— Où est Bilbon, répéta Gandalf. Où est notre Hobbit ?
— Maudit soit le semi-homme, il est perdu maintenant, s'écria Gloin. Il était pas avec Ori ?
— Ne m'accuse pas !
— Ou l'avez vous vu pour la dernière fois ?
— Je l'ai vu s'éclipser, déclara finalement Nori. Au moment où ils nous ont conduit à la grande salle.
Eawyn blanchit.
— Il est encore à l'intérieur ! Il faut retourner le chercher, s'exclama-t-elle malgré la peur qu'elle avait ressenti à l'intérieur. J'espère qu'il a réussi à trouver une bonne cachette…
Les nains évitèrent son regard. Elle comprit bien vite que si elle devait retourner chercher le semi-homme, elle serait seule.
— Que s'est-il passé ?
— Je vais vous dire ce qu'il s'est passé, Thorin coupa la parole à Nori. Maître Sacquet a sauté sur l'occasion pour s'enfuir ! Il ne pense qu'à son lit douillet, qu'à son feu dans l'âtre depuis qu'il a franchi le seuil de sa porte. Nous ne reverrons pas notre hobbit, il doit être loin.
La guerrière serra les poings.
— Bilbon n'est pas ainsi, s'interposa-t-elle. S'il avait dû abandonner cette aventure, il l'aurait fait lors de notre séjour chez le Seigneur Elrond. Malgré tout, il est encore là. Ce voyage, il ne le fait pas pour lui, il a été touché par votre histoire et souhaite vous aider. Et vous. Vous, vous ne faites que le dénigrer alors qu'il fait juste cela pour vous tous. Vous n'êtes qu'une bande d'ingrats.
Elle souffla un bon coup.
— Finalement, vous savez quoi ? J'espère que vous avez raison, qu'il est rentré chez lui et qu'il ne continue pas de se mettre en danger inutilement pour des gens incapables de reconnaître sa valeur.
— Oh vous, rugit le roi. Vous feriez mieux d'aller le rejoindre, vous nous êtes totalement inutile depuis le début !
— Très bien.
Eawyn se détourna du groupe et commença à marcher vers la grotte. Il lui suffirait d'être discrète… Et d'avoir vraiment beaucoup de chance. Fili ouvrit la bouche et la referma précipitamment. Il était tiraillé entre son amour pour la guerrière et sa destinée.
— Non. Il n'est pas loin, surgit la voix de Bilbon.
— Ooh Bilbon, vous êtes sauf, s'exclama la rohirrim, soulagé de le voir en un seul morceau. Vous m'avez fait une de ces peurs !
— Dame Eawyn, je vous remercie vraiment.
Bilbon offrit un sourire à la guerrière, savoir qu'elle le défendait et serait revenu le chercher lui réchauffait le cœur. Elle ne l'aurait pas abandonné aux mains de ces monstres.
— Bilbon Sacquet, je n'ai jamais été aussi content de voir quelqu'un, sourit le magicien, soulagé.
Bilbon s'avança pour faire face aux nains souriants. Bien qu'ils n'aient rien dit, la plupart était sincèrement inquiet.
— Comment avez-vous échappé aux Gobelins, questionna Fili, curieux.
Un malaise s'installa sur le petit groupe. Eawyn fronça les sourcils. Qu'est-ce qui avait bien pu arriver au hobbit dans ces grottes ? Rien qu'il ne souhaita leur révéler en tout cas. Elle porta son regard sur le magicien qui sembla comprendre quelque chose dans ce silence.
— Mais quelle importance, le revoilà, coupa-t-il court à tout questionnement.
— C'est très important. Je veux savoir : pourquoi êtes-vous revenu ?
Bilbon inspira et prit son courage.
— Je sais que vous doutez de moi, c'est le cas depuis le début. C'est vrai je pense souvent à la comté, leur apprit-il. Mes livres me manquent, et mon fauteuil, mon jardin. Je suis chez moi là-bas, c'est mon foyer. Alors je suis revenu parce que vous n'en avez aucun, de chez vous. Comme l'a dit Dame Eawyn, je veux vous aider.
