Lorsque Flora entra dans son dortoir, elle put constater qu'il n'y avait personne. Aucun cri hystérique ne provenait de la chambre de Stella, aucun tintamarre ni de discussions animées sur le partage de l'espace de vie ne se faisaient entendre du côté de la pièce que partage Musa et Tecna ni aucune rousse un brin enthousiaste pour l'accueillir une fois qu'elle rentra dans sa chambre. Oui, Flora était bien la première arrivée. Comme d'habitude.

La fée de la nature se dirigea vers son lit et s'allongea dessus profitant de ces quelques instants de calme avant la tempête. Au-delà de ses amies, elle pensait, en ces termes, à la reprise des cours. Tout ce qu'il y avait encore à étudier, les épreuves qui lui restaient à passer pour obtenir son diplôme et, enfin, ce qui allait arriver par la suite. Après Alféa… Son cœur se serra à cette pensée. Plus que quelques mois et elle quitterait pour de bon son école et les Winx. Qu'allait-elle faire après ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle ne souhaitait pas quitter ce petit cocon dans lequel elle avait vécu les trois plus belles années de son existence. Le temps était passé si vite et il filerait encore à toute vitesse maintenant que le cap de la mi-année venait d'être franchi.

La demoiselle aux cheveux châtains se releva. Ce n'était pas le moment de déprimer et de s'angoisser à ce sujet. Comme lui avait dit sa mère avant son départ pour sa première rentrée à l'école des fées : « C'est l'instant présent qui compte ma chérie. Profite des années que tu vas passer à Alféa et ne pense pas à la suite. Fabriques-y tes meilleurs souvenirs. » C'est ce qu'elle avait fait et elle continuerait à le faire ! Profitez de ces derniers mois du mieux qu'elle pouvait entourée de ceux qu'elle aimait.

Pour éviter de replonger dans des idées un peu noires, la douce fée entreprit de ranger ses affaires. Elle saisit sa grande valise, qu'elle trimballait derrière elle depuis sa descente du bus, et la posa sur son lit puis elle l'ouvrit et lança un sort sur son contenu. Ce dernier s'éleva dans les airs et chaque affaire partie se ranger toute seule. Les vêtements se dirigèrent vers la penderie, les manuels scolaires vers le bureau, le nécessaire de toilette partit de lui-même vers la salle de bain et les photos qu'elle avait amenées avec elle se déposèrent toutes seules sur la table de chevet. Un curieux petit sac se dirigea vers Flora qui le saisit en plein vol. Nullement étonnée, la demoiselle l'ouvrit et se saisit de ce qu'il contenait : des minis plantes. La fée aimait ramener différentes espèces de végétaux Limphéa ici à Magix. Elle avait dû s'appliquer énormément pour parfaitement gérer le sort de miniaturisation des objets, mais ça en fallait la peine : cela lui permettait de se sentir plus chez elle.

Alors que la douce fée de la nature disposait ces plantes-ci et là dans la chambre, elle entendit des bruits de pas dans le dortoir suivi d'un énorme bruit qu'elle ne sût identifier. Prise de panique, elle se précipita dans la pièce commune et se retrouva nez à nez avec une pile de vêtements et de valises éparpillés dans les quatre coins de la pièce. Sous les vêtements, elle distingua une chevelure blonde qu'elle ne connaissait que trop bien.

- Stella ! Est-ce que tu vas bien ?

Cette dernière lui répondit par un cri en grande partie étouffé par l'ensemble de tissus qui lui couvrait le visage. Inquiète, Flora entreprit de dégager la blonde de cette avalanche d'habits.

Aaahhhh, de l'air ! s'exclama Stella lorsque la fée de la nature arriva enfin à distinguer l'entièreté de son visage.

La princesse de Solaria s'empressa de lancer un sort de rangement sur ses vêtements comme Flora l'avait quelques instants plus tôt sur les siens et ceux-ci partir tranquillement vers la chambre de la demoiselle. Rapidement, la pièce commune se vida de tous ses nouveaux arrivants et redevenu la pièce inhabitée qu'elle était depuis près de deux semaines.

- C'est mieux comme ça.

Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu as trébuché ?

À cette interrogation, Stella se leva et épousseta la robe qu'elle portait puis alla s'effondrer dans l'un des canapés.

- Je reviens de chez ma mère, c'était épuisant ! J'ai enchaîné bals, réceptions et piques-niques avec des têtes couronnées et d'autres nobles. Maman avait prévu énormément de choses et beaucoup trop de tenues aussi. J'ai ramené toutes celles que je n'ai pas eu l'occasion de porter là-bas. En plus de ce que j'ai rapporté de chez mon père. Les valises, même avec un sort de miniaturisation, n'ont pas tenu le coup.

- Tu aurais dû miniaturiser les vêtements et laisser la valise comme elle était. Déclara une voix familière.

Flora se retourna et fit Bloom se tenir sur le pas de la porte, un sac sur le dos et sa valise, bleu, qui pendait à son bras. Kiko, comme à son habitude, se mit à sauter partout, visiblement très heureux d'être de retour. Il semblait plus enthousiaste que sa propriétaire qui, malgré sa petite touche d'humour, avait l'air quelque peu contrariée.

- Salut Bloom. S'exclama la princesse de Solaria à la vue de son amie.

- Salut Stella. Je vais défaire ma valise, je reviens.

Sans ajouter un mot, la fée rousse pénétra dans sa chambre sans se retourner ce qui n'échappa à aucune de ses deux amies.

- Qu'est ce qu'elle a ?

Je n'en ai aucune idée, soupira Flora, elle était déjà comme ça avant le congé.

Oui, j'avais remarqué. Les vacances n'ont pas l'air d'avoir arrangé beaucoup les choses… J'aimerais bien savoir ce qui se passe.

Moi aussi…

Stella se releva et rectifia les plis qui s'étaient formés sur sa robe avant de déclarer :

- Bon, je vais aller voir si mes vêtements se sont correctement rangés. Tu pourrais essayer d'obtenir quelques informations ?

