Musique : Hero Skillet
Elle aurait passé la nuit avec Riven, serait resté dans ses bras où elle se sentait en sécurité si elle avait pu. Mais la jeune femme n'avait pas le droit de rester dans la chambre des deux spécialistes et de chasser Sky une seconde fois. Elle n'avait pas non plus le droit de demander à Terra de dormir ailleurs. Seule, dans son lit, elle tentait donc de trouver le sommeil. Son esprit ne cessait de tourner en rond, ressassant l'angoisse que lui procurait le retour de ses pouvoirs. Rien ne semblait être capable de la calmer. Elle resta à regarder son plafond deux heures. Deux longues heures. Elle avait fini par jeter un coup d'œil à son téléphone, espérant un message de son petit-ami. Maintenant qu'ils avaient mis des mots sur leur relation, elle pouvait l'appeler ainsi et elle devait avouer que c'était libérateur.
La fée de la terre dormait à poings fermés dans son lit. Elle décida d'attendre encore, peut-être qu'elle finirait par s'assoupir. Une vidéo était lancée sur son portable, dans l'espoir d'occuper assez son esprit. Elle fut obligée de se rendre à l'évidence que cela n'était pas suffisant. Après un soupir, ou plusieurs, elle se leva. Elle prit une veste sans faire de bruits, enfila une paire de baskets et décida de sortir. Son regard se porta vers le ciel une fois à l'extérieur. Il était sans nuage donc elle put se perdre dans la contemplation des étoiles. Elle avait toujours adoré admirer les points brillants qui apparaissaient au-dessus de sa tête dès que le soleil se couchait. C'était d'une beauté à couper le souffle. Ça la fascinait pour une raison inconnue. C'était apaisant de voir des petites lumières blanches éclairer un tapis bleu nuit. Ce spectacle avait toujours le même effet sur elle.
Son mobile en main, elle hésita à envoyer un message à Riven. Il devait dormir, elle ne pouvait pas le déranger. Elle en avait envie, une impulsion suffirait à son doigt pour appuyer sur la touche appel. Se sentant impossible de le faire, impossible de l'incommoder à une heure aussi peu convenable. Elle regardait rageusement son appareil qu'elle eut envie de balancer contre le sol mais elle n'en fit rien. Ça ne mènerait à rien d'abîmer son téléphone, si ce n'était calmer temporairement la tempête d'émotions qui faisait fureur en elle. Donc, elle attendit, assise sur un banc qui se trouvait dans la cour d'Alféa. Aucune autre occupation ne lui venait en tête. Le temps passait, lentement, mais il passait. Ses pensées la rendaient folle, elles détruisaient tout mais elle n'arrivait pas à les faire taire. Elle accepta donc de les subir, se résignant à souffrir d'une forme de torture mentale. Que faire dans une telle situation de toute façon ? Aucune solution, aucune échappatoire. Elle avait l'impression d'être condamné à une douleur sourde. Une souffrance qui la brisait un peu plus chaque jour passant.
Il commençait déjà à faire jour. Depuis combien de temps était-elle assise là, dans le froid ? Elle avait perdu la notion du temps, ce qui était une forme de bénédiction puisqu'elle redoutait le moment où elle allait recouvrer sa magie. Ses amies avaient fait de sa perte de pouvoirs une priorité. Elles avaient besoin de la fée de l'esprit pour ramener Bloom après tout. C'était égoïste de sa part d'avoir cherché à fuir cette fatalité si longtemps, elle le savait, mais elle avait espéré qu'elle aurait un peu plus de repos. Un peu plus de temps avec un esprit tranquille, sans être constamment envahi par les émotions des autres. Visiblement, la pause était finie et elle allait devoir affronter ce qu'elle fuyait depuis quelques semaines.
- Putain, Muse, tu fous quoi ici ? Ça fait combien de temps que tu es dehors ?
Elle sortit de sa torpeur pour regarder la personne qui l'avait interpellé. Ses yeux semblaient vides et vitreux, comme si elle ne voyait pas réellement ce qui l'entourait. Le spécialiste qui se trouvait en face d'elle avait les cheveux en bataille et les yeux encore rouges de sommeil. Il venait de se réveiller, ça ne faisait aucun doute et il était en panique. C'était sûrement sa faute, mais elle ne savait pas comment il était au courant de son excursion nocturne. Une main vint toucher son front, puis sa joue.
- Tu es gelée. Les filles ont appelé, elles pensaient que tu étais avec moi.
