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5/ Spooky Stairs

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"Not gonna get us,

They're not gonna get us."

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Apartment 221B - Washington, D.C.

25 Janvier 1995 :

- MICK !

Je me suis réveillé en sursaut, d'un bond, sur mon lit, la respiration saccadée, haletante, en sueur.

Un cauchemar.

Encore.

La routine.

Le cœur battant la chamade, j'ai laissé mes yeux s'habituer à l'obscurité, tandis que les nombres digitaux rouge sang de mon réveil indiquaient :

04.20 am

Tremblante, je suis sortie du lit pour glisser vers la douche, en boitant à cause de ma jambe droite.

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"Starting from here, let's make a promise,

You and me, let's just be honest,

We're gonna run, nothing can stop us,

Even the night, that falls all around us."

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F.B.I Headquarters "The J. Edgar Hoover Building" - Washington, D.C.

25 Janvier 1995 :

Je me sentais encore groggy, dans le coaltar complet, et pourtant, je clopinais sur ma canne en m'approchant du bâtiment fédéral. Il faisait frais à tout juste 6h, ce matin-là d'hiver. J'avais donc enfilé la "veste de Charlie" par-dessus ma robe noire. Cette veste n'était qu'un vieux vêtement, que j'avais acheté en 2005 en France, une fine veste noire, délavée, parfois trouée par endroit, avec un signe tribale rouge dans le dos, tout aussi effacé que sa couleur d'origine. Mes Converses blanches aux pieds, et ma longue tresse châtain bougeait dans mon dos aux rythmes de mes boitillements incessants sur ma canne. Je me frottais les yeux pour essayer de me réveiller.

Dans tous les sens du mot "réveiller" : dans le songe ou dans la réalité.

Avec une routine presque mécanique, j'ai grimpé dans l'ascenseur pour descendre dans le sous-sol. Je me sentais comme une somnambule dont le corps fonctionnait sans mon accord. Sauf que je savais pertinemment où mon corps m'amenait.

Debout devant la porte en bois dont l'insigne doré indiquait : "Agent Fox Mulder", mon cœur se serra. J'ai pris une profonde inspiration, puis je suis rentrée, le souffle coupé.

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Il se tenait debout devant un vieux buffet contenant des piles et des piles de dossiers couleur parchemin. La lampe tamisée au plafond l'éclairait d'une façon presque surnaturelle. Apparemment, sa lecture était passionnante, car il mit du temps à se tourner vers moi. Néanmoins, lorsqu'il me vit, il se mit à sourire. Puis, fermant son dossier, il avoua :

- Alisone ! Tu tombes bien, j'allais justement partir en mission. Viens avec moi.

Je me suis encore frotté les yeux, épuisée de ma nuit cauchemardesque, mais j'ai eu le réflexe de demander :

- Où est Scully ?

Mulder attrapa son long trench-coat noir, tout en cherchant son vieux cellulaire au milieu de son bureau bordélique, en répondant :

- Elle donne un cours de médecine à l'Académie. Nous serons que tous les deux, ça ne te dérange pas ?

Mon ventre se noua.

Mulder se tourna vers moi. Je pus voir sa haute et imposante carrure vêtue d'un beau costume sombre, avec une chemise blanche froissée et une cravate rouge à motifs. La frange de ses cheveux châtains décoiffés tombait presque sur ses yeux bleus profonds, dans lesquels je me forçai à ne pas plonger. Je devais rester concentré.

Inquiet de mon absence de réponse, il se rapprocha encore plus de moi, jusqu'à ce que je puisse sentir son odeur. Un doux parfum mélangeant la senteur étrange des parchemins et des livres, mélangé à l'amertume du café.

Mon cœur rata un battement.

- Alisone, est-ce que tout va bien ?

C'était si improbable.

Mulder était improbable.

Il avait un regard curieux, un visage fin, presque enfantin, et son esprit, ses croyances étaient semblables à celles d'un petit garçon croyant encore au Père Noël. Sa naïveté résultant de ses certitudes surnaturelles le rendait attachant. Et pourtant, derrière ses yeux azur remplis d'espoir, se cachaient aussi la colère et la volonté d'un homme dont la vie ne tournait autour que d'un seul et unique but : trouver les réponses à ses questions.

J'avais l'impression de voir un garçon prisonnier à l'intérieur du corps d'un homme musclé et confiant.

Une dualité improbable, donc.

J'imagine que j'aimais ça chez lui, d'ailleurs. Cet espoir dans son regard, un espoir que j'avais perdu en 2007.

Debout, devant moi, il attendait ma réponse.

Il attendait toujours des réponses.

Je me suis frotté derechef les yeux, en avouant :

- Ça va. J'ai mal dormi. La routine.