La fée de la nature hocha la tête sans grande conviction. Elle n'était pas du genre à tirer les vers du nez à quelqu'un. Elle se sentait plus à l'aise dans le rôle de l'amie attentive aux problèmes des autres qu'à celle de manipulatrice ou elle ne savait quel autre terme. Si Bloom ne voulait pas parler, elle ne pourrait pas y changer grand-chose et, même si elle lui disait quoi que ce soit, elle n'était pas sûre de pouvoir le répéter à sa blonde amie, car la fée de la nature jugeait que chacun avait droit à son petit jardin secret. Si jamais la rousse souhaitait que cela reste privé, cela restera privé.

- Qu'est ce que tu entends par : « correctement rangé ? »

J'entends par là que je n'ai pas encore trouvé le sort parfait pour trier ses vêtements par teinte et coloris. Allez, je compte sur toi !

Et, sur ses mots, la blonde disparut dans sa chambre. Flora sourit. Elle voyait que la princesse de Solaria s'inquiétait au sujet de Bloom. Beaucoup même. Mais, au fil des ans, elle avait pris conscience que son tempérament, parfois un brin excessif, n'était pas le plus adapté pour pousser les gens à se confier à elle. Ainsi dans ce genre de situation un peu délicate, elle préférait laisser la main à quelqu'un d'autre. Dans le groupe, Flora était généralement celle à qui on se confiait plus aisément.

La fée de la nature toqua à la porte de sa propre chambre. Trois petits coups d'affilés, une marque de fabrique en somme, car sa colocataire sue tout de suite que c'était elle.

- Entre Flora. C'est chez toi aussi.

Je sais, répondit-elle en pénétrant dans la pièce, mais ce n'est pas parce qu'on partage notre chambre que tu n'as pas le droit de vouloir être toute seule.

Seul, je l'ai été toutes les vacances, soupira la fée aux cheveux roux en défaisant sa valise, enfin, j'avais mes pensées et mes remords qui m'ont accompagné tout du long.

En disant cela, la demoiselle saisit une pile de vêtements et se dirigea vers son armoire. Flora vient s'asseoir sur le lit de sa colocataire tout en la regardant ranger frénétiquement tout ce qui lui tombait sur la main.

- Tu penses à Tecna ?

La terrienne marqua un temps d'arrêt, une pile de pull dans les bras.

- Oui… Un peu… Elle est partie si vite que je n'ai pas eu le temps de m'excuser.

Bloom se gifla mentalement. Qu'avait-elle donc à mentir comme ça ? Oui, elle doit le reconnaître, elle n'était pas très fière de ce qu'elle avait fait avant les vacances… Mais, en même temps, l'état de santé de son amie aux cheveux magenta était loin d'être son occupation principale. Elle était toujours obnubilée par tous ses questionnement sur son royaume d'origine. Elle n'en dormait quasiment plus et en devenait de plus en plus irritable. Mike et Vanessa en avaient fait les frais lors de son séjour sur terre. Tous deux avaient été mis au courant de son bref passage à l'hôpital ainsi que du diagnostic qui en avait suivi : un début de dépression nerveuse.

Rien que ça.

Ses parents adoptifs avaient bien cherché à comprendre quelle en était l'origine, mais la jeune femme s'était renfermée comme à une huître à chaque question posée. Raisonnables, ils n'avaient pas cherché à en savoir plus lui notifiant seulement qu'elle pourrait toujours leur parler de ses problèmes lorsqu'elle se sentirait prête. Et, durant toutes ses vacances, ils avaient cherché à la distraire du mieux qu'ils le pouvaient : cinéma, sorti dans des parcs d'attractions, petit voyage… Ils avaient même invité d'anciens amis de lycée à venir à la maison. Tous leurs efforts furent vains. Au-delà du simple fait qu'elle n'était pas d'humeur à s'amuser, aucune de ses activités, qu'elle adorait auparavant, n'avait trouvé grâce à ses yeux. Maintenant qu'elle vivait la majeure partie de son temps dans une dimension emplie de magie qu'elle eût vaincu de nombreux ennemis, vécu des aventures qui dépassaient ses rêves les plus fous et noué un lien très fort avec les filles du Winx Club et les spécialités, tout ce qui faisait sa vie d'avant lui semblait faire pâle figure.

Elle ne savait plus où était sa place. Elle ne se sentait plus terrienne, elle venait de Domino, mais rien ne la reliait à cette planète si ce n'est sa sœur, Daphnée, dont l'esprit ne lui apparaissait que trop rarement à son goût au lac des lucioles. Elle s'y rendait souvent, mais ne l'y trouvait que très régulièrement. Daphnée était un esprit, un fantôme qui ne pouvait apparaître que de façon éphémère. Elle ne pouvait compter sur sa présence rassurante.

Elle n'était plus chez elle sur terre.

Domino était une planète morte.

Son enchantix était incomplet.

Elle était incomplète.

- Bloom ?

La douce voix de Flora l'a sortie de ses pensées. Celle-ci la fixait avec curiosité et inquiétude.

- Bloom… Je sais que quelque chose ne va pas.

La rousse ne répondit rien et continua à vider nerveusement sa valise.

- Tu peux m'en parler si tu veux.

À l'entende de cette phrase, la fée de la flamme du dragon marqua un temps d'arrêt. Nombreux étaient ceux de son entourage qui lui avait proposé de se confier à eux, mais aucun ne l'avait fait comme son amie aux cheveux châtains. Dans sa bouche, ces mots étaient emplis d'une telle sincérité qu'ils s'incrustèrent dans les fissures de la carapace qu'elle avait construite ses dernières semaines et commencèrent à la briser de l'intérieur. Bloom sentit les larmes lui monter aux yeux. Flora avait toujours eu cette capacité étonnante de mettre les gens en confiance en leur apportant ce dont ils avaient réellement besoin. Et, ce dont elle avait absolument besoin en cet instant, c'était d'une écoute attentive, une vraie ! Pas un semblant de compréhension et de condescendance, mais d'un véritable réconfort qui lui était, en ce jour, absolument nécessaire. Au ton de sa voix, elle avait pu deviner que son amie serait la personne qui la lui fournirait.

