La Ase Attitude
Astrid leva la tête de son livre quand quelques coups furent portés à la porte. Ils étaient secs et d'une brusquerie qui ne laissait presque aucun doute sur l'identité de la personne de l'autre côté du pan de bois.
Elle jeta un regard vers son lit et observa son fils Vali qui dormait paisiblement. Elle lui avait fourni une potion anti-douleur extrêmement puissante qui l'avait fait tomber dans les vapes. Le pire, c'était bien Severus dans la pièce à côté. Il avait encaissé le plus pour protéger son demi-frère.
Syginn en avait été tellement retournée de l'affaire qu'elle avait suivi son avis et lui laissait carte blanche. Avec un détail qui l'avait surprise et même ravie concernant l'éducation de Vali.
"Je veux que l'homme qui t'a permis de t'épanouir et ne plus être ce mauvais prince aigri et froid que j'ai épousé soit parmi les instructeurs de Narfi."
Elle voulait Harry. Et elle en avait rien à faire qu'il soit un Midgardien d'origine ou même le roi d'Helheim. Elle ne voyait qu'un coeur bon aux bonnes valeurs qui avait transformé son épouse et bien éduqué ses enfants. Et il n'était pas ignorant des choix et horreurs à faire lors d'une bataille. Selon Syginn, Harry était l'instructeur sage et indispensable qui manquait cruellement à Asgard.
Alors le choix avait été posé.
Les coups sur la porte revinrent plus insistants au point d'en faire vibrer le sol. Le doute se faisait moins grand sur l'identité. Astrid croisa le regard de Syginn et lui offrit un sourire rassurant alors qu'elle rejetait son grimoire de magie sur le côté pour aller ouvrir.
Sans surprise, elle retrouva Sif sur le seuil de ses quartiers.
"Où est Narfi ?" aboya la guerrière.
Astrid lui jeta un regard froid ampli de dédain.
"Je ne sais pas," répondit-elle avec honnêteté. "Tu as regardé dans sa chambre ?"
"Il n'y est pas !"
Alors Narfi était en vadrouille. La sorcière n'avait rien ressenti de particulier dans sa magie, il n'était donc pas dans un endroit qu'elle lui avait clairement interdit. Mais si Sif était jusqu'à venir ici, c'était qu'elle avait déjà cherché un peu partout et qu'elle le pensait finalement ici.
Mauvaise pioche. Narfi n'avait plus le droit de venir dans ses appartements. Il était un danger bien trop important et il était en possession d'artefacts, breuvages et de connaissances bien trop dangereux que pour les laisser en sa présence.
"Tu as essayé la bibliothèque ?" demanda-t-elle alors.
"Pourquoi il irait là ?"
"Parce que c'est tout ce qu'il peut encore faire de sa semaine à part être consigné à sa chambre."
"Il a un entraînement."
Astrid eut un ricanement et secoua la tête. Elle lâcha le pan de bois et croisa les bras sur sa poitrine. Elle redressa le dos et regarda la guerrière d'un peu plus haut. Elle était malgré tout… un Prince. Le titre n'avait hélas pas encore été féminisé la concernant. Odin pensait qu'elle reviendrait un jour à la raison et réadopterait son apparence masculine. Mais à moins que cela soit nécessaire lors d'un déguisement, elle n'en voyait pas l'intérêt. Pas du tout.
"Non, pas de la semaine. Et certainement pas avec toi."
"Je suis son instructeur."
"Plus maintenant. Tu as été révoquée de tes fonctions."
"Par qui ?"
"Moi."
"Tu n'as pas le droit !"
Astrid releva un sourcil. Parce qu'en plus, elle osait ! Cette guerrière était-elle idiote à ce point ou lui manquait-il réellement une case ? Parce que là, cela devenait vraiment douteux la concernant.
Elle n'en fit pas grand cas, elle la détestait tellement depuis l'adolescence qu'au final, ce n'était pas bien important. Au contraire, cela lui donnait une excuse supplémentaire d'user de magie à l'occasion pour se venger.
Mais cette fois-ci, son arme était bien plus pratique : les mots. Et il avait bon nombre de personnes qui suivaient son avis cette fois. Etrange de la part des Ases mais deux enfants avaient été blessés gravement à cause de Narfi. Et pas à la palestre…
Astrid le fit remarquer à la guerrière.
"A cause de ton éducation, Narfi a manqué de prudence et a blessé Severus et Vali. Si tu ne fais pas grand cas de Severus, peut-être penseras-tu à Vali ? Mes deux enfants vont plus que probablement être marqués à vie !
"Je vais en parler à Odin !" cracha-t-elle en se tournant, prête à partir.
Il lui manquait définitivement une case.
"Oh mais je t'en prie," railla Astrid. "Il est déjà au courant et il n'a pas jugé bon de me contrredire ou de m'arrêter quand j'ai donné la sentence à Narfi. Surtout après choix de deux de ses nouveaux instructeurs. Mais peut-être souhaites-tu en parler aussi à Syginn pour avoir son avis ? Tu la respecteras certainement plus que moi !"
Astrid vit du coin de l'oeil son ex s'extirper du lit en silence pour la rejoindre. Elle tendit un bras et la passa autour de ses épaules pour la présenter devant elle tout en gardant un minimum la mainmise sur la discussion et éventuellement devoir la protéger. Avec une folle à lier comme Sif, il valait mieux rester prudente.