La colère qui animait la guerrière retomba un peu en voyant le roi nain arborer un air coupable. Elle se retint donc d'ajouter quoique ce soit. Bilbon avait dit ce qu'il fallait et elle espérait qu'il avait enfin gagné sa place auprès des nains.
Le hurlement des wargs interrompit la conversation.
— Les orques sont déjà sur nous !
— Fuyez, vite, cria Gandalf.
Ils se mirent tous à courir. Eawyn se doutait qu'ils ne gagneraient là que quelques minutes. Leur ennemi serait sur eux que trop vite. Elle avait son arc, mais tellement peu de flèches, elle ne pourrait pas leur faire gagner beaucoup de temps.
Le terrain ne jouait pas non plus en leur faveur, roches, racines, tout faisait des obstacles naturels qui leur faisaient perdre du temps. Néanmoins, chacun d'eux poussait sur ses jambes pour courir le plus vite possible.
Les wargs furent rapidement sur eux. Eawyn dégaina son arc et tira deux flèches entre les yeux de deux canidés. En se retournant elle vit, un warg foncer droit sur le hobbit, elle attrapa une nouvelle flèche sachant qu'elle ne serait jamais assez rapide. Elle vit avec soulagement l'animal s'empaler sur l'épée du hobbit. Elle se rapprocha au plus vite de lui, retira l'arme de la tête de l'animal et la tendit au semi-homme.
— Dépêchez vous, Bilbon, vous y penserez plus tard.
Elle comprenait que le hobbit soit choqué de cette mise à mort et elle serait une oreille attentive pour lui plus tard s'il le fallait, mais ce n'était pas le moment de penser à autre chose que sauver sa vie. Elle l'aida à se relever et le poussa vers l'avant. Elle força sur ses jambes pour courir le plus rapidement possible tout en veillant à rester proche du semi-homme.
Prenant son élan, elle bondit sur un rocher et décocha plusieurs flèches sur ses poursuivants. Bientôt, il ne lui resta qu'une unique flèche qu'elle décida de conserver. Elle reprit sa course. Ils arrivèrent rapidement face à un problème. Ils étaient coincés entre leurs ennemis et le vide. Ils n'avaient d'autre choix que de se battre ou de mourir.
— Tous dans les arbres, vite !
Eawyn grimaça, ça ne serait qu'un sursis de courte durée. Les orques n'auraient cas couper les arbres pour les précipiter dans le vide. Néanmoins, elle s'exécuta, elle grimpa rapidement sur une branche solide bien loin du sol. Les nains en firent de même.
Alors qu'elle était concentrée sur l'arrivée imminente de ses adversaires, un mouvement en bas attira son attention. Bilbon Sacquet se trouvait toujours au sol et venait de retirer son épée de la carcasse du warg. Le reste de la meute approchait très rapidement.
— Bilbon ! Dépêchez-vous de grimper, hurla-t-elle.
Bilbon coula un regard vers les wargs et escalada l'arbre à une vitesse fulgurante.
Eawyn sortit un couteau et commença à couper des branches fines qu'elle transforma en de grossières flèches. Elle en tira une première qui dévia complètement. Elle s'entêta cependant. A défaut de tuer ses opposants, elle pourrait au moins les gêner. Soudain, les wargs se figèrent. Elle releva la tête et aperçut celui que redoutait les nains. Azog était là, devant eux.
Le monstre inspira profondément.
Eawyn avait beau ne pas comprendre la langue des orques, elle saisit pleinement la provocation. Son regard glissa vers Thorin. La peur et la colère se mêlaient en lui. Il allait vouloir régler cela maintenant, sans aucun plan.
Azog lâcha les wargs sur eux. Elle n'avait aucun doute qu'ils mettraient peu de temps à les faire tomber de leur perchoir. Les arbres, à cet endroit, étaient loin d'être solide comme les grands chênes des forêts. Rapidement, elle sentit le tronc renoncer et commencer à s'affaisser. Le premier déraciné entraina les autres dans sa chute. Eawyn sauta de branche en branche, priant pour ne pas glisser, elle ne survivrait pas à une chute de cette hauteur. Elle bondit vers le dernier arbre, attrapant la main de Nori pour se stabiliser.
— Le feu, cria-t-elle. Gandalf, il nous faut du feu !
