Andromeda, Valencia et Tecna étaient dans le salon des Anderson. Les trois sœurs demeuraient silencieuses, chacune pour des raisons différentes.

Andromeda, l'ainée, avait fort peu dormi et mal pour des raisons évidentes qu'elle ne souhaitait en rien évoqué. Si la proposition de son père d'acheter de la nourriture à emporter avait retardé l'échéance fatidique, elle devrait bientôt rendre des comptes sur la disparition de la nourriture et elle en avait honte.

Tecna, elle, fixait avec insistance la porte menant à la chambre de leurs parents sachant que sa mère s'y trouvait mais ignorant quelle conduite elle pouvait adopter par rapport à cette information.

Valencia, quant à elle, se laissait influencer par l'ambiance générale. Etant donné qu'elle était au point mort, elle trouvait préférable de ne pas faire de vagues. Du moins, dans un premier temps. Cela faisait de longues années qu'elle pratiquait le mimétisme. Le souci de cette technique, c'est qu'il fallait bien l'abandonner un jour. Elle a beau être pratique et ne demander que peu d'efforts, elle ne permet pas un développement de personnalité très intéressant.

Et Valencia commençait vraiment à se dire qu'elle devrait se permettre de prendre un peu plus de place.

- Bon ! s'écria-t-elle, qu'est ce qui se passe ?

Tecna et Andromeda se tournèrent vers leur sœur l'air quelque peu abasourdi par son exclamation.

- Vous avez l'air super tracassées toutes les deux. C'est pesant ! Qu'est ce qui ne va pas ?

- Je vais bien. Mentit Andromeda

- Je voudrais voir mère… reconnut Tecna.

Cette déclaration interpella son ainée qui s'empressa de l'interroger enlevant ainsi toute opportunité à ses sœurs de rebondir sur son mensonge et de chercher à en savoir plus sur son humeur.

- Pourquoi veux-tu la voir ?

Tecna ne répondit pas se contentant, cette fois-ci, de fixer ses pieds avec insistance. Andromeda soupira :

- Elle est dans la chambre, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu la vois.

- Pourquoi ? Père non plus n'a pas voulu que j'y aille.

- Elle est dans un drôle d'état…

Valencia qui, comme souvent, était spectatrice de la conversation se leva du canapé prenant la direction de la chambre de ses parents. Elle en avait assez d'entendre ses sœurs parler sans agir. Il semblait évident que Tecna s'en voulait par rapport à leur mère. La meilleure façon de régler le problème était qu'elle la voit. Leur père n'était pas là, leur mère semblait ne pas vouloir sortir de la chambre et bien soit. Il était temps d'aller y faire un tour.

Avant qu'une de ses sœurs n'eut le temps de lui dire quoi que ce soit : elle frappait déjà à la porte.

- Val ! Tu fais quoi ?

L'angoisse était perceptible dans la voix de Tecna. Visiblement, elle avait peur de quelque chose. Sûrement de la réaction qu'aurait leur mère lorsqu'elle sortirait de la pièce. Elle devait craindre sa colère. Si elle était restée après la gifle que Terra lui avait donnée, Tecna aurait su que sa mère n'avait rien à son encontre, que c'était plus profond. Et qu'elle était, sûrement à l'heure qu'il est, plus triste que fâchée à l'encontre de qui que ce soit.

Il n'y eu aucune réponse. Valencia toqua à nouveau.

- Valencia ! Papa nous a demandé de ne pas la déranger !

- Mère ? C'est moi, Valencia ! Je peux entrer ?

Il n'y eut toujours aucun bruit. Peut-être que leur mère dormait encore ? Que ce soit le cas ou non, Valencia ne comptait pas en rester là. Elle réveillerait sa mère et essuierait son mécontentement s'il le fallait si cela pouvait mettre un terme à toutes ces histoires.

- Bon, je rentre. Déclara-t-elle en appuyant sur le bouton à sa gauche.

La porte coulissante s'ouvrit. Valencia s'attendit à être accueilli par le ton tranchant de sa mère comme elle l'aurait été d'ordinaire mais il n'en fut rien. Ce fut le silence qui l'accueillit et il était pensant. La chambre était plongée dans une semi-obscurité. Les occulteurs de lumière avaient été régler de telles sortes que les lumières de la ville puissent partiellement éclairer la pièce. Valencia se sentit intimidée d'un coup. Il régnait ici une atmosphère pesante. Elle était rarement entrée dans cette pièce durant son enfance, c'était un interdit qu'elle n'osait braver contrairement à Tecna. Malgré son malaise, elle fit un pas dans la pièce.

- Mère ?

Il n'y avait pas un bruit. C'était extrêmement curieux. Est-ce que sa mère était vraiment présente ? Dans son dos, Valencia entendit des pas. Ses sœurs devaient la suivre de près. La chambre de ses parents était grande. C'était pratiquement un studio. Il y avait un espace salon devant les baies vitrés le plus à gauche, ensuite le lit double dont la tête était encadrée de bibliothèques murales. Ces murs-bibliothèques supportaient une mezzanine par laquelle on accédait via deux rampes disposées de chaque côté. Sur cette mezzanine, il y avait un nombre incroyable de rangement. Valencia n'a jamais su ce qu'ils contenaient. Des vêtements peut-être, mais cela était étonnant que ses parents en possèdent autant. Sous la mezzanine, derrière les murs-bibliothèques : il y avait leur salle de bain.

D'instinct : Valencia chercha sa mère dans le lit puis elle son regard se reporta vers les deux fauteuils. Elle distingua les longs cheveux magenta de sa mère impeccablement lissés. Elle était dos à la porte et ne bougea pas d'un cil alors que l'une de ses sœurs allumait la lumière.

Valencia, bien qu'elle fût un peu intimidée par cette absence de réaction, marcha vers sa mère. Tecna sembla vouloir la retenir en l'attrapant par l'épaule. Peine perdue, Valencia se retourna vers sa sœur et la saisit par le bras. Tecna lui lança un regard suppliant. Elle ne voulait vraiment pas être confronter à leur mère. Il était temps pour Valencia de prouver sa ténacité. Elle ne souhaitait pas que sa jumelle reste bouleversée par ce qui s'était passée la veille. Alors, elle le traina de force jusqu'à leur mère.

Valencia se planta devant cette dernière trainant Tecna à côté d'elle.

- Mère, Tecna souhaiterait vous parlez.

Pas de réponse. Leur mère demeurait immobile fixant un point dans le lointain.

- Mère ?

Cette curieuse absence de réaction laissa perplexe les jumelles. Si Valencia ne s'attendait tout simplement pas à si peu de réactivité de la part de sa mère d'ordinaire si… autoritaire, Tecna, quant à elle, se sentait surtout extrêmement responsable de son état. C'était elle qui avait provoqué sa mère la veille. Que ce soit volontaire ou non de la part de Terra de ne pas réagir à leur présence, c'était entièrement de sa faute.

Andromeda, lisant le désarroi sur le visage de ses cadettes, s'approcha à son tour de leur mère. Comme ses sœurs, elle se tient d'abord debout devant elle sans rien dire puis se mit à genoux. Elle attrapa doucement l'une de ses mains sans quitter le visage de sa mère des yeux et lui parla doucement :

- Maman ? Est-ce que tu vas bien ?

