Chapitre 18 : Ensemble

Astrid referma la porte en soupirant. Elle était restée longtemps auprès de Frieda, jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Cela avait pris un peu de temps car elle avait refusé de lui donner quoi que ce soit. Il ne fallait pas qu'elle remette à plus tard son traumatisme. Le mieux était qu'on s'en occupe progressivement dès maintenant à son sens. Plus on attendrait, pire ce serait. Et utiliser une quelconque médication n'était pas vraiment la solution dans un premier temps. Il fallait d'abord tâter le terrain et prendre une décision adaptée.

Elle se rendit dans le salon où les autres attendaient et rejoignit les sorciers.

« Alors ? » demanda Harry.

« Elle s'est endormie mais… il lui faudra beaucoup de temps pour s'en remettre. Elle est traumatisée. »

« Le contraire m'aurait étonné, » commenta Clint avec calme.

« Maintenant que la mission est finie, on te ramène à Asgard, » fit alors Sif.

« Mais pas. En rêve, » cracha Harry, le regard flamboyant.

« Ce n'est pas un simple mortel comme toi qui pourra dire quoi que ce soit. Il s'agit d'un ordre du roi d'Asgard. »

« Et je suis le roi d'Helheim, » rétorqua-t-il.

« Vous êtes sous les ordres d'Odin. »

Hela éclata de rire alors qu'elle réapparaissait. Sa présence pesante et son regard intimidant s'imposèrent dans la pièce à une vitesse effarante au point que même la lumière artificielle vacilla l'espace de quelques secondes avant de se stabiliser. Elle fixa la guerrière avec une lueur un peu folle dans les yeux.

« La seule qui a jamais été sous le joug d'Odin, cela a été moi, » dit-elle en s'approchant d'elle. « Et depuis que j'ai mon roi, mon propre roi, je ne réponds plus aux ordres du roi d'Asgard. C'est fini. »

Elle s'approcha encore, un sourire narquois déformant sa moitié de visage.

« Et Harry n'a jamais été et ne sera jamais sous le joug de votre parodie de roi. »

« Hela ! » fit Astrid. « Assez ! Ne provoque pas. »

« Tu vas les défendre ?! »

« Ce n'est pas ce que j'ai dit. Mais une guerre entre nous tous ne devrait pas se faire sur les terres de Midgard. Les mortels ont déjà bien trop souffert de notre influence. »

« Dans ce cas, allons-y, » fit Sif avec une certaine assurance. « Que je remette cet homme à sa place ! »

Astrid soupira et se tourna vers son frère.

« Thor, gère-la avant qu'un meurtre ne soit commis car il est hors de question que je m'interpose entre ma famille et elle. Pour moi, elle peut mourir mais… » Elle avait insisté sur ce mot pour empêcher sa fille de faire une action inconsidérée. « … il est absolument hors de question que l'un de vous donne le premier coup sans une excellente raison qui sera défendable devant le roi d'Asgard pour avoir agressé, voire même tué un de ses sujets. »

Harry était d'un calme olympien depuis que son épouse avait pris la parole. Il s'était donc rapproché d'elle, patient, confiant en son habileté à manipuler les mots.

« Hela…, » fit Astrid avec calme.

Cette dernière soupira bruyamment mais alla s'installer dans le fauteuil juste à côté de Tony Stark. Ce dernier réagit un peu en le constatant mais moins que les autres qui s'étaient écartés sur son passage. Cela n'apporta qu'un sourire sur le visage de la déesse de la mort.

Astrid retint un soupir et s'installa à son tour, en compagnie de son mari.

« Voilà qui est réglé, » dit-elle simplement. « Et Severus ? »

« Il s'en remettra, » répondit Harry dans un soupir. « L'ennui est qu'il faut s'en remettre entièrement à la médecine moldue pour le coup. Je ne connais pas du tout cette substance qu'ils lui ont injectée. Elle ne ressemble à aucun sérum de vérité que je connais. »

« Peut-être parce qu'il a été créé par des Moldus, » avança Astrid. « C'est possible. Ils sont bien en avance sur les sorciers d'ici dans certains domaines. La science notamment. »

« Je suis d'accord. »

« Du coup, on fait quoi ? » demanda Thor en fixant Astrid.

« On attend le lever du jour et on va voir le MACUSA, » répondit-elle avec évidence. « Cette histoire est loin d'être terminée. Les sorciers de ce monde sont en danger désormais. »

« Les malheurs des sorciers ne nous… »

Sif ne put finir sa phrase. Tous les regards se tournèrent vers les sorciers présents dans le salon. Aucun n'avait agi. Ni les Malfoy, ni James, ni Gaby, ni même Astrid ou Harry. Par contre, tous les regards sorciers étaient tournés vers une personne derrière Sif.

« Tu ne devrais pas être au lit, mon chéri ? » demanda Astrid avec douceur.

« J'arrive pas à dormir, » répondit Severus en approchant. « Pourquoi elle gueule la mégère, là ? »

« Langage, » rappelèrent les deux parents à l'ordre.

Toutefois, leur remarque ne fut pas prise au sérieux puisque leur visage affichait un air amusé.

« Pardon, » répliqua le jeune sorcier sans pour autant être désolé.

Il rejoignit ses parents et s'installa entre eux. Astrid lui embrassa la tempe et Severus se laissa faire, trop heureux d'être auprès de sa mère même si cela le faisait passer un peu plus pour un enfant.

« Tu enlèves le sortilège, Sev ? » demanda Harry.

« Non, elle me donne mal à la tête. »

« Pour répondre à ta question, elle vociférait parce que le sort des sorciers l'indiffère, » répondit Astrid avec douceur.

« Une asgardienne quoi…, » fit l'adolescent en se coulant un peu plus dans le câlin que lui prodiguait sa mère.

Astrid rit et hocha la tête. En silence, elle lança elle-même un sort de diagnostic sur son fils et se rangea de l'avis de son mari. Severus se remettrait assez vite. Ses blessures étaient plus psychologiques que physiques. Seule la drogue utilisée par ces monstres posait légèrement problème mais un bon sevrage à l'ancienne sous bonne surveillance lui semblait être la meilleure option également.

Ils discutèrent de sujets plus légers pour le restant de la soirée. Astrid finit même par ôter le sortilège que son fils avait appliqué sur la guerrière. Severus s'était endormi contre son épaule de toute façon.

