C'était une surprise à laquelle la plupart d'entre eux ne s'attendaient pas en sortant, ce matin-là, du Venisia pour leur visite du jour. La dernière au programme étant donné que ce soir sonnerait le début du week-end et que le corps enseignant avait eu la bonté d'esprit de laisser le samedi entier de libre à leurs élèves ainsi qu'une partie de leur dimanche avant de prendre le chemin du retour.
Les fées et spécialistes de Magix avaient été réveillés aux aurores comme à l'accoutumé. Ils s'étaient préparés, avaient déjeuné et, à sept heures pétantes, ils avaient franchi ensemble les portes du hall de l'hôtel afin de rejoindre les navettes spécialement défrayées pour eux. Musa et Layla discutaient musique, Flora échangeait avec Ortensia sur la visite du jour, Riven taquinait Timmy pour une raison qui échappait à Hélia. Brandon changeait les idées à Sky qui restait bien bougon depuis la veille. Stella changeait les idées à Bloom qui s'inquiétait pour Sky et le reste des étudiants, pour les plus éveillés, discutaient de choses aléatoires tandis que d'autres baillaient.
Le truc, lorsque l'on se déplace en groupe particulièrement dans un environnement qui ne nous est pas familier, c'est que l'on accorde moins d'importance aux choses qui nous entourent.
Heureusement, il y avait certaine personne qui savait faire exception à la règle.
Amaryl avait, comme tout à chacun, des défauts et des qualités. On lui prêtait souvent les titres de passionnelle et sanguine. Et c'est sûrement ce qu'elle était, elle ne pouvait prétendre le contraire. Elle était aussi très caractérielle mais elle avait également un bon sens de l'observation.
Elle avait, par exemple, remarquer que les Winx semblaient quelques peu différentes depuis avant-hier. Elles étaient rentrées assez tard avec leurs copains. Elle avait remarqué que Sky prenait moins soin de lui depuis. Ses cheveux étaient coiffés avec moins d'application qu'à l'accoutumée. La doyenne les avait rejoints durant leur séjour et elle avait bien remarqué que ses traits étaient plus tirés, qu'ils traduisaient une certaine fatigue. Et ça ne lui avait pas échappé que le professeur Palladium avait mis une once de parfum aujourd'hui. Discret. Pas assez pour tirer des conclusions. Sauf si l'on faisait attention à sa façon de marcher. Son pas semblait plus étourdi que d'ordinaire. Il y avait matière à lancer une rumeur à son sujet. Elle le ferait sans nul doute durant le trajet.
Mais bon, même si ce dernier point était distrayant, ce n'était pas l'élément à retenir car, en sortant de l'hôtel, Amaryl avait remarqué quelque chose ou, plutôt quelqu'un, du coin de l'œil.
Cette personne, elle ne le connaissait que trop bien comme beaucoup d'autres. De vue tout du moins car qui pouvait oublier une camarade de classe à la couleur de cheveux si caractéristique ?
Tecna était accroupie contre une de vitre de l'hôtel. Elle avait un papier à la main. Son regard croisa le sien.
- Tecna ?
C'est fou comme un prénom pouvait suffire à éveiller tout un groupe. L'ensemble des fées présentes en tout cas sembla d'un coup d'un seul bien plus alerte, tournant leur regard vers Amaryl puis suivant le sien qui mena à leur ancienne camarade.
Tecna se releva et leu fit un geste un peu gêné de la main.
- Hey, bonjour tout le monde.
- J'y crois pas… murmura une de leurs camarades en la reconnaissant.
Toutes les élèves d'Alféa regardèrent Tecna en chien de faïence exception faite d'Amaryl qui tâcha d'observer la réaction des Winx et des spécialistes. Les filles du groupe semblaient contentes de voir leur amie mais pas autant qu'elles l'auraient été après une longue séparation. C'était pareil pour Timmy à qui Riven venait de donner un coup de coude. Sky semblait le plus perplexe de tous. Amaryl tira comme conclusion que le groupe célèbre de fées ainsi que leurs copains avaient dû retrouver Tecna il y a peu de temps.
Mais, bien avant que quiconque ne puisse vraiment se rapprocher de Tecna pour la saluer, une voix grinçante et haut perchée se fit entendre. Et, honnêtement, ce n'était pas une voix qu'on aimait entendre de bon matin.
- Mademoiselle Anderson ! Quel hasard de vous croisez ici !
- Oh, bonjour mademoiselle Griselda.
La surveillante générale, qui finalisait quelque chose dans le hall avec la réception de l'hôtel, avait remarqué que ses étudiantes avaient cessé d'avancer et qu'un silence, bien que bienvenu mais inhabituel, régnait dans les rangs. Elle ne fût pas vraiment étonnée de trouver la jeune femme devant l'hôtel. La directrice l'avait averti qu'une reprise de contact était en cours et qu'un formulaire avait été transmis à la famille de Tecna pour sa réinscription.
- Que nous vaut l'honneur de votre présence parmi nous ?
- Je … Je venais donner mon papier à madame Faragonda.
- Quel papier ?
C'était le style de Griselda. Elle avait beau savoir de quoi il en retournait, elle appréciait que ses élèves soient clairs dans leur propos et « un papier » était une réponse bien trop évasive pour elle.
- Celui pour ma réinscription à Alféa.
Les élèves d'Alféa, qui s'étaient progressivement toutes rassemblées autour de Tecna se mirent à crier de joie. Cette réaction surprit la fée de la technologie d'autant plus quand Ortensia la prit dans ses bras en lui marmonnant un « je suis trop contente pour toi ». Amaryl se permit même de la bousculer. Dans le langage courant de la fée, cela voulait dire qu'elle était heureuse de la retrouver. C'était perturbant car, hormis ses amis proches, la fée ne pensait pas qu'elle aurait manqué à grand monde.
- C'est génial ! s'exclama une de ses camarades.
- Ouais, renchérit Francis, tu n'imagines pas comment c'était différent sans toi.
- Personne pour débattre avec les professeurs et leur donner tort. Poursuivit une autre élève.
- Et nos avions en papier ne volent plus aussi bien depuis que tu n'es plus là.
- Oh, s'exclama d'une voix forte Palladium, alors c'est à mademoiselle Tecna que je dois cette formidable tradition qui perdure malgré moi pendant mes cours ?
Cette remarque fit rire autant les fées que les spécialistes. Cependant, cette scène de rue peu courante sur Nocturna commençait à attirer l'attention. Un homme en uniforme se mit à approcher de l'hôtel. Tecna le repéra et s'empressa de demander.
- Quelqu'un pourrait me cacher ? Maintenant !
- Quoi ?
- Je suis sérieuse. Vous ne risquez rien à ne pas faire du bruit dans la rue mais ce n'est absolument pas mon cas.