Était-ce le contact physique qui sortit leur mère de son étrange torpeur ou alors simplement la douceur du terme « maman » remplaçant la dureté associée à celui de « mère » ? Qu'importe, Terra Anderson détacha son regard du lointain et baissa sa tête vers sa fille ainée.

Fait étrange, elle lui adressa un sourire doux et fatiguée.

- Maman, répéta Andromeda en frottant sa main, est-ce que tu vas bien ? Papa nous a demandé de ne pas te déranger…

- Je vais… bien, hésita Terra, et toi Andromeda ?

Terra utilisa sa main libre pour la poser sur le front de son ainée.

- Tu n'es plus malade hein ? Tu avais tellement de fièvre …

Andromeda se tourna légèrement vers ses sœurs et leur lança un regard interrogatif. De quoi parlait-elle ? Les jumelles, qui s'étaient un peu mise sur le côté, avaient l'air toutes aussi confuses surtout que leur mère ne semblait toujours par remarquer leurs présences. Alors que la main de Terra continuait à palper son front, Andromeda reporta son attention sur elle.

- Non maman, je ne suis pas malade. Ça fait longtemps que je n'ai plus été malade.

- Non, non, marmonna sa mère en secouant la tête, je me souviens. Tu as eu 40 de fièvre, j'ai dû t'amener à l'hôpital. Tu étais très malade.

Andromeda fut confuse quelques secondes puis quelque chose la frappa. Elle était trop petite pour s'en souvenir mais, lorsqu'elle avait trois ans, elle avait contracté un virus qui l'avait effectivement envoyé à l'hôpital. Elle l'avait vu dans son dossier médical, jamais ses parents ne l'avaient évoqué devant elle.

- Maman, dit-elle avec un ton tout à la fois doux et tranché, c'était il y a longtemps. Je suis guérie, tout va bien. Je suis adulte et en pleine forme.

Terra cessa de bouger la main sur le front de son ainée. Elle stoppa net tout mouvement à vrai dire, cligna des yeux plusieurs fois comme si elle prenait conscience de la réalité puis déposa sa main libre sur celle d'Andromeda qui tenait toujours l'autre main de sa mère.

- D'accord. Mais quelque chose n'a pas l'air d'aller. Tu es toute pâle ma chérie.

Ce fût à Andromeda d'être stupéfaite. Cela faisait longtemps que sa mère n'avait pas eu un quelconque geste et mot affectueux envers elle. Qui plus est, même dans ce drôle d'état dans lequel elle demeurait depuis la veille, elle voyait qu'elle allait mal. C'était déstabilisant.

Andromeda sentit ses yeux la piquer.

- Maman, se reprit-elle en dégageant sa main, Valencia et Tecna sont là aussi.

- Hum… C'est vrai que ce sont des jolis noms pour tes sœurs, mais j'aurais voulu les appeler autrement.

Visiblement, l'évocation des jumelles avait ouvert la porte à d'autres souvenirs chez Terra. Elle revivait des situations. Son esprit voyageait entre passé et présent constamment sans jamais se stabiliser.

- Crystal et Gemme, c'est plus joli. Ta grand-mère aurait beaucoup aimé. Ton père m'a dit que ce n'était pas prudent de leur donner ces prénoms-là là alors j'ai accepté que ce soit leur second prénom mais…

Terra sembla devenir encore plus mélancolique.

- Pourquoi faut-il toujours se cacher ? Avant que les soldats n'arrivent nous étions tellement mieux. Je pouvais jouer dehors maintenant c'est plus pareil. Je veux partir. Grand-mère dit qu'ils veulent qu'on disparaisse. Bientôt, il n'y aura plus rien à prendre chez nous.

A ces mots, Valencia eut comme un flash. L'image brève d'une petite fille aux cheveux bouclés et d'une grande dame aux traits tirés lui apparut. Elle ferma les yeux tâchant de retenir l'image au mieux mais ce fut peine perdue. Elle partit aussi vite qu'elle était venue. Etrange… Tecna lui donna un petit coup de coude pour attirer son attention et lui murmura.

- Val ? Elle me fait peur…

- Comment ça ?

- Il n'y a aucune logique dans ce qu'elle raconte.

Andromeda se tourna vers ses sœurs alors que Terra se mise à évoquer des noms d'enfants qui ne leur disait rien.

- Elle est perturbée Tecna. Elle est avec nous mais en même temps elle est dans le passé.

- C'est bizarre… commenta Valencia.

- C'est ma faute. Poursuivit Tecna alors que ses yeux s'humidifièrent.

- Mais non Tecna ! Tu n'y es pour rien. Papa m'en a parlé durant la nuit. Maman a des soucis visiblement d'ordre psychologiques et ce depuis toujours. Elle le cachait juste bien.

- Raison de plus, si elle est fragile psychologiquement, ce que je lui ai dit hier l'a sûrement déstabilisé.

- Oui, c'est possible, mais tu ne pouvais pas le savoir.

- C'est de leur faute, renchérit Valencia, à trop faire de secret, ils font plus de bien que de mal. Ne te met pas martel en tête d'accord ?

Tecna se frotta les yeux. Ses sœurs avaient raison. Si elle avait su que sa mère rencontrait ce genre de problèmes, elle aurait sûrement agi différemment hier.

- Tu n'avais pas quelque chose à dire à mère ? l'interrogea Valencia.

- Oui mais elle…

- Elle comprendra ce que tu lui dis je pense, intervient Andromeda, de toute façon, ça ne coûte rien d'essayer.

- Et tu te sentiras mieux après.

Tecna hocha la tête. Elles avaient raison. Elle le savait. C'était logique d'une certaine manière mais d'autre part, la fée de la technologie se sentait intimidée à l'idée de parler à sa mère alors qu'elle se trouvait dans cet état. Déjà que cela n'avait rien de facile à la base, elle avait l'habitude de se heurter à un mur de brique. Aujourd'hui, cependant, elle le préférait largement à cette mère à l'esprit égaré.

Encouragée par Valencia qui la poussa dans le dos, Tecna fit quelques pas vers sa mère. Elle se trouvait désormais debout à ses côtés. Terra ne sembla pas le remarquer. Andromeda, toujours à genoux devant leur mère, tandis l'une de ses mains vers sa sœur. Par automatisme, Tecna la prit et Andromeda la força à se mettre face à Terra.

- Maman ? l'interpella Andromeda, Tecna est là. Elle veut te parler.

Terra regarda son ainée puis ses yeux se reportèrent vers sa cadette. Tecna frissonna en croisant le regard de sa mère et détourna la tête.

Elle n'avait rien préparer. Comment allait-elle lui parler ? Qu'allait-elle dire ? Comment parler à une personne qui n'a pas l'air d'être totalement là ?

Cela lui rappelait les visites auprès de son grand-père. Une fois par an, leur père les forçait Andromeda, Valencia, Lucio et elle à se rendre à sa résidence pour le saluer. Pour la forme, ils cherchaient à rester une heure. Enfin, c'était plutôt le cas de Lucio et Andromeda. Elle, elle trouvait toujours un moyen de passer le moins de temps possible en présence de la coquille vide qu'il semblait être et Valencia partait toujours à sa recherche. Elles se contentaient juste d'un bonjour et d'un au revoir.

En parlant au personnel médical, humains et robots, Tecna avait appris que cette visite avait un impact positif sur leur grand-père et qu'il serait bon d'envisager en faire plus. Statistiques à l'appui.

