Chapitre 11 :

Regina semblait dans tous ses états intérieurement, mais faisait toujours transparaitre une allure qui laissait croire qu'elle gérait entièrement la situation.

— DAVID ! Finit-elle par hurler en le voyant bouger de tous les côtés, arrête tout ça tu me stresses. Va dans la voiture s'il te plait je règle une dernière chose et j'arrive.

Emma ne savait plus où se mettre. Elle s'attendait à ce que Regina l'envoie sur les roses et lui demande de partir illico presto. Elle se doutait sans savoir son nom qu'il s'agissait de son fils.

Au lieu de cela, elle sortit son téléphone de sa veste pendue dans l'entrée et passa un appel. La personne qu'elle essayait de joindre mit un temps certain à répondre mais finit par décrocher.

— Enfin ! Tu en as mis du temps ! Tu avais sans doute mieux à faire, comme par exemple surveiller ton fils de 16 ans non ? Ah non, puisque tu l'as laissé prendre le scooter pour partir à 23h ! J'espère pour toi qu'il n'a rien ou je vais te tuer, Daniel, et ce ne sont pas des paroles en l'air !

Emma comprit rapidement qu'elle discutait avec le père de son fils. Elle n'avait aucune raison mais elle le haïssait déjà.

— Tu te fous de ma gueule ? Tu n'es pas foutu de gérer ton fils convenablement et tu oses me dire que c'est parce que tu étais occupé avec une femme ? Ecoute ta vie sentimentale, je m'en contrefous royalement, en revanche tu as plutôt intérêt à te magner d'aller à l'hôpital et à m'apporter des explications plus précises.

Elle raccrocha sans laisser le temps à son interlocuteur de répondre. Son visage était rouge de haine et sa respiration était saccadée de rage. Elle leva les yeux de son téléphone et regarda Emma comme si elle s'apercevait tout d'un coup qu'elle n'avait pas bougé.

— Emma, tu peux rester ici si tu veux. On reparlera de tout ça. J'ai besoin de m'assurer que mon fils va bien.

La blonde était surprise du ton relativement calme de Regina et acquiesça.

— Bien sûr, rien n'est pressé, c'est la priorité. Allez-y vite.

Puis elle la regarda s'enfuir. Elle se mit à angoisser. Tout d'abord parce qu'elle n'avait pas eu de réponse concernant leur conversation mais surtout parce qu'elle s'inquiétait pour son fils. Un peu perdue dans cette immense maison, elle commença à faire les 100 pas dans le grand salon, puis tomba sur quelques cadres photos d'un jeune brun aux yeux marrons, assez beau garçon qui avait un sourire éclatant. Celui de sa mère, sans aucun doute. Elle se sentit tout d'un coup gênée d'être seule dans son intimité, chez elle, même si le doux parfum des lieux lui faisait du bien. Elle se demanda comment Regina ne pouvait pas se sentir seule dans cette maison trop grande pour une personne. Alors qu'elle marchait vers l'entrée à la recherche des clefs de la porte, elle tomba sur une carte portant le nom de Regina Mills, Maire de Storybrooke, accompagné d'un numéro de téléphone. Elle ne sut pas quoi faire aux premiers abords et même si elle savait que ce n'était pas le mieux à faire, elle le récupéra pour l'insérer dans ses contacts. Puis elle trouva les clefs non loin de là et se décida donc à sortir.

Elle ferma derrière elle en prenant garde à ce que personne ne la voit dans la rue puis commença sa marche. Elle rentrait chez elle, il valait mieux. Elle préférait que Regina puisse rentrer sereinement, se recentrer et passer du temps avec son fils, en espérant que cet accident ne soit pas trop grave.

Elle ouvrit un message. Avait-elle réellement le droit de faire cela ? Mais avait-elle le choix aussi ? Elle avait ses clefs.

« Regina, j'ai vos clefs, je suis partie. Je préfère vous laisser de l'espace compte tenu des circonstances. J'espère que votre fils va bien. Je vous envoie mon adresse pour les récupérer ».