Le vieux magicien regarda vivement autour de lui et trouva une pomme de pin qu'il s'empressa d'enflammer avant de la lancer vers les wargs. Il ne s'agissait là qu'un ridicule gain de temps, mais ils devaient absolument trouver un plan pour s'en sortir.
La compagnie ramassa à son tour les munitions de fortune que leur fournissait l'arbre. Eawyn enflamma celles qu'elle avait trouvé grâce à Nori et visa les wargs les plus proches. Elle ne s'émouvait pas de leur cheminements.
Bientôt à leur pied le feu forma une barrière protectrice leur laissant un instant de répit.
Un craquement sinistre retentit. L'arbre se déracina. Eawyn jetta un œil en bas, assise sur une branche, les pieds dans le vide. Ils n'allaient pas avoir d'autre choix que de retourner sur la falaise à la merci des orques. Elle avait une flèche viable et ses armes blanches. Elle mourait en essayant de sauver sa vie.
— Monsieur Gandalf !
Deux des nains qui s'étaient mal réceptionnés se ratrappèrent in extremis au bâton de Gandalf. Ils ne tiendraient pas longtemps et ça les priverait de la magie. La situation était désespérée. Eawyn serra les dents. Elle posa son regard sur l'orque pâle. S'ils pouvaient le tuer, les autres fuiraient et ils pourraient s'en sortir. Elle n'avait qu'un essai et son ennemi était malin.
Elle se redressa sur le tronc instable, saisit sa flèche et banda son arc. Azog n'avait d'yeux que pour Thorin, lui laissant le chant libre. Elle inspira profondément, fit le vide dans son esprit. La flèche fila droit vers le cœur de l'abomination. Elle retint son souffle. Alors qu'elle pensait qu'elle réussir, l'un des sbires s'interposa et la flèche se figea dans sa cuirasse.
Elle retint son souffle en captant l'échange de regard entre Thorin et le monstre. Elle serra le poing, la situation était désespérée et il n'y avait pas de sortie de secours, ils allaient devoir se battre.
Thorin se redressa, les yeux rivés sur son ennemi, il commença à marcher droit vers lui. Il traversa les flammes son arme à la main. Il était décidé. Eawyn retint son souffle, Thorin était impressionnant. Il courait droit devant lui, droit sur son ennemi. Elle entendit l'expression apeurée de Bilbon et Ori quand l'orc pâle fit bondir son warg sur Thorin le renversant.
Décidé, il se redressa péniblement. Il reçut une nouvelle attaque d'Azog. Il n'avait aucune chance. Eawyn entendit les larmes et la détresse de Balin. Ça allait être un massacre. Thorin allait mourir et ils allaient être massacrés…
— Bilbon, non !
Eawyn blanchit en voyant le petit hobbit marcher dans les pas du roi. Que lui prenait-il ! La mâchoire du warg se referma sur le corps du nain. Il était condamné. Thorin se débattit avec ses dernières forces pour se libérer de la puissante prise de l'animal. Après plusieurs essais, il réussit à lui faire lâcher, il fit un vol plané et s'écrasa lourdement plusieurs mètres plus loin.
Eawyn jura en voyant la lame menaçant la gorge du nain. Elle avait beau ne pas l'apprécier en tant que personne, elle comprenait son importance pour l'avenir du monde. Elle connaissait les tenants et aboutissants de cette quête. Il était important qu'ils reprennent Erebor.
La Rohirrim se redressa à son tour, l'arme au poing elle courut dans les pas du semi-homme. Elle força sur ses jambes pour prendre de la vitesse. Elle aperçut le hobbit se jeter sur l'orc qui menaçait le nain se servant du poids de son corps pour l'entraîner dans sa chute.
Bilbon réussit à se débarrasser et tuer son ennemi seul. Eawyn recommença à respirer normalement, elle avait eu tellement peur. Le Hobbit s'interposa entre Azog et Thorin. L'orc pâle ne ferait qu'une bouchée de lui.
Eawyn s'élança sur le premier assaillant plantant sa lame jusqu'à la garde dans la gorge du warg.
— Recule, Bilbon !
Elle se relança à l'attaque tuant le premier orc. Elle fut soulagée de voir Fili et Kili arriver. A eux tous, ils avaient une chance. Elle s'interposa entre Azog et Bilbon, le pauvre Hobbit n'était pas un combattant. Elle allait réussir à le protéger. Elle calma les tremblements de ses mains, elle allait réussir.
