Disclaimer : Loveless est l'oeuvre d'Alice Oseman.

Résumé : Elle ne devait un coming out à personne. Mais elle considérait que sa tendance à fuir ses peurs était néfaste[Loveless]

Note de l'auteur:Cet OS est une réponse au challenge de La Meilleure Plume organisé par le discord « La Fabrique à Plumes ». Le thème de cette session était : Votre texte devra se terminer sur la phrase « Eh bien, ça ne s'est pas si mal passé que ça, non ? »

Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : 50 nuances de fandom méconnu (06/50) + Situation 884 : A fait son coming out à B + Défi Queer n°63 : A fait son coming out auprès d'un membre de sa famille + Préjugé 572 : Tu n'es pas aromantique, tu n'as juste pas trouvé la bonne personne + Vierge : Étudiant à la fac (ou équivalent) + Quatre aspects de… La Passeuse de mots (Tome 2) : 3/4 : Jungle : Écrire sur une femme qui se bat ou sur un personnage qui fait preuve de courage

Ouvrir la porte du placard

Dire que Georgia était effrayée était un euphémisme. Elle était percluse d'angoisse, sentant la peur raidir chacune de ses articulations, serrer sa gorge un peu plus à chaque pas. Sauf qu'elle ne voulait pas être "lâche", même si Sunil lui avait dit que ce n'était pas le bon mot : elle ne devait un coming out à personne. Mais elle considérait que sa tendance à fuir ses peurs était néfaste : en mentant, en cachant la vérité, aux autres comme à elle-même, elle avait blessé Jason, elle avait failli le perdre, elle avait failli perdre Pip, elle avait failli se perdre elle-même. Et puis, les questions sur sa future mise en couple avec un homme (ou une femme, ses parents n'étaient pas homophobes!) commençaient à lui peser.

A croire que seul l'amour romantique pouvait embellir véritablement la vie d'un être humain.

-Georgia, ma chérie, quoi que tu aies à nous dire, nous sommes tes parents et nous t'aimons. L'encouragea sa mère

La jeune femme prit une inspiration.

-Papa. Maman. Je... je ne ramènerai jamais quelqu'un à la maison.

-Oh, mon ange, ne dis pas ça! Répondit son père. Tu as tout le temps du monde!

-Non... Je sais que je ne ramènerai personne. J'en suis incapable.

-Georgia, tu es jolie, intelligente et...

-Ca n'a rien à voir avec ça.

Elle ne pouvait pas s'empêcher de jouer avec ses doigts.

-Papa, Maman... Voilà. Je suis aro ace.

Le couple Warr échangea un regard et elle ne les blâmait pas : pour elle, il y avait encore un an, ces termes étaient inconnus.

-Aro... ace? Répéta l'auteur de ses jours

-Cela veut dire aromantique asexuelle.

-Le a est un préfixe privatif... Réfléchit Mrs Warr. Donc, tu es... sans romance et sans relation intime?

-Pas tout à fait, Maman. Mais tu as la bonne réflexion. Je suis aromantique : cela veut dire que je ne ressens pas ou très peu d'attirance sur un plan romantique pour un autre être humain. Et je suis aussi asexuelle : cela veut dire que je ne ressens pas ou très peu d'attirance sur un plan sexuel pour un autre être humain.

-Mais... tu es comme toutes les jeunes femmes, non? Avec leurs rêves et leurs lectures?

La suggestion déguisée la fit rougir.

-Tu peux apprécier quelque chose sans en avoir un besoin impérieux dans ta vie de tous les jours. Mon exemple est bancal mais... tu aimes la tarte au citron. Tu sais que si tu en manges, tu vas éprouver du plaisir et de la satisfaction. Mais si tu n'en manges pas, tu n'en éprouveras pas le manque et le désir profond d'aller en acheter une pour la manger.

-Ma puce, tu es encore jeune, tu trouveras quelqu'un qui...

-Papa. Non. Ce serait dire à une lesbienne qu'elle n'a pas encore trouvé l'homme qui la fera vibrer. Ce serait dire à un gay qu'il n'a pas trouvé la femme qu'il lui faut. C'est insultant.

-Mais tu ne vas pas vivre comme ta cousine Ellis?

Ellis, pauvre Ellis, rejetée par ses parents : alors qu'elle avait du succès dans tous les aspects de sa vie, qu'elle était heureuse, elle était vue comme "en-dessous" car sans partenaire, sans enfant...

-Serait-ce si mal?

-Les amis ne sont pas une famille, qui prendrait soin de toi quand tu seras vieille?

-Va dire cela aux vieux dans les maisons de retraite qui ne reçoivent aucune visite.

-Quelqu'un t'a-t-il forcée?

-Pardon?

-T'a-t-on agressée? Je veux dire, un tel rejet du sexe...

-Papa, non! Je n'ai pas été agressée, je n'ai pas eu quelqu'un qui m'a dégoutée de l'amour ou du sexe, je suis comme ça! Je suis comme ça de la même manière que toi, tu préfères les femmes et préférerais ne pas connaître un homme comme tu connais Maman! Je suis aro ace, je n'ai que peu d'attirance romantique et charnelle, je suis juste comme ça!

Sa mère caressa sa joue.

-Georgia, ne te fâche pas contre nous... Ecoute... Déjà, en premier lieu, je suis très heureuse que tu nous l'aies dit. Ca a dû être terrifiant et je suis heureuse que tu aies trouvé le courage de nous le dire et d'essayer de nous expliquer. C'est juste que... On n'a jamais entendu parler de ça avant. Les gays, les lesbiennes, les bis, oui. Mais aro ace, non, c'est une première.

Elle acquiesça, pouvant aisément s'imaginer à leur place.

-Tu es notre enfant. Nous t'aimons telle que tu es. Simplement, donne-nous un peu de temps, juste assez pour que l'on comprenne bien ce que c'est.

-Et si vous ne compreniez jamais?

Sa voix avait tremblé malgré elle.

-A-t-on besoin de comprendre quelqu'un parfaitement pour l'aimer?

Georgia enlaça sa mère.

-Georgia. Reprit son père. Ta mère a raison, j'ai été maladroit...

-Je comprends tes questions, tu sais. Il y a un an, je n'en menais pas large... J'ai essayé d'embrasser un garçon, une fille, j'ai essayé d'être en couple avec quelqu'un que j'ai blessé quand j'ai enfin compris. Dieu merci, c'est un ange, il a fini par me pardonner, tout est comme avant, mais...

-Est-ce que tu connaîtrais des gens qui pourraient nous expliquer tout ça? On ne comprendra peut-être pas. Mais on veut essayer, on te doit bien ça.

-Sunil. C'est mon parent de collège et il gère l'association des fiertés sur le campus. Il est asexuel, comme moi. Il pourra vous expliquer, il est très gentil.

Quand sa visite fut terminée et qu'elle reprit le bus pour l'emmener sur le campus, l'étudiante ne pit s'empêcher d'avoir un soupir et quelques larmes de soulagement qui roulèrent sur ses joues.

-Eh bien, ça ne s'est pas si mal passé que ça, non?

FIN