Correctrice : Clina
Personnages : Pandore, Hadès
Mention de : Thanatos, Hypnos, Ikki du Phoenix, Shun d'Andromède, Athéna
Ship : sous-entendu très léger Pandore/Ikki
Type d'écrit : famille, fraternité
Arc temporel : comme pour les autres recueils, quelques années après la fin de la guerre contre Hadès, quand tous sont revenus à la vie. Se passe en parallèle du premier chapitre.
Lieu : Giudecca, palais d'Hadès
Titre : Frère et sœur
La musique envahissait la pièce, chassant le silence des lieux. Il y avait quelque chose de beau mais de relativement mélancolique dans la douce mélodie qui flottait dans l'air. Pourtant malgré ses élans tristes, elle apaisait les tourments de l'âme de la jeune femme, ainsi que le chaos de ses pensées tumultueuses. Pendant de longues minutes, grâce au son de la harpe, elle pouvait oublier ses obligations, ses regrets et ses réflexions. Pandore pinçait les cordes de sa harpe, jouant de mémoire un air de musique classique dont elle ne savait plus l'origine, ni le nom. Elle ignorait même qui lui avait enseigné autrefois cet art, ce souvenir perdu comme tant d'autres au fil des années au service du dieu Hadès et sous la surveillance des Dieux jumeaux. De toute manière, elle n'avait guère besoin de partition pour jouer. La musique avait toujours été son échappatoire, son petit espace personnel, sa seule liberté sous les ordres de Thanatos et d'Hypnos, quand elle œuvrait sous leurs ordres au réveil du dieu Hadès et au recrutement de son armée.
Les yeux fermés, perdue dans son monde intérieur, la jeune femme se perdait dans les notes qui naissaient sous ses doigts et qui reflétaient bien souvent ses états d'âme. Elle se laissait emporter par la musique, vers un autre monde, loin des Enfers, où tout était possible. Autrefois, c'était son seul moyen d'échapper un tant soit peu à la surveillance d'Hypnos et Thanatos. Aujourd'hui, cela apaisait son esprit et occupait ses longues journées. Sans prendre un instant de repos, Pandore enchaînait les mélodies pendant de très longs moments jusqu'à ce que ses doigts soient engourdis et douloureux. Elle pouvait jouer comme cela durant des heures, si personne n'avait besoin de ses services. Et dans cette nouvelle vie, on venait plus rarement s'enquérir des ordres auprès d'elle. Après tout, leur Seigneur était éveillé, et il semblait désirer gouverner à nouveau lui-même les Enfers et ses Guerriers sacrés.
Une note dissonante résonna dans la pièce ovale. Pandore grimaça. Et elle s'arrêta de jouer pendant quelques minutes. Le regard rosé se perdit un moment vers une des grandes baies vitrées de la salle de musique offrant une vue sur l'extérieur du palais de Giudecca. Bougeant les doigts, les pliant et les dépliant un peu, la jeune femme chassa lentement la sensation de crampe de ses mains. Puis elle inspira et replaça correctement ses doigts sur les cordes dorées. Fermant à nouveau les yeux, elle reprit sa mélodie triste avec la même concentration qu'auparavant, évitant la fausse note cette fois-ci. Elle ignorait depuis combien de temps elle jouait de la harpe, seule dans cette pièce. Mais la notion même de temporalité était toute relative aux Enfers. Et puisque le Seigneur Hadès n'avait guère besoin de ses soins, elle n'avait aucune obligation à remplir. Au fond cette nouvelle vie offerte gracieusement par les Olympiens ressemblait en bien des points à la précédente. Si ce n'était que cette fois, on lui avait laissé le choix : rester aux Enfers pour servir Hadès ou vivre une vie humaine sur Terre. Mais il ne lui restait rien de sa vie d'autrefois…
Alors Pandore avait humblement demandé l'autorisation de rester au service du Seigneur des Enfers. Peut-être cherchait-elle une expiation à ses fautes passées ? Parfois, elle repensait à sa conversation avec Ikki du Phoenix lors de cette bataille finale. Elle savait qu'il avait raison à l'époque. Elle aurait aimé pouvoir le remercier de lui avoir ouvert les yeux et en quelque sorte sauvé la vie. En tout cas, il l'avait libérée. Un jour, elle trouverait le courage et la force intérieure d'oser l'aborder pour le remercier et aussi pour s'excuser de ses actes lors de la Guerre Sainte. Bien sûr, leurs routes se croisaient de temps à autres lors des réunions inter Sanctuaires, mais leurs conversations restaient simples et rares, juste des marques de politesse et de respect mutuel. Pourtant, elle ne pouvait nier les sentiments qu'il éveillait dans son cœur meurtri, et qu'elle ne pouvait s'expliquer réellement. Il était important pour elle. De cela, elle en était sûre.
