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Un bon petit Gryffondor.

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Dumbledore sourit : « Vous étiez à Poudlard ? »

Harry lui rendit son sourire : « En effet. »

Tom ricana avec mépris : « Un bon petit Gryffondor. »

« Vraiment ? » Dumbledore haussa un sourcil surpris. Harry grimaça furtivement. Albus avait été le directeur de la Maison Gryffondor avant McGonagall et sa mémoire était excellente. Il n'y avait aucun moyen qu'il ignore qu'Harry n'y avait pas été. Pas à cette époque du moins.

Il ancra ses yeux dans ceux de Dumbledore, priant silencieusement pour que le vieux sorcier joue le jeu : « J'étais un garçon discret. On se souvient rarement de moi. »

Un silence pesant s'installa et Harry sentit le regard acéré de Tom se poser sur lui. « Il sait. - pensa-t-il avec appréhension - Il sait que je mens. »

Mais Dumbledore sourit doucement : « Monsieur Potter. Comment pourrais-je oublier ? Vous aimiez les cours de défense contre les forces du mal, si j'ai bonne mémoire. Un élève plutôt doué. Très prometteur même. Peut-être, avant de partir, apprécieriez-vous de passer par le terrain de Quidditch, histoire de vous remémorer d'anciens souvenirs ? »

Harry se figea, admirant l'ingéniosité de Dumbledore. Ce vieux renard avait immédiatement saisi la situation. Pendant un bref instant, Harry avait cru qu'Albus avait, par Merlin sait quels moyens, percé le mystère de son saut dans le passé. Mais il avait maintenant la certitude que la réalité était bien plus simple. C'était juste une histoire de déductions : Tom ne s'intéresserait jamais à quelqu'un qu'il ne considérait pas comme ayant une certaine valeur, un potentiel avec lequel rivaliser, ou une utilité à apporter. Si Tom revendiquait si ouvertement la propriété d'Harry, cela signifiait évidemment que ce dernier avait dû être un élève prometteur.

Quant au Quidditch, eh bien, après tout, Harry avait la carrure d'un joueur aguerri. De plus, qui pouvait vraiment détester ce sport ?

Mais la référence aux cours de Défense contre les Forces du Mal était plus intrigante. Harry réfléchit rapidement. Peut-être s'agissait-il d'un stéréotype entre maisons ? La botanique pour les Poufsouffles, l'enchantement pour les Serdaigles, les potions pour les Serpentards, et bien sûr, les cours de Défense contre les Forces du Mal pour les Gryffondors ? C'était un pari risqué, mais il était tombé juste.

Tom s'interposa à nouveau : « Nous sommes pressés. Nous n'avons pas votre temps, professeur. »

Dumbledore ne sembla pas froissé par la remarque. Au contraire, il adressa un regard compatissant à Tom : « Pourtant, cela serait peut-être une bonne idée de prendre un peu plus le temps avant de foncer tête baissée. »

Tom lui offrit un sourire grimaçant : « Cela tombe bien, Albus. Nous allons voyager, un temps, Harry et moi. »

Dumbledore haussa un sourcil, surpris : « Voyager ? Dans quel but ? »

Tom répondit d'un ton cinglant : « Ah, vous n'avez pas saisi ? Nous partons pour explorer de nouveaux horizons, évidemment. Mais quand je dis 'nous', je ne parle certainement pas de vous. » Tom fit mine de se souvenir de quelque chose et attira brusquement Harry à lui, ajoutant avec sarcasme : « Ho ! Et j'ai besoin d'un coin tranquille pour le baiser bien entendu. Pour le faire crier de plaisir jusqu'à ce qu'il en perdre la raison. Pénétration. Coït. Fellation… »

Harry plaça ses mains en croix sur la bouche de Tom pour le faire taire. Il sentit la chaleur de son souffle sur ses paumes. Un grondement sourd s'échappa de sa gorge, trahissant sa frustration grandissante : « Tu vas trop loin ! Tais-toi. Ne m'utilise pas comme bouclier pour essayer d'humilier Dumbledore ! » , murmura-t-il avec fermeté, ses yeux lançant des éclairs.

La langue de Tom parcourut la paume de sa main et Harry qui ne put s'empêcher de la retirer précipitamment en rougissant. Tom se pencha vers lui, son regard brûlant : « Mais tu adorerais ça… » murmura-t-il d'une voix grave et suggestive.