"Elle au moins, elle est ase jusqu'au bout des ongles," fit-elle observer à la guerrière. "Elle connait les valeurs que doivent avoir un homme qui se respecte dans cette société. Elle va te dire sa façon de penser."
"Tu ne prendras plus part à l'éducation de Narfi, Sif," fit Syginn, la voie encore enrouée d'avoir tant pleuré pour son fils, mais aussi pour Severus qu'elle appréciait beaucoup. "Je refuse."
Un rouge rageur monta aux joues de la guerrière. Elle espérait sans doute que Syginn la contredise mais Astrid aimait bien trop la vérité de la situation pour tenter de manipuler quoi que ce soit même de façon infime. Elle espérait d'ailleurs qu'avec le temps et sa volonté de montrer sa sincérité dans plusieurs domaines, on oublie peu à peu son titre de "Menteur". Elle était juste bon orateur.
"Qui sont les nouveaux instructeurs ?"
"Nous avons choisi Thor, Heimdal, Tyr et Harry Potter."
"Harry Potter ?"
"Mon mari," développa Astrid.
"Ce fils de chien ?!"
"C'est un roi !" s'exclama Syginn d'une voix plus aigue, presque hystérique. "Et il a de bien meilleures valeurs que celles que vous inculquer à mon fils ! Il a la sagesse, la patience…"
Syginn s'interrompit pour étouffer un sanglot. Astrid reprit.
"Harry est peut-être un sorcier et, dernièrement, devenu le roi d'Helheim, il ne manque pas d'esprit combattif. Si l'art du combat asgardien peut être enseigné par Thor, Tyr et Heimdall, la sagesse, la patience, la bonté, des connaissances rudimentaires en médecine et en magie pourraient être bénéfiques pour Narfi afin d'éviter un nouvel incident comme celui de ce matin," termina-t-elle à sa place. "A cela s'ajoute bien évidemment qu'Harry a été un héros de guerre da sa jeunesse. Certes une guerre sorcière mais une guerre tout de même. Les réactions et prises de décision se font de la même manière. Narfi a beaucoup à apprendre de lui."
"Dorénavant, ni toi, ni tes amis du trio palatin, vous ne vous approchez de mes enfants, ni même de ceux d'Astrid ! Plus jamais !"
Sif pinça les lèvres, prête à répliquer et même à attraper le bras de Syginn. Astrid l'en empêcha.
"Syginn n'est pas capable de se battre mais moi bien, SIf. Ne l'oublie pas. Mieux encore, j'ai la magie qui coule dans mes veines et mon âme est emplie de colère et de rancoeur à ton égard. Tu me traites de monstre mais tu n'as même pas conscience que tu en as peut-être créé un par tes enseignements pervertis et emplis de noirceur !"
Elle lâcha son bras et recula d'un pas avec Syginn, une main sur chaque épaule de cette dernière.
"Maintenant, va-t'en. Et si tu veux, va voir Narfi, tu verras très vite que la magie l'empêchera de te suivre, encore moins jusqu'au terrain d'entrainement. J'y veille personnellement. J'en ai la puissance."
"Va à Helheim !" fulmina la guerrière.
"Avec plaisir, j'y retrouverai mon mari," sourit Astrid. "Mais il parait qu'on veut me voir vivre alors…"
Sif s'en va, furibonde, non pas sans briser tout ce qui se trouvait sur son chemin. La sorcière referma la porte avant de la voir disparaître à un tournant. Elle soupira. Elle en entendrait encore parler, c'était certain.
Elle sentit les tremblements de Syginn entre ses mains. Elle baissa les yeux et la vit encore pleurer. Astrid glissa une main sur sa joue et effaça une larme. Puis une seconde, sans se démonter, sans la rejeter. Elle lui offrit le sourire le plus rassurant qu'elle avait en magasin et lui offrit ses bras. L'Ase vint se réfugier contre sa poitrine.
"Shhhhh… Elle ne s'approchera pas de Narfi. Elle haît la bibliothèque. Et quand bien même elle irait là-bas, la reine ne serait pas ravie. C'est un des cinq lieux interdits aux guerriers."
Elle hocha la tête dans son cou. Les sanglots se calmèrent. Astrid mena son ex vers le canapé proche du lit de Vali et elles s'y installèrent ensemble pour le veiller.
"Tu avais raison," murmura Syginn dans ses bras. "Tu as toujours eu raison…"
"Je sais," rétorqua la sorcière. "Mais j'ai ma réputation aussi. Cela n'a jamais joué en ma faveur…"
xXxXxXx
Astrid attrapa un épi de blé et l'analysa. Il n'était pas encore mûr mais la récolte présageait déjà d'être bonne dans les semaines à venir. Elle sentit deux bras lui enserrer la taille. Elle sourit et posa la main sur la tête de sa fille. Elle lui jeta un regard et lui offrit un sourire. Frieda en fit autant. Cela n'effaçait hélas pas l'ombre de son regard. La déesse se demandait si un jour elle s'effacerait.
Bientôt, elle demanderait à Harry son avis par rapport à ses blocs magiques. Il était le médecin de la famille. C'était à lui de trancher. Mais elle aimerait beaucoup revoir sa fille développer ses dons et sortir de ce cercle noir ou de se languir en silence de la magie alors qu'elle observe son frère pratiquer.
