Une Malédiction qui n'en Finit pas

Astrid était assise sur un banc de pierre dans le jardin. Elle observait le ciel et les nuages sans vraiment les voir. L'air était doux et embaumait la menthe. Sa plante préférée… La reine en avait fait planter un peu partout dans le jardin quand elle était enfant.

Elle soupira. Cela faisait maintenant deux ans qu'elle était loin de chez elle, loin de sa famille. Ses enfants étaient deux adolescents dorénavant. Elle ne les avait pas vus grandir. Severus entrait maintenant en cinquième année si elle ne faisait pas d'erreur. Les BUSE's … et Frieda entrait quant à elle en troisième…

« Tu es bien songeur, mon fils. »

Astrid sursauta et tourna la tête. La reine était là, souriante. Elle s'approcha et vint s'asseoir à côté d'elle.

« Mère, s'il vous plait… je vous l'ai dit cent fois. »

« Oui, je sais. Tu es Astrid Potter-Laufeydottir. Tu es mariée à un charmant Midgardien et tu vis ici en martyr pour le protéger. » Elle ne se moquait pas d'elle, elle ne faisait que répéter ce qu'elle lui avait tant de fois dit. « Mais même si tu changes ton apparence, que tu te sentes plus homme ou plus femme, Loki, tu resteras toujours mon fils. »

Elle glissa une mèche de ses cheveux sombres derrière son oreille pour la remettre en place. Astrid les faisait repousser au grand dam d'Odin. A vrai dire, elle ne faisait rien avec son approbation. A part bien se tenir s'entend. Elle restait la plupart du temps recluse dans ses quartiers ou dans les espaces privés. Elle paraissait très peu en public et uniquement en retrait. Elle n'intervenait plus dans la politique, elle n'aidait plus Odin à faire ses traités de paix, ses négociations, … à l'avantage d'Asgard. Elle n'usait même plus de sa magie, plus vraiment, ou alors que pour elle-même. Elle était le parfait prince Loki, discret et silencieux. Pas de farce, pas de vague, pas de sarcasme. Elle restait juste elle-même.

Le seul problème selon le roi, c'était qu'elle n'accomplissait aucun des devoirs princiers que Loki faisait autrefois. Pourquoi ferait-elle quoi que ce soit pour lui alors qu'il la faisait souffrir ainsi ?

« Pourquoi es-tu toujours aussi sombre ? »

« Je ne suis pas sombre, je suis brisée. »

« Tu pourrais peut-être essayer de … »

« Je ne veux rien essayer, Mère. Vous me l'avez déjà demandé. La seule chose que je souhaite, c'est être moi-même, vivre comme je l'entends et rejoindre l'homme que j'aime. »

La reine soupira et passa une main dans son dos pour le consoler. Astrid ne fit rien pour l'en empêcher.

« J'espère que tu pourras un jour le revoir avant que son heure ne vienne, mon fils. »

« Je le reverrai, » rétorqua Astrid avec conviction. « C'est une certitude. Même quand il périra, je le reverrai. »

« Comment peux-tu … »

« Hela est ma fille. Si je le lui demande, elle me permettra de le revoir. »

« Mais s'accrocher à un défunt, c'est sombrer dans la folie. »

« Alors je sombrerai, Mère. »

Astrid n'allait certainement pas révéler à la reine qu'Harry était destiné à devenir le roi d'Helheim. Elle l'adorait. Elle lui faisait confiance. Pourtant, concernant tout ce qu'il se passait sur Midgard, sur son mari et ses enfants, elle ne lui avait jamais rien dit. Elle avait gardé le secret. Toujours. Pour leur sécurité. Elle ne voulait pas que Severus et Frieda ne subissent le même sort que les autres.

« Au fait, ton père a fait quérir Syginn. »

Astrid se figea une seconde avant de tourner vers sa mère des yeux écarquillés.

« Quoi ?! »

« Syginn, Narfi et Vali vont nous rejoindre pour quelques temps au palais. »

Astrid soupira et secoua la tête.

« Magnifique… vraiment magnifique. Non content de détruire ma vie, insatisfait de ma conduite exemplaire, il va tenter de me rabibocher avec mon ex ! »

« Syginn reste ton épouse, Loki. »

« Nous nous sommes séparés. Cela a été un accord entre nous ! De quoi Odin se mêle ?! Ce ne sont pas ses affaires ! Ma vie ! Mes sentiments ! »

Elle se leva et était même sur le point de partir. Toutefois la main de la reine la retint.