A sa grande surprise, c'est Griselda qui s'approcha d'elle et lui lance un sort. Tecna disparut instantanément de la vue de tous bien qu'elle fût encore présente. Quelques secondes à peine s'écoulèrent et l'homme fut à leur hauteur.
- Messieurs, mesdemoiselles, madame, bonjour.
- Que se passe-t-il ? s'enquerra Codatorta.
- Je dois procéder à un contrôle d'identité. Est-ce que vous êtes accompagnés d'un citoyen Zénithien ?
- Non monsieur, nous sommes en voyage d'études. Nos étudiants viennent de toute la dimension magique il est vrai mais nous ne comptons aucun élève originaire de votre planète dans nos rangs.
L'homme sembla embêter par cette réponse. Il sortit un petit appareil de sa poche et scanna rapidement le groupe. Le résultat fut sans appel : il n'y avait que des bracelets permettant d'identifier les touristes. C'était gênant. Il n'était en droit que d'interpeller les Zénithiens pour trouble à l'ordre public. Comment allait-il pouvoir justifier ce contrôle d'identité auprès de ces gens ? Il n'était en service que depuis quelques mois, il ne pouvait se permettre une telle bavure aussi tôt dans sa carrière.
Il soupira discrètement. Il était pourtant persuadé avoir vu une jeune femme dans ce groupe. La même qu'il avait aperçu attendant devant l'hôtel quelques minutes auparavant et elle ne portait guère de bracelet. Force était de constater qu'il s'était trompé. Son chef le lui avait déjà répété : il se fiait trop à son instinct et pas assez à la technologie.
- Il y aurait-il un problème ?
- Non monsieur, nullement. Cependant…
Que pouvait-il dire pour se justifier ? Qu'il était à la recherche de quelqu'un et que les contrôles étaient, de fait, obligatoires ? Mais cela nuirait à l'image propre que Zénith cherchait à véhiculer aux touristes. Il pourrait reconnaitre que, contrairement aux touristes, les Zénithiens ne sont pas autorisées à se faire trop remarquer dans les espaces publiques mais cela ne lui était pas permis. Il n'avait aucune envie de perdre des points. Il opta pour une semi-vérité.
- Cependant, des citoyens m'ont averti qu'il y avait de l'agitation devant l'hôtel. Ils en parlaient en des termes assez forts c'est pour cela que je suis intervenu auprès de vous.
En effet, des passants lui avaient fait savoir qu'un groupe de jeunes se réjouissaient un peu trop fort non loin. Ils n'avaient pas employé de termes forts : ils avaient fait leur devoir de citoyen espérant sans doute récupérer des points à la suite de cette dénonciation mais ils n'avaient pas réalisé qu'il s'agissait d'étrangers.
- Et on dérange les autorités pour de telles bêtises ! s'énerva Codatorta, ça c'est fort ! Il y a des choses plus graves que des jeunes gens qui se réjouissent !
- Ce que veut dire mon collègue, c'est que nos élèves peuvent être parfois bruyants mais qu'ils n'ont aucune volonté de nuire. Il est difficile de comprendre en quoi vos concitoyens se sont sentis agresser.
- Agresser est un terme fort madame. Ils étaient plutôt soucieux. Nous sommes de nature assez calme et nous ne sommes pas habitués aux rassemblements de jeunes gens à une heure aussi… matinale.
- Eh bien, poursuivit Codatorta, nous ne dérangerons pas plus que cela vos chers concitoyens. Fontaine-rouge : on embarque ! Exécution !
Les étudiants de la Fontaine-Rouge hochèrent simplement la tête et se dirigèrent vers la navette. Seul Timmy traina un peu du pied lançant un regard à l'endroit où Tecna avait disparu. Hélia le poussa gentiment en avant.
- Arrête Timmy, tu vas la mettre dans le pétrin si tu continues. Fais comme si de rien n'était. Murmura Brandon en passant à côté de lui.
De son côté, l'homme était décontenancé par l'élan d'agacement de Codatorta. Il n'avait pas l'impression d'avoir été insultant. Il pensait s'être bien débrouillé en trouvant une belle parade permettant de ne pas dévaloriser Zénith ni porter atteinte à l'honneur des visiteurs mais, désormais, il n'en était plus aussi sûr.
Invisible, Tecna observait la scène en silence. Elle se sentait mal pour lui. Elle savait qu'il faisait son possible mais il ne semblait pas très malin. Cette intervention était sans doute enregistrée par le micro et la caméra intégré à son uniforme. Il allait devoir en répondre devant son supérieur et il perdrait sûrement des points. Il serait sans doute rétrogradé en bureau. Il était relativement jeune et sans nul doute nouveau dans le métier, la compétition était rude pour rester sur le terrain à son âge, la moindre erreur comptait.
Au moins : il avait le mérité de posséder une once d'honnêteté : il avait tâche d'enrober la vérité. Cela permettait de ne pas dévoiler le système de points sociales en vigueur sur Zénith mais de laisser quand même entendre que le bruit et les effusions n'étaient pas monnaie courante ici.
La vérité absolue : c'était qu'aucun Zénithien n'avait le droit à un petit pas de travers dans la vie de tous les jours au risque de s'attirer des sanctions. Elles n'ont rien d'horrible mais cela restait assez humiliant de s'occuper de tâche qui ne nécessite pas un diplôme quelconque quand on vit depuis toujours dans un système qui ne valorise que cela.
Le jeune membre des forces de l'ordre se confondit en excuse avant de s'éloigner d'eux. Lorsqu'il tourna au coin de la rue : Griselda inversa le sort qu'elle avait lancé.
- Merci mademoiselle Griselda. Dit Tecna en réapparaissant.
- Rien n'est gratuit dans la vie mademoiselle Anderson. Lorsque vous aurez réintégrer notre établissement, j'attends de vous un exposé complet sur les us et coutumes de votre planète. Ce travail sera bien entendu évalué, me suis-je bien faite comprendre ?
Tecna hocha doucement la tête alors que certains rires fusèrent. Griselda eut un petit sourire.
- Bon retour parmi nous.
- Ohhhhh Griselda a souri !
- Mesdemoiselles ! Les reprit la surveillante générale d'un ton sec.
Cette réprobation eut le mérite de calmer les étudiantes d'Alféa. Il valait mieux éviter de chercher Griselda. Cela ne les empêcha cependant pas d'échanger des sourires et regards complices.
La surveillante générale prit la feuille des mains de Tecna.
Madame Faragonda se repose actuellement dans sa chambre. Etant donné que vous n'êtes pas autorisée dans l'hôtel, je la lui remettrai en main propre à -notre retour.
- Merci mademoiselle Griselda.
