Zénith, Nocturna, 17 décembre
Dans la périphérie de l'une des plus grandes métropoles de Zénith, Nocturna, qui devait son nom à son obscurité permanente, se dressait de grandes et d'immenses tours faites de verres et de métaux symbolisant la réussite et l'ambition tout aussi gigantesque de leurs propriétaires. L'une de celles-ci dominait les autres, non pas par sa hauteur, qui n'excédait pas les 300 mètres, mais de par son extrême modernité et son design avant-gardiste qui reflétait bien la personnalité de ses propriétaires : Terence et Terra Anderson. Un couple redoutable tant dans les affaires que dans leur vie personnelle. Parti de rien, ce duo de choc, à la tête de l'une des compagnies les plus rentables de la galaxie spécialisée dans la production et la diffusion d'appareils technomagique de pointe, n'incarnait à la perfection les possibles qu'offrait le Zénith moderne.
Au pied de l'immense tour, une demoiselle aux cheveux châtains courts et aux yeux bleus contemplait les lettres numériques qui apparaissaient et disparaissaient de manière régulière sur les vitres qui parsemaient l'ensemble de la façade à près d'une centaine de mètres de hauteur.
A- N-D -E-R-S & C-I-E
Elle avait beau s'être rendu à plusieurs reprises dans ce gratte-ciel auparavant elle ne pouvait quand même s'empêcher de se sentir intimité. Par contre, elle n'arrivait jamais à savoir si la raison était due au succès de la famille qui le possédait ou alors à la hauteur à laquelle elle devait se rendre à chaque fois, elle qui avait grandi dans une villa de la banlieue chic de la ville.
« Bon, reprenons nos esprits », pensa-t-elle en se forçant à diriger son regard vers son téléphone portable.
Elle avait un coup de fil urgent à passer enfin, si elle souhaitait entre sans-soucis. Habilement, elle composa un numéro et colla son GSM à son oreille, à l'ancienne. En agissant ainsi, elle remarqua les regards amusés de nombreux passants sur elle. Les plus jeunes, n'hésitaient pas à la montrer du doigt en se moquant d'elle ce qui l'irrita. Certes, de nos jours, la technologie permettait de passer des appels visuels de qualité avec des hologrammes plus vrais que nature et c'était quelque chose qui l'insupportait. Les appels de type « visio », elle n'en passait que chez elle. Pas en pleine rue où tout le monde pouvait voir avec qui elle correspondait. Cela lui semblait plus respectueux pour son interlocuteur, mais aussi pour elle qui appréciait conserver un minimum d'intimité durant son coup de fil.
- Salut, Iris, tu es dans la rue, c'est ça ? Lui répondit enfin une voix familière.
– Hey ! Oui, tout à fait !
– Okay, tu peux te rendre dans le hall. Je préviens la réception que tu es là. À tout de suite !
– À tout de suite !
D'un pas confiant, la dénommée Iris se dirigea vers l'imposant bâtiment qu'était Anders & cie. Les portes automatiques disparurent alors que deux pas la séparaient d'elles et ces dernières réapparurent spontanément deux pas après son passage. Une fois rentré, un imposant androïde lui barra le passage et, comme à chaque fois que leurs routes se croisaient, le même échange se faisait.
- Déclinez votre identité
– Iris Nova, fille du comte Tecnezio.
– Le motif de votre venue ?
– Je viens rentre visite à mon amie : Tecna Anderson.
L'androïde la fixa durant de longues secondes ce qui désespéra la jeune femme. Les parents de Tecna avaient beau produire et vendre des gadgets de technologie de pointe, ils n'avaient jamais trouvé intérêt à équiper leurs robots d'un semblant d'émotion. Ainsi, celui qui se trouvait en charge de l'accueil (et qui portait le doux nom de « modèle A337 ») se bloquait quelques instants lorsque la raison de la venue de quelqu'un différait d'une visite professionnelle… Puis, ne sachant que faire, A337 mettait automatiquement le visiteur à la porte sauf avis contraire de ses « maîtres ».
- A337, laissez Iris monter. Elle vient me voir. S'exclama une voix féminine teintée de légers grésillements.
L'androïde se retourna pour faire face à une petite coccinelle volante. La demoiselle aux cheveux châtains reconnut rapidement l'invention de son amie. Le robot lui, n'en eut pas besoin, il était programmé pour obéir à ses patrons et à leur famille. Reconnaître la voix lui suffit largement. Il hocha la tête et, tout en s'écartant de la demoiselle afin de lui céder le passage, il lui appela à distance l'ascenseur.