- D'accord, je vais tout te dire. Murmura-t-elle

Doucement, elle déposa la pile qu'elle avait dans ses bras dans l'armoire qu'elle referma puis vient s'asseoir sur le lit auprès de sa colocataire. En signe de réconfort, mais aussi d'encouragement, elle posa sa main sur la sienne. Mais, alors que la fée de la flamme du dragon s'apprêtait à livrer son lourd fardeau à son amie, une voix grinçante se fit entendre, résonnant sur les murs du dortoir.

- MESDEMOISELLES !

Il ne leur fut que très peu de temps pour la reconnaître. Au bout de trois ans de réprimandes, il aurait été malheur qu'elles ne savent pas identifier la voix de Griselda, la surveillante générale.

- Merde. Grinça Bloom visiblement déçu de voir cette discussion tuer dans l'œuf.

Cela n'échappa pas à la jeune femme aux cheveux châtains qui s'empressa de la rassurer.

- Ne t'inquiètes pas. On en reparlera dès qu'elle sera partie. Ou, à n'importe quel autre moment, je serais toujours prête à t'écouter.

MESDEMOISELLES, VEUILLEZ VENIR ICI IMMÉDIATEMENT ! S'impatienta la surveillante dans la pièce d'à côté.

Bloom hocha doucement la tête et, d'un même mouvement, les deux fées se dirigèrent vers la porte de leur chambre.

Lorsqu'elles se retrouvèrent dans la pièce commune, elles furent surprises de voir qu'une personne, qu'elles ne connaissaient que trop bien, se tenait aux côtés du redoutable bras droit de la directrice.

- Salut les filles !

Salut Layla. Lui répondit Flora.

Cette dernière considéra sa valise. S'il n'y avait rien d'étonnant à ce que la jeune femme vienne dans leur dortoir, elle était surprise de l'y voir avec toutes ses affaires. Elle n'avait pas eu le temps de passer par sa chambre. Que se tramait-il donc pour que Griselda ne vienne leur crier dessus à peine heure après l'ouverture du portail ? L'arrivée en trombe de Stella la tira de ses pensées.

- Écoutez mademoiselle Griselda, je ne sais pas ce que vous a raconté à mon sujet, mais sachez que ce sont des rumeurs. Jamais je ne me serais permis de lancer un sort sur les petits fours que vous avez servi lors de la fête pour célébrer la fin des examens… Alors, ça, jamais !

Alors, c'était vous… Je suis ravie de l'apprendre. Je suis sûre qu'une punition dès la rentrée étoffera bien votre dossier scolaire.

La princesse d'Andros ne put retenir un rire ce qui lui valut un regard noir de la part de la belle blonde.

Bonjour tout le monde ! s'exclama soudainement une voix chantante.

Tous les regards convergèrent vers la porte où se tenait une jeune femme à la longue chevelure bleu foncé. Très décontractée, elle se dirigea vers le canapé en faisant totalement abstraction du regard noir que lui lançait la surveillante générale.

Qu'est-ce qui se passe ici ? demanda-t-elle en s'affalant dans le canapé.

- J'allais vous le dire avant que vous ne vous m'interrompiez grossièrement. Enfin, maintenant que vous êtes là…

Flora et Stella échangèrent un regard interrogateur. Depuis quand Griselda ne savait plus compter jusque six ? Elles n'étaient pas au complet. Alors qu'elles s'apprêtaient à le lui signaler, la grande dame les devança.

- J'ai le plaisir de vous annoncer que mademoiselle Layla d'Andros va pouvoir enfin loger dans le même dortoir que vous.

À cette annonce, la fée de la musique sauta hors de son canapé et se précipita dans les bras de son amie.

- Depuis le temps qu'on attendait ça ! S'exclama-t-elle, merci, mademoiselle Griselda !

Mais, euh, c'est, c'est génial, mais… où vais-je dormir ? Vous m'avez toujours dit qu'il n'y avait pas assez de place. Balbutia la princesse d'Andros.

Vous dormirez avec mademoiselle Stone.

Cool ! Avec Tecna, on va se faire une chambrée à trois ! Ça va être géant !

À cette phrase, la surveillante tiqua. Ce qui n'échappa pas à Bloom qui s'empressa de la questionner.

- Que se passe-t-il, mademoiselle Griselda ?

Vous n'êtes pas au courant ?

Aux regards interrogateurs que lui renvoyèrent les cinq étudiantes, l'enseignante occasionnelle en conclut que non et, un peu gênée, leur fournit une explication.

— Ça ne devrait pas être à moi de vous l'annoncer, mais mademoiselle Anderson n'est plus élève ici.

En grand silence plana sur le petit groupe. Musa, jusqu'à là, suspendue au cou de Layla, s'en détacha et se précipita d'un coup dans sa chambre.

« Ce n'est pas possible. Elle m'en aurait parlé. »

Elle ouvrit les portes à la volée et, tout ce qu'elle put constater, c'était le contraste inhabituel qui régnait dans la pièce. D'ordinaire, sa partie était complètement à l'opposée de celle de son amie. À savoir : en désordre, les cahiers se trouvant par terre plutôt que sur son bureau, ses vêtements éparpillés si et là, mais ne demeurant jamais dans l'armoire qui lui servait plutôt de placard pour son instrument… Bref, tout le contraire de Tecna qui rangeait toujours tout de façon symétrique. Aujourd'hui, face au désordre qu'elle avait laissé avant de repartir chez elle, il n'y avait rien. Le lit était dénudé : il n'avait plus de draps ni de couettes. Le bureau était vide, les nombreux appareils technologiques avaient disparu. Il n'y avait plus rien sur les murs.

Tecna était bel et bien partie.

- Mais…

Attendez… Quoi ? Comment ça se fait ?

Dans la pièce commune, Musa entendit ses amies s'indigner et exiger de plus amples informations à Griselda qui, visiblement, n'en avait pas. La jeune femme aux cheveux bleus tenta de faire abstraction de tout ce boucan pour se concentrer sur quelque chose de plus important. Elle devait parler à son amie, savoir pourquoi elle avait décidé de partir si subitement. Alors, elle se saisit de son téléphone dans la poche de son pull et rechercha son numéro.