Astrid leva la tête à l'appel de la reine plus loin. Il y avait une immense nappe à l'ombre d'un arbre. Un bon pique-nique qui n'attendait plus qu'eux. Etaient aussi présents Severus, Vali et Syginn. Narfi était en compagnie de Thor, loin de ses frères et soeur. Un moment de calme loin de l'agitation de la grande cité d'Asgard. Et surtout, loin de Sif et du trio palatin.
Tirée par Frieda, Astrid se laissa emmener et s'installa à côté d'elle sur la grande nappe de lin doré. Elle aida son fils à se servir avec le bras encore bien bandée, tout comme une bonne partie du et la moitié du visage.
Elle est fière de son Severus, en plus d'avoir vu le danger à temps, il s'était interposé pour encaisser à la place de Vali et même depuis, c'était tout juste s'il s'était plaint. Il avait juste exigé une chose : que Narfi reste loin, très loin de lui, ou il aurait le doloris facile. Pour qu'il en vienne à faire cette menace, c'était vraiment grave dans son esprit. Les deux ne pourraient probablement jamais s'entendre.
Astrid ne donnait pas tort à Severus mais cela la désolait. Comment les choses avaient-elles pu s'envenimer de la sorte ? Tout se passait pourtant très bien au début. Narfi écoutait, il était présent. La réponse était simple pourtant : son enseignement pour devenir un guerrier d'Asgard auprès de Sif et des autres. Surtout Sif. Etrangement, les trois autres n'étaient jamais venus l'aborder à ce sujet. Pas une fois. Pour son plus grand bonheur. Mais cela confirmait aussi en quelque sorte le côté "il manque une case" de Sif.
Cela la titillait bien malgré elle. Elle y songea un moment en silence tout en souriant aux blagues et bêtises de ses enfants ou encore aux histoires de sa mère quant à sa propre enfance. Elle en avait des bêtises à raconter sur les frasques de Loki et Thor.
Soudain, une silhouette brumeuse apparut de nulle part, juste devant Severus. Elle s'affina peu à peu, gagnant en netteté, et révéla Hela accroupie, la mise concentrée.
"On est presque jumeaux, maintenant," plaisanta-t-elle avant de bondir pour se percher à la première branche de l'arbre.
Elle s'installa confortablement avec une cuisse de poulet qu'elle avait chipé dans le panier. Elle mordit dedans, dégageant la mèche qui cachait les os de son visage.
"Harry m'a dit ce qui s'est passé," ajouta-t-elle après avoir avalé. "Tu t'en sors plutôt bien."
"Merci," fit Severus.
Astrid nota le léger malaise auprès des Ases mais étrangement Frieda et Severus n'en étaient pas affectés. Sans doute la mauvaise aventure sur Midgard avait créé des liens indestructibles.
"La magie ?" demanda ensuite Hela.
"Intacte," répliqua le frère avec un sourire en coin.
Il sortit sa baguette et lança un sort au-dessus de lui. Hela le bloqua avec une aisance provocatrice, rit et disparut dans les ombres pour réapparaître juste derrière son frère.
"Pas mal. Pour un débutant."
"Hela, sois gentille," tempéra Astrid. "Severus est capable de bien pire. Il n'a juste pas tes prédispositions pour le sadisme ou la torture."
La reine d'Helheim tira la langue, ce qui faisait remonter des frissons dans l'assemblée tant la grimace était plus horrible sur son visage abîmé.
"Où est Papa ?" demanda Severus en retour, nullement dérangé par le jeu de sa grande soeur.
"Occupé à apprendre la magie noire avec une ombre. J'en profite pour faire une petite visite à la famille."
Hela bondit encore à travers les ombres et réapparut devant Vali. Ce dernier sursauta et recula dans les jupes d'Astrid. Il y resta accroché un peu apeuré.
"Du calme," lui dit cette dernière. "Elle ne te fera rien. Hela est un peu brusque de décoffrage et peut-être un peu particulière…"
"Un peu," ironisa Severus. "Elle est folle. Si elle n'était pas notre soeur, je la fuirai comme la peste et je ne ferai rien pour attirer sa colère, ni même son attention. Trop flippante ! A l'aide !"
Hela eut un sourire sadique et carnassier qui lui recouvrait la moitié du visage, l'autre à nouveau dissimulé dans l'ombre de ses mèches.
"Je disais donc que tu ne dois pas craindre Hela, Vali. Elle est un peu taquine mais pas méchante."
"Sauf avec Narfi, peut-être," commenta la reine d'Helheim. "Je serais bien tentée de lui refaire le portrait."
Elle observa Vali d'un peu plus près. Elle pencha la tête et sourit.
"On dirait Jor, les écailles en moins. Il fera un joli jeune homme. Peut-être pas un guerrier mais il deviendra important. Derrière sa timidité, on peut sentir une certaine force…"
"Toi aussi, tu as remarqué ?" commenta Frigga avec un sourire bienveillant.
Hela se redressa et montra un visage neutre à sa grand-mère adoptive.
"Tous les enfants de Loki ont une force en eux," rétorqua-t-elle avec aplomb. "C'est ce qui nous rend si uniques. Si on ne nous détruit pas en chemin," ajouta-t-elle sur un ton plus acerbe.
Frigga recula, le sourire figé. Une chair de poule bien visible venait de pousser sur ses bras nus.
"Hela…"
L'avertissement était bien perceptible dans la voix d'Astrid. La reine d'Helheim baissa la tête et recula, obéissante. Mais son regard restait luisant de rancune.
"C'est vraiment parce que tu l'aimes encore," fit-elle remarquer à sa mère.
