Salut les gars, bienvenue dans ce nouveau chapitre.

Bonne lecture.


Chapitre 4 : Le Bayou du Diable

Dans le marécage du Bayou du Diable, les arbres étaient pour la plupart nus avec des branches noueuses, et leurs racines s'enfonçaient dans les cours d'eau troubles en dessous tandis que la pleine lune au-dessus illuminait à peine le sol derrière les cieux nuageux. Une coupe ultérieure du bateau fluvial à moitié coulé dévoilait Penny se faufilant tout en regardant autour d'elle avec prudence. Elle descendit en courant de la passerelle et jeta un dernier regard en arrière avant de s'enfuir aussi vite qu'elle le pouvait. Malheureusement, sa fuite ne tarda pas à être remarquée, et plusieurs lumières s'allumèrent alors que Médusa appelait Penny.

- Penny ! Penny ! Penny, réponds-moi ! Penny !

Au moment où elle entendit la voix de Médusa, Penny s'arrêta un instant puis accéléra sa fuite, voulant prendre autant de temps qu'elle le pouvait dans son évasion.

Elle trébucha sur une racine et tomba dans l'eau, mais se releva rapidement avant que quiconque puisse la remarquer. À ce moment-là, Médusa dévala sur le ponton du bateau chevauchant ses horribles crocodiles, qui se révélaient être Brutus et Néron.

Dans une rage terrible, elle appela son homme de main quelque peu maladroit.

- Snoops ! Descendez, imbécile !

Snoops, un homme grassouillet aux cheveux bruns bouclés, aux lunettes rondes et à la petite moustache, portant un manteau et un pantalon jaunes avec une chemise beige foncé, une cravate noire et des chaussures marron, courut vers le balcon supérieur.

- Que se passe-t-il donc, Médusa ? Qu'est-ce qu'il y a ? bredouilla-t-il avec un air ahuri.

- Il y a que la gamine s'est encore sauvée, crétin ! vociféra la mégère rousse.

Elle serra fort ses grosses bêtes domestiques contre elle, comme si elle câlinait des enfants.

- Néron, Brutus, vite, ramenez-la moi !

Aussitôt, les deux crocodiles descendirent la passerelle et se jetèrent dans l'eau à la recherche de Penny. Pendant ce temps, Médusa enfourcha un hydroglisseur de fortune juste au cas où les crocodiles ne trouveraient pas la fille. Médusa tenta de le faire démarrer pendant que Snoops la rejoignit, mais l'engin ne démarra pas, se contentant de cracher de la fumée noire.

- Mais qu'est-ce qu'il y a ? s'énerva Médusa en tentant de démarrer l'hydroglisseur.

Lorsque son homme de main la rejoignit, elle lui hurla dessus avec rage :

- SNOOPS ! Pourquoi ça cale ?

Le maladroit Snoops ajusta ses lunettes en haussant les épaules.

- Mais moi, je n'en sais rien. Il a pourtant bien marché, toute la journée !

Mais Médusa était encore plus énervée.

- Oh, taisez-vous ! Faites partir les fusées ! Éclairez le marécage pour la retrouver !

Avec un autre retour de flamme, la moto des marais décolla à la recherche de Penny. Pendant ce temps, Snoops descendit au sous-sol du bateau et plaça une fusée dans la vieille chaudière. Il alluma une allumette sur la fusée et celle-ci traversa une cheminée.


Pendant ce temps, là-haut, Orville survola avec les souris qui commençaient à se réveiller. Avec l'arrivée des fusées, le ciel sombre commençait à prendre des couleurs.

- P-p-pourquoi le ciel change de couleur ? fit remarquer Gus.

N'ayant rien remarqué, Orville fit son annonce.

- Chers passagers, nous allons atterrir à Bayou du Diable ! L'équipage vous remercie d'avoir choisi la ligne Alba…

Les fusées passèrent juste à côté des souris qui sursautèrent de frayeur. Gus poussa un cri d'effroi.