« Attends Loki. Ils sont déjà au palais. »

« Parfait ! Parfait ! Je retourne dans mes quartiers ! »

« Ne fais pas l'enfant. Cela ne te sied guère. »

« Je ne fais pas l'enfant. Je suis une prisonnière dans une cage dorée. Je parais libre, je parais beau, bien habillé, le visage impassible, mais à l'intérieur, est-ce qu'une seule personne dans ce maudit royaume s'intéresse à ce qu'il y a dans mon cœur ? Personne ! Pas même vous ! Vous dites m'écouter mais au final vous n'entendez rien ! Vous restez du côté d'Odin ! »

« Il est ton père ! »

« Mes parents sont Farbauti et Laufey ! Je suis un Jotunn ! Vous, vous n'êtes que mes parents adoptifs ! »

Elle partit sur ces mots, regrettant déjà partiellement de les avoir prononcés. Elle retourna dans ses appartements et s'y enferma. Et elle n'ouvrit à personne, pas même à Syginn.

xXxXxXx

Harry mangeait en compagnie de ses enfants. Ils étaient revenus de Poudlard. Ils avaient grandis. Severus venait de passer ses BUSE's haut la main et voulait se diriger dans la branche des métamorphoses et sortilèges. Quant à Frieda, elle venait de terminer remarquablement sa troisième. La seule chose qui le faisait un peu tiquer mais il respectait ses choix était qu'elle avait choisi l'option divination. Au moins ce n'était plus Trelawney qui l'enseignait depuis le temps… C'était un homme qu'il ne connaissait pas. Toutefois, de ce qu'il avait appris de Neville, c'était quelqu'un de bien et un peu excentrique. La comparaison de Neville : 'Tu prends Luna et tu en fais un garçon.'

« Dis Papa, » commença Frieda.

« Oui, ma puce ? »

« Est-ce qu'on pourra aller chez Oncle Dudley pour les fêtes de Noël ? »

« S'il est d'accord, pourquoi pas. Mais il y a un risque que vous tombiez sur Oncle Vernon et Tante Pétunia. »

« On a déjà demandé à Oncle Dudley et il nous a certifié que non. Il n'y aura que lui, Gaby et Prim. »

« Très bien. Dudley sera content que l'on fasse cela en famille. »

« Tu n'es pas emballé par l'idée, on dirait, » commenta Severus.

Harry soupira.

« Désolé. »

« Tu n'as pas à t'excuser, Papa, » fit son aîné en secouant la tête. « On comprend pourquoi. Tu crois que tu trouveras un jour une solution ? »

« J'espère une solution non létale dans l'immédiat, » répondit plutôt Harry avec honnêteté. « Parce que vous avez encore besoin de moi. »

« Hein ? » fit Frieda. « Parce que tu prévois une létale ?! »

« Justement, je préférerais l'éviter ! »

« Frieda, » coupa Severus. « Arrête. »

« Mais j'en ai marre ! Maman est loin, prisonnière et on sait pourquoi ! Mais ce n'est pas une raison pour qu'il parte lui aussi ! »

« Je ne veux pas partir, Frieda, » rassura Harry en se levant pour rejoindre sa fille. « Jamais je ne prendrais une décision qui vous causerait du tort. »

Il serra sa fille contre elle. Severus les rejoignit et ils restèrent ainsi immobile tous les trois pendant quelques instants avant de retourner à leur place pour terminer leur repas.

« Sinon. Qu'est-ce que vous voulez faire pour ces vacances ? » demanda-t-il.

« As-tu du temps à nous consacrer ? »

« Cela fait deux ans que je cherche sans réel progrès, » soupira Harry. « Votre mère m'en voudrait si je vous négligeais totalement pour elle. Elle est adulte et puissante. Et elle a fait son choix pour nous. Je ne l'accepte pas vraiment mais je suis d'accord sur un point. Vous êtes plus importants. Alors ? Qu'est-ce que vous voulez faire ? »

« On … on peut voyager ? » demanda Frieda.

« Vous voudriez aller où ? »

« Est-ce que nous pouvons aller faire quelque chose, comme une activité pour changer. »

« Bien sûr. Tout ce que vous voulez tant que c'est autorisé par la loi. »

« Du ski ? »

Harry sourit.