Alors que l'appel se composait, elle repensa aux vacances qui venaient de s'écouler. Maintenant qu'elle y pensait, son amie n'avait jamais répondu au message qu'elle lui avait envoyé durant ces dernières pour prendre de ses nouvelles. Voulant profiter à fond de son séjour, elle s'était beaucoup détachée de son téléphone et n'avait pas pensé à vérifier si elle avait reçu une réponse.

Une voix, aux échos métalliques, résonna finalement dans le combiné.

- Le numéro que vous avez composé n'existe pas.


Faragonda fixa les jeunes femmes qui se tenaient devant elle. Les cinq étudiantes étaient entrées en trombe dans son bureau sans même prendre la peine de frapper et elle lisait sur leurs visages l'incompréhension et la colère. Avant même qu'elles n'ouvrent la bouche, elle sut de quoi elles allaient lui parler et préférèrent prendre les devants.

- Tecna n'est plus élève dans cette école, je le déplore, mais je ne peux rien y faire.

Cette réponse prit les fées de court. Elles ne s'attendaient pas à cette réaction de la part de la doyenne de l'établissement qui, même si elle savait de quoi ses élèves souhaitaient lui entretenir, prenait au moins le temps de les écouter avant de leur répondre.

- Vous savez pourquoi elle est partie ?

La femme aux cheveux gris leva un sourcil en signe d'interrogation.

- Elle ne vous en a pas parlé ?

C'est Flora qui répondit la première.

- On n'a pas eu de nouvelles d'elle de toutes les vacances. Musa a essayé de l'appeler, mais…

Son numéro n'existe plus.

La directrice soupira tout en remontant ses lunettes sur l'arc de son nez.

- Hum, ça ne m'étonne guère.

Que voulez-vous dire ? Demanda Bloom visiblement inquiet par le sens caché que pouvait avoir cette phrase.

Faragonda poussa un nouveau soupir avant de se lever de la chaise de son bureau et de se diriger vers la baie vitrée donnant sur la cour, les mains croisées derrière son dos. Elle appréciait regarder ses jeunes élèves se balader dans la cour, et ce particulièrement les jours de rentrée. Cela la détendait particulièrement de voir ses jeunes fées pleines de vitalité courir partout, prête à apprendre de nouvelles choses. Chaque être passant le portail d'Alféa devenait un peu l'un de ses enfants. Un enfant qu'elle devait éduquer et écouter durant trois courtes années. Savoir que l'une d'entre elles n'était plus là lui fendait le cœur.

- Ce sont ses parents qui ont fait une demande de désinscription, non votre amie.

Quoi ? Mais, Tecna est majeure, elle n'est plus soumise à l'autorité de ses parents ! Ils n'ont pas le droit de la retirer de l'école si elle n'en a pas envie ! s'écrit la terrienne.

Suite à cette déclaration, un ange passa. Bloom comprit, au regard ahuri de ses amies, que la conception de la majorité n'avait peut-être pas cours ici dans la dimension magique. Elle tenta donc de s'expliquer.

- Euh, sur terre, à partir d'un certain âge, on est considéré comme adulte et responsable. De là d'où je viens, c'est à l'âge de 18 ans. Quand on atteint ce qu'on appelle « la majorité » on est responsable de ses propres actes et les parents n'ont légalement plus beaucoup d'autorité sur nous. Si on décide de partir de la maison, d'arrêter nos études par exemple, ils ne peuvent pas s'y opposer. Et, si on fait une bêtise, nous seuls devrons en assumer les conséquences.

Woh… C'est curieux comme concept. Marmonna Layla.

La directrice, sentant les esprits s'égarer, toussota doucement pour ramener ses étudiantes à la raison originelle de leurs venues.

- Je comprends votre mécontentement, cette situation me désole autant que vous. Je la déplore, mais je crains ne pouvoir rien y faire.

Mais, mais… C'est injuste ! Tecna se plaît ici ! Il doit bien avoir une solution.

Malheureusement, mesdemoiselles, je n'en vois aucune. J'ai beau être la directrice de cette école et une ancienne membre de la compagnie de la lumière, je ne peux pas aller contre la volonté des parents de mes élèves. C'est triste à dire, mais tout ne se règle pas avec de la magie. Permettez maintenant, j'ai encore du travail et je souhaiterais être seule.

Les cinq jeunes femmes, qui perçurent le changement de ton de la doyenne, prirent assez rapidement et sans contestations le chemin de la porte. Une fois qu'elles furent toutes sorties, Faragonda alla se rasseoir à son bureau et attrapa le mouchoir de tissus se trouvant dans l'un de ses tiroirs afin de tamponner les quelques larmes qui perlèrent dans le coin de ses yeux.

Aujourd'hui, elle avait perdu l'un de ses élèves et cela était comme si elle avait perdu un de ses enfants, une partie d'elle-même.

Bercée par le son du silence, Faragonda laissa ses souvenirs la porter au jour de sa première rencontrer avec la fée de la technologie.


Cela remontait à une dizaine d'années. À cette époque, la directrice avait été conviée à une soirée de gala organisée par la ville de Magix. Obligation sociale à laquelle elle dut se résoudre à participer. En ce temps, la réputation de l'école n'était plus à refaire, mais, étant financée par le conseil de Magix, elle était contrainte d'apparaître de temps à autre dans des événements mondains organisés par la ville. Ainsi, elle y était allée sans grand entrain préférant la compagnie de ses élèves à celle de membres de la haute société venus des quatre coins de la dimension. Toute la soirée durant, elle avait fait office de tapisserie : elle était là, tout le monde la regardait, mais personne ne lui parlait. Mais, lorsqu'elle avait envisagé de partir, la directrice fut enfin sollicitée pour la raison de sa présence : celui de faire-valoir.

Eternus Bogue, le chef politique de Magix, l'avait interpellé. À ses côtés, un couple aux allures austères et un homme d'une cinquantaine d'années, visiblement tracassé.

- Vous ne connaissez pas encore madame Faragonda, j'imagine. Elle dirige l'école d'Alféa dont nous n'avons pas à rougir de la réputation. Faragonda, voici madame et monsieur Anderson, nos futurs collaborateurs sur le marché technomagique.