- Cinquante-deuxième étage, dit-il en retournant à son poste.
« Comme si je l'ignorais » pensa très fort la jeune femme en le remerciant chose à laquelle le robot resta insensible.
La politesse n'était pas au programme non plus ici…
Une fois les portes en verre renfermées, la cabine s'éleva filant silencieusement et rapidement vers les hauteurs. Ayant fait ce trajet plusieurs dizaines de fois, la Zénithienne savait que cela ne lui prendrait que quelques secondes avant d'atteindre sa destination alors elle en profita pour admirer le paysage. Depuis le tube transparent dans lequel l'ascenseur circulait, on avait un point de vue unique sur Nocturna. La ville se nommait ainsi de par son obscurité quasi constante. Se situant à proximité de l'un des pôles de la planète : sa nuit était perpétuelle sans pour autant être présente, car de faibles rayons de soleil persistaient si et là à travers les nuages. Néanmoins, pour y voir parfaitement clair, la grande métropole était constamment illuminée que ce soit par des néons multicolores, des sources magiques indépendantes ou communes, des lampadaires électriques… D'en bas, l'on pouvait trouver ça superficiel, exagéré, mais, de si haut, on voyait les couleurs, les lueurs qui s'entremêlaient pour en former des nouvelles et ça, c'était un spectacle dont Iris ne pouvait se lasser. Alors, elle profitait de ses instants de grâces et plongea ses yeux bleus dans ceux de sa ville natale.
Malheureusement pour elle, elle fut tirée de sa contemplation par un contact, une main se posant sur son épaule ce qui la fit sursauter. Elle était si concentrée qu'elle n'avait même pas remarquer l'ascenseur s'était arrêtée. En faisant volte-face, elle tomba nez à nez avec Tecna qui, nullement étonnée par sa réaction, rigola avant de lui lancer :
- Encore entrain de contempler les lumières ?
Iris sourit, son amie l'avait surprise plus d'une fois à perdre la notion du temps dans cette cabine.
- Contente de te revoir aussi… Et, bon anniversaire ! s'exclama-t-elle tout en se jetant dans ses bras.
La demoiselle aux yeux sarcelles s'écarta brusquement, un sourire amusé ornant ses lèvres tandis que son amie, surprise par ce déplacement brusque ainsi que par son propre élan et une légère perte d'équilibre s'effondra tête la première dans l'entrée de l'appartement.
- Aïe !
- Tu arrives les bras vides et tu crois que je vais te laisser me câliner… Là, tu rêves !
Iris, face contre terre, entendit Tecna se déplacer puis deux mains saisirent ses bras.
- Allez, avances un peu, l'ascenseur ne peut pas repartir à cause de toi ! T'es à moitié dedans !
– Eurk, je ne peux pas ! Répondit-elle d'un ton faussement dramatique alors que son amie la tirait sur quelques mètres, Ta froideur m'a brisé le cœur, ma vie n'a plus aucun sens ! Je préfère rester ici… Me laisser mourir… Ô, moi qui avais encore de si belles années à vivre ! Qu'ai-je donc fait pour mériter d'être traitée de la sorte ?
Au bout de quelques courts instants et jugeant qu'elles étaient enfin assez éloignées des portes de la cabine pour que celles-ci se referment, la fée de la technologie lâcha les bras de son amie et décida de s'agenouiller à ses côtés. Alors que celle-ci continuait à déblatérer des idioties aux kilomètres, Tecna l'observa. Iris était l'une de ses plus anciennes amies, elles s'étaient rencontrées au jardin d'enfants et dire qu'elles étaient inséparables était un pur mensonge… Du moins, si on en parlait en termes physiques. De par les obligations diplomatiques allant de pair avec le titre de comte du père d'Iris, cette dernière avait beaucoup déménagé. Néanmoins, durant toutes ses périodes d'absences, elles avaient énormément communiqué par messages. Il y a près de cinq ans de cela, le Comte Tecnezio a décidé de se stabiliser une bonne fois pour toutes à Nocturna. Tecna et Iris avaient passé l'année de leurs quatorze ans ensemble dans la même école puis ce fut à son tour de partir loin d'elle. Les deux jeunes femmes n'avaient pas l'occasion de se voir très souvent depuis qu'elle était entrée à Alféa. Les obligations scolaires de l'une et de l'autre ne tombant jamais en même temps, elles avaient difficiles à synchroniser leurs agendas. Qui plus est, les parents de l'étudiante en magie trouvaient toujours de quoi la tenir occupée quand elle rentrait à la maison.