« Va pour du ski. Je vais me renseigner pour une belle destination. »

Cela les changerait un peu une virée à la montagne. D'autant plus que les deux seraient dans leur élément avec la neige et la glace… Et ils avaient tous besoin de se détendre et de profiter malgré le malheur qui s'était abattu sur leur famille deux années plus tôt.

xXxXxXx

« Maman ! »

Astrid leva la tête de sa harpe en entendant l'appel. C'était un jeune garçon. Ce n'était pas Severus mais l'appel l'avait quand même interpelée. Elle se leva et sortit de ses appartements et suivit l'appel de l'enfant qui cherchait sa mère. Elle découvrit à quelques couloirs de ses appartements un jeune ase, encore un enfant, qui marchait et qui pleurait presque.

« Pourquoi pleures-tu, Petit ? » fit-elle en approchant de lui. « Tu t'es perdu ? »

« Oui, monsieur. Je cherche ma maman. »

« Et qui est-elle ? »

« Elle s'appelle Syginn. »

« Syginn, » répéta Astrid, soudain figée.

Elle examina l'enfant de la tête au pied avant de faire un léger sourire, en coin.

« Tu es Vali, n'est-ce pas ? »

« Comment vous me connaissez, monsieur ? »

La déesse soupira.

« Ca. Il faudra le demander à ta mère, » répondit-elle en se redressant. « Viens, » ajouta-t-elle en lui tendant la main. « Nous allons retrouver ta mère. »

« Comment vous vous appelez ? »

« Je m'appelle Astrid, » répondit-elle avant de soupirer. « Mais tout le monde ici m'appelle Loki. »

« Loki… Mon père s'appelle Loki. »

« Je sais, Vali. »

« Et c'est un Prince d'Asgard. »

« Etait un prince d'Asgard. Il ne se considère plus comme tel depuis longtemps. »

« Vous le connaissez. »

« Oui, Vali. C'est moi, ton père. »

« Oh… Vous êtes gentil. Maman dit que vous n'êtes pas fréquentable. »

« Je suppose que c'est vrai, » soupira Astrid en s'agenouillant devant l'enfant. « Ou du moins, ça l'était. J'ai beaucoup changé ces dernières années. J'espère en bien quoi que puisse en dire le roi. On va retrouver ta mère ? »

« Oui, s'il vous plait. »

« Tutoie-moi, Vali. Je suis ton père, pas un étranger ou un homme de haut rang. »

« Mais… un prince, c'est un haut rang, non ? »

« Oui… »

« Et vous … tu … es un prince. »

« Je l'étais. Mais je ne me considère plus comme prince d'Asgard depuis un moment déjà. Je ne suis même pas Asgardien à l'origine. »

« Tu viens d'où ? »

« De loin, » éluda-t-elle, ne souhaitant pas effrayer son fils en lui annonçant qu'elle était en réalité un Jotunn. « Viens. »

« Tu peux me prendre dans tes bras ? »

« Bien sûr, » sourit Astrid en soulevant l'enfant. « Tout ce que tu voudras. »

Elle se dirigea directement vers le secteur du palais réservé aux invités et se laissa guider par ses sens. Même si elle n'avait plus vu Syginn depuis longtemps, elle avait été assez longuement son mari pour pouvoir la retrouver n'importe où. Elle finit par toquer à une porte. Syginn lui ouvrit.

« Bonjour. »

« Bonjour, Loki. »

Astrid retint un soupir. Encore ce nom… Mais elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle ne savait rien et Odin ne lui avait probablement rien dit. Elle fit plutôt un signe de tête vers Vali qu'elle tenait toujours dans ses bras.

« Je l'ai trouvé perdu dans un couloir et il te cherchait. »

« Maman ! J'ai trouvé Papa ! » criaVali en tendant les bras vers sa mère.

