- Attention, Lucio, tu as encore fait une faute.
L'intéressé fixa l'énoncé du problème de mathématiques sur sa tablette. Effectivement, il avait fait une faute quelque part. Le résultat qu'il obtenait n'était pas celui se trouvant sur le correctif, il était à 99,9 % sûr que l'erreur venait de lui et non de son éminent professeur de soutien scolaire. Pourtant, il n'arrivait pas à la localiser. Où était-elle ? Aurait-il dû isoler le X au lieu du Y ? Peut-être, mais, au final, lorsqu'il aurait remplacé l'un par sa valeur, le résultat serait le même non ?
Lucio ne voyait pas où il s'était trompé, mais, malgré tout, il répondit poliment à son professeur :
- Oui monsieur. Pardon. J'ai été distrait. Je ne la ferai plus.
Une phrase qui alliait vérité et mensonge. Lucio était distrait de nature ce qui expliquait sûrement ses lacunes dans toutes les matières qui ne toléraient pas le moindre écart, dans lesquelles il y avait une procédure qu'il fallait suivre à la lettre. Lorsqu'il était dans la lune, les fautes se glissaient sur son stylet rendant ainsi la résolution de ses problèmes impossibles puis se cachaient afin qu'il ne puisse pas s'énerver après elles. Et Lucio n'avait jamais été très doué à cache-cache. Peut-être parce qu'il y n'avait, justement, pas joué très souvent : la différence d'âge avec ses sœurs étant trop grande pour qu'ils puissent s'amuser ensemble.
Si Lucio n'était pas bon à cache-cache, il l'était au moins pour faire la comédie et feignit de se corriger alors que son professeur s'éloignait de son bureau. Il était trop fatigué pour entendre ses explications et surtout pour tenter de les comprendre. Il était vingt-trois heures passées de quelques minutes et il souhaitait ne faire qu'une chose : dormir.
— Bien, dit le professeur à l'attention de toute la classe, vous pouvez rentrer chez vous. Tâchez de mettre à profit votre week-end pour réviser. N'hésitez pas à venir me voir. L'école reste ouverte même durant les congés. Et, rappelez-vous, la réussite ne sourit qu'aux élèves studieux. Je compte sur vous.
Lucio soupira tout en rangeant sa tablette dans son petit sac. Chaque vendredi, c'était le même petit discours. Une façon indirecte d'ordonner aux élèves de passer leur week-end à travailler. Il s'empressa de sortir. Dehors, une navette l'attendait et il se dépêcha d'y entre sous le regard curieux des parents et enfants en soutien ayant reconnu le logo de l'entreprise Anders&Cie.
Le jeune garçon n'aimait pas la curiosité malsaine dont étaient animés les gens vis-à-vis de sa famille. Où qu'il aille, la plupart des personnes qu'il croisait le dévisageaient et lui posaient toutes un tas de questions sur le travail de ses parents, sa manière de vivre et ses origines.
Cela le mettait très mal à l'aise. Il n'aimait vraiment pas ça. Et la navette qui ne bougeait pas…
Du haut de ses douze ans, il donna un coup dans le siège avant. Les capteurs de la navette réagirent instantanément et une voix se fit entendre.
- Maître Lucio, que puis-je faire pour vous ?
— On démarre quand ?
— Nous attendons votre sœur maître Lucio. Miss Valencia n'est pas encore sortir de son cours qui devait se finir il y a très exactement douze minutes et vingt-cinq secondes en même temps que le vôtre.
Lucio soupira tout en jetant un coup d'œil par la fenêtre. Il y avait toujours des curieux. Rien d'étonnant dans une ville comme Nocturna qui jouissait d'une activité permanente et rien non plus de surprenant à cette heure, dans ce quartier spécialisé où tous les cours de soutien dans les écoles s'y trouvant prenaient fin aux alentours de dix heures-minuit.
- Teinte les vitres s'il te plaît.
— Maître Anderson n'appréciera guère.
— S'il te plaît, répéta Lucio, je veux plus les voir.
L'intelligence artificielle de la voiture s'exécuta et les vitres se teintèrent de telle sorte que Lucio et les curieux ne puissent plus s'apercevoir. Le garçon se détendit instantanément soulagé de ne plus devoir affronter le regard des passants. Se sentant en sécurité, il se sentit doucement glissé dans le sommeil.
Mais, alors qu'il était sur le point de s'endormir, un vent glacé pénétra dans la navette.
- Bonsoir. Oh, désolée, je t'ai réveillé.
— Je n'étais pas encore endormi, tu n'inquiètes pas.
- Bonsoir miss Valencia. Asseyez-vous, nous allons décoller d'ici quelques instants.
La demoiselle s'assit à côté de son frère et deux ceintures apparurent instantanément autour de leurs tailles alors que la navette commença doucement à s'élever dans les airs.
- Nous arriverons dans une vingtaine de minutes. Les informa l'IA.
Lucio se mit à bâiller.
- Fatigué ?
— Ouais…
Un silence s'installa alors que la navette filait dans le ciel de Nocturna et que Lucio fit un sourire fatigué à sa sœur qui le lui rendit.