Seulement à cet instant elle comprit pourquoi Riven était là. Son absence dans la chambre avait inquiété ses colocataires qui avaient partagé leur peur avec les spécialistes. C'était idiot puisque si l'une d'elle était sortie, elle serait tombée sur Musa presque directement.
- Je n'arrivais pas à dormir. Je me suis levée, et je n'ai pas fait attention.
Le jeune homme face à elle soupira, avant de la prendre par la main pour l'entraîner à l'intérieur du bâtiment le plus proche. Une fois à l'abri de la température extérieure, il la prit dans ses bras et frotta son corps avec ses paumes. C'était sûrement une façon de la réchauffer. Elle n'avait pas froid mais son corps ne devait pas apprécier d'être resté aussi longtemps face au climat externe.
- Tu aurais dû m'appeler. Je serais venu.
Mais elle n'avait pas eu envie de le déranger. Certes ils étaient proches, ils avaient même décidé de mettre des mots sur la relation qu'ils entretenaient. Cependant la fée ne voulait pas qu'il ait à subir ses problèmes. Il avait les siens et elle ne voulait pas lui rajouter des complications supplémentaires. C'était habituel pour elle de se débrouiller seule. Ça ne lui avait visiblement pas réussi mais demander qu'on vienne lui sauver n'était pas dans ses habitudes. Elle pourrait changer, il fallait juste qu'il lui laisse du temps.
- Je pensais que tu dormais. Je ne voulais pas te déranger. Je ne savais pas que les filles te réveilleraient. Pour être honnête, ça m'étonne.
- Elles ne l'ont pas fait. Elles ont appelé Sky en panique et quand il a vu que tu n'étais pas avec moi, il m'a réveillé. Pixie, putain. Tu n'es pas toute seule. Tu peux compter sur moi. Je m'en fous que tu penses me déranger, ce ne sera jamais le cas. Rentre ça dans ta petite tête.
Riven était bien plus à l'écoute que personne d'autre ne l'avait été à son égard jusqu'à présent. Elle connaissait son caractère difficile si bien qu'elle ne s'attendait pas à ce qu'il soit aux petits soins pour elle. Il fallait croire que l'amour modifiait les comportements ou qu'il permettait de mettre en évidence les facettes cachées de la personnalité. Il voulait être son point d'appui, son encre dans cette mer tumultueuse qui la baladait de souffrance en souffrance. Cette idée, de pouvoir se raccrocher à son petit-ami lui fit un bien fou. Il ne comprendrait probablement jamais ce qu'elle vivait, mais il avait assez d'empathie pour essayer de se mettre à sa place avec le peu d'informations qu'il avait.
- Je suis désolée, je n'ai pas vraiment l'habitude de ce genre de choses. Pour être honnête je crois que tu es le seul à ne pas me juger sur mes ressentis par rapport à mes pouvoirs et c'est inhabituel. Laisse-moi juste le temps d'intégrer cette nouvelle façon de fonctionner.
Le châtain lui décrocha un sourire d'une douceur infinie qui la réchauffait bien plus que toute la chaleur du bâtiment.
- Tu devrais envoyer un message aux filles, pour les rassurer. Je vais prévenir Sky qu'il n'a pas de raison de s'inquiéter.
Chacun prit donc son téléphone mais le spécialiste la garda près de lui, tapant sur son clavier numérique à une main.
- Tu devrais mettre quelque chose de plus chaud, Muse. Tu es encore très froide. J'espère que tu ne tomberas pas malade.
Ils furent interrompus par la présence de quatre fées, ses amies bien évidemment. Elles semblaient toutes réellement inquiètes. Musa prit le temps de les rassurer, leur expliquant qu'elles ne devaient pas se mettre dans des états pareils. Cependant elle savait que c'était compliqué, surtout depuis que Bloom avait disparu dans un royaume inconnu. Chacune était sur les nerfs, prête à réagir à la situation anormale. Une fois qu'elles furent toutes rassurées, Stella expliqua à la fée de l'esprit que le rituel pour lui rendre sa magie était prêt. L'angoisse monta en elle à l'entente de cette nouvelle et elle se tourna vers Riven.
- Riv', tu peux rester avec moi durant le processus ?
Pour toute réponse, il attrapa sa main et entrelaça leurs doigts. Elle n'aurait pas eu le courage de lui demander habituellement, puisqu'elle essayait toujours d'affronter ces étapes seules. Mais après leur discussion matinale, elle savait qu'elle devait faire l'effort de le solliciter quand elle en avait besoin. La brune ne réussirait peut-être pas à chaque fois, cependant c'était l'occasion de faire un pas vers lui, pour le rassurer. Elle avait compris que si elle restait butée sur son idée de tout affronter seule, son couple risquait d'en subir les conséquences. Elle ne voulait pas risquer de tout gâcher.
