XI : Les raisons d'intervenir
Les jours suivants, Marinette partagea ses journées entre la distribution de tracts sur les marchés et la restauration des bijoux qu'elle avait achetés aux Puces pour devenir de nouveaux Miraculous. Elle nettoya ses acquisitions, les polit, leur appliqua une couche de produit protecteur et entreprit de compléter celles à qui il manquait des éléments. Une virée dans le treizième arrondissement permit à la jeune fille d'acquérir une vingtaine de boîtes semblables à celles qui avaient abrité les Miraculous du temps de maître Fu.
Les kwamis suivaient son avancée avec intérêt, se réjouissant à l'avance de ne plus avoir à se confiner dans les bagues détestées. Ils exprimaient par des pirouettes aériennes leur joie de bientôt habiter les supports créés à leur intention par une gardienne qu'ils appréciaient particulièrement.
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Trois jours avant les élections, Adrien, Alix et Marinette se retrouvèrent dans un quartier huppé de la capitale. Ils n'étaient qu'eux trois, Sabrina étant de repos ce jour-là. L'atmosphère y était moins bon enfant que sur les marchés qu'ils avaient fréquentés les jours précédents. Ils n'en furent pas étonnés, car leurs amis les avaient prévenus. Il était assez difficile d'arrêter les passants, et ceux-ci étaient moins réceptifs que d'habitude à leurs arguments. Ils ne se décourageaient cependant pas, désireux de donner le maximum de chances à Caline Bustier.
Ils virent arriver, à l'autre bout du marché, un groupe portant des t-shirts qui les identifiaient comme des supports d'Armand d'Argencourt. Ce n'était pas la première fois qu'ils croisaient l'autre équipe de campagne, et ils s'étaient ignorés lors des occasions précédentes. Ils ne furent donc pas inquiets quand ils virent deux membres du groupe venir à leur rencontre.
— Bonjour, leur lança poliment Marinette quand ils furent à portée de voix.
— Les mômes, fini de jouer, lança l'un d'eux. Vous remballez et vous rentrez chez vous.
— Pardon ? s'étonna la jeune fille estomaquée.
— Tu m'as bien entendu. La politique, c'est sérieux, on n'a pas besoin d'avoir des gamins comme vous dans les jambes.
— Écoutez, le marché est grand, nous pouvons faire nos distributions tranquillement, sans nous gêner, intervint Adrien. Les gens d'ici ont le droit d'avoir accès aux tracts des deux candidats.
— La ferme, toi. Tu prends tes cliques et tes claques, et tu dégages ! Compris ?
— Et si je ne le fais pas ? demanda Adrien sans bouger d'un pouce.
Marinette repéra deux autres militants du même groupe venant dans leur direction. Ils allaient se trouver en infériorité numérique, sans compter que leurs adversaires étaient tous plus grands et plus musclés qu'eux. La situation se présentait plutôt mal. Elle balaya les alentours et évalua les possibilités qui s'offraient à eux.
— Alix, dit-elle calmement, prends les tracts et mets-les à l'abri. Le passage est libre entre l'étal du fromager et celui du marchand de poisson.
— D'accord, répondit sa camarade suivant ses instructions.
— Adrien, continua Marinette, recule et…
Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase. L'un des malabars était en train de foncer vers eux. Par réflexe, elle s'écarta, avant de se tourner pour vérifier si Adrien avait besoin d'aide. Celui-ci avait souplement évité son propre assaillant et lui faisait face, brandissant un concombre qu'il avait récupéré sur un étal.
Marinette n'était pas sortie d'affaire. Son adversaire était sur le point de l'attraper. Elle sauta de côté, s'empara d'une cagette remplie de cerises gâtées qui avait été mise de côté et la jeta dans les jambes de son agresseur. Celui-ci se prit les pieds dedans et glissa sur la bouillie de fruits qui s'était répandue sur la chaussée.