- On est attaqué ? Qu'est-ce qui se passe ? s'écria Jaq angoissé.

Puis, les feux d'artifice éclatèrent autour d'Orville qui bougeait dans tous les sens pour éviter d'être touché par les fusées.

- Mais qu'est-ce qui se passe ? s'exclama l'oiseau affolé en bougeant dans tous les sens.

- QUI NOUS ATTAQUE ? ajouta Gus complétement apeuré, en s'accrochant à son siège, sursautant à chaque passages de fusées.

Une fusée manqua de peu Orville à l'avant, mais une autre lui effleura les plumes de sa queue.

- Mais que se passe-t-il ? Mon gouvernail a pris feu ! reprit l'albatros affolé.

Bernard et Jaq tentèrent d'attiser les flammes sur les plumes d'Orville, mais ce dernier ne contrôlait plus son vol.

- SAUTEZ ! SAUTEZ !

Orville volait maintenant à l'envers et les souris pendirent au-dessus du vide. Jaq se cramponna à la boîte de sardines d'une seule main et l'autre agrippa son ami Gus par sa chemise jaune.

- ACCROCHE-TOI, GUS-GUS ! TIENS BON !

- ON VA MOURIR ! MARRAINE LA BONNE FÉE, AU SECOURS ! hurla Gus terrorisé qui ne voyait que le vide

Bernard s'accrocha à Bianca par son manteau, mais elle en fut arrachée.

- AU SECOURS ! BERNARD !

Jaq, tenant son ami par sa chemise et en s'accrochant à la boîte de sardine d'une seule main ne put que regarder la femelle souris tomber dans le vide.

- MISS BIANCA !

- OH NON ! hurlait Gus, apeuré.

Bernard se lança dans le vide pour rattraper Bianca. Une fois qu'il parvint à l'atteindre, il usa de son parapluie comme parachute pour ralentir leur chute. Tandis qu'Orville passa à côté d'eux en spirale, avec Jaq et Gus cramponné à lui, complètement hors de contrôle et avec son arrière-train fumant encore.


Pendant ce temps, juste à côté, au pied d'un arbre, se trouvait un chalet. Dans un hamac, un rongeur musqué mâle était allongé tandis qu'une grosse femelle sortit pour voir ce qui se passait. Il s'agissait d'Annie Bouée et son mari Luc.

Annie aperçut l'oiseau tomber dans ciel en zigzaguant avec effroi.

- Sapristi ! Que se passe-t-il ? Mon Dieu, miséricorde ! Mais qu'est-ce qu'il a ?

Elle appela son mari qui dormait dans son hamac.

- Luc, réveille-toi !

À peine réveillé, Luc se prit une gorgée de son jus des marais et toussa fortement.

- C'est Orville, lui dit sa femme inquiète.

Mais Luc fit un geste désinvolture.

- Bah c'est Orville et alors ?

- Secoue-toi un peu ! Il a l'air d'avoir des ennuis ! lui dit Annie.

Luc prit une autre gorgée, mais fut frappé par derrière par Orville et tourna dans une flaque d'eau. Au sol, il brandit sa gourde avec extase.

- Eh ben, ma nouvelle cuvée, eh ben, ce n'est pas de la bibine !

Jaq et Gus s'étaient éjectés de l'albatros et avaient atterri dans une grosse flaque d'eau. Ils en sortirent péniblement et en toussant.

Jaq aida Gus à se relever, puis tordit ses vêtements pour retirer l'eau.

- Marécage pas fait pour les souris comme nous ! Nous étions mieux au Château de Cendrillon ! grommela-t-il en tordant ses vêtements et sa queue.

Luc s'approcha d'eux en leur montrant sa gourde. Il s'adressa à Gus qui sortait de l'eau complétement trempé.

- Hé cousin ! T'as besoin d'une gorgée de ça ! (Il mit sa cruche dans la bouche de Gus.) C'est très bon pour les douleurs !

Après avoir bu malgré lui, Gus toussa et poussa une respiration sifflante.