Le petit groupe se dirigea donc vers la chambre où se trouvait tout le matériel nécessaire pour faire une forme de rituel. Elle ne savait pas ce que ses amies avaient trouvé, mais au vu des pierres disposées en cercle et des tracés à la craie sur le sol, ce devait être une coutume ancienne, trouvé dans les livres de la bibliothèque. Elle devait se placer au centre des symboles, s'asseoir et simplement attendre. Ce qu'elle fit sans lâcher le châtain des yeux. Il ne pouvait pas venir avec elle, ni la prendre dans ses bras. Pour assurer la réussite de ce sort complexe, il devait rester avec les autres fées, à l'extérieur du cercle. Le simple fait de pouvoir plonger son regard dans celui de son spécialiste lui permit de se canaliser. Elle tremblait, seul signe persistant de son angoisse.
Elle attendit, entendit des paroles qui n'avait aucun sens dans leur langue. Rien ne se passa. Une lumière forte avait jailli mais rien. Rien jusqu'à ce qu'elle se prenne la tête entre les mains, sa tête la faisait atrocement souffrir et l'angoisse ainsi que l'excitation qui émanait de la pièce commencèrent à l'étouffer. Sa magie était revenue et elle était encore plus insupportable que lorsqu'elle s'en était débarrassée. Des sanglots, des cris, voilà ce qui sortait de sa bouche sans même qu'elle ne s'en rende compte.
- Sortez, toutes.
Le ton de Riven était si impérieux qu'il ne laissait pas de place à la contradiction. Les autres fées ne semblaient pas comprendre mais elles l'écoutèrent. Elle entendait des bruits de pas et la porte claqua. Ses poumons se remplirent enfin d'air, comme si les émotions provenant de ses amies l'avaient empêchées de respirer jusqu'à ce qu'elles ne sortent. Une étreinte chaude, rassurante, l'enveloppa. Son corps qui était crispé se relâcha.
- Tu veux que je sorte aussi, Pixie ?
Elle secoua la tête de gauche à droite, incapable de prononcer le moindre mot. Son esprit était calme, elle sentait une légère inquiétude qui émanait de lui mais elle semblait étouffée. Elle comprit qu'il essayait de se rendre hermétique pour que sa douleur psychique diminue.
- Je ne sais pas quoi faire, dis-moi ce dont tu as besoin. Je peux me fermer autant que possible, ou alors sers toi de mon esprit comme ancrage. Mais dis-moi comment t'aider, expliques moi. Je ferais n'importe quoi.
Se servir de lui comme ancrage ? Riven avait vraiment prononcé ses mots ? Il détestait ses pouvoirs, ça avait toujours été le cas. C'était ce qu'elle pensait jusqu'à aujourd'hui, mais il lui proposait maintenant de lui ouvrir les portes de ses pensées pour la soulager. Est-ce qu'elle pouvait vraiment accepter une telle proposition ? Elle savait qu'il vivait cela comme une intrusion.
- Muse, je sais ce que tu penses. Je te fais confiance, tu peux le faire si tu en as besoin.
Ses yeux violets s'accrochèrent à ceux verts en face d'elle. Il pouvait devenir son point d'ancrage. Elle n'avait encore jamais essayé une telle chose. Mais il lui avait dit, bien que cela semble caduc, de rester en dehors de son esprit. Son hésitation était palpable, mais le jeune homme continuait de la regarder, il semblait confiant. Elle craignait de souffrir à cause de sa magie, mais elle était absolument terrifiée à l'idée que Riven ne regrette son choix. Cependant, si elle ne revenait pas à la réalité, elle finirait par se perdre de nouveau. Alors elle laissa son pouvoir glisser lentement vers son compagnon.
Son esprit était chaotique, comme elle l'avait escompté. Ce n'était pas une surprise. Ce qui était étonnant, toutefois, était l'apaisement qu'il arrivait à lui faire ressentir. Musa pensait qu'elle avait besoin de quelqu'un qui savait gérer ses émotions, de calme et d'organiser. Ce spécialiste était tout l'inverse et il arrivait à faire naître le silence en elle. Personne n'avait jamais réussi à faire taire le monde si bruyant autour d'elle. Le mauve qui colorait ses pupilles s'estompa. Elle retrouva l'usage de la parole.
- Merci.
Ce fut le seul mot qu'elle fut capable de prononcer avant de s'effondrer dans ses bras. L'épuisement avait eu raison d'elle.
