Chapitre 9 :

Emma penchait sur son dossier de meurtre. Il était 11h. Elle n'avait aucune envie de songer à quoi que ce soit d'autre. Elle avait réussi à contacter l'amant de Marianne et elle devait le rencontrer dans l'après-midi pour une série de questions encore interminables. Mais elle n'en avait plus l'envie, plus la motivation. La présence de Killian chez elle lui donnait des frissons d'angoisse et elle n'arrivait pas à s'en séparer de toute sa journée.

— Allo Emma ?

— Mmh. Excuse-moi David. J'avais la tête ailleurs. Tu disais ?

— Je disais que tu n'étais pas dans ton état normal, et qu'il fallait peut-être que tu rentres chez toi te reposer.

— NON !

Sa réponse arriva tellement vite que David fût surpris. Quelque chose allait lui paraitre étrange maintenant, c'est sûr.

— Emma, fit-il comme s'il se doutait de quelque chose, si tu as besoin de moi, pour quoi que ce soit, surtout… N'hésite pas !

Elle acquiesça la tête en guise de remerciements. Elle avait de la chance de l'avoir comme coéquipier. Il était doux et serviable.

— Je crois que j'ai juste besoin d'une pause, je reviens.

Elle sortit du commissariat et prit l'air. Elle tomba nez à nez avec Graham qui revenait de l'une de ses patrouilles et rougit jusqu'au sommet de son crâne. Malgré tout, elle se sentit honteuse.

— Ça va ? Demanda-t-elle un peu hypocritement.

— Et toi ? Dure journée hier. Ce matin, le réveil est difficile.

Emma se mit à réfléchir. Regina avait-elle appelé Graham pour qu'il passe la voir après elle ? Ou leur visite était-elle prévu comme elle les avait dérangés le matin-même ?

Un sentiment de jalousie l'envahit. Infondé certes, mais il était tout de même présent. Avant même de pouvoir lui répondre un mensonge honteux, elle aperçut la Mercedes noire se garer sur le parking du poste.

La magnifique brune tant convoitée par Emma descendit et arriva devant les deux. La scène devait probablement être jouissive pour elle, du moins c'est ce que pensait Emma.

— Bonjour M. Humbert, bonjour Miss Swan. J'imagine que vous n'avez rien de mieux à faire que de prendre votre café devant le poste de police. Soit dit en passant, merci pour l'image de ma commune et de mes employés renvoyés aux administrés.

— C'est juste une pause, on a bossé depuis notre arrivée ce matin.

Regina arqua un sourcil.

— Pardon Swan, mais il m'a semblé que vous aviez parlé. Vous disiez ?

La blonde garda le silence. Il était probablement inutile de répéter sa phrase qui avait déjà dû lui faire monter les nerfs la première fois.

— Bien… Répondit-elle devant le silence de son employée. Ne vous avisez pas de penser que vous êtes supérieure à quiconque ici, Swan !

Puis elle continua sa route et entra dans le poste de police. Graham se tourna instinctivement vers Emma, le regard accusateur.

— T'as couché avec !

— Hein ? Quoi ? Non mais Graham qu'est-ce que tu me racontes là ? Non, non. Jamais de la vie. Pourquoi tu dis ça ?

— Elle est venue dans le but de te pourrir la gueule et te rappeler ton échelon, elle t'a appelé Swan et pas Miss Swan. Ce sont les signes qui ne trompent pas. Elle m'a fait pareil après notre première fois aussi.

Elle l'observa. Il avait le regard pensif, comme s'il essayait de se rappeler le moment. Emma décida de couper court à cette rêverie et se maudissait d'avance du mensonge éhonté qu'elle allait sortir.

— Non Graham ! Je suis en couple avec Killian rappelle-toi.

— Bon… Si tu le dis ok… Rentrons, sinon on va prendre pour tout le monde.

Lorsqu'elle passa de nouveau le seuil, Regina discutait discrètement avec son frère. Le bruit de la porte fit tourner leurs deux têtes vers elle et Emma sentit dans leur regard, bien que furtifs que la conversation tournait autour d'elle. Elle était gênée. Était-elle en train de raconter leurs ébats à son frère ? Avec qui elle faisait équipe, qui plus est son supérieur ?

Elle décida d'ignorer et chacun reprit son poste très peu de temps après, lorsque le Maire eut quitté les lieux.

— Emma, Regina m'a chargé d'interroger l'amant de Marianne cet après-midi.

— QUOI ? Je croyais qu'on ne se déplaçait qu'à deux.