Astrid inspira profondément. Ses enfants pensaient trop à elle, bien avant leur propre bien-être. C'était une bonne chose dans certains cas, comme ici où ils feraient une grosse bêtise, mais dans d'autres…
Elle croisa le regard de la reine Frigga et y lut de la peur. La menace était réelle pour elle. Tout ne tenait qu'à un mot d'Astrid. Un seul. Tout pourrait être rasé, détruit jusqu'aux fondations si elle le demandait. Ce n'était pas rien. Tant d'amour, de loyauté, face à la divinité la plus farceuse, vengeresse et chaotique d'Asgard. Une divinité qui avait choisi de vivre parmi les mortels grâce à un seul homme…
Que les choses avaient changé en quinze ans…
"Pourquoi ?" demanda la reine.
Le murmure avait été difficilement perceptible dans le vent et le bruissement des feuilles. Hela rit. Un rire froid et effrayant. Astrid en frissonna un peu. Oui, c'était certain, elle détestait la reine. Cela expliquait pourquoi elle n'avait eu aucun scrupule à la blesser dans sa tentative d'attaquer le roi.
"Je crois que Severus a été plus qu'éloquent," rétorqua la reine d'Helheim. "Il est jeune, un petit bébé pour nous. Mais il est bien plus intelligent que n'importe quel maudit guerrier Ase au coeur de pierre !"
Elle se laissa aller en arrière en une acrobatie avant de partir dans une pirouette digne d'une danseuse de ballet. Et quelques secondes plus tard, elle se laissait tomber mollement dans l'herbe, juste à côté de Frieda. Elle ferma les yeux et laissa les rayons du soleil lui réchauffer la peau.
Frieda se laissa aller doucement à côté d'elle et en fit autant. Hela sourit quelques secondes, sans bouger. Astrid pouvait sentir sa curiosité.
"Oh moins une qui n'a pas peur," dit-elle au bout de quelques instants.
"Parce que Maman et Papa ont confiance en toi," rétorqua Frieda.
"Intéressant… Mais potentiellement dangereux," commenta la reine en se redressant sur le coude pour admirer sa soeur. "Fais-toi ta propore opinion plutôt que de te calquer sur celle des autres."
"Je ne suis pas sûre d'avoir confiance en mon opinion…," répliqua Frieda en détournant le regard.
Elle l'avait reposé sur l'azur infini au-dessus d'elle. Mais il disparut bien vite sous une avalanche de cheveux corbeau. Elle croisa l'oeil unique de sa soeur qui la chevauchait désormais. Légère sur son bassin, elle ne doutait pas de la force de ses membres. Elle l'avait entendue, elle l'avait vue, elle l'avait sentie, ce jour-là…
Une main gantée mais squelletique glissa sur sa joue et Hela se pencha à son oreille pour lui murmurer qu'elle ne lui avait jamais entendu aussi douce.
"Commence par guérir ton coeur meurtri. Renforce-le, couvre-le d'uru pour que plus jamais tu ne t'effondres devant l'ennemi. Accepte, encaisse, relève-toi et cogne. C'est arrivé. Tu es en vie. Maintenant va de l'avant et fais en sorte que cela n'arrive plus jamais. Nous t'aiderons. Tous."
Hela se redressa et vit une larme couler sur la joue de Frieda mais ses yeux brillaient d'un feu ardent. Elle se battrait la prochaine fois.
"N'hésite pas à m'appeler," ajoute-t-elle. "Si je ne suis pas loin, je serai là."
Frieda hocha la tête, un léger sourire fleurissant sur ses lèvres.
Astrid observa de loin la complicité qui se construisait peu à peu entre ses deux filles, des papillons d'amour voletant autour de son coeur. Au moins une bonne chose quelque part. Si forte, si dangereuse, si sadique… Mais qui avait dit qu'Hela ne pouvait pas être bienveillante et protectrice ?
Elle pensait soudain à quelque chose. Tant qu'à avoir sa fille sous la main…
"Hela."
"Oui, Mère ?"
"Peux-tu faire passer un message à Harry ?"
"Oui ?"
"Il est l'un des nouveaux instructeurs de Narfi."
"Il va adorer," commenta Severus, sarcastique.
"Je confirme," rit Hela.
La lueur dans le regard de la reine des morts mit le doute quant à ses pensées. Etait-ce aussi ironique que Severus… ou non ?
"Dis-lui d'éduquer Narfi loin de nous," précisa Severus. "Perso, je le vois, je le déglingue ce p'tit con !"
"Langage," réprimanda Astrid.
"Non, mais… Maman, tu as vu ma tronche ! Je ne peux même plus prétendre à un prix de beauté !"
"Comme si tu allais le faire !" rétorqua Frieda en se redressant sur les coudes. Tu passes ta vie dans les bouquins ou au-dessus d'un chaudron. Tu n'intéresses aucune fille. Au moins, maintenant, il y aura des détails à regarder. Qui sait, cela les ferait peut-être craquer, surtout si tu expliques que tu as protégé ton petit-frère d'une mort certaine ! Mes copines adorent ce genre d'histoires et bavent sur les mecs qui les racontent," termina-t-elle en s'installant plus confortablement sur les genoux d'Hela, surprenant tout le monde, le nouvel oreiller improvisé la première.