Ce fut le seul échange qu'ils eurent du trajet, mais cela suffisait bien au jeune garçon.
Lucio aimait beaucoup Valencia. Il se sentait proche d'elle et se demandait parfois si elle n'était pas plus importante que les autres dans son cœur. Était-il normal de classer sa famille dans un ordre de préférence ? Il n'en savait rien et, de toute façon, il ne savait pas qui mettre tout de suite après Valencia. En fait, il n'arrivait pas à définir ce qu'il ressentait à l'égard des autres membres de sa famille.
Son père et sa mère l'impressionnaient. Il n'arrivait pas à savoir s'il ressentait pour eux de la crainte ou de l'admiration ou un peu des deux… Il n'avait jamais eu l'occasion de passer beaucoup de temps avec eux et avait parfois très peur de les décevoir. Il était le dernier-né, six ans après les jumelles. Est-ce que ses parents l'avaient désiré ? Il n'avait jamais osé leur poser la question.
Androméda a dix ans de plus que lui. Pour Lucio, elle avait fait office de figure de maternelle jusqu'à ce qu'elle quitte la maison. Il avait pour elle un respect immense… Car Androméda était celle qui était venue sécher ses larmes quand il faisait des cauchemars ou lorsqu'il se blessait, celle qui lui criait dessus quand il faisait des bêtises et celle qui avait toujours pris le temps pour être avec lui. Certes, ses parents avaient fait aussi ses choses… Mais pas très souvent.
Pour Tecna, il ne savait pas ce qu'il ressentait exactement. Il était si jeune lorsqu'elle était partie pour Alféa. Les années précèdent son départ, Lucio l'avait beaucoup admiré. Elle était la seule qui osait tenir tête à leurs parents. Elle exprimait clairement ses opinions et n'hésitait pas à piquer des crises si elle n'était pas entendue. C'était un sacré caractère et Lucio aurait bien aimé avoir le même.
« Mais, pensa-t-il, je ne serais jamais aussi fort qu'elle. »
Une voix aux échos métalliques le tira de ses pensées.
- Nous sommes arrivés à destination.
Lucio lança un regard à sa sœur qui semblait avoir été tirée du sommeil. Elle s'était sûrement endormie durant le court laps de temps qu'avait duré le trajet. C'était bien normal. Il était bientôt minuit et ils étaient debout depuis bien six heures du matin. En plus de ça, ils avaient dû tenir le rythme toute la semaine. Heureusement, demain c'était le week-end. Ils pourraient dormir un tout petit peu plus tard, mais pas question de faire la grasse matinée. Congé ou pas, les week-ends sur Zénith restaient chargés.
- Je me demande si Androméda est encore là. Dit-il en descendant de la navette.
— Sûrement et je suis prête à parier que Tecna ne l'a pas ménagé. Lui répondit Valencia en sortant à son tour.
Lucio soupira en se rendant dans l'ascenseur suivi par sa sœur. Il était contrarié. Même s'il admirait depuis toujours le caractère de Tecna, il n'appréciait pas la façon dont elle traitait leur aînée. Lui qui avait mal vécut son départ à la suite de son mariage et l'absence qui en découlait, il était bien heureux de la revoir plus souvent à la maison. Seulement, lorsque Valencia et lui rentraient, elle s'empressait toujours de partir le visage fermé sans lui adresser un seul regard. Cela le frustrait. Tout comme cela l'énervait de les entendre, parfois, mais c'était plus rare, s'envoyer des amabilités à la figure.
Du sous-sol, l'ascenseur ne prenait pas plus de deux minutes pour rejoindre le cinquante-troisième étage. Lorsqu'il l'atteignit, les portes s'ouvrirent sur une jeune femme aux cheveux noirs courts visiblement très énervée.
— Andro ! s'exclama Lucio qui était sincèrement heureux de la voir.
— Valencia, dit-elle simplement en les voyant, je suis contente que vous soyez enfin là. Je ne la supporte plus ! Je suis bien contente de partir. N'allez pas dans le salon, un des robots est entrain de nettoyer les débris.
— Les débris ? s'étonna Valencia en sortant de l'ascenseur pour laisser sa sœur y entrer.
Lucio suivit le mouvement plus par réflexe que par envie.
- Oui, on a cassé un vase.
— Oh… Androméda… Murmura-t-elle en voyant ses yeux s'humidifier.
- Je suis vraiment étonnée que vous soyez jumelles. Vous ne vous ressemblez absolument pas. Tu es un ange, mais Tecna est affreuse avec moi. Cruelle même. Ce n'est pas une fée, c'est une sorcière.
— Ne dis pas ça.
Androméda s'essuya les yeux d'un revers de manche avant d'appuyer sur l'un des boutons de l'ascenseur.
- Je ne dis que la vérité. Excuse-moi… Je dois y aller.
Alors que les portes se refermaient sur elle, elle sembla remarquer son petit frère et n'eut pas le temps de lui faire qu'un bref signe de la main avant que chacun ne disparaisse de leur champ de vision mutuel. Sa sœur aînée était encore partie sans qu'il n'ait pu passer de temps avec elle. Il reste interdit devant les portes derrière lesquelles elle avait disparu tandis que Valencia partit en exploration dans l'appartement.