Nous n'avons pas accepté l'offre de monsieur Tinker. Nous ne sommes toujours pas assurés de l'efficacité de vos entreprises. Sur notre planète, les choses vont très vite. Si jamais vous n'arrivez pas à suivre notre cadence, cela pourra s'avérer catastrophique pour notre entreprise. Avait répondu posément l'homme en remontant ses lunettes sur l'arc de son nez.

À cette époque, Faragonda s'était demandé s'il était très judicieux qu'elle assiste à cette conversation traitant de l'avenir technologique de la planète sur laquelle elle vivait. Elle avait voulu s'éclipser, mais Eternus l'avait retenu discrètement par le bras.

- Pourquoi ne viendriez-vous pas visiter l'un de nos bureaux demain ? Nous pourrions vous montrer comment nous travaillons et discuter plus en profondeur du contrat qui pourrait nous lier à l'avenir. Avait suggéré monsieur Tinker qui, jusque là, était demeuré muet.

- Notre fille voyage avec nous. Nous ne pouvons pas la laisser seule.

Ce n'est pas un problème voyons ! Madame Faragonda, ici présente, se fera une joie de la garder pour vous.

- Pardon ?

L'idée de jouer les baby-sitters ne l'avait pas enchanté… Qui plus est avec une enfant Zénithienne. Elle n'avait jamais eu l'opportunité de réellement en côtoyer, car, parmi ses étudiantes, il n'y avait jamais eu, à sa connaissance, de personnes originaire de cette planète et, comme tout le monde, elle avait énormément d'appréhension à ce sujet.

Alors que le couple avait semblé méditer sur cette idée, le politicien l'avait entraîné légèrement à part afin de lui chuchoter à l'oreille :

- Ce contrat avec Zénith serait très profitable à l'ensemble des habitants de Magix. Les Anderson sont particulièrement durs en affaires. Nous avons encore une ultime chance de les convaincre demain donc s'il suffit que vous gardiez leur enfant pour qu'ils acceptent de discuter avec monsieur Tinker, vous le ferez sinon je coupe vos subventions !

C'est ainsi que, le lendemain, aux environs d'une heure de l'après-midi, elle s'était retrouvée devant le portail d'Alféa à attendre l'enfant en question. À cet instant, elle était assez agacée. Elle avait énormément de choses à faire dans l'école et elle avait bien peur que son « invitée » ne lui facilite pas la tâche. D'ailleurs, elle ne savait absolument rien sur elle. Mise à part son heure d'arrivée, une heure dix, elle ne connaissait ni son prénom ni son âge et savait encore moins à quoi elle ressemblait. De ce fait, la doyenne avait eu quelques appréhensions. Faragonda avait plus l'habitude de s'occuper d'adolescentes et de jeunes adultes. Les Anderson n'avaient pas l'air très vieux, ni très jeunes, elle ignorait donc, à cet instant, à quelle catégorie d'âge elle allait être confrontée.

Un bruit de vaisseau atterrissant l'avait, finalement, tiré de ses pensées. L'engin qui approchait était énorme et n'était donc pas passé inaperçu aux yeux des élèves qui étaient en pause déjeuner. Un attroupement s'était rapidement formé dans la cour.

- Mesdemoiselles, s'écria Griselda, veuillez reprendre vos activités. Ceci n'est pas un spectacle !

La cale s'était ouverte et la doyenne d'Alféa en avait vu surgir des entrailles du vaisseau le couple et les deux hommes qu'elle avait croisés la veille qui, visiblement, semblait être ravie.

- Ahhhh Faragonda ! Que je suis heureux de vous voir !

À cette phrase, qui avait sonné particulièrement faux à ses oreilles, elle avait répondu par un petit sourire crispé.

- Vous allez voir. La petite que vous allez devoir garder est charmante. Le portrait de ses parents ! Et intelligente qui plus est. Si vous saviez tout ce que monsieur et madame Anderson m'ont dit à son sujet !

Eternus s'était retourné vers lesdits parents comme pour qu'ils appuient leurs propos, mais aucun des deux ne réagit ce qui avait laissé place à un grand blanc que monsieur Tinker avait comblé.

- Mais, où est la petite ?

À ces mots, la mère avait semblé sortir de sa torpeur taciturne et s'était dirigée d'un pas rapide à l'intérieur du vaisseau. Une minute plus tard, les quatre adultes l'avaient vu ressortir avec une console à la main ainsi qu'une petite passagère à qui elle était entrain de faire la leçon.

Faragonda s'était, alors, empressée de l'observer. La fillette avait l'air d'avoir un peu moins de dix ans et ressemblait à sa mère. Elle avait de longs cheveux magentas bouclés et portait une tenue des plus Zénithiennes à savoir des chaussures lumineuses, un legging violet avec des circuits colorés ainsi qu'un pull blanc avec un motif arobase bleue. Ses cheveux, remontés en une queue de cheval évasé, étaient parsemés de fils bleus et blancs. Elle était entrain de faire la tête et Faragona n'avait pu s'empêcher de soupirer en pensant à l'après-midi qu'elle allait devoir passer en présence, très certainement, d'une fille-fille à papa.

- Notre fille était entrain de jouer dans le cockpit. Je suis désolée, elle ne pense qu'à s'amuser.

Ce n'est pas vrai ! Je ne m'amuse pas, je m'entraîne !

Le père, semblant ignorer son commentaire, s'était empressé de la mettre au parfum.

- Tecna, nous devons nous absenter pour notre travail. Tu resteras avec madame Faragonda. Nous reviendrons te cherche en fin d'après-midi.

Sans plus de formalités, ils avaient tous deux pris la direction de leur vaisseau sans un regard pour leur fille suivit de très près par Tinker et Eternus. Rapidement, l'engin avait décollé et elles s'étaient retrouvées toutes les deux seules. La petite, à l'inverser de ses parents, ne semblait nullement disposée à laisser un silence s'installer et avait décidé de lancer la conversation :

- Ma mère m'a dit que vous êtes directrice.

Oui, de cette école, dit-elle en désignant le château, Alféa.