- Nous allions partir pour une sortie scolaire. Bien que vous ne soyez pas officiellement réintégrée, vous l'êtes déjà officieusement. Nous nous rendons à l'observatoire météorologique de Nocturna. Souhaiteriez-vous vous joindre à nous ?
Tecna fit un doux sourire tout en secouant la tête.
- C'est gentil mademoiselle Griselda mais impossible. Les mesures de sécurité de cet endroit sont bien connues. On ne me laisserait pas entrer si je n'étais pas officiellement incluse dans cette activité.
- Bien, alors vous devriez commencer à rédiger votre devoir. Je veux qu'il soit le plus complet possible et je ne vous donnerai droit à aucun traitement de faveur.
- Cela va de soi.
La fée de la technologie regarda ses amies du coin de l'œil.
- Euh, est-ce que je pourrais… leur parler s'il vous plait ?
Griselda hocha la tête.
- Faites vite. Nous sommes attendus.
Tecna sourit et se dirigea à toute hâte vers ses amies. Folle de joie, Musa lui sauta dessus.
- C'est officiel ! Tu vas revenir à Alféa ! Je suis tellement soulagée et contente tu n'imagines même pas !
- Musa, je suis contente aussi, mais, dans les rues Zénithiennes, il faut éviter de montrer trop d'enthousiasme alors si tu pouvais parler un peu moins fort.
- Ah oui. Pardon.
- C'est quand même bizarre comme système… marmonna Bloom avant de de sourire à son amie, je suis contente que tout se finisse bien.
- Tes parents n'ont pas été trop dur à convaincre ? l'interrogea Flora.
- Visiblement non. Poursuivit Stella.
- En fait, c'est… un peu compliqué à résumer ici et maintenant. Vous n'avez rien de prévu cet après-midi ?
- Non, c'est notre dernière visite puis nous aurons quartier libre jusqu'à notre départ dimanche. Répondit Layla.
- Tu penses pouvoir rentrer avec nous ?
- Euh… Je ne sais pas. Le plus simple serait que je reparte avec vous mais il faudrait que je puisse en discuter avec Faragonda… Enfin, je voudrais vous parler. Est-ce que ça vous dirait de venir chez moi cet après-midi ?
Les Winx échangèrent un regard. Après trois années d'amitié, elles allaient enfin pouvoir voir où Tecna avait grandi et vécu ? C'était une étape. Elles s'étaient déjà rendues sur Terre, sur Solaria, Andros et Limphéa. Musa, quant à elle, avait régulièrement invité ses amies à passer sur Mélody dès qu'elles le pouvaient. Bien entendu, certaines n'avaient pas encore pu répondre positivement à son invitation comme Bloom qui profitait des congés pour passer du temps avec Mike et Vanessa et Tecna qui semblait plutôt coincée sur Zénith durant ces périodes-là. La fée de la technologie ne leur avait jamais proposé de passer sur sa planète natale alors venir chez elle…
C'était bien évidemment un grand oui.
- Et pour les garçons ?
- L'invitation est valable pour eux aussi. J'ai des choses à vous dire à tous.
- Tecna, honnêtement, ça me fait peur ce genre de phrases. On est censées paniquer ? L'interrogea Stella.
- Non, non. Je suis juste… Les filles, je n'ai plus envie d'avoir de secrets pour vous c'est tout alors j'aimerais pouvoir répondre à toutes les questions que vous auriez à mon sujet et…
- Je te taquinais Tec. On viendra avec plaisir et on transmet ton invitation ça aux garçons dès qu'on sera dans la navette.
- C'est dommage que Codatorta les retienne en otage là-dedans. Je pense que Timmy aurait vraiment voulu te parler. Souligna Flora.
- Moi aussi j'aurais voulu… Soupira Tecna.
- Mesdemoiselles ! Hurla Codatorta, nous n'avons plus le temps d'attendre !
Le cri du professeur de la Fontaine Rouge fit sursauter les Winx ainsi que les quelques autres fées qui, peut-être par un certain mimétisme, s'étaient mises à papoter sur le trottoir oubliant complément la raison de leur levée matinale.
- Oh, comment il stresse l'autre. Râla Amaryl.
- Mademoiselle Amaryl, restez poli ! la rabroua Griselda, il est temps de partir mesdemoiselles !
Tecna regarda ses amies qui semblaient toutes très déçues de ne pas poursuivre leur conversation. Elle chercha à les rassurer.
- Allez les filles. On se revoit tout à l'heure. Dépêchez-vous. La navette risque de partir sans vous. Et croyez bien que sur Zénith, ce n'est pas seulement une expression.
- Arrête, tu charries là.
- Non Bloom, dit-elle en rigolant, j'en aurais des belles à te raconter à ce sujet. Allez-y vite. On se tient au courant pour tout à l'heure.
Alors que les dernières étudiantes étaient en train d'embarquer dans la navette, les Winx avaient rejointes les garçons leur faisant part de l'invitation de Tecna. Cette dernière fit l'unanimité moins une voix. Sky était allé s'installer un peu plus loin. Depuis les révélations concernant les origines de Tecna, il se tenait un peu à l'écart. Il ne semblait pas en colère comme ce soir-là mais un peu embarrassé.
Les discussions entre filles et garçons semblaient aller bon train dans toute la navette. L'ambiance était détendue.
Timmy, lui, semblait ailleurs. Nul doute qu'il pensait à sa petite amie avec qu'il n'avait pas vraiment pu échanger depuis qu'ils s'étaient revus.
Depuis son siège, Riven pouvait voir Tecna saluer Ortensia, la dernière élève à embarquer, avant de repartir à pied. Le spécialiste constata que les trois portes de la navette n'étaient pas encore fermées. Il y avait un coup à jouer mais, bien évidemment, Timmy était trop… Timmy pour s'en rendre compte. L'intéressé était, d'ailleurs, assis face à lui et il décida de le fixer d'un air désabusé.
- Quoi ?
- Allez… Mec. Soupira-t-il.
- Quoi ? S'agaça Timmy.
- Ce serait dommage de passer à côté d'une telle occasion. Surenchérit Hélia qui avait aussi repéré Tecna.
- Arrêtez de dire des bêtises. Elle nous a invité à passer chez elle cet après-midi, il n'y a plus de soucis à se faire.
- Oui Timmy, cet après-midi : ON se retrouvera avec elle, précisa Brandon, on plusieurs personnes pas toi et elle, seul à seul. Tu saisis ?
- Oui… Mais, si je me fais attraper…
- Tu auras séché une fois les cours durant ta scolarité exemplaire. Ce n'est pas la fin du monde. Tu t'en remettras. Poursuivit le spécialiste aux yeux bruns.
Timmy prit le temps d'analyser la situation plus en détail. C'est vrai que cela faisait un moment qu'il ne s'était plus retrouvé en tête à tête avec Tecna et que cela lui manquait… Un peu. Terriblement même.