- Alors ça va mieux, mon gars ? lui demanda Luc avec extase. Vous venez d'où, vous deux ? (Il montra sa cruche à Jaq.) T'en veux toi aussi, cousin ?

- Non merci, répondit poliment Jaq gêné. Je n'ai pas soif. Nous venons du Château de Cendrillon !

- Le Château de Cendrillon ? C'est où, ça ?

Avant qu'il n'ait pu approfondir, Jaq aperçut Bernard et Bianca s'accrochaient au parapluie qui les faisait descendre au sol.

- Bernard ! Miss Bianca !

Malheureusement, le parapluie de Bernard se retourna, et les deux souris chutèrent dans l'eau, juste à côté d'Orville qui utilisait l'eau pour éteindre les flammes sur ses plumes.

Bianca rampa aveuglément avant de se faire aider par Annie Bouée qui la faisait sortir de l'eau. Et Luc fit boire à Bernard sa cruche comme il l'avait fait pour Gus. Bernard toussa bruyamment, tandis que Luc faisait comme si de rien n'était.

- Ça va mieux, hein ? Dites voir, d'où venez-vous comme ça ?

Bernard s'éclaircit la gorge et parla d'une voix rauque.

- Nous… Nous arrivons de New York.

Orville s'était relevé et ajusta ses lunettes.

- Dégagez, s'il vous plaît. Il est hors de question que je demeure plus longtemps dans ce bled. Je repars !

Il tenta de décoller sur une rampe à proximité, mais au lieu de s'envoler, tomba dans l'eau. Soudain, il vit Médusa sur sa moto des marais foncer vers lui et partit dans la direction inverse pour lui échapper.

- Par tous les diables de l'enfer !

Orville flotta aussi vite qu'il pouvait, sifflant et perdant plusieurs plumes dans le moteur de l'hydroglisseur. Finalement, son casque éclata alors qu'il fut aspiré à l'intérieur du véhicule des marais. Il poussa un cri fort et angoissé alors qu'il fut projeté à travers. La moto des marais finit par cracher l'albatros légèrement brûlé, et il s'arrêta pour crier après la conduite folle et imprudente de la diabolique mégère.

- Quelle pollution ! Non mais regardez où vous allez !

Orville toussa encore une fois alors qu'il quittait le Bayou.


Pendant ce temps, Penny se faufilait dans les hautes herbes, regardant autour d'elle pour voir si la voie était dégagée. Puis Médusa fit demi-tour près d'elle. Elle fit briller le phare de son hydroglisseur sur l'herbe au moment où Penny se cacha. Elle le renvoya, mais ne la vit plus. Penny s'enfuit dans les bois, ignorant que Brutus et Néron l'avaient repérée. Puis les deux crocodiles nagèrent dans sa direction. Pendant ce temps, la mégère conduisit côte à côte pendant que nos héros finirent par l'apercevoir depuis des grandes herbes marécageuses.

- Bernard ! Jaq ! Gus ! C'est cette affreuse Médusa ! s'écria Bianca.

- C'est… c'est… c'est… elle ! répéta Gus en balbutiant.

- Cette horrible femme est arrivée ici avant nous ! déclara Jaq avec effroi.

Annie Bouée lui jeta un regard haineux en agitant un rouleau à pâtisserie au-dessus de sa tête.

- Je serai ravie de lui flanquer une volée avec mon rouleau à pâtisserie !

Même Luc n'avait pas l'air d'apprécier l'horrible mégère.

- Nous autres, habitants du marécage, on aimerait bien la chasser de notre bayou.

Puis, un bruissement attira l'attention des souris.

- Regardez ! Regardez ! Voilà quelqu'un qui arrive !

Nos héros se baissèrent dans l'herbe et aperçurent les crocodiles de Médusa surgir, l'un tenant Penny frustrée dans sa gueule, et son ours en peluche dans celle de l'autre.

- Oh, c'est la petite qui a encore essayée de s'échapper, dit Annie en soupirant d'impuissance.