C'était bien la première fois que Tecna n'avait aucune confiance dans les chiffres.

Cela faisait des années que son grand-père n'avait plus prononcé un mot. En tout cas en leur présence. D'ailleurs, elle ne se souvenait pas de la dernière fois où il avait répondu à un de ses bonjour. Elle devait être trop petite pour s'en souvenir.

Une pensée terrible lui traversa alors la tête. Et si sa mère ne revenait jamais à la normale ? Si elle finissait comme son grand-père : silencieuse dans un fauteuil, le regard perdu dans le vague pour toujours ?

Non.

Ce serait terrible.

- Tecna…

La voix de sa mère prononçant son prénom la ramena à la réalité. Terra l'avait prononcé lentement comme si elle cherchait à rassembler ses souvenirs à son sujet.

Tecna se rendit compte qu'elle ne voulait pas que sa mère l'oubli. Sentir son hésitation la concernant était douloureux.

- Mère…, commença-t-elle en la regardant enfin, je …

- Non. Répondit-elle sèchement.

Tecna se figea sur place. Non ? Comment ça « non » ? Sa mère s'était-elle souvenue d'hier ? Était-elle en colère au point de ne pas vouloir lui parler ?

Ses craintes étaient infondées et pour cause, même si l'esprit de Terra était embrouillé en cet instant, elle n'était sûre que d'une chose. C'est qu'elle avait toujours voulu avoir des enfants et qu'il était hors de question qu'elle ait avec eux une relation aussi froide. Mère : qu'est-ce que c'était glacial.

- Maman. Dit-elle en regardant sa cadette avec sérieux.

Un brin choquée, Tecna lança un regard à Valencia qui haussa les épaules. Cette dernière se permettait, de temps en temps, d'employer ce terme plus familier avec Terra mais c'était devenu plus rare ces deux dernières années. Tecna, quant à elle, avait toujours dit « Père » ou « Mère ». C'était… plus pratique. Cela lui permettait de se détacher des attentes qu'elle aurait eu de parents attentionnés.

Andromeda était également étonnée. Son statut d'ainesse faisait qu'elle avait appelé ses parents « Papa » et « Maman » durant les premières années de sa vie. C'était l'époque où l'entreprise n'avait pas encore bien décollé. L'époque où les choses semblaient plus simples et où elle était encore la seule enfant. C'était restée chez elle ensuite sauf dans le cadre du travail puis cela avait progressivement disparu de ses habitudes jusqu'à hier soir.

Jamais leurs parents n'avaient insisté pour qu'ils emploient l'un ou l'autre terme. Cela s'était installé ainsi sûrement en même temps que la distance entre eux.

- Ma… man…, finit par articuler Tecna avec peine, je…

Elle ne put finir sa phrase. Ses yeux se mirent à piquer. Décidément…

- Ma chérie… Viens. Dit tendrement sa mère en l'invitant à se rapprocher d'elle.

A l'instar d'Andromeda, Tecna se mit à genoux près de sa mère qui se pencha en avant pour la prendre dans ses bras. Ce geste tendre et inhabituel fit fondre Tecna en larmes pour de bon. Elle marmonna :

- Je suis désolée pour ce que je t'ai dit hier. Pardon. Je ne le pensais pas.

Terra lui frotta le dos sans rien dire. Ses yeux traduisaient son manque de présence. Elle ne savait sans doute pas de quoi sa fille lui parlait mais son instinct maternel semblait prendre le pas sur cette absence de conscience.

Valencia se rapprocha instinctivement. Sans doute pour réconforter également Tecna. Peut-être également pour bénéficier de cet amour maternel qui se montrait si rarement.

Terra la remarqua et lui sourit avant de repousser doucement Tecna. Elle la regarda puis lui passa une main dans les cheveux l'air distraite.

- Maman ? l'interrogea Valencia.

- Hum…

Valencia se mit à genoux au côté de Tecna. Andromeda s'étant levée pour lui laisser la place. Elle tentait vainement de capter son regard. Que se passait-il dans sa tête ?

- Vos cheveux… Je n'aime pas qu'ils soient aussi courts.

- Mais, c'est toi qui a voulu qu'elles… commença Andromeda.

- Je voulais qu'elles lissent leurs cheveux, pas qu'elles les coupent.

Terra se laissa tomber en arrière dans le fauteuil. La tête en arrière, elle fixa le plafond avec résignation.

- C'est dommage. Vraiment très dommage.

Les trois sœurs échangèrent un regard. Leur mère semblait glisser doucement vers le sommeil. Il était peut-être temps de la laisser tranquille. Andromeda se dirigea vers le lit, en tira la couverture et revient vers sa mère. Les jumelles s'écartèrent laissant leur ainée l'en recouvrir jusqu'aux épaules.

Entre temps, les yeux de leur mère s'étaient fermés, sa respiration était régulière et profonde. Elle avait vraiment sombré dans les bras de morphée.

Andromeda fit signe à ses sœurs de la suivre leur intimant silencieusement l'ordre de ne pas faire de bruit. Tecna hocha la tête et se hâta de suivre son ainée.

Valencia resta un peu en arrière, fixant sa mère endormie. C'était curieux à quel point elle semblait si fragile.

Doucement, elle s'approcha d'elle et déposa un baiser sur sa joue avant de rejoindre ses sœurs dans le salon.


Dans la navette les menant en restaurant, Terence n'osa pas prononcer un mot. Enfin, ce n'est pas tant qu'il n'osait pas c'est qu'il ne savait pas quoi dire à son fils installé en face de lui. Ce dernier regardait par la fenêtre. Il semblait très attentif au paysage extérieur ce qui échappait à Terence. Comment son fils pouvait-il prêter autant d'attention à cet environnement urbain qu'il contemplait déjà tous les jours ?

Après sa brève discussion avec Tecna, il s'était laissé convaincre que son fils souhaitait vraiment, après tout, passer du temps en sa compagnie donc il avait consenti à ce qu'il embarque avec lui. Il le regrettait désormais, sa fille avait dû faire une erreur de jugement. Si Lucio souhaitait lui parler, il l'aurait déjà fait. Terence n'avait rien pris pour travailler durant le trajet. Grossière erreur, comment allait-il bien pouvoir tuer le temps pendant les dix prochaines minutes ?

Tout cela était pénible.

Très pénible.

- Père ?

- Oui Lucio ?

- Savez-vous ce que nous allons prendre sur place ?

- Non. Les plats varient selon les jours. Nous prendrons ce qu'il y a au menu.

- Ah bon… Mais, vous pensez qu'il en restera assez ? Vous n'avez pas appelé pour commander et…

- Lucio, il n'y a pas besoin de passer commande là-bas, dit-il avec un brin d'agacement, ne te souviens-tu pas de la dernière fois.

- Non, répondit-il avec une légère nervosité, je ne m'en souviens pas très bien.

Terence vit son fils s'agiter sur le siège de la navette. Il n'était pas à l'aise. Terence se dit qu'il aurait pu se monter plus calme. Il avait tendance à oublier que son fils était le plus jeune de ses quatre enfants.

- Excuse-moi, mon ton était un peu rude. C'est normal après tout. Tu es le plus jeune.