La petite considéra le bâtiment avant de déclarer.

- Jamais entendu parler. Puis, c'est très rose, j'aime pas.

Faragonda s'étonna. Elle n'était pas du genre à se vanter, mais elle était très fière de la renommée interplanétaire qu'avait Alféa. Elle la savait même très populaire auprès des enfants de son âge qui était particulièrement fasciné par la magie.

Tu ne connais pas ?

Non, je devrais ? Vous faites quoi ici ?

Alféa est une école pour fées. On y enseigne la magie.

Tecna n'avait rien répondu. La doyenne pouvait même dire qu'elle avait l'air un peu perplexe.

- Bien… Il fait un peu froid ici. Que dirais-tu de rentrer ?

Elles s'étaient alors dirigées vers le château, avaient franchi le portail et étaient entrées dans le bâtiment. Une fois dans les couloirs, la fillette avait attiré le regard des étudiantes présentes. Il était rare de voir des enfants si jeunes en ces lieux. Des petites rumeurs quant à la raison de sa présence s'étaient misent à fuser ci et là. Malaise, Tecna s'était mise à fixer le bout de ses chaussures et ne n'avait pipé mot jusqu'à son arrivée dans le bureau de la principale.

- Qu'est ce qu'on fait ici ?

J'ai quelques tâches administratives à finir puis je suis toute à toi.

Je fais quoi pendant ce temps ? avait demandé l'enfant aux cheveux magenta en s'asseyant sur la banquette de l'un des fauteuils, ma mère m'a pris mon jeu.

Veux-tu que l'on parle ? On pourrait faire connaissance.

Tecna n'avait pas répondu et s'était contentée de fixer à nouveau ses pieds. Faragonda le remarquant, elle avait tâché de la relancer sur un sujet qui lui plaisait et qui était, aussi, la seule information qu'elle avait en sa possession.

- Le jeu auquel tu jouais ? Tu disais que tu t'entraînais ?

Oui.

Et, pourquoi est-ce que tu t'entraînes ?

À cette question, la petite fille avait redressé la tête, le visage illuminé. Elle avait planté, pour la première fois, son regard sarcelles dans les yeux bleutés dans la directrice avant de dire.

- Vous voulez vraiment savoir ?

Oui, bien sûr. Ça m'intéresse.

Il n'en avait pas fallu plus pour que Tecna ne descende de sa banquette et n'aille grimper sur les fauteuils individuels qui faisait face au siège de la directrice. Elle s'était mise d'abord à expliquer de long en large le principe du jeu qui mélangeait stratégie et combat. La doyenne, un peu dépassée, n'y avait pas compris grand-chose surtout qu'elle n'avait aucun support visuel pour l'aider à bien comprendre, mais, voyant que cela faisait plaisir à son interlocutrice d'être écoutée, elle lui avait prêté une oreille particulièrement attentive au point même de finir par abandonner les tâches qu'elle était entrain d'accomplir. Par la suite, la petite fille lui avait expliqué dans quel but elle s'entraînait : celui de battre un de ses amis qui avait reporté leur duel à un point près.

Je n'aime pas perdre, avait-elle cru bon de préciser.

Cette précision, aussi banale soit-elle, avait fait sourire la doyenne qui, contrairement à ce qu'elle pensait, commençait à trouver la présence de la petite Zénithienne très plaisante.

- Tu accompagnes souvent tes parents en voyage ? Ça doit être amusant pour toi de visiter autant de planètes différentes à ton âge. Tu as beaucoup de chance !

- Pas vraiment, avait-elle marmonné entre ses dents, je fais que les suivre et je ne peux jamais m'amuser. Puis, mes sœurs et mon frère ne sont pas là.

Tu n'es pas fille unique ? Il n'y a que toi qui les accompagnes en voyage ?

Oui, mes parents disent que Valencia n'a pas d'assez bonnes notes pour venir puis qu'Andromeda ne leur convient pas trop. Et, Lucio, il est trop petit. Il a un an et six mois.

Faragonda avait levé le sourcil considéré la petite fille d'un air interrogateur. Ses parents avaient une drôle de façon de faire avec leurs enfants. L'ambiance ne devait pas être très folichonne à la maison.

- J'ai de bonnes notes moi, mais je ne travaille pas beaucoup. J'aime pas ça. Je retiens et comprends tout ce que le prof dit en classe.

À la suite de cette petite conversation, l'après-midi s'était écoulée tranquillement dans la bonne humeur. Tecna, très curieuse et avide d'apprendre, avait demandé à la doyenne de lui parler de son école, de ce qui y était enseigné, la magie, et comment les cours y étaient dispensés. Très heureuse de pouvoir parler de son sujet de prédilection, la femme d'âge honorable lui avait donné un mini-cours sur l'origine des pouvoirs et de la magie avant de lui proposer de visiter un peu le bâtiment.

Après avoir fait le tour des pièces accessibles à tous telles que la bibliothèque, la cafétéria… Faragonda lui avait proposé de faire un tour dans les salles de classe. Toutes deux empruntèrent alors un passage que seules la directrice et la surveillante connaissaient qui menait à un couloir en hauteur. Ce dernier passait par toutes les salles de cours et permettait d'observer, en toute impunité, les leçons dispensées par les divers membres du corps enseignant.

- J'aime venir ici quand j'ai du temps libre. Voir si tout se passe bien pour chacun de mes professeurs et de mes étudiantes. Lui avait chuchoté la dame aux cheveux gris alors qu'elles s'étaient arrêtées pour écouter un cours de première année.

Tecna n'avait rien répondu, absorbée par les explications d'une professeure portant une robe rouge ainsi qu'un gros chapeau de la même couleur et des lunettes triangulaires. Le cours portait sur l'appel de la magie et de ses propres pouvoirs par la bonne gestion de sa respiration.

- Inspirez et expirez profondément et, tout en faisant cela, visualisez la magie se trouvant en vous. À chaque inspiration, imaginez cette magie en vous prendre le chemin de vos mains. Puis, à chaque expiration, imaginez-la s'échapper de la paume de votre main.