« Attention, » l'avait-elle averti. « Tu le réveilles, tu seras à nouveau muselée… Mes enfants tiennent de moi, mais aussi d'Harry. C'est un mélange doux et subtil qui, si tu l'agites de trop, peut t'exploser à la figure sans crier gare. Te voilà avertie, Sif. »

« Je n'ai pas peur. »

« Je n'ai jamais dit que tu devais. »

« Mais quand on joue avec des sorciers au tempérament farceur, il ne faut pas s'étonner de certaines de leurs réactions, » ajouta Harry avec amusement. « Les joies d'être les héritiers d'une déesse farceuse et les petits-enfants d'un maraudeur. »

« C'est toujours mieux ça qu'un dieu destructeur et un mage noir vengeur, » répliqua Natasha Romanoff.

Astrid et Harry lui adressèrent un sourire désolé.

« D'ailleurs, Astrid, » continua-t-elle. « Tu as beaucoup de choses à nous dire. Pourquoi avoir abandonné ton identité de Loki ? »

Les deux époux échangèrent un sourire tandis que les autres sorciers rirent doucement. C'était une longue histoire. Astrid commença alors à tout relater depuis le tout début, depuis ce fameux jour de l'invasion de New York.

xXxXxXx

Pendant que Lucius et Drago se chargèrent d'informer le MACUSA sur la situation grave dans laquelle Hydra venait de plonger le monde sorcier, les autres sorciers repartirent chez eux après avoir chaleureusement salué Harry et Astrid. Ces deux-là restèrent à la base Avengers malgré leur grand désir de rentrer eux aussi. La déesse était hélas encore sous haute surveillance et ils ne voulaient pas trop tirer sur la corde déjà raide face à Sif. Alors, ils restaient là et s'occupaient de leurs enfants.

Hela finit par repartir elle aussi après avoir passé un peu de temps auprès de sa mère. Son monde l'attendait et elle avait quelques criminels à punir. Son départ sans heurt rassura les Asgardiens. Mais les guerriers n'étaient toujours pas totalement calmes car Harry demeurait toujours le roi d'Helheim. L'échange qu'il y avait eu la veille avait eu le mérite de refroidir certains comportements, notamment parce qu'une certaine hésitation s'était insinuée dans leur esprit, pour le plus grand bonheur du couple atypique qui s'occupaient de leurs enfants traumatisés.

Quand il n'était pas fiché avec ses parents, Severus passait son temps en compagnie de Tony et Bruce, notamment parce que le deuxième était un peu le médecin du groupe de bras cassés supposés être des héros, mais aussi, et surtout, parce qu'il était très intéressé par les technologies moldues. Il cherchait un moyen de s'évader l'esprit de ce qu'il avait vécu lors des semaines précédentes et apprendre de nouvelles choses lui semblait être une bonne manière de le faire.

Celle qui demandait le plus d'attention, par contre, était bien Frieda. Elle tremblait de partout et contrôlait difficilement ses pouvoirs au point qu'Harry fut obligé d'apposer un bloc magique, tant pour la sécurité de sa fille que pour celle de tous ceux qu'elles pourraient croiser. Elle devait guérir mentalement avant de pouvoir avoir à nouveau accès à la magie. Ce serait plus sûr, pensa-t-il en observant la glace fondre peu à peu alors que le pouvoir de Frieda perdait rapidement en puissance à mesure qu'il apposait le sceau.

Astrid avait pincé les lèvres mais n'avait pas commenté. Elle comprenait sa démarche. Et Harry comprenait la réaction de son épouse. Elle avait été elle-même limitée dans ses compétences magiques et avait du mal à accepter que sa fille doive passer par là également. Mais dans certaines situations, des décisions difficiles devaient être prises…

Tout cela sous la surveillance des Ases…

Et pendant ce temps, les autres Avengers étaient à la recherche du moindre corpuscule d'Hydra qu'ils pouvaient retrouver de par le monde. Ils avaient l'intention de tous les signaler, les appréhender et, en fonction de l'accueil réservé, ils les captureraient ou les tueraient. Au choix.

Cela prit évidemment du temps.

xXxXxXx

Une semaine s'était écoulée depuis le sauvetage dans la base d'Hydra. Astrid observait ses deux cadets interagir avec Vali. Il était peut-être plus vieux, il restait très jeune mentalement. Severus s'ennuyait un peu plus mais il jouait volontiers au ballon avec les deux autres. Frieda souriait aussi mais ses yeux étaient hantés. Elle ne montrait juste pas son mal-être à son petit-grand frère. Astrid se demandait même si elle pourrait réellement un jour se remettre de tout ça.

Elle fit une passe et Vali rata la balle. Astrid la récupéra aisément en la faisant rebondir sur son pied et la tendit ensuite à son fils avant de lui baiser le front. Elle fit ensuite un clin d'œil aux deux autres.

« Merci ! » dit l'enfant avec un sourire. « Severus et Frieda sont encore plus gentils que Narfi ! Est-ce qu'ils peuvent venir vivre à Asgard ? »

La question fit se figer la mère de famille.

« Ils sont Midgardiens, mon chéri, » dit-elle doucement, peinée par la réalité des choses. « Jamais le roi n'acceptera de les faire venir à la cité d'argent. Je suis désolée. Mais tant que tu seras ici et s'ils sont d'accord, tu pourras jouer avec eux autant que tu le voudras. » Elle le poussa doucement vers ses cadets. « Allez, va jouer avec eux. »

« Tu viens pas jouer avec nous ? »

« Non, mon chéri. Mais peut-être plus tard. »

Elle ne désirait pas jouer dans l'immédiat car elle avait un mauvais pressentiment et ne voulait pas se laisser distraire par quelques jeux enfantins. Harry était reparti à la demande d'Hela pour faire quelque chose et elle se retrouvait à nouveau seule. Pas qu'elle en était effrayée mais c'était le moment idéal pour l'attaquer naturellement. Il n'y avait plus personne qui la rattachait à Midgard à part ses deux enfants et ils n'étaient pas assez forts mentalement ou physiquement pour affronter qui que ce soit pour le moment. Il ne restait qu'elle pour veiller au grain. Alors elle veillait.

Alors quand elle vit Sif arriver quelques heures plus tard avec un sourire sur le visage, elle était prête à l'écouter et à l'accueillir comme il se devait. Elle claqua des doigts et fit signe à son fils d'emmener les deux autres plus loin. Severus hocha la tête et obéit, passant un bras autour de la taille de sa sœur et tenant son autre frère par la main.