Lucio hocha la tête, un petit sourire au coin. Terence tenta de le lui rendre mais il n'était pas certain que le résultat eût été perceptible. Le silence se réinstalla entre eux. Alors que le temps s'égrenait avec lenteur, Terence se surprit à penser à sa fille ainée. La scène qu'il avait surpris la nuit dernière l'avait quelque peu ébranlé. Il ne savait pas quoi en penser. Cela avait-il un rapport avec la conversation qu'ils avaient eu juste avant ? La situation avec Electronio était-elle vraiment problématique ?

Il aurait bien besoin d'en apprendre plus.

Il lança un regard à son fils. Devait-il aborder le sujet avec lui ? Après tout, son benjamin avait toujours été proche de sa plus grande sœur. Son avis ne serait pas de trop, il était peut-être plus à même de comprendre les sentiments d'Andromeda. Terence possédait, visiblement, quelques lacunes dans ce domaine.

Et puis, cela leur ferait un sujet de conversation.

- Dis-moi Lucio…

- Lucio se retourna vers son père, le regardant avec curiosité.

- Que penses-tu de ton beau-frère ?

- Moi ?

Terence hocha la tête.

- Ce que j'en pense ? répéta Lucio avec étonnement.

Terence fit à nouveau « oui » de la tête dans un mouvement qui traduisait clairement son exaspération. Il ne comprenait pas l'intérêt qu'avait les gens de répéter ce qu'il disait. Il était clair pourtant non ?

Lucio semblait hésitant. Pourquoi avait-il tant de difficultés à s'exprimer devant lui ?

- Electronio… Je ne l'apprécie pas beaucoup.

- Peux-tu développer ?

- Il rend Andromeda malheureuse. Puis, il n'est pas sympa avec moi, ni avec Valencia et Tecna.

- Comment ça ?

- Quand on reste chez Electronio et Andromeda, il me dit que je dois m'endurcir et que je ne fais que chercher l'aide des filles. Ça, il le dit devant Andromeda et elle n'est jamais d'accord avec lui.

Terence hocha de manière imperceptible la tête. Il était assez d'accord avec son gendre, Lucio avait tendance à beaucoup se raccrocher à ses sœurs. Il serait temps qu'il devient plus indépendant. Il n'aurait pas employé les mêmes termes que son gendre mais l'idée générale y était.

- Quand je suis tout seul avec lui, il est plus dur. Il dit que je suis une vraie mauviette et que je dois laisser Andromeda tranquille parce que c'est sa femme et qu'il n'a pas signé pour m'avoir dans les pattes. Il aime bien ajouter que, s'il était mon père, il me ferait filer droit.

Terence se sentit se tendre. Il n'avait pu s'empêcher de visualiser l'échange. Et, honnêtement, il n'était pas certain d'apprécier les élans de son imaginaire. Il chercha à rationaliser. Peut-être que son fils ne lui rapportait qu'une bride de la conversation et que le contexte manquait. Ou peut-être disait-il les choses telles quelles. Cela n'en demeurait pas moins… Inconfortable. Il avait la sensation étrange qu'Electronio s'appropriait un peu son rôle de père mais peut-être était-ce normal.

- Ça ne me dérange pas trop. C'est juste un pauvre type. Je n'aime pas me faire remarquer mais lui, il adore ça et il ne supporte pas quand on ne lui ressemble pas.

Terence se détendit à ses mots. Lucio avait parlé avec une telle assurance. Une pointe de quelque chose avait réchauffé son cœur en voyant son fils s'exprimer ainsi.

- Par contre, je n'aime pas comment il parle de Valencia, Tecna et surtout Andromeda.

- Que dit-il ?

- Il aime pas Tecna. Il la trouve dérangeante. Un jour, je l'ai entendu dire au téléphone que c'était une hystérique tout comme devait certainement l'être mère.

Cette information envoya comme une impulsion dans tout le corps de Terence lui parcourant l'échine. Il se doutait qu'Electronio s'était renseigné sur leur famille avant d'envisager une union avec Andromeda, mais il ignorait complément jusqu'où ses investigations avaient été poussé. Plus loin que prévu visiblement. Il était évident que l'homme ne devait pas ignorer quelles étaient leurs racines familiales ce qui les mettaient déjà, selon lui, dans une situation de vulnérabilité néanmoins contrôlée car, sur Zénith, l'impact de ses origines était amoindri comparée au reste de la Dimension Magique mais il fallait désormais se faire à l'idée qu'il avait pris sa fille comme épouse en ayant une autre information cruciale en sa possession.

Si Andromeda venait à porter atteinte à l'honneur de son époux, il pourrait s'en venger sur la famille en confirmant leurs origines ce qui poserait une problématique auprès de leurs clients étrangers mais il pourrait mettre encore plus à mal l'image de l'entreprise en mettant en avant que l'une des personnes à sa tête n'était pas saine d'esprit.

C'était une mauvaise chose et une bonne raison qu'Andromeda demeure avec lui. Seulement, comme pour la remarque qu'il avait pu faire à son fils, cela le dérangeait un tantinet.

- Valencia, il ne la trouve pas très dégourdie, poursuivit Lucio, il lui parle comme si elle était une enfant. Ça m'énerve à chaque fois. Elle, elle ne réagit pas. Elle m'a dit qu'elle ne l'écoute même plus en fait.

- Et pour Andromeda ?

- Je sais pas. Elle a jamais l'air contente avec lui. Elle cherche toujours à nous défendre quand Electronio va trop loin avec nous. Dans ces moments-là, elle reste toujours avec lui après le diner alors qu'on est dans notre chambre. Elle nous rejoint plus tard et on voit qu'elle a pleuré mais elle nous dit que tout va bien.

Terence médita ces dernières paroles. Il y avait donc des disputes. Elles semblaient être provoquées par la présence de Valencia et Lucio. Peut-être qu'en ne les envoyant plus chez son ainée, la tension retomberait dans le foyer et que cela permettrait à Andromeda et Electronio d'être plus détendu l'un envers l'autre ? C'était une option à prendre en considération mais cela impliquerait pour son ainée de moins voir son frère et sa sœur.

- Père ?

- Oui ?

- Hier, en fait, il s'est passé quelque chose. Andromeda était en bas avec Electronio et Valencia est descendue aussi. Elle ne revenait pas alors je suis allé dans le couloir et j'ai entendu crier. Valencia criait qu'Electronio n'avait pas le droit de parler comme il le faisait à Andromeda et qu'elle ne le tolérait pas. Vous connaissez Valencia, elle n'est pas du genre à s'énerver. Je crois bien que c'est la première fois que je l'ai entendue crier.

- Et, que s'est-il passé ?

- Je ne sais pas vraiment. J'ai entendu Electronio dire qu'il allait la remettre à sa place. Valencia a répondu qu'elle n'avait pas peur de lui et… Je sais pas. Quand je suis arrivé en bas : Electronio était par terre et il a hurlé à Andromeda de… Vous permettez que je vous le cite ?

- Si tu le juges nécessaire.

- Il lui a dit de foutre le camp de chez lui. « Fous moi le camp avec ton idiot de frère et ta barge de sœur. »

Terence serra le poing. Lucio sembla le remarquer.

- Père, je pense que ce serait mieux qu'Andromeda ne reste plus avec lui. Elle nous a dit qu'elle resterait à la maison. Vous allez lui permettre de rester ?

- Les… Les choses sont plus compliquées qu'elles n'y paraissent Lucio.

- Si vous ne la laissez pas rentrer… commença le jeune garçon timidement.