- C'est Penny ! Celle que nous devons aider ! dit Jaq.

- C-c-c-comment allons-nous l'aider ? bredouilla Gus interloqué.

Puis les crocodiles ramenèrent Penny au bateau.

- C'est terrible ! s'exclama Bianca affolée. (Elle attrapa Bernard par la main, et fit signe aux deux autres souris de la suivre.) Vite, vite, il faut trouver où ils l'emmènent !

Ils coururent en direction de Brutus et Néron, mais s'arrêtèrent au niveau d'un vaste cours d'eau qui les empêchait d'aller plus loin.

- Miss Bianca, comment faire pour traverser toute cette eau ? demanda Jaq, n'étant pas habitué à nager.

Gus s'approcha prudemment du cours d'eau et y mit son doigt dans l'eau, tentant d'y trouver le fond du marais, mais ne le trouva pas.

- Trop profond ! Je ne sais pas nager ! gémit-il affolé.

Annie Bouée vint vers eux et proposa une solution.

- Il vous faut un bateau. Evinrude est ce qu'il y a de plus rapide.

Evinrude était une libellule portant un pull bleu qui dormait sur une grande feuille d'arbre dans l'eau.

Lorsqu'Annie l'appela, la libellule se réveilla, attrapa la tige de la feuille et fit bourdonner ses ailes.

- Evinrude ! Mets toute la gomme ! lui dit Annie. Renvoyez Evinrude dés que vous aurez besoin d'aide ! Je m'occupe de rameuter les voisins !

Les quatre souris montèrent sur la feuille, puis Evinrude se mit en route en poussant la feuille dans l'eau.


Elles traversèrent le marécage. Tout en s'accrochant à la feuille, Jaq leva la tête pour tenter de voir les crocodiles. Mais il ne vit rien car les hautes herbes l'empêchaient de distinguer quoi que ce soit.

- Tu vois quelque chose, Gus-Gus ? demanda-t-il à son ami.

- Rien du tout ! Juste des grandes herbes ! répondit Gus en se cramponnant à la feuille.

- Plus vite, Evinrude ! pressa Bianca à la libellule.

Evinrude prit de la vitesse. Ils étaient tout près des crocodiles qui emmenaient Penny, mais une épais banc de brouillard les empêchaient de les voir. Au moment où la brume s'épaissit, ils décidèrent de s'arrêter.

- Ralentissez, Evinrude, dit Bernard.

La libellule stoppa, et souffla de son essoufflement, pendant que les quatre souris cherchèrent tout signe de Penny ou des crocos.

- Ils sont forcément quelque part par ici, dit Jaq en tournant la tête dans tous les sens.

Mais ils ne virent rien du tout.

- Oh seigneur ! s'exclama Bianca découragée. Nous les avons encore perdus !

Bernard se retourna et manqua presque de tomber à l'eau de surprise.

- Sacrebleu ! Des crocodiles !

Comme il l'annonça, Brutus et Néron portant Penny passèrent entre eux, soulevant beaucoup de vagues. Le courant provoqué par les crocodiles fit bouger la feuille d'arbre alors qu'Evinrude tenta de s'équilibrer.

- Zugh-zugh ! On va se noyer ! Cramponnez-vous ! hurla Jaq en s'agrippant à la feuille.

Soudain, une autre vague projeta Bianca et Gus à l'eau.

- MISS BIANCA ! GUS-GUS ! s'écria Jaq affolé.

- BIANCA ! ajouta Bernard horrifié.

Evinrude poussa la feuille vers l'endroit où Bianca et Gus pataugeaient. Bernard leur lança une corde et les ramena vers lui. Les deux souris remontent à bord au moment où les crocodiles se croisèrent parmi eux, créant une vague qui les projeta presque dans les airs. Après quoi, l'eau se calma et les vagues s'arrêtèrent.

La libellule était trop épuisée par l'effort pour continuer à avancer la feuille.


Pendant ce temps, les crocodiles avaient ramenés Penny au vieux bateau fluvial. Snoops les accueillit sournoisement.