Tecna était en ce moment à quelques centaines de mètres de lui.
Il lui suffisait de descendre de la navette avant que les portes ne se referment.
Mais…
Non, au diable la réflexion.
- Okay, j'y vais. Déclara Timmy en se levant de son siège.
Il n'était pas si éloigné de la porte arrière de la navette. Il se faufila entre les étudiants espérant l'atteindre avant qu'elle ne se referme.
Manque de bol, les portes commençait à se fermer alors qu'il touchait presque au but. Timmy savait que cela ne passerait plus. Soit il arrivait à sortir mais les portes se rouvriraient et cela alerteraient les professeurs, soit il serait enfermé pour de bon dans la navette et il aura laissé passer sa chance.
Ce ne serait pas la première fois. Son histoire avec Tecna avait failli ne pas débuter à cause d'actes manqués.
Alors que toutes ses pensées lui traversaient la tête, quelqu'un posa son pied sur le chemin de la fermeture des portes ce qui les contraignit à se rouvrir.
Timmy saisit sa chance et bondit en dehors de la navette avant que les portes n'entament leur seconde fermeture.
Lorsqu'il se retourna afin de vérifier qu'aucun professeur ne le guettait pas une des fenêtres, il aperçut la personne dont le pied avait sauvé son évasion.
Il s'agissait de Sky.
- Qui ! maugréa Codatorta, qui a rouvert la porte arrière ?
Codatorta était du genre assez sanguin. La rencontre inopinée avec Tecna devant l'hôtel leur avait fait perdre une dizaine de minutes sur l'horaire initialement prévu. L'homme n'était pas un féru de la ponctualité, s'il avait été sur une autre planète que Zénith : il n'en aurait pas fait toute une affaire mais il avait constaté, en montant, que le tarif de la location avait été augmenté à la suite du retard occasionné. Il avait tenté de parlementer avec l'intelligence artificielle qui gérait la navette mais il n'y avait rien à en tirer à part une immense frustration… qu'il passait dorénavant sur ses élèves.
- C'est moi monsieur.
Codatorta vit Sky levé la main au fond de la navette.
- Excusez-moi, je n'avais pas vu que les portes se refermaient.
- Hurmf.
Sky était un bon élément, c'était une maladresse. Il devait apprendre à contenir sa colère. Le professeur s'en retourna vers l'IA lui indiquant qu'ils étaient prêts pour le départ.
De son côté, Sky soupira discrètement. Il était soulagé que Timmy ait pu sortir sans être vu. Si Codatorta l'avait surpris s'échappant de la navette, il aurait passé un sale quart d'heure. Il avait tendance à être assez brut de décoffrage avec le spécialiste roux.
Une main se posa sur son épaule. C'était Stella
- Sky, viens t'asseoir avec nous.
Ce n'était pas une question, plutôt un ordre dissimulé. Sky hocha la tête et suivit Stella aux places assisses que leur groupe d'amis squattait. Lorsqu'il s'installa à la place que Timmy avait laissé vacante, il sentit le poids du regard de ses amis sur lui. Cela le gêna dans un premier temps puis lui fit un peu plaisir car il lisait en eux de la bienveillance plutôt que du jugement.
- C'est sympa ce que tu as fait pour Timmy. Déclara Musa.
- On est content que tu ne sois pas devenu un imbécile fini ! déclara Riven en posant sa main sur son épaule.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Ça fait deux jours complets que tu nous évites mec.
- Et que tu évites Bloom. Précisa Stella en montrant l'intéressée qui faisait mine de ne rien entendre de la conversation
Sky soupira.
- Je suis désolé. Cette affaire est compliquée pour moi. Je… J'apprécie beaucoup Tecna mais je pense que je ne pourrais plus la voir comme avant maintenant que je sais… Je ne saurais plus m'y prendre… Puis, je… ça me ramène à des responsabilités auxquelles je voudrais éviter de penser quand je ne suis pas sur Eraklyon…
- On te comprend Sky, intervient Layla, ce n'est pas facile. Peu importe dans quel camp on se trouvait à la base. Je suis désolée si on t'a vexé l'autre jour.
- Timmy a raison, personne n'est responsable de ce qu'il s'est passé avant notre naissance mais c'est difficile d'être lié à ce genre d'histoire indirectement.
C'est alors que Bloom se permit d'intervenir cessant de feindre l'ignorance :
- Avant de condamner l'ambiance du groupe et toutes tes relations, tu devrais d'abord en discuter avec Tecna. Je n'ai pas grandi dans la Dimension Magique, je ne comprends pas bien à quel point cet événement a eu de l'impact mais j'imagine que, peu importe la responsabilité de chacun, le peuple dont vous parlez a été le plus touché non ? Pourtant, elle se comporte normalement avec vous depuis le début en connaissance de cause, il y a peut-être des leçons à en tirer vous ne pensez pas ?
Sky sentit un poids quitter ses épaules. Il est vrai qu'il n'avait pas envisagé cela sous cet angle. Tecna devait connaitre, dès le départ, les liens que chacun de ses amis entretenait avec cet épisode sombre de l'Histoire. Il aurait été logique qu'elle le haïsse or elle n'avait jamais montré aucun signe d'agressivité envers lui… Enfin, sauf quand il l'avait cherché comme la fois où il n'avait pas suivi le plan de vol qu'elle avait calculé un peu par orgueil et que le vaisseau avait failli se crasher. Ce jour-là, il avait bien cru que leur relation allait en souffrir de manière irréversible.
Bloom avait raison : il devait envisager la possibilité que leurs rapports ne changent pas radicalement à la suite de cette nouvelle.
Qui plus est, malgré son léger craquage l'autre jour et l'isolement qui s'en est suivi : ses amis arrivaient à lui parler comme si de rien n'était.
- Tu as raison Bloom. Je devrais laisser une chance à tout ça.
Bloom lui fit un petit sourire.
- Je suis désolé de t'avoir éviter. Merci pour ton conseil.
- Je te pardonne… Mais, ne me refais plus jamais ce coup-là. Sinon…
Elle ouvrit la paume de sa main dont surgit une petite flamme. C'était assez explicite. Et il ne doutait pas du sérieux de son propos.
Il lui sourit à nouveau. Elle avait fort caractère et c'était une des raisons pour laquelle il en était amoureux.