Terence fixa son fils dans les yeux, curieux de connaitre la suite de sa phrase. Il fut surpris de la détermination qu'il lut dans son regard.

- Je ne sais pas encore ce que je ferai mais croyez bien que lorsque je trouverai ce qui vous embête : je n'arrêterai pas de le faire.

Alors que son fils porta à nouveau son regard vers l'extérieur, Terence put constater deux choses : la première c'est que Lucio tremblait. Il avait craint de lui dire de telles choses mais l'avait fait malgré tout pour sa grande sœur. Il devait réellement tenir à elle. Son second constat découlait du premier : son fils avait eu peur de lui parler mais son amour pour sa sœur était plus fort que la crainte qu'il éprouvait. Et tout ça chamboulait tout à l'intérieur. Plus qu'il ne l'aurait cru.


Le restaurant Esméraldien de Nocturna était un endroit unique en son genre. Unique non pas pour sa décoration, ni pour son originalité mais bien parce qu'il demeurait le seul endroit où le terme Esméraldien pouvait être prononcer sans éveiller de la haine.

Natelyne avait près de quatre-vingts ans et était la propriétaire de ce lieu de paix. Elle était née et avait grandi sur Esmeralda. Elle y avait vécu jusqu'à ses quarante ans puis avait fui, avant l'effondrement de son royaume, les affres de la guerre. Comme beaucoup de ses concitoyens, elle avait trouvé refuge avec sa famille sur Zénith. Les débuts n'avaient guère été facile pour son mari, son fils et elle. Au-delà du climat extrême de leur planète d'accueil : ils étaient arrivés sans rien d'autre que leurs vêtements sur le dos. Ils avaient vécu à la rue quelques temps jusqu'à ce que la crise migratoire des Esméraldiens soit prise au sérieux par la reine Lyra, mère de l'actuel souverain.

De la reine, ils avaient touché des aides.

Ils s'étaient retrouvés avec de l'argent mais peu de compétences utiles pour s'établir dans la vie Zénithienne. Son fils, à l'époque âgé d'environ cinq-six ans, n'avait pu suivre sa scolarité que jusqu'au lycée. Ne répondant pas aux exigences du système scolaire, il n'eut pas le droit de poursuivre ses études. Natelyne avait pris peur. Il était tentant de profiter de l'argent qui leur était accordé par l'état et de se contenter de survivre à l'épreuve que la vie leur avait cruellement infligée comme beaucoup d'esméraldiens l'avait fait en trouvant refuge sur la planète de la technologie. Elle en avait vu des réfugiés se laisser aller au point d'en dépérir. Natelyne avait tout simplement décidé qu'elle n'en ferait pas partie. Ayant des compétences certaines en cuisine, elle avait fini par se faire engager dans une soupe populaire. Elle avait constaté, avec désarroi, que bon nombre de personnes s'y rendant n'était pas originaire de Zénith. Bien que terre d'accueil bienvenue, la planète ne faisait pas de cadeaux à ceux qui n'avait pas le profil leur permettant de prospérer. C'est de par cette entremise que Natelyne avait rencontré quelques Esméraldiens. Ayant parfois le choix sur le menu, elle avait pris soin de concocter quelques plats de sa planète natale. Les souvenirs que cela éveillait en chacun de ses compagnons d'infortunes lui avait donné la volonté de se battre pour améliorer sa condition.

Dès lors, elle avait tâché de créer sa propre affaire dans la restauration tout en continuant à travailler à la soupe populaire.

Les affaires avaient mieux pris qu'elle ne le pensait. Sa cuisine, atypique pour certains, nostalgiques pour d'autres, avait su réunir en son sein autant de Zénithiens que d'Esméraldiens et, bien qu'elle n'ait jamais pu ouvrir qu'un seul restaurant dans une rue loin des tribulations du centre de Nocturna, elle en était pleinement satisfaite. Elle avait réussi à retrouver une dignité en travaillant par elle-même. Son mari avait pris des cours afin de tenir les comptes, la notion de l'argent n'étant pas la même sur leur regrettée planète, et son fils, s'étant formé auprès d'elle, prenait petit à petit les rênes de l'affaire.

Bien qu'elle soit désormais un peu trop âgée pour gérer l'ensemble de la cuisine, Natelyne gardait toujours un œil sur ce qu'il se passait dans son restaurant.

Si bien que, en ce milieu de journée, elle était assise dans la petite salle de son restaurant vide lorsqu'une navette s'arrêta dans la rue.

Elle sourit en voyant Terence Anderson en descendre. Elle constata qu'il était accompagné d'un garçon qu'elle n'avait encore jamais vu.

Terence, elle le connaissait bien. La première fois qu'elle l'avait rencontré, il n'avait que six ans. Il était bien maigre le pauvre. Il faisait de la seconde génération de l'immigration : né sur Zénith de deux parents réfugiés. Son père, Daryl, faisait partie de ceux qui avait subi, comme on le disait du temps de l'occupation. Ses cheveux, noirs comme le plumage d'un corbeau, pouvait en témoigner.

Daryl se muait dans le silence. Si bien que c'est de part son fils que Natelyne en apprit le plus sur lui en premier lieu. Terence lui avait dit que sa mère était décédée sans entrer dans les détails. Qu'il vivait seul avec son père qui ne travaillait pas. Ils vivaient sur les aides de l'état. Une partie de l'argent servait à envoyer Terence à l'école si bien qu'il n'y avait plus rien à manger chez eux dans les derniers jours du mois bien qu'ils se limitaient. C'est pour cela qu'ils venaient à la soupe populaire à chaque fois que la nourriture venait à vraiment manquer.

Lors de leur première rencontre : Natelyne leur avait servi un repas Zénithien. La fois suivante, elle avait préparé un plat Esméraldien. Depuis la mystérieuse disparition des Esméraldiens, certaines planètes qui n'ayant pas eu une implication directe dans le conflit avaient eu l'autorisation de venir récolter les denrées alimentaires de cette planète abandonnée. Zénith faisait partie des royaumes autorisées à franchir le périmètre de sécurité lui permettant ainsi de raviver les papilles et la mémoire des siens. Lorsque Daryl le goûta, il ne put finir son plat et parti laissant son fils seul. Terence, ne sachant comment rentrer chez lui, s'était contenté de vider son assiette puis celle de son père comprenant qu'il ne la terminerait pas. Puis, il avait attendu de longues heures que son père se souvienne de son existence. Natelyne était resté avec lui ce jour-là après la fin de la distribution. Terence n'avait pas prononcé un mot. Il s'était contenté d'observer l'agitation de la ville.

Daryl est revenu sur le lieu de la distribution peu avant minuit ce soir-là soit quatre heures plus tard dont deux depuis la fermeture. Il s'était contenté d'attraper son fils par le bras et partit sans dire un mot. Natelyne avait aperçu ses yeux rougis. Ce soir-là, elle s'était persuadée qu'il ne reviendrait jamais.

Mais, il était revenu.

Et de plus en plus régulièrement.

Au bout de quelques mois, père et fils finissaient par manger à la soupe populaire quasiment quotidiennement.

Daryl restait le même. Taciturne, il ne prononçait pas un mot. Jusqu'à ce que son fils n'entre au lycée dès lors Daryl venait seul à la soupe populaire mais passait également à son restaurant.

C'est là qu'ils avaient commencé à discuter. Il consommait rarement au restaurant, il n'en avait pas les moyens.