- Amenez-la ici, les enfants ! Dépêchez !

Il dépassa Brutus qui soulevait Penny à l'envers. Snoops rit sournoisement en s'adressant à la fillette.

- Alors, tu as encore essayée de t'échapper, hein ? Et ça n'a pas marché !

- Pose-moi à terre, Brutus ! s'exclama Penny en se balançant.

Le crocodile fit baisser sa mâchoire pour la déposer au sol.

- Tu n'es qu'un vilain dragon ! s'emporta Penny.

Tout fier, Snoops tapota la tête de Brutus.

- Bravo, bien travaillé !

Mais les deux crocodiles s'avancèrent vers lui avec un regard menaçant.

- Du calme, les petiots ! Pas de blagues ! Sages ! Sages ! Là, là, tout doux ! s'écria Snoops en reculant sur un canapé.

Peu après, il renvoya la fillette dans sa chambre et prévint Médusa avec ses fusées qu'il détenait Penny.


Pendant ce temps, les souris avaient accostés la feuille d'arbre sur une petite plage non loin du bateau fluvial.

- Restez dans les parages, on vous appellera si on a besoin de vous, lui dit Bernard alors qu'ils s'apprêtaient à atteindre le bateau.

Puis, il aperçut à sa grande horreur, Médusa débouler sur son hydroglisseur vers eux.

- REGARDEZ ! C'EST ELLE ! C'EST ELLE !

- DÉMON ! s'égosilla Gus apeuré.

Le véhicule des marécages s'envola juste au-dessus des souris, et s'échoua sur le pont du bateau. L'hydroglisseur cracha de la fumée noire, avant que Médusa ne se gara.

Elle rentra dans le bateau en retirant sa veste noire des marécages.

- Mais où est-elle ? Où est-elle ?

- Qui ça, Penny ? haleta Snoops se ratatinant devant elle. Dans sa chambre, tout est en ordre !

Mais Médusa ne se calma pas pour autant. Elle se posa sur un canapé en grondant son assistant.

- Pourquoi a-t-elle réussie à s'échapper ? Quelle est votre alibi cette fois, espèce d'abruti ?

Snoops lui retira sa botte, tout en se justifiant d'un air outré.

- Moi, abruti ? Mais je n'ai rien à me reprocher, Médusa. Ce sont vos crocos chéris qui sont des crétins : alors qu'ils sont censés garder l'île, ils l'ont laissés s'enfuir.

Mais au lieu d'enguirlander ses crocodiles, Médusa les câlina avec tendresse.

- Mes précieux amours ! Nous savons qui a su retrouver cette petite peste, n'est-ce pas ?

Alors que les ravisseurs de Penny discutaient entre eux, les souris coururent vers un tuyau d'aération sur le pont supérieur. De là, elles écoutèrent tous les quatre la conversation pendant que les souris grimpèrent dedans.

Snoops fit remarquer à la mégère :

- C'est tout de même vous qui avez eu l'idée lumineuse d'utiliser cette enfant pour notre coup…

- Snoops ! l'interrompit Médusa. Je vous dispense de penser !

- Oh je sais, je sais. Il nous fallait quelqu'un de très menu pour pouvoir descendre dans la grotte noire.

- Oui. Mais pourquoi ne retrouve-t-elle pas mon cher diamant ?

Les souris arrivèrent alors à l'intérieur et se cachèrent sous une grande commode, alors que Snoops se dirigeait vers le meuble où elles s'étaient cachées.

- Je l'ignore, répondit-il à Médusa. Mais regardez ces merveilles qu'elle nous a remonté, Médusa ! Y en a pour une sacrée somme qu'on pourra toucher…

Il lui montra des bijoux, des jolies pierres précieuses. Mais ces pierreries n'intéressaient pas Médusa. Elle frappa fort Snoops avec son bâton, renversant les bijoux qui faillirent percuter les souris. Jaq dût tirer Gus pour ne pas être touché par une pierre précieuse.

