les yeux, triste de voir son mari mal à l'aise mais aussi triste de la situation. Maintenant qu'il avait eu le temps d'encaisser la situation, de se poser et de se calmer, il se rendait compte qu'il ne voulait pas que la situation soit si morose. Il ne voulait pas être triste en fait. Il voulait être heureux ! Oui, il prenait bien l'idée d'avoir un enfant ! Il fallait qu'il le dise à son mari, ça le rassurerait sans doute.

-Julian, écoute… commença le châtain clair, ignorant soudainement la présence de Nero et Sophie. Je sais que ce n'était pas prévu tout ça, mais je veux que tu saches que moi je me sens prêt à avoir un enfant. Alors oui je viens de l'apprendre, c'est un peu soudain, mais je me sens pas paniqué ni rien. Après, tout dépend de toi bien sûr.

Julian regarda son compagnon avec surprise car il ne s'attendait absolument pas à ça, mais rapidement il laissa échapper un petit ricanement et se mit à sourire.

-Bon, eh bien il va falloir commencer à tout préparer alors, répondit simplement l'aîné de la famille Konzern en terminant enfin son café. Heureusement que ce manoir est beaucoup trop grand et que ce n'est pas l'argent qui nous manque, on va avoir beaucoup à faire.

Wales ne put retenir son sourire également, amusé de la sobriété de la réponse de Julian. Il était égal à lui-même, il fallait bien le dire ; il était dans le contrôle, pragmatique et organisé, et ça allait très bien à son mari. Satisfait, l'anglais reprit son thé, qui malheureusement avait un peu refroidi, et rouvrit son livre pour reprendre sa lecture.

Toujours debout près d'eux, Sophie et Nero se regardaient avec complicité et se retenaient de toutes leurs forces de sautiller partout. Si Julian et Wales étaient des personnes assez peu expressives avec leurs émotions, Sophie et Nero eux l'étaient bien plus et l'idée qu'un bébé allait arriver dans ce manoir dans à peu près six mois les ravissait. Ça allait amener un peu de nouveauté dans cette grande maison, et puis ils étaient simplement heureux pour le couple. Nero était un futur oncle très heureux et Sophie une amie qui espérait un peu secrètement qu'elle deviendrait la marraine du futur bébé. Hé ho, elle le méritait non ?


Dashan aimait l'entraînement, la rigueur, et la rigueur qu'on mettait à l'entraînement. C'était bien parce qu'il était rigoureux et discipliné qu'il était devenu le leader du Temple de Beylin à un jeune âge. Depuis que le Temple avait refusionné avec son ancien clan dissident, le Poing de Beylin, il avait la sensation d'avoir encore plus de travail et de responsabilités. Ça faisait sept ans quand même, eh bien le brun avait la sensation de ne toujours pas s'y être habitué.

-Dashan ! S'exclama une voix bien familière dans son dos. Dashan ! Je dois te dire quelque chose !

Les yeux verts du chef du Temple de Beylin roulèrent vers le ciel sans même qu'ils puissent les contrôler. Dashan aimait l'entraînement et la rigueur…et paradoxalement il était tombé amoureux d'un type tout sauf rigoureux, qui séchait l'entraînement dès qu'il le pouvait et qui avait la fâcheuse manie de vouloir l'interrompre quand il était occupé. Douce ironie du sort.

-Chaoxin, tu vois bien que je suis occupé, soupira le blader de Zurafa qui était effectivement en pleine séance de yoga dans le jardin zen du temple pour étirer ses muscles. Plus tard.

-Mais c'est important ! Rétorqua Chaoxin avec un ton contrarié, ses cheveux d'un brun tirant vers le rouge flottant au vent.

-Avec toi c'est toujours important, le sermonna son petit-ami tout en essayant de rester concentré sur sa posture du guerrier. Quand il n'y a plus de lait d'amande c'est important, quand tu te casses un ongle ou que tu te rends compte que tu as un trou dans tes vêtements c'est important, quand Mei-Mei ne se loupe pas sur une expression c'est important… Tu veux que je continue ?

-Là c'est vraiment important ! Insista le jeune homme aux yeux violets, qui malgré son insistance restait assez sagement dans le dos de Dashan.

-Mais oui… On verra ça plus tard.

Dashan était agacé, ça se sentait dans son ton qui s'était fait assez paternaliste et exaspéré. Il sonnait comme un père qui en avait marre de se faire interrompre par son enfant alors qu'il était en train de travailler, et honnêtement il avait l'impression que c'était ce qu'il était. Ça devait bien faire une semaine que le blader de Virgo n'arrêtait pas de l'interrompre quand il faisait quelque chose pour lui dire qu'il fallait qu'il lui dise quelque chose d'important ; à chaque fois le brun lui rétorquait « Plus tard » pour termine ce qu'il faisait, et au final il ne lui disait jamais rien de si important une fois qu'ils se retrouvaient. C'était quoi cette nouvelle lubie sérieusement ? Dashan n'en avait aucune idée, et ça commençait à franchement le gonfler.