- Je suis contente de te revoir. Finis par dire la demoiselle aux cheveux magenta.
Iris releva la tête, un sourire radieux illuminant son visage.
- Moi aussi ! Euh… Attends, depuis quand tu portes des lunettes ?
Dans toute son excitation et précipitation, la demoiselle n'avait pas remarqué que Tecna portait une élégante monture légèrement métallisée aux verres ovales. Alors qu'elles se relevèrent toutes les deux, la fée d'Alféa expliqua très rapidement à son amie ce qui lui était arrivé il y a de cela quatre jours.
- Oh… Ça… Pour faire court, Bloom et moi, on s'est battus en duel. Sort lumineux puissant à moins d'un mètre de moi et pupilles de Zénithiens. Ça ne fait pas vraiment bon mélange.
– Hum et c'est permanent ? demanda-t-elle alors qu'elles se dirigèrent vers la cuisine.
- C'est encore trop tôt pour le dire, mais, selon l'ophtalmologue que j'ai vu ici sur Zénith, il y a 85 % de chances que ma vue redevienne normal. Enfin, je devrais juste remettre de façon permanente mes lentilles de protection quand je retournerais à Alféa, mais sinon ça devrait aller. Je dois juste reposer mes yeux.
– D'où les lunettes, compléta Iris.
– Oui, par contre, mes parents ne sont pas du même avis que lui. Ils pensent que mes yeux ne guériront pas et mettent la faute sur le dos de l'école. Ils veulent porter plainte.
- Aïe, ils en sont bien capables en plus.
Tout en racontant cela, Tecna sortit deux verres de l'un des nombreux placards qu'elle posa sur le comptoir. Ensuite, elle se dirigea vers l'une des petites alcôves incrustées dans le mur. À première vue, elle semblait plus que quelconque : un simple rectangle profondément creusé, mais vide.
- On se fait un mélange spécial ?
Iris leva un pouce en l'air en signe d'acceptation. Tecna approcha du mur et, lorsqu'elle le fit, différentes commandes lumineuses apparurent. La fée de la technologie plaça les deux verres dans le renfoncement et pianota quelques commandes. Dans un petit bruit métallique, une vitre teintée apparut afin de faire de l'alcôve un lieu clos. Dix secondes plus tard, la glace se retira lançant place aux deux verres remplis d'un liquide bleuté dont la jeune femme s'empara avant d'ajouter :
- On va sur la terrasse ?
– Yep, répondit Iris en prenant sa boisson, en fait… C'est calme ici. Tu es seule ?
– Oui, les autres sont tous sortis et j'ai désactivé les robots. J'avais envie d'être tranquille.
Les amies traversèrent la grande pièce à vivre qui rassemblait le salon et la salle à manger familiale et se dirigèrent vers la grande baie qui, à l'instar de toutes les autres portes et glaces de la tour, s'ouvrit à l'approche de la fée de la technologie.
La terrasse ressemblait, en vérité, à une grande plate-forme en arc de cercle qui était la seule que possédait la tour et sur laquelle se trouvaient quelques plantes ainsi que des chaises, des transats et une table où elles prirent place. Vers la droite, il y avait une passerelle légèrement inclinée permettant de rejoindre un balcon qui longeait les différentes chambres de l'étage du dessus possédant chacune des grandes fenêtres coulissantes.
- C'est chouette que tu puisses rester dîner. J'aurais voulu que le reste du groupe soit là aussi…
– Tu parles de ton groupe d'amis de Magix ou du nôtre ?
– Les deux… Tu es bien la seule que mes parents me permettent d'inviter… Marmonna Tecna en buvant son drôle de breuvage.
Quelques secondes passèrent avant qu'elle ne se rende compte de l'ambiguïté de sa phrase et de l'effet qu'elle pouvait avoir sur Iris. Alors qu'elle s'apprêtait à se corriger, cette dernière l'interrompit.
- Tu inquiètes, je ne suis pas vexée. Puis, on ne sait jamais… Beaucoup de choses peuvent se passer en une soirée…
– Comment ça ?