« Que me vaut le déplaisir d'observer ce sourire victorieux sur ton visage aujourd'hui, Sif ? » demanda-t-elle en semblant désinvolte.

« On te ramène à Asgard. Ordre du roi. »

Elle s'attendait à cet ultimatum. La mission de sauvetage avait été accomplie. Elle n'avait officiellement plus aucune raison d'être là puisqu'Odin ne savait pas qu'il s'agissait de ses enfants.

« Tu attendras un instant que je trouve quelqu'un pour récupérer Frieda et Severus, dans ce cas. Je ne les laisse pas auprès de Moldus qui ne connaissent pour ainsi dire rien du monde magique. »

« Inutile, tes monstrueux enfants viennent avec nous. Odin a demandé à les voir. »

Le regard de la sorcière se fit plus dur alors qu'elle agrippait la guerrière par le bras.

« Tu as parlé au roi de Severus et Frieda ?! »

« Le roi est en droit de savoir que tu as de nouveau enfanté ! »

Astrid se rapprocha d'elle et sa voix se fit plus menaçante que jamais.

« Si jamais il arrive quoi que ce soit à mes enfants ou qu'ils soient éloignés et de moi et de Midgard, je te jure que je te le ferai payer au centuple ! »

« Je n'ai pas peur de toi. »

Les yeux verts devinrent d'un rouge sanguin et la peau de la sorcière prit une légère teinte bleu roi.

« Tu devrais, » siffla-t-elle. « Si Odin leur réserve le même sort qu'aux autres, ce sera la guerre. »

« Tu seras enfermé avant, lâche, » dit Sif en se dégageant pour ne pas se brûler au contact de la sorcière.

« Je ne me laisserai pas faire. »

« Tu n'auras pas le choix. »

« Sauf que jusqu'à présent j'ai toujours été seule face à vous. Je ne le suis plus désormais. J'ai des alliés de choix contre lesquels même Odin ne pourra rien faire. Plus jamais ! »

« Et toi non plus. Et si tu tentes quoi que ce soit, je te tuerai ! » promit la guerrière.

« Si tu crois que j'ai peur de mourir, je ne suis pas un héros. Quoi qu'il m'arrive, je finirai à Helheim. Et comme tu as pu le remarquer, mon mari est le roi d'Helheim. Quoi que toi, ou Odin, ou n'importe qui dans l'univers désormais, pourrait me faire pour me blesser ou me tuer, il y aura des conséquences. Il y aura désormais toujours des conséquences. »

Elle reprit son apparence féminine et fit demi-tour pour rejoindre ses enfants.

« Cela change rien au fait que tes maudits enfants doivent nous suivre à Asgard ! »

« J'avais compris, merci ! » rétorqua Astrid avec colère. « Occupe-toi de tes affaires ! »

« Il est hors du question que tu t'enf… »

« Sif, cela suffit, » coupa Thor d'une voix calme. « Laisse-…la tranquille. »

« Il ne faut pas qu'il s'enfuit ! »

« Et i-elle ne s'enfuira pas. N'est-ce pas ? Astrid ? »

Cette dernière ne s'arrêta pas pour autant alors qu'elle répondait dans un soupir énervé.

« Et pour fuir où ? Je ne vais pas passer le reste de mon existence derrière un fidelitas juste pour qu'Heimdall ne me voie pas. Et je ne vais pas imposer cela à mes enfants non plus ! On viendra. Mais vous êtes déjà prévenus si cela tourne mal ! »

Elle rejoignit Severus et Frieda pour les informer de la situation. Et peut-être voir aussi pour faire passer le message à Harry d'une quelconque manière… Cela serait le plus dur.

Elle grogna de frustration en montant dans l'ascenseur mais elle eut un sourire satisfait quand les portes de métal se refermèrent avant que Sif ne puisse rentrer à l'intérieur et la suivre. Elle voulait avoir une discussion avec ses enfants sans avoir cette horrible mégère sur le dos.

xXxXxXx

Quand ils arrivèrent sur le pont du Bifrost, Astrid échangea un regard avec Syginn. Cette dernière hocha la tête avec un sourire discret. Elle allait faire ce qu'elle pourrait pour tenir sa promesse. Cela la rassura un peu et la sorcière put s'avancer sans trop d'appréhension sur le pont arc-en-ciel.

Frieda ne la lâchait plus d'une semelle depuis qu'elle avait appris qu'elle se rendrait à Asgard. La perspective de rencontrer d'autres Ases aussi désagréables que Sif et le trio palatins l'effrayait, d'autant plus depuis les derniers événements. Astrid l'avait donc rassurée au mieux, mais comme elle doutait beaucoup elle-même à ce sujet, elle n'avait pas pu faire grand-chose.

Elle ne voulait pas mentir à ses enfants. Le coup de poignard de la trahison entre parents et enfants, elle connaissait et elle l'avait très mal vécu. Elle ne voulait pas leur infliger cela non plus. A la place, elle avait simplement ensorcelé un bracelet en argent relativement discret qu'elle avait donné à chacun d'eux. Un portoloin pour Square Grimmaurd. C'était tout ce qu'elle avait pu faire en guise de sécurité dans le peu de temps qu'elle avait eu à disposition malgré la surveillance médiocre mais insistante de sa babysitteur attitrée.

Ils avancèrent vers le palais. Elle avait un bras autour des épaules de sa fille cadette et Severus se tenait de l'autre côté de sa sœur pour la protéger. Thor se tenait sur la gauche d'Astrid et avançait en silence. Et tous les autres étaient derrière eux naturellement.

La mère ignora tous les regards que les habitants leur jetaient et avançait la tête droite.

« C'est toujours aussi ... »

« Accueillant ? » proposa-t-elle en jetant un regard à son fils. « Oui. Toujours. Enfin, c'est l'accueil que l'on me réserve en général. »

« Mais tu n'as pas ton apparence masculine. »

« La présence de Thor et de mes babysitteurs suffisent, » soupira-t-elle. « Et mon visage ne change pas tant que cela. Si jamais quelqu'un vient me placer des anneaux ou un collier de force, ne réagissez pas. »

« Pourquoi feraient-ils ça ? » demanda Severus, les sourcils froncés.