Astrid sourit de plus belle, amusée. C'était une excellente après-midi loin du palais.
xXxXxXx
Une ombre s'avança dans la salle du trône avec une grande célérité avant de s'arrêter devant le petit attroupement qui se faisait auprès du roi. Une main se glissa de celle d'Astrid dont le sourire s'élargit quand une paire de lunettes se précisa dans les volutes, laissant apparaître deux émeraudes dont elle se languissait.
"Bonjour," murmura-t-elle avant d'embrasser ses lèvres tout juste reformées.
Le baiser fut chaste et rapide mais tellement pénétrant que personne ne pouvait douter de leur amour qui ne se ternissait pas malgré leur séparation. Au contraire, il ne faisait que se consolider.
"Papa ! Si tu veux baiser Maman, va te trouver une chambre !"
"Langage, Severus !" rétorqua directement Harry bien qu'avec un sourire en coin.
L'idée n'était pas déplaisante.
"Par ailleurs, je viens de donner un baiser à ta mère."
Il s'approcha de son fils et examina ses cicatrices désormais à l'air libre. Il en toucha une et fit une grimace.
"On ne pourra pas faire mieux," soupira-t-il. "Le baume cicatrisant a ses limites…"
"Boarf… Je m'attendais à pire en vrai," répliqua Severus en haussant des épaules. "Bon, ce n'est pas contre toi, mais j'ai assez vu le gosse qui m'a pris pour une frite ! Si vous me cherchez, je serai dans la chambre en train de lire."
"Je viens avec toi !" fit Frieda après avoir embrassé son père. "Vali ?"
"Tu me racontes une histoire de Midgard ?"
Frieda eut un sourire et hocha la tête.
"Si tu veux."
Et les trois enfants disparurent, laissant Harry et Astrid en compagnie d'Odin, Thor, Heimdall, Tyr, Syginn et Narfi.
"Sais-tu à quoi tu t'engages en acceptant le rôle d'instructeur d'un Ase ?" demanda le roi.
"Le rôle n'est pas très différent de celui de parent," rétorqua le roi d'Helheim. "Et si pour le combat en lui-même, je ne pense pas être aussi fort que vos guerriers, j'ai d'autres valeurs dont Narfi manquent cruellement, à commencer par le respect, l'écoute et le pardon."
Narfi renifla dédaigneusement, illustrant déjà un point.
"S'est-il excusé pour Vali ?" demanda-t-il en se tournant vers sa femme et Syginn.
Les deux nièrent d'un signe de tête, affligées.
"Es-tu fier de ce que tu as infligé à ton frère ?"
"Ce n'est pas moi qui lui ai fait ça !"
"Mais c'est de ta faute si le chaudron est tombé sur Severus et Vali. Tu as refusé d'écouter. Je peux accepter la désobéissance quand l'acte commis est sensée ou basée sur un bon fond ou avec du regret en cas d'erreur. Mais dans ta situation, ce n'est pas juste du manque d'écoute et de la désobéissance, c'est tout simplement un manque de bon sens. Je suis là aussi pour te l'inculquer. T'apprendre à réfléchir. Il paraît que c'est utile d'avoir un cerveau…"
Harry croisa le regard des trois autres instructeurs.
"J'espère que ma façon de voir ne dérange pas," ajouta-t-il à leur encontre.
"Pas étonnant de la part du compagnon de… ma soeur," répondit Thor.
"C'est sage," ajouta Tyr.
"Je connais ton histoire. Tu es un homme de valeur et d'honneur," termina Heimdall. "Un choix atypique mais excellent."
Narfi grogna mais ne fit aucun commentaire. Il semblait déjà avoir compris qu'il n'avait pas son mot à dire dans l'histoire.
"Fort bien. On commence quand ?"
xXxXxXx
Les ronronnements sont forts contre son ventre. Même si Astrid a du mal à les entendre, elle les sent bien. Son époux est content. Et nullement perturbé par tous ces bruits de métal qui s'entrechoquent ou de guerriers qui beuglent en attaquant leur partenaire comme des barbares.
Ce lieu n'était pas leur endroit de prédilection, loin de là, mais pour veiller sur Severus et Vali et juger de leur évolution, c'était un bon spot. Et après avoir été un peu chassés par la reine qui faisait une petite réception dans son jardin privé, ils avaient été un peu forcés de rejoindre ces brutes qui pensaient que par leurs muscles et la taille de leur arme.
Narfi était là aussi, de l'autre côté du terrain, avec Thor et Tyr, bien concentré sur ses exercices. C'était la seule condition qui laissait Severus tranquille. L'idiot était occupé.
"Redresse tes pieds, Vali," conseilla Astrid. "Sev, sois plus vicieux. Quand on n'a pas la force, il faut pallier avec de la ruse et de l'agilité."
Quelques commentaires désapprobateurs se firent entendre autour d'eux mais la petite famille, chat compris, n'en tint pas rigueur. Ils étaient devenus habitués. Et au sein de leur cercle familial restreint, ils recevaient malgré tout de bonnes ondes et de bons conseils par les personnes qui comptaient vraiment.
Les deux jeunes apprentis guerriers s'effondrèrent au sol, essoufflés et le front luisant de sueur. Severus était physiquement plus âgé mais sans utiliser la magie et étant plus un rat de bibliothèque qu'un sportif, il n'avait pas eu beaucoup d'opportunité de pratiquer le sport de combat, surtout sans Astrid pour le guider, lui et Frieda, quand elle était retenue contre son gré à Asgard. Et Vali, même s'il était désavantagé par sa taille et son âge, son instruction et son habitude de vivre parmi un peuple de guerrier avait quelque peu formaté son esprit au combat même si certaines choses restaient encore physiquement difficiles pour lui.