D'instinct, elle sut où trouver sa jumelle. Sans se vanter, elle la connaissait mieux que personne. Elle savait bien où, lorsqu'une dispute éclatait, Tecna avait pour habitude de se réfugier. Alors, au lieu de se rendre dans les chambres, elle traversa l'appartement prenant la direction d'une petite pièce reculée. C'est dans cette pièce que leurs parents entreposaient temporairement des anciens prototypes de gadgets qu'ils considéraient comme bons à jeter. Bizarrement, c'est toujours là que Tecna avait pris l'habitude de se réfugier quand les choses allaient mal.
Dans cette pièce sans fenêtres, elle y venait pour y pleurer ou laisser libre cours à sa colère ainsi que pour se calmer. Elle était entourée d'objets technologiques défaillants et, depuis son plus jeune âge, cela l'apaisait de tenter de les réparer ou de leur donner une seconde vie. Se focaliser sur une tâche plutôt que sur ses émotions, voilà ce qui lui faisait du bien.
Pourtant, sûrement par peur qu'elle ne créer un appareil susceptible de lui permettre de communiquer avec ses amis, plus aucun appareil n'était entreposé dans cette pièce depuis quelques semaines déjà.
Valencia retrouva donc sa sœur en pleurs les genoux ramenés contre son torse. Elle pleurait dans le plus grand silence, la tête baissée pour que personne ne voie ses larmes.
Valencia ne dit rien. Elle comprenait la tristesse de Tecna. En fait, c'est presque comme si elle pouvait la ressentir elle-même. Émotionnellement, elle s'était toujours sentie reliée à elle. Et ça, elle ne se l'était jamais expliquée.
Elle prit place à ses côtés et passa un bras réconfortant autour de son épaule attendant que sa sœur se décide à se confier à elle… Ce qu'elle finit par faire.
- J'en peux plus Val…
— De…
— Je ne peux pas voir mes amis, je ne peux plus avoir de contacts avec qui que ce soit et Androméda… Elle n'arrête pas de me surveiller. Elle me suit comme un chien.
— Ce n'est pas de sa faute… Ce sont les parents qui la forcent.
— Je sais ! Mais… Le pire dans tout ça, c'est que je… La voir tous les jours… Je… Elle ne m'a jamais aimé !
Elle ne l'a jamais aimé ? Tiens, celle-là, Valencia devait reconnaître qu'elle ne l'avait pas vu venir. Il est vrai que Tecna et Androméda avaient toujours eu une relation conflictuelle. L'une était l'aînée, mais n'arrivait pas à s'affirmer à l'inverse de la plus jeune. Chacune avait tendance à remettre l'autre à sa place ce qui donnait lieu à de nombreux conflits. Néanmoins, elle avait toujours été persuadée que derrière cette sororité épineuse, chacune savait que l'autre tenait à elle. Visiblement, ce n'était pas le cas.
- Qu'est ce que tu racontes ? C'est n'importe quoi !
— Si, elle ne m'aime pas. Je… Elle a toujours eu quelque chose avec moi. Elle n'a jamais joué avec moi ni jamais cherché à faire quoi que ce soit d'autre… Elle ne fait que me descendre. À chaque fois que je n'arrive pas à faire un truc, elle le souligne. Comme si ça lui faisait du bien de me voir échouer.
Tecna leva les yeux et croisa le regard de sa sœur avant de rectifier.
- Oui… Bon, je le fais aussi… Mais c'est elle qui…
— Tecna, soupira Valencia en l'interrompant, finalement, peu importe qui a commencé. L'important serait peut-être d'arranger les choses non ? Ça vous fait du mal à toutes les deux d'agir comme ça.
— Oui, sûrement… Mais.. Je ne veux pas arrêter. Pour une fois, je ne veux pas prendre la décision intelligente et logique de cesser le conflit. J'aimerais que ce soit elle qui le fasse.
— Pourquoi ?
— Parce que c'est ma grande sœur… Ma grande sœur à moi aussi, tout simplement
Alors que Valencia était partie voir Tecna, Lucio, lui, avait pris la direction de sa chambre, le cœur battant à tout rompre.
Lui qui était dans un état de fatigue si avancé quelques instants plus tôt, se sentait en colère. Il était plus éveillé que jamais. Sa sœur l'avait encore oublié ! Et, alors qu'elle savait pertinemment qu'il était blessé par l'attitude d'Androméda, Valencia était partie s'occuper de Tecna sans lui demander s'il allait bien.
Il avait l'impression d'être insignifiant, la cinquième roue du carrosse. Il l'avait toujours eue néanmoins cette dernière était devenue plus vive depuis que Tecna était de retour à la maison.
De base, la famille n'était pas particulièrement unie. Il n'était pas agréable de vivre dans la tour Anders&Cie. L'ambiance n'y était jamais à la fête, mais toujours à la concentration et au travail bien fait. Les jours se suivaient et se ressemblaient d'une façon assez ahurissante. Il y avait de quoi devenir fou pour ceux qui n'aimaient pas la routine et la monotonie.
