Un sourire s'étala sur les lèvres de la guerrière. Voilà des semaines qu'elle n'avait plus approché un cheval et plus encore qu'elle n'avait pas pu en chevaucher un. Elle gratouilla le garrot de sa monture et l'encouragea à avancer plus vite. Ce cheval sans nom ne ressemblait en rien à Nahald, il ne la laissait pas établir un lien avec lui, il se contentait de l'accepter sur son dos. Il avait sans doute hâte de retourner chez lui.
Ils devaient gagner la forêt le plus rapidement possible, cela faisait un moment qu'ils avaient quitté la protection de Beorn. Ils galopaient dans la plaine pour essayer de gagner du terrain. Ils savaient bien que les orques n'étaient pas si loin. Le chemin paraissait si long.
Il leur fallut plus de la moitié de la journée pour gagner l'orée de la forêt. La vue de ces bois aurait sans doute dû les rassurer, mais les arbres sombres qui s'élevaient plus haut que n'importe quel bois n'avaient rien de rassurant. Une forêt noire. Elle avait l'air dangereuse. Il aurait été plus censé de la contourner, mais ils n'avaient pas ce luxe.
Eawyn arrêta sa monture et grimaça. On aurait pu penser que le pire était derrière eux, c'était loin d'être le cas. On aurait dit un piège mortel dans lequel ils allaient entrer volontairement.
— La porte des elfes, leur apprit Gandalf.
Il semblait que personne n'était passé par là depuis des semaines, si ce n'était des années.
— C'est ici que commence le sentier qui traverse la forêt noire.
— Et aucun signe des orques, la chance est de notre côté.
Eawyn se retint de dire que cela n'avait rien de surprenant et que les orques semblaient bien plus censés qu'eux s'ils se gardaient de traverser cette maudite forêt.
— Libérez les poneys !
La rohirrim descendit de sa monture et lui accorda une prière de son pays pour le remercier de sa bravoure.
— Cette forêt semble malade, comme si elle était la proie d'une chose nuisible, constata Bilbon.
— C'est le cas. Je ne pensais pas que ça serait si important cela dit, grimaça la guerrière.
Elle avait eu l'occasion de croiser des mercenaires qui avaient souhaité proposer des services à Lakeville et qui avaient raconté un peu partout l'état de la forêt dissuadant le plus grand nombre de se rendre là-bas. Ils s'étaient bien gardé de la traverser et avaient préféré faire un long détour.
— N'y a-t-il pas moyen de la contourner ?
— Si, en faisant un détour de deux cent milles vers le nord ou le double de cette distance vers le sud, indiqua Gandalf.
Eawyn termina d'enlever le harnachement de sa monture, le félicita encore une fois et l'observa s'enfuir en compagnie des autres équidés pour rentrer chez lui. Elle roula ensuite le tapis, mis les cordes qui avaient servi de brides à l'intérieur et l'accrocha en dessous de son sac. Elle était prête à reprendre la marche.
— Pas mon cheval !
A l'instar de ses camarades, elle se tourna vers Gandalf interrogatrice. Qu'est-ce que le magicien avait encore bien pu inventer ? S'il gardait son cheval, c'est qu'il n'allait pas dans la forêt, il n'aurait pas pris le risque de contrarier Beorn. Et vu le chemin, aucun cheval ne pourrait s'y aventurer de toute façon.
— J'en ai besoin.
— Vous allez nous quitter, se décomposa Bilbon.
— Si je vous laisse, c'est que j'y suis contraint.
Gandalf se réinstalla sur sa monture, ne précisant pas ou lui se rendait. Le fait qu'il décide de les quitter n'inquiétait pas Eawyn outre mesure, bien qu'elle était d'avis que de l'avoir avec eux si d'aventure ils croisaient des elfes aurait pu être un grand avantage. Surtout quand l'on savait que ces elfes là n'étaient pas des amis.
— Je vous attendrai sur le versant Est d'Erebor. Gardez la carte et la clef en lieu sûr et n'entrez pas dans cette montagne sans moi, ordonna le Gris. Ce n'est plus le Vert Bois d'antan, il y a une rivière dans ces bois qui a été soumise à un enchantement, surtout ne touchez pas l'eau, traversez par le pont de pierre. Dans cette forêt l'air lui-même est chargé d'illusions, il vous troublera l'esprit et tentera de vous fourvoyez.
Une belle aventure en perspective. Leur principal ennemi sera donc eux-même tentant de lutter contre la magie.
— Nous fourvoyez ? Comment ça ?