Iris lui lança un regard empli de malice, mais, ne jugeant pas utile de poursuivre, elle prit une gorgée de sa boisson, ravie de l'effet qu'avait produit sa petite phrase.
- Allez ! Dis-moi !
– Je ne te dirais rien… Tant que tu ne me diras pas d'où vient ton collier !
Au coup de la fée, de la technologie pendait un élégant collier qui s'arrêtait au niveau de sa poitrine. La chaîne était en argent et le médaillon qui s'y trouvait avait la forme d'un beau papillon.
– Oh, c'est un cadeau…
– De Timmy, j'imagine.
Une légère rougeur apparut sur ses joues.
- Alors, tu as fêté ton anniversaire à Alféa malgré ton petit incident ?
La jeune femme secoua la tête visiblement déçue.
- Les examens sont censés finir aujourd'hui, je ne devrais pas être là, mais, lorsque mes parents ont appris que j'étais à l'hôpital de Magix, ils ont envoyé une navette me chercher sur place dès le lendemain matin. Je suis allée voir ce spécialiste à mon arrivée sur Zénith. J'ai reçu les lunettes ce matin, mais, entre temps, je n'ai pas su distinguer grand-chose. Timmy m'a donné son cadeau le soir même de mon admission à l'hôpital. Sûrement pour me remonter le moral…
À cette dernière phrase, Iris leva un sourcil, intriguée, ce qui n'échappa pas à la fée qui poursuivit.
- Je n'ai pas pu assurer mes deux derniers examens ni même pu finir celui que j'avais entamé mercredi… Mes parents n'ont jamais été en accord avec le fait que j'aille étudier à Alféa. J'ai toujours cherché à avoir de bonnes notes de crainte qu'ils… Ne m'obligent à revenir étudier ici. J'ai peur qu'il ne profite de l'occasion pour le faire.
- Eh Tec…
Iris posa sa main sur la sienne.
- Tu n'as aucune raison de t'en faire. Je suis sûre que tes parents ne te forceront pas à revenir ici.
– Bonsoir toutes les deux ! s'exclama soudainement une voix féminine juste derrière elles.
Les filles se retournèrent pour faire face à une demoiselle semblable presque en tout point à Tecna : même teint pâle, même coupe, son regard bleuté légèrement plus clair et les cheveux blonds à la limite du blanc à la place du magenta caractéristique de sa sœur.
- Valencia ! Ça faisait longtemps ! Bon anniversaire ! dit Iris en se levant afin de sauter au cou de la nouvelle venue.
- Merci. Répondit-elle simplement en lui rendant son étreinte.
– Eh, protesta Tecna avec le sourire, je vais finir par être jalouse moi…
À cette remarque, la dénommée Valencia se détacha de la demoiselle aux cheveux châtains et se dirigea vers la fée de la technologie.
- Comme si j'étais capable d'oublier ma sœur préférée ! Je ne risque pas de te lâcher de tout ton séjour ici !
Et, comme pour illustrer son propos, la jeune femme l'enroula de ses bras, la saucissonnant et l'empêchant ainsi de bouger au grand damne de sa sœur qui protesta énergiquement.
– VAL ! LAISSE-MOI PARTIR !
– Jamais, rigola la principale concernée en resserrant son emprise sur elle.
Amusée par la complicité dont faisaient preuve les deux demoiselles, Iris sortit son téléphone afin de filmer une partie de la scène qui se jouait sur ses yeux. Ensuite et sans que les filles Anderson ne s'en rendent compte, elle ouvrit son application de messagerie instantanée et envoya le court film sur une discussion de groupe au nom évocateur : « Mission anniversaire « avec, en commentaire, les deux stars de la soirée sont en grande forme !
Très réactifs, les quelques membres qui étaient connectés n'hésitèrent pas à y aller, eux aussi, de leurs petits commentaires personnels.
Eva… nescence [19 h 52] Ahahahaha, on va en avoir du pain sur la planche pour les fatiguer !
IA de qualité [19 h 52] Trop mimi 3
TheMASTERofGAMERS [19:53]: on se retrouve à quelle heure encore ?
TheMASTERofGAMERS [19 h 53] : Non pas parce que j'ai oublié mais parce que j'ai hâte de tous vous défoncer lors de notre game session de tout à l'heure !
Eva. nescence [19 h 53] : On va faire semblant de te croire…
OeilDeFaucon [19 h 53] : 22 h !
Eva. nescence [19 h 53] :… Neutronio !