Ce n'était pas le plus agréable, mais Lucio s'en accommodait. Car, malgré le fait que ce n'était pas particulièrement la joie de vivre chez eux, il y faisait calme. Et Lucio appréciait particulièrement le calme et la tranquillité.
Ses parents ne se disputaient jamais entre eux et n'avaient jamais levé la main sur eux. Ils avaient beau être sévères, ils ne s'étaient jamais permis de recourir à la force pour leur faire comprendre leurs points de vues.
Il avait des sœurs géniales. D'eux avec lesquelles il s'entendait particulièrement bien et une autre qu'il admirait de loin.
Seulement, autant il admirait Tecna, autant c'était le bazar à chaque fois qu'elle rentrait à la maison.
Cette sœur, il ne l'avait jamais beaucoup côtoyée. Elle avait tellement voyagé avec leurs parents qu'il n'avait pas vraiment eu l'occasion de nouer de quelconques liens avec elle. Depuis son entrée à Alféa, elle était devenue beaucoup plus difficile pour tout. Elle s'énervait sur Andromeda et leurs parents et monopolisait toute l'attention de Valencia. Elle provoquait des tensions et les cris étaient omniprésents à partir du moment où leurs géniteurs ou l'aînée de la fratrie franchissaient le seuil de l'appartement.
Lucio claqua la porte.
Il savait que Tecna n'avait pas eu de chance. Leurs parents l'avaient privé de sortie, de liberté. C'était injuste. Seulement, lui au même titre que ses deux autres sœurs, n'avait jamais eu accès à cette « liberté ». Ils avaient grandi sous l'autorité de leurs parents. Seule Tecna avait pu y échapper un tant soit peu. Et, elle se plaignait !
Lui, il supportait du mieux qu'il pouvait la situation. Il faisait des efforts. Val aussi.
Car, il se disait que, un jour, comme Androméda, il quitterait la maison pour vivre une vie plus épanouie ailleurs.
Depuis qu'elle était revenue « pour de bon » à la maison, tout allait de travers. Les rares instants où Lucio se permettait de se détendre et de rêver un peu étaient gâchés par sa présence. Il y avait trop souvent des cris et des tensions. Si, en premier lieu, il s'était convaincu que c'était génial qu'elle soit là, qu'il pourrait la voir plus souvent, il ne souhaitait dorénavant plus qu'une chose : qu'elle reparte. Dieu ne sait où. Il était beaucoup plus agréable de fantasmer sur la perfection de cette sœur inconnue sans la voir que de l'avoir à ses côtés.
« Ce n'est quand même pas très sympa ce que je pense… »
Lucio ouvrit la porte de sa chambre. Il aurait voulu la claquer, mais celle-ci était coulissante et automatisée. Le constater l'énervait d'autant plus que, lorsqu'il enleva ses chaussures, il décida de les jeter du haut de l'escalier plutôt que de les poser à côté de son lit comme d'habitude.
Il entendit l'une d'elles retomber sur quelque chose. Un bruit de casse suivit peu après.
« Mince ! »
Lucio s'empressa de rejoindre sa chambre et verrouilla la porte derrière lui.
Qu'est-ce qui lui prenait en une fois ? Jamais auparavant il n'avait été en proie à un « coup de chaud » aussi fort. Peut-être était-ce parce que, avec tout ce qu'il se passe, il n'avait pas eu le temps de dessiner un peu ? C'est vrai que cela avait tendance à lui vider la tête. Malheureusement, avec toutes les tensions, cris additionnés au stress de l'école, il n'avait pas eu l'énergie de le faire. Paradoxalement, pour faire cette activité qui le calmait, il avait lui-même besoin d'un calme tout relatif autour de lui.
Il s'avança vers son bureau et prit de quoi dessiner dans l'un des tiroirs. Celui même qu'il fermait toujours à clé. Il n'avait pas envie que quelqu'un tombe sur ses dessins. C'était son jardin secret et, même s'il se doutait que le code attire la curiosité, il ne souhaitait pas que quelqu'un tombe dessus.
Il contempla ses anciens dessins. C'était des esquisses de personnes de son entourage : son père, sa mère, Androméda, Valencia, des camarades de classe, des professeurs…
Lucio aimait par-dessus tout dessiner des gens.
Revoir ses anciens dessins le firent sourire, cela lui donnait l'envie de dessiner.
Il se saisit d'un crayon et d'une feuille de papier et entreprit de commencer une nouvelle esquisse. Néanmoins, son geste fut interrompu par quelques petits coups toqués à la porte.
- Lucio ? Tout va bien ?
— Oui ! répondit-il un peu vivement, ça va Valencia.
— Tu es sûr ? Tu ne veux pas qu'on discute ?
— Non, je ne veux pas. Je veux juste que tu me fiches la paix !
— Comment ça ?
— Tu ne comprends pas ? Je veux juste qu'on me laisse tranquille, je veux être seul !
Derrière la porte close, Lucio entendit sa sœur murmurer ce qui ressemblait à un vague « okay » avant de s'en aller.