Comme il n'entendait plus de bruit derrière lui, le jeune chef crut que son petit-ami était parti et se reconcentra donc pleinement sur ses exercices, mais en réalité Chaoxin était toujours là et il bouillonnait d'un mélange de tristesse et de colère. C'était vrai qu'il était quelqu'un d'assez exaspérant au quotidien, lui-même le reconnaissait, mais ces derniers temps il avait réellement la sensation d'emmerder son petit-ami dès qu'il rassemblait son courage à deux mains pour lui faire son annonce. Celui-ci lui reprochait de toujours vouloir lui parler quand il était occupé, mais bordel il était TOUJOURS occupé ! Toujours, tout le temps, à toutes les heures de la journée ! Lui voulait JUSTE lui annoncer quelque chose qui ne les concernait qu'eux, alors oui il essayait forcément de lui parler quand il était seul, mais non, monsieur Dashan avait toujours mieux à faire et ne voulait pas être dérangé. Chaoxin en avait assez.

-T'ES VRAIMENT QU'UN SALE CON DASHAN ! Explosa le jeune homme avant de s'enfuir et de fondre en larmes.

Le brun sursauta tellement fort face à ce violent éclat de voix qu'il perdit l'équilibre et faillit se ramasser sur son tapis de yoga. Incrédule, il se retourna mais ne vit que la porte ouverte par laquelle son compagnon était arrivé et par laquelle il venait plus que probablement de repartir en courant.

-Chaoxin, attends ! L'appela Dashan en se lançant à sa poursuite, ne comprenant pas son comportement.

Dashan et Chaoxin se disputaient souvent, mais gentiment. C'était comme ça qu'était leur couple, Chaoxin aimait faire la précieuse diva complètement imbue de sa personne et Dashan le blasé de service qui n'en pouvait plus, mais au fond ils s'aimaient profondément et tout ça n'était qu'un petit jeu entre eux. Là c'était bien la première fois que Chaoxin s'énervait réellement contre son petit-ami au point de l'insulter au premier degré, et ce dernier ne comprenait pas pourquoi. Et puis pourquoi il pleurait aussi ? Dashan avait fait quoi de différent au juste ?

Arrivé dans la cour centrale du temple, Dashan eut le temps d'apercevoir son compagnon entrer dans l'aile des chambres et devina qu'il était plus que probablement parti s'enfermer dans leur chambre, il s'arrêta donc de courir et soupira. Chaoxin se comportait vraiment comme un enfant… Le brun n'avait plus qu'à retourner à ses activités en attendant qu'il arrête de bouder.

-Dashan, avec tout le respect que je te dois, tu déconnes vraiment là.

Le blader de Zurafa tourna la tête et se rendit compte qu'il y avait tous ses amis dans la cour centrale, et que tous sans exception le regardaient avec désapprobation. Aguma, Bao, Chiyun, Mei-Mei… C'était elle qui venait de lui parler, elle avait les bras croisés sur sa poitrine et le regardait comme s'il était totalement stupide ou très méchant. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous aujourd'hui ?

-Quoi, vous nous avez entendu ? Demanda le leader du temple en haussant un sourcil, ne comprenant pas pourquoi il était en train de se faire juger du regard par tous ses amis.

-On a juste entendu Chaoxin te traiter de sale con et ensuite on l'a vu traverser la cour à toute vitesse en pleurant, répondit Bao. Mais on savait qu'il devait te parler.

-Ça te coûterait tant que ça de ralentir ne serait-ce qu'une seconde dans ta journée pour écouter ton copain ? Soupira Aguma en secouant la tête.

-C'est facile à dire ça, ça se voit que c'est pas toi qui sors avec lui, rétorqua Dashan, vexé. Ça va faire plus d'une décennie que Chaoxin passe son temps à vouloir me parler quand c'est pas le moment, et généralement c'est pas aussi important qu'il le dit. Et qu'est-ce que vous avez tous à me regarder comme ça ?!

C'était terrible cette impression qu'il y avait quelque chose que tout le monde savait mais que lui ignorait, c'était comme être le seul qui ne comprend pas une blague à laquelle tout le monde est en train de rire.

-Sérieusement Dashan, tu es vraiment en train de nous dire que tu n'as toujours pas compris ? Tu n'as rien remarqué ? Lui dît Chiyun avec un air surpris et de plus en plus rempli de jugement. Je croyais que tu étais quelqu'un d'observateur, es-tu donc soudainement devenu aveugle ?

-C'est plus seulement aveugle à ce stade, c'est carrément qu'il a perdu ses cinq sens, renchérît Bao.

-Mais qu'est-ce que vous racontez à la fin ?! S'énerva le brun, ne supportant plus de se sentir si jugé et qu'on lui dise en plus qu'il était bête.

-Non mais vraiment Dash', t'as rien remarqué de bizarre ou de différent chez Chaoxin ces derniers temps ? Lui demanda Mei-Mei, l'air de ne pas croire que la réponse à cette question puisse être « non ».

-Non, enfin rien de spécial, répondit pourtant le blader de Zurafa. Ça fait genre une semaine qu'il veut me parler tous les jours, mais à chaque fois il m'annonce un truc pas franchement important ou il me dit « Non, rien », donc bon…

Cette fois, les regards de ses amis se firent tellement plein d'exaspération et de jugement qu'il ressentit l'envie de faire comme Chaoxin, c'est-à-dire de partir bouder dans sa chambre. Bordel, mais ils avaient quoi ?! Et pourquoi personne ne lui disait rien clairement ?!

-Si c'est pour me regarder comme si j'étais le dernier des abrutis encore longtemps, vous pouvez aller faire ça ailleurs ou enfin me dire ce que vous avez, déclara Dashan sèchement, tellement vexé qu'il commençait à se sentir réellement blessé.