TheMASTERofGAMERS [19 h 54] : EVA ! BORDEL ! ON AVAIT DIT PAS MON PRÉNOM !
Eva. nescence [19 h 54] : Tu m'as provoqué !
Eva. nescence [19 h 54] : Personne ne gagne contre moi !
– Qu'est-ce que tu fais Iris ? demandèrent d'une même voix les jumelles.
L'intéressée sursauta. Elle était tellement absorbée par ce qui se passait sur son écran qu'elle n'avait pas remarqué les deux jeunes femmes, toujours collées serrées, s'approcher d'elle, l'esprit curieux. Prise de panique, elle s'empressa de verrouiller son téléphone tout en balbutiant une vague excuse.
- Oh rien, mon père m'avait juste envoyé… Un message… Que je le lisais.
Ses interlocutrices ne semblèrent pas convaincues par son explication, mais, heureusement, elle fut sauvée par le gong ou, plutôt, par la réalisation soudaine de la blonde de l'heure ainsi que de l'imminente arrivée du reste de la famille pour le repas festif du soir. La dizaine de robots de service dans le grand appartement étaient tous à réactiver, et ce avant que les chefs de maison ne franchissent le pas de la porte dans moins de cinq minutes. C'est donc dans un certain vent de panique que les trois demoiselles se précipitèrent à l'intérieur.
Zénith, Nocturna, 21 h 55
- Je n'arrive pas à y croire, Marmonna Tecna alors que les portes de l'ascenseur se refermèrent sur elle.
Accompagnée d'Iris, elle sortait fêter dignement son anniversaire avec sa sœur. Une bonne surprise étant donné que leurs parents étaient assez sévères concernant les sorties, en particulier durant l'année scolaire, qui étaient donc très restreintes. Elle l'avait appris lors du dîner organisé pour célébrer leurs 19 ans en famille, car, hormis ses occasions spéciales, ils dînaient tous séparément, leurs emplois du temps étant peu compatibles. Les parents étaient très pris par la gestion de leur entreprise et les enfants par la vie privée et professionnelle pour Andromeda, la sœur aînée de 24 ans qui avait déjà quitté la maison ou par leurs études pour les jumelles et leur petit frère de douze ans : Lucio.
- Ben, c'est quoi ses têtes d'enterrement ? Je pensais que ça vous ferait plaisir qu'on puisse sortir toutes les trois.
– Ce sont nos parents qui t'ont proposé cette sortie ? Lui demanda Valencia.
– Euh, oui, c'est eux qui m'ont contacté.
– Ça ne leur ressemble pas de suggérer ce genre d'idées.
– Oui, ce n'est pas logique
– Ça cache quelque chose, marmonnèrent-elles exactement en même temps.
Alors que la cabine de l'ascenseur atteignait rez-de-chaussée, Iris médita les soupçons de ses deux amies. Il est vrai que leurs parents n'avaient jamais organisé de goûter ou de fête pour leur anniversaire jusqu'à aujourd'hui. D'ailleurs, hormis avec elle et sûrement de par la fonction de son père, ils avaient toujours refusé qu'elles ne voient leurs autres amis issus de milieux plus modestes pour certains ou moins bons en cours pour d'autres. Or, même si elle ne l'avait pas mentionné, ils devaient bien se douter qu'elle allait les inclure dans leur petite sortie. Alors, pourquoi la laisser avoir lieu ? Peut-être avaient-ils, effectivement, une idée derrière la tête, mais elle ne voyait pas laquelle, soit devenaient-ils juste et doucement plus coulants ?
Au final, peu lui importait la réponse. Elles souhaitaient juste voir ses amies se détendre et s'amuser, elles qui avaient la fâcheuse habitude de toujours trop réfléchir au pourquoi du comment d'une attitude ou d'une situation. Heureusement, pour leur changer radicalement les idées, Iris pouvait compter sur la surprise qui les attendait dehors !
En effet, alors qu'elles franchissaient le pas de la porte de la tour Anders, une dizaine de personnes les abordèrent soudainement faisant sursauter Valencia largement plus impressionnable que sa sœur.
– SURPRISE ! s'écrièrent garçons et filles avec un grand sourire.
