Bonjour à toutes et à tous !

Je l'ai eu ! J'ai validé le CAPES ! Je serai donc professeure-stagiaire l'année prochaine, et j'attends (avec impatience) mon affectation.

En attendant de savoir à quelle sauce je vais être mangée, voici un nouveau chapitre.

Bonne lecture !


Harry ou de l'éducation

Où manquer quelques têtes ne signifie pas mourir

Chapitre onze, première partie

Steve savait que la priorité était le démantèlement d'Hydra. JARVIS et Stark s'occupaient d'éplucher les térabits de documents — peu importe ce que cela voulait dire — et de leur pointer des cibles. Avec l'aval d'une majorité d'états siégeant à l'ONU, les Avengers avaient le champ libre pour combattre quand il le fallait et arrêter les membres d'Hydra identifiés. Ce n'était pas une mince affaire, cela demandait parfois des semaines de diplomatie, mais jusqu'à présent, ils n'avaient pas rencontré de trop grandes difficultés. Tous les Avengers étaient concentrés sur cette priorité absolue.

Sauf Steve. La priorité de Steve était tout autre.

Comme tous les matins, il se rendit à un étage très spécifique de la Tour Stark, aménagé pour résister à Hulk. Bruce n'en était cependant pas le résident, et travaillait paisiblement dans les laboratoires quelques étages plus loin.

Steve, un plateau-repas à la main, frappa à la porte de l'appartement sécurisé et entra.

Depuis son arrestation en janvier, Bucky avait fait beaucoup de progrès. La majeure partie du travail de réintégration consistait à retrouver des souvenirs occultés par des décennies de tortures diverses et complexes. Sa mémoire était en reconstruction et sa personnalité en était définitivement modifiée. Steve en avait conscience, et aussi douloureux que cela fût, il essayait tant bien que mal d'aborder Bucky, la personne qu'il était devenu, comme un vieux copain, perdu de vue et que la vie a changé. Il essayait de se persuader que les brefs moments comme autrefois étaient le signe qu'ils rebâtissaient une complicité, différente, mais réelle.

La deuxième facette de la réintégration de Bucky était bien sûr l'aspect juridique de sa survie à travers les âges. Le Soldat de l'hiver était un assassin, coupable de dizaines d'attentats et d'assassinats. Bucky Barnes était une victime d'Hydra et un héros de guerre. Concilier les deux identités était un casse-tête légal qui mobilisait une équipe d'avocats et de juristes.

Lorsque Stark avait offert de payer tous les frais concernant Bucky, Steve avait été mis au pied du mur. La conversation qu'ils avaient eue, Stark et lui, avait été difficile, c'était le moins qu'il pouvait dire.

« Tu me l'aurais dit, si j'avais pas proposé de tout payer ? avait craché Stark. »

L'absence de réponse de la part de Steve lui avait valu un coup de poing en plein visage. L'altercation avait précipité la retraite d'Iron Man. Stark était désormais une des nombreuses petites mains qui venaient en aide aux Avengers, et ne revêtait plus l'armure. Dans tous les cas, il refusait d'adresser la parole à Steve.

Il avait voulu protéger tout le monde de la vérité, et il s'était durement fourvoyé. Stark avait retiré son offre pécuniaire si bien que Steve payait tout le monde de sa poche. Il ne manquait pas d'argent, il était logé, blanchi et nourri par le SHIELD puis par les Avengers. Cependant, payer une équipe juridique était une dépense qui faisait un trou considérable dans ses économies. En quelques semaines, Steve n'avait plus eu les moyens de financer la défense de son ami. Les autres Avengers étaient des soutiens moraux, Sam en premier lieu était un nouveau pilier de sa vie, mais aucun d'eux ne pouvait supporter cette charge financière.

