Musa était dans sa chambre, sur son lit. La magie empêchant la souffrance physique de se répandre avait commencé à s'estomper. Son nez devenait douloureux. C'était plus désagréable qu'elle ne l'aurait pensé, mais c'était éphémère et elle devait retourner se faire soigner le lendemain. Cela passerait donc rapidement. Elle devait juste trouver une solution pour passer la nuit sans que cette sensation pulsatile sur son visage ne l'empêche de dormir. Des décharges électriques parcouraient sa tête de manière aléatoire. Elle prit un médicament dans le placard de la salle de bain en espérant que cela suffirait à la calmer pour la soirée. Elle entendit Stella lui parler.
- Musa, il y a quelqu'un, en mauvais état soit dit en passant, pour toi.
La jeune femme fronça les sourcils. Riven avait dit qu'il reviendrait, donc c'était forcément lui. Qu'avait-il encore fait pour se retrouver mal en point ? Un soupir s'échappa de ses lèvres, résigné et légèrement agacé. Elle connaissait bien le spécialiste maintenant et il était dur pour lui de se tenir loin des ennuis. Sa démarche la mena devant la porte, que son amie avait laissé ouverte. Un air surpris, puis inquiet s'installa sur son visage. Elle tendit la main pour la poser sur la joue du jeune homme en évaluant rapidement l'état de ses blessures. Tout était superficiel mais cela restait impressionnant. Aucun doute, il s'était battu et c'était avec Nova. Donc c'était pour elle. Pourquoi fallait-il qu'il se mette dans un état pareil pour un simple coup involontaire ?
- Riven... Tu ne sais vraiment pas te tenir. Tu es incorrigible. Rentre et va t'asseoir sur mon lit. Je vais chercher un baume pour les hématomes et les plaies que tu as.
Elle l'avait laissé aller s'installer. Il connaissait le chemin jusqu'à sa chambre. Ce n'était pas la première fois qu'il venait. La fée se hâta vers la salle de bain, farfouilla dans l'armoire à pharmacie, prit le baume et quelques produits en plus. Lorsqu'elle revient dans sa chambre, les bras plus chargés qu'elle n'aurait dû juste par précaution, elle trouvait le spécialiste assis sur le bord du lit et le sourire aux lèvres.
- Tu es content de t'être battu ? C'est idiot Riv' et tu le sais.
- Je suis content que tu t'occupes de moi, nuance Pixie. Et puis, Nova le méritait. Il n'aurait pas dû mettre autant de force dans son coup, c'est une chose qu'on apprend dès le début. Tu ne peux pas m'en vouloir de m'être emporté contre lui.
Un soupir presque amusé s'installa sur les lèvres de la jeune femme. C'était le jeune homme tout craché de réagir ainsi. Elle savait qu'il était impulsif et colérique. Cependant bien qu'ils se soient rapprochés et que leur relation soit indéfinissable, elle n'aurait pas pensé être un jour à l'origine de l'un de ses excès d'humeur. Elle avait conscience qu'elle ne devait pas le laisser aller dans ce sens, mais elle se sentait valorisée par l'importance qu'il lui portait. Le jeune homme était avare en mots, mais ses actes parlaient généralement pour lui.
- Je ne veux pas que tu recommences. Tu sais, je lui parle souvent et il n'est pas méchant. C'était vraiment une erreur de sa part. Il ne voulait pas me faire mal.
Riven haussa simplement les épaules et détourna le regard. La jeune femme secoua la tête. Les réactions du jeune homme étaient parfois infantiles. La discussion ne mènerait à rien puisque les deux interlocuteurs camperaient sur leurs positions. Aucun ne voulant donner raison à l'autre et chacun persuadé d'être dans son bon droit. Pourtant cette chamaillerie était loin de les déranger. Au contraire, cela semblait renforcer leurs liens. La taquinerie et les désaccords étaient habituels entre eux, ce qui ne contrariait ni l'un ni l'autre.
Musa prit un peu du baume sur le bout de son index et de son majeur, qu'elle appliqua avec autant de douceur que possible sur les plaies et les hématomes qu'elle voyait.
- Je me demande dans quel état tu l'as laissé. Vu le tien, il doit être bien amoché.
- Tu t'inquiètes pour lui maintenant ? C'est nouveau ça.
- Je peux m'inquiéter pour mes amis, non ? Ça te dérange peut-être ?
- Bien-sûr que ça me dérange. Je ne savais pas que vous étiez devenus si proches tiens.
Elle fronça les sourcils. Riven allait lui donner mal à la tête avec sa jalousie mal placée. Elle n'avait aucun compte à lui rendre et même si c'était le cas, ce n'était pas un problème de se faire des amis. Honnêtement, elle ne comprenait pas ce qui dérangeait le spécialiste.
- La jalousie te va mal.
- Je ne suis pas jaloux, je n'ai juste pas confiance en lui.