« Pour me limiter dans mes pouvoirs et notamment la métamorphose. »

« Mais… »

« Je vous demande juste de ne pas intervenir. Il ne faut pas que vous vous montriez hostiles ou vous auriez de sérieux ennuis. Vous êtes malheureusement victimes de ma renommée et je ne peux rien y faire. J'ai été un vilain garçon et cette étiquette me collera à jamais à la peau parce que les Asgardiens sont incapables de voir que des personnes peuvent changer. »

Elle soupira et agita la main pour que les grandes portes du palais s'ouvrent devant eux.

« Ils sont coincés dans le passé et incapable de voir la plupart des changements. »

« Mais tu as changé ! »

« Je sais. Et tu le sais aussi, Severus. Vous le savez tous sur Midgard pour ceux qui m'ont fréquentée pendant toutes ces années. Mais parfois, il est plus facile de rabattre tous les maux de l'univers sur une personne qui a été longtemps réputée pour ses bêtises et parfois sa malveillance. »

« Tu n'es pas malveillante. »

« Non, c'est vrai. Je suis plutôt vengeresse. Mais la vengeance peut être interprétée comme de la malveillance et j'ai toujours mis un point d'honneur à cacher mes sentiments pendant des siècles. Il était dès lors impossible de réellement savoir ce que je pensais. Mes vengeances n'ont presque jamais été perçues comme telles et cela n'a été que l'ajout d'une énième étiquette sur la liste de mes prétendus défauts… Ne vous fiez jamais à l'avis général d'Asgard mais faites-vous votre propre jugement sur les choses du monde et de l'univers. C'est le meilleur conseil que je puisse vous donner désormais. »

« Tu vas partir ? » demanda Frieda.

« Je ne le veux pas, » répondit sa mère. « Mais c'est un risque qu'il faut prendre en compte. Notre séparation. »

« Encore ? Mais Papa est… »

« Je sais, » rassura Astrid en lui serrant doucement l'épaule. « Mais je ne suis pas assez puissante pour affronter Odin. Tant que j'aurais l'assurance que vous êtes vivants et en bonne santé, cela me suffira. Rien ne sera jamais plus important pour moi que votre sécurité. Ce sera toujours votre sécurité avant tout le reste, même si vous êtes loin de moi. »

En une journée, la femme qui voulait tout brûler derrière elle en cas de séparation avait réfléchi aux conséquences possibles de ses actes. Elle acceptait éventuellement la séparation avec ses enfants si elle avait la certitude en retour qu'ils iraient bien et seraient bien traités. Mais dans le cas contraire, elle tuerait tout le monde et saccagerait tout sur son passage pour les retrouver et les sauver une fois encore, quitte à mourir en essayant.

Ils s'arrêtèrent devant les portes de la salle du trône.

« Prêts ? » demanda-t-elle.

« A être séparés de notre mère après ce qu'on vient de vivre, non, » répondit Severus en prenant la main de sa sœur. « A affronter le monde pour rester ensemble, quand tu veux, même si cela veut dire se battre. »

« Pas contre Asgard. Vous mourriez. »

« Si cela veut dire rester près de toi, je m'en fiche, Maman. On est restés trop longtemps séparés et cela a bien failli nous détruire ! Regarde ce qui nous est arrivé ! Ce qu'on nous a fait ! Imagine que tu ne serais pas revenue… »

Astrid ferma les yeux et inspira profondément alors qu'elle entendait son fils exprimer ses peurs les plus profondes rien que dans les faits passés et qui pourraient à nouveau se répéter si elle n'était pas là pour les protéger.

« Il est absolument hors de question qu'on se sépare de toi, » continua Severus avec fermeté. « Tant pis si on doit vivre en prison tous les trois, mais on reste ensemble ! En famille ! »

La déesse posa une main sur l'épaule de son fils et la serra doucement. Ce qu'il lui disait la touchait profondément. Pas encore adulte et il parlait déjà ainsi. Il avait déjà le sens du devoir bien ancré en lui, en plus de celui de la famille. Et petit bonus pour lui qui venait de s'exprimer devant ces Asgardiens sans leur donner une seule considération, il parlait avec le cœur et le courage typiques des Ases justement.

« Ton père serait fier de t'entendre parler ainsi. »

« Ne dit-il pas que j'ai du Gryffondor en moi ? » rétorqua l'adolescent avec un sourire en coin.

« Totalement. Tu me fais penser à Thor par moment…, » fit-elle en jetant un œil à ce dernier.

« Je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment…, » dit lentement Severus en fixant lui aussi le dieu du tonnerre.

« Une comparaison avec Thor, Syginn, Vali ou même la reine Frigg sera toujours un compliment, » rassura Astrid avec un doux sourire. « Pour les autres, même si je le dis avec éloge, prends-le avec des pincettes et toujours en fonction du contexte. »

Elle regarda la porte un instant et soupira.

« Prêts ? » répéta-t-elle.

« Non. Mais comme on n'a pas le choix, » répliqua Severus en faisant un pas en avant. « Allons-y. »

Les portes s'ouvrirent sur la salle du trône et ils s'avancèrent tous en direction du roi Odin déjà bien assis sur son trône en compagnie de la reine Frigg qui se tenait un peu plus bas sur les marches de marbre.

Ils se placèrent à quelques mètres du bas de l'escalier et attendirent. Thor monta les marches et rejoignit la reine. Astrid fit un signe de tête à cette dernière pour la saluer silencieusement. Elle jeta ensuite un œil à Syginn, cette dernière avait donné un ordre à leurs enfants pour qu'ils s'en aillent s'amuser quelque part. Elle ne voulait pas qu'ils restent ici avec eux. C'était une bonne chose. Quant au trio palatin et Sif, ils attendaient derrière eux, la guerrière lui lançant des regards mesquins et victorieux.

La sorcière retint un soupir et resserra doucement les épaules de sa fille alors qu'elle tournait son regard vert vers le Roi d'Asgard. Odin n'affichait aucune expression sur son visage. Il se tenait juste là, assis sur son trône, tenant Gungnir d'une main.

Ce silence dura un instant, mettant Astrid relativement mal à l'aise. Il testait la patience de ses enfants sans doute. Manque de chance pour lui, Severus l'était et Frieda était encore bien trop traumatisée pour ne faire rien d'autre que se taire, surtout face à des inconnus. Ils n'allaient jamais prendre la parole en premier. Et elle était elle-même d'une grande patience ces derniers temps. Son malaise n'y changeait rien.