Sans que personne ne sache comment, la presse eut vent des déboires de Steve. Le titre « CAPTAIN AMERICA RUINÉ POUR SAUVER SON AMI D'ENFANCE » avait fait le tour du monde. L'article, tire-larmes à souhait, avait ému plus loin que les frontières des États-Unis, et de parfaits inconnus avaient commencé à envoyer de l'argent à la tour Stark, si bien qu'ils avaient dû ouvrir une collecte en ligne pour éviter que le postier ne se fasse braquer.

Les gens donnaient, certains régulièrement, la majorité ponctuellement, et la collecte avait ainsi pu rassembler suffisamment d'argent pour payer l'équipe juridique pendant plusieurs mois. Steve avait organisé une conférence de presse où, les larmes aux yeux, il avait remercié les citoyens du monde pour leur générosité.

De telles donations demandaient une organisation comptable particulière, et les Avengers publiaient régulièrement les documents prouvant comment l'argent des donateurs était utilisé. Steve avait ainsi pu se concentrer tout entier sur la guérison et la réintégration de Bucky et plus sur l'aspect pécuniaire de la situation.

Au beau milieu de l'été, ils étaient arrivés à dénouer la situation juridique. Bucky était reconnu coupable des crimes dont il était accusé, mais non responsable étant donné sa situation psychiatrique. Les sorciers, qui avaient eux aussi perdu des membres de leur communauté, estimèrent que Bucky était sous une forme non magique de l'Imperium. Barton avait expliqué aux autres Avengers ce qu'était ce sortilège, et effectivement, cela ressemblait beaucoup au lavage de cerveau.

Ce jour-là était particulier, et Steve, en posant le plateau-repas sur la table, était assez anxieux. Il entendait la douche couler et il attendit nerveusement au milieu du salon que son ami sorte. Il était trop anxieux pour s'asseoir et faisait toujours les cent pas devant le canapé, lorsque Bucky sortit de la salle de bain.

« Tu es déjà là ? s'étonna-t-il.

— J'ai apporté le petit-déjeuner. Tu as une idée de ce que tu veux faire aujourd'hui ? »

Bucky s'assit et commença à piocher dans les toasts et les viennoiseries qui embaumaient la pièce.

« Tu promets que tu ne feras pas de commentaire, hein ? exigea-t-il. Je voudrais aller voir Stark. »

Steve venait tout juste de promettre de ne pas faire de commentaire, alors il n'en fit pas, mais sa désapprobation devait se lire sur son visage.

« Steve, souffla Bucky. Tu sais que j'ai besoin de faire amende honorable. On en a déjà parlé.

— Je ne pense pas que Stark soit en mesure de garder son sang-froid.

— Eh quoi ? s'impatienta Bucky. Tu penses que je vais péter les plombs ?

— Mais non ! C'est pas ça du tout. Je ne veux pas que Stark te fasse du mal.

— Je crois que je peux endurer une mandale de temps en temps. »

Steve aurait voulu s'arracher les cheveux.

« La meilleure arme de Stark, ce n'est pas l'armure. C'est sa langue. Il est presque la copie conforme de Howard, à faire des remarques cinglantes à tout le monde. Lui en plus, il le pense. »

Steve voyait bien que Bucky prenait sur lui pour ne pas le traiter de tous les noms, le premier étant certainement « mère poule ».

« Je ne devais pas faire de commentaire, et voilà, râla Steve en se passant une main stressée dans les cheveux.

— Est-ce que tu serais plus rassuré si on prenait le moineau avec nous. »

C'était une proposition délicate de la part de Bucky. Sam et Bucky ne s'entendaient pas très bien, pour une raison qui échappait à Steve. Depuis le désastre qui avait mené à la chute du SHIELD, Steve passait beaucoup de temps avec Sam et appréciait beaucoup l'autre homme. Il avait essayé de présenter Sam et Bucky, d'autant plus que le premier avait une formation de thérapeute, mais ses deux amis semblaient s'être détestés au premier regard. Un anti-coup de foudre.