Elle en profita pour rejoindre Adrien. D'instinct, elle se plaça dos à lui, surveillant les deux nouveaux attaquants qui s'approchaient en amorçant une manœuvre d'encerclement. Seule la fuite pourrait leur éviter de prendre des coups, décida-t-elle.
— Prépare-toi à plonger sous un étal, souffla-t-elle à Adrien. Un, deux…
— Bon, ça suffit comme ça ! gronda une voix forte. On ne veut pas de trouble-fêtes ici. Dégagez avant qu'on vous foute dehors.
Plusieurs forains s'avançaient vers eux, l'air mécontent. Humiliée d'être traitée de la sorte, Marinette se sentit cependant soulagée. Il valait mieux être chassée que tabassée.
— Vous avez entendu, les chiards ? fit l'un de leurs rivaux. On ne veut ni de vous ni de votre candidate anarchiste !
— C'est à toi que je parle, le détrompa le forain. Les gamins ne causaient aucun problème. C'est vous et vos grandes gueules qui mettez le bazar. Partez immédiatement !
Les soutiens de d'Argencourt protestèrent, mais plusieurs marchands s'étant joints à celui qui était intervenu et ils reculèrent lentement.
— Tu n'es pas blessée, Marinette ? s'inquiéta Adrien en lui prenant la main.
— Je n'ai rien. Et toi ?
— Pas une égratignure.
— Tu as perdu ta casquette et tes lunettes, réalisa soudainement Marinette.
— Tout va bien, les enfants ? s'enquit la marchande de fruits et légumes chez laquelle Adrien s'était procuré son arme.
— Oui, oui. Madame, désolé pour votre concombre, je vais vous le rembourser, bien sûr.
Ils contemplèrent la cucurbitacée qu'Adrien tenait toujours à la main, un peu écrasée à son extrémité.
— Je t'en fais cadeau, répondit la commerçante. Ça m'a bien fait rire de voir cette brute se le prendre sur le nez. Il faisait moins le fier, après.
Marinette regarda en direction de leurs ennemis en déroute. L'un tenait effectivement un mouchoir sur son nez, et l'autre était couvert de pulpe écarlate. Adrien et elle formaient une équipe aussi redoutable que celle de Chat Noir et Ladybug ! songea-t-elle avec satisfaction.
— On va nettoyer les dégâts, promit-elle en se tournant vers l'endroit de son combat.
Mais déjà un forain était en train de verser un seau d'eau sur le pavé souillé, tandis qu'un autre utilisait des bouts de la cagette qui avait éclaté pour repousser sur le côté les fruits étalés sur le sol.
— Ne vous en faites pas pour ça, la rassura la marchande. Vous pouvez continuer vos activités. Elle doit être très gentille, votre professeure, pour que vous vous donniez autant de mal pour elle.
— C'est une personne formidable, assura Adrien.
Alix arriva près d'eux, la sacoche contenant leurs tracts sur l'épaule. Elle se baissa pour ramasser la casquette et les lunettes d'Adrien qui gisaient sur le sol. Celui-ci les saisit avec reconnaissance. Il remit son couvre-chef en place et entreprit d'arranger ses lunettes qui s'étaient tordues.
— Dites, je ne vous ai pas déjà vu quelque part ? réalisa soudain la commerçante, en lorgnant le mannequin.
— J'ai un cousin qui fait souvent ses courses dans le coin, prétendit Adrien, en chaussant ses lunettes. Vous avez dû le voir passer.
Ils remercièrent les marchands qui revenaient après avoir veillé au départ des trublions, puis reprirent leur place.
— C'est toi qui leur as demandé de l'aide ? demanda Adrien à Alix.
— J'ai simplement attiré l'attention du boucher sur ce qu'il se passait, et il a agi comme je l'espérais. Même s'ils nous avaient mis dehors, c'était toujours mieux que de se battre contre ces abrutis.
— Tu nous as bien sauvé la mise, approuva Marinette.