Voilà ce qu'elle craignait le plus, c'était les réactions de ses enfants, en particulier de Severus. Elle ne l'avait pas vu grandir mais elle avait senti qu'il répliquait au quart de tour et cela pouvait être plus problématique.

« Loki Laufeyson. »

« Laufeyson… Odinson… Il va falloir se mettre d'accord, non ? » commenta Severus dans un murmure. « Tu n'étais pas sensée être un peu mieux considérée ici ces… »

« Shhhhh… Severus, » le coupa Astrid en posant une main sur son épaule. « Modère toujours tes propos ! »

« Hmmmpfff … »

« Severus ! »

« D'accord… Je tiendrai ma langue, » fit l'adolescent en croisant les bras. « Mais c'est déjà clair, sa tête me revient pas ! »

Astrid soupira.

« Seigneur Odin, » dit-elle alors. « Je vous prie de pardonner à Severus son comportement. Les dernières semaines ont été particulièrement difficiles à vivre pour lui. »

« Pourquoi avoir caché leur existence, Loki ? » demanda le roi.

« Pour leur protection. Ils sont jeunes et midgardiens. Ils ne représentent pas une menace pour les neufs royaumes. Je ne pensais pas nécessaire que vous soyez mis au courant de leur existence vu le peu de considération que vous portez à ma lignée en temps normal. »

"J'y accorde au contraire beaucoup de considération, Loki."

"Hmmmpff !"

Astrid serra l'épaule de son fils pour l'intimer au silence.

"S'il te plait," lui murmura-t-elle.

"Excuse-moi, Maman, mais entre finir en monture, en animal enchainé avec une lance dans la gueule dans un lieu encore plus horrible qu'un chenille, noyé dans les océans de la Terre ou complètement isolée à la lisière de la folie sur Helheim, j'appelle pas cela de la considération mais de la torture !" Severus grogna. "Si c'est sa façon à lui d'être parent, il est un parent indigne !"

"Comment oses-tu ?" s'exclama Sif.

"TOUCHE A MON FILS ET JE TE LE FAIS REGRETTER AMEREMENT !" menaça Astrid en devenant bleue.

A son contact, ses enfants devinrent aussi froids qu'elle et une aura de glace s'étendit autour d'eux, bien que moins importante du coté de Frieda. Ce cercle glacial les protégea de la colère de la guerrière. Dans l'immédiat. Astrid jeta un regard à son fils.

"Severus, bien que j'admire ton courage et ta franchise, ce n'est vraiment pas le moment."

"Personne ne te croira à cause de ton titre de merde, Maman ! Et je n'ai pas l'intention de mentir et de jouer les hypocrites pour me faire bien voir par ce roi qui ne sait absolument rien de toi ! De ce que tu es réellement ! Il est temps de briser la glace. Et si pour se faire, il faut froisser un peu leur égo, à ces Asgardiens de merde, alors on le fait !"

Astrid se pinça l'arête du nez.

"J'aurais du tenter de négocier quelques semaines de plus pour que tu sois plus calme et que je tâte le terrain," soupira-t-elle. "Tu es devenu explosif, ma parole."

"Je suis le parfait mélange de mes parents," rétorqua fièrement Severus, la tête haute.

"Des monstres !"

Astrid inspira profondément et claqua des doigts. Tant Severus que Sif furent soumis au silence.

"Très subtil mais c'est insuffisant pour moi et tu le sais," rétorqua son fils après s'être libéré du sortilège.

"SI tu ne veux pas que je t'en jette un de mon cru pour te bloquer la langue contre ton palais, par pitié, Sev, cesse de foncer dans l'enclos des hippogriffes !"

Severus la regarda quelques secondes avant de secouer la tête et de croiser les bras.

"Rends-moi sourd dans ce cas, que je ne l'entende plus et que je n'entende pas les paroles de ce Dieu-Roi qui se croit au-dessus de tout. Je n'aurais pas la force mentale de mettre un filtre à l'école après ce qu'il s'est passé. Alors avec des Ases ! Je suis presque sûr que j'aurais plus de chance d'avoir une conversation correcte avec des Jotunns ou carrément Hela. Et Merlin qu'Hela est dingue et qu'elle me fait flipper grave !"

Astrid considéra un instant son fils.

"Tu es sûr que c'est ce que tu veux ? Si je te rends sourd, je ne te rendrai pas ton audition avant la fin de l'audience."

"Si tu veux vraiment que je me tienne, oui. Ou alors tu assumes ma verve acérée."

"Il est bien ton fils, Loki," sourit Frigga.

"Astrid," rétorquèrent la concernée et son fils aîné.

"Et si tu reprenais ta forme," proposa alors Thor. "Qu'on en finisse."

Astrid reprit sa forme Ase mais n'en resta pas moins femme. Son frère ne fit que sourire. Il avait accepté ? Apparemment… Mais qu'en était-il réellement d'Odin ? Et des autres ? Et que serait-il décidé pour ses enfants. Elle serra les épaules de sa fille et lui frotta quelques instants le bras pour l'encourager alors qu'elle la sentait se coller un peu plus contre son flanc.

"Donc ?" demanda-t-elle, faisant de son mieux pour dissimuler son agitation derrière un ton neutre. "Quelle importance accordez-vous à Severus et Frieda ?"

"Ils sont dangereux."

"Pas plus que n'importe quel autre sorcier."

"Ils ont du sang du Jotunn dans les veines."

"Moi aussi. Je suis un pur Jotunn," contra Astrid. "Que craignez-vous réellement ? Ils n'ont pas hérité de ma longévité, à mon grand regret."

"Tu parles d'un regret, on rejoindra Papa à la fin. C'est toi qui est à plaindre."

"Sev…"

Sa voix n'était plus qu'un soupir.

"Qui est ton père, jeune mortel ?" demanda Odin à Severus. "Loki a été vague à ce sujet."

"Mon père est Harry James Potter," répondit fièrement le jeune sorcier. "Feu Lord régnant de la famille Potter et de la famille Black, héritier de la noble famille Peverell, héros de guerre contre le terrible mage noir Voldemort, époux de la divinité de la malice anciennement connue sous le nom de Loki, Maître de la Mort et roi des contrées d'Helheim."

"Impossible."

"Pas impossible," contra Astrid. "C'est la vérité. Hela peut sortir quand bon lui semble d'Helheim dorénavant. Et elle a aidé au sauvetage de son frère et de sa soeur."