Tecna marchait à pas lents s'éloignant du Venisia. Son cœur était plus léger. Elle avait pu remettre sa fiche d'inscription, elle avait donné rendez-vous à ses amis et, bien qu'elle ait de l'appréhension quant à la discussion qu'elle souhaitait avoir avec eux, elle avait l'intime conviction que tout irait désormais pour le mieux. Elle n'avait jamais jugé bon de parler de sa vie privée avec eux jusque-là jugeant que cela n'était pas nécessaire dans une amitié mais elle avait l'intime conviction désormais que faire preuve de transparence et communiquer était une façon efficace de resserrer les liens. Pour l'avoir vécu la veille avec son père, bien qu'il n'ait pas dévoilé autant qu'elle l'aurait voulu, des choses de son passé ainsi que de celui de leur mère, elle se sentait plus proche de lui. Alors, si cela pouvait les rapprocher avec les Winx et les spécialistes, elle était partante.
Il y avait un risque que cela ne marche pas mais…
- Tecna !
Une main s'abaissa sur son épaule la faisant sursauter. Elle se retourna d'un coup et fit face à quelqu'un qu'elle ne pensait pas revoir… Du moins pas dans l'immédiat. Un jeune homme à l'air essoufflé se tenait devant elle.
- Timmy ? Mais…
- Je suis descendu de la navette avant qu'elle ne démarre. Je … ouf, attends… Je dois… reprendre mon souffle.
La fée de la technologie sourit. C'était du Timmy tout craché. Le spécialiste avait une bonne endurance, mais dans certaines circonstances, il avait tendance à oublier de respirer correctement. Par exemple, elle était la seule à le savoir, mais il retenait systématiquement sa respiration lorsqu'il montait des marches à toute vitesse. Ou alors lorsqu'il se précipitait vers elle pour lui faire part de quelque chose d'important. D'un point de vue extérieur, ça confortait les autres dans l'idée qu'ils pouvaient se faire d'un garçon passionné par la technologie : un rat de bibliothèque pas très sportif. C'était loin d'être son cas. Et ça n'était pour lui déplaire.
- Je…
- Timmy, il faut vraiment que tu changes cette mauvaise habitude. Un jour, tu risques de faire un malaise.
- Je sais, je sais.
- Ça va mieux ?
- Oui. Merci. J'ai couru parce que j'ai cru que tu… tu allais prendre une navette. Je voulais absolument te rattraper.
- Pourquoi ?
- Pour passer du temps… avec toi. Cet après-midi, tout le monde sera là et…
- Attends, tu veux dire que tu es en train de sécher ?
Timmy se gratta l'arrière de la tête visiblement un brin gêné.
- Euh oui… Si… si ça te dérange, je peux… y retourner ?
Tecna se mise à rigoler.
- Euh, j'ai dit une bêtise ?
- Non Timmy ! C'est juste que… Tu t'imagines retourner voir Codatorta après avoir échappé à sa vigilance ?
- Non, admit Timmy en riant légèrement à son tour.
La fée de la technologie regarda son petit ami. Si ça ne tenait qu'à elle, elle l'embrasserait ici et maintenant. Pourquoi ? Elle l'ignorait. Elle ressentait une brusque envie de lui montrer à quel point elle était heureuse de le retrouver. Seul. Seulement, en pleine rue à Nocturna, ce n'était pas possible. Alors, elle lui sourit et, visiblement ce sourire sembla suffire à Timmy qui la regarda avec beaucoup de tendresse.
- On va chez moi ? finit-elle par lui demander.
- J'ai droit à la primeur ?
- Bien sûr, tu n'es pas n'importe qui.
- Euh Tecna ?
- Oui ?
- Est-ce que c'est… mal vu de tenir quelqu'un par la main dans la rue ?
Pour toute réponse, Tecna lui prit la main.
Une fois arrivée chez elle, Tecna avait invité Timmy à se rendre dans sa chambre. Par crainte de croiser quelqu'un. Elle savait pourtant qu'elle était seule dans l'appartement. Son père et Andromeda étaient partis travailler logiquement. Valencia et Lucio étaient en cours. Sa mère… Elle était dans une clinique depuis hier soir.
Tecna fixait le sol. Elle était rarement intimidée. Et, étonnement, elle l'était le plus souvent avec Timmy. Pourquoi ? Cela lui échappait encore.
- Alors… C'est ta chambre ?
Tecna rigola légèrement. Les questions de Timmy étaient bien maladroites. Elle savait que c'était pour détendre l'atmosphère et non pas pour éviter d'entamer le sujet qui « fâche ». Lorsque Timmy faisait une erreur, il avait tendance à mettre les pieds dans le plat. Ce n'était pas son cas à elle. Elle craignait les confrontations, les émotions qu'elles pouvaient susciter. Tout ça la rendait nerveuse. Et Timmy, le voyant, cherchait toujours à la détendre un peu pour lui permettre de se lancer.
- C'est sympa. J'ai l'impression qu'il manque quelque chose pourtant.
- Oui… Il y manque ma sœur.
- Tu partageais ta chambre avec Valencia avant ?
- Oui, soupira-t-elle, en fait, on dormait ensemble dans la chambre de Lucio quand on était petites. C'était très chouette. Quand on est entrées à l'école, nos parents nous ont mis dans des chambres à part.
- Au moins, vous avez une porte communicante.
- On ne l'a pas eu tout de suite. Ils ne voulaient pas qu'on tente d'aller dormir l'une chez l'autre durant la nuit.
Elle soupira.
- Timmy, je suis désolée. J'ai été très égoïste.
- Tu n'es pas égoïste Tecna. Tu as fait ça pour ton frère et tes sœurs.
- C'était peut-être généreux pour eux mais c'était injuste pour toi.
Ce fut au tour de Timmy de lâcher un soupir tout en allant s'asseoir sur le lit de sa petite amie.
- Je dois le reconnaitre. Ça m'a fait un peu mal d'entendre que tu serais prête à laisser tomber nos projets pour ta famille.
- Je le savais. Marmonna Tecna.
- Qu'est-ce que tu savais ?
- Je suis nulle, dit-elle les larmes aux yeux, je ne sais pas agir sans te blesser.
- Tecna, non… Viens.
Timmy lui fit signe de se rapprocher de lui ce qu'elle fit. Lorsqu'elle fut assez près, Timmy lui attrapa les mains et plongea son regard dans ses yeux humides.
- Tec… Quand on aime quelqu'un, quand quelqu'un nous aime que ce soit réciproque ou non, même avec les meilleures intentions du monde, on finit toujours par le blesser à un moment ou un autre.
Tecna repensa à Ned. Elle allait devoir le blesser lui aussi. Elle le blessait sûrement déjà beaucoup.
- Je t'ai déjà blessé sans m'en apercevoir. Au début, tu te souviens ?
Tecna rigola entre ses larmes. C'était bien vrai, leur relation avait connu des débuts un peu chaotiques.
- L'essentiel, c'est qu'on en discute et qu'on en tire des leçons. Tu ne crois pas ?