Cela fit chaud au cœur d'Astrid quand elle entendit son fils l'appeler Papa. Certes, elle était plus femme que homme mais elle était bien son père. Qu'est-ce que la vie pouvait être compliquée quand on était hermaphrodite…

« Si jamais tu souhaites que je fasse partie de leur vie, je suis ouverte à toutes tes conditions. »

« Malheureusement, tu ne vas pas avoir le choix puisque je suis là sous … »

« Ordre d'Odin. Je m'en serais doutée, Syginn. »

« Cela ne me plait pas vu qui tu es. Nous nous sommes séparés pour une bonne raison. »

« Soit, c'est toi qui vois, Syginn. » Astrid soupira. « Mais sache que j'ai changé. Et non, je ne suis pas désireuse de réparer les pots cassés avec toi. Notre mariage n'était que pour me caser et m'empêcher de faire des vagues. »

« Pas un franc succès. »

« Pas ce mariage-ci non… » Elle rit doucement et glissa une main dans ses cheveux sombres pour les mettre en arrière. « Mais le mariage qui a changé ma vie, eh bien, Odin m'empêche de le retrouver et de mener ma vie comme je l'entends. Comme quoi, nous avons tous les deux des déceptions. »

« A t'entendre, on pourrait presque dire que tu es une victime d'Odin. »

« Je le suis, Syginn. Depuis mon adoption dans cette famille à l'origine à des fins diplomatiques avec un autre royaume. » Astrid secoua la tête et s'écarta de la porte. « Ecoute, je ne souhaite pas t'indisposer ou te nuire toi ou les enfants. Si jamais tu souhaites que j'aie une place dans la vie de Vali et Narfi, tu sais où me trouver. »

Elle hocha la tête et Astrid dans s'en alla.

« Attends… désireuse ? »

Astrid tourna la tête et lui fit un sourire en coin.

« Je t'ai dit que j'ai changé, Syginn. Un changement qui déplait particulièrement au roi. »

« Quel changement ? »

« Le genre de changement que seul un sorcier de ma trempe ou un jotunn peut opérer et un changement qui convient mieux à ma personnalité. Ce n'est pas sans raison que je n'ai jamais pu rentrer dans le moule typique du guerrier asgardien… Au revoir, Syginn. Bonne journée. »

xXxXxXx

Harry glissa doucement mais rapidement sur la piste de ski et s'arrêta dans une glissade juste à côté de son fils qui s'était écrasé dans un tas de neige. Il rit doucement alors qu'il lui tendait la main pour l'aider à se sortir de là.

« Tu as encore croisé tes spatules, » fit Frieda en s'arrêtant avec grâce juste à côté d'eux.

« Je faisais le chasse-neige, » grogna Severus en se redressant. « C'est super difficile. »

« Tu apprends encore, » sourit Harry en lui ébouriffant les cheveux. « Je te rassure, j'étais comme toi la première fois. Je me suis vautré des dizaines et des dizaines de fois. C'est très différent de voler sur un balai et j'avais comme toi deux pieds gauches. Ce n'est pas grave si tu n'y arrives pas du premier coup. Apprends et amuse-toi, c'est le plus important. »

Il se plaça et réexpliqua comment se tenir sur ses ski à son fils, notamment pour réguler sa vitesse et s'arrêter. Severus hocha la tête et avança prudemment sur la piste. Frieda embrassa son père sur la joue et suivit son frère. Harry les suivit tous les deux et les rejoignit en fin de piste pour boire un chocolat chaud et faire quelques photos histoire d'avoir quelque chose à montrer à Astrid quand elle leur reviendrait.

xXxXxXx

Astrid ne savait plus quoi faire de ses journées, alors elle s'était mise au dessin et à la peinture pour changer. Après avoir expérimenté cela avec Severus et surtout Frieda, elle avait découvert qu'elle n'était pas mauvaise. Le chant, la danse, la musique, pourquoi pas le dessin artistique. En général, tout ce qui avait trait aux arts, elle était naturellement douée. Sa nature créature sans doute, tellement réprimée dans le royaume d'Asgard …

Alors elle peignait. Elle s'était vêtue de vieux habits qu'elle n'employait déjà plus en tant que Loki pour peindre. Un tablier improvisé. Elle avait également fouillé dans l'armoire de Thor pour y récupérer de vieilles chemises. Autant dire que son frère avait été surpris de la voir débarquer dans sa chambre pour lui prendre des vêtements troués et rapiécés par endroits. Quand il l'avait interrogée, elle l'avait simplement remballé avec un 'Ca se voit non ?' avant de quitter sa chambre sans rien ajouter de plus. Comme il n'y avait pas eu d'incidents notoires et qu'il s'agissait de vieilles fripes, Thor n'était pas revenu à la charge, ce qui convenait parfaitement à Astrid.