"Tu as osé… ?!"

"Je n'ai rien fait !" rétorqua Astrid en élevant la voix contre le roi. "Je n'ai absolument rien fait pour délivrer Hela. Harry était déjà Maître de la Mort avant même que je ne le rencontre, et je ne l'ai su que bien après notre mariage ! Ce n'est là que pure coïncidence ! Et si une personne doit être reprochée pour ce changement de situation qui vous déplaît, prenez-vous-en qu'à vous-même ! C'est vous qui avez exilé Hela dans un monde de brume avec pour seule compagnie des morts. Je ne suis pas étonnée qu'elle ait trouvé une faille dans votre sentence. Elle a hérité de mon intelligence. Et contrairement à moi, elle a eu tout le loisir de réfléchir à sa situation durant tous ces siècles pendant que vous m'accabliez de tâches, que vous rejetiez les fautes et les maux d'Asgard sur mes épaules et que vous faisiez me sentir chaque jour plus misérable et indésirable ! Et pourquoi au final ? Pour être traité comme un enfant pas sage à mon retour après des années de torture et ensuite de cachette, alors que je reviens pour sauver une personne que j'aime et que vous me renvoyez dans les bras de mon ex-femme ! C'en est assez de vos manipulations Odin ! J'en suis lasse !"

Elle inspira profondément et serra ses enfants.

"Tout ce que je désire, c'est la paix. Vivre en compagnie de mes enfants, les élever, les voir s'épanouir tant en tant que sorcier que personne, les guider comme le ferait n'importe quel parent responsable. Les réprimander quand ils font des bêtises, les féliciter lorsqu'ils brillent, les protéger quand ils en ont besoin, les rassurer quand ils sont en manque de réconfort… Toutes des choses dont je n'ai pas souvenir d'avoir ne serait-ce qu'une fois reçu de votre part. Pourtant, jusqu'à il n'y a pas si longtemps, vous vous targuiez de m'avoir adopté, d'avoir fait de moi votre fils. Mais avez-vous seulement eu le rôle de père à mon égard ? Tout juste celui de tuteur. Et dernièrement, uniquement celui de roi qui se mêle bien trop de ma vie privée, et pour des sujets bien trop personnels qui ne représentent absolument aucun danger pour les neuf royaumes que j'ai juré de protéger."

"Tu as pourtant envahi Midgard."

"Putain mais quel c…"

"Langage !"

"Lance-moi l'Imperium."

"QUOI ?!"

La demande de Severus avait été si soudaine et inattendue qu'Astrid en restait figée.

"Lance-moi l'Imperium."

"Hors de question !"

"Montre-lui ce que tu as subi !"

"Hors de question que je lance un sortilège impardonnable sur mon propre fils !"

"C'est bon ! C'est moi qui te le demande, Maman ! Je sais parfaitement que tu ne me feras aucun mal."

"C'est le contrôle total, Severus. Tu deviendrais une marionnette !"

"Justement ! Il faut qu'ils comprennent en quoi tu as été la victime dans cette affaire d'invasion. Et tu as été très claire qu'ils n'accepteraient jamais une déclaration sous serum de vérité. Alors peut-être qu'être témoin de l'utilisation de ce sortilège pourrait…"

"Il est hors de question que je l'utilise sur toi ! Ni sur personne ! Plus jamais ! Ne pas faire aux autres ce qu'on n'aimerait pas qu'on nous fasse, Severus !"

"Cela va au-delà de ça, Maman. Et tu le sais. Il faut qu'ils comprennent…"

L'intonation de Severus avait changé. Elle était devenue plus douce et teintée, elle aussi, du même désespoir qui commençait à poindre dans le coeur d'Astrid.

"Il a raison, Maman," murmura soudain Frieda, à peine plus fort qu'un souffle. "Pour mieux comprendre la magie, il faut la voir en action. C'est ta première leçon."

"Mais l'Imperium…"

"C'est toi qui le lancera, Mère," rétorqua une voix féminine sortie des ombres, caverneuse, avant de partir dans un rire fou. "Mais tu ne le lanceras pas sur Severus. Mais sur moi."

"Quoi ?! Alors là, encore moins !"

"Je jure sur la lance Gungnir que si tu ne me fais pas arrêter mes gestes par la force de ton sortilège de manipulation mentale, que je tuerai tous les asgardiens présents dans cette salle et déchainerait ma colère sur la cité."

"Je t'avais demandé de…"

"Harry m'a donné sa permission."

Astrid se figea.

"Où est-il ?"

"Occupé. Mais il m'a donné ceci pour toi avant que j'ai clairement ta réponse et que je ne commence."

Astrid se saisit d'un bout de parchemin particulièrement ancien.

Hela connait la situation et nous l'avons analysée avec une personne de confiance de mon passé. Severus a raison. Fais-le. Mais sur Hela. Je ne doute pas de sa volonté à vouloir tuer Odin. Mais je ne doute pas non plus de la tienne, Astrid. Tu voudras les protéger.

C'est un pari risqué, je te l'accorde. Mais il y a bien pire qui se profile à l'horizon et nous allons avoir besoin de tout le monde.

Parlant de monde, il se pourrait que tu sois surprise mais… chaque chose en son temps. Fais ce que tu as à faire. Je ferai ce que moi j'ai à faire de mon côté. Mais il est impératif que nous gardions notre famille aussi unie que possible. Et cela vient par relancer ce sortilège impardonnable que tu détestes tant dans sa version la plus puissante.

Je te retrouve bientôt, ma déesse adorée,

Ton amour qui t'aime

Harry Potter

PS : Tu peux donner cette lettre au roi de mes fesses qui se prétend Père de Tout. Elle est gage de ta bonne foi et ta volonté de protéger sans que tu n'aies à prononcer le moindre mot ou même contrôler une quelconque conversation.

"Ca pour sûr, tu me coupes l'herbe sous le pied," maugréa Astrid en soufflant. "Harry, tu me le paieras !"

Elle fit quelques pas vers l'escalier menant au trône et tendit la missive.

"Mon mari accepte que vous la lisiez en gage de ma bonne foi," l'informa-t-elle.

"Tu es en colère."

"Il y a de quoi ! Mais comment, Asgardien, comment vous pourriez comprendre ce que moi je ressens. La seule personne susceptible d'y arriver ici à l'exception de mes enfants et Syginn, c'est bien la reine. Et encore… Mais Harry semble d'un avis différent et a pris une décision sans me consulter."