— Dites, commença Adrien, visiblement mal à l'aise. Est-ce que… vous allez le raconter aux autres ?
— Tu crains que Nathalie et Amélie refusent que tu continues à nous accompagner si elles apprennent ce qui vient de se passer, comprit instantanément Marinette.
— C'est ça.
— Il faut qu'on dise aux autres de faire attention à ces types, répondit Alix, mais on n'est pas obligés d'entrer dans les détails.
— Désolé de vous obliger à mentir, s'excusa Adrien.
— J'ai l'habitu… enfin je veux dire, pas de problème, si cela peut te permettre de sortir de chez toi, s'empêtra Marinette.
La suite de la matinée se passa sans épisode notable. Les trois adolescents quittèrent les lieux après avoir de nouveau remercié les forains, et avoir reçu de quoi manger pour les deux jours à venir.
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Ils dirigèrent vers le point de rendez-vous convenu avec l'équipe de Félix. Ils signalèrent qu'ils avaient eu maille avec des opposants et qu'il valait mieux les éviter. Les deux cousins et leurs petites amies prirent le métro ensemble, avant de se séparer, Adrien et Félix d'un côté, Alix et Marinette de l'autre.
C'était la première fois que les deux jeunes filles se trouvaient en tête-à-tête depuis la bataille finale contre Monarque. Elles marchèrent un moment en silence, puis Marinette décida de profiter de l'occasion pour éclaircir les points qui lui semblaient encore un peu flous.
— Je peux te demander quelque chose à propos de mon dernier combat ? commença-t-elle.
— Bien sûr, mais je ne garantis pas que je répondrai.
— Si tu n'es pas intervenue quand Gabriel Agreste m'a immobilisée, c'est parce que tu savais le vœu qu'il allait faire ?
— Plus exactement, j'ai vu le futur qui en découlait, et il était conforme à ce que mon moi futur nous avait révélé. Je n'avais donc aucune raison d'intervenir.
— Tu veux dire que tout s'est passé comme prévu ?
— Ce n'est pas si simple. Je vois le futur de manière incertaine, car il n'est jamais totalement établi. Plusieurs versions proches coexistent. Tant qu'on évitait celles qui menaient à la réécriture radicale que Monarque avait en tête, je n'avais rien à faire.
— C'est pour ça que tu l'as laissé me voler tous les Miraculous ? Parce que le futur allait toujours dans la direction voulue ? avança Marinette, qui s'était souvent demandé la raison de l'inaction de Bunnyx.
— Exactement. Je sais que ça a été extrêmement pénible pour toi, mais cet épisode a eu des répercussions positives.
— Vraiment ? demanda sèchement Marinette, qui avait encore bien en tête le désespoir qui avait été le sien ce jour-là.
— Eh bien, ta relation avec Chat Noir n'était pas au beau fixe à cette époque. Il était utile que tu te constitues une équipe, mais cela vous a éloignés l'un de l'autre. Quand il est redevenu ton unique soutien, vous vous êtes de nouveau rapprochés. Crois-tu que tu aurais pu lui pardonner de ne pas être venu pour combattre Monarque, si cela n'avait pas été le cas ?
Marinette ne put nier qu'à l'époque, elle sous-estimait totalement le rôle de Chat Noir. Focalisée sur ses nouveaux alliés, elle avait tendance à le laisser de côté, et à ne plus le considérer comme un partenaire spécial. Dans cet état d'esprit, aurait-elle pris le temps d'imaginer son supplice et de comprendre les raisons de son abandon ? Il est plus probable que cela aurait irrémédiablement brisé la confiance qu'elle avait en lui. L'idée qu'elle aurait pu accepter que Chat Noir lui rende sa bague la fit frissonner.
— Je comprends, fit-elle avec humilité, honteuse de son attitude passée.
— Cela a également permis à Félix de récupérer le Miraculous du paon, continua Alix. Il vaut mieux pour tout le monde qu'il soit de ton côté plutôt que ton adversaire.