La fille aux cheveux magenta avait fermé les yeux et s'était concentrée tout comme la prof le recommandait. Elle avait inspiré et expiré plusieurs fois tout en serrant le poing droit. Faragonda l'avait regardé, un petit sourire au coin des lèvres. Elle avait trouvé cela très touchant de voir cette petite fille tentée d'imiter ses aînées. Néanmoins, elle avait douté que cela ne donne quelque chose. Les Zénithiens ne possédaient que très peu de pouvoirs voir aucun. C'était ainsi. La planète ne possédait pas de source de magie naturelle ainsi rare étaient les habitants qui en été doté. Pourtant, quelques secondes après, quelque chose d'inattendu s'était produit.

Mais, qu'est-ce que… s'exclama la doyenne

Son commentaire avait poussé la petite Tecna à ouvrir les yeux et ce fut à son tour de lâcher un cri de surprise en remarquant qu'elle brillait d'une légère lumière bleutée. En bas, l'ensemble de la classe avait levé les yeux en l'air contemplant ainsi le curieux spectacle qui s'y produisait. Ce petit tour n'avait pas échappé à la professeure qui l'avait interpellé.

- Jeune fille, peux-tu ouvrir ta main s'il te plaît ?

Tecna s'était exécutée et avait découvert, au creux de sa paume, une sphère d'énergie bleutée.

- Et bien, voilà qui est fort prometteur !

Quelques heures plus tard, monsieur et madame Anderson étaient de retour de leur visite diplomatique à l'usine. Cette dernière ne s'était pas très bien passée… C'est du moins ce qu'avait pu en déduire Faragonda à la vue de la mine déconfite qu'avait affichée Eternus Bogue. Elle les avait invités à se rendre dans son bureau afin qu'ils ne discutent, ensemble, de ce que la doyenne avait pu observer chez leur enfant quelque temps plus tôt.

- Donc, si je vous comprends bien, madame Faragonda, vous avez suggéré à notre fille d'intégrer votre établissement une fois qu'elle en aurait l'âge ?

Son ton avait été assez froid. La cheffe d'établissement ignorait encore aujourd'hui si cette façon de s'exprimer chez lui était naturelle ou si c'était sa proposition qui l'avait provoqué. À son avis, les deux options se valaient. Loin de se décourager, elle avait poursuivi sur sa lancée.

En effet monsieur Anderson, mais je ne le fais pas sans raison. Voyez-vous nous avons découvert, chez Tecna, un réel potentiel magique et je serais absolument ravie qu'elle le développe dans notre établissement.

L'ensemble du corps enseignant présent dans la pièce avait hoché la tête avec conviction.

La mère qui, jusque là, était demeurée muette s'était, alors, permis un commentaire pour le moins dédaigneux :

Notre fille ? Voyons, c'est ridicule !

Je ne vois rien de ridicule à tout cela ! s'était exclamée la professeure habillée de rouge, votre enfant a réussi à maîtriser, sans problème, un exercice que nos étudiantes de premières années mettent du temps à assimiler !

Je ne suis pas étonnée. Ma fille a toujours été particulièrement douée, mais je peine à croire qu'elle possède ne serait-ce qu'une once de magie. Nous sommes Zénithiens et notre peuple ne possède aucun pouvoir. Vous essayez juste de nous entourlouper avec de belles paroles afin d'obtenir quelque chose de nous ! Comme monsieur Bogue et Tinker l'ont fait. Ne pensez-vous pas que nous avons vu clair dans votre jeu ?

Madame ! Je n'ai que faire de ces deux idiots ! Je vous parle de l'avenir de votre fille !

Le professeur Wizgiz avait, alors, grimpé sur le bureau de Faragonda pour séparer visuellement les deux femmes qui se faisaient face et aussi afin se faire bien voir de tous.

- Madame Anderson, si je puis me permettre, sachez que les Zénithiens ne sont pas tous dépourvus de magie comme vous le prétendez. Chaque planète possède sa propre source d'énergie magique. Si celle-ci est naturelle, la plupart des habitants en étant issus sont généralement dotés de pouvoirs semblables à ceux que possède le cœur de la planète. C'est pour cela que la plupart des fées et magiciens issus d'Andros possèdent un pouvoir aquatique ou que ceux issus de Solaria en possèdent un solaire ou stellaire. Sur les planètes où la source magique a été conçue par les mains de l'homme comme c'est le cas pour la vôtre, il est plus rare d'y rencontrer des gens dotés d'une véritable aura magique.

À moins que vous ne soyez pas d'origine Zénithienne ? avait soudainement sous-entendu Griselda.

À ses mots, Terra Anderson s'était levée brusquement et avait pris la direction de la porte.

- Je ne resterais pas ici une seconde de plus !

Terence avait emboîté le pas à sa femme avec conviction. Une fois dans le couloir où l'attendait sa fille, elle s'était à nouveau adressée au corps enseignant.

- Et vous n'êtes pas près de revoir ma fille dans cet établissement !

Mais… avait commencé Tecna en regardant sa mère avec consternation.

Avec une certaine sévérité, Terra avait agrippé le bras de sa fille et tous les trois avaient pris la direction de la sortie sous les yeux médusés de la petite assemblée. Aucun n'avait cherché à les retenir. Tous avaient été stupéfaits de l'insinuation faite par la surveillante générale.

- Vous pensez qu'ils sont esmeraldiens ?

Je le pense oui… Mais pas de naissance, surtout d'origine. Cela expliquerait que la petite possède des pouvoirs et qu'ils s'expriment ainsi aussi jeune et aussi facilement. C'est la marque des magiciens d'Esmeralda.

Rien ne le prouve.

Leurs réactions sont une preuve à mes yeux. Les esmeraldiens feraient tout pour se fondre dans la masse.

Si cela est bien vrai, il sera encore plus ardu de les convaincre.

Mieux faut abandonner. Avait renchéri un autre professeur.