Elle était occupée à faire une représentation de sa famille sur Midgard quand elle entendit des coups légers frappés à sa porte. Voilà qui n'était pas habituel. Les gardes ou même Thor avaient le poing relativement lourd contre sa porte. Et les servantes ne frappaient jamais. Enfin plus depuis qu'il avait interdit l'accès à ses appartements par pur esprit de rébellion il y avait de cela des siècles.

Elle posa son pinceau et attrapa un chiffon pour s'essuyer les mains avant d'aller ouvrir. Elle tomba sur Syginn et leurs deux enfants.

« Bonjour… je peux quelque chose pour toi ? » demanda-t-elle directement en faisant un sourire de salutation à Narfi et Vali.

« Il nous a été demandé de passer du temps avec toi, » informa Syginn avec une légère grimace.

« Et par demander, tu veux dire ordonner, c'est ça ? »

« Oui. Mais je n'ai pas envie de te mettre en colère. »

« Sachant déjà de qui ça vient, ce n'est pas toi, ni les enfants qui va réussir à me mettre en colère. Mais… » Astrid jeta un œil à l'intérieur dans un soupir. « Et si je fâchais le roi ? » proposa-t-elle avec un sourire en coin.

« Je n'aime pas quand tu fais ça, Loki. Tu le sais. »

« Je ne vais rien faire de répréhensible. Enfin, légalement, je veux dire. »

Elle s'écarta et autorisa aux premières personnes depuis son retour à entrer dans ses appartements. Même la reine ou le roi en était incapable depuis qu'elle avait placé le fidelitas.

« Bienvenue dans mes appartements. » Elle les laissa entrer et referma la porte derrière elle. « Et voilà qui va faire rager le roi. »

« Pourquoi cela ? »

« Depuis mon retour à Asgard, personne ne peut entrer ici. Même Heimdall est incapable de me voir. Personne ne sait ce que j'y fais. Mais comme nous sommes coincés et obligés à nous fréquenter autant que cela soit à l'abri des regards. » Astrid fit un geste vers sa bibliothèque et la terrasse. « Fais ce que tu veux. Je resterai de mon côté… sauf si ces deux jeunes hommes désirent quelque chose en particulier, bien sûr. »

« Je m'en fiche, » fit directement Narfi en s'installant sur une chaise. « On nous oblige à rester avec toi. »

« Eh ! Papa est pas méchant ! »

« Il nous a abandonné ! »

« C'est … attends, c'est ça que tu leur as raconté ?! » Astrid secoua la tête en soupirant. « J'abandonne. »

Elle agita les mains et lia ses trois invités par un sort. Elle retourna ensuite derrière son tableau et reprit son travail en silence.

« Qu'est-ce que tu viens de nous faire ? »

« Un sort de confidentialité, » répondit honnêtement Astrid. « Ainsi vous serez dans l'impossibilité de rapporter à l'extérieur ce que vous pouvoir voir ou entendre ici qui ait un rapport direct ou indirect avec moi. »

« Tu prévois un sale tour. »

« Cela fait des décennies que je n'en prévois plus mais je vois que ma réputation reste inchangée… Je n'ai que faire de faire des farces aux Asgardiens. Cela ne m'amuse plus depuis longtemps. Je me complets dans ma morne solitude puisque l'on m'a arrachée à tout ce que j'aimais. Maintenant, puisque tu as dit à nos enfants que je les avais abandonnés, je te suggère de leur dire la vérité et maintenant ! Si cela sort de ma bouche ce sera interprété comme un mensonge ! »

« Je… »

« Oh et … petit détail pour le moins important, ici, tu ne peux pas mentir. C'est l'une des particularités de mes appartements. Un sort apposé par la reine elle-même il y a de cela des siècles à l'insu du roi. Je n'ai jamais jugé bon de l'enlever. Bon courage. »

« Tu n'es pas sérieux ?! »

« Si, très sérieuse. Contrairement à ce que tu crois, je suis un parent responsable et je ne mens jamais à mes enfants. Quand une vérité est difficile, je cherche un moyen de l'adoucir mais je la dis franchement pour ne pas que mes enfants se sentent trahis. Je n'en ai malheureusement jamais eu l'occasion avec Narfi et Vali suite à ta décision. Je ne t'en veux pas pour la décision, je n'étais pas dans une bonne passe à l'époque mais jamais je ne leur aurais menti comme tu l'as fait. Comme j'ai du assumer mes mensonges devant la cour maintes et maintes fois, je t'invite à le faire maintenant. Plus tu attendras, pire ce sera, crois-en mon expérience. »

Astrid croisa le regard noir de son ex-épouse mais ne s'en formalisa pas. Elle en avait vu d'autres.