— Je vois, dit Marinette, se rendant aux arguments de son amie.
Une pensée la traversa :
— Dois-je en déduire que la disparition du Miraculous du papillon est une bonne chose ? demanda-t-elle, ayant du mal à y trouver un avantage.
— Cela doit être ainsi, répondit Alix. Ne t'en fais pas, Marinette, tu as ton équipe pour faire face.
— Y a-t-il une version du futur où je ne distribue pas les Miraculous ? voulut savoir Marinette.
— Qu'est-ce qui t'a poussé à prendre cette décision ? questionna patiemment Alix.
— Les avoir perdus… Attends, tu veux dire que c'est ce que tu considères comme une répercussion positive de me les être fait prendre ?
— Cela a fait disparaître la possibilité que le nouveau Papillon y parvienne, confirma Alix.
— Il sera pire que Monarque, n'est-ce pas ?
— Vous serez sur son chemin, avec toute l'expérience que vous avez déjà acquise et les liens que vous avez tissés du temps du précédent.
— Si on arrive à le vaincre, il y en aura-t-il un suivant ?
— Tu crois vraiment que je vais répondre à ça ?
— Non, soupira Marinette, je suppose que non.
Elle contempla son amie avant de s'inquiéter :
— Tout ça, ce n'est pas trop lourd pour toi ?
— Ne t'en fais pas, Marinette. J'ai pris le temps d'assimiler mon rôle et de bien comprendre la manière dont les événements s'enchaînent.
— Tu as appris vite, nota Marinette, qui trouvait qu'Alix avait beaucoup mûri.
— Pour toi, cela ne fait que quelques semaines, mais plus d'un an est passé de mon côté. J'ai eu besoin de ce temps-là pour me former.
— Tu veux dire que tu as vieilli plus vite que moi ?
— De mon point de vue, ma vie est aussi linéaire que la tienne. Je vivrai le nombre d'années que mon corps peut supporter. Par contre, le nombre d'années entre ma date de naissance et celle de mon décès ne correspondra pas forcément à ce que j'aurai réellement vécu.
— Tu me donnes mal à la tête, protesta Marinette.
— Imagine ta vie comme une ficelle qui serpente. La mienne en est une autre, qui croise la tienne de temps en temps. Parfois, ma ficelle aura fait davantage de chemin entre deux croisements, parfois, ce sera la tienne.
— D'accord, je comprends mieux comme ça.
Marinette songea à tout ce qu'elle avait appris et demanda :
— Ce n'est pas un peu désespérant de connaître sa vie à l'avance ?
— Je ne regarde que les dix prochaines années. Pour la suite, c'est la version de moi qui a dix ans de plus qui s'en occupe.
— Celle que je connais ? se fit préciser Marinette.
— C'est ça. Elle s'est aussi occupée de la période durant laquelle je n'avais pas encore mon Miraculous. Par contre, je ne sais pas si elle est responsable de tout notre futur, ou si elle n'est qu'un relais couvrant un temps déterminé.
— C'est pratique de pouvoir diviser le travail en plusieurs versions de soi, remarqua Marinette.
— Quand tu établis une liste de choses à faire, c'est pareil, fit remarquer Alix. Tu les fais les unes après les autres. C'est comme si tu les déléguais à ton moi futur.
— C'est vrai, admit Marinette. Et j'aimerais bien de temps en temps que mon moi futur vienne me rassurer et me dire que je suis sur la bonne voie, ajouta-t-elle pensivement.
— Je sais que tu penses souvent que tu pourrais faire mieux, et que c'est une tâche très lourde qui pèse sur tes épaules, dit gentiment Alix, mais je t'assure que tu t'en tires très bien.
— Je fais de mon mieux.