Contrairement aux souhaits de Tom, Albus ne semblait pas le moins du monde choqué par ses paroles. Ses yeux bleus, perçants comme des éclats de glace, le scrutaient avec une intensité déconcertante. : « J'espère que tu n'as pas encore en tête de développer cette magie. Tu sais bien qu'elle ne t'apportera rien de bon. Crois-tu vraiment que ce soit une voie à suivre ? »

Ho non. C'était la pire configuration possible : Dumbledore faisant la morale à Tom. Mais il n'apprenait donc jamais ? C'était évident que s'il donnait le moindre conseil, Tom ferait obligatoirement l'inverse, par pur mépris et esprit de contradiction. Si quelqu'un comme Albus disait : « La magie blanche est à bannir. » , alors vous pouviez être certain que Riddle se ferait un devoir d'apprendre tous les sorts de magie blanche. Si Dumbledore disait qu'un citron s'appelait 'citron', vous pouviez être sûr que Tom l'appellerait 'tomate', ou 'concombre'.

Peut-être Dumbledore espérait-il épuiser Tom avec sa propre obstination ? C'était juste stupide. Harry savait déjà que Dumbledore ne savait pas comment s'y prendre avec Tom. Le futur l'avait prouvé. Albus était venu chercher Tom, lui avait offert un nouveau monde, puis l'avait abandonné. Et sur cela, personne ne pouvait plus revenir en arrière.

Il se demanda un instant ce qu'il se serait passé s'il était allé à Serpentard, comme Tom avant lui, plutôt qu'à Gryffondor. Est-ce qu'Albus l'aurait aussi 'mis au rebut' ? Il ne pouvait s'empêcher de se demander si la couleur de sa maison avait influencé le traitement qu'il avait reçu de Dumbledore.

Il refoula rapidement ces pensées, sachant qu'elles ne le mèneraient qu'à une bonne migraine.

De toute façon, personne n'avait pu aller aussi loin, dans sa relation avec le mage noir, qu'Harry. Il s'estimait donc être la meilleure personne pour tenter, cette fois-ci, de faire renoncer Tom.

Albus et Tom étaient comme l'eau et l'huile ; tout simplement incompatibles. Il se demanda combien de temps cela durerait avant que l'un d'eux ne cède, ou pire encore, avant que les choses ne dégénèrent complètement. Avançant légèrement en direction d'Albus, Harry se plaça entre les deux hommes, un léger sourire aux lèvres : « Je vous remercie de vous inquiéter pour Tom, mais je préfère m'occuper de lui moi-même. Je sais que vous avez vos propres méthodes, Professeur, mais j'ai aussi les miennes. Je crois que je serais le mieux placé pour prendre correctement les choses en main. Je suis prêt à assumer cette responsabilité. »

Le ricanement sournois de Tom résonna dans le couloir alors qu'il posait ses bras sur les épaules d'Harry, s'appuyant nonchalamment contre son dos : « Vous avez compris ? Il va 's'occuper de moi' et 'prendre ma chose en main'. »

Harry soupira avec exaspération, irrité par la remarque de Tom. Ignorant les provocations de ce dernier, Dumbledore se tourna vers Harry et lui demanda : « Êtes-vous bien certain de vous, Monsieur Potter ? J'ai connu un sorcier… il y a longtemps. Un homme d'une grande intelligence, d'une grande beauté et d'une puissance incomparable. Croyez-moi… je pensais, tout comme vous, que je saurais faire la différence pour lui. Mais… le destin est souvent capricieux. Il n'y avait rien à faire. Ne vous laissez pas aveugler par de belles paroles ou des gestes doux. Vous finirez par vous perdre vous-même. »

Harry eut un sourire douloureux : « Ne vous inquiétez pas. Cela fait longtemps que je n'ai plus rien à perdre. »

Dumbledore l'observa attentivement : « Vous me semblez bien blessé. »

Oh, sa jambe peut-être ? Ou son esprit ? Harry répondit avec détachement : « C'est juste une vieille blessure de guerre. »

Dumbledore pencha la tête : « Je parle du sang sur le col de votre chemise, Monsieur Potter. »

Un frisson parcourut l'échine de Harry alors qu'il portait machinalement sa main à son cou, là où Tom l'avait mordu quelques heures plus tôt. Il sourit légèrement à Dumbledore : « Blessure de guerre. »

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