« Tu fais quoi ? » demanda Vali en s'approchant.

« Je peins. »

« Tu peins quoi ? »

L'enfant s'était dressé sur ses jambes pour bien observer le tableau inachevé.

« Un tableau de moi avec ma famille, mes enfants. »

« Je suis dessus ? »

Astrid sourit et montra un endroit où il n'y avait encore que des couleurs de fond sans le moindre détail.

« Ca me ressemble pas. »

« Et si tu me laissais le terminer d'abord, hmmm ? Ce sera d'autant plus facile pour moi puisque tu es là. »

« Narfi et Maman sont dessus aussi ? »

« Narfi est là, mais je ne l'ai pas fini non plus. Et ta mère ici. »

« Pourquoi elle est à l'écart ? »

« Parce que mes relations avec ta maman ne sont pas en bons termes, » répondit honnêtement Astrid.

« Et pourquoi tu t'es peint avec des lunettes ? »

Astrid rit doucement et secoua la tête.

« Ce n'est pas moi, Vali. C'est mon mari. Il s'appelle Harry et je l'aime beaucoup. »

« Tu es où alors ? »

« Juste là. »

« Mais … c'est une femme ! »

« J'ai le don de métamorphose. Je prends l'apparence qui me plait. »

« Tu peux le faire maintenant ? »

Astrid baissa son pinceau et ferma les yeux.

« Non. »

« Tu es un menteur, » dit directement Narfi.

« Non, il ne ment pas, » dit directement Syginn. « Pas en ce moment en tout cas. »

« Je ne peux pas mentir au sein même de mes appartements, » corrigea Astrid. « Un sortilège m'en empêche. Et je ne peux pas tout simplement parce que le roi m'a privé de ce don en scellant une partie de ma magie. Je peux faire encore beaucoup de choses mais changer d'apparence m'est dorénavant impossible tant que le sceau n'est pas enlevé. »

« Comment on l'enlève ? »

« Avec une clé, » répondit Astrid.

« Et tu l'as pas ? » demanda Vali en penchant la tête sur le côté.

« Tu crois vraiment que je resterai dans une forme que je hais si j'avais cette clé ? »

« Tu hais ta forme ? Pourquoi ? »

« Comment dire sans t'effrayer… » soupira Astrid.

Elle s'essuya les mains et partit vers sa bibliothèque. Là, elle en retira un ouvrage qu'elle savait rempli d'enluminures et illustrations.

« Que sais-tu du royaume de Jotunheim, Vali ? » demanda-t-elle en s'agenouillant devant lui.

« Loki ! »

« J'ai dit que je ne mentais pas à mes enfants Syginn. Et je suis différente ! Maintenant, soit tu racontes la vérité sur ton mensonge, soit tu me laisses raconter mes origines, tu as le choix ! »

Devant son silence, Astrid comprit qu'elle ne ferait rien pour réparer ses fautes passées. Elle prit donc les devants pour raconter son histoire. Elle s'arrangerait elle-même avec ses mensonges. Si elle voulait risquer de perdre la confiance de ses enfants, c'était son problème, pas le sien.

« Alors Vali ? Que sais-tu de Jotunheim ? »

« C'est le royaume des monstrueux Jotunns de glace, » fit l'enfant.

En entendant sa voix, Astrid sut qu'il avait peur de les mentionner.

« Tu n'as pas à avoir peur d'eux, » la rassura-t-elle. « Ils sont loin et ne peuvent venir en ce royaume sans être vus d'Heimdall. Par ailleurs, ils ne s'en prennent pas aux enfants. »

« Ce n'est pas ce que racontent…, » commença Syginn.

« Les vieilles histoires mentent. Les Jotunns ne sont pas dépourvus de sentiments. Ils sont juste différents. Ce n'est pas parce qu'ils ont les yeux rouges, la peau bleue et des cornes sur le haut du crâne qu'ils sont forcément méchants et dangereux. Certes leur peau est glaciale, certes, ils sont capables de manipuler la glace et de tuer des personnes d'un simple toucher. Mais les Asgardiens ne sont-ils pas eux-mêmes capables de tuer avec une épée ou une hache ? Les Midgardiens ou mêmes les elfes avec leurs propres armes ? Nous avons tous des côtés sombres. Toutes les races. Personne n'est à l'abri des Ténèbres. Mais tout le monde n'est pas non plus soumis à elle. Nous pouvons nous battre et faire ce qui est juste. »

« Ce qui n'est pas ton cas, Papa, » cracha Narfi.