Puis, j'ai serré mes doigts autour de mon médaillon argenté, autour de mon "M" en calligraphie gothique.

Mulder s'apprêtait à glisser sa main sur la mienne, lorsque je lâchai, pour le couper dans son élan :

- Allons-y. Partons en mission. Je te suis.

Il sourit et me fit signe de quitter son bureau avec lui.

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"Nothing can stop this,

Not now I love you,

They're not gonna get us."

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1991 Chevrolet Caprice - Washington, D.C.

25 Janvier 1995 :

Je me retrouvais côté passager de la nouvelle voiture de location de Mulder. Assise sur le siège de droite, ce qui était l'inverse de mes habitudes, puisqu'en Irlande, nous conduisons à gauche. J'ignorais si l'Agent avait loué ce véhicule avec les fonds du FBI ou si sa mission était personnelle et n'avait aucun rapport avec les X-Files.

Pourtant, il se trouvait derrière le volant, une paire de jumelles à la main et balayant l'horizon de la ruelle sombre devant laquelle nous étions garés incognito parmi d'autres voitures.

Une heure plus tard, Mulder démarra la Chevrolet pour s'engouffrer dans les bouchons de fin d'après-midi. Il roula ainsi jusqu'à une rue que je reconnus sans effort :

- Hey ! Je vis dans ce bâtiment !

Mulder se pencha pour voir ledit bâtiment, puis avoua, un peu inquiet :

- J'espère que c'est une coïncidence, alors...

Je soufflais :

- Depuis quand nos missions sont des coïncidences ?

Il sourit.

- Tu marques un point.

Il enleva les clefs du contact et me demanda de le suivre jusqu'au bâtiment.

Jusqu'à chez moi.

En parfait Gentleman, il ouvrit l'épaisse et lourde porte d'entrée pour que je puisse entrer en clopinant dans le hall.

- Quel est le numéro de ton appartement ?

- 221B.

Il sourit :

- Élémentaire, ma chère Alisone.

Oui, j'avais la même adresse que Sherlock Holmes.

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"Soon there will be laughter and voices,

Beyond the clouds, over the mountains,

We'll run away, on roads that are empty,

Lights from the airfield, shining upon you."

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Apartment 221B - Washington, D.C.

25 Janvier 1995 :

Le building était si ancien qu'aucun ascenseur ne pouvait être construit en son centre. Vivant au deuxième étage, c'était toujours un enfer pour moi de grimper les escaliers pour arriver devant ma porte. Je me trouvais en tête, Mulder juste derrière moi, analysant absolument tout ce qu'il voyait, même s'il n'y avait pas grand chose à voir, à part un long corridor rempli de portes d'appartements.

Une fois devant le 221B, j'ai sorti ma clef, au fond de la poche de la "veste de Charlie". Cependant, au moment où je m'apprêtais à glisser ladite clef dans la serrure, je me suis rendu compte que la porte s'ouvrit lentement, dans un grincement strident.

Elle n'était pas verrouillée. Impossible...

- Oh... OK... C'est spooky...

- C'est mon surnom... badina Mulder.

Néanmoins, il me fit signe de reculer, comprenant que quelque chose n'allait pas. Il glissa ses doigts vers sa ceinture pour attraper son revolver dans son étui en cuir. Puis, lentement, il passa devant moi et entra dans mon appartement, arme en main, pointée directement sur une potentielle menace.

Il faisait sombre, mes volets étaient clos, comme toujours. Je ne supporte pas le soleil.

- Alisone, allume la lumière s'il te plaît.

J'entrais à mon tour dans mon salon, mes doigts lâchèrent mon médaillon pour glisser sur le mur en crépi et trouver l'interrupteur.

Clic.

Je jetais un coup d'œil à mon appartement. Rien ne semblait avoir bougé. Mon bureau contre le mur était toujours rempli de carnets et de livres, mes affaires sur mon étagère n'avaient pas changé, et rien n'était cassé.

- J'ai peut-être juste oublié de fermer à clef... Après tout, j'étais épuisé en partant...

Mulder me jeta un regard inquiet.

Il ne croyait pas en mon excuse.

Et moi non plus, à vrai dire.

- Mulder, je...

Un bruit retentit.

Je me tus.

Le son provenait de la cuisine, sur notre gauche.

Mulder enleva la sécurité sur son arme et s'approcha lentement de la porte qui menait à la salle suivante.

Un autre bruit.

Mon cœur s'arrêta.

Son arme en joue, mon ami hurla :

- Federal Agent ! Je suis armé, je suis du FBI, sortez les mains en l'air !

Quelques secondes passèrent, mais personne ne quitta la cuisine.