« Le gars a essayé de me tuer ! s'était défendu Sam avec toute la mauvaise fois dont il était capable.

— Moi aussi, Natasha aussi. Quel est le problème ?

— Si tu ne vois pas le problème, c'est que tu n'es pas prêt à l'accepter. »

Steve avait soupiré, mais n'avait rien ajouté. Sam pouvait être plus têtu qu'une mule.

Ils prirent donc une voiture pour se rendre dans la nouvelle maison des Stark-Potts-Potter. Le voyage se déroula d'abord dans le silence, que Sam combla avec un album de musique — Aretha Franklin pensait Steve — jusqu'à ce que Bucky marmonne une question dans sa barbe et que Sam s'empare du sujet pour disserter longuement sur la vie de l'artiste, sa contribution à la musique, aux droits des Noirs-Américains et des femmes.

« Et elle fait encore des concerts ! finit-il joyeusement. Quand elle a chanté pour l'investiture d'Obama, putain, j'avais les poils. C'était si beau, et si symbolique ! »

Que Dieu bénisse Sam, pensa Steve en souriant. Il était tellement jovial, et plein d'entrain en permanence. Difficile de se laisser envahir par la morosité avec lui !

Ils arrivèrent à la Cabane dans les bois, le nom de la nouvelle maison des Stark-Potts-Potter. Harry jouait dehors dans un trampoline immense, sécurisé par des filets autour et au-dessus du tapis rebondissant. Le petit garçon fut ravi de les voir et courut à leur rencontre. Il ne reconnut pas Bucky comme l'homme qui l'avait agressé et enlevé, et lui souhaita timidement bonjour, puis il se lança dans une explication détaillée de ce qu'il avait vu à Asgard. Bucky en profita pour s'éclipser et entrer dans la Cabane. Steve aurait voulu être présent, mais Sam l'en empêcha.

« Ce n'est pas ton rôle. Laisse-les régler leurs affaires. Viens jouer avec nous, Harry veut nous montrer qu'il sait se battre à l'épée maintenant. »

Jouer avec le petit garçon l'empêcha de trop se préoccuper de ce qu'il se passait à l'intérieur. Ils chahutèrent pendant un long moment, les deux adultes se faisant battre à tour de rôle contre un Harry hilare. Une chute sans gravité mit fin à leurs espiègleries. Harry s'égratigna un genou et la paume des mains, et il fallut rentrer pour prendre soin de lui. Le petit garçon retenait ses larmes avec toute la meilleure volonté du monde.

« Tu sais, dit Sam en le prenant dans ses bras. C'est pas grave de pleurer quand on a mal ou qu'on est triste. Tu ne seras pas moins courageux parce que tu pleures. »

Harry hocha la tête, lâcha quelques larmes et renifla pauvrement.

Steve en avait oublié que Bucky se trouvait avec Stark, et quand ils entrèrent, ils tombèrent sur une scène surréaliste. Stark avait démonté le bras artificiel de son ami d'enfance tandis que ce dernier sirotait ce qui semblait être un cocktail et balançait de temps à autre quelques mots.

« Je ne suis pas sûr de vouloir savoir. Peu importe, nous sommes avec un grand blessé. Vous avez une pharmacie de premiers secours sous la main ? »

Sam passa Harry à Stark. On était plus facilement consolé dans les bras de papa apparemment, et Steve partit à la recherche de la trousse à pharmacie dans la salle de bain. Les quelques soins sommaires, désinfectant, pansements et bisous magiques, furent prodigués par Stark avec aisance et naturel. Pendant tout le processus, il répondit à l'avalanche de questions de Harry, dont la plupart tournaient autour du bras robotique posé sur l'îlot central de la cuisine.

« Moi aussi j'aurais un bras comme ça quand je serai grand ?