Mais, la doyenne n'avait pas abandonné. Loin de là, elle avait insisté… Jour après jour, mois après mois, elle avait contacté sans relâche les parents de la petite fille dans l'unique but qu'ils la laissent étudier dans son école. Pourquoi donc ? Elle ne le savait guère. Peut-être était-ce par curiosité ? La magie d'origine esmeraldienne était devenue rare depuis plusieurs décennies et que l'observer évoluer, progresser aurait été une chance inouïe ? Peut-être bien qu'elle avait été poussée par la convoitise… En effet, elle aurait été la seule directrice d'école a compté une étudiante d'ascendance esmeraldienne et, qui plus est, zénithiennes dans ses rangs. Ou, peut-être tout que tout cela était lié à la lueur qui s'était mise à briller dans le regard de la fillette lorsqu'elle avait réussi à invoquer sa magie, mais n'avait, malheureusement, pas su quoi en faire par la suite. Faragonda lui avait dit que cela nécessiterait du travail et que, étant donné qu'elle venait de Zénith, il était fort peu probable que son pouvoir se trouve aussi puissant que ceux de la plupart des fées que l'on pouvait rencontrer dans son établissement et, à cela, la jeune Tecna lui avait simplement répondu :

« Je veux faire de la magie. Ça a l'air chouette. Puis, je m'en fiche de ne pas être la première. Je veux juste apprendre quelque chose qui me plaît… Juste pour moi. »

À l'évocation de cette phrase, la directrice reprit pied dans le présent. Si elle ne savait pas exactement pourquoi elle avait tant tenu à ce que cette petite intègre son école à l'époque, aujourd'hui elle savait pourquoi elle ne souhaitait que son séjour ici ne s'achève ainsi. Parce qu'elle se plaisait ici, qu'elle avait vécu rien que pour elle durant les deux années et demie écoulées. Certes, elle avait vécu des instants terribles : Oméga restera à jamais gravé dans sa mémoire. Si, à l'époque, elle n'en avait pas directement référé à ses parents à cause du contexte diplomatique qui unissait Andros à Zénith et pour lequel on lui avait demandé, dans un premier temps, de ne faire part à personne de l'affaire, elle avait eu des remords désormais elle était bien contente de ne jamais l'avoir fait. Car ses parents étaient des monstres d'égoïsme. S'ils avaient été au courant de tout ce qui s'était passé en début d'année, ils auraient illico ramené leur fille chez eux. Pareillement pour toutes les batailles que les Winx avaient menées auparavant. Ils en ignoraient tous les détails et la jeune fée lui avait bien fait comprendre, comme à son habitude : à demi-mots, qu'elle en était bien soulagée.

Alors, la doyenne décida de mettre toutes ses obligations de côté pour le reste de la journée afin de chercher une solution. Parmi ses contacts, il y devait bien avoir quelqu'un qui lui permettrait de trouver un moyen de ramener son élève, légalement, afin qu'elle finisse sa scolarité dans son établissement. Après tout, on ne sait jamais. Comme dit le dicton :

Qui ne tente rien n'a rien.


Bonjour bonjour bonsoir,

La saviez-vous ? Au Japon, le mot "jōhatsu" signifie "évaporé" et ce dernier est utilisé pour désigner les personnes qui, chaque année, disparaissent volontairement dans ce pays. Je suis, comme beaucoup, très intéressée par les pays asiatiques. Si ce n'est, dans un premier temps, qu'à travers les mangas et les animés que je les appréciais, j'ai très vite été très intriguée par les phénomènes sociaux dont ils sont le théâtre. Les évaporées m'intriguent même si je n'ai pas encore eu beaucoup de temps pour me renseigner à ce sujet. Je pense me documenter car cette démarche de disparaître du jour au lendemain sans laisser de trace, de couper tout contact avec son entourage pour commencer une nouvelle vie... Wouah. C'est particulièrement intriguant je trouve. Évidemment, ce phénomène n'est pas itinérant au Japon. Dans chaque pays, il y a des "évaporés". J'ai d'ailleurs vu, à ce sujet, un reportage d'envoyé spécial que je vous recommande "Le jour où j'ai quitté les miens".

Enfin, je m'éloigne du sujet. Tout ça pour vous dire que, même si Tecna n'est pas partie volontairement, elle a quand même "disparue" de la vie de ses amies de façon assez brutale. Même son numéro ne fonctionne plus. Étrange non ?

L'autre raison ayant motivé mon choix était, en vérité, le sous-entendu des origines de la famille Anderson et de l'envie de la cacher, de s'évaporer... Ma fois, je trouve cela plutôt poétique et assez à propos. Vous en apprendrez plus dans la suite de l'histoire. Mais, si vous êtes des anciens lecteurs et que vous êtes passez sur "Amitié en péril" (ancienne fanfiction), le nom d'Esmeralda aura sûrement sonner familier dans votre petite oreille. J'ai, en effet, décidé de reprendre cette idée à savoir que Tecna ait des origines autres que de Zénithienne. J'ai eu une sorte de déclic. Et j'ai hâte de continuer sur ma lancée. Je prends mon pied avec cette histoire ! Je prends énormément de plaisir à l'écrire !

J'ai eu envie de creuser un peu la relation Faragonda/Tecna. J'aimais bien l'idée qu'elles se soient rencontrées une fois bien avant son arrivée à Alféa. Et j'espère que vous aurez apprécié notre fée dans ses jeunes années. Écrire sur les personnages quand ils sont enfants est très agréable. Je le referais sûrement.

Le chapitre 9 est bien avancé ! J'en suis à 10 pages. Ce chapitre-ci en fait 15 ! Je suis assez contente car, avec les fêtes qui approchaient, je n'avançais plus beaucoup dans mes histoires (persos comme fanfiction) mais là, j'ai retrouvé la pêche ! Et je me rends compte que j'ai beaucoup évolué depuis mes premières histoires que je devais poster en... 2015-2016 ... Je fais moins de fautes même s'il y en a sûrement encore pas mal et mes chapitres ont doublé en termes de longueurs. C'est quand même pas mal.

Enfin, j'ai fini de babbeler (babellen, néerlandais, bavarder).

J'espère que vous avez passer de très bonnes fêtes et vacances de fin d'année. Je vous souhaite une bonne année 2020 à ceux qui ne seraient pas passer sur mon dernier chapitre de QDS !

J'espère que cela vous aura plu,

Merci d'avoir lu !

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