— Restez sur le sentier ! Si vous le quittez, vous ne le retrouverez jamais…
Restait plus qu'à espérer que les sentiers soient bien entretenus.
— Allons-y.
Il ne fallut que quelques minutes à Eawyn pour comprendre que leur chemin dans la forêt serait bien plus compliqué que ce que tous pensaient. Rester sur le sentier allait requérir toute leur attention, il était tellement abîmé qu'on le distinguait à peine. Pas après pas, ils avançaient plus profondément dans le piège mortel que devenaient les lieux.
Eawyn se rendit compte tardivement qu'elle peinait à respirer et à garder conscience pleinement. Elle suivait la personne devant elle sans faire attention à ce qu'il se passait autour d'elle. Elle ne craignait pas une attaque, n'était pas prête à dégainer son arme, c'était inhabituel. Depuis combien d'heure était-elle ainsi ? Elle sentit son poul s'accélérer sous ce constat.
Le bruit de la hache de Dwalin claquant contre le sol retentit dans les bois.
— Le sentier va par là.
Était-ce seulement le sentier ou suivaient-ils une fausse piste…
— Il y a… Il y a quelque chose d'étrange, finit-elle par dire à voix haute.
— Le magicien a dit de faire attention, il y a forcément quelque chose d'étrange, confirma un nain d'un ton condescendant. L'air est chargé d'illusions, a-t-il dit.
— Nous sommes déjà dans l'illusion, souffla-t-elle. Nous sommes perdus…
Personne ne l'écouta. Ils continuèrent, ils n'avaient pas le choix. Tous commencèrent à ressentir le manque d'air. Ils avaient tous hâte de sortir de ce piège. Plus d'un doutait déjà qu'il y ait une sortie…
— On a trouvé le pont, s'enthousiasma Bofur. Enfin ce qu'il en reste…
— Comment allons-nous faire ?
— Nous pourrions traverser à la nage.
— T'as entendu ce qu'à dit Gandalf, toute la forêt est porteuse de maléfice, leur rappela Thorin. Les eaux de la rivière sont enchantées.
— Elles ont pas l'air si enchantées que ça, s'entêta Bofur.
Au point où ils en étaient, ils auraient sans doute pu traverser la rivière sans que cela n'aggrave leur situation. Cependant, il restait un minimum de bon sens à quelques-uns d'entre eux.
— Il faut trouver un autre moyen de traverser, ordonna le Roi.
— Y a-t-il seulement un autre passage, soupira la guerrière.
Eawyn regarda autour d'elle. Tout se ressemblait. Une boule se forma dans sa gorge. Elle avait l'impression qu'elle allait mourir dans cette immonde forêt.
— Les branches par ici ont l'air solides, on devrait pouvoir traverser, indique le nain blond.
Thorin étudia rapidement le pont de fortune d'un regard critique.
— Fili, rappela-t-il son neveu. Les plus légers d'abord.
Tous se retournèrent vers le pauvre hobbit qui était perdu dans ses pensées.
— Moi ?
Les nains approuvèrent. Eawyn se serait bien dévouée pour y aller à sa place, mais l'air vicié avait eu raison de sa détermination. Elle appréciait le moment de repos qui lui était accordé. Elle tentait de remettre en place ses pensées et espérait que la magie qui l'attaquait s'arrêterait ainsi. Un espoir vain.
Elle observa le hobbit progressé sur le tronc couché pas après pas, lentement mais sûrement. Le tout ne semblait pas très stable.
— C'est bon, il n'y a pas de problème, les rassura Bilbon. Aaaah si il y en a un, se reprit-il en se rattrapant tant bien que mal après avoir glissé. Tout va… Bien.
— Surtout ne restez pas trop longtemps proche de l'eau Maître Sacquet, s'écria Eawyn alors qu'elle le voyait immobile depuis plusieurs secondes.
Le Hobbit se redressa et reprit son avancée. Il atterrit péniblement de l'autre côté de la berge. Il tenta de les avertir de quelque chose, mais tous avaient déjà entreprit de traverser la rivière. Ils avaient hâte de sortir de cette maudite forêt et ça ne serait pas une maudite étendue d'eau qui les en empêcherait.
Eawyn avança prudemment de branche en branche, elle était parmi les premières à tenter. Elle avait les yeux rivés sur Bilbon, essayant d'oublier l'existence de l'eau maudite sous ses pieds. Elle avait la sensation que ses gestes étaient ridiculement lourds, rendant tout pénible. Ses yeux piquaient, ils réclamaient de se fermer pour un repos bien mérité. Elle pinça son avant bras pour se reprendre sans vraiment y parvenir. Il fallait qu'elle rejoigne la terre ferme, maintenant. Elle serra les dents et reprit son cheminement.