"Techniquement, rien ne l'y obligeait," commenta Hela en faisant cliqueter les os de sa main décharnée. "Et il a joué là-dessus pour ta bonne foi. Là où tu ne sais rien, comment peux-tu manipuler. C'est petit, un brin cruel au vu du sortilège que tu dois lancer, mais c'est sur nous et nous l'acceptons avec… joie, on va dire. Pour nous libérer et réparer ce qui doit être réparé."

Alors qu'Astrid donnait la lettre à son père adoptif, Hela finit par sortir une épée de fer noir. Elle fit glisser ses doigts sur le plat de la lame, un sourire effrayant dans le visage.

"Ne fais pas ça," ordonna Astrid.

"Je suis navrée de vous désobéir, Mère, mais je réponds, avec un certain plaisir dois-je préciser, aux attentes de mon roi et beau-père."

Hela fit apparaître un sablier au sable noir qui s'écoulait déjà rapidement. Astrid comprit vite qu'elle n'aurait pas le choix mais qu'on le lui imposait. Mais elle n'était pas prête.

"A vous de répondre à ses attentes également. Et cela commence…" Le sablier se finit. "... Maintenant."

Astrid ne chercha pas plus loin et fit apparaître sa lance pour bloquer sa fille.

"Ne m'oblige pas à faire ça !"

"Les deux plans me font frémir, Mère. Je veux l'une ou l'autre fin. Cela m'est complètement égal laquelle vous choisissez. Mais Harry pense que la meilleure serait que vous preniez le contrôle sur moi. Alors faites-le !"

La sorcière se prit un coup de tête de la part de sa fille et tomba à la renverse. Elle roula sur quelques marches avant de se relever et repartir à l'attaque par derrière. Mais le coeur n'y était pas. Elle ne pouvait accepter… Pourquoi ? Pourquoi devait-elle encore se battre ? Pourquoi devait-elle faire cela à ses enfants pour en protéger d'autres ? Pourquoi ses enfants acceptaient-ils ?

Elle frappait. Elle repoussait. Elle parait. Mais Hela était sans conteste meilleure guerrière qu'elle et avait l'avantage du pouvoir qu'elle avait développé à Helheim…

Soudain, elle se sentit violemment propulsée au milieu de la salle du trône. Sa chute fut telle qu'elle se brisa un membre. Cela lui prendrait un moment pour le réparer. Temps qu'elle n'avait pas. Elle leva les yeux vers le trône et écarquilla les yeux sous la vision d'horreur qui se présentait à elle. Frigga se tenait devant Odin, droite et fière, épée en main. Elle était prête à se battre.

Elle n'avait aucune chance face à Hela qui marchait vers elle, lentement, sûrement, dangereusement. Une boule de panique enserra le ventre d'Astrid. Elle ne voulait pas revivre ce même instant qu'avec les elfes, encore moins avec Hela comme coupable, comme bourreau.

Pourquoi ? Elle porta un regard désespéré aux guerriers d'Asgard qui avaient tous été repoussés comme s'ils n'étaient rien de plus que de vulgaires poupées de chiffons et ils étaient dans l'incapacité de se relever. Severus, lui, avait rejoint Syginn et tenait sa soeur par la main, le regard tourné vers Hela. Il était tendu mais n'intervenait pas. Frieda, elle, la regardait elle, sa mère. Son regard hanté par la douleur de ses épreuves passées la suppliait de faire quelque chose.

Astrid reporta son regard sur Hela. Elle avait le bras armé levé haut dans les airs. Et Frigga qui levait le sien pour le parer, Odin, juste derrière, s'était levé, prêt à se défendre mais Astrid le voyait bien. Il n'était pas prêt à se battre, pas pour finir vainqueur en tout cas. Il était vieux et épuisé. Un monarque en fin de vie. Un monarque qui allait mourir avant de donner une explication, et ce de la main de sa propre fille, juste parce qu'elle était incapable de faire ce qu'on lui demandait pour une question d'éthique ?

Depuis quand tenait-elle tant à cette éthique ? Elle l'avait déjà fait ! Pour de bonnes et de mauvaises raisons ! Là, les retombées ne pouvaient être que positives, à condition qu'elle agisse !

Elle hurla. Et avec la force du désespoir, elle lança le sortilège à l'instant même où la lame d'Hela frappait celle de la reine, ainsi que le bouclier qu'elle s'était jetée pour se protéger.

'Recule et pose ton arme à terre,' ordonna-t-elle, les larmes aux yeux.

Elle la vit trembler, lentement. Puis encore, la lame noire descendit.

'Lâche ton arme ! Hela !'

xXxXxXx

Severus observait la scène en spectateur. Il empêchait sa soeur de bouger par une simple pression sur sa main, rassurante. Il assistait au conflit intérieur de sa mère. Elle était devenue si bonne, si intègre et tellement protectrice… Même après avoir été séparée d'eux, même après avoir tué quelques moldus, ces horribles moldus dans ce complexe sous-marins, elle n'en restait pas moins… contre la violence. Elle s'en servait juste quand c'était nécessaire. Et en cet instant, elle se sentait déchirée.

Son père avait eu la même idée que lui. Une idée bien plus réalisable avec Hela qu'avec lui au final. Il se savait plus faible. Pas comme elle… La reine des morts, la puissante, la redoutable… Avec un esprit comme le sien… Certes, il n'était jamais entré en contact avec cet esprit mais son simple regard, la lueur qui y habitait, avait suffi à lui montrer une pensée folle mais ferme. Un pensée puissante dont la volonté n'avait aucun égal. Et elle était capable du pire hélas… Mais toujours pour la famille s'il avait bien compris. Son père avait ce regard envers elle… entre la dureté et la bienveillance.

Il inspira profondément. Il devait s'en remettre à son jugement.

Un hurlement désespéré retentit, avec la voix qu'il aimait le plus, une voix qu'il connaissait depuis si longtemps et dont il avait été privé à cause de ces maudits asgardiens. Au même instant, il y eut une aura légère mais verdâtre à souhait. La volonté de contrôle de sa mère. Il la sentit passer. Elle était faible, en détresse. Elle avait si peur, elle était si perdue.

Tout avait dérapé.

Il tourna la tête et croisa le regard vert de sa mère. Des larmes coulaient le long de ses joues et ses mains étaient tendues vers Hela. Il nota immédiatement l'angle étrange de sa jambe.