Tout en tenant son revolver de sa main droite, Mulder utilisa la gauche pour tourner la poignée et ouvrir le battant blanc.

Mais, à ce même moment, la porte s'ouvrit à la volée, et une personne en sortit en se jetant sur lui.

- Mulder ! hurlais-je.

Dans sa chute, il lâcha son arme qui glissa sous mon étagère. L'intrus se tenait debout au-dessus de lui, prêt à le frapper. Vêtu entièrement de noir, impossible de voir ses traits. Pourtant, l'inconnu sauta ensuite au milieu de mon salon, pour se poster devant moi.

Je me suis figée sur place.

Mulder se releva. Certes, il avait perdu son arme principale, mais il gardait toujours un pistolet de secours, accroché autour de sa cheville droite. Il releva son pantalon pour sortir ladite arme et tenir l'inconnu en joue.

- Federal Agent ! Mains en l'air !

Mais l'inconnu ne comptait pas obtempérer et s'approcha encore plus de moi. Mulder n'attendit pas plus longtemps, il visa et tira. Bien que touché à l'épaule, l'intrus courut jusqu'à ma fenêtre et sauter au travers.

Sauter à travers la fenêtre et les volets fermés !

Le bruit assourdissant du verre brisé me fit sursauter et me ramena à la réalité.

La réalité du songe, en tout cas.

J'ai clopiné jusqu'au trou béant devant moi pour jeter un coup d'œil deux étages plus bas.

Vide.

L'homme avait disparu.

Mulder posa une main sur mon épaule.

- Alisone ? Est-ce que ça va ?

Mon cœur battait la chamade. Malgré ma peur, je badinais :

- Dis-moi, Mulder... Lorsque Scully et toi hurlez "Federal Agent !" pour arrêter les fugitifs, est-ce que ça a déjà eu l'effet escompté ? Est-ce que les gens s'arrêtent vraiment de courir ?

Il sourit.

- Non. Jamais.

- C'est bien ce qu'il me semblait...

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"We'll run away, keep everything simple,

Night will come down, our guardian angel,

We rush ahead, the crossroads are empty,

Our spirits rise, they're not gonna get us."

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The Pier - Washington, D.C.

25 Janvier 1995 :

Nous avions suivi les traces de sang à bord de la Chevrolet, que Mulder conduisait aussi rapidement que possible. Lorsque la nuit tomba, il nous était désormais difficile de trouver les marques écarlates sur le bitume noir.

Nous étions arrêtés non loin de la rivière, sur une berge éloignée du centre-ville. Les étoiles et la lune éclairaient le coin sombre où Mulder stoppa la voiture. Le moteur mourut et un silence pesant nous envahit. En réalité, nous étions trop absorbés par la vision qui s'offrait devant nous :

Il y avait un petit pont pour piéton, pour leur permettre de traverser la rivière.

Néanmoins, une chose improbable nous coupa le souffle. Je ne saurais comment bien l'expliquer, mais ledit pont en bois se trouvait englouti au milieu de la rivière.

Pour bien analyser la situation, Mulder et moi sommes sortis du véhicule pour marcher lentement vers la berge.

Oui, là, au milieu de l'eau, il y avait des marches en bois, des escaliers impossibles, les planches épaisses étaient reliées entre elles par d'épaisses cordes, mais l'escalier de fortune n'était pas assez tendu pour nous permettre de traverser sans nous mouiller. Ce qui était contre-productif, pour un pont en forme d'escalier.

Intrigués, nous nous sommes approchés jusqu'au bord de la rivière. Oui, les planches sombraient dans l'eau, mais nous voyions les cordes les rattacher entre elles, flottantes dans le courant.

Mulder eut une idée en plongeant sa main dans la rivière. Il appuya sur la première marche et, de suite, avec le poids du corps, l'escalier en bois se tendit. En se tendant sous la pression, les marches sortirent de la rivière pour former un parfait escalier qui traversait la rivière.

Mulder sourit en sortant son bras de l'eau.

- Intelligent. Le poids du passager qui traverse le pont fait ressortir les escaliers en bois au sec pour passer de l'autre côté.

J'ai clopiné jusqu'à la première marche, prête à m'élancer, mais Mulder me stoppa dans mon élan.

- Alisone... Je ne suis pas sûr que tu puisses traverser avec...

... "ta jambe", compris-je. Il ne termina pas sa phrase, mais son regard inquiet me donna la fin de sa pensée.

Il avait raison.

- Rentrons en voiture, Alisone.

J'obtempérais.

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"Nothing can stop this,

Not now I love you,

They're not gonna get us."

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1991 Chevrolet Caprice - Washington, D.C.