Elle erra sans but pendant presque une heure avant que son téléphone retentisse annonçant un message.

« Emma, ne rentrez pas… Henry va bien, sa jambe est cassée. L'hôpital va le garder quelques jours mais rien n'est grave, il a eu de la chance. Le médecin dit que ça aurait pu être bien plus grave ».

Elle ne répondit pas sur l'instant. Elle était étonnée que Regina lui demande de rester. Devait-elle le faire ? Son téléphone sonna de nouveau annonçant un message.

« Emma… Revenez s'il vous plait ».

Elle se décida à finalement lui répondre.

« Je fais demi-tour, j'étais juste devant chez moi, j'ai pris l'air avant ».

Puis plus rien. La réponse devait être satisfaisante.

Au moment où elle s'apprêtait à retourner d'où elle venait, la porte de chez elle s'ouvrit sur Killian, l'air furieux et les trais tirés.

— Tu n'es pas parti ? Demanda-t-elle un peu surprise de le trouver là.

— Tu penses vraiment que tes petites combines à la con vont me faire abandonner la ville ? Tu me penses si stupide ? Je ne partirai pas sans toi et je ne supporterai pas te voir avec cette petite salope de Maire.

— Eh bah ! Fit Emma en haussant les épaules, tu n'as qu'à pas regarder ou repartir d'où tu viens.

Sur le ton amusé du sarcasme et soulagée de savoir Henry en bonne santé, elle ne se rendit pas tout de suite compte de la douleur qui la percuta en plein nez. Elle porta ses doigts à ses narines et constata qu'elle saignait.

— Attends, tu te fous de ma gueule là ? Tu viens de me mettre un pain en pleine tronche ?

Killian se mit à la recherche d'un mouchoir, s'en voulant déjà de son geste. Emma profita de cet instant pour s'en aller, toujours sur le perron.

Elle ne se demanda même pas si Killian l'avait vu et elle courra du plus vite qu'elle put, jusqu'à se retrouver dans la pénombre. A bout de souffle elle se remit en route vers chez Regina Mills. Une fois devant la porte, elle ne se demanda plus si un voisin ou un passant pouvait l'apercevoir et ouvrit avec les clefs qu'elle avait toujours dans sa poche.

Personne. Elle n'avait pas encore dû rentrer de l'hôpital. Comme chez elle, et encore sous le choc, elle se posa sur le canapé avec un whisky pur.

Elle ne sait pas si elle avait fini par s'endormir un peu mais le bruit de la porte d'entrée claquant la tira de sa somnolence. Elle n'eut même pas le temps de se redresser qu'elle sentit déjà une profonde haine dans la voix de Regina.

— Qu'est-ce qu'il t'est arrivé, Emma ?

— A ton avis ?

Les joues de Regina virèrent au rouge vif. Elle saisit son téléphone et commença à pianoter dessus.

— Laisse, s'il te plait.

— Hors de question.

Elle ne dit pas un mot de plus pendant plusieurs minutes, le temps que Regina règle toutes les affaires qu'elle avait à régler. Puis elle s'assit à côté d'Emma avec un air compatissant.

— Hey relax ! Plaisanta Emma. Je t'avais dit que ça finirait par arriver.

— Et moi je t'avais dit de rester ici !

Son ton n'avait rien de serein ou de calme, il était même froid et sec.

— On dirait que tu t'inquiètes pour moi.

Regina ne répondit pas. Elle n'avait sûrement pas envie de l'avouer.

— A qui as-tu écrit ? Demanda Emma pour changer de sujet.

— A Graham, il est de garde et va donc illico aller chercher ton ex pour le foutre en garde à vue.

La prononciation du prénom de Graham piqua légèrement la blonde mais elle décida de ne pas relever car elle n'était pas en position de le faire.

— Il ne partira pas. Il me l'a dit. Je vais vivre un enfer.

— NON ! IL va vivre un enfer et il va partir. Fais moi confiance Emma. En attendant tu es la bienvenue chez moi ou chez Zelena. Même David se ferait un plaisir de t'héberger. Je ne supporte pas la violence intraconjugale.

