Eawyn s'écrasa lourdement plusieurs mètres plus bas, son dos rencontrant violemment la roche. Elle fut emportée dans le tunnel, glissant sans parvenir à se retenir. Elle ne parvenait pas à trouver un quelconque repère sur le lieu ou les emmenait cette chute. Il était, cependant, évident qu'ils ne seraient pas accueillis par des amis une fois en bas. Ces grottes contenaient certainement des ennemis et ils ne laisseraient pas s'enfuir facilement après les avoir ainsi piégé.
Après ce qui lui sembla une éternité, ils furent éjectés du tunnel. Elle atterrit de tout son poids sur le nain qui l'avait précédée, elle n'eut pas le temps de s'en inquiéter alors que Bombur s'écrasait sur le tas qu'ils avaient formé. Elle grimaça en sentant ses côtes malmenées. Une fois libre de ses mouvements, elle reprit son souffle et observa avec méfiance ce qui l'entourait.
Les installations présentes dans la grotte ne laissaient rien présager de bon. Elle n'avait jamais été confrontée à des gobelins, mais on lui avait déjà décrit leur tanière et ce qu'ils faisaient à leur prisonniers.
Soudain la meute de gobelins déboula sur eux, armés jusqu'aux dents. Eawyn dégaina son arme sans espoir. Ils n'avaient aucune chance de s'en sortir. Ils faisaient face à bien trop d'adversaires.
Elle trancha autant de bras et de têtes qu'elle le put, mais elle ne savait plus où donner de la tête. Une des abominations bondit sur elle et retomba lourdement empalé sur sa lame, la contraignant à la lâcher brièvement. Assez longtemps pour que deux gobelins lui saisissent les poignets et l'entrave. Elle cria de rage en se débattant de toutes ses forces.
Bien vite, elle fut entraînée avec les autres sur les ponts de bois suspendus. Elle ne parvenait pas à se dégager de la prise qui la contraignait à avancer vers un destin qu'elle n'était pas certaine de vouloir connaître. Elle tenta de nouveau d'un mouvement brusque de se libérer, elle y mit toute sa force, repoussant la créature. Le gobelin chancela un instant avant de reprendre son équilibre, il mit toutes ses forces dans le coup de poing qu'il envoya dans son ventre, lui coupant le souffle. Alors qu'elle se redressait prête à riposter malgré le besoin d'air, le gobelin fit claquer sa paume contre sa joue, la sonnant. Elle sentit à peine le sang couler le long de son menton, alors que le gobelin la traînait à la suite des autres.
Fili redoubla d'efforts pour se libérer la scène ne lui avait pas échappé, il souhaitait anéantir ce maudit gobelin. Malgré tout, il était maintenu par trois abominations et ne parvenait pas à s'en débarrasser. Il serra les dents, son regard ne quittant pas un seul instant la rohirrim.
Les tambours résonnaient comme une torture aux oreilles de la guerrière, elle cligna plusieurs fois des yeux, cracha le sang qui avait envahit sa bouche. Sa tête lui faisait atrocement mal, mais elle n'avait pas le luxe de s'apitoyer sur son sort. Elle devait absolument garder les idées claires, elle s'occuperait de panser ses plaies plus tard. Elle observa le chemin pris et le nombre incalculable de gobelin, elle cherchait une faille pour qu'ils puissent s'enfuir.
— Je sens venir une chanson !
Elle couina de dégoût quand son regard se posa sur l'horreur qui leur faisait face. Le roi des gobelins était… Immonde. Répugnant. Elle n'avait jamais vu pire que cela.
— Tape, craque, la crevasse noire
Serre, attrape, pique, et pince
Frappe et bat
Faîtes les bafouiller et couiner !
Pilonne, pilonne, loin sous le sol
En bas, en bas, en bas dans Gobelinville
Avec sifflement et claque
Avec fouet et fracas
Tous parlent quand je les tourmente
Pilonne, pilonne, loin sous le sol
En bas, en bas, en bas à Gobelinville
Marteau et pinces, sortez vos heurtoirs et gongs
Vous ne durerez pas longtemps au bout de mes broches
Cogne, écrase, pile et fracasse
Claque, casse, tremble et frissonne
Vous pouvez brailler et glapir
Mais 'y aura pas d'aide ici
Pilonne, pilonne, loin sous le sol
En bas, en bas, en bas dans Gobelinville
Eawyn regretta d'avoir autant critiqué les chansons des nains, elle venait de trouver bien pire. Elle grimaça en le voyant piétiner ses sujets pour retourner sur son trône. Il ne serait pas simple de s'en sortir face au roi des abominations.
