La bande des Mugiwara profite de la soirée dans leur bar attitré. Depuis que Luffy a formé le groupe au début du lycée et les a amenés ici, ils n'ont jamais essayé de changer. Surtout maintenant qu'ils ont terminé l'école, c'est agréable d'avoir un endroit où l'on se retrouve régulièrement.

Les lumières dansent dans tous les sens tandis que les corps se balancent sur la piste de danse. La musique forte fait battre tout le monde au même rythme effréné, contrôlé par Brook et Franky, les deux DJ de la soirée.

Luffy, Ace, Chopper et Usopp crient et chantent avec les autres danseurs, affichant un large sourire et profitant au maximum de ce vendredi soir après une semaine de travail. Dans un coin du bar, le reste de la bande les regarde faire les clowns avec un sourire amusé, assis sur des banquettes en cuir autour d'une grande table.

Nami, Robin, Marco et Kaya discutent entre eux, jetant de temps à autre un coup d'œil pour s'assurer que les grands enfants ne causent pas d'ennuis.

Zoro est adossé à son siège, une bouteille de bière sur les lèvres qui ne restera pas longtemps pleine. Il apprécie l'ambiance et voir ses amis sourire le rend heureux, mais le visage d'une certaine tête blonde gâche un peu sa bonne humeur.

En effet, Sanji est assis dans son coin, fixant le briquet doré qu'il tient à la main et qu'il ouvre et referme inlassablement. Pas de cœurs qui s'envolent, ni de compliments à tout va. Il est clair que quelque chose ne va pas chez le cuisinier.

"Oi ! Je peux savoir pourquoi tu as une tête de deux mètres de long ?" Grogne l'épéiste aux cheveux verts en posant sa bière sur la table, maintenant qu'elle est vide.

"Ça ne te regarde pas, crétin de marimo..." Crache mollement le blond sans cesser d'ouvrir et de fermer son briquet, dont le cliquetis est totalement étouffé par la musique. Le vert fronce les sourcils au ton de Sanji, car ce n'est pas la voix énervée ou irritée qu'il connaît bien, mais plutôt une voix qui semble résignée.

"Si, c'est mon affaire. Parce que ton sale visage dépressif va gâcher l'ambiance et le goût de ma bière." Le blond ferme son briquet ainsi que ses yeux, respirant doucement, avant de finalement relever la tête et de regarder son ami et rival.

"Désolé, que ma tête ne te convienne pas. Mais ne t'inquiète pas, je vais m'en aller et te laisser tranquille." Le visage de Zoro se crispe en regardant les yeux bleus devant lui. Il n'y voit pas l'étincelle qu'il y voit habituellement. Qu'il s'agisse de joie, de curiosité ou de colère. Maintenant, il ne voit que des yeux résignés, comme s'il avait renoncé à quelque chose de précieux, d'indispensable.

"Tu vas bien ?" Demande le vert d'une voix calme, avec un soupçon d'inquiétude qu'il nierait si on lui posait la question. Il voit une étincelle de vie dans ses yeux océan, mais elle disparaît trop vite à son goût.

"Depuis quand tu t'inquiètes pour moi, tête de varech ?" Le rire jaune du blond fait sonner toutes les alarmes dans la tête du bretteur, et il se lève pour s'approcher du Cook, plaçant ses mains de part et d'autre de sa tête pour l'empêcher de s'enfuir.

" Je ne m'inquiète pas pour toi, mais comme tu fais partie de la bande, je dois quand même garder un œil sur toi." Sanji regarde son rival à quelques centimètres de lui avant de ricaner.

" Une déformation professionnelle je suppose ? En tant qu'agent des forces de l'ordre et protecteur des orphelins, tu te sens obligé de veiller sur tout le monde."

Les deux hommes se regardent dans les yeux, du moins pour l'un car l'autre a perdu un de ses yeux lors d'une mission, tout comme l'énorme entaille qui barre le puissant torse sous la chemise entre ouverte.

" Interprète ça comme tu veux. Mais je ne veux pas que tu blesses quelqu'un de quelque manière que ce soit à cause d'une bêtise que tu pourrais faire, cook." Dit-il en se redressant et en fixant le blond de toute sa hauteur avec un visage fermé avant que le regard bleu ne finisse par se détourner.

"Ne t'inquiète pas pour ça. Je préfère mourir que de les mettre en danger." Murmure-t-il presque imperceptiblement, mais Zoro parvient tout de même à l'entendre. Le silence s'abat sur le duo, rompu seulement par la musique qui couvre leur conversation, jusqu'à ce que le bruit d'un téléphone les coupe. D'un geste las, Sanji saisit son téléphone et lit le SMS qu'il vient de recevoir. Aussitôt, son visage se ferme et il se lève.