— Ça nous endort, restez concentré !
Personne ne l'entendit.
Après ce qui lui parut une éternité, elle se laissa tomber aux côtés de Bilbon. Tout était flou autour d'elle. Elle ferma les yeux un instant.
— Qu'est-ce que vous faites ?
Eawyn rouvrit les yeux difficilement, ses prunelles tombèrent sur le pelage blanc d'un jeune cerf. Le voir dans cette sombre forêt était étonnant, il semblait sortir d'un rêve. Mais ces animaux, surtout blanc, était un bon présage. Ils allaient s'en sortir, tout irait bien. Elle soupira de soulagement.
Elle sursauta quand une flèche fusa à toute vitesse vers l'animal le faisant fuir. Elle se retourna vivement vers le tireur se demandant ce qui avait bien pu lui prendre.
— Vous n'auriez pas dû faire ça. Un cerf porte chance.
— Je ne crois pas à la chance, grinça le Roi.
— Eh bien vous devriez, répliqua la rohirrim.
— La chance on se l'a créé.
Un bruit attira leur attention vers leur compagnon. L'horreur se peignit sur le visage de Bilbon et Eawyn en voyant Bombur endormi au milieu de la rivière.
— Il ne se réveillera pas de sitôt, grommela Oin après avoir installé son compagnon sur un brancard de fortune.
— Avançons.
Ils reprirent leur route. Il fallait à tout prix qu'ils sortent de cette maudite forêt. A chaque pas l'espoir s'amenuisait. Eawyn espérait que le présage du cerf n'avait pas été perdu par l'attaque de Thorin. C'était leur seule chance.
— Nous devons nous reposer…
— On ne peut pas s'arrêter dans cette forêt !
Eawyn percevait à peine les voix de ses compagnons, tous se mélangeaient, s'emmêlaient. Elle n'entendait que son cœur qui battait si fort que le son semblait vouloir transpercer ses tympans. Elle s'appuya contre une branche, épuisée.
— Cette maudite forêt n'a-t-elle pas de fin ?!
— Avons-nous seulement avancé dans la bonne direction…
Elle maudit le magicien de les avoir envoyé seul dans ce piège. Il y avait forcément une autre solution que de passer par ici. Si seulement, ils n'avaient pas perdu autant de temps au début de leur voyage ou s'ils étaient partis de moins loin.
— Par là !
— Mais Gandalf a dit…
— C'est par là !
Ils emboitèrent le pas de Thorin. Étaient-ils sûrs de ne pas avoir quitté le sentier depuis bien plus longtemps de toute façon… Ils reprirent leur marche tel des zombies dépourvus de conscience. Des heures et des heures passèrent. Tout se ressemblait.
— Regarde, du tabac. Il y a des nains dans cette forêt, sourit Oin.
— Des nains des montagnes bleues, confirma Bofur. C'est exactement la même que la mienne.
— Parce que c'est la vôtre ! Vous comprenez. On ne fait que tourner en rond, on est perdu.
Eawyn se laissa tomber au sol, désespérée. Elle observa les nains se battre entre eux d'un œil absent. Ils ne pouvaient pas mourir dans cette forêt. Elle n'avait pas signé pour pourrir dans ce lieu. Il devait y avoir une solution. Elle aurait pu y réfléchir, mais sa tête était si lourde. Elle ferma les yeux rien qu'un instant.
— Ça suffit, cria Thorin. Vous tous ! On nous observe.
Eawyn cligna plusieurs fois des paupières pour réussir à reprendre contact avec la réalité. Le sommeil engourdissait ses membres. Elle donnerait tout pour un bon lit et pour y dormir un bon mois. Elle agrippa malgré tout son épée.
Épée dont elle n'eut pas le loisir de se servir. Elle se retrouva soudainement entravée par une toile épaisse. Un hurlement resta coincé dans sa gorge alors que le monde disparaissait. Elle sentait dans sa demi conscience des pattes frôler son corps. Dévorée vivante, une fin pitoyable.
Soudain son dos percuta violemment le sol lui arrachant un gémissement de douleur. Elle se dépêcha de s'extirper de la toile endommagée par la chute. Elle se redressa rapidement, arme à la main. L'impression de devoir dormir immédiatement l'avait quittée sous l'impulsion de l'adrénaline.