Ils reçurent encore quelques remarques désobligeantes sur comment quelques petites minutes de combat – une demi-heure quand même pour deux convalescents mais les Ases sont des connards quand il s'agit de l'art du combat – pouvaient si facilement les épuiser.
"C'est normal. Ce sont des sorciers, ils ne peuvent qu'être faibles."
Severus qui en eut marre, tourna la tête vers ses parents.
"Maman, Papa, est-ce que vous pourriez faire une étendue de ce qui fait votre… faiblesse ?"
Astrid releva un sourcil et gratta l'oreille du chat qui ronronnait tout en fixant le jeune sorcier.
"Qu'en penses-tu, Amour ?"
Le chat se redressa et s'étira lentement avant de bondir à terre. Quelques secondes plus tard, un homme vêtu d'une robe de sorcier noire se tenait à sa place. Il en ôta le dessus pour ne plus que rester en chemise et pantalon de toile.
"Pourquoi pas ?" dit-il lentement. "Cela fait longtemps."
Harry étira ses muscles et les échauffa sous l'oeil curieux et dévoreur d'Astrid.
"Il faudra par contre que tu mettes un bouclier. Je ne me contrôle plus aussi bien qu'avant. Je n'ai pas encore l'habitude de… tout ça. Je suis mon instinct."
La déesse sourit.
"Bien sûr. Aucun problème. Choix des armes ?"
Sans se départir de son sourire engageant, le regard d'Harry devint dangereux. Ses mois en compagnie d'Hela qui l'avait entraîné avait changé son approche vis-à-vis du combat. Cela promettait d'être intéressant.
"Euh… Est-ce que j'ai déclenché une apocalypse ?" demanda Severus à qui cela n'échappa pas. "Papa, tu fais peur !"
"Tant que tu resteras à l'extérieur du bouclier de ta mère, tu ne risqueras rien."
"Okay."
Il n'en fallut pas plus au jeune sorcier pour se redresser, saisir la main de son frère, et s'écarter du terrain. Et de nombreux ases en firent de même, malgré tout curieux de voir si des sorciers pouvaient bien être aussi forts qu'ils le prétendaient. Ils étaient sceptiques.
Alors qu'Astrid installait un bouclier de protection tout autour d'eux, d'autres Ases se ramenèrent à la palestre pour les regarder. Parmi eux, le roi lui-même.
"Je ressors le tableau des points ou pas ?" demanda Severus.
"Le tableau de points ?" répéta Vali.
"Aucune chance qu'on ne compte pas les points !" rétorqua Frieda en sautillant sur place. "Maman ! Maman ! Mets Papa à terre ! FEMALE POWER !"
"Euh… D'accord ! Papa ! Mets Maman à terre ! Question d'honneur et de virilité !"
"Sauf que ta mère a aussi sa part de virilité de par son passé…, " commenta Harry avec un rictus amusé. "Mais je vais essayer," termina-t-il en agitant la main.
Une dague y apparut, forgée de la main d'Astrid elle-même. Un précieux cadeau dont il ne se séparait jamais. Il jeta un oeil sur le coté et vit leurs deux enfants devant un tableau, chacun une craie en main. Bleue pour Astrid, blanche pour lui. Frieda sautillait, impatiente, un large sourire sur le visage. L'ombre avait presque disparu, effacée par l'amusement et l'excitation de l'instant.
Harry reporta son regard sur son épouse et lui fit un geste discret pour lui faire part de son observation. Astrid hocha la tête, ravie. La seconde suivante, elle avait disparu.
Sans surprise, les remarques des ases fusèrent.
"Tricheur !" "Homme ou femme, Loki est incapable de se battre à la loyale !" "Ce n'est pas du combat !" "Lâche !"
Harry s'en détacha, les yeux fermés, et tourna lentement sur lui-même, l'ombre d'un sourire toujours accrochée sur son visage et un pli concentré lui barrant le front. En position défensive, il attendait et ressentait les choses autour de lui.
Soudain, il se mit accroupi pour éviter un coup de dague vicieux et partit en rotation pour faire un croche-pied à son épouse. Cette dernière se prit le coup à la jambe et tomba à la renverse. Astrid se rattrapa avec souplesse et partie en roue avant de se repositionner face à son compagnon, prête à réattaquer.
"Papa 1, Maman 0," annonça Severus.
"Même pas vrai d'abord !"
"Papa a touché !"
"Pas de sang versé !"
"On le fait au sang versé ?"
"Ouais ! Façon asgardienne !"
Severus réfléchit. Il était vrai que ce ne serait pas idiot de compter ainsi. Et le nombre de points seraient plus représentatifs de la dangerosité des sorciers plutôt que de quelques échanges mignons comme ils en avaient l'habitude dans le temps.
"D'accord. 0 partout," accepta-t-il en effaçant le point qu'il avait mis à son père.
Harry et Astrid tournèrent un peu, se rapprochant tandis que l'autre reculait, ils se jaugeaient du regard. Ils se connaissaient. Certes, cela faisait longtemps mais on ne changeait pas si facilement d'aborder un combat. Surtout entre adversaires qui se connaissent. Chaque coup envisagé, chaque méthode, chaque parade. Les petits leurres et pièges qu'ils aimaient se laisser, la magie en fonction de leur imagination de l'instant…
Ils finissent pourtant par reprendre. Harry lança un expelliarmus informulé tout en s'élançant. La dague s'échappa de la main de son épouse et se planta sur le terrain dix mètres derrière elle.