Les gobelins les poussèrent en avant et s'alignèrent tout autour d'eux. Elle sursauta en sentant une poigne puissante enserré à nouveau son poignet. Son regard paniqué croisa les pupilles soulagées de Fili alors qu'il la tirait en arrière. Elle se retrouva dissimulée dans le dos du guerrier, juste devant Gloin. En temps normal, elle aurait été vexée et humiliée de ce geste, mais les dernières heures avaient rangé son égo dans un coin et elle était juste soulagée de ne plus être au contact des gobelins. Elle s'indignerait qu'on pense qu'elle ait besoin d'être protégée une autre fois.
Un coup de bâton. Le silence.
— Entraînant, nan ? C'est une de mes propres compositions.
Il semblait particulièrement fier de lui.
— Ce n'est pas une chanson, c'est une abomination, s'exclama Balin pourtant le plus sage d'entre eux.
Aussitôt les autres nains acquiescèrent à grands cris.
— Abomination. Mutation. Dégénération. C'est tout ce que vous trouverez ici !
Plusieurs gobelins déposèrent leurs armes devant le roi.
— Qui ose pénétrer avec des armes dans mon royaume ? Des espions ? Des voleurs ? Des assassins ?
— Des nains votre malfaisance.
— Des nains ?!
— Nous les avons trouvés sous le porche.
— Fouillez-les !
Ils furent bientôt délestés de toutes leurs armes. Eawyn soupira, il lui restait un poignard que les gobelins n'avaient pas trouvé, mais ça ne suffirait jamais à combattre des milliers d'ennemis. D'autant si elle était la seule à avoir conservé un moyen de défense.
— Que faisiez-vous dans ces montagnes, interrogea le gobelin.
— Ne vous en faites pas le gars je m'en charge.
Le fait qu'Oin décide de tenter de les tirer d'affaires n'avait rien de rassurant.
— Je veux la vérité sans boniments, sans fioritures.
— Il va falloir parler plus fort, vos sbires ont écrasé mon cornet !
— Je vais t'écrabouiller autre chose moi !
Le gobelin s'énerva, évidemment, et fonça sur eux. Il ne manquerait pas de les écraser.
— Si vous voulez des renseignements, c'est à moi qu'il faut s'adresser, s'interposa courageusement Bofur.
Il réussit à capter l'attention du roi, leur donnant du sursis.
— On était sur la route, enfin c'est moins une route qu'un chemin… En fait, c'est même pas ça quand j'y repense, c'est plus une piste. Ouais ! On était donc sur cette route, ce chemin ou cette piste, puis on y était plus, ce qui est un problème !
Si la situation s'y prêtait, Eawyn aurait sans doute éclaté de rire.
— Parce qu'on aurait dû arriver mardi dernier.
— En visite chez des parents éloignés, confirma Dori.
— Des cousins de cousins du côté de ma mère.
— Tu la fermes !
A défaut de les sauver, la scène aura au moins été un bon divertissement avant de mourir.
— Très bien. S'ils refusent de parler, nous les ferons hurler ! Apportez la déchiqueteuse ! Apportez la broyeuse !
Voilà qui ne promettait rien de bon.
— Le plus jeune et la femelle d'abord !
Eawyn avala difficilement sa salive en voyant le monstre poser son regard sur elle. Elle posa sa main sur le manche de son poignard, prête à se défendre.
— Attendez, résonna la voix de Thorin.
— Tiens, tiens, tiens ! Regardez qui est là. Thorin, fils de Thrain, fils de Thror, roi sous la montagne, se moqua-t-il en effectuant une courbette. Oooooh mais j'oubliais, vous n'avez pas de montagne ! Et vous n'êtes pas roi. Ce qui fait de vous un moins que rien. Je connais quelqu'un qui paiera cher pour votre tête. Rien qu'une tête, détachée du reste. Peut-être voyez-vous de qui je parle : un vieil ennemi à vous, un orque pâle qui monte un warg blanc.
Ainsi les doutes de Balin se confirmaient.
— Azog le profanateur, n'est plus de ce monde, affirma Thorin d'une voix haineuse. Il a été tué lors d'une bataille il y a longtemps.
— Donc le temps ou il profanait serait révolu, selon vous ?
Le gobelin ricana. Il envoya un de ses serviteurs délivrer un message. La situation, déjà catastrophique, venait d'empirer un peu plus. Le monstre se remit à chanter alors que les instruments de torture arrivaient.
Eawyn reporta son attention sur les créatures en les voyant subitement effrayés. Y aurait-il finalement un moyen qu'ils partent ?
— Je connais cette épée ! C'est le fendoir à gobelins, créa-il encore plus la panique parmi les siens. La mordeuse, la lame qui a tranché un millier de têtes.
Eawyn serra les dents en sentant les fouets de leur bourreau s'abattre sur eux. Le cuir déchira sa peau à plusieurs endroits alors qu'elle tentait de protéger son visage de ses bras.