— Où est Bilbon ?
— Je suis là !
Impuissant, ils le regardèrent tomber entraîné par le poids de l'araignée.
— Il faut qu'on se dépêche ! Il y en a partout !
Eawyn rangea son épée au profit de son arc, elle encocha une flèche aussitôt et cueillit un ennemi lui ôtant la vie. Kili l'imita bien vite alors que Fili se battait auprès d'eux pour achever les araignées qui parvenaient à s'approcher. Mais bien vite ils furent envahis par le nombre et séparer. La rohirrims se résigna à ranger son arc, armé de son épée elle s'engagea dans un corps à corps sans fin. Dès qu'elle tuait un ennemi, un autre prenait sa place la faisant reculer et s'éloigner de ses compagnons.
L'arrivée des elfes ne fut, cette fois, pas un soulagement, mais une menace plus grande encore.
— Je pourrais te tuer nain, n'en doute pas. Et avec grand plaisir.
Sous la menace des flèches, tous s'immobilisèrent.
— A l'aide !
— Kili !
Elle retint Fili par le poignet, l'empêchant de braver les elfes qui l'auraient sans nul doute tué sans sommation. Ils furent soulagés de voir le plus jeune les rejoindre en un seul morceau quelques minutes plus tard.
— Fouillez-les !
Eawyn défia l'homme qui la maintenait en joue d'oser la toucher. Elle lui briserait les os avant qu'il ne puisse l'achever. Comprenant la menace ou faisant preuve d'un certain savoir vivre, le guerrier fit signe à une elfe de s'en occuper. Elle se retrouva bien vite délestée de toutes ses armes, elle ne conserva qu'une petite lame dissimulée dans l'armature de son sous-vêtement, pas de quoi la protéger cela dit. Elle se sentait étonnamment légère et elle détestait cette sensation.
Elle essaya de suivre la conversation du chef des elfes, il pourrait lui apprendre quelque chose qui lui permettrait de s'en sortir, mais l'accent et le parler de ces elfes étaient bien différent de Fondcombe, aussi ne parvint-elle pas à obtenir des informations décisives. Il semblait seulement fasciné par une épée.
— Ou l'as-tu eu ?
— Elle m'a été offerte.
— Pas seulement voleur, mais aussi menteur.
Eawyn abandonna la conversation pour s'intéresser à ce qui se déroulait autour d'elle, ses yeux cherchant frénétiquement un échappatoir. Elle n'était pas certaine s'il fallait mieux suivre les elfes ou s'échapper et se retrouver à la merci des araignées, mais il fallait agir. Elle constata que Bilbon n'était pas présent, elle espéra qu'il allait bien et qu'il parviendrait à s'enfuir. Le reste de sa réflexion fut coupée par les elfes qui les entraînèrent vers leur geôle sans nul doute.
Alors qu'ils s'enfonçaient dans le royaume des elfes, la guerrière observa l'architecture des lieux, c'était si différent des terres d'Elrond. Elle voyait mal comment ils allaient sortir d'ici si le roi ne se montrait pas clément.
Elle grimaça quand arrivée dans les plus bas étages, on la poussa sans ménagement dans une cellule creusée dans la roche. Serait-ce là sa dernière demeure… Elle fut soulagée de voir que Fili était avec elle. Elle se laissa tomber au sol, épuisée. Fili s'acharna un moment contre la porte, espérant qu'elle soit moins solide que ce qu'il y paraissait.
— Fili, murmura-t-elle. Viens, repose-toi un moment.
— Il faut que l'on sorte !
— Ça ne sera pas de cette manière, n'épuise pas ton énergie.
Il mit un autre coup d'épaule dans la grille qui ne bougea pas, soupira et s'installa auprès de la guerrière.
— On est condamné…
— Je ne pense pas, le rassura-t-elle. Je ne sais comment, mais Bilbon leur a échappé et il ne nous abandonnera pas. Reposons nous le temps qu'il trouve une solution.
Fili hocha la tête, il leur faudrait des forces pour fuir ce lieu.
— Tu n'es pas blessée, s'inquiéta-t-il finalement.
— Non, c'est juste cette forêt. C'était…
— Oui…
Eawyn laissa sa tête reposer contre le torse du nain alors qu'il l'attirait dans une étreinte tendre. Eawyn s'endormit un moment, profitant du calme. Plusieurs heures s'écoulèrent ainsi. Elle s'éveilla sous la voix de Bofur qui parlait de l'aube. La nuit était donc passée.