Natelyne avait commencé par demander des nouvelles de Terence. Elle apprit qu'il était bon élève, très appliqué. A l'époque, les cours du soir n'étaient pas encore une norme très ancrée chez les Zénithiens. C'était un privilège pour les familles les plus aisées cependant, Terence s'entendait bien avec un garçon de sa classe qui lui proposait régulièrement de passer chez lui pour qu'ils révisent ensemble. Etant donné sa situation précaire, il ne se faisait pas prier.

Daryl avait vécu dans de nombreux endroits avec son fils : rue, foyer, logement social. C'est dans ce dernier qu'ils logeaient au moment où Terence était entré au lycée. Il s'agissait plus d'un studio que d'un logement à dire vrai. Et ce n'était pas le meilleur endroit pour se concentrer surtout quand on avait pour père un homme complétement désœuvré.

Natelyne ne pouvait pas se vanter d'être devenu la confidente de Daryl. Elle avait juste fait office de présence et l'homme avait fini par lui lâcher des bribes d'informations sur lui. Daryl venait d'une des tribus esméraldiennes qui avaient le plus souffert de l'arrivée des colons. Il avait connu des choses atroces dans son enfance. Il avait fui sa planète natale une fois qu'il avait atteint l'âge adulte. Ce n'est pas tant qu'il le souhaitait mais celle dont il était amoureux ne supportait plus la misère et était pleine d'audace. Elle souhaitait devenir mère dans un environnement plus sûr. Ils avaient donc fui au péril de leur vie. Natelyne n'avait pas eu de plus amples précisions sur leur fuite, elle se doutait que le voyage avait dû être périlleux. Après tout, ils avaient suivi le même chemin.

Zénith était l'option la plus sûre. Ils ont tâché de s'insérer dans la société avec difficultés. La femme de Daryl est tombée enceinte. Ils ont eu Terence. Daryl a souffert du mal du pays, sa femme aussi. Il faisait des cauchemars toutes les nuits, elle aussi. Ils souffraient de traumatisme. Il a tenu le coup, elle non.

Après son décès, Daryl n'eut pas la force de chercher du travail, de faire quoi que ce soit de sa vie.

« Je survis, c'est suffisant. Pour que Terence ait au moins un parent. »

Voilà ce qu'il disait, ni plus ni moins.

Les années étaient encore passés. Daryl était venu manger avec Terence une fois que ce dernier eut été diplômé d'une prestigieuse école histoire de célébrer sa réussite. Elle avait appris que le jeune homme avait obtenu une bourse grâce à ses excellents résultats à l'examen. Cependant, la bourse n'étant que partielle, il avait dû travailler en simultané pour payer le reste de ses frais en parallèle de ses études.

Ce jour-là, père et fils n'échangèrent pas un mot. Le fils de Natelyne avait fait la conversation à leur place.

Daryl avait continué à fréquenter régulièrement son restaurant par la suite. Elle apprit de sa bouche que Terence s'était marié avec une esméraldienne, qu'il avait monté une société et qu'il avait eu des enfants… Et malgré le fait qu'elle demandait des précisions sur ces derniers point, elle ne sût jamais même les détails les plus élémentaires à leurs sujets.

« J'te remercie Nat' » avait-il glissé la dernière fois qu'elle l'avait vu, il y a près de dix ans, « ta nourriture, même si c'est pas totalement pareil que chez nous, elle m'a rappelé des choses. Des choses agréables tu sais. Ça m'a donné de la force ces souvenirs. Si ma femme avait pu goûter tes plats… »

Il s'était tût un petit moment fixant le vide avec tristesse avant de poursuivre.

« T'sais, c'est grâce à toi que Terence il a pu aller loin. Tes plats étaient si bons qu'on est beaucoup venu à la soupe. On achetait plus à manger et on venait juste chez toi. Ça m'a permis de mettre un peu de côté pour lui payer un meilleur lycée. Et il ne mourrait pas trop de faim, c'était un peu dur parfois mais il a été fort. Tout comme toi t'es forte. Merci pour ça Nat' »

Ce fut là leur dernier échange. Natelyne n'avait plus jamais revu Daryl depuis. Il y a deux ans, Terence était venu lui passer commande. Ce jour-là, elle n'avait pas réussi à lui tirer les vers du nez. Impossible pour elle de savoir ce que l'homme était devenu.

Elle salua ses clients.

- Bonjour et bienvenue.

- Bonjour Natelyne.

- Terence. Je suis contente de te revoir ici. Qui est ce jeune homme qui t'accompagne ?

Terence sembla décontenancé par cette question. Lucio s'en apercevant, prit l'initiative de s'introduire en personne et lui tendit la main.

- Je m'appelle Lucio. Je suis son fils.

Natelyne lui sourit lui serrant la main en retour.

- Je suis ravie de te rencontrer enfin Lucio. Je suis Natelyne, la propriétaire du restaurant.

- Natelyne est également une amie de ton grand-père. Précisa Terence.

- De grand-père ?

- A ce sujet, comment va-t-il ? Cela fait bien longtemps que je ne l'ai revu.

Avant qu'il n'ait le temps de répondre, une fois forte et pleine d'énergie résonna dans la salle principale du restaurant.

- Bonjour et bienvenue ! Oh mais c'est Terence !

Le fils de Natelyne venait de passer une tête hors des cuisines. Yohei avait toujours eu une personnalité bien affirmée et solaire. Il se liait très vite avec les gens même les plus réservés. Lorsque Natelyne travaillait à la soupe populaire, elle avait été, une fois, contrainte d'amener son fils avec elle. Ensuite, il était venu de lui-même donner un coup de main. Yohei avait une dizaine d'années de plus que Terence et avait toujours mis à point d'honneur à lui tenir compagnie lors de ses repas. Il était difficile de savoir si cela avait été vécu comme une torture pour Terence ou non mais on pouvait imaginer que ça ne lui avait pas tant déplut que ça s'il acceptait aujourd'hui une étreinte musclée de la part de l'homme.

- Je suis content de te revoir ! Oh et j'imagine qu'il doit s'agir de ton fils ! Qu'est-ce qu'il te ressemble !

- Bonjour.

- Bonjour mon gars, je suis Yohei. Tu sais, j'ai connu ton père à ton âge et tu es son portrait craché !

- C'est vrai ?

Il était difficile pour Terence de dire si la situation le gênait. Il n'avait jamais compris ce qui poussait Natelyne et Yohei à être aussi avenant avec lui alors qu'il ne leur rendait jamais visite sans son père et, depuis que celui-ci était dans un établissement spécialisé, on pouvait dire qu'il ne passait pour ainsi dire plus jamais. Pourtant, ils l'accueillaient avec une familiarité rare. Il parlait de lui comme si… Comme s'il était des leurs. C'était curieux. Très curieux. Un peu déplacé également.

Pourquoi donc dire à Lucio qu'il lui ressemblait au même âge ?

Pourquoi le sourire que cette information avait insuffler au visage de Lucio ne le remplissait-il pas de chaleur ?

- Ahaha, oui ! Eh, Terence, c'est quand que tu nous montres le reste de ta famille ? J'aimerais rencontrer tes filles un jour ! Et ta femme aussi.

- Maman ne va pas très bien mais je pense qu'elle aurait été contente de venir.

- Oh, je suis désolé de l'apprendre petit gars.