Quelque chose dans les yeux verts du jeune homme s'était allumé. Une forme de colère peut-être mais ce n'était pas tout. Son regard semblait embrasé. Était-ce à cause d'elle ? Elle avait l'impression que sa vue était voilée par une forme de désir, son corps avait réagi instantanément. Une bouffée de chaleur s'emparait de tout son être. Plus personne ne parlait. Elle ne saurait dire combien de temps cela avait duré, mais avant qu'elle ne s'en rende compte, son corps était plaqué contre le matelas, deux mains autour de ses poignets et des lèvres contre le siennes. Ce genre d'écart avec Riven arrivait de plus en plus régulièrement et elle ne saurait si soustraire. Son être le réclamait, son esprit lui criait de se donner à lui. Chaque fois, elle résistait mais elle ne pouvait le faire quand il faisait le premier pas. C'était bien trop dur.
Le baiser dura, et s'approfondit, leurs langues se mélèrent l'une à l'autre. Son corps entrait en ébullition. C'était une chose qu'elle n'avait jamais ressenti avec Sam. La passion, le désir brûlant pour une personne. Le spécialiste se redressa, son visage juste au-dessus du sien et elle pouvait sentir son souffle erratique. Ils avaient tous les deux besoins de respirer. Sa cage thoracique se soulevait à une vitesse anormalement rapide. Le jeune homme avait éveillé tous ses sens, la rendant plus sensible.
Trois coups à la porte les sortirent de leur torpeur. Musa avait l'impression de se réveiller, qu'on la tirait d'un rêve merveilleux et qu'on la forçait à affronter la réalité. Elle put entendre un grognement de la part de Riven, de frustration probablement. Il se redressa pour la laisser se relever également. Ses cheveux étaient en bataille, elle les recoiffa rapidement d'une main même si ça ne tromperait personne.
- C'est Terra.
- Tu peux entrer.
Ce moment lui avait fait oublier qu'elle partageait sa chambre avec l'une de ses amies. Elle secoua la tête en espérant que cela calmerait ses ardeurs mais ce n'était pas suffisant.
La fée de la terre entra, jetant un regard noir à Riven, et un regard suspicieux à la brune.
- Je le soignais.
Elle avait senti le besoin de se justifier, comme si on l'avait attrapé en train de faire une énorme bêtise. Musa savait qu'elle n'avait de compte à rendre à personne. Pourtant, elle se sentait gênée.
- J'ai fini, ne t'inquiètes pas. Et j'ai besoin de prendre l'air de toute façon.
Son regard glissa vers le jeune homme qui salua la troisième personne présente et se leva pour l'accompagner à l'extérieur. Oui, elle avait besoin d'air frais. Peut-être que le vent lui permettrait de calmer la chaleur irradiant ses joues.
La jeune femme ne prêta pas attention aux regards de ses autres colocataires, tous braqués sur elle avait un air désapprobateur. C'était une habitude maintenant, toutes ses amies, ou presque, passaient leur temps à lui faire des remontrances quand elle passait du temps avec Riven.
Elle poussa la porte vitrée menant à l'extérieur et sentit une brise fraîche caresser sa peau. Mon dieu, c'était agréable. Ça lui faisait du bien. Un soupir de bien-être quitta sa bouche. Elle n'arrivait pas à se défaire de la sensation des mains du jeune homme sur ses poignets. C'était enivrant.
- Tu comptes jouer au chat et à la souris longtemps avec moi ?
Le ton du spécialiste était sans appel. La fée remarquait que, contrairement à elle, il était redescendu sur terre et avait quitté leur petit nuage. De la colère était perceptible, ainsi que de l'agacement. Peut-être qu'elle n'avait plus ses pouvoirs mais elle avait une fine déduction des émotions des autres.
- Je ne comprends pas, Riv'... J'ai fait quelque chose de mal ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- Putain, Pixie. Tu es aveugle à ce point ? Ou il y a une autre explication que je n'ai pas ? Sam t'a dit quoi exactement pour que tu comprennes ce qu'il ressentait pour toi ? Si ça peut t'aider, je le répéterai mot pour mot mais il faut que cette situation s'arrête.
La jeune femme regardait son interlocuteur. Elle était si surprise que ça devait en être risible. Son cerveau refaisait rapidement l'historique des souvenirs qu'elle avait Riven mais elle ne se souvenait de rien qui était clair, aucun signal. Elle ne les avait soit pas remarqué, soit ignoré involontairement.
- Je pensais simplement qu'on s'entendait bien et que pour une raison qui m'échappe tu me trouvais attirante. Je ne pensais pas que...
- Tu sais quoi ? Réfléchis bien. Je pense avoir été assez clair et j'ai l'impression que tu me prends pour un idiot. Je vais rentrer, cette foutue conversation ne mènera nulle part de toute façon.
Elle pouvait comprendre l'énervement du jeune homme, mais elle se sentait seulement prise de court. Sa naïveté lui avait causé du tort. Alors qu'il commençait à partir, sa main attrapa son poignet.
- Je suis désolée, Riv'. Ne pars pas. S'il te plaît.