-Dashan… Ça fait une semaine que Chaoxin essaie de t'annoncer qu'il est enceint… soupira la seule fille du temple. On l'avait tous deviné, on lui en a parlé mais il nous a demandé de ne rien te dire parce que c'est vous que ça concerne, pas nous. Le problème c'est qu'à chaque fois il a eu la sensation de te contrarier en essayant de te parler, alors il s'est dit que c'était pas le moment et qu'il t'en parlerait le lendemain, mais c'était jamais le moment visiblement avec toi.

Le blader de Zurafa avait la sensation qu'il venait de se prendre un coin du ciel droit dans le crâne. Il n'était plus vexé, blessé ou en colère, il se sentait terriblement stupide et coupable. Mais… Mais ses potes avaient raison de le juger ! Comment il avait pu passer à côté de ça ?! Ses sens d'alpha étaient en panne ou bien ?! Il n'avait rien senti dans l'odeur de son petit-ami, il n'avait rien ressenti du tout à travers leur lien ! Mais qu'est-ce qui lui était arrivé ?

-Non mais vraiment Dashan, t'avais RIEN remarqué ? Insista Mei-Mei, totalement sidérée du manque d'observation de son ami.

-N-Non, je comprends pas, répondit le brun d'un air perdu. J'ai rien senti, rien du tout ! Je suis malade ou quoi ?

-Loin de moi l'idée de jouer l'avocat du Diable, parce que t'as vraiment déconné Dashan, mais ça aurait pas un lien avec tes antihistaminiques ? Suggéra le blader de Kronos du haut de ses deux mètres.

Dashan était effectivement sous antihistaminiques depuis déjà deux semaines à cause de son allergie au pollen qui lui faisait des misères, et il ne put s'empêcher de se coller un facepalm. Mais bien sûr que c'était ça, qu'il était con… Il s'était déjà rendu compte que ses antihistaminiques réagissaient assez étrangement avec ses suppressants, ça avait tendance à brouiller ses sens et à l'empêcher de sentir correctement les choses. C'était sympa, il avait le choix entre subir ces effets secondaires ou alors subir son allergie qui de toute façon lui bouchait le nez.

-Je suis vraiment à l'ouest putain, j'avais oublié que mes antihistaminiques me font des trucs bizarres, grogna Dashan, en colère contre lui-même.

-Ça ne t'excuse quand même pas Dashan, répliqua Chiyun en secouant la tête. Tes médicaments n'ont rien à voir avec le fait que tu as refusé d'écouter Chaoxin quand il voulait te parler et que tu n'as même pas remarqué qu'il s'était mis à faire un nid dans votre lit. Même moi je l'ai remarqué en passant devant votre chambre.

Là, le brun se sentait vraiment comme le roi des cons. C'était vrai que depuis plusieurs jours son petit-ami s'était soudainement mis à empiler des vêtements sur leur lit, mais lui avait simplement cru qu'il faisait une « crise de bordélisme » comme il appelait ça, ça n'aurait pas été la première fois. Dashan avait envie de se jeter la tête contre un mur pour se punir d'avoir été si stupide, mais aussi d'avoir été aussi odieux avec celui qu'il aimait. S'il avait juste accepté de l'écouter pendant deux secondes, juste deux secondes, tout ça ne serait pas arrivé…

Sans réfléchir, Dashan quitta donc précipitamment ses amis pour foncer jusqu'à la chambre qu'il partageait avec Chaoxin et dans laquelle ce dernier était très probablement. Il avait vraiment la sensation d'être un monstre… Non seulement il s'était extrêmement mal comporté avec son compagnon, mais en plus il l'avait laissé tout seul avec une situation qui devait le faire flipper. Dashan et Chaoxin avaient déjà abordé le sujet des enfants et ils s'étaient accordés sur le fait que pour le moment, ils n'en voulaient pas. Le blader de Virgo devait être tellement en stress…

En à peine une minute, Dashan arriva devant la porte de la chambre. Elle était fermée mais à travers le bois de la porte il pouvait quand même entendre les sanglots de Chaoxin. Il rêvait à cet instant de pouvoir sortir de son corps pour se mettre une baffe à lui-même, une grosse baffe qui faisait bien mal. Il le méritait.

-Chao… appela doucement le jeune homme aux yeux vert cuivré après avoir toqué à la porte. Je peux entrer ?

Pas de réponse, l'oméga continuait de pleurer. Peut-être n'avait-il même pas entendu. Dashan essaya alors d'appuyer sur la poignée et se rendit compte que la porte n'était pas fermée à clé. Il se permit donc d'entrer doucement et sentit son cœur se briser en mille morceaux en voyant son petit-ami allongé sur son côté du lit, dos tourné à la porte et entouré de tout un tas de vêtements, des vêtements à lui mais surtout des vêtements de l'alpha. Il avait dû l'entendre entrer car ses sanglots devinrent soudainement silencieux, étouffés.

Dashan était embarrassé, il sentait bien que Chaoxin ne voulait pas lui parler et il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça. Il s'approcha un peu gauchement du lit et s'assit sur le rebord de son côté, ne voulant pas entrer dans le nid de son compagnon s'il n'y était pas invité.

-Ça y est, je suis digne de ton temps maintenant ? Demanda avec amertume le jeune homme dont les yeux violets étaient désormais rougis par les larmes et la voix brisée par le chagrin.