- Mes filles ont pensé que ce serait une bonne idée de lui apporter des petits plats Esméraldiens pour… Enfin, vous voyez.

- Ah, je vois totalement ! On a des tas de plats différents en cuisine. Viens donc Terence, tu n'auras qu'à choisir.

- Et si nous laissions Lucio décider ? intervient Natelyne qui, jusque-là, était restée silencieuse.

- Mais… Je ne connais pas bien les plats esméraldiens. Si jamais je choisis mal…

- Tututu, choisir les plats pour ta mère sera un beau cadeau pour elle. Sur Esmeralda, on accordait beaucoup d'importance au menu qu'une personne composait. Ses goûts nous permettaient de mieux percevoir sa personnalité et consommer ce qu'elle avait choisi était un signe d'acception. Alors, ce serait une belle opportunité de montrer à ta mère une face de toi qu'elle ne connait pas. Elle en serait certainement honorée.

- Vous en êtes sûre ?

- J'en suis certaine. Yohei, amène-le en cuisine !

Yohei hocha la tête et invita Lucio à le suivre. Ce dernier lança un regard interrogateur à son père qui se contenta d'acquiescer en silence. Ravi de se voir ainsi accorder une tâche aussi singulière : Lucio pressa le pas vers les cuisines.

Lorsque leurs fils respectifs furent hors de portée de vue, Natelyne reprit place sur une chaise et, tout en s'asseyant, elle en profita pour faire la leçon à Terence. Comme à chaque fois qu'elle le voyait.

- Deux ans que nous ne t'avons plus vu par ici Terence.

- Le temps passe vite.

- Quel âge à ton fils ?

- Il a eu 12 ans il y a peu. Il est né en août.

- Et tes filles ?

L'homme s'était toujours avéré très évasif au sujet de ses enfants si bien qu'elle ne savait rien d'eux : ni leurs âges, ni leurs prénoms. Tout lui était inconnu. Le fait qu'il soit venu avec son fils aujourd'hui était une opportunité pour en apprendre plus.

- Quel âge ont tes filles ?

- La petite vingtaine.

- Tu ne sais pas être plus précis ?

- J'ai plusieurs filles... répondit-il vaguement.

- Tu es toujours si fuyant.

- Vous êtes très curieuse.

- Puis-je connaître leurs prénoms ? Tu pourrais au moins accorder cela à la vieille dame que je suis aujourd'hui.

Terence sembla légèrement agacé.

- Andromeda, Tecna et Valencia.

- Trois filles alors… Bien, c'est très bien.

Pour Natelyne, il était rassurant de constater que les immigrés esméraldiens avaient eu des enfants. La pérennité de la culture était assurée.

- J'espère qu'elles ne sont pas aussi taciturnes que toi. Dit-elle en souriant.

Son interlocuteur ne répondit rien. C'était habituel. Elle poursuivit sur un autre sujet.

- Que devient Daryl ?

- Mon père est dans un établissement spécialisé… Il a eu des soucis de santé il y a une dizaine d'années… Il doit se ménager. Aussi bien physiquement que mentalement.

- Je suis désolée de l'apprendre. J'estime beaucoup ton père.

Un silence quelque peu inconfortable s'installa. Terence ne souhaitait pas lui parler. Elle le sentait. Elle laissa s'écouler quelques minutes avant d'ajouter :

- J'imagine qu'il serait inutile de te demander quel est le nom de l'établissement.

- En effet. Les médecins m'ont conseillé d'éviter de le mettre directement en contact avec… le passé.

- Je fais partie du passé ?

- En quelque sorte, en tout cas, vous le lui rappelez.

- Je vois…

Heureusement pour eux deux, Lucio et Yohei revinrent dans la salle.

- Et bien, c'était rapide ! s'exclama Natelyne.

- Oui, ce petit gars sait ce qu'il veut !

- C'est que tout à l'air très bon. Répondit Lucio avec gêne.

- Alors, c'est pour combien de personnes Terence ?

- Pour six. Merci Yohei.

- Tu me remercieras moins lorsque tu verras la note !

Yohei nota les plats choisis par Lucio et confia le papier à sa mère. Il repartit ensuite en cuisine afin de préparer la commande. Natelyne consulta le papier. Lucio avait composé un menu assez équilibré. Il y avait de la soupe, de la viande et des légumes. Elle nota que le plat principal était le favori de Terence. Elle doutait que le pré-adolescent soit au courant de cette information. La soupe était une spécialité d'une tribu de l'hémisphère nord d'Esmeralda. C'était intéressant lorsqu'on savait que Daryl et sa femme étaient originaires de l'hémisphère sud. Ce n'étaient pas des tribus qui étaient amenées à se croiser habituellement. Cela voudrait-il dire que la femme de Terence était originaire de cette partie de la planète ? Ce n'était pas très scientifique comme approche mais Natelyne avait remarqué que les descendants Esméraldiens des peuplades du nord avaient des difficultés avec les spécialités du sud et inversement. Chez la première génération d'immigrés : cela s'expliquait par le fait qu'elle n'était pas habituée à ces produits. La diversité d'aliments sur Esmeralda était luxuriante si bien que bon nombre de ces ressortissants n'avait eu l'opportunité de tout goûter. Rencontrer une aversion pour certains plats chez les plus jeunes n'avaient rien d'étonnant. Donc, constater que Lucio avait mis ensemble deux plats qui n'assemblaient pas l'amenait à penser que Terence avait pris pour une épouse une esméraldienne venant de l'hémisphère Nord.

Enfin, cela ne demeurait que des hypothèses.

Elle fit payer Terence en silence et demeurèrent ainsi jusqu'à ce que Yohei leur amène la commande.

- Et voici ! A emporter pour six personnes. Bon appétit à vous deux et passe le bonjour à tes sœurs Lucio !

- Oui ! Merci !

- Merci Yohei…

- Revenez nous voir vite. Votre présence est toujours appréciée. Ajouta Natelyne.

Terence et Lucio s'inclinèrent avant de sortir les bras chargés de nourriture. Alors qu'ils rejoignaient leur navette, Yohei prit une petite pause dans ses préparations afin d'échanger avec sa mère.

- C'était une bonne surprise.

- Oui.

- J'imagine qu'il n'a pas été très bavard.

- Un peu plus que d'habitude. Je sais dorénavant que Daryl est hospitalisé et comment s'appellent ses filles. Et qu'il en a trois.

- Son fils est bien plus bavard que lui. Rigola Yohei.

- Me voilà rassurer.

- Ses sœurs sont toutes plus âgées. Andromeda est l'ainée et je pense qu'il la voit un peu comme sa mère de substitution.

- Et les autres ?

- Elles sont jumelles il parait. Ce n'est pas courant.

Natelyne ouvrit des grands yeux et avisa son fils.

- Tu es sûr de ce que tu dis ?

- Oui.

- Tu lui as demandé de quel était la couleur de leurs cheveux ?

- Bien sûr. Qu'est-ce que tu crois ? Andromeda a les mêmes cheveux que son père et lui. Sa mère a les cheveux magentas tout comme l'une des jumelles.

Elle grimaça. La mère n'était donc pas issue d'une tribu nordique esméraldienne. Sa théorie tombait à l'eau. Elle venait sans doute d'une minorité équatoriale.

- Et l'autre ? Elle a les cheveux noirs je présume.

- Du tout. Ils sont blancs.

Blancs ? Elle tapa du poing sur la table.