— Nous n'atteindrons jamais la montagne, désespéra Ori.
— Vous n'êtes pas piégé.
Le tintement des clefs les firent tous de redresser, à travers leur porte ils purent voir le hobbit qui était bel et bien venu les sortir de là. La guerrière eut un sourire, elle avait eu raison de faire confiance à Bilbon.
— Chhhuuuttt les gardes sont tout près.
Le silence revint alors qu'ils sortaient de leur prison.
— Vous êtes notre héros, Bilbon, sourit la rohirrim.
— Vite montez !
— Pas par là, en bas !
Abandonnant l'idée de remonter, ils emboitèrent les pas du hobbit. S'enfonçant toujours un peu plus dans le royaume des elfes. Ils arrivèrent dans ce qui semblait être une immense cave, des ronflements retentirent, ramenant le silence. Ils allaient enfin être libre.
— Par ici, venez.
— C'est pas vrai nous sommes dans les caves !
— Vous devez nous conduire dehors, pas plus dedans.
Eawyn soupira, les nains et leur confiance, toute une histoire.
— Je sais ce que je fais, s'impatienta Bilbon. Tout le monde se glisse dans les tonneaux, vite !
Eawyn s'exécuta rapidement faisant pleinement confiance au Hobbit pour les sortir d'ici sans risque. Dans un soupir Fili l'imita alors que les autres continuaient de contester la demande leur faisant perdre un temps précieux.
— Vous êtes fou, ils vont nous trouver !
— Mais non, mais non, je vous les promets ! Je vous en prie, faites moi confiance.
Bilbon jeta un regard suppliant à Thorin.
— Faites ce qu'il dit.
L'ordre donné, ils furent bien vite tous dans leur tonneaux.
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant, questionna Bofur.
— Ne respirez plus.
L'ordre donna matière à une masse de questions qui furent interrompues par la chute des tonneaux. Eawyn songea que l'ingéniosité de Bilbon était nettement plus nécessaire que ses capacités de cambrioleur. Ils s'échappaient de l'imprenable royaume des elfes.
— Bravo Maître Sacquet, le félicita Thorin alors qu'il les rejoignait enfin.
Ils firent avancer tant bien que mal leur tonneaux dans le ruisseau pour rejoindre le courant, une fois dedans ils n'auraient aucun mal à s'échapper. La lumière du soleil le redonna espoir. Eawyn s'accrocha fermement à son tonneau quand, horrifiée, elle aperçut la chute d'eau devant elle.
Le bruit d'un cor leur signala bien vite que leur évasion avait été remarquée. Ils étaient exposés et sans défense.
— Merde, jura la cavalière en voyant la grille se fermer.
Il allait être piégé, les elfes n'auraient qu'à les abattre. Si seulement, ils avaient eu quelques minutes de plus. Elle pâlit en voyant un orque débarquer et tuer un elfe. Il ne manquait plus qu'eux. Ils avaient donc réussi à les pister dans cette maudite forêt. Leur capture par les elfes les avait sans doute sauvé…
Eawyn dégaina la seule lame qui lui restait et la planta dans la gorge du monstre qui les avait suivis. Bilbon fit de même juste à côté. Ils étaient piégés. Sa petite lame ne tiendrait pas longtemps face à une armée.
— Kili !
Fili cria le nom de son frère, alors que celui-ci s'extirpait de son tonneau pour rejoindre la herse qui pourrait les libérer. Il était à la merci des elfes et des orques, personne ne pouvait le couvrir. Le nain blond hurla une nouvelle fois le nom de son frère alors qu'une flèche noire transperçait sa jambe. Eawyn espéra qu'il ne s'agissait que d'une simple flèche… Impuissante, la guerrière pria.
Le nain fut sauvé par l'elfe rousse l'avait protégé des araignées au grand soulagement de tous. Il parvint tout de même à ouvrir les grilles, mais s'écroula. Eawyn croisa le regard douloureux de Fili. Il lui offrit un sourire avant de pousser son tonneau à la suite des autres alors que lui-même se retenait pour attendre son frère. Elle sentit son coeur se soulever, ça ressemblait à un adieu. Elle savait que si Kili n'arrivait pas à redescendre, il irait le chercher quitte à mourir avec lui. Elle fut soulagée quand une éternité plus tard, ils les rejoignirent.
Les rives étaient envahies d'orques de part et d'autre. Il ne leur restait qu'à espérer qu'ils parviendraient à les semer avant d'arriver au lac.