Le blader de Zurafa soupira et détourna le regard alors que son petit-ami ne le regardait même pas. Il l'avait vraiment blessé, ça lui était insupportable… Comment avait-il pu être si aveugle à ce que ressentait sa moitié ? Il était le pire petit-ami du monde…

-Je… Je suis vraiment désolé Chaoxin… s'excusa Dashan, regardant le mur devant lui. Les autres m'ont dit… Ils m'ont engueulé et ils avaient bien raison… J'ai fait n'importe quoi, j'ai été aveugle mais surtout j'ai été horrible avec toi… Tu as raison de m'en vouloir, et tu avais raison quand tu m'as traité de sale con… Je t'ai fait du mal alors que tu essayais de m'annoncer quelque chose de vraiment important, mais surtout quelque chose qui a dû te mettre dans un stress immense… J'ai été un sale con, je mériterais que tu me mettes une baffe…

L'alpha fixait toujours le mur et sentit une petite larme rouler sur sa joue. Il ne s'était jamais senti plus mal qu'à cet instant… Il entendit derrière lui un bruit de draps qui bougent et comprit que Chaoxin devait s'être retourné vers lui, il s'essuya donc la joue et tourna lentement la tête en arrière. Chaoxin s'était effectivement tourné vers lui. Il serrait contre lui un sweat-shirt que Dashan portait souvent quand il sortait en ville et avait l'air un peu calmé.

-Je suis désolé aussi tu sais… dît le jeune homme aux cheveux acajou d'une petite voix, au grand étonnement de son compagnon. Je peux pas vraiment me plaindre que tu ne veuilles plus m'écouter quand j'ai passé mon temps à t'embêter pour des choses futiles depuis que je suis arrivé ici…

-Chao, non, ne dis pas ça, lui rétorqua Dashan en se rapprochant de lui, touché. Tout est ma faute… Je suis trop rigide, il faut que j'apprenne à lâcher un peu du lest… Je faisais du yoga tout à l'heure, j'aurais parfaitement pu m'arrêter une minute le temps de t'écouter, j'allais pas me faire un claquage non plus…

Chaoxin lui sourît légèrement et tendit la main pour l'attirer contre lui, définitivement plus fâché. Dashan ne se fit pas prier pour prendre son petit-ami dans ses bras et le serra fort contre lui. Il remonta sa main droite vers la nuque de l'oméga et passa doucement ses doigts sur la marque qui s'y trouvait, sachant que ça allait l'aider à se détendre et à se calmer encore un peu plus.

-Chao… Ça fait combien de temps ? Demanda l'alpha après quelques minutes de silence et de calme.

-J'en suis sûr depuis une semaine, mais d'après les résultats de ma prise de sang ça fait deux mois, répondit le blader de Virgo.

-Oh… Les fameuses vacances à la mer où j'avais oublié mes suppressants comme un idiot… comprit Dashan. Décidément, aujourd'hui il était très saoulé de lui-même.

-C'est ma faute aussi, je t'avais dit que c'était pas grave parce que j'avais bien emmené ma pilule, mais j'ai oublié de la prendre… soupira l'oméga en rougissant de honte. On avait pas pensé à emmener nos neurones visiblement pour les vacances…

Dashan laissa échapper un petit éclat de rire, mais c'était un rire jaune sans mauvais jeu de mot. Effectivement, si Chaoxin était quelqu'un d'assez distrait, lui ça ne lui ressemblait pas de faire ce genre d'erreur.

-Je suis désolé Dash… soupira une nouvelle fois Chaoxin. On avait dit qu'on voulait pas d'enfant pour l'instant, qu'on avait le temps…

-C'est vrai qu'on avait dit ça… reconnut le brun. Il marqua un temps de pause avant de sourire avec douceur et de passer sa main dans les cheveux de son petit-ami. Mais tu sais, des enfants j'en veux avec toi. Alors oui, c'est arrivé plus tôt que ce qu'on aurait préféré et je comprendrais que tu ne te sentes pas capable d'accueillir un bébé maintenant, mais dans le cas contraire…

Il ne termina pas sa phrase, il se contenta d'un petit sourire encourageant. Chaoxin le regarda avec surprise l'espace d'un instant, mais rapidement il se mit à sourire avec un bonheur sincère et se blottît contre son alpha, ce qui en disait long sur sa réponse. Il aurait préféré que les choses se passent mieux évidemment, mais tout était bien qui finissait bien finalement. Maintenant il avait hâte de préparer l'arrivée de cet enfant avec Dashan.


Ryuga poussa un soupir de satisfaction et aussi de soulagement quand il arriva chez lui ce soir-là. Il revenait de sa séance de musculation quotidienne et il faisait une chaleur assez étouffante ce jour-là, il était donc deux fois plus couvert de sueur que d'habitude et rêvait d'une bonne grosse douche tiède. Oui, il aurait pu prendre sa douche à la salle, mais Ryuga détestait les douches communes et la salle de sport n'était qu'à une dizaine de minutes à pied de son appartement, alors il pouvait bien prendre sur lui pour profiter d'une bonne douche solo dans son chez-lui.

-Kyo, je suis rentré ! Annonça-t-il en passant la porte de l'appartement.