— Oui, justement, j'irai avec Ruby.

— C'est une blague j'espère ?

— Tu as une sale tête Emma. Tu dois te reposer. Tu dois rentrer chez toi et tu dois prendre du temps pour toi.

Elle haussa les épaules. Tout ce cirque commençait à la gonfler sévèrement. Elle rassembla ses affaires comme un gosse qu'on aurait réprimandé et commença à s'enfuir. Elle fût rattrapée par le bras par David qui la regarda avec beaucoup de compassion.

— Tu dois aller voir ma sœur Emma, avant de rentrer chez toi.

— Hein ?

Emma était perdue.

— Regina, tu dois aller la voir. Elle m'a dit de t'en faire part après t'avoir accordé la journée. Elle avait une visite de chantier donc ne pouvait pas te recevoir maintenant.

Elle acquiesça et sortit. Regina voulait la voir ? Était-elle déjà en manque dès le lendemain ? Allait-elle devenir son meilleur plan ? Celui qu'elle appellerait toujours ? Elle se dirigea vers la mairie. Ce qui était sûr c'est qu'elle n'aurait qu'à poser les yeux sur le Maire pour avoir envie d'elle.

Elle se rendit devant le bureau du maire et Zelena, toujours sur son portable ne prêta pas attention à elle à première vue.

Emma se racla la gorge pour signaler sa présence. Lorsque Zelena leva les yeux elle fit le sourire le plus sincère que la blonde n'avait jamais vu.

— Emma ma beauté ça va ? Je n'ai plus eu de nouvelles après ton texto. Enfin…

Elle pouffa de rire et la blonde roula des yeux.

— J'imagine que tu dois être au courant du moindre truc qui s'est produit ici hier aprèm.

Zelena explosa de rire et lui tendit la main pour un check.

— Bravo à toi en tout cas. Tu es la personne à lui être montée dessus le plus rapidement. Les autres ont mis des années.

Emma ne savait pas vraiment quoi faire de cette information, mais comme elle ne s'attendait plus à recevoir de compliments de la part de Regina, elle considéra que cela en était un.

A ce même moment une voix rauque se dirigea dans leur direction accompagnée de talons claquant le sol. Regina arrivait, c'était sûr.

« La prochaine fois que vous me faites déplacer pour un chantier et pour finalement me dire qu'il n'aurait pas lieu tout de suite, je vous tue. TOUS. Les uns après les autres… Mmmh…. Mmmh… Bon écoutez, je me fous de vos excuses vous m'avez fait perdre mon temps et maintenant j'ai pris du retard sur mon planning donc si vous le permettez ».

Elle raccrocha son téléphone au nez de son interlocuteur sans un mot de plus devant Emma et sa sœur. Elle se tourna tout d'abord vers la rouquine.

— Zily s'il te plait, tu me bloques à tout jamais les appels d'Auguste. Je ne veux plus en entendre parler. Il m'a fait bouillir le sang jusqu'aux dix prochaines années.

Elle se tourna ensuite vers Emma.

— Swan, suivez-moi. J'ai à vous parler.

La blonde suivit sa supérieure et attendit sur place une fois la porte refermée derrière elle. Une fois à son bureau Regina déposa ses affaires et porta un regard interrogatif vers Emma lorsqu'elle remarqua qu'elle était restée loin.

— Vous ne comptez pas vous approcher ?

— Je ne sais plus exactement ce que je suis supposée faire, Madame le Maire.

Regina sourit et soupira.

— En l'état actuel des choses, et comme je vous l'ai demandé, j'aimerais que vous vous approchiez.

Emma s'avança un peu perdue. Elle s'approcha tout de même beaucoup trop près de Regina et l'enlaça pour la plaquer contre elle.

— Swan, répondit Regina en se dégageant, je ne vous ai pas fait venir pour cette raison.

La blonde rougit un peu de gêne puis s'assit sur un fauteuil à disposition.

— Pourquoi alors ?

— J'ai vu David ce matin au poste. Il m'a dit que vous n'étiez pas normale, pas dans votre assiette. Que vous arrive-t-il ?

— C'est personnel ! Répondit Emma qui avait beaucoup de mal à livrer ses problèmes mais qui souhaitait également que Regina comprenne qu'elle n'avait pas les pleins pouvoirs sur tout.

— Ecoutez Swan, une fois que vos problèmes refont surface et qu'ils affectent notre manière de travailler, là ça me concerne. David me dit qu'en une matinée complète vous n'avez fait que prendre un rendez-vous pour l'après-midi même.

— J'ai eu de petits problèmes de concentration.