— Tu grandis très vite aussi, Marinette. J'ai été voir dans le passé. Il est rare de voir de si jeunes porteurs arriver à utiliser leurs pouvoirs sans limite de temps. Toi et Chat Noir êtes vraiment les personnes qu'il nous fallait. Et vous êtes faits pour travailler ensemble, ne l'oublie jamais.
— Toi aussi, tu penses que Chat Noir est mon âme sœur ? s'enquit Marinette d'une voix tendue.
— Cela ne fait aucun doute.
Marinette ne put s'empêcher de faire grise mine.
— Où est le problème ? s'étonna Alix.
— Eh bien… ce n'est pas lui que j'aime.
— Oh, Marinette, cela n'a aucune importance. On peut avoir plusieurs âmes sœurs, tout comme on peut avoir plusieurs amis ou plusieurs parents.
— Ah, je ne savais pas. Tant mieux.
— Ne doute pas de toi, conclut Alix. Et continue à encourager Chat Noir. Tu as besoin de lui autant qu'il a besoin de toi.
— Je ne l'oublierai pas, promit Marinette.
Elles étaient arrivées devant la boulangerie.
— Tu veux prendre quelque chose ? Un cookie ou des macarons ?
— C'est pas de refus. J'ai beaucoup voyagé, mais je n'ai jamais trouvé de meilleurs macarons que ceux de ton père.
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Alors qu'Adrien et Félix cheminaient entre le métro et le manoir, Félix grogna :
— On aurait dû prendre un taxi. À quoi ça rime de rentrer à pied après avoir piétiné pendant des heures.
— Ce serait jeter l'argent par les fenêtres, rétorqua Adrien.
— Et alors ? On est riches, non ? On peut se le permettre, répliqua son cousin.
— Ce n'est pas une raison pour le dépenser inconsidérément, répondit Adrien. Ce n'est pas comme si on l'avait gagné nous-mêmes.
— Et ton travail de mannequin, c'était quoi ? Tu crois que l'oncle Gabriel t'aurait laissé te pavaner sur les podiums si cela ne lui avait pas rapporté ? Tu étais son meilleur argument de vente. Quant à moi, je ne l'ai peut-être pas gagné, mais je l'ai mérité.
Adrien détestait laisser le dernier mot à Félix, surtout quand celui-ci le dénigrait. Mais la rancœur dans la voix de son cousin sur les derniers mots lui passa l'envie de répondre puérilement dans le seul but de marquer un point. Il se demanda ce qui avait rendu son cousin aussi amer.
— Tu penses toujours que notre monde mérite d'être effacé ? demanda-t-il à brûle-pourpoint.
Félix lui jeta un regard en biais et reconnut :
— Il y a davantage de bonnes personnes que je ne l'avais escompté. J'étais… j'étais très en colère. Et très isolé, aussi.
Adrien fut sur le point de lui faire remarquer qu'il avait, lui aussi, été tenu loin du monde et s'était senti abandonné. Cela ne l'avait pas empêché de faire son possible pour s'intégrer quand l'occasion lui en avait été donnée, au lieu de projeter sa colère sur ceux qui croisaient sa route.
Puis il se souvint des journées où l'idée même de se lever et d'affronter ses problèmes lui semblait insurmontable. Ces moments où l'amitié et l'humour de Plagg n'arrivaient pas à le faire réagir. Ce n'était pas avec le monde qu'il avait envie d'en finir, mais avec lui-même. Était-ce si différent ?
— Je comprends, dit-il doucement.
— Vraiment ? douta Félix d'un ton incrédule.
Puis il sembla songer à quelque chose, et reconnut tout bas :
— Je te crois.
Les deux cousins continuèrent leur chemin en silence. Alors que les grilles du manoir étaient en vue – heureusement, les journalistes avaient levé le siège après la cérémonie d'adieu –, Adrien aborda un sujet qui le préoccupait depuis un moment :
— Comment comptes-tu utiliser le pouvoir de ton Miraculous ?
Félix marqua le pas, visiblement surpris par la question.