- Vous avez tort de faire ça ! se lamenta Snoops en frottant sa main blessée.

- Elle est folle ! commenta Bianca abasourdie.

- Cette femme est un démon ! ajouta Jaq à voix basse aussi choqué qu'elle.

- Je veux ce diamant ! rugit Médusa en agitant sa canne vers Snoops avec un ton menaçant. Je veux posséder l'Œil du Diable ! Vous ne l'avez pas laissé dans la grotte suffisamment longtemps !

- Elle n'en fait qu'à sa tête ! répondit Snoops voulant se justifier.

Médusa lui caressa le nez avec un regard mauvais.

- Vous êtes mou !

Snoops ne put s'empêcher de s'énerver.

- Mais comprenez que l'eau dans la grotte était en train de monter, et Penny ne se souciait que d'une chose c'est que son pauvre petit nounours allait être mouillé !

D'un ton très calme, Médusa lui répondit doucement :

- Snoops, vous n'avez pas la manière avec les enfants. L'important est de gagner leur confiance, vous faire aimer d'eux.

- Ah oui ? s'étonna son complice. Et comment vous y arrivez ?

- Mais il faut les y obliger, idiot ! répondit Médusa en reprenant son regard colérique et en agitant sa canne, le manquant de peu. Dès que l'eau aura baissé, c'est moi qui dirai à Penny ce qui convient de faire, mais cette fois, elle restera au fond de la grotte jusqu'à ce qu'elle l'ait trouvé. C'est aussi simple que ÇA !

- Oh, c'est aussi simple que ça, répondit Snoops avec un air bête. Bon, c'est vous le patron, patron !

Enfin, Médusa quitta son canapé et sortit de la pièce.

Depuis leur cachette sous le meuble, les souris avaient tout vu.

- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Jaq à ses amis.

Gus serra ses poings et se mit à sortir de sa cachette voulant les affronter.

- Gus-Gus s'en charge ! Je vais les avoir !

Mais Jaq attrapa son ami par la queue l'empêchant de sortir.

- Il faut faire sortir Penny cette nuit sans faute, répondit Bernard d'un ton pressant.

Ils allèrent sortir quand ils durent se recacher à nouveau quand les crocodiles passèrent juste à côté d'eux. Bernard fit le guet, attendant qu'ils soient loin pour pouvoir sortir. Mais subitement Brutus cessa de marcher et se mit à renifler l'air. C'était comme si il sentait quelque chose.

Avec horreur, Bernard comprit.

- Bianca, il hume votre parfum!

- Oh, ciel ! s'exclama Bianca horrifiée.

- Qu'est-ce qu'on va faire ? demanda Jaq inquiet.

Après avoir humé pendant un moment, les crocodiles rampèrent jusqu'à la table où étaient cachées les souris. Le museau de Brutus ramassa Bernard et Gus par leurs chemises. Gus poussa un cri d'effroi tandis que Bernard usa son parapluie pour frapper Brutus sur le museau et libéra les deux souris.

- Gus-Gus ! s'écria Jaq apeuré pour son ami.

Bernard et Gus coururent pour sauver leurs vies. Les deux crocos les poursuivirent. Bernard et Gus remontèrent les rideaux, mais Brutus et Néron les décrochèrent, et tous furent recouverts par les rideaux. Bianca et Jaq les regardèrent se battre sous les rideaux baissés.

Sous les rideaux tombés, Bernard et Gus tentèrent d'échapper aux crocos. Bianca et Jaq coururent les aider. Ils les firent sortir des rideaux, alors que les crocodiles tentèrent de les trouver, toujours recouverts par les rideaux.