Pas de réponse. L'empereur dragon n'y fit pas plus attention que ça et referma la porte à clé derrière lui. Son petit-ami devait encore être au travail, quel forcené celui-là alors. Il avait un peu la sensation d'être un branleur à côté de lui, mais c'était du boulot aussi d'être blader à un niveau professionnel et de coacher son petit protégé de Sakyo ! Ce n'était simplement pas le même genre de charge de travail.

Le blanc traversa donc tranquillement le couloir pour aller à la salle de bain et se dépêcha de sauter dans la douche, impatient de se débarrasser de la couche de sueur qui recouvrait son corps et de soulager ses muscles qui avaient une fois encore bien travaillé. Ce qu'il ignorait, c'était qu'en réalité son petit-ami était bel et bien dans l'appartement et l'avait parfaitement entendu rentrer et l'appeler, mais il ne lui avait pas répondu volontairement. Il avait quelque chose à lui dire mais il savait que Ryuga revenait de la salle de sport alors il préférait le laisser prendre sa douche avant de lui saper le moral.

À peine cinq minutes plus tard, le blader de L-Drago sortit de la douche et attrapa sa serviette pour se sécher rapidement avant de l'enrouler autour de sa taille. Il avait bu énormément pendant sa séance de musculation mais il avait tellement sué qu'il avait quand même encore soif ; il avait envie d'un verre d'eau bien fraîche et il ne voulait pas attendre. Il se dépêcha donc de fourrer ses vêtements de sport dans la machine à côté du lavabo et sortit de la salle de bain avec juste sa serviette sur lui pour aller à la cuisine. Quelle ne fut pas sa surprise de tomber sur son compagnon assis à la table alors qu'il le croyait encore au travail.

-Oh, Kyo ! Je croyais que t'étais encore au bureau, dît-il justement avec un petit sourire tout en se dirigeant vers le réfrigérateur. Ça a été ta journée ?

-Ryuga, je dois te dire quelque chose, lui répondit Kyoya de but en blanc. Tu ferais mieux de t'assoir.

Ryuga eut la sensation que sa colonne vertébrale venait de se liquéfier et que son corps était passé d'une température normale au zéro absolu. Le frigo ouvert devant son corps quasiment nu lui donnait la sensation d'avoir encore plus froid. Lentement, il se retourna pour regarder son petit-ami. C'était seulement maintenant qu'il remarquait que Kyoya n'avait ni casque ni écouteurs sur les oreilles et qu'il se demanda donc pourquoi il ne lui avait pas répondu quand il l'avait appelé en rentrant. Il remarqua aussi qu'il y avait des papiers devant le blader de Léone.

-Je… Je vais m'habiller, je reviens, décida le blanc en refermant le frigo.

Kyoya se contenta de hocher la tête. Mal à l'aise, Ryuga sortit rapidement de la cuisine et courut quasiment jusqu'à leur chambre pour s'habiller. Son petit-ami lui faisait peur, ça ne lui ressemblait pas d'être si froid… Le blanc était en train d'imaginer le pire scénario possible, c'est-à-dire celui où sa moitié lui annoncerait qu'il n'était plus heureux dans leur relation. Ce serait vraiment la pire chose qui puisse arriver puisqu'ils étaient liés tous les deux. Mais d'un autre côté, ça n'aurait aucun sens ! Ils ne se disputaient quasiment jamais, ils étaient toujours aussi complices qu'au premier jour, rien ne laissait présager une rupture à ses yeux… Mais alors qu'avait donc Kyoya ? Il fallait qu'il le sache.

L'alpha enfila donc les premières fringues propres qui lui tombèrent sous la main et revint précipitamment dans la cuisine. Le vert était toujours assis à la table de la cuisine mais il s'était servi un verre de thé glacé à la pêche. Son petit-ami s'assît face à lui et observa avec un peu plus d'attention les papiers éparpillés sur la table. Il crut que sa colonne vertébrale s'était liquéfiée une nouvelle fois quand il se rendit compte que c'était des papiers d'analyse médicale. Il se souvint alors que ça faisait quelques semaines que Kyoya se plaignait de temps en temps de ne pas se sentir au top de sa forme. Est-ce qu'il avait découvert qu'il avait quelque chose de grave ? Est-ce que c'était ça qu'il voulait lui annoncer ? Ryuga avait l'impression que son monde, que LEUR monde était à deux doigts de l'effondrement.

-Kyo, qu'est-ce qu'il y a ? Finît-il par demander puisque le lion ne disait rien et se contentait de fixer son thé glacé dans son verre.

-Ryuga, je suis enceint, répondit finalement Kyoya sans regarder son compagnon dans les yeux, poussant vers lui les papiers.