Astrid bloqua le coup en générant un bouclier de glace autour de son bras, révélant sa forme jotunne sans crainte ni pudeur face à tous les Asgardiens. Elle était elle-même. Point-barre.
Harry resta collé à elle, bras tremblant légèrement sous l'effort et la pression. Il ne la fuyait pas, elle et sa température basse. Il ne fuyait plus. Elle sourit.
"On supporte mieux le froid ?" demanda-t-elle, taquine.
"Je suis mort, tu t'attendais à quoi ?" rétorqua son mari avec un large sourire.
"Dans ce cas, permets-moi de refroidir un peu l'atmosphère. J'ai un peu chaud…"
Elle étendit son pouvoir de glace autour d'elle et une bonne partie du terrain d'entraînement se changea, digne d'une cour de maison à Jotunheim, pleine de glace, de verglas et de givre.
Harry glissa, perdant son sourire. Il était toujours aussi nul sur la glace. Et son épouse le savait. Et elle frappa. Harry dérapa, emporté en arrière par le coup et glissa sur les fesses sur une dizaine de mètres, une main sur la lèvre. Il goûta le sang. Il sourit.
"Frieda. Un point à ta mère."
"OUAIIIIIIS !"
Un trait de craie bleu s'ajouta sur le tableau.
"On dit que les plaines de Niflheim sont recouvertes de glace," fit Astrid, pensive. "Je croyais que tu te serais amélioré."
"Eh bien non, je suis toujours horriblement maladroit sur la glace," rétorqua Harry avec un sourire amusé. "Et toi ? Tu te sens mieux ?"
"Très."
"Dans ce cas…"
Il planta sa dague dans le sol et traça une rune, faisant froncer Astrid. Il n'employait que rarement ce type de magie et cela le rendait imprévisible. D'autant plus qu'elle n'arrivait pas à la lire de là où elle se tenait. Elle le vit ensuite transplaner trois fois autour d'elle. Elle blêmit en le voyant encore une disparaître après une énième rune gravée.
"Tu crois vraiment que je vais te laisser faire !" dit-elle en lançant une pique de glace là où il devait réapparaître.
"Manqué," rit-il au dernier emplacement.
Le bougre l'avait anticipée. Astrid recréa une pique pour l'avoir car il n'avait d'autre choix que se téléporter à l'emplacement de la première pour terminer son piège. Il disparut. La pique fut lancée… et se planta dans le sol. Au même instant, une douleur la prit dans le dos, déchirant une partie de sa chemise claire. Quelques gouttes de sang tombèrent sur la glace alors qu'elle tombait en avant.
"Papa 1 point !" fit Severus alors qu'Harry transplanait pour placer sa dernière rune.
Une chaleur commença à irradier des runes illuminées et disposées en pentacle, faisant fondre progressivement la glace. Astrid sourit. Evidemment. Elle concentra une partie de son pouvoir dans son dos pour soigner l'estafilade et se redressa. Elle fit apparaître sa lance d'uru, clairement décidée à y aller plus sérieusement. Harry sourit et fit apparaître une épée noire qu'elle n'avait encore jamais vue.
Elle releva un sourcil avant de s'élancer. Harry para le coup et ils se retrouvèrent le visage à quelques centimètres l'un de l'autre. Elle en profita pour examiner l'arme avec plus d'attention. Elle reconnut la marque d'Eitri juste sous la garde.
"Une épée d'uru."
"Cadeau d'Hela."
"Une épée digne d'un roi. Hâte de voir comment tu t'en sers…"
Elle le repoussa et tenta une botte. Harry para et contrattaqua. Elle bloqua. Harry la surprit en passant sous sa garde et trancha légèrement la chair d'un de ses bras. Elle siffla en reculant. Elle avisa la légère entaille qui s'auréolait déjà d'une lueur verte pour se refermer.
Un deuxième point pour Harry inscrit sur le tableau.
"Ouch ! Pas mal !"
Elle fit tournoyer sa lance, la tête penchée.
"Tu es beaucoup plus vicieux qu'avant," remarqua-t-elle.
"Entre Hela et mon ancien prof de potions, j'ai intérêt à le devenir. De véritables serpents sournois !"
Le sourire d'Astrid s'élargit et devint aussi étrange que celui de sa fille aînée.
"Je vais rendre les choses un peu plus corsées alors…," fit-elle en invoquant des clones d'elle-même. "En garde, Amour. Je ne te ferai aucun cadeau cette fois."
Sous les yeux de plus en plus ébahis des ases, le couple échangea des coups de plus en plus forts, de plus en plus vicieux et cessèrent leur petit jeu d'échauffement pour un vrai combat. Et cela devenait de plus en plus dangereux. Très dangereux car ils usaient de la magie l'un contre l'autre entre deux attaques classiques mais aussi sur l'environnement pour se déstabiliser l'un l'autre. Entre fracassement de sol, jet de flammes, torrent de glace, explosion dans tous les sens et apparitions de brouillard, il devenait de plus en plus difficile de ne pas accepter que les sorciers pouvaient s'avérer être extrêmement dangereux et utiles. Et même si leur magie les mettait dans la catégorie des faibles et des trouillards, ils en ressortaient courageux et capable de se battre avec une méthode honorable aux yeux des ases au point de rendre le combat différent et intéressant.