— Egorgez-les ! Tuez-les ! Tuez-les tous ! Coupez-lui la tête !
Voyant Thorin être entraîné au sol par plusieurs ennemis, Eawyn dégaina son poignard et s'élança dans la mêlée, coupant la peau de ses ennemis et se frayant un passage jusqu'au Roi pour le libérer de ses assaillants. Elle planta tantôt sa lame dans les yeux, les gorges. Elle repoussa deux des attaquants de Thorin, elle grimaça en voyant qu'elle n'aurait pas le temps de s'occuper des trois autres sans que le nain ne soit blessé.
Soudain une explosion de lumière figea la scène avant de repousser les monstres. Le silence se fit. Eawyn cligna des yeux jusqu'à reconnaître la silhouette du maudit magicien qui l'avait embarquée dans cette maudite aventure. Une entrée théâtrale comme toujours. Elle se précipita vers son épée et récupéra son arc et ses poignards dans le tas que les gobelins avaient laissé à leur portée.
— Saisissez-vous de vos armes, ordonna-t-il aux nains qui étaient encore immobiles. Battez-vous.
Cette fois rien ne les arrêterait, ils sortiraient d'ici coûte que coûte. Son épée en main, Eawyn passa d'ennemis en ennemis, perforant des torses, délestant des têtes de leur corps. Le sang noir de ses victimes recouvrit bientôt ses mains.
— Suivez-moi, commanda le magicien.
Sans discuter, tous lui emboitèrent le pas. Ils ne pourraient pas survivre s'ils ne trouvaient pas la sortie. Eawyn retint un hurlement de douleur en sentant un gobelin s'agripper à son dos, planter ses ongles dans sa chair, elle se saisit d'un couteau et l'enfonça à plusieurs reprises dans le corps de son assaillant jusqu'à enfin perforer un point vital. L'artère sectionnée répandit une quantité impressionnante de sang sur elle et le sol. Elle grimaça en sentant le liquide sur elle.
Commença alors une longue course poursuite sur les constructions bancales des gobelins. Eawyn avait confiance, Gandalf était entré, il connaissait forcément un moyen de sortir. Une fois à la lumière du jour, ils seraient en sécurité. Une sécurité relative, il leur faudrait reprendre la route rapidement, leur plus important opposant ayant été mis au courant de leur présence en ces lieux. Un problème après l'autre.
Eawyn força sur ses jambes, tailladant ses ennemis sans distinction quittant au minimum des yeux le dos du magicien, ils allaient sortir de cet enfer. Elle dégaina rapidement son arc en voyant Ori en danger, elle décocha deux flèches qui perçaient les yeux de l'attaquant. Elle utilisa son épée pour décapiter le gobelin qui la menaçait et reprit rapidement sa course.
Ce chemin était sans fin.
— Ce nid est un vrai labyrinthe, grogna le guerrière.
Ils ne faisaient que sauter d'une structure à l'autre, tuant toujours plus d'ennemis et il en arrivait toujours plus. Ou était ce maudit soleil !
Gandalf utilisa sa magie sur la montagne faisant tomber un énorme rocher, les nains le firent rouler écrasant leur assaillant et leur accordant un peu de répit. Un bref répit. Le roi des monstres sortit de nulle part les bloquant dans leur fuite.
— Vous pensiez pouvoir m'échapper ? Que va-t-il faire maintenant le magicien ?
Gandalf taillada la créature, la faisant s'agenouiller.
— Ça suffira.
L'attaque du gris fit s'écrouler le monstre, fragilisant la structure sur laquelle ils étaient tous. Celle-ci s'effondra les entraînant dans sa chute vers le fond de la caverne. Après ce qui leur sembla une éternité, ils arrivèrent en bas et s'écrasèrent sans le moindre mal.
— Dame Eawyn, Gandalf lui tendit la main pour l'aider à se redresser.
— Merci Gandalf.
— Bwa ça aurait pu être pire, s'exclama Bofur tout joyeux.
Le roi gobelin s'écrasa sur eux.
— Non, mais tu plaisantes !
Eawyn pâlit en voyant la horde de gobelins qui déferlait sur eux. Il fallait sortir et vite !
Ils reprirent rapidement leur course, il leur fallait la lumière. Eawyn fonça droit devant elle sans un regard en arrière. Elle soupira de soulagement en voyant enfin le jour. Plus que quelques mètres et enfin elle fut à l'air libre. Elle se laissa tomber au sol, soulagée. Ils avaient survécu. Elle échangea un regard complice avec Fili. Oui, tout allait bien. Tout le monde était sauf. Tout le monde ?
— Où est Bilbon, s'écria-t-elle, paniquée de ne pas avoir protégé le semi-homme comme promis.
