Sous l'orage
La tempête avait frappé avec une férocité implacable, enveloppant la falaise dans un tourbillon de vents violents et de pluie battante. Eddie se tenait là, au bord du précipice, le cœur battant la chamade alors qu'il essayait désespérément de garder son calme. À côté de lui, le blessé gisait, immobile et vulnérable, attendant, inconscient, l'arrivée des secours.
Alors qu'Eddie attendait l'arrivée de l'hélicoptère de secours, son esprit dérivait vers les événements des derniers mois. Il se souvenait de la façon dont Buck et Tommy s'étaient installés dans la paternité avec une détermination qui l'avaient profondément impressionné.
Deux semaines auparavant, il les avait aidés à déménager dans leur nouvelle maison, avec l'aide précieuse des membres du 118 et du 217.
Ils avaient passé une journée chargée à transporter des meubles et des cartons, mais c'était un plaisir de voir Buck et Tommy si heureux et excités à l'idée de commencer cette nouvelle étape de leur vie ensemble.
Le soir même, ils avaient organisé un énorme barbecue dans leur cour, réunissant amis et famille pour célébrer leur nouvelle maison. Christopher était particulièrement ravi de jouer les grands frères avec le bébé, sautillant d'excitation à l'idée d'avoir un petit frère auquel apprendre de nouvelles choses.
Mais c'était un événement particulier qui avait marqué Eddie au plus profond de lui-même. Alors qu'ils s'étaient assis dans le jardin, Buck s'était approché de lui, un air sérieux sur le visage.
« Eddie, avait-il commencé d'une voix douce. Je voulais te parler de quelque chose d'important. »
Intrigué, Eddie avait écouté attentivement alors que Buck lui expliquait qu'ils l'avaient désigné comme le tuteur légal de Nathan au cas où quelque chose leur arriverait à lui et à Tommy.
Cette demande avait profondément touché Eddie, lui faisant réaliser à quel point Buck et Tommy lui faisaient confiance et le considéraient comme un membre important de leur famille. Il avait accepté avec reconnaissance, se sentant honoré de jouer un rôle aussi important dans la vie de Nathan.
Les minutes semblaient s'étirer à l'infini alors qu'Eddie scrutait l'horizon, espérant apercevoir l'hélicoptère de secours à travers le brouillard épais. Soudain, une lueur d'espoir brilla à travers les ténèbres alors qu'il distinguait une forme familière qui s'approchait d'eux rapidement.
– Benji mon pote, lâcha-t-il. Vous êtes un chanceux.
Il attrapa sa lampe de sa main libre pour signaler sa position.
Son autre main se trouvait plongé dans l'épaule de la victime alors qu'il clampait son artère sous clavière avec les moyens du bord.
Il leva les yeux, lorsque l'hélicoptère se stabilisa en vol stationnaire au-dessus de lui.
« Envie d'une petite randonnée sous la pluie, Eds ? se moqua Buck dans sa radio. »
– Je m'en serais passé, rit-il.
« Ok fais-moi un topo pendant que je descends ! »
« Sois prudent ! lui recommanda Tommy. »
« Toujours. Veille sur moi ! »
« Toujours. »
– Homme de trente-deux ans, avec les deux jambes cassées, lâcha Eddie. Je ne sais pas comment il a atterri ici mais il a fait une sacrée chute. Je l'ai stabilisé et mis dans le panier mais il était empalé sous l'épaule et l'artère s'est déchiré. Je clampe avec les doigts. Aucun moyen de le lâcher.
« C'est ton jour de chance, Eds. Tu gagnes un petit voyage en hélico, rit Buck. »
Eddie leva les yeux vers lui alors qu'il était hélitreuillé par corde depuis l'hélicoptère de secours.
Un soulagement indicible l'envahit à la vue de son meilleur ami, mais il savait qu'ils n'étaient pas tirés d'affaire pour autant. Buck se cala à ses côtés se sécurisant sur la corde d'Eddie avant de se libérer de la sienne au cas où son mari perdrait le contrôle de l'appareil.
Eddie admirait son professionnalisme.
Ils se mirent rapidement au travail, aidant à sécuriser le blessé sur le brancard de sauvetage pendant que Tommy supervisait les préparatifs de l'ascension. Malgré la pluie battante et les rafales de vent, ils s'efforcèrent de garder leur sang-froid, concentrés sur la tâche qui les attendait.
Buck était concentré sur sa tâche qu'il effectuait en toute sécurité. Il avait muri, il était plus sûr de lui. Il n'avait plus rien du jeune chien fou qu'il était quand il l'avait rencontré.
– Tu vas remonter avec lui et Mickey va t'aider à le stabiliser pendant que Tommy vous emmène à l'hôpital, cria Buck pour se faire entendre malgré la pluie et le vent.
– Et toi ? répondit Eddie.