Les guerriers souhaitaient vraiment savoir lequel des deux en ressortirait vainqueur. Ils connaissaient la réputation de Loki ainsi que sa puissance depuis des siècles mais son époux leur était entièrement étranger. Tout ce qu'ils savaient, c'était son statut de roi d'Helheim.
Comment Loki avait pu s'aquoquiner de lui et devenir femme demeurait un mystère pour tous mais ils sentaient bien comment les deux êtres se complétaient, s'appréciaient et se cherchaient. Farceurs vicieux et maîtres magiciens accompagnés d'une certaine noblesse. Ils étaient dédiés à leur magie qu'ils faisaient fusionner de façon élégante à l'art du combat.
L'échange dura un long moment sans qu'un coup potentiellement mortel ne soit porté. La tension était à son comble. Qui des deux l'emporteraient ? Difficile d'en juger. Même les points que les enfants notaient au fur et à mesure s'équivalaient. Parfois l'un prenait l'avantage de quelques points pour être à nouveau rattrapé et dépassé. A croire qu'ils jouaient !
Et encore, même le jeu n'était pas certain. Le visage des deux amants, auparavant souriant, était concentré à l'extrême. Aucune malveillance dans leur regard n'était à noter mais il y avait cette volonté, dans le cadre du combat, de dominer. Deux dominants qui s'entendaient et s'affrontaient ainsi alors que la logique voudrait qu'ils soient des adversaires et même des ennemis. Mais non, ils étaient devenus complémentaires, comme une moule accrochée à son rocher. Chacun était l'ancrage de l'autre. Identiques mais différents.
Soudain, Astrid donna un coup de pied et mit son mari à terre pour le menacer de sa lance, la pointe sur sa gorge. Mort. Mais le roi d'Helheim affichait un sourire victorieux, l'épée lâchée et la main tendue vers elle, paume ouverte.
"Egalité," dit-il.
"Oh zut ! Female Power, Papa ! Sois galant !"
"Papa a dit égalité, Frieda. Fais-toi une raison."
"Et ce n'est pas une égalité," intervint un Ase. "Loki a mis son adversaire à terre et a le pouvoir sur sa vie."
"C'est une égalité," confirma Astrid en se redressant, tirant le bras de son mari pour l'aider à se lever. "Harry est passé maître en sortilèges informulés il y a longtemps et son lien particulier avec la mort lui permet d'utiliser ce pouvoir avec beaucoup plus d'aisance qu'autrefois. Deux mots pensés et je suis morte. C'est ça, un affrontement entre sorciers. La limite de nos pouvoirs et notre pensée."
"Et avec nous, difficile d'avoir une limite," commenta Harry amusé. "Nous sommes filous et débrouillards."
Il ramassa son épée et la rangea dans son fourreau avant de la faire disparaître. Astrid en fit autant avec sa lance.
"J'ose espérer que le terme "faible" ne sera plus associé à sorcier," poursuivit Harry. "Nous ne le sommes pas tous. Il y a des différences partout, entre tout le monde. Des forts et des faibles, il y en a dans toutes les catégories. Nous sommes juste différents. Et dans notre cas, pas sans défense. Et si nous, nous sommes potentiellement des alliés, nous avons été plus que corrects et gentils dans nos démonstrations de pouvoir. Imaginez ce que pourrait faire un mage noir en quête de puissance et de pouvoir s'il se décide à bien s'énerver. Car il faut se le dire clairement, faire un constat : notre avantage sur les guerriers, c'est…"
"La distance," firent tous les sorciers présents sur le terrain d'entraînement.
"La distance ?" répéta Narfi, curieux.
"La majorité des sorciers oublient de s'entraîner au combat physique."
"Enfin, c'est surtout vrai à la maison," commenta Harry. "Dans les autres royaumes, je n'en ai aucune idée."
"Non, non, c'est presque une généralité," confirma Astrid. "Il y a très peu de mages de bataille."
Elle s'étira et se rapprocha de ses enfants.
"On va se débarbouiller avant de manger, les enfants ?"
"Preums !" cria Severus en fonçant vers le palais.
Frieda le poursuivit en criant, outrée.
"Eh ! C'est pas juste ! T'es plus grand ! Et puis les femmes d'abord !"
Astrid pouffa et s'appuya contre son mari qui venait de passer une main dans son dos.
"Je te propose un long massage ce soir pour me faire pardonner," lui murmura-t-il d'une voix sensuelle.
Elle en gémit presque de plaisir tellement l'idée lui plaisait et lui en amenait d'autres de plus en plus alléchantes. Peu de chance qu'ils passent la soirée dans ses quartiers avec les enfants…
Coucou !
Et voilà un petit chapitre de plus mais l'histoire n'est pas encore finie ! Il reste encore bien des choses à raconter.
Je vous dis donc à bientôt pour la suite,
Bon baiser de Belgique
Memepotter952504
PS : Si jamais vous aimez la mythologie grecque, je suis actuellement en concours sur Fyctia avec mon dernier roman écrit (pas encore publié), La Déesse de l'Hiver pour tenter de le faire connaître par une maison d'édition. Si vous voulez le découvrir et me soutenir, je vous invite à vous rendre sur le site à ma page d'auteure. Mélanie Schietekat. Je vous mettrai bien le lien mais la politique de ce site m'en empêche. Je suis tristesse.