« Que sais-tu réellement de moi ? Rien du tout. »

« Je sais que tu es un lâche, un sorcier et un criminel. »

« Savais-tu aussi que j'étais le plus puissant sorcier de tout Yggdrasil ? »

« Qu'est-ce que ça change ? La magie, c'est pour les femmes ! »

« Et pourquoi je me suis représenté en tant que femme sur ce tableau d'après toi ? »

Astrid prenait tout avec calme et les attaques de son fils, même si elles étaient blessantes, coulaient sur sa carapace. Elle en avait vu tellement d'autres.

« Je me sens femme parce que je suis un sorcier, mais aussi parce qu'en plus d'être votre père, je suis également mère de tous mes autres enfants. Sleipnirr, Jormungandr, Fenrir, Severus, Frieda… Je les ai tous portés. »

« Severus et Frieda ? » fit Syginn.

« Plus tard, » coupa Astrid avant de reprendre. « Je me sens pleinement épanouie et heureuse qu'en tant que femme et mère, je l'ai appris lors des quinze dernières années. Hélas, Odin m'empêche d'être moi-même en m'imposant cette apparence masculine. »

« Mais comment tu peux passer de l'un à l'autre déjà de base ? » demanda malgré tout Narfi qui avait malgré sa haine pour son père la curiosité d'un enfant.

« Tout simplement parce que je ne suis pas né Ase mais Jotunn. J'ai été abandonné par mes parents et adopté par le roi quand je n'étais encore qu'un nourrisson. Et il est connu que les Jotunns sont hermaphrodites. »

« Ils sont quoi ? »

« Hermaphrodites. Ils sont à la fois femme et homme. Ce que je suis également. Et à l'exception de leur statut hiérarchique comme chef ou paysan, ils sont tous égaux parce qu'identiques. Il n'y a pas de différence entre l'homme et la femme comme dans les autres civilisations. Ils peuvent choisir. Et moi aussi. Enfin… je pouvais. »

Tout en parlant, Astrid avait montré des illustrations de Jotunheim et des Jotunns mais aussi de Midgard et des hommes et des femmes qui ressemblaient beaucoup aux Ases.

« Alors… les Jotunns ne sont pas des monstres ? » demanda lentement Vali.

« Non. Ils sont juste différents. Mais parmi eux, il peut y avoir des monstres. Tout comme il peut y en avoir parmi les hommes, les elfes ou mêmes les Ases. Ou même encore d'autres espèces. Etre monstrueux n'est pas une nature du corps mais bien de l'esprit. Si tes pensées sont mauvaises et génératrices de morts et de destruction, alors tu es un monstre. Mais si tes pensées sont bonnes et bienveillantes, alors tu n'en es pas un. »

« Et toi tu es quoi, Papa ? »

« Moi ? » Astrid retint un soupir. « J'ai été un peu des deux. Je suis la divinité du chaos dans certaines civilisations. Et j'ai fait de nombreuses erreurs par le passé aussi. J'étais jeune. Mais maintenant, je ne ferais plus jamais rien sans une bonne raison et certainement rien qui pourrait mettre en danger ma famille ou mes amis. Bien au contraire, je pourrais donner ma vie pour eux. Et ça, c'est être bon. »

« Et si on en revenait à Savarus et Frieda ? » demanda Syginn.