Severus grogna. Cela pourrait peut-être briser un poil la volonté de sa mère. Il attendit, attentif.

"Est-ce que tu as ta sacoche à herbes ?" demanda-t-il à sa soeur avec calme.

"Si c'est pour eux, tu peux oublier."

"Non, pour Maman. Elle s'est blessée."

"Oh… Hmmm… Je peux regarder."

Severus vit Frieda fouiller sa sacoche sans fond de quand elle était encore en première année, dernier cadeau de leur mère avant sa disparition. Elle lui tendit une petite poche en cuir.

"J'ai que ça. On n'est pas allé au Chemin de Traverse depuis…"

"Je sais. C'est pas grave. Merci, Frieda."

Severus la récupéra et en observa le contenu. Il avait tout juste de quoi préparer un baume basique. Cela ne lui prendrait pas plus de quelques instants. Alors qu'il y réfléchissait, il nota que le pouvoir de contrôle de sa mère se faisait plus fort.

"Ne m'oblige pas, Hela," pria Astrid. "Pas plus, je t'en supplie !"

Severus tourna la tête et fixa le trône. Odin se battait dorénavant face à Hela et la reine Frigga était blessée au bras.

"Maman, fais-la faire la roue ou un truc bien débile comme on en voit au cirque," conseilla-t-il. "Un truc bien à la limite de la farce."

Toucher la corde de la plaisanterie pourrait aider même si ce n'était pas le moment. Ils étaient tous des farceurs à leur façon.

"Fais-le, Maman !" insista-t-il alors que la situation ne changeait pas et qu'Odin venait de perdre Gungnir.

Au moment même où la lame arrivant à la gorge du roi d'Asgard, à un millimètre de l'égorger et même de le décapiter dans les formes, elle s'arrêta sans toucher la peau. La tension dans la pièce avait changé. Lentement l'arme fut écartée, non pas sans trembler. Le visage d'Hela était dur et rempli de haine mais il était déformé par la contrariété. Elle se battait contre l'ordre donné.

Severus était curieux. Qu'est-ce que sa mère avait ordonné ? Un sourire effleura ses lèvres quand, au bout d'une ou deux minutes, sa soeur de loin son aînée, se renversa lentement en arrière pour commencer à faire un numéro de gymnastique. Et à chaque bond, elle s'éloignait du trône, s'éloignait des marches, s'éloignait de tous ceux qu'elle avait blessés jusqu'à présent.

Et elle finit par s'immobiliser, essoufflée, et un brin rageuse. Mais elle avait aussi un sourire.

"Tu as gagné, Mère, je ne toucherai plus aux Ases. Aujourd'hui et tant que mon roi ne m'aura pas autorisé une prochaine altercation."

"Ne m'oblige PLUS JAMAIS à faire ça !" hurla Astrid en fusillant sa fille du regard.

"Je n'ai presque rien fait."

"Tu déconnes, là ?" demanda Severus. "C'est un carnage. D'accord, c'est rien comparé à ce que t'as fait la dernière fois, mais cela reste un massacre !"

"Je leur ai juste botté les fesses à la méthode asgardienne, trésor."

Hela tourna son visage vers sa mère et vit sa jambe. Elle fit une grimace. Assez effrayante quand on considérait qu'elle n'avait déjà de base qu'une moitié de visage.

"T'inquiète, Maman s'en remettra. Je vais préparer un baume. Je suis plutôt bon en potions."

"J'espère qu'un point de vue et un fait ont été avérés ici avec ma tentative de meurtre ratée sur le roi et mes… pitreries forcées. Très subtil, le coup de la farce, Severus."

"Elle ne voulait pas te blesser. Et jusqu'à preuve du contraire, le ridicule… ne tue pas."

"Pas encore."

"Ah ah. Je suis mort de rire. Et arrête d'être… flippante comme ça."

"Pas tant que je n'aurais pas une réponse claire du roi."

"Loki est un grand maître sorcier. Le plus puissant qu'il existe."

"Ce qui est totalement faux. Elle est l'un des meilleurs. Nuance. Et je suis très loin d'être novice. Et ma volonté loin d'être émoussée. Mais peut-être… peut-être que je devrais proposer un jeu bien plus dangereux à ma prochaine visite. Le genre de jeu qui se fait en compagnie de Than…"

Astrid s'était téléportée et s'agrippait à l'épaule de sa fille.

"Un… mot de plus le concernant et…"

"C'est la stricte vérité, pure et dure. Qu'importe ce qui t'est arrivé, c'est le passé et tu l'as raconté à Harry !"

"Aucun Asgardien n'écoutera cette histoire."

"D'où ma proposition…"

"Ce serait envoyé des Ases à la mort ou au reconditionnement par lavage de cerveau et la torture."

"Justement. Un juste… retour des choses. Médite là-dessus pendant que j'en parle à mon roi."

"Il refusera."

"Je lui transmettrai ton avis à ce sujet également."

Hela disparut. Severus vit sa mère tituber avant de tomber en arrière… sur sa jambe blessée. Une plainte étouffée sortit de sa bouche.

"Pourquoi, par les Nornes, est-elle si vindicative ?!"

"Parce qu'elle a été seule trop longtemps et qu'elle a de la rancoeur," répondit Severus de loin. "Ne bouge plus. J'en ai encore pour dix minutes."

Il était déjà penché sur un chaudron.

"T'en auras assez pour les autres ?"

"Uniquement les blessés graves si cela s'avère vraiment nécessaire. Mais si j'en crois les textes que j'ai lus il y a quelques mois que les Ases ont un guérisseur. Lady Eir, il me semble. Qu'elle fasse son travail pendant que je remets ma mère sur pieds. Hmmmm… Et la reine. Et Thor. Personne d'autre. A moins qu'il soit déjà aux portes de la mort bien sûr. Mais j'en doute. J'ai l'impression qu'à l'exception d'Odin, Hela s'est retenue."


Bonsoir !

Je sais, cela fait très longtemps que je n'ai pas mis d'update sur aucune histoire. Ma formation me prend beaucoup de temps et je travaille aussi sur des projets originaux ou quelques nouveaux concepts. Mais je n'abandonne rien ! Je prends juste mon temps pour bien le faire.

J'espère que ce chapitre vous a plu et à bientôt j'espère pour le suivant !

Memepotter