La sachant s'éloigner, il sentit une vague de tristesse et de remords l'envahir. Il aurait voulu ouvrir la porte et courir à la suite de Valencia pour s'excuser de lui avoir mal parlé, mais il n'y arrivait pas.
Afin d'oublier ce sentiment amer, Lucio tenta de se concentrer à nouveau sur le dessin qu'il souhaitait entamer. Avant toute chose, qui dessiner ? Il avait un peu fait le tour des modèles de son entourage…
Il envisagea vaguement de faire des croquis d'un collègue de ses parents, mais se ravisa. Il ne le connaissait pas, ce serait bizarre… Et trop ennuyant.
Un nouveau coup à la porte l'interrompit dans sa réflexion.
— VAL, je t'ai dit que je voulais être seul ! cria-t-il à nouveau en proie à la colère.
- Ce n'est pas Valencia…
Tecna ?
Il en restait coi.
Face à son silence, la jeune femme poursuivit.
- Lucio, tu peux me laisser entrer ?
— …
— Lucio ?
— NON !
Un blanc suivit son refus catégorique si bien que Lucio eut l'impression qu'il résonnait dans le vide.
- Tu es énervé contre moi ?
Quelle question ? Cela ne semblait pas assez évident ? Néanmoins, il n'osa pas le lui répondre et il se contenta de se concentrer sur ce qu'il voulait dessiner.
Les minutes passèrent sans qu'il n'entende plus un bruit. Tecna avait dû repartir et il ne l'avait pas entendu descendre les escaliers. Tant mieux. Elle avait sûrement rejointe Valencia et elles parlaient et rigolaient ensemble comme elles le faisaient si souvent.
À cette pensée, Lucio se sentit amer. Il aimerait descendre les rejoindre et partager un bon moment… Il aimerait avoir avec elles la relation qu'elles ont toutes les deux. Mais, ça n'arriverait jamais. Il était le petit frère, le benjamin. Il était le dernier et de loin. Il n'avait pas grandi avec ses sœurs. Les jumelles avaient franchi toutes les étapes importantes de leurs vies ensemble. Leur lien était indestructible.
- Lucio ?
Le jeune garçon sursauta en entendant une voix distincte à côté de lui. Le cœur battant, il tourna la tête pour voir Tecna debout à ses côtés. Derrière elle, la porte… Ouverte.
Mais, comment ?
Il en restait béat…
Devant son air surpris et perdu, sa sœur se sentit obligée de lui fournir une explication.
- Je suis une fée de la technologie je te rappelle. Les appareils de nos parents me résistent peut-être encore, mais avec de l'entraînement…
Elle enchaîna tout de suite :
- Je suis désolée d'être entrée comme ça, mais je voulais vraiment te…
Lucio reporta son attention sur sa feuille et se mit à gribouiller.
- Te parler… Murmura Tecna en voyant son frère l'ignorer.
La jeune femme était décontenancée de l'indifférence dont faisait preuve Lucio. Depuis quand était-il devenu aussi insolent ? Elle avait pourtant souvenir d'un petit garçon sans cesse dans ses jambes quand elle rentrait à la maison. Certes, il ne parlait pas beaucoup à l'époque, mais qu'est-ce qu'il la collait. Pourtant, depuis qu'elle était revenue à la maison, elle sentait bien qu'il cherchait à tout prix à l'éviter, qu'il lui tirait la tête et s'irritait à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche.
Elle voulait juste comprendre pourquoi. Dans le fond, cela la rendait sincèrement triste de penser que son propre petit frère ne l'appréciait guère.
Tecna, voyant bien qu'elle n'allait obtenir aucune réponse de Lucio dans l'immédiat, inspecta du regard sa chambre. Elle n'y était rentrée que très peu de fois avant qu'elle ne parte à Alféa et elle n'avait eu de cesse de changer au fur et à mesure que son frère vieillissait. Les murs étaient toujours d'un joli vert d'eau assez apaisant, mais la décoration était devenue assez spartiate, voire inexistante. Pourtant, Tecna se souvenait que, auparavant, une bonne partie de la pièce était recouverte de poster d'une série assez populaire : « Les guerriers virtuels ». Celle-ci racontait l'histoire d'un groupe de jeunes adolescents sauvant Zénith des menaces informatiques en entrant dans les mondes virtuels qui le composait. Elle avait eu un succès fou ! Tecna aurait adoré la regarder seulement ses parents ne lui avaient pas permis de le faire. De leurs avis, elle était déjà beaucoup trop âgée pour ça.
Elle reporta son attention sur le bureau ainsi que Lucio qui y était toujours assis. Ce dernier fixait le plafond, un crayon à la main. Dans un premier temps, Tecna pensa qu'il était entrain de se concentrer sur un devoir, mais quelque chose attira son regard.
Sur le bord droit du bureau se trouvait une pile de feuilles avec ce qui semblait être des dessins dessus. Elle s'en saisit sans prévenir et sans que son frère s'en aperçoive puis se mise à les regarder.
Il s'agissait bien de dessins. De portraits même. Ils étaient extrêmement bien réalisés et, lorsqu'elle vit la signature en bas de feuille, elle comprit que c'était Lucio qui les avait faits et n'avait pu s'empêcher de sourire face à cette découverte.