La fée de la technologique hocha la tête et vient s'asseoir à côté de son copain qu'elle prit dans ses bras. D'abord surpris, Timmy lui rendit son étreinte. Tous deux finir par s'allonger sur le lit toujours entrelacés histoire d'être plus à l'aise et de bien profiter l'un de l'autre.
Quelques minutes passèrent dans le silence le plus total. Ils profitèrent chacun de la présence et la proximité de l'autre. Puis, Tecna prit la parole.
- Tu n'es pas fâché ?
- Non. En fait, je pense que j'aurais fait la même chose pour ma sœur. Attends, je dis des bêtises, ce serait plutôt elle qui aurait fait ça pour moi.
Tecna rit légèrement à l'évocation de la sœur de Timmy. Elle ne l'avait encore jamais rencontré et elle devait reconnaitre qu'elle appréhendait que cela arrive un jour. Elle était l'archétype de la sœur protectrice par excellence. En tout cas, Timmy avait raison, il y avait plus de chances que ce soit l'ainée de son petit copain qui prenne sa défense que l'inverse.
- Et, notre projet ?
- Je l'ai pris avec moi.
- On ne sera pas prêt à temps. Dit-elle défaite.
- On pourrait prévenir le comité et se désinscrire puis retenter l'an prochain si jamais. Suggéra-t-elle.
- Non. Surtout pas ! Ce serait mal vu et on aurait toutes les peines du monde à s'inscrire à nouveau.
- Pourquoi tu penses ça ?
- Je suis Zénithienne mon cher et j'ai déjà participé à cet événement en tant que bénévole. De mes observations au fil des ans, j'ai pu en conclure que le jury préférait à 95% que des inscrits présentes un travail non-abouti que rien du tout.
- As-tu une quelconque preuve de ce que tu avances ?
- Oui, la preuve qu'aucun candidat s'étant désister n'ait pu se réinscrire dans l'année qui suit. Puis, sur Zénith, il est très mal vu de ne pas aller au bout des choses, l'image qu'on renvoi compte beaucoup et les qualités admirées sont : l'engagement, le dévouement et la persévérance.
- Donc, on peut présenter quelque chose d'inachevé ?
Tecna hocha la tête.
- Quel est le souci alors si tu sais déjà qu'on va quand même présenter quelque chose ?
- Mon souci, c'est que je suis perfectionniste Timmy. Répondit-elle avec grand sérieux.
L'intéressé ne put s'empêcher de rire et Tecna se joint à lui. C'était agréable de pouvoir se parler tous les deux sans aucune gêne. Et, honnêtement, ces moments privilégiés lui avaient manqués. Il lui avait manqué et elle se sentait redevable auprès de lui. Timmy faisait partie des personnes qui, dans sa vie, ne la laissait jamais tomber même lorsque ses comportements étaient bizarres, incompréhensibles, que sa communication était mauvaise. Alors… Elle lui devait bien une faveur.
- Timmy ? Je voulais te dire…
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ecoute, je me sens toujours mal. Même si tu me dis que ce n'est rien, que tu n'es pas en colère… Alors… Je voudrais te proposer quelque chose.
- Quoi donc ?
- Tu peux me demander n'importe quoi et je te l'offre, ou te le dis. Bref, je m'engage à te… Enfin, tu as compris.
Timmy prit quelques secondes pour réfléchir à sa proposition.
- Okay. Et je peux utiliser ce joker maintenant ?
- Si tu veux.
- Alors… J'avais une question… Ne crois pas que je suis euh… C'est Riven en fait…
- Qu'est ce qui se passe avec Riven ? Tu sais bien que ma magie ne peut pas le contraindre à ranger votre espace commun. Mais je peux lui faire la morale sur le respect des autres durant quelques heures si tu veux.
Timmy se représenta la scène. Il savait Tecna capable de coller son colocataire toute une après-midi pour lui parler de rangement, d'espace vital et de propreté… Et il se laisserait presque tenter de lui demander ça à la place de cette question un peu… petit ami possessif que Riven avait implanté dans sa tête. Après avoir rencontré les amis de Tecna lors de leur arrivée à Nocturna, Riven avait… suggéré que Ned n'avait peut-être pas toujours été un simple ami pour Tecna. Que, par ailleurs, il n'aurait pas été étonné qu'il se soit passé un truc entre eux deux. Timmy n'était pas vraiment jaloux… Du moins, il aimait à le penser. Il ignorait pour quelle obscure raison cette remarque de Riven lui restait en tête. C'est pour ça qu'il souhaitait en parler avec Tecna. Il avait la sensation que plus vite il serait au clair avec ça, moins il y penserait.
- Euh… Tu as eu… Un petit ami avant moi ?
Timmy eut envie de se gifler. Il savait pertinemment que ce n'était pas le cas, il en avait déjà parlé. Mais, il n'assumait pas la véritable question qu'il souhaitait poser à sa petite amie. C'était un peu trop… en dehors de sa zone de confort.
Tecna regarda ailleurs semblant méditer sa question et cela l'inquiéta un court instant.
- Tu sais bien que non. Mais, j'ai la sensation que ce n'est pas ça que tu voulais me demander.
Elle inspira et expira.
- Tu veux reformuler la question ou je tente de la deviner ?
- Est-ce que Ned a des sentiments pour toi ou que tu en as eu pour lui et qu'il le sait ?
Timmy avait déballer la question comme ça, d'une traite. Il n'était pas certain de l'image que ça renverrait de lui.
- Je m'en doutais… Et je ne t'en veux pas pour cette question alors détends toi.
- Ah…
- En fait, Ned avait et a encore, je pense des sentiments pour moi. A l'époque, je ne l'ai pas compris et quand je l'ai compris, j'ai préféré éviter le sujet.
- Et toi ? Tu…
- C'est confus pour moi… Je…
Elle leva les yeux au ciel.
- Arrête de mentir Tec… Se dit-elle à elle-même avant de le regarder, j'ai eu des sentiments pour lui avant de venir à Alféa. Je n'en ai plus maintenant.
- Merde…
- Tu n'as pas à te faire du souci par rapport à lui.
- Je ne m'en fais pas, ça me fait un peu du mal de l'apprendre. Que tu aies pu apprécier quelqu'un avant moi.
- C'est un peu… misogyne ce que tu dis Timmy. Comme si tu n'avais jamais eu un crush sur une autre fille auparavant.
- Euh… Merde. T'as raison.
- Cependant, je comprends, je n'aimerais pas savoir qui c'est et si cette fille fait encore partie de ton entourage proche. Tu sais… J'aime Ned aujourd'hui mais comme un ami. Et avant, je l'aimais aussi comme un ami. Mais durant quelques mois… J'avais envie qu'il me voie comme un peu plus… Et je n'ai pas vu que c'était déjà le cas. Ou j'étais dans le déni. Je n'en sais rien. Aujourd'hui, je me rends compte que je profite peut-être un peu de ce fond de sentiments qu'il a pour moi pour me sentir bien… Je dois lui parler… Lui dire que ce n'est pas possible. Je pense qu'il le sait mais qu'il a besoin de l'entendre. Et Eva le dit aussi.