Une mine attristée, avec un mélange de peur, était visible sur le visage de la fée. Elle ne savait pas comment ils en étaient arrivés là. Tout c'était fait si naturellement qu'elle ne s'était pas posée de question, qu'elle n'avait pas réfléchi à ce qui allait advenir de leur relation. C'était si reposant qu'elle s'était simplement laissé emporter par les vagues. C'était une erreur visiblement. Il enleva brusquement l'emprise de la jeune femme.
- Laisses tomber. Ce n'est pas la peine. J'aurais dû me rendre compte plus tôt que c'était amusant pour toi, mais sans plus. Je suis con, et putain d'aveugle apparemment.
-Riv'...
Que devait-elle dire, ou faire pour qu'il ne parte pas ? Pour qu'il ne laisse pas là et qu'il ne se fâche pas après elle ? Elle se sentait simplement désemparée face à la situation. Ses yeux étaient si humides que des gouttes roulèrent sur ses joues.
- Ne me laisses pas, s'il te plaît.
Elle avait la tête baissée. Elle devait paraître bien minable mais cela lui importait peu. Il était primordial qu'elle fasse comprendre au spécialiste que ce n'était pas un jeu, qu'elle ne se moquait pas de lui, qu'elle était réellement intéressée par lui. Pourtant aucun son ne sortait de sa bouche, les mots semblaient bloqués dans sa gorge.
- Muse, ne pleures pas, je t'en prie. Tu ne fais que rendre la situation plus compliquée. Je peux comprendre que tu ne veuilles rien de sérieux, mais putain, parles. Soit clair. J'en ai marre de ne pas savoir où me situer. Tu ne peux pas m'en vouloir d'avoir l'impression que tu me prends pour un con.
L'énervement était plus que palpable. Elle avait l'impression de le pousser à bout involontairement. Ses lèvres ne voulaient pas prononcer un seul son, seul des bruits de sanglot à peine audible les franchissaient. Je veux que tu restes, je veux quelque chose de sérieux. Voilà ce qu'elle voulait dire, ce qu'elle avait besoin de dire car elle avait besoin de lui.
- Ouais, bon, je ne suis pas si surpris finalement. J'aurais dû m'en douter.
Elle le vit hausser les épaules avec une nonchalance feinte. Il semblait complètement anéanti par sa réaction. Elle avait donc un impact aussi fort sur lui ?
- Non. Je t'assure que tu ne comprends pas. Ce n'est pas ce que tu penses.
- Alors éclaires ma lanterne, Pixie, je t'écoute. J'ai été clair, tu sais ce que j'attends. Mais toi ? Je ne lis pas dans les pensées moi, je suis désolé.
Elle releva ses yeux encore embués de larmes vers lui, une expression douloureuse s'affichait sur son visage. Comment avait-il pu dire une chose pareille ? Elle comprenait sa colère et sa frustration mais elle ne méritait pas une pique aussi méchante. Il s'en rendit compte et voulu se rapprocha de la jeune femme en posant sa main sur son bras mais elle se recula.
- Putain, je suis con. Ce n'était pas ce que je voulais dire, je n'ai pas réfléchi.
- Ce n'est pas grave. Je comprends.
Il essaya de nouveau de se rapprocher d'elle mais, ses paroles l'avaient réellement blessées alors elle recula de nouveau. Cette fois-ci, elle semblait avoir recouvert l'usage de la parole.
- Je ne pensais pas qu'on en était arrivé là dans notre relation. Tout était si naturel pour moi que je n'y ai pas réfléchi. Mais je souhaite exactement la même chose que toi. Je suis désolée de ne pas avoir été clair. Mais je pense que la discussion devrait s'arrêter là.
Elle le vit serrer les poings. Le spécialiste semblait désormais bien plus en colère contre lui-même que contre elle. La fée, même blessée, ne pouvait pas partir. Elle avait mis fin à la discussion, elle devait retourner dans sa chambre mais elle était clouée sur place. Ses pieds semblaient collés au sol.
- Muse, je suis vraiment désolé. Je n'aurais jamais dû m'énerver après toi. C'est juste... J'avais l'impression... Ça n'a pas d'importance. Je n'aurais jamais dû te dire ces mots.
Et il la prit dans ses bras. Cette fois elle ne recula pas, mais elle ne se priva pas de lui donner un léger coup sur le torse pour manifester son mécontentement. Il n'aurait pas dû, en effet, mais elle comprenait également son ressenti. La jeune femme connaissait le caractère de Riven, ce qui n'excusait rien. En revanche, pouvait-elle vraiment foutre en l'air le seul truc bien qui lui était arrivé depuis des mois parce qu'il l'avait blessé ? Non. Elle ne voulait pas.
Elle sentit le spécialiste caresser son dos, alors qu'il murmurait contre ses cheveux qu'il était désolé, qu'il ne le pensait pas, qu'il s'était emporté mais qu'il essayait de ne plus se comporter comme le gros connard qu'il était. Il fournissait des efforts, mais la fée savait que cela prendrait du temps, et peut-être qu'il ne changerait jamais réellement. Cela n'avait pas une grande importance, elle le voulait tel qu'il était. Avec ses bons et ses mauvais côtés. Elle était loin d'être parfaite, elle aussi.