Les souris, sans un mot, s'enfuirent et se cachèrent dans un vieil orgue. Pendant ce temps, les crocodiles sortirent de sous le rideau et les cherchèrent. Un frisson soudain provenant d'un des tuyaux de l'orgue répondit à leur question. Bernard jeta un coup d'œil par la fente avant, mais fut obligé de se retirer jusqu'à ce que l'œil de Brutus le chercha ainsi que Bianca, Jaq et gus. Ne les voyant pas, il recula. Se croyant en sécurité, les souris soupirèrent de soulagement. Mais soudain, l'air commença à les pousser hors du tuyau dans lequel ils se trouvaient. Il s'avérait que c'était Brutus qui jouait des touches. Néron tenta de les mordiller, mais les rata. Il balaya l'air avec indignation tandis que Brutus joua plus de notes. Bernard et Jaq essayèrent de tenir le coup, mais le jet d'air était trop fort pour eux et ils coururent sur place en s'accrochant à leurs chapeaux et à ceux de Bianca et de Gus. Juste au moment où Néron fut sur le point de les attaquer, ils retomba. Ensuite, lui, Jaq, Gus et Bianca furent remontés de haut en bas d'un autre tuyau tandis que Brutus joua une seule note par petites rafales. Ils finirent par s'envoler et atterrir séparément, Néron ne parvint toujours pas à les attraper. Bianca et Jaq jetèrent un coup d'œil hors de leur cachette, mais Brutus les repéra et fit cogner son museau vers eux. Bernard et Gus, voyant leurs amis en danger, traversèrent le devant des tuyaux de l'orgue en courant vers eux. Au moment où ils arrivèrent à Bianca et Jaq, Brutus enfonça ses « doigts » dans l'ouverture du tuyau, mais ne pouvait toujours pas les atteindre. Puis il se remit à jouer de l'orgue pendant que Néron essaie de bloquer le haut des tuyaux.

Pendant ce temps, alors que Brutus continuait de jouer de l'orgue, Médusa examinait une carte menant à l'Œil du Diable. À ce moment-là, elle remarqua les bruits émanant de l'orgue. Elle se leva et sortit de la pièce, complétement furibarde. Pendant ce temps, Brutus frappa les touches avec ses pattes avant et Bernard et Gus en furent éjectés des tuyaux. Puis Néron sauta à travers, les cassant tous tandis que Brutus attrapa Bernard et Gus dans sa mâchoire. Bianca et Jaq ne purent que regarder désespérément leurs amis piégés dans la gueule du crocodile.

- Brutus ! Néron !

Médusa s'approcha des crocodiles en brandissant son bâton.

- Cessez ce boucan, vous m'entendez ? Obéissez !

Médusa frappa Brutus à la tête avec sa canne, libérant ainsi Bernard et Gus de sa mâchoire. Les deux souris atterrirent sur le plancher toutes les deux très étourdies. À la vue des deux souris, Médusa hurla de terreur et sauta sur une chaise.

- AH, DES SOURIS ! SNOOPS ! OH MON DIEU ! DES SOURIS ! SNOOPS ! TUEZ-LES !

Bernard et Gus bondirent pour courir mais stoppèrent leur fuite et changèrent de direction quand Snoops arriva vers eux avec un balai. Il tenta de frapper les souris avec son balai, mais ne fit que les rater. Il tenta à nouveau de les avoir, mais cassa la chaise où s'était réfugiée Médusa, la faisant tomber au sol. Bernard et Gus rejoignirent Bianca et Jaq et tous les quatre prirent la fuite. Médusa les repéra aussitôt.

- AH ! Y EN A DEUX AUTRES !

- Cours Gus-Gus ! cria Jaq en prenant Gus par la main et en fuyant à toutes pattes.

Snoops, accompagné des crocodiles, poursuivit les souris. Il essaya de les frapper avec le balai, mais cogna la tête de Brutus à la place. Après plusieurs tentatives supplémentaires, il décida de les piétiner, mais ne fit que rater son coup à chaque fois. Médusa, décidant de les tuer elle-même, prit un fusil de chasse et tira au sol, touchant presque Snoops. Les souris terrifiées coururent se réfugier tandis que Médusa continue de tirer. Finalement, le fusil fit un déclic et elle le secoua.

- Mais que se passe-t-il avec ce truc ? s'énerva-t-elle en agitant son fusil.