Alors comme ça, Lucio dessinait et bien en plus ! Elle reconnut avec grande facilité son père et son air sévère, sa mère et sa beauté froide dont Andromeda avait hérité… Puis Valencia, la douceur transparaissait sur les traits crayonnés de sa sœur.
Apparemment, son frère dessinait surtout des membres de la famille. C'est, du moins, la conclusion qu'elle fit en apercevant, dans le tas de feuilles, quelques portraits de leurs cousins et cousines.
Par contre, quelque chose la frappa.
Elle ne se trouvait nulle part sur ses croquis.
Cela voulait-il dire que Lucio ne le considérait pas comme une membre de la famille à part entière ?
Peut-être bien qu'elle se faisait des idées.
Pourtant, elle sentit une boule de tristesse la prendre à la gorge.
Elle redéposa les dessins sur le coin du bureau ce que Lucio remarqua.
- Ehhhh, ne touche pas à…
— Je vais te laisser… Désolée d'être entrée. L'interrompit-elle en se dirigeant vers la porte.
Et elle partit… Aussi vite qu'elle était venue laissant à nouveau Lucio interdit.
Que venait-il donc de se passer ?
Tecna, une fois sortie de la chambre de son frère, prit la direction des escaliers, les descendit puis se rendit d'un pas rapide vers la terrasse. Elle faillit heurter, au passage, deux-trois robots ménagers qui traînaient sans cesse dans les pieds de tout le monde. C'était leurs principaux soucis de fabrication et ils restaient chez eux à titre d'essai et aussi afin d'être rafistolés.
Elle jura quelque peu et, lorsqu'elle fut dehors, elle s'accouda au balcon.
Des sentiments confus teintaient ses pensées. Tecna ne supportait plus d'être ici. Elle ne supportait plus cette situation. Plus le temps passait, plus elle se sentait en colère. Et la colère la poussait à dire et faire des choses qu'elle regrettait. Elle avait parfaitement conscience du trouble qu'elle provoquait. Elle savait que son énervement pesait. Et elle ne savait pas si elle devait se sentir coupable ou pas.
Envisager la possibilité que son propre petit frère ne puisse l'apprécier était la goutte qui faisait déborder le vase. Tecna avait déjà pleuré ce soir et cela la reprenait.
Elle avait déjà une relation conflictuelle avec ses parents et avec Androméda, elle ne souhaitait pas en avoir une nouvelle avec Lucio.
Elle n'était, décidément, pas douée dans le domaine relationnel.
Elle pleura aux chaudes larmes et tant pis si quelqu'un la remarquait. Bloom et Flora l'avaient déjà souligné, pleurer soulageait. Cela allégeait les peines et permettait ensuite d'avoir les idées plus claires.
Alors elle continua de pleurer.
Encore et encore.
Jusqu'à ce qu'un mouchoir s'agite sous son nez.
Tecna tourna la tête et fit face à Lucio qui semblait être un peu gêné par la situation.
- Ne pleure pas dis… dit-il doucement, tiens. Prends-le.
— Merci.
Elle se moucha. Puis, d'un revers de manche, tenta de gommer les dernières larmes qui perlaient de ses yeux.
- Désolé.
— C'est moi qui m'excuse je sais bien que je gâche toujours tout.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Depuis que je suis là, je n'arrête pas de ficher le bordel. Je crie sur quasiment tout le monde et ça met une sale ambiance… J'en ai conscience. Puis, je sais qu'Andromeda et toi vous êtes proche. Je suis désolée qu'elle soit forcée de garder un œil sur moi plutôt que de passer du temps avec toi.
Petit silence.
- C'est vrai.
Nouveau silence.
- Quand tu es à la maison, c'est toujours compliqué.
— Ça fait mal de l'entendre de ta bouche. J'aimerais que ce soit différent.
Lucio soupira. Lui aussi, il aimerait.
- Tu dessines très bien. Je ne savais pas que tu le faisais.
— Personne ne le sait.
— J'ai bien reconnu Val et Androméda. Les parents aussi. C'est très ressemblant. Si je ne me trompe pas, il y avait monsieur Mateson non ?
Lucio hocha la tête alors que Tecna rigola.
- Ah, je me souviens de lui. Qu'est-ce qu'il était chiant ! Dit-elle
— Tu trouves aussi ?
- Ahaha, ben oui ! Je n'ai jamais rencontré de professeur aussi ennuyant que lui.
Lucio sourit. Il sentait que l'atmosphère se détendait. C'était la première fois qu'il avait une discussion normale avec sa sœur. Elle qui l'impressionnait et l'énervait d'ordinaire semblait plus accessible qu'il ne le pensait.
- Je suis désolée d'être entrée comme ça dans ta chambre.
— J'aurais dû fermer la porte à clé…
— Elle était fermée à clé. C'est moi qui l'ai forcé.
Tecna lut l'étonnement sur le visage de son frère et rougit en se rendant compte, tout d'un coup, que ce qu'elle avait fait n'était pas quelque chose dont il était bon de se vanter.