— Non mon cœur, je n'espère pas. Il faudrait te couper un bras. Tu aimerais qu'on te coupe un bras ? »

Harry secoua la tête, et Steve sourit. Passer du temps avec la petite famille lui manquait. Stark n'était peut-être pas son meilleur ami, mais ils s'appréciaient la plupart du temps. Le voir interagir avec son fils avait permis à Stark de remonter franchement dans l'estime de Steve.

Steve était un idéaliste, et comme tous les idéalistes, il n'aimait pas faire de compromis avec son idéal. Il allait droit au but, était brutalement franc, et n'hésitait pas à prendre tous les risques s'il sentait que cela en valait la peine. Au contraire, Stark passait son temps à louvoyer pour obtenir ce qu'il voulait. Il promettait monts et merveilles, mentait effrontément parfois, semblait avoir toujours une pirouette dans sa poche pour n'importe quelle situation.

Lorsqu'ils s'étaient rencontrés, Steve sortait à peine d'un sommeil de soixante-dix ans. Complètement déboussolé, il avait cherché désespérément Howard chez Tony et n'aurait pas pu être plus déçu. Le gars détestait son père et avait construit son identité en réaction à ce que ce père représentait pour lui — Steve pouvait remercier Sam pour les explications psychologiques. Howard avait voulu donner une image de lui-même complètement différente de ce que Steve connaissait de lui. De frivole et tête brûlée, il était devenu sévère et obsessionnel. Tony était l'inverse de cela. Il était frivole et tête brûlée, d'une façon complètement différente de celle d'Howard. Steve ne pouvait pas vraiment l'expliquer. Il était pédant, aimait étaler son savoir et pointer l'ignorance des autres, là où Howard était plutôt hautain et snob.

La différence entre le père et le fils était simple : Tony était né riche, Howard pas. D'une certaine manière, Steve en voulait à Howard de n'avoir pas su élever son fils selon les valeurs qui les portaient tous quand ils travaillaient ensemble.

Puis il y avait eu Harry et Steve avait revu son jugement, fait à l'emporte-pièce, il fallait bien l'avouer. Le connard je-m'en-foutiste avait laissé place à un père aimant, peut-être un peu angoissé, mais définitivement attentif. Leur dispute autour de la mort de Howard et Maria avait mis un frein à une amitié naissante et Steve le regrettait profondément.

« Au fait Stark, demanda Sam une fois Harry pansé, hydraté et reparti jouer. Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'Asgard ? Harry a quitté la planète ? »

Stark poussa un profond soupir.

« M'en parle pas. Pepper était livide. Loki a réussi à prouver que Harry est un descendant direct d'Odin, et qu'il possédait une forme de magie similaire à elle. Ce qui faisait d'elle la fille d'Odin, alors qu'elle pensait que non. Bref, un beau bordel.

— Et elle a emmené Harry à Asgard parce que ?

— Pour forcer Odin à reconnaître ses erreurs. Ça a fonctionné apparemment puisqu'elle était toute chamboulée en ramenant Harry. En parlant de Loki, et puisque je vous ai sous la main. J'ai déjà envoyé ce que j'ai trouvé à Hills, mais je vais vous briefer maintenant. Le Sceptre de la mort et de la possession mentale a disparu. Yep. Disparu. Corps et bien. Il est arrivé dans un labo du SHIELD pour étude, puis il a disparu des registres. Je ne l'ai pas trouvé, ni dans les documents du SHIELD, ni dans ceux d'Hydra.

— Rien sur les enregistrements vidéo ?

— JARVIS s'en occupe. On a un laps de temps trop large, c'est difficile de tout éplucher. »

Steve hocha la tête, ennuyé lui aussi.

« Loki vient toujours donner des cours à Harry ? Peut-être qu'elle aura une idée pour localiser le sceptre.

— J'espère. Barnes, j'ai toutes les mesures dont j'ai besoin, on va pouvoir remonter ton bras. »


C'était un petit chapitre pour faire la transition vers le dernier arc de cette histoire. La fin est proche mes ami.e.s !