- Mais, qu'est-ce que…
Tecna était ébahie. Tous ses amis de son ancienne école étaient là : Eva, Inès, Neutronio, Lupin, Kumi. Elle constata aussi la présence de Terri, une amie proche de sa sœur. Restaient deux, trois personnes qu'elle ne connaissait guère, mais cela ne l'étonna pas. Du fait de ses études, elle n'était pas très souvent sur sa planète natale et n'y restait jamais assez longtemps pour faire amplement connaissance avec les amis de sa sœur et l'inverse était vrai aussi. Ainsi, les jeunes restèrent silencieux quelques courts instants qui parurent, pour certains, une éternité. Sur Zénith, les démonstrations d'affections sur la voie publique n'étaient pas très bien vues, mais, en plus, la moitié du groupe ne connaissait pas l'autre. Certes, ils avaient discuté en ligne, mais, dans la vraie vie, l'un en face de l'autre, les choses prenaient une perspective un peu différente et fort peu agréable lorsque l'on n'était pas habitué à ce contraste.
Néanmoins, l'une des filles, au carré plongeant brun et tâches de rousseurs, semblait débordée d'énergie et mit rapidement fin au malaise qui commençait à s'installer en s'écriant :
- Est-ce que vous êtes prêtes pour une soirée à Gama Game Zone ?
– GAMA GAME ZONE ?! S'exclamèrent les jumelles les yeux ronds.
Gama Game Zone était un énorme complexe du centre-ville de Nocturna. Là-bas, c'était le paradis du divertissement de haute technologie. La réalité virtuelle y avait une grande place. La plupart des jeux d'actions, de courses et d'énigmes se déroulaient dans des mondes numériques. Néanmoins, une partie de l'espace était consacrée à des jeux plus traditionnels sur consoles ainsi qu'à des aires de jeux plus classiques. C'était un endroit très apprécié de la jeunesse Zénithienne en général, mais en particulier des jumelles qui ne manquait jamais une occasion de s'y rendre ensemble.
– Je crois que c'est oui, chuchota l'une des amies de Valencia à l'oreille d'une fille aux longs cheveux noirs et au teint mat qui était assise dans un fauteuil flottant à une trentaine de centimètres du sol.
– Alors, qu'est ce qu'on attend ? En route ! s'exclama cette dernière.
- Inès a raison, allons-y ! Plus vite on y sera, plus vite je pourrais mettre la pâté à Eva. Déclara un jeune homme aux cheveux verts fluo.
À ces mots, la joyeuse petite bande commença à marcher en direction du centre. Le groupe se scinda doucement en deux. Valencia se mise à marcher un peu plus devant avec ses amis tandis que Tecna était un peu à la traîne avec les siens. Intriguée par les propos de son ami, elle se plaça à côté de lui et l'interpella.
– Eh, Ned, pourquoi Eva en particulier ? Chercherais tu as mettre fin à notre légendaire rivalité ?
Le jeune homme sourit. La fée de la technologie et lui s'étaient rencontrés à l'école élémentaire. À l'époque, durant les temps de pauses, les élèves organisaient des mini-tournois de jeux vidéos dans la cour. Rien de bien excitant quand on y pense, mais, étant donné que les consoles étaient interdites dans l'enceinte de l'établissement, cela rendait, aux yeux des enfants qu'ils étaient, l'envie d'y participer ou, encore, d'y assister, très attrayante. De par la popularité de ces petites réunions illégales, l'enfant qui remportait la victoire était adulé de chacun jusqu'à ce que quelqu'un d'autre ne l'emporte. C'est lors de l'une de cette petite réunion illégale qu'ils s'étaient rencontrés. Il avait battu Tecna, Tecna l'avait battu et ainsi de suite. Ils s'étaient rendus coup pour coup et continuaient encore de le faire aujourd'hui.
- Moi ? Non, tu sais bien que jamais je ne pourrais mettre fin à nos combats d'anthologie.
– Et donc ?
– Mais, Eva m'a manqué de respect ! Je me dois de l'humilier comme il se doit.
– On parle de moi ? S'exclama l'intéressée en se plaçant entre les deux amis tout en les enlaçant, en soi, rien d'étonnant. Je suis parfaite !
– Parfaitement chiant oui, marmonna le garçon aux cheveux verts.
La demoiselle sourit. Décidément, Ned était toujours aussi susceptible et elle adorait jouer là-dessus. De ce fait, elle décida d'enfoncer encore plus le clou.
- Voyons, mon cher Neutronio, ce n'est pas ma faute si tes parents ne t'ont pas respecté.