Elle faillit lâcher son arme en voyant les aigles géants balayer la zone de combat, chassant les orques. Un des oiseaux géants ramassa Thorin et l'emporta loin de son ennemi de toujours. Puis un autre s'occupa de Bilbon. Eawyn regarda autour d'elle, la scène était figée, tout le monde regardait les aigles. Ils n'avaient plus rien à faire ici.
Eawyn repéra un aigle qui plongeait, elle courut vers le précipice et sauta dans le vide. Elle atterrit sur le dos de l'aigle. Une fois tout le monde récupéré, les aigles s'éloignèrent rapidement. Eawyn regarda en arrière, Azog était toujours bien vivant. Il reviendrait bien trop rapidement.
Eawyn s'allongea sur le dos de l'aigle profitant du vol et du calme. La réalité resurgirait bien trop vite. Elle aurait apprécié rester là pendant plusieurs lunes. Un instant hors du temps.
Plusieurs heures plus tard, les aigles les déposèrent sur un sommet. Bien trop loin d'Erebor. Il était malheureux que les rapaces ne puissent les déposer directement à leur destination. La rohirrim mit pied à terre et remercia le majestueux oiseau d'un signe de tête. Elle s'étira longuement. La marche allait reprendre.
— Thorin ! Thorin…
Gandalf s'agenouilla auprès du roi, inquiet. Il craignait que le nain ne soit trop gravement blessé pour poursuivre leur périple. Ils étaient si loin de toute aide que le soigner serait compliqué.
— Le semi-homme…
— Tout va bien, le rassura le magicien.
Tout le monde laissa échapper un soupir de soulagement en voyant que Thorin avait repris conscience.
— Bilbon est là. Il est saint et sauf.
Eawyn garda pour elle la remarque acerbe qui lui brûlait les lèvres. Ce n'était pas le moment de régler son compte avec le nain.
Thorin se redressa péniblement avec l'aide de Dwalin et Kili. Personne n'osa lui dire de rester au sol le temps que quelqu'un vérifie ses blessures. Sa place n'était pas plus basse que les autres. Il souhaitait montrer l'exemple.
— Vous !
Eawyn pinça les lèvres, prête à voler au secours du courageux hobbit.
— Qu'est-ce qui vous a pris ! Vous avez failli être tué.
Bilbon chercha de l'aide dans le regard de Gandalf et Eawyn. Le premier ne savait quoi dire et la seconde fixait un regard d'avertissement sur le nain. Il suffisait de s'en prendre au hobbit.
— N'avais-je pas dit que vous seriez un fardeau !
Eawyn tint sa langue uniquement parce que le magicien attrapa son poignet pour la retenir. Elle comprit à leur échange silencieux qu'elle devait attendre la fin avant de s'enflammer.
— Que vous ne pourriez survivre dans les terres sauvages. Que vous n'avez pas votre place parmis nous. Je ne me suis jamais autant trompé de ma vie.
Le roi attira le hobbit dans une accolade. Le courageux semi-homme avait enfin prouvé sa valeur et gagné sa place. Eawyn eut un sourire et fut soulagée pour lui.
— Je suis navré d'avoir douté de vous.
— Non.. Non, j'aurai aussi douté de moi. Je ne suis pas un héros, ou un guerrier, pas même un cambrioleur.
Soudain Thorin se figea. Son regard se portait loin au-dessus du Hobbit. Il fixait le pic solitaire qui au loin s'étendait.
— Est-ce ce que je pense ?
— Erebor la montagne solitaire, confirma Gandalf.
Il se trouvait encore si loin. Il leur restait de nombreuses semaines de marche. Ils avaient perdu beaucoup de temps à fuir leur ennemi. Plus aucun retard ne pourrait être toléré.
— Notre royaume.
— Un corbeau ! Les oiseaux s'en retournent vers la montagne.
— Je crois bien que le pire est derrière nous, sourit Bilbon.
Eawyn se garda de tout commentaire sarcastique. Les nains avaient le droit d'avoir de l'espoir. Ils n'avaient que cela finalement. De l'espoir.