Ryuga resta bouche bée et regarda son petit-ami avec incrédulité avant de baisser ses yeux sur les papiers. Il y avait dessus les résultats d'une analyse sanguine et c'était écrit noir sur blanc, Kyoya était effectivement enceint d'environ un mois. Mais… Mais c'était impossible… Le blader de L-Drago fixa le papier pendant bien une minute avant de se concentrer sur ses sens d'alpha. Si ça faisait un mois que Kyoya était enceint, il aurait dû sentir quelque chose, un changement dans son odeur ! Il se concentra donc et essaya de percevoir ce changement. Il sentit l'odeur de base de l'oméga, une odeur vaguement mentholée avec une touche épicée qui s'était rajoutée depuis que Ryuga l'avait marqué, mais il n'arrivait absolument pas à déceler une quelconque nuance dans cette odeur à cause de son parfum. Kyoya avait changé de parfum deux mois auparavant et cette nouvelle eau de toilette était plus forte que la précédente, le nez de l'alpha ne s'y était pas encore habitué et ça brouillait un peu sa perception de l'odeur de son petit-ami. Alors c'était pour ça qu'il n'avait rien remarqué…

Ryuga commençait peu à peu à prendre conscience de la situation et de sa gravité. Kyoya était enceint, et c'était un vrai problème. C'était un vrai problème parce que son petit-ami et lui ne voulaient pas d'enfant, ils avaient été très clairs à ce sujet tous les deux. L'avortement existait oui, mais malheureusement ce n'était pas une option que le couple pouvait envisager. Les omégas, hommes comme femmes, n'avaient tout simplement pas le droit d'avorter, sauf dans de rares cas où la grossesse présentait un danger imminent pour la santé de l'oméga.

-Mais… Comment tu peux être enceint ? Demanda le blanc après trois bonnes minutes de silence. Ce n'était peut-être pas la question la plus pertinente actuellement, mais il était un peu sous le choc et c'était la première qui lui avait traversé l'esprit.

-Je peux pas en être certain, mais il y a pas des tonnes de possibilités non plus, soupira Kyoya. Soit la capote a craqué, soit tu l'avais mal mise sans t'en rendre compte.

Son petit-ami ne trouva rien à répondre à ça, il se contenta de hocher la tête en déglutissant difficilement. C'était probablement plutôt la deuxième option, sinon il l'aurait remarqué, mais dans un cas comme dans l'autre il se sentait coupable. C'était de sa faute alors, c'était lui qui les avait mis dans cette situation de merde parce qu'il n'avait pas été assez précautionneux. Il s'en voulait tellement putain… C'était le genre d'accident qui arrivait à plein de couples dans ce monde oui, mais ça n'apaisait pas vraiment la conscience de Ryuga. Kyoya comptait sur lui…

-Ryuga, commence pas à t'autoflageller mentalement, dît le vert en cherchant le regard de son petit-ami. Je te connais hein, je la reconnais la tête que tu fais quand tu te sens coupable.

-Comment tu veux que je me sente pas coupable ? Lui rétorqua Ryuga avec un air énervé, mais énervé contre lui-même. C'est ma faute tout ça. 27 ans et j'suis pas foutu de savoir prendre mon temps pour mettre un préservatif correctement…

-Je dirais plutôt que c'est la faute de nos deux corps à la con qui peuvent pas supporter les suppressants, grogna le lion, contrarié. Sérieusement, la vie serait tellement plus simple si au moins l'un de nous pouvait en prendre. Mais non, ça nous rend tous les deux giga malades.

Il fallait bien avouer que le destin n'était pas vraiment sympa avec eux. Ils ne voulaient pas d'enfants, vraiment pas, mais ils n'avaient même pas les moyens de s'assurer que ça n'arrive pas. C'était frustrant, horriblement frustrant.

Kyoya termina alors son verre de thé glacé et se leva pour le rincer dans l'évier. C'était comme s'il était passé en mode automatique, on aurait dit qu'il était à la fois là et pas vraiment là. Ryuga le suivait du regard et n'osait pas poser la dernière question qu'il n'avait pas posé et qui lui brûlait la langue : « Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? ». C'était le point le plus important à aborder, mais c'était aussi le plus sensible. Kyoya ne pouvait pas avorter, en revanche ils n'étaient pas obligés de le garder cet enfant. Bizarrement, cette idée mettait Ryuga vraiment mal. Il n'arrivait même pas à prononcer le mot « abandon » dans sa tête, alors que c'était ce que c'était. Il fallait croire qu'il s'était trouvé un blocage là.

Le blader de Léone resta toujours aussi silencieux et quitta la cuisine pour partir vers leur chambre. Il donnait l'impression de s'être totalement déconnecté du monde réel. En réalité c'était une espèce de mécanisme de défense, il sentait que s'il quittait cet état bizarre il partait pour une crise de nerfs et il ne s'en sentait pas la force. Kyoya les connaissait ses crises de nerfs, il ne voulait plus les imposer à son petit-ami… Une fois arrivé dans la chambre, il poussa un très long soupir et se laissa tomber à plat ventre contre le lit. S'il s'écoutait il hurlerait à plein poumons jusqu'à ne plus avoir de souffle, mais bon ils avaient des voisins Ryuga et lui.

Bien sûr qu'il était paniqué par la situation, bien sûr qu'il ne savait pas quoi faire, bien sûr qu'il avait envie de mourir et qu'il maudissait sa génétique d'avoir décidé qu'il serait un oméga, mais il faisait tout pour ne pas le montrer. Ça ne lui servirait à rien de paniquer, de pleurer, de s'énerver… Ça ne l'aiderait pas à prendre une décision. Il ne savait vraiment pas quoi faire… Il n'avait pas vraiment beaucoup d'options, en fait il n'en avait que deux : soit Ryuga et lui gardaient cet enfant, soit ils l'abandonnaient à la naissance et retournaient à leur vie en essayant de faire comme si de rien n'était. C'était dans un moment comme celui-là qu'il aurait aimé être le mec froid et sans sentiments que beaucoup pensaient qu'il était, comme ça il aurait pu choisir la deuxième option sans se torturer l'esprit. Mais voilà, Kyoya avait malheureusement des sentiments et l'idée même de traverser neuf mois de grossesse pour au bout abandonner un bébé à son destin lui donnait la nausée. Loin de lui l'idée de juger les personnes qui faisaient ça parce qu'il avait bien conscience qu'elles avaient leurs raisons, mais lui se sentirait comme un monstre de faire ça… Et pourtant, avoir un enfant il ne s'en sentait absolument pas capable ! Aucune solution ne lui convenait…