— Ben… Euh… Oui. Je savais que tu n'ouvrirais pas la porte, mais je voulais te parler. Enfin, te parler… Je ne suis pas très douée pour ça, mais je voulais voir comment tu allais… Parce que, ça m'inquiétait.
Lucio, à l'entente de ses mots, sentit son cœur se gonfler de joie. Tecna pensait à lui et s'inquiétait pour lui au même titre que Valencia.
- Comment tu as fait pour ouvrir la porte ? Je ne l'ai même pas entendu.
— Quand j'avais ton âge, dit-elle en souriant, je m'amusais à traficoter tous les systèmes de la maison. Je démontais et remontais tout, connectais mon ordinateur de poche à tout… Puis j'ai mis au point un logiciel pour les craquer facilement. Je l'ai utilisé pour entrer. Il est un peu obsolète maintenant. Les parents ont modifié pas mal de trucs durant mon absence… Tout est à refaire.
Cette dernière phrase, elle la dit avec une certaine amertume en repensant aux longues heures qu'elle avait passées à essayer de comprendre comment fonctionnait la puce introduite dans son téléphone ainsi que le fonctionnement de mise en route de l'ascenseur. Ce dernier refusait de bouger d'un iota lorsque Tecna se trouvait à l'intérieur et des systèmes de surveillance qu'elle n'avait jamais vus auparavant l'empêchaient d'emprunter la voie des airs.
Lucio regarda sa sœur et il fut pris d'un élan de compassion à son égard. La situation n'était pas non plus simple pour elle. Il le savait, mais le fait d'en avoir la preuve sous les yeux apaisait la rancœur qu'il avait nourrie à son égard quelques minutes plus tôt.
Il y eut un nouveau silence, mais celui-ci était différent des précédents qu'il y avait eu entre eux.
Durant ce dernier, des sourires s'échangèrent et Tecna tout comme Lucio sentirent que quelque chose commençait à naître, qu'une sorte de lien était en train d'apparaître.
- Coucou ! J'interromps quelque chose ? s'exclama une voix dans leur dos.
Le frère et la sœur se retournèrent d'un seul homme pour faire face à Valencia qui avait les bras chargés de friandises de toutes sortes. Un grand sourire illuminait son visage. Le même sourire s'afficha sur le visage de Tecna alors que Lucio restait totalement perplexe, mais, avant qu'il n'ait pu demander quoi que ce soit, la fée de la technologie se mit à parler.
- C'est ce que je pense ? demanda-t-elle.
- Bien évidemment.
Valencia se tourna vers son frère.
- Les parents ne vont pas rentrer tout de suite.
— Et alors ? Répondit l'intéressé, ils rentrent souvent tard. Ça change quoi ?
— Soirée films ! On va se regarder des gros navets et ne pas dormir de la nuit en s'empiffrant ! On faisait souvent ça avant, mais tu étais trop petit pour participer. Et jusqu'à aujourd'hui, ça ne s'était jamais mis. En plus, vous n'avez pas trop le moral tous les deux, c'est le moment parfait !
— Mais… euh, bredouilla Lucio qui était partagé entre joie et crainte, on ne risque pas de se faire punir ? Mère et père ne seront pas contents s'ils nous retrouvent devant la télé alors qu'on doit encore étudier…
— Évidemment qu'ils seront énervés ! rétorqua Tecna, ils le sont toujours, mais, si on part du principe qu'il ne faut jamais les contrarier : on ne fait jamais rien. Allez, ne t'inquiète pas. Je dirais que c'était mon idée. Ils ne devraient pas trop voir rouge. Ce serait la chose la plus raisonnable que j'aurais faite ces derniers jours.
— C'est décidé alors ! s'exclama Valencia en reprenant le chemin du salon, vient m'aider Tec, on va préparer tout ce qu'il faut.
Lucio sourit oubliant toute la fatigue qu'il s'était traînée durant la soirée. Il allait faire une soirée films avec les jumelles ! Elles l'incluaient dans leur duo si bien soudé ! Cela le rendait heureux puis, il fallait se l'avouer, cela faisait une éternité qu'il n'avait plus vu un film pour le plaisir et qu'il n'avait plus mangé de sucreries par pure gourmandise.
Alors, il emboîta le pas à ses sœurs qui étaient déjà rentrées à l'intérieur. Mais, avant de franchir la porte, il leva ses yeux vers le ciel.
Il sourit
Il allait s'amuser.
Il regrettait juste qu'Androméda ne soit pas là pour rire avec eux.
Terence Anderson couvrit de son regard sombre les trois êtres qui étaient endormis en pêle-mêle sur le grand canapé du séjour et hésitaient sur la démarche à suivre.
Il était près de cinq heures du matin. Il venait de rentrer avec Terra, sa femme, d'une réunion avec des industriels d'Andros et n'était pas fatigué outre mesure. Il avait l'habitude d'avoir des horaires décalés et extrêmement variables, car de nombreux clients, originaires de planètes différentes ne souhaitaient pas varier leurs cycles de sommeil lorsqu'ils étaient en déplacement.
Il n'était, donc, pas aussi fatigué qu'il était censé l'être après avoir débattu des termes d'un contrat important plusieurs heures durant. Pourtant, il était confus quant à la façon dont il était censé agir face à ses enfants.