— Je ne savais pas que j'avais donné mon accord pour jouer à Action ou Vérité, s'agaça-t-il.
— Tu as failli faire disparaître ma petite amie à jamais, rappela Adrien. Faut pas t'étonner si je ne suis pas rassuré à l'idée que tu possèdes un si grand pouvoir. Je sais que tu ne l'as pas acquis de manière très glorieuse, ajouta-t-il perfidement.
Félix eut l'air bien plus touché par l'attaque qu'Adrien ne s'y attendait.
— Je t'ai déjà dit que j'étais désolé, protesta-t-il d'une voix blessée. Et je me suis excusé auprès de Ladybug.
— Tu lui as parlé !? s'exclama Adrien avant de se souvenir que Ladybug l'avait laissé entendre.
— Ouais. On a mis les choses à plat.
Adrien ne put s'empêcher d'en être agacé. La confiance que sa Lady avait en son cousin lui déplaisait. Bon, voilà qu'il faisait une nouvelle crise de jalousie. Vilain chat !
Il demanda pour en avoir le cœur net :
— Elle t'a vraiment dit que tu pouvais garder ton Miraculous ?
— Elle ne m'a pas demandé de le lui rendre.
— Si elle le faisait, tu le lui donnerais ? insista Adrien.
Félix réfléchit un moment avant de répondre :
— Elle sait que j'ai une bonne raison de vouloir le conserver. Elle me le demandera que si elle ne peut pas faire autrement.
Ce n'était pas une réponse. Adrien relança :
— Une bonne raison ?
— Crois-moi, tu ne veux pas le savoir.
Adrien serra les dents. Félix était vraiment pénible !
— Je ne dis pas ça pour te faire enrager, précisa son cousin qui avait compris son humeur. C'est très personnel. Peut-être que nous en parlerons un jour, mais c'est trop tôt pour le moment.
Il y avait dans l'expression de Félix quelque chose qui convainquit Adrien que ce n'était pas de l'esbroufe. Cette histoire était-elle liée à ce qui le rendait aussi méfiant envers les autres ? Comment diable en était-il arrivé à rendre service à leur ennemi ? Pourquoi Ladybug ne semblait-elle pas lui en vouloir ? Est-ce que par hasard…
— Monarque t'a-t-il contraint à l'aider ? interrogea-t-il.
Une fois de plus, Félix prit son temps pour formuler sa réponse :
— De manière indirecte, finit-il par livrer.
Au ton employé, Adrien comprit qu'il était inutile d'en demander davantage. Il continua sur un sujet qui lui paraissait plus important :
— Si un autre Papillon se faisait connaître, aiderais-tu Ladybug à le combattre ?
— Sans doute, répondit Félix. Pourquoi cette question ? Tu serais candidat ?
Plutôt deux fois qu'un, si je n'étais pas déjà son plus proche partenaire ! songea Adrien. Mais il se contenta de prétendre :
— J'ai déjà beaucoup à faire dans ma propre vie. Je ne serais certainement pas un bon élément.
— Tu ne serais pas pire que moi, jugea Félix avec une modestie surprenante. Marinette t'a-t-elle dit qu'elle trouvait qu'on se ressemblait ? ajouta-t-il, changeant totalement de sujet.
— Ouais. Sache que cela ne me réjouit pas trop.
— Pareil pour moi.
Au lieu de s'en vexer, les deux cousins s'amusèrent de cette curieuse entente. Ils se sourirent alors que la grille du manoir s'ouvrait lentement devant eux.
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Un grand merci à Amélie et Fénice pour leur relecture attentive.
Merci à celles et ceux qui laissent un petit mot en passant. C'est très encourageant pour poster la suite.
Qui sait quoi ?
Adrien ne sait pas que Félix et lui sont des senti-être.
Félix le sait pour eux deux mais ne veut pas le révéler à son cousin.
On se retrouve dans une semaine pour Soirée électorale