Ryuga avait suivi son compagnon, mais en le voyant s'étaler comme ça sur leur lit il baissa les yeux par terre et hésita à entrer dans la chambre. Il se doutait bien que l'oméga faisait semblant d'être calme, mais il n'aimait pas s'en rendre compte de manière frontale… Il fallait qu'il prenne un temps pour réfléchir, il fallait qu'il ait quelque chose à lui dire pour le rassurer avant de le rejoindre.

Si les deux jeunes hommes ne voulaient pas d'enfants, au fond ce n'était pas tant parce qu'ils ne les aimaient pas. Bon certes, c'était un fait, ils avaient tous les deux du mal avec les enfants, mais ce n'était vraiment pas ça le problème pour eux. Le réel problème, celui qui les poussait à ne pas vouloir d'enfants, c'était qu'ils étaient tous les deux persuadés qu'ils ne seraient jamais de bons parents, pour des raisons différentes.

Kyoya avait perdu sa mère jeune des suites de maladie et son père avait eu le gros défaut de beaucoup d'hommes d'affaires, c'est-à-dire d'être très absent ; il avait donc la sensation de cruellement manquer d'exemple pour être un bon parent et par conséquent d'être incapable d'en être un. Quant à Ryuga, il avait eu des parents incroyables, des parents aimants et qui avaient toujours tout fait pour lui ; ce n'était pas ça le problème pour lui. Alors qu'était-ce ? Eh bien, son visage absolument pas rassurant pour n'importe quel enfant. Oui, c'était la vraie raison et ça n'avait rien d'amusant pour Ryuga. Que son apparence soit effrayante au point qu'on le regarde bizarrement dans la rue ça il avait appris à s'en foutre, en revanche que tous les bébés se mettent soudainement à pleurer dès qu'ils posaient leurs petits yeux sur lui… À la longue, ça lui faisait réellement du mal. Et s'il avait un enfant et que son visage le terrifiait lui aussi, hein ? Ce serait le plus gros coup de poignard possible dans son cœur…

Ce fut à ce moment que l'empereur dragon réalisa quelque chose. Avoir un enfant avec Kyoya, ça lui mettait la boule au ventre parce qu'il avait la sensation qu'il ne serait jamais à la hauteur, mais…mais l'idée lui donnait quand même envie. C'était flippant, c'était des responsabilités, c'était prendre un risque bien différent de ceux qu'il avait pris dans sa vie de blader, mais pourquoi pas ? Après tout, pourquoi Kyoya et lui se planteraient ? Peut-être qu'ils partaient avec plus de difficultés, peut-être que ça leur demanderait plus d'efforts qu'à d'autres, mais rien de valable ne les destinait à être de mauvais parents. Ils étaient ensemble depuis bientôt dix ans, ils s'aimaient toujours comme au premier jour, ils avaient des vies très stables… Sur le papier, ils avaient tout ce qu'il fallait, non ?

Cette fois Ryuga avait pris une décision. Peut-être que Kyoya ne serait pas d'accord, que c'était vraiment trop à encaisser pour lui, mais il se devait au moins de lui dire ce que lui pensait de la situation. Ils étaient deux dans cette situation après tout. L'alpha se décida donc à entrer dans la chambre et s'allongea sur le dos près de son petit-ami qui lui était toujours à plat ventre contre le matelas.

-Kyo… commença-t-il, le regard fixé sur le plafond. Je sais que tu dois flipper… Crois-moi, je flippe aussi… Je sais aussi qu'on en a déjà parlé et qu'on pense tous les deux qu'on serait pas capables d'être de bons parents, mais j'y ai réfléchi… C'est toi qui auras le dernier mot Kyoya, mais je veux que tu saches que si tu penses être prêt à le garder, alors moi aussi je suis prêt.

Même s'il regardait toujours le plafond, le blader de L-Drago sentit que son compagnon s'était redressé soudainement et il ne tarda pas à le voir passer dans son champ de vision.

-T'es sérieux là Ryu ? Lui demanda le vert avec un air qui laissait très clairement deviner qu'il ne croyait absolument pas son compagnon.

-Bien sûr que je suis sérieux, tu crois que j'aurais vraiment choisi un moment pareil pour me foutre de ta gueule ? Rétorqua Ryuga. Je le pense vraiment Kyo.

-T'es vraiment en train de me dire que tu serais prêt à avoir un bébé ? Redemanda Kyoya, ayant visiblement du mal à le croire.

-Oui, répondit simplement le dragon.

-Donc t'as soudainement changé d'avis sur nos capacités à être de bons parents ?

-Je me suis posé pour réfléchir ouais. Sérieusement Kyoya, pourquoi on se foirerait forcément ? Oui on va sûrement galérer, oui on va sûrement faire des erreurs parfois, mais c'est tous les parents du monde ça. C'est impossible d'être un parent parfait qui se plante jamais, ça n'existe pas.