En rentrant, Terra et lui avaient constaté que les robots ménagers ne fonctionnaient plus. Ils avaient été éteints. Une manie de l'une de leurs filles qui était bien la seule à avoir compris le fonctionnement de ces robots… Qu'il devrait penser à changer ! Sait-on jamais qu'elle trouve un moyen d'exploiter ces ressources à son avantage. Qui plus est, il avait une nouvelle gamme de puces à tester sur ce type de mécanisme. Il devrait peut-être les installer sur les robots actuels ?
Cette idée, il était entrain de la méditer lorsqu'il était tombé sur ses enfants endormis devant l'écran géant sur lequel passait un film de Magix qui semblait dater.
Il hésitait à les réveiller. En semaine, il l'aurait fait sans hésiter. Les règles étaient claires : pas de télévision. Mais le week-end, ce n'était pas interdit… Enfin, seulement si tout le monde avait fini de travailler. Devait-il vraiment les lever pour leur crier dessus ? Ou juste pour souligner qu'il était bien là et prêt à leur faire la morale ? Il n'était pas doué pour prendre ce genre de décision. Travailler était bien plus simple que de s'occuper de sa progéniture.
Heureusement pour lui, il entendit le sifflement léger qui caractérisait le bon fonctionnement des robots ménagers. Ceux-ci venaient d'être réactivés et allaient et venaient dans l'appartement afin de nettoyer les nombreuses miettes qui traînaient par terre.
C'était tant mieux. Terence avait la crasse en horreur.
Terra fit, à son tour, son apparition dans le séjour. D'une simple œillade, elle comprit le gros de la situation et prit la décision à la place de son mari.
- Laisse-les dormir. Il serait contre-productif de les réveiller maintenant.
Elle s'adressa ensuite à l'intelligence artificielle de l'immeuble qui n'obéissait qu'au couple.
- Anthéa, éteins la télévision.
L'écran géant s'éteignit aussitôt à son grand soulagement.
- Bien, déclara Terence en parlant légèrement plus bas qu'à l'accoutumée, nous aurons une discussion avec à notre réveil.
— Nous pouvons aussi annuler les révisions de Valencia et Lucio. Ils ne seront pas assez en forme pour les suivre. De toute manière, il faut que nous préparions Tecna.
— Comme tu veux. Je vais me coucher.
Sur ces derniers mots, Terence prit la direction de leur chambre à coucher. Il était prévu que, le « lendemain », la journée soit consacrée exclusivement aux enfants. Il n'en avait pas l'habitude, ce ne serait donc pas de tout repos. Mieux valait-il aller dormir sans faire plus de cérémonies.
- Je te rejoins. Anthéa, prépare-moi ma boisson pour dormir.
Terra entendit un petit clic dans la cuisine. Signe que son souhait avait été entendu et était en cours de préparation. Elle soupira. Depuis qu'elle était enfant, depuis l'événement, elle était incapable de trouver le sommeil par elle-même. Elle avait toujours besoin de prendre un savant cocktail de médicaments pour parvenir à sombrer dans un sommeil sans rêves.
En attendant que sa fameuse boisson soit prête, elle prit le temps d'observer ses enfants qui étaient entassés les uns sur les autres. Comme lorsqu'elles étaient petites, les jumelles étaient collées l'une à l'autre tandis que Lucio s'était endormi la tête posée sur les genoux de Tecna tout en tenant la main de Valencia se trouvant un poil plus loin.
Terra ne montrait aucune émotion, mais elle mentirait si elle disait ne pas apprécier le spectacle. Ses enfants l'ignoraient sans nul doute, mais ils avaient le don de la faire s'émouvoir en se comportant de cette manière.
À chaque fois qu'elle regardait ses enfants, elle voyait le chemin qu'elle avait parcouru depuis les événements qui avaient conduit à son départ précipité de sa planète natale d'Esmeralda.
— Votre boisson est prête madame.
Terra se leva. Avant de prendre la direction de la cuisine, elle se saisit de la couverture qui gisait au bas du canapé et la disposa de manière à ce que chacun de ses enfants en soit couvert. Une fois que cela vu fait, elle sourit très légèrement et s'en alla chercher sa boisson.
Elle ne s'était pas aperçue, dans la demi-pénombre, que Valencia avait entrouvert un œil et avait vu un petit sourire orner ses lèvres.
La jeune femme se fit la réflexion qu'il fallait qu'elle fasse une photo de sa mère ainsi avant de sombrer, à nouveau, dans les bras de Morphée.
Bonsoir,
Comme promis, voici une mise à jour ! Ce chapitre nous entraîne dans l'intimité de la famille de Tecna. Je désirais mettre un peu plus en avant la fratrie. A l'origine, il y avait une partie avec Androméda mais je trouvais que cela ne s'intégrait pas assez bien. Donc, elle n'est pas très présente dans ce chapitre.
Alors, pour ce qu'il en est du titre, il fait référence à la chanson de Pink du même nom.
Merci d'avoir lu,
Et à très bientôt,
Memori Plume