— Comme c'est regrettable !

Le sarcasme de la voix de la brune ne cessait de piquer Emma et elle s'en amusait certainement.

— En fait, vous voulez savoir ? Lâcha-t-elle de but en blanc. Ça tombe bien la situation vous concerne également.

— S'il est question de peine de cœur…

— Non rien à voir ! La coupa Emma. J'ai rompu avec Killian le jour où vous m'avez avoué ses travers. Il est resté chez moi, il ne compte pas en partir. Mais devinez le plus drôle ? Il m'a suivi depuis. Et il connait des « secrets qui devaient rester entre vous et moi » Madame le Maire, vous voyez ? Je suis dans un dilemme très contraignant alors désolée de ne pas avoir eu le sourire ce matin.

— Votre ton est un peu trop accusateur à mon goût Miss Swan. Je n'y suis pour rien si vous ne savez pas choisir vos partenaires et navrée de devoir m'immiscer dans les affaires de ma commune lorsque celle-ci tourne au ralenti.

Emma baissa la tête. Elle avait parlé sèchement c'est vrai, mais elle n'avait fait que dire la vérité. Au bout d'un moment de silence où Regina paraissait également chercher son calme elle reprit :

— De quel dilemme parlez-vous ?

— Soit, je reste avec lui, je joue la gentille petite poupée qui obéit et dit oui à tout, soit, il raconte à toute la ville qu'on couche ensemble.

— Quelle preuve a-t-il ?

— C'est tout ce qui vous tracasse sérieusement ? Votre réputation vous a devancé Mme Mills, qui aurait du mal à le croire ? En plus, désolée de vous dire que Killian est un excellent flic, s'il dit quelque chose c'est qu'il pourra le prouver.

Regina haussa les épaules.

— Dormez ailleurs cette nuit. Demain matin votre histoire sera réglée.

— De quoi parlez-vous Mme Mills ?

— Mes affaires sont mes affaires.

— Ce sont initialement les miennes !

— Peu importe. M. Jones ne fera plus partie de votre vie mettons, demain soir. En attendant occupez-vous de vous et résolvez-moi cette enquête.

— Vous venez de m'accorder mon après-midi. Je n'ai nulle part où aller.

— Ecoutez Emma. Je suis déjà en train de régler vos problèmes si vous pouviez essayer de trouver des solutions par vous-même.

— Je ne vous ai rien demandé !

Regina leva les yeux vers elle. Elle était en train de piquer une colère intérieure et Emma le ressentait.

— Pardon, je sais que vous essayez de m'aider.

— Non, Miss Swan. C'est moi que j'aide. C'est bénéfique pour vous par la force des choses.

« Charmante, comme toujours ». Pensa Emma. Même si au fond elle savait que c'était ce qui l'excitait le plus en elle.

Regina soupira bruyamment, prouvant à son interlocutrice que cette décision la dérangeait au plus haut point. Elle griffonna quelques mots sur une serviette en papier et lui tendit repliée.

— Qu'est-ce que c'est ? Demanda Emma qui n'osait pas ouvrir.

— C'est l'adresse de chez moi. J'ai une petite dépendance vous verrez. Vous pourrez loger là, mais je vous interdis de mettre un foutu pied chez moi, ou de vous amuser à vous pavaner dehors à la vue de l'un de mes voisins ou d'un simple passant, clair ?

Emma hocha la tête tant elle ne savait pas quoi dire pour la remercier. Elle n'était même pas certaine que des remerciements lui auraient fait plaisir au fond. Elle réfléchit à tout ce que lui avait dit Graham, ou Zelena. Personne chez elle, jamais. Bon, elle n'avait pas un accès à chez elle directement, mais elle était tout de même sur sa propriété pour une nuit. De ce qu'elle avait compris, c'était bien la première fois. Mais vu son recadrage de la veille sur ses exigences de distanciation, elle dû s'avouer qu'elle ne comprenait pas vraiment pourquoi un tel revirement de situation.

— Vous avez du mal à me répondre quand je vous demande si tout est clair visiblement.

— C'est très clair merci.

Regina lui balança un trousseau de clef sur son bureau et la congédia.

— Swan ?

— Mmh ? Fit-elle en se retournant.

— Vous ne devriez plus passer à mon bureau à la suite de cet entretien durant les heures de travail. Sinon, les soupçons seront présents, M. Jones dans les parages ou non.

Emma acquiesça un peu déçue et ferma la porte derrière elle. Mais en dehors des heures de travail, cela signifiait bien pour le privé, non ?