– Bobby me ramènera. La tempête est trop forte. L'hélico ne peut pas s'attarder et faire deux hélitreuillages, affirma-t-il en harnachant le panier. Je vais t'attacher. Tu n'as rien à faire arriver en haut. Mickey te hissera à l'intérieur et te détachera une fois en sécurité. Compris ?
– A vos ordres, lui sourit Eddie.
– Le colis est attaché, lâcha Buck dans sa radio.
« Bien reçu, lâcha Tommy en réponse. Je remonte le colis. Accroche toi Eddie ! Ça va secouer. »
Eddie sentit le panier s'élever dans les airs et il se coucha quasiment sur le blessé alors que la pluie et le vent les attaquaient de toute part. Ils remontaient lentement, chaque centimètre gagné étant une victoire contre les éléments déchaînés qui les entouraient.
Enfin, après ce qui lui parut des heures, ils atteignirent enfin l'appareil, et Eddie était soulagés d'être en sécurité. Il jeta un dernier regard en direction de Buck, resté en bas, sans même pouvoir le distinguer, alors qu'il était hissé dans l'hélico.
A l'intérieur de l'habitacle, le dénommé Mickey lui passa un casque sur les oreilles pour qu'ils puissent communiquer. Puis, il l'aida à stabiliser le blessé, lui passant des clamps pour qu'il puisse récupérer ses mains.
Le voyage de retour à l'hôpital se déroula dans une tension palpable, l'hélicoptère luttant contre les vents violents et les éclairs déchirant le ciel obscurci. Eddie sentait par les secousses de l'appareil, à quel point Tommy faisait de son mieux pour maintenir le cap, ses mains serrées sur les commandes alors qu'il naviguait à travers les éléments déchaînés.
Soudain, un éclair déchira le ciel, illuminant brièvement la cabine de l'hélicoptère.
Eddie sentit une boule d'angoisse se former dans son estomac alors qu'il réalisait que leur situation était bien plus grave qu'il ne l'avait imaginé.
– Tommy, sors-nous de là ! s'écria-t-il par-dessus le bruit assourdissant du tonnerre.
– Je fais au mieux, répondit-il d'une voix tendue, ses mains volant sur les commandes. J'essaie de maintenir le cap, mais c'est comme si la foudre était attirée vers nous.
Une panique sourde monta en lui alors qu'il tentait désespérément de trouver une solution à leur situation désespérée. Il savait que chaque seconde comptait, que le moindre faux mouvement pourrait les conduire à leur perte.
Eddie avait déjà survécu à un crash d'hélicoptère et il ne voulait pas avoir à découvrir s'il survivrait à un second.
– Mayday, cria Tommy par-dessus le rugissement du vent, ses doigts volant sur le clavier de la radio. Mayday, …
Mais avant qu'il ne puisse dire un mot de plus, un éclair frappa l'hélicoptère de plein fouet, faisant exploser les commandes et plongeant la cabine dans l'obscurité totale.
Le temps sembla se figer alors que l'hélicoptère chuta en vrille vers le sol, emporté par la force implacable de la tempête déchaînée. Eddie se cramponna désespérément à son siège, le cœur battant la chamade alors qu'il sentait le sol se rapprocher de plus en plus à chaque seconde qui passait.
Puis, soudain, tout s'arrêta.
L'hélicoptère heurta ce qui semblait être la cime d'un arbre avec un fracas assourdissant, secouant violemment ses occupants alors qu'il rebondissait à travers les arbres. Jusqu'à ce qu'il se fige violemment, le projetant à travers la cabine avant que la gravité ne le fasse retomber durement sur le dos le clouant au sol, en lui coupant la respiration.
La porte latérale de l'hélico avait été arraché et Mickey semblait avoir été projeté à l'extérieur avec leur patient. Paniqué, il jeta un regard à Tommy, son visage blême dans la lumière blafarde qui filtrait à travers les débris de l'hélicoptère. Il semblait être inconscient et Eddie voyait une plaie sur le sommet de sa tête qui saignait.
Il ne pouvait qu'espérer qu'il soit encore en vie.
Dans un éclair de lucidité, Eddie se rendit compte que leur situation était désespérée. Ils étaient piégés au milieu de nulle part, blessés et vulnérables, à la merci des éléments déchaînés qui les entouraient.
– Tommy, souffla-t-il incapable de faire mieux pour passer par-dessus le vacarme assourdissant.
Tommy ne bougea pas et Eddie fit de son mieux pour garder son calme.
Dans son état actuel, il ne pouvait rien faire pour lui. Il n'était pas sûr lui-même de l'état dans lequel il se trouvait mais il avait vraiment mal.
L'aide allait arriver. Tommy avait lancé un message de détresse et leur balise était sur un circuit autonome. Quelqu'un allait forcément venir les aider.
Il suffisait qu'il reste en vie jusque-là.