Petit silence.
- Tu sais que tu es trop honnête comme petite amie ?
- C'est un problème ?
- Non. J'aime bien.
- Ça te dit une petite partie de jeux vidéo pour en finir avec toutes ces questions trop sérieuses ?
- Comme si tu avais besoin de me poser la question.
Après plusieurs heures à jouer ensemble, le téléphone de Timmy se mit à sonner. Il avisa son écran : c'était Hélia. Il décrocha.
- Hélia ? Qu'est ce qui se passe ?
Tecna le regarda. Il semblait un peu inquiet. Que se passait-il ?
- Ah oui. Je n'avais pas vu l'heure. D'accord, je … Oui, je vous rejoins. Où ça exactement ? Okay. A tout de suite.
Il raccrocha et se tourna vers sa petite amie.
- Désolée Tecna… Il est bientôt midi et… euh…
- Il y a un souci ?
- Ben, en fait… Je ne sais pas comment les gars ont fait mais Codatorta n'a pas vu que j'étais absent.
- Vous deviez visiter l'institut métérologique de Zénith ? C'est normal alors. Les visites se font en groupes réduits. Codatorta et Griselda ne peuvent pas tous vous surveiller. Et les autres professeurs ne te connaissent pas suffisamment pour savoir avec qui tu as l'habitude de rester.
- C'est marrant, tu en parles comme si tu avais déjà expérimenté la chose.
- Oui, j'ai séché cette sortie en primaire.
- Avec Valencia ?
- Non, elle était malade. Je l'ai fait avec Eva. On s'est cachées dans une salle des machines et on a fait notre propre visite. Puis on a rejoint le groupe à la sortie. Par contre, ce qui est étonnant, c'est que les androïdes n'aient pas remarqué qu'il manquait quelqu'un quand vous êtes entrés. Les profs sont censés inscrire avec combien d'élèves ils viennent.
- Apparemment, Layla aurait créé un clone morphix de moi. J'ai pas plus de détails.
- Futée. Les androïdes ne savent pas différencier la magie et la réalité. Mais les professeurs se rendront vite compte de la supercherie. Il va falloir que tu te faufiles parmi les élèves devant l'institut si tu ne veux pas te faire griller.
- C'est exactement ce qu'Hélia m'a dit. L'institut est loin ?
- Euh… Je n'y suis jamais allée avec une navette qui peut griller les embouteillages… Pour les scolaires qui ont droit à quelques laisser-passer, on avait pris… une quarantaine de minutes ? Cinquante ?
- Ils sortent vers 13h…
- Alors, tu ferais mieux de partir maintenant.
Timmy soupira alors que Tecna éteignit la console. C'était vraiment dommage, il avait l'impression que le temps avait filé à la vitesse de l'éclair. Ils avaient beau avoir joué trois heures ensemble, ça avait semblé si court. La fée de la technologie sembla sentir son désarroi.
- Eh. T'inquiète pas, on se revoit dans quelques heures.
- C'est vrai… Tu ne veux pas m'accompagner à l'institut ?
- Désolée, avec moi, aucune navette ne grillera les embouteillages. Tu iras plus vite en tant que touriste.
- Oh…
- Puis, si je t'accompagne, tout le monde va comprendre que tu étais avec moi. Ajouta-t-elle avec un grand sourire.
Timmy sourit en pensant que toute leur année devait déjà se douter qu'il avait séché pour être avec elle. Leurs amis avaient peut-être réussi à duper les enseignants mais sûrement pas leurs camarades. Au moins, ils le couvraient. Et il savait déjà qu'il le payerait, il se ferait sans doute chambrer dès que Codatorta aura le dos tourné. Ils sortirent de la chambre puis descendirent les escaliers.
- Timmy ? Vous allez manger à l'hôtel en rentrant de l'institut ou vous êtes libres tout de suite après ?
- On est obligés de manger à l'hôtel. Le repas est vers 14h.
- Okay alors vous pouvez venir ici vers … 15h30. Tu le diras aux autres ? J'ai oublié de donner une heure précise aux filles.
- Ton téléphone ne fonctionne toujours pas ?
Tecna secoua la tête avec déception.
- Non. Mes parents ne me l'ont pas encore rendu.
- Ça craint.
Alors que Tecna raccompagnait son petit ami à l'ascenseur, elle tomba nez à nez avec une personne qu'elle ne s'attendait pas à croiser.
- Andromeda ?
En effet, sa sœur ainée se trouvait dans le hall d'entrée entourée de plusieurs sacs qui semblaient bien rempli.
- Tecna… Et Timmy. Bonjour.
- Bonjour. Répondit-il Timmy avec une légère gêne.
- Que fais-tu là ? Tu ne travailles pas aujourd'hui ?
- Euh… Si mais…
Le regard d'Andromeda passa de Tecna à Timmy puis à nouveau à Tecna. La principale intéressée ne comprit pas le message mais cela fut assez clair pour Timmy qui savait mieux interpréter le langage non-verbal que sa petite amie.
- Bon, je vais vous laisser toutes les deux. On se voit tout à l'heure Tecna. 15h30 ?
- Euh oui. A tout à l'heure.
- Au revoir Andromeda.
- Au revoir Timmy.
Timmy s'empressa d'aller dans l'ascenseur lui faisant un bref geste de la main que Tecna lui rendit alors que les portes se refermèrent sur lui. Elle balbutia.
- Bah, je ne comprends pas. Pourquoi il est si pressé en une fois ?
- Ton petit ami est quelqu'un de prévenant. Il a compris que je ne pouvais pas répondre à ta question devant lui.
- Comment il a pu comprendre ça ?
- Le regard…
- Quel regard ?
Andromeda leva les yeux au ciel.
- Quel regard ? paniqua Tecna.
- Ce n'est pas grave. Laisse tomber.
- Non, c'est grave. Si je ne comprends pas tes intentions comment vais-je faire pour ne pas gaffer avec toi ?
Son ainée la regarda avec sérieux.
- Me faire de la peine te fait si peur d'un coup ?
- Oui. Quand j'étais petite, je te faisais de la peine et je ne comprenais pas pourquoi. Et je ne veux pas que ça recommence. Répondit-elle penaude.
Andromeda s'approcha de sa sœur posant une main réconfortante sur son épaule.
- Ça me touche d'entendre ça Tecna. Il ne faut pas que tu t'en fasses. Tu as des difficultés à comprendre le langage non-verbal et j'en prendrai compte dorénavant quand nous discuterons.