"Je dois y aller Marimo, dis aux autres que je suis rentré." Mais au moment où il s'apprête à partir, le vert lui attrape le bras d'une poigne ferme.

" On n'a pas encore fini. " D'un mouvement brusque, Sanji se dégage et lance un regard noir à l'homme bronzé.

"Ce ne sont pas tes affaires ! Laisse moi tranquille !" D'une démarche rapide, il traverse la piste de danse, slalomant entre les danseurs, et sort du bar sous le regard furieux de l'épéiste.

Un grognement s'échappe de sa gorge alors qu'il se laisse tomber sur la banquette en cuir, profondément irrité par la fuite du blond. Certes, ils sont rivaux et ennemis, mais ils sont aussi amis et se connaissent depuis le début du lycée. D'une certaine manière, cela le blesse qu'ils ne puissent pas se faire confiance après toute ces années. D'un autre côté, il est lui-même pas honnête avec son meilleur ami Luffy, donc il ne le mérite probablement pas.

Ses sombres pensées sont interrompues par le son de son propre téléphone. Curieux, il l'ouvre, espérant peut-être naïvement que c'est le Cook. Mais son visage se ferme lorsqu'il voit le nom de l'expéditeur.

"Putain, il sait que je ne travaille pas le vendredi soir." Mais il n'a pas vraiment le choix. Il se lève et dit au revoir à la bande avant de quitter le bar étouffant. Dehors, l'air frais lui redonne un peu le moral et il se dirige vers son appartement, en prenant soin de ne pas être suivi et en faisant de nombreux détours, plus ou moins voulu.

Après 20 minutes de marche, il arrive devant son immeuble. Avec un soupir résigné, il ouvre la porte d'entrée avec son badge et monte au dernier étage. Ses pas parcourent le couloir sans enthousiasme avant de s'arrêter devant une porte.

Il respire profondément et rend son visage aussi lisse et inexpressif que possible avant de l'ouvrir avec sa clé et d'entrer dans son appartement.

L'endroit est calme et silencieux. Il se déchausse et accroche son manteau sur le portemanteau à côté de l'entrée avant d'entrer dans son salon, qui est loin d'être rangé. Quelques vêtements traînent sur le canapé, une ou deux bières vides sur la table basse devant la télévision. Des petits bibelots sur les commodes et surtout un dossier sur la table qui n'était pas là quand il est parti.

Avec un soupir de lassitude, il s'assoit et ouvre ce qui sera sa mission ce soir.

Il lit les informations sur sa cible, la personne qu'il doit assassiner. En tant que mercenaire et assassin professionnel, il n'est pas très regardant sur les personnes qu'il doit tuer, tant qu'il est bien payé et qu'il ne s'agit pas d'innocents, ce qui n'est manifestement pas le cas de ce qu'il a sous les yeux.

Il n'y a pas de photo de la cible, mais il y a suffisamment d'informations pour connaître son adresse exacte et une description de ce à quoi il est confronté.

Pour une fois, cette cible sera un plaisir à tuer, et il se peut même qu'il prenne son temps. Après tout, c'est un gros poisson de la pègre. L'un des princes de l'Underground, il est spécialisé dans la contrebande d'animaux exotiques et en voie de disparition pour satisfaire les désirs morbides et les caprices des riches. Lui et les autres princes appartiennent à la même famille qui contrôle le monde de l'ombre de tout le pays. Chacun a sa spécialité : la prostitution, le trafic d'armes, la drogue ou encore l'esclavage. Il est évident que se débarrasser de l'un d'entre eux sera un grand soulagement pour la société.

De meilleure humeur, il enfile sa tenue de combat, composée principalement d'un kimono noir et de trois sabres à la ceinture rouge, lui donnant un véritable style samouraï. Ce style atypique est connu dans tout l'Underground comme celui du meilleur assassin du pays, le Roi des Enfers.

Son œil vert brille d'une lueur émeraude sous un bandana noir qui cache ses cheveux flashy et un bandeau remonte sur son nez pour dissimuler son visage. Il jette un dernier coup d'œil à l'adresse avant de sortir de son appartement et de disparaître dans la nuit.