Regina se prit la tête dans les mains.

— Au fond, c'est de ma faute tout ça. Je n'aurais jamais dû procéder comme ça pour son transfert.

— Eh ! Rien n'est de ta faute…

Elle se rapprocha de Regina, et l'enlaça, pendant qu'elle avait toujours sa tête entre ses mains.

— Comment va ton fils ? Demanda-t-elle pour changer de sujet et lui éviter toute sorte de culpabilité.

— Il va bien.

Elle se redressa puis soupira.

— Son père est un enfoiré !

Emma resta quelques secondes sans voix, tant elle n'avait pas l'habitude d'un tel langage venant d'elle.

— Regina ?

— Mmh ?

— Est-ce que tu l'aimes encore ?

— Est-ce que t'es sourde Emma ? Je le déteste plus que quiconque, et Dieu seul sait à quel point je déteste du monde.

— On dit souvent qu'entre l'amour et la haine il n'y a qu'un pas.

— Cette expression est débile. Si ce n'était pas le père de mon fils je l'aurais volontiers tué.

— Pourquoi vous vous êtes séparés ?

Regina fronça les sourcils.

— Swan, à quel moment sommes-nous passées de l'instant où je refuse catégoriquement de répondre à vos questions sur ma vie personnelle à l'instant où vous me faites subir un interrogatoire ?

La blonde ria sincèrement.

— Je ne sais pas, mais je pense que la soirée entière à mes côtés, l'accident de votre fils et le mien a dû nous rapprocher en quelque sorte, Madame le Maire.

— Ce n'était pas un accident s'agissant de toi, Emma.

Elle haussa les épaules.

— Bon, alors ? Parce que tu as le chic pour éviter royalement mes questions quand même.

Regina souffla.

— Nous nous sommes séparés parce qu'il m'a frappé aussi. Une seule fois. J'étais au courant de ses nombreuses infidélités. Mais le jour où j'en ai eu marre et que mon propre fils l'a surpris avec l'une de ses pimbêches je l'ai mis au pied du mur. Soit il stoppait son comportement sur le champ, soit il partait.

— Oh…

— Donc, il a levé la main et je l'ai mis dehors. J'avais fini par me faire à l'idée qu'il côtoyait d'autres femmes et je m'en étais accoutumée. J'attendais simplement qu'Henry ait un âge correct pour le mettre dehors sans qu'il n'en souffre trop. Malgré tout, il aime beaucoup son père. Même s'il n'a pas conscience de l'enfer qu'il m'a fait vivre pendant toutes ces années. Je ne peux pas lui en vouloir, c'est son père. Moi, je n'avais plus de sentiment au jour où j'ai cessé de compter ses infidélités. C'est-à-dire longtemps avant notre séparation.

Emma ne répondit pas. Tout cela lui faisait bien mal au cœur et elle ne put s'empêcher de penser que sa froideur sentimentale venait de là.

— Est-ce que ta curiosité est satisfaite ?

La blonde leva les yeux vers cette magnifique femme et se mordit la lèvre inférieure.

— Presque satisfaite, répondit-elle avec une voix plus chaude.

— Que te faut-il de plus ?

— Disons que, la dernière fois, je n'ai pu t'admirer que très rapidement, toi et tes courbes parfaites. Ce qui satisferait au mieux ma curiosité, c'est de pouvoir me retrouver à nouveau entre tes cuisses et de te parcourir avec ma langue.

Regina arqua un sourcil.

— Qui te dit que je te laisserai faire ?

— Arrête, je sais que tu en meurs d'envie, au moins autant que moi.

— Vous vous faites des illusions Miss Swan.

Emma sourit et se pencha vers Regina pour l'embrasser, sans qu'elle ne conteste. Elle la prit ensuite dans ses bras. Elle aurait pu appréhender son retour au poste le lendemain, la manière dont l'enquête avançait sans elle, recroiser le regard de Killian.

Mais tout cela lui était parfaitement égal.

La seule chose qui la réconfortait, c'était de serrer contre sa poitrine la femme la plus parfaite de tous les temps.