25 Janvier 1995 :

Nous ne pouvions pas retourner chez moi, pour des raisons évidentes. Mulder me proposa de rester chez lui, le temps qu'il téléphone à l'Agent Scully et qu'ils analysent mon appartement le lendemain matin.

Mon cœur rata un battement.

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"My love for you, always forever,

Just you and me, all else is nothing,

Not going back, not going back there,

They don't understand, they don't understand us."

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Apartment 42, 2630 Hegal Place, Alexandria, Virginia.

25 Janvier 1995 :

Mulder glissa la clef dans la porte de son appartement. Je ne pus m'empêcher de rire en lisant le chiffre inscrit sur cette dernière :

42.

Je secouais la tête, sourire jusqu'aux oreilles.

- Alisone ? Je peux rire avec toi ?

Je montrais le numéro du regard, en demandant :

- T'as fait exprès de choisir l'appartement 42 ?

Il tiqua :

- Non, pourquoi ?

- C'est la réponse. La réponse à la grande question sur la vie, l'Univers et le reste. La réponse ultime à tout. Et pourtant, personne ne connaît la question à cette réponse.

Il ouvrit la porte sans me quitter des yeux :

- Tu as lu l'œuvre de Douglas Adams ?

- Non. Mais, je connais la réponse... "42".

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L'intérieur de son appartement était presque semblable à son bureau au FBI. Il alluma les lumières et ferma la porte à clef derrière nous.

Mon cœur battait la chamade.

J'étais en train de penser à Mick, tandis que Mulder retira son long trench-coat, tout en me disant :

- Fait comme chez toi. Tu veux boire quelque chose ?

- Juste de l'eau.

Le ventre noué, je me suis dirigée vers la grande fenêtre du salon pour admirer la vue nocturne.

Perdue dans mes pensées, j'ai sursauté lorsque l'Agent posa un verre sur le bureau à ma gauche. Je me suis retournée pour lui faire face, son regard inquiet me scrutait avec affection.

- Hey... Est-ce que ça va ?

Je tremblais.

J'avais la tête qui tournait.

Comme souvent.

La nuit avait été courte, la journée trop longue et riche en mésaventures. Je me rendis à peine compte que je n'avais rien mangé depuis la veille. L'adrénaline redescendait et ma tension fit de même, d'où mes vertiges. Heureusement que ma canne retenait mon corps en même temps que ma jambe.

Mes vertiges empirèrent et je faillis tomber dans les vapes. Évidemment, Mulder me rattrapa de justesse. Je luttais pour ne pas plonger dans ses yeux océan, tandis que mes doigts se raccrochaient à sa chemise. Je sentais ses muscles se tendre en me retenant dans ses bras.

- Alisone ? Est-ce que ça va ? Qu'est-ce que je peux faire pour t'aider ?

Je soufflais. "Arrête de parler. Arrête d'être aussi adorable."

- Réveille-moi.

Il tiqua.

- Quoi ?

- Réveille-moi.

- Comment ?

Je secouais la tête.

- Aucune idée.

Mes yeux trouvèrent les siens. Il avait une idée, de toute évidence. Une idée qu'il voulait essayer pour me réveiller. Lentement, il se pencha vers moi et je me suis laissé faire lorsque ses lèvres touchèrent les miennes.

J'imagine qu'il fallait bien que ça arrive un jour...

Si au début notre baiser fut simple et chaste, cela se transforma petit à petit en "French Kiss". J'ai fermé les yeux pour me laisser emporter par l'instant.

Sauf que...

Je pensais à Mick.

Puis à Mulder.

Deux "M".

Comme le Maître.

Le Monde tourna autour de nous et les galaxies défilèrent à travers le portail temporel.

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"Nothing can stop this,

Not now I love you,

They're not gonna get us."

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Drogheda - Ireland.

28 Mai 2024 :

Je me suis réveillée en sursaut, mais K.O, allongée sur mon lit, sur le dos. J'ai mis du temps à pouvoir bouger pour regarder l'heure sur mon IPhone :

6h.

J'entendais la pluie tomber dehors.

Je voulais aller me promener sur la plage à Laytown, mais en regardant la météo sur mon portable, j'ai compris qu'il valait mieux rester à la maison aujourd'hui, à écrire et à...

... Continuer de binge-watcher "The X Files". Hier soir, j'ai entamé le 3x12. (et je vais avoir du mal à le regarder, car c'est vraiment déguelasse !)

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PS : La première fois que j'ai vu le numéro de l'appartement de Mulder dans la série, j'ai vraiment eu cette réaction de rire, puisque le clin d'œil à la signification de la réponse 42 était parfaite pour le personnage.

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28.05.2024

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