- Mais ça veut dire que… ! C'est extraordinaire !

- Ça veut dire que la magie esméraldienne continue de circuler au sein de cette famille. C'est une bonne chose, Daryl a dû être heureux.

- Oui et non. Désormais, je comprends pourquoi il ne parle pas de ses filles…

- Maman ? Peux-tu m'éclairer ?

Natelyne lui fit un vague signe de la main lui intimant de retourner en cuisine. Yohei avisa son visage, il semblait rêveur comme lorsqu'elle se remémorait le passé. Dans ce genre de moments, il était préférable de s'éclipser et c'est ce qu'il fit sans plus de cérémonies.

Alors qu'il repartait en cuisine, il entendit clairement sa mère susurrer.

- J'ai hâte de rencontrer ces deux demoiselles.


Toujours assisse dans son fauteuil Terra oscillait entre le sommeil et le réveil. Elle ne savait plus trop si on était le jour ou la nuit. Ni quel jour on était, ni ce qu'elle faisait là. La seule certitude qu'elle avait : c'est que tout était confus et s'emmêlait dans sa tête. Elle était en vrac, cela lui était déjà arrivée.

Et dans ce genre de moments, c'est comme si elle était prisonnière d'elle-même. Elle parlait sans réfléchir ou se terrait dans un profond silence alors que, dans son for intérieur, elle ne souhaitait qu'une chose : s'exprimer sur le mal qui la rongeait.

N'être plus totalement maitre de soi-même était terrifiant, c'était une expérience terriblement solitaire.

Être là, au jour le jour, à affronter cette douleur psychique, cette prison mentale. Essayer d'en sortir. Seule toujours seule.

Seulement, Terra n'était pas seule. Elle avait tendance à l'oublier.

Pour la deuxième fois de la journée, bien que Terra n'ait plus une véritable conscience du temps qui passe, la porte de la chambre s'ouvrit sur ses enfants.

Lucio, qui en avait eu l'idée, s'avança en premier, un plateau dans les mains. Il se dirigea vers sa mère et le déposa sur la table basse qui lui faisait face.

Un doux fumet s'échappait du bol et de l'assiette qui s'y trouvait.

Pour la première fois depuis ce qui lui parut une éternité, Terra eut la sensation de reprendre un peu le contrôle d'elle-même. Elle se redressa dans son fauteuil afin de mieux humer cette odeur.

L'odeur des souvenirs, des jours heureux et de l'insouciance.

Andromeda rejoignit son frère tandis que les jumelles allèrent s'asseoir dans un canapé non loin d'elle.

Lucio lui tendit le bol de soupe.

- Tiens maman, c'est pour toi.

Terra prit le bol entre ses mains. Elle se sentit étrangement apaisée alors que sa mémoire olfactive lui rappelait à son bon souvenir tous les moments qu'elle avait pu partager avec les siens autour d'une bonne tablée.

Elle en but une gorgée.

- C'est bon ? lui demanda Andromeda.

Terra hocha la tête ayant la curieuse impression de s'ancrer à nouveau un peu dans l'instant présent. Profitant de cet instant de lucidité, elle détailla du regard chacun de ses quatre enfants.

- C'est Lucio qui a choisi le repas. Précisa l'ainée.

Terra hocha la tête. Cette information la toucha et elle fit un petit sourire à l'intention de son fils avant de boire le reste de la soupe. Elle la termina dans un silence religieux puis entama le plat principal que lui tendit Lucio en échange de son bol vide.

- Maman… Papa nous a dit que tu allais partir quelques temps. Pour te reposer.

Terra perçut l'inquiétude dans la voix de l'une de ses cadettes et elle s'en voulut. Ce n'était pas le rôle d'une mère d'inquiéter ses enfants.

- Je suis désolée… marmonna-t-elle, vraiment désolée.

Elle tenait vraiment à les dire ces trois mots. Ils lui tenaient à cœur que ses enfants le sachent. Elle était sincèrement désolée de ne pas réussir à être totalement elle-même par moments, elle était désolée que cela se répercute sur eux.

- Ne t'en fais pas. Commença sa fille ainée.

- Tu vas prendre soin de toi et tu reviendras ici ensuite d'accord ? lui dit Valencia avec douceur.

- Et on viendra te voir. Lui assura Tecna.

Terra hocha la tête. Elle murmura un « merci » discret tout en continuant à manger le contenu de son assiette. Elle ne vit pas ses quatre enfants échangent entre eux regards et sourires à la fois triste et heureux

Du pas de la porte, Terence observa la scène. Il se sentait bizarrement attendri.

A voir ses quatre enfants ainsi réunis autour de leur mère, il ne peut s'empêcher de se dire que ce n'était pas une si mauvaise idée de tout leur raconter.

Peut-être que, en tant que parents, Terra et lui n'avaient pas tout raté.

Mais peut-être qu'ils devraient s'améliorer.

Il concentra son attention sur son ainée se remémorant la conversation qu'il avait eu avec Lucio dans la navette.

Hum.

Il pouvait clairement s'améliorer. Et il commençait à entrevoir comment.


Bonsoir et bonne année,

Ici, il est minuit et je vous délivre le chapitre 26 avec une certaine fatigue.
Et oui, ce chapitre fait partie de ceux dont je n'arrive jamais à être totalement fière. Pourquoi ? Je ne sais paaaaaassss. J'ai beau le retravailler plusieurs fois, je n'arrive pas à totalement m'en satisfaire. C'est terrible mais je me dis que ça fait partie du jeu. Il y a toujours des chapitres qui nous plaisent moins.
Le truc, c'est que j'essaie de glisser des infos qui n'ont aucune importance à l'heure actuelle. Un auteur m'a dit un jour que, pour qu'un récit soit accrocheur, il faut décimer des indices un peu partout sans que le lecteur ne s'en rende foncièrement compte. Plus facile à dire qu'à faire ;)
Je ne vais pas faire un grand monologue aujourd'hui parce que je ne vois pas trop sur quoi rebondir sans vous spoiler.
Quoi que... J'aime bien Terence. Parce qu'il est complétement paumé. Mais il cherche à s'améliorer !

J'en profite pour saluer et remercier Simpius. Tu m'avais déjà écrit un commentaire en octobre. Et je ne l'ai vu que maintenant O_O. Je n'ai pas reçu le mail m'avertissant d'un nouveau commentaire. Je te remercie pour tes encouragements et ta fidélité ! Ton dernier commentaire m'a fait très plaisir :D Et je comprends totalement que le comportement de Terra et Terence t'horripile. C'est tout à fait normal à dire vrai. Les parents comme ça, ils sont assez... hum.. J'ai pas envie de dire chiants... Perso, ils me donnent envie de les secouer comme des pruniers. Tu vois ? Néanmoins, j'espère qu'ils retrouveront un peu grâce à tes yeux par la suite. Merci encore pour tes commentaires, j'espère que tu aimeras les prochains chapitres !

Voilà, c'est un peu près tout pour moi.
Dans les infos "inutiles" que je peux vous transmettre : il neige par chez moi. C'est tellement rare que la Belgique en a limite parlé comme la catastrophe de l'année ! C'est dire à quel point on est très épargnés par les catastrophes naturelles dans mon petit pays en général.

Enfin voilà, c'est un peu près tout.

Je vous remercie encore et toujours de suivre les tribulations des Anderson :D

A tout bientôt,

Memori Plume