– QUOI ? S'écria le jeune homme, piqué à vif, TU VAS VOIR TOI, JE NE VAIS PAS ATTENDRE QU'ON SOIT ARRIVES A GAMA GAME ZONE POUR TE REFAIRE LE PORTRAIT !
Sentant qu'il ne plaisantait qu'à moitié, Eva, hilare, se mise à courir rapidement poursuivit par sa victime favorite. Tous deux se heurtèrent en partie au groupe de Valencia, mais, malgré leurs protestations, continuèrent leur folle poursuite. En les voyant s'agiter ainsi, Tecna ne put se retenir de rire. Malgré toutes les inquiétudes et incertitudes que cela lui apportait parfois, elle était contente d'être chez elle. Retrouver sa sœur, ses amis, cette ambiance à la fois si similaire et différente de celle d'Alféa… c'était vraiment génial.
- Ils sont incorrigibles ces deux-là.
Les yeux de la fée de la technologie se détournèrent de ses amis courant à perte d'haleine pour rencontrer les yeux onyx d'Inès. Elle ne l'avait pas entendu arriver. Il faut dire que, en plus d'être un naturel discret, son fauteuil volant était particulièrement silencieux. Cette dernière avait le sourire aux lèvres, elle était, elle aussi, très amusée par ce qui se passait.
- Je ne te le fais pas dire.
– Ils font encore nous attirer des ennuis. Soupira Iris en arrivant à leur hauteur.
Les trois demoiselles se remirent en route afin de rejoindre le groupe de Valencia qui était à l'arrêt depuis quelques secondes déjà.
- Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi vous vous arrêtez ?
– Je crois qu'on n'est pas près d'arriver… déclara Terri en fixant quelque chose dans le lointain.
La fée de la technologie, intriguée, suivit son regard et aperçut au loin ses deux amis face à deux androïdes de sécurité visiblement mécontents. Il était facile d'en deviner la raison. Sur Zénith, les comportements extravertis sur la voie publique étaient assez mal vus et n'importe quel passant était en droit de quérir l'intervention des autorités afin d'obtenir le calme qu'il jugeait mériter.
Neutronio et Eva s'étaient, à ce niveau, déjà fait remarquer plusieurs fois et ce n'était pas très bon pour eux. Autant dans l'instant présent que sur le long terme. La joyeuse troupe en ayant parfaitement conscience décida d'aller parler aux agents afin de régler au plus vite et à l'amiable cette situation et de se diriger enfin vers leur destination finale : la salle de jeu.
Cela faisait déjà près d'une heure que Tecna, Valencia et Iris avaient quitté les hauteurs de la tour Ander&Cie. Au vingt-cinquième étage de celle-ci, dans la pièce servant de salle à manger, la table avait été débarrassée, dans la cuisine, aucune vaisselle sale ne traînait et sur le sol ne subsistait pas la moindre petite miette.
Tout cela était normal chez les Anderson et, pour cause, Terra et Terence avaient la crasse en horreur et les performances parfaites de leurs robots à cœur. Ainsi, le travail de ces derniers consistait, en grande majorité, à faire le ménage dans l'ensemble du grand appartement. Ils allaient et venaient donc, matin et soir, tentant de faire régner l'ordre et la propreté tandis leur couple de créateurs, une fois rentré, jugeait si cela était suffisant ou s'ils devaient les reprogrammer.
Une jeune femme aux courts cheveux noirs contemplait les allées et venues incessantes de ces êtres de métaux. Depuis qu'elle avait quitté le domicile familial, ce ballet constant lui manquait. Lorsqu'elle était toute petite et qu'elle n'avait encore ni sœurs ni frère a surveillé, elle passait son temps à regarder les robots vaguer à leurs tâches cherchant parfois même à leur mettre des bâtons dans les roues, testant ainsi leurs limites, chose qu'elle n'avait que rarement pu faire avec ses parents la plupart du temps absents.
- Andromeda ?
L'intéressée tiqua.
- Oui père ?
L'homme fixait sa fille avec un regard accusateur. Depuis combien de temps était-elle dans la lune ? À en juger par son sourcil droit levé, signe généralement significatif, chez lui, de mécontentement, trop à son goût.
- Pardon, je pensais à autre chose.
– Si nous avons envoyé Lucio dans sa chambre, c'est pour pouvoir te parler en tête à tête. Alors, je te prierais de la garder à disposition.
Elle hocha la tête.
- Bien. Nous avons un service à te demander, poursuivit son père.