Tous la regardèrent avec angoisse. Les crocodiles cachés derrière un meuble. Snoops derrière une armoire était figée comme une statue. Les quatre souris hésitèrent à fuir. Puis, Jaq s'adressa à ses amis.

- Profitons-en !

Aussitôt, les souris coururent rejoindre le balcon.

Médusa continua de secouer son arme avec rage.

- SNOOPS ! MAIS QUE SE PASSE-T-IL ?

- Je n'en sais rien… répondit Snoops avec un regard benêt.

Mais avant qu'il n'ait pu finir, le fusil lâcha soudainement un coup de feu qui lui effleura les cheveux et brisa la balustrade du balcon extérieur.


À proximité, Evinrude attendit à quelques roseaux près du bateau. Sentant le danger, la libellule vint chercher les souris hors des roseaux. Les quatre souris avaient plongés dans l'eau échappant de peu au coup de feu. Bernard et Jaq lui firent signe.

- Evinrude ! Par ici ! l'appela Jaq, essayant de flotter dans l'eau en tenant Gus par sa chemise.

- Je me noie ! Je me noie ! gémit Gus apeuré.

Evinrude rejoignit les souris en avançant la feuille d'arbre. Bernard monta à bord et aida Bianca à monter. Jaq monta sur la feuille et aida à Gus à monter.

- Gus-Gus, ça va ?

Gus cracha de l'eau et retira son bonnet trempé.

- T'a… T'a… t'avais raison, Jaq, balbutia-t-il. Marais très mauvais pour les souris comme nous !

Jaq lui sourit avec compatissance. Tandis que Bernard s'occupa de sa collègue.

- Miss Bianca, est-ce que vous n'avez rien, ma chère ?

Bianca était encore secouée par ce qu'elle venait de vivre.

- Pourquoi a-t-elle tentée de nous tuer, cette horrible femme ? Si seulement je n'étais pas une souris, elle passerait un sale quart d'heure !

- Mais nous sommes des souris, Miss Bianca, soupira Jaq défaitiste. Cette horrible femme, ce gros homme et ces deux monstres des marais sont beaucoup plus grands que nous !

- On ne peut pas les battre, ajouta Gus aussi choqué que Bianca.

Bernard acquiesça, aussi défait que les souris de Cendrillon.

- Je suis d'accord. Que pouvons-nous faire ? Peut-être que le chat Rufus avait raison. Que peuvent quatre souris comme nous ?

Jaq soupira complétement épuisé et désemparé et se laissa tomber sur la feuille. Il avait accepté d'aider quelqu'un parce qu'il s'ennuyait. Cette situation n'avait rien à voir avec Cendrillon. Sauver une petite fille des griffes de dangereux ravisseurs dépassait son niveau de compétences. Comment quatre souris pouvaient-elles faire une différence ?

Puis, il se remémora les paroles de Marraine la Bonne Fée : « si vous sentez que la situation vous dépasse : même la plus petite chose est capable de changer le cours des choses. »

- Nous pouvons changer le cours des choses, dit Jaq comme si la Fée venait de lui parler.

- Quoi ? demanda Bernard intrigué.

- Penny a besoin de notre aide, répliqua-t-il avec détermination. Nous ne pouvons pas l'abandonner. On doit faire quelque chose pour elle !

- Jaq a raison, Bernard, approuva Bianca. On nous a confié une mission. Alors nous devons continuer. (Elle contempla le bateau avec désarroi.) Elle est toute seule, là-haut. Nous devons absolument sauver Penny !

- C'est affreux ! Pauvre Penny ! déclara tristement Gus en regardant le bateau à son tour. Nous allons la sauver !


J'espère que vous avez aimé ce chapitre.

On retrouve Médusa avec son complice Snoops et ses affreux crocodiles qui sont plus bêtes que méchants.

Je pars en vacances pendant deux semaines en Grèce. Et à mon retour, je poursuivrai cette histoire jusqu'au bout.

À bientôt pour un nouveau chapitre.