Il lui fallut un certain temps pour atteindre sa destination, qui le surprenait un peu pour correspondre à l'un des princes de la pègre. Il s'attendait à un manoir avec un immense jardin, hautement protégé. Mais au lieu de cela, il s'agit d'une petite maison avec un petit jardin entouré d'un petit mur. Aucun garde n'est visible, et la sécurité ne semble pas plus élevée que celle des maisons environnantes.

Restant dans l'ombre et évitant les lampadaires qui éclairent la rue. Zoro fait rapidement le tour de la propriété, cherchant une autre entrée que la porte. Et il commence sérieusement à se poser des questions sur ce prince, car visiblement, laisser la fenêtre du premier étage ouverte ne lui pose aucun problème. Est-il totalement stupide ou inconscient ?

Cela semble bien trop facile, et pourrait être un piège. Il réexamine donc ses options, mais au bout de 10 minutes, il doit admettre que c'est le moyen le plus simple, et qui fera le moins de bruit.

Prudemment, il utilise les interstices de la maison pour grimper jusqu'à la fenêtre. Au moins, s'il devait fuir, ce ne serait pas trop haut.

Accroupi dans la pénombre, il se glisse dans l'entrebâillement en prenant soin de ne pas déplacer les rideaux. La pièce est sombre et silencieuse, mais il reconnaît quelques meubles qui lui indiquent qu'il s'agit d'une chambre. Le propriétaire ne doit pas être là, car le lit est vide. Lentement, il se glisse vers la porte, restant contre le mur pour ne pas être surpris.

" Mais qu'avons-nous là ?" Une voix claque dans l'obscurité tandis qu'une silhouette émerge de l'ombre. Zoro ne peut pas voir les traits de son visage. Mais il peut clairement voir qu'il n'est pas désarmé avec le long couteau dans la main. "Ne serait-ce pas le fameux Roi des enfers ?" Demande la voix en se rapprochant un peu plus de l'assassin tout en restant dans l'ombre.

La voix semble familière à l'épéiste, mais il n'a pas le temps de s'en préoccuper. Un gloussement passe dans sa gorge tandis qu'il se redresse, dégainant deux de ses sabres.

"Je suppose que je suis face à l'un des célèbres princes de l'Underground ?" Demande-t-il en commençant à tourner autour de sa proie, qui s'est elle aussi mise à marcher. Un rire sombre lui répond.

" On ne peut rien te cacher. Tu es ici pour me tuer, je suppose ?" Dit-il en adoptant une posture d'attaque que l'épéiste imite.

"Qui sait, c'est à toi de le découvrir quand je t'aurai passé au travers." Le silence s'installe entre les deux combattants, qui se jaugent dans l'obscurité, attendant le premier mouvement de l'autre. Les secondes passent et, d'un seul mouvement, les deux se jettent l'un sur l'autre. Des étincelles jaillissent dans toutes les directions. Zoro doit admettre que son adversaire sait se défendre, d'autant plus qu'il est aussi fort avec des couteaux qu'avec ses jambes, ce qui l'a surpris la première fois, mais qu'il a su esquiver de façon inextrémiste. Il doit remercier Sanji pour cela, vu les nombreux combats qu'ils ont eus l'un contre l'autre.

Les coups continuent d'être échangés, ressemblant de plus en plus à un jeu mortel. C'est presque dommage de devoir le tuer, mais il doit se dépêcher, car le bruit va forcément attirer quelqu'un.

Il accélère son rythme jusqu'à ce qu'il devienne insoutenable pour le prince. Avec un sourire victorieux, il parvient à lui faire lâcher son arme, mais cela permet à la cible de donner des coups de pied beaucoup plus forts et plus précis sans rien dans les mains.

Ses lames sifflent dans la pénombre, manquant toujours sa proie d'un cheveu, mais il sait que le prince est fatigué et dépassé. Son sourire s'élargit et il accélère encore.

Un, deux, trois, quatre coups déstabilisent le prince qui tombe sur le parquet dans un bruit sourd. Zoro en profite pour bondir sur lui et le plaquer au sol, une de ses lames sur son cou. S'il bouge, il lui tranchera facilement la gorge.

"C'est terminé." Il sent la respiration rapide du prince sous lui, qui laisse échapper un grognement de défaite en abandonnant sa lutte.

"Merde..."

Zoro se penche un peu plus et peut enfin voir son visage grâce à la lumière de la lune qui filtre à travers les rideaux. Mais ce qu'il voit le gèle totalement et il manque de lâcher ses sabres.

Une peau pâle et lisse qui reflète la faible lumière de la nuit, des cheveux blond doré qui cachent l'un de ses yeux bleu océan et un visage qu'il connaît beaucoup trop.

" Cook ? "