« C'est Severus et non, je ne reviendrai pas sur eux puisque tu m'as fait passer pour le méchant de l'histoire en racontant des mensonges. Je n'étais pas un enfant de chœur, je te l'accorde, mais je n'étais certainement pas un monstre ! »

« Tu as envahi Midgard ! »

« J'étais contrôlé, Syginn ! Manipulé ! Un pantin entre les mains du marionnettiste ! »

« Je ne … »

« Rappelle-toi. Il y a un sortilège qui empêche quiconque ici de mentir. Même moi. »

« Mais … alors pourquoi tu ne te défends pas ? »

« Tu peux me dire depuis quand on me croit ? »

« Mais si tu demandes à ce qu'on te lance un sort de vérité… »

« Justement, là est tout le problème. Les sortilèges sont mon dada. La magie dans son entièreté. On va croire que je suis capable de briser un tel sort pour dire tous les mensonges que je souhaite pour me sortir d'un mauvais pas. Cela a toujours été le cas. Cela ne changera jamais. Mais j'attends un jour qu'un autre vienne pour que la vérité éclate au grand jour mais par un autre que moi. C'est le seul moyen que j'ai. Hélas … cette vérité viendra avec une guerre sans merci malheureusement. »

« Pourquoi cela ? »

« Parce que l'être qui viendra ici, et il viendra ici pour récupérer un objet dans le coffre royal, ne viendra pas ici pour parlementer mais bien pour décimer la moitié de la population. »

« Tu dois le dire ! »

« Et qui me croira ? »

« Même si personne ne te croit, si tu ne préviens personne, il n'y aura aucun sceptique qui viendrait à préparer les choses ! »

« J'ai déjà prévenu Thor qu'il sera la cible de Thanos pour l'échec de l'invasion sur Midgard. A voir s'il prend mon avertissement au sérieux mais mon expérience avec les guerriers d'Asgard me permet de dire que mes avertissements ne sont jamais pris en compte. Et après on rejette encore la faute sur mon dos parce que je suis le vilain petit canard. »

« Le quoi ? »

« La cinquième roue du carrosse… Habitue-toi à mes nouvelles expressions, Syginn. Elles viennent de Midgard. Mais c'est toujours moi qui trinque, même quand je ne suis pas coupable. Rien de nouveau là-dedans. J'en ai l'habitude maintenant. »

Astrid laissa son fils avec l'ouvrage et retourna à son tableau pour poursuivre son chef-d'œuvre. Elle ne daigna plus dire un mot sauf pour s'occuper de ses deux enfants, en particulier le plus jeune, prouvant ainsi à son ex qu'elle était capable d'être parfaitement à l'écoute du moindre besoin de leurs enfants à condition qu'ils s'expriment naturellement. Les mots, c'était important. Et quand ils ne les avaient pas en tête, Astrid les faisait sortir habilement par de simples questions, comme le ferait n'importe quel parent.

xXxXxXx

Harry était parti à l'étranger pour quelques jours et avait laissé ses enfants chez son cousin. Il s'était rendu en Norvège pour récupérer des ouvrages très rares sur les anciennes magies du nord. Il marchait dans une rue marchande à la recherche de la bonne boutique quand il reçut un appel de son cousin sur son téléphone portable.

« Oui, Dudley ? » fit-il en décrochant.

« Harry… Ouille, merde ! Il faut que tu reviennes. Tout de suite ! »

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

« Severus et Frieda ont été enlevés ? »

Harry s'arrêta brusquement et garda le silence quelques secondes avant de parler.

« Tu peux répéter ça ? »

« Tes enfants ont été enlevés, Harry ! »

« Par qui ? »

« Je ne sais pas trop. Des genres de fédéraux d'une firme que je ne connais pas trop. Le SHISH, le SHELL, … »

« Le SHIELD ? »

« Oui, voilà ! J'ai essayé de les arrêter mais ces enfoirés m'ont mis K.O. Je vais avoir une belle bosse. J'aurais préféré des sorciers pour le coup, au moins ce n'est pas aussi douloureux au réveil ! »

« Tu as quelqu'un avec toi ? »

« J'ai Prim oui, pourquoi ? »

« Pars avec elle pour le ministère de la magie anglais et signale l'enlèvement. Je vais personnellement aux Etats-Unis pour le signaler au MACUSA. »

« Pourquoi cela ? »

« Parce que j'ai la double nationalité, anglaise et américaine. »

« Tu as une idée de pourquoi ils ont été enlevés ? C'est Prim qui demande. »

« A cause d'Astrid. »

« Quoi ? »

« Astrid est le Dieu Loki, Dudley. »

« Ah. Le taré qui a envahi New York ? »

« Oui mais il n'était pas taré, juste manipulé. Maintenant, s'il vous plait, faites ce que je vous demande. On se tient au courant. »

« D'accord. »

Harry raccrocha et rangea son téléphone dans sa poche.

« Quelle malédiction ! » grogna-t-il avant de transplaner pour le ministère norrois.


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