Kyoya détourna le regard et Ryuga sentit qu'il était en train de peser le pour et le contre dans sa tête. Pour être tout à fait honnête, le blader de Léone était terrifié à l'idée de mal faire avec un enfant, de reproduire inconsciemment les erreurs de son père qui l'avaient tant fait souffrir. Après tout, désormais il était à la place de son père, c'était lui le PDG de la Tategami Corp. ! Kyoya avait longtemps été en colère contre son père pour son absence, mais en grandissant il avait compris que les choses n'étaient pas juste noires ou blanches dans la vie et que son père avait essayé de faire de son mieux pour gérer à la fois un empire financier et deux enfants. Oui il avait fait des erreurs, mais jamais il n'avait cessé d'aimer ses fils et de vouloir le meilleur pour eux. Et puis il avait oublié un détail… Son père était seul lui, il n'avait plus sa femme pour l'épauler. Kyoya lui n'était pas seul, il avait Ryuga et il savait qu'il pourrait toujours compter sur lui.

Finalement, son petit-ami avait raison. Ils étaient tout aussi capables que d'autres d'élever un enfant et d'en faire un être parfaitement épanoui. Peut-être un petit peu plus psychopathe que la moyenne, mais parfaitement épanoui.

-T'es vraiment sûr de toi ? Insista l'oméga avec un air qui semblait partagé entre le sérieux et l'envie de déconner pour détendre l'ambiance. Tu te sens vraiment prêt à mettre les pieds dans un truc qui va complètement foutre en l'air notre quotidien ?

-Paraît que c'est la routine qui tue les couples justement, un peu de changement ça fait pas de mal, répondit Ryuga en laissant un sourire en coin familier étirer ses lèvres.

-Ah oui ? Tu diras encore ça quand on aura un sommeil totalement flingué parce qu'il fera pas encore ses nuits ? Quand on aura des bosses plein le visage à force de se prendre des putains de jouets en plastique dans la gueule ? Énuméra le vert d'un air amusé. Et quand dans quelques mois tu devras subir mes sautes d'humeur alors que j'en ai déjà dans mon état normal, tu maintiendras toujours qu'un peu de changement ça n'fait pas d'mal ?

-J'ai survécu à un duel contre le dieu de la destruction, si je ne survis pas à mon petit-ami enceint et à notre bébé ce serait vraiment pathétique, rétorqua l'empereur dragon dans un ricanement.

-On en reparlera quand tu devras te réveiller à 3H du matin pour lui donner le biberon ou le changer, ça t'fera moins marrer je sens.

-Sûrement, mais ça vaudra le coup. J'espère qu'il aura tes yeux.

Kyoya devint subitement plus rouge que la mèche de Ryuga et marmonna un « Ta gueule » avant de cacher son visage contre le buste de son petit-ami, ce qui amusa évidemment ce dernier. C'était toujours aussi drôle quand Kyoya était gêné, mais il n'eut pas la tête à rire de sa gêne trop longtemps et le serra vite contre lui en souriant d'un air bien plus tendre que ce dont il avait l'habitude. Peut-être qu'ils faisaient une énorme connerie tous les deux et qu'ils allaient le regretter dans huit mois, mais franchement il n'y croyait pas une seule seconde. Il sentait au fond de ses tripes que ce bébé il l'aimait déjà et qu'il serait prêt à tout pour être un bon père. C'était un plutôt bon départ, et il ne comptait pas s'arrêter là. Tiens, maintenant qu'il y réfléchissait, Ryuga croyait se souvenir que les lions étaient réputés être de très bons pères. Ça le fit sourire encore plus.

THE END


Moi : Et voilà, fin ! Bien évidemment, vous aurez remarqué qu'ici tout le monde finit par accepter le bébé, mais l'avortement est un droit, n'en déplaise aux arriérés ! Je vous regarde les états républicains des USA ! -_-

Kyoya : J'en ai marre un peu de toujours subir les histoires les plus longues...

Moi : Ah bah oui Kyo, mais Ryu et toi vous aviez le cas le plus épineux donc je me suis attardée dessus !

Ryuga : Julian il me fascine, rien à foutre d'être enceint le mec.

Moi : C'est une façade pour pas paniquer, mais c'est vrai que c'est drôle ! X)

Chris : Et on souhaite bonne chance à Zéo et Toby ! XD

Moi : Oui, bonne chance les gars ! XD

Kyoya : C'est la première fois de ma vie que j'ai de la peine pour Chaoxin.

Moi : J'ai fait Dashan un peu connard je sais, mais c'est raccord avec son lui du manga au début, il en avait un peu rien à foutre des autres et il était aussi rigide qu'un lampadaire ! Mais bon, tout est bien qui finit bien ! ^^

Ryuga : Et la semaine prochaine du coup ?

Moi : La semaine prochaine c'est ENFIN le prochain chapitre du Lion obscur ! Comme je l'avais dit il y a deux mois, héhé, on retournera dans le scénario de l'Ultime Bataille avec l'arrivée d'un nouveau personnage ! ^^

Kyoya : Comme j'ai pas hâte...

Moi : Laissez les reviews de l'amour et à la semaine prochaine ! Il se peut que cet OS ait une suite d'ailleurs, si jamais il vous plait, hihi n_n

Kyoya : *long soupir désespéré*

Ryuga : Et sinon, ça va les élections ?

Moi : Chut Ryu, chut... TT_TT