Un service ? Voilà qui n'était pas courant. Avec autant de robots serviteurs et d'employés, ils étaient assez rares que ses parents ne sollicitent une quelconque aide extérieure et encore moins qu'ils ne requièrent celle de leurs enfants. Cela devait leur coûter de lui demander de l'aide.
- Nous avons décidé que Tecna ne retournerait pas à Alféa à la rentrée. Toutes les démarches administratives en ce sens ont déjà été faites et ses affaires arriveront à la maison dans quelques jours. Déballa Terra sans le moindre tact.
– Puis-je demander pourquoi ? Il me semble qu'elle se débrouille plutôt bien là-bas.
– Nous avons nos raisons. Répondit sa mère.
Andromeda, quoiqu'un peu surprise, ne se sentit pas plus outrée que ça par la décision que ses parents avaient prise à l'encontre de sa sœur. Elle avait toujours été la plus intelligente des quatre et le fait qu'elle aille à Alféa leur avait toujours déplu. Depuis qu'elle avait intégré cette école, ils n'avaient eu de cesse de chercher la petite bête que ce soit au niveau de ses résultats, de son comportement… Néanmoins, jusque là, Tecna s'était montrée des plus sages… Ou, plutôt, des plus malignes. En tant qu'aînée, elle ne doutait pas que la jeune fille en avait profité pour faire quelques bêtises, mais qu'elle ait su parfaitement en camoufler les traces.
Dès qu'Andromeda avait vu sa sœur et s'était vue conter, par un petit frère très enthousiaste, la mésaventure de cette dernière, elle s'était dit que ses parents allaient bondir sur l'occasion… Ses soupçons ont commencé à croître quand elle avait vu les jumelles sortirent avec Iris… Évidemment, c'était pour mieux lui faire passer la pilule une fois qu'ils le lui annonceraient… Ou par culpabilité même si elle croyait moins en cette hypothèse.
Mais, du coup… Quel était son rôle dans tout ça ?
- Nous aimerions que, durant la semaine qui vient, tu la surveilles.
Génial. Ils avaient donc définitivement décidé de la garder.
Andromeda la plaignait.
Car, si le couple Anderson avait bien de l'ambition pour chacun de leurs enfants, ils possédaient, pour celle du milieu, des attentes démesurées.
Bonsoir tout le monde,
Merci d'avoir lu ce nouveau chapitre qui est, pour l'instant, un de mes favoris. La raison étant toute simple : j'ai toujours voulu qu'une fanfic conte le quotidien sur Zénith. Généralement, la plupart d'entre elles que j'ai eu l'occasion de lire ne font qu'effleurer la surface. Je trouve ça dommage.
J'ai aussi toujours voulu développer l'environnement familiale de Tecna. Je l'avais souvent imaginé avec une jumelle et une frère plus jeune. Va savoir pourquoi d'ailleurs. Je trouvais que ça lui allait bien et je suis contente d'avoir pu les introduire tout deux dans cette fanfiction. Ils seront plus amplement développés tout au long de l'histoire. Certains amis de Tecna le seront aussi. Il est a noté que je n'ai pas inventé Iris. Ce personnage apparaît dans l'un des magazines Winx officiel : "La rébellion" ou "la révolte"... Je ne sais plus trop. En tout cas, petite, je l'ai tout de suite trouvé très sympathique et je déplore qu'elle ne soit jamais apparue dans le dessin animé.
Si vous avez lu, à l'époque, ma fanfiction "Amitié en péril" vous aurez peut-être reconnu un personnage, Eva, que je voulais absolument ressortir car je l'aime beaucoup. Dans les amis de Tecna, je compte bien vous développer d'autant plus Neutronio (dit Ned) et Inès (qui a été, ici, très discrète). Je ne sais pas encore trop pour les personnages restant. Il est probable qu'ils aient droit à leurs petits moments mais je ne peux rien vous promettre. On verra au feeling.
Alors, de base, j'avais prévu de mettre cette fanfic à jour le 11 décembre mais, vu que l'action se déroule le 17... Ben voilà. C'était trop tentant.
Je suis très investie dans l'écriture de cette histoire pour le moment... De ce fait, j'avance beaucoup moins dans "QDS". Il n'y aura sûrement pas de mise à jour ce mois-ci.
Merci d'avoir lu. J'espère que vous passerez de bonnes fêtes ! :)
Memori Plume