- Tu pourrais m'expliquer quand je ne saisis pas ? Ça m'énerve de ne pas comprendre.
- D'accord, rigola-t-elle, à condition que tu m'expliques certaines de tes réactions quand je ne les comprends pas.
- Comme quoi ?
- Si je te dis… Voyons : « peux-tu me promettre de garder un secret ? ».
- Non.
- Ah. Tu vois, ça je ne comprends pas. Pourquoi, lorsqu'on te demande ça : tu réponds tout de suite « non » ?
- Je suis honnête. Il est probable que je parle de ton secret à, au moins, une personne de confiance. Il y a 30% de chance que ce soit Timmy, 20% Iris, 15 % Musa, 10% Eva, 10% Digit et les 25% restant sont à répartir entre le reste des filles : Stella, Bloom, Flora, Layla et peut-être bien Inès.
- Je vois. Tu prends les choses au pied de la lettre…
- Où est le mal ? Tu me demandes si je suis capable de garder un secret, je te réponds non car c'est la vérité.
- Je comprends mais, tu sais, personne n'est vraiment capable de garder un secret. La question est plus officieuse qu'officielle. C'est pour la forme qu'on la pose et on espère juste que, à défaut de réellement garder son secret, la personne à qui on le confie ne le répète qu'à un groupe restreint de personnes de confiance.
- Oh, réalisa Tecna, je vois. Mais en quoi est-ce un problème si je réponds honnêtement ?
- Hum… Disons que cette formulation, c'est une façon indirecte de dire à l'autre qu'on a confiance en lui, qu'on se sent suffisamment proche de lui ou que l'on veut s'en rapprocher. Tu vois ? Donc, en disant non, c'est comme si tu refusais ce rapprochement.
- Mais… C'est faux !
- Oui sauf que des personnes plus sensibles, comme moi, auront tendance à le prendre mal. Tu vois ?
Tecna hocha la tête. Décidément beaucoup de choses lui échappaient encore. Heureusement qu'elle avait toute la vie pour en apprendre plus. Mais, est ce qu'une vie entière serait suffisante pour saisir toute la subtilité du langage humain ? Rien n'était moins sûr.
- Bon… Si tu veux me parler de quelque chose, je te promets de ne le répéter qu'aux personnes de confiance que j'ai citée plus haut.
- Hum… Je vois donc les risques que j'encoure. Ce n'est pas une mauvaise chose finalement de savoir où vont mes confidences. Dis-moi, on est bien d'accord que tu n'as pas cité Valencia ?
- Oui mais c'est normal.
- Comment ça normal ?
- Pas besoin de te dire une évidence. Valencia est au courant de toute ma vie… Sauf de l'épisode d'Oméga.
Les deux sœurs grimacèrent à cette évocation.
- Elle au courant dans 99,9% des cas.
Andromeda lui sourit puis elle prit une profonde inspiration avant de se lancer dans un long monologue.
- Alors, aujourd'hui, je devais travailler. Je m'étais levée pour ça bien avant que tu ne sois debout. J'ai accompagné Valencia et Lucio à l'école puis je suis revenue ici. Sur le chemin du retour : papa m'a envoyé un message. Il me demandait de le retrouver dans son bureau. C'est ce que j'ai fait. Une fois sur place, il ne m'a rien dit de spécial : il m'a juste demandé de le suivre. Nous sommes descendus au sous-sol et nous avons repris la navette. Je ne savais pas où on allait. Quand j'ai posé la question, papa s'est mis à parler d'Electronio. Comme je vous l'ai raconté hier à Valencia et toi, je lui avais dit que je souhaitais divorcer et il n'avait pas l'air de comprendre pourquoi cela avait de l'importance pour moi. Enfin, là, il s'est mis à me parler d'Electronio parce qu'on allait chez lui. Il m'a dit des choses que je ne te répéterais pas parce que cela ne te concerne pas. Bref, on est arrivés sur place et il m'a dit « Electronio est au palais pour l'instant, j'en ai eu confirmation. Va récupérer tes affaires. Un maximum de choses. C'est la dernière fois que tu reviendras ici. ». Il a même dit qu'il restait dehors au cas où Electronio venait à débarquer. J'ai récupéré mes affaires et, ensuite, papa m'a accompagné au tribunal de Nocturna où j'ai pu remplir ma demande de divorce. J'en tremblais tu sais… Je redoutais tellement d'y aller et je ne m'attendais pas à ce qu'il m'accompagne et…
En parlant, les larmes lui étaient montées aux yeux. Elle les frotta tout en reniflant.
- Donc, père a changé d'opinion et il t'a soutenu dans ta demande de divorce ?
Andromeda hocha la tête.
- Mais c'est génial Andromeda ! s'exclama Tecna en la prenant dans ses bras, je suis tellement heureuse pour toi !
- Merci Tec, répondit-elle en lui rendant son étreinte, tu sais… Je m'en veux de ne pas avoir écouter tes mises en garde à l'époque. Electronio n'était vraiment pas quelqu'un de bien pour moi.
- C'est un enfoiré oui.
- Tec ! commença-t-elle à la réprimander avec de se rétracter, non en fait tu as raison. Enfoiré, ça lui va bien.
- Et donc, tu vas faire quoi maintenant ? dit Tecna en s'écartant de sa sœur.
- J'emménage à nouveau ici. Le problème : c'est que je n'ai plus de chambre… Maman m'avait prévenu que la pièce serait rentabilisée après mon départ et, effectivement, il n'y a plus de place pour moi…
Tecna observa sa sœur. Elle semblait un brin mélancolique.
- Enfin, dit-elle en reprenant ses esprits, dans l'immédiat : je dois aller travailler sinon papa va s'énerver. Il m'a demandé de monter mes affaires puis de redescendre vite. Je vais y aller. Je vais laisser les sacs dans l'entrée d'accord ?
- Il n'y a pas de problème. Va travailler.
Andromeda fit une ultime accolade à sa sœur puis s'empressa d'aller dans l'ascenseur. Une fois qu'elle fut partie : Tecna se frotta les mains.
Elle avait eu une idée.
Une brillante idée.
Qui fera trois heureuses dans la famille.
Bonjour, bonjour.
Moins d'un mois entre deux chapitres ! Voilà qui n'est pas courant.
Une petite envie spontanée de ma part :)
Perso, j'aime beaucoup ce chapitre. Il était plaisant à écrire et j'ai bien aimé le relire également. Puis, un peu de légèreté : ça ne fait de mal à personne.
J'espère que vous aurez pris plaisir à le lire tout comme j'ai pris plaisir à l'écrire !
Je pense qu'il va se passer un petit temps avant la prochaine mise à jour car je manque d'avance XD
Merci pour votre lecture,
Memori Plume