Finissant lentement sa mélodie, Pandore enchaîna sur un autre air musical tout aussi marqué par la mélancolie. Un soupir léger et silencieux lui échappa. Elle continuait de pincer et de frôler les cordes, essayant vainement de chasser de son esprit ses propres réflexions, d'oublier ses projets personnels irréalisables. En revenant à la vie, la jeune femme avait eu quelques désirs simples, qu'elle n'avait guère su réaliser. Pandore aurait aimé passer du temps avec Ikki, en dehors d'un cadre officiel pour apprendre à vraiment le connaître. Peut-être aurait-elle pu ainsi comprendre ses propres émotions en la présence du jeune homme. Mais elle n'avait jamais réellement osé espérer avoir cette chance. Ce n'était qu'un rêve de plus, qu'elle gardait dans le secret de son cœur et qui lui permettait d'espérer, comme autrefois elle s'accrochait à l'illusion que Hadès était son petit frère, qu'elle serait tôt ou tard réunie avec son cadet.
Tout comme Pandore aurait voulu s'excuser auprès de Shun d'Andromède, l'hôte involontaire de Hadès. Ce jeune Guerrier sacré d'Athéna, qu'elle continuait de regarder comme son petit frère adoré, incapable d'oublier qu'il avait à ses yeux les traits de Hadès. C'était sous son apparence que le Seigneur des Enfers s'était pendant de longues années présenté à elle et aux Spectres. Et elle ne pouvait chasser cette affection fraternelle qu'elle lui portait depuis toujours alors qu'ils se connaissaient à peine. D'ailleurs, elle ne savait que faire de cet amour fraternel pour le plus jeune dont elle ne parlait jamais. Dans cette vie-ci comme dans la précédente, Pandore vivait pour retrouver une famille aimante ou au moins son frère qu'elle avait chéri toute sa vie. C'était la promesse ultime pour sa loyauté et son obéissance, l'argument qui l'avait faite suivre enfant les ordres de Thanatos et Hypnos sans plus de réflexion. Aujourd'hui, elle comprenait ses erreurs et elle regrettait son aveuglement. Mais à l'époque, elle n'était qu'une enfant… Qu'il avait été facile de se jouer d'elle alors.
Quand elle y réfléchissait, Pandore reconnaissait qu'elle ignorait comment se positionner en dehors des Enfers. Elle ne trouvait plus sa place dans ce monde, qui lui était partiellement étranger aujourd'hui. Alors elle restait en ces lieux, où elle avait ses repères. Et elle remplissait avec dévotion et respect ses devoirs envers le dieu Hadès. Cette Déité olympienne qu'elle voyait encore aujourd'hui comme son frère au même titre que Shun. Mais en étant à nouveau incapable de lui avouer son affection fraternelle, ce qui serait sûrement un blasphème. Certes, les raisons différaient à chaque fois, mais elle restait pétrifiée par ses doutes et ses craintes, mêlés à ses espoirs de fraternité impossible. Éternellement entre deux mondes auxquels elle ne se sentait pas totalement appartenir, et incapable de trouver sa juste place, Pandore se contentait d'attendre.
Pinçant plus fortement une corde, la jeune femme laissa un son grave se répercuter sur les murs nus de la salle de musique brisant pendant de longues secondes le silence religieux de la pièce qui faisait partie de ses appartements au palais de Giudecca. Repoussant d'une main une de ses longues mèches ténébreuses, Pandore laissa s'échapper un soupir. Elle espérait vider son esprit de ses réflexions douces amères. On ne pouvait pas dire qu'elle y parvenait réellement. Replaçant ses mains sur les cordes, elle tira quelques notes plus douces à la harpe, avant de se figer telle une victime du regard pétrifiant de Méduse. La jeune femme se demanda comment elle avait pu ne pas ressentir plus tôt la présence divine dans la pièce. Depuis quand le Seigneur Hadès était-il présent dans la salle de musique ? Légèrement affolée d'avoir manqué à ses obligations, Pandore chercha à se souvenir de ce qu'elle devait réaliser en ce jour si semblable aux autres. Mais elle ne se souvenait de rien, si ce n'était d'avoir une journée totalement à elle, sans mission ou devoir à remplir.
Du moins était-ce la pensée qu'elle avait eue des heures plus tôt à son réveil, alors qu'elle tentait d'organiser mentalement sa journée. Elle n'avait reçu aucun ordre. Elle était donc libre de faire ce que bon lui semblait. Et elle était certaine de son emploi du temps, elle qui n'oubliait jamais rien, étant aussi bien organisée que les Enfers qu'elle avait autrefois géré au nom du dieu Hadès. Et le silence régna de longues minutes dans la pièce. Pandore ne bougea pas, les muscles complètement tendus alors que son esprit travaillait rapidement. La jeune femme sursauta quand les mains d'Hadès se posèrent sur ses épaules dans l'espoir de l'apaiser. Le Cosmos divin était étrangement doux et apaisant en cet instant, désireux d'influer sur l'état nerveux de la jeune femme. C'était presque étrange ce changement parfois perceptible dans l'énergie et la présence divine de l'Olympien.
« Tu pouvais continuer de jouer. », commenta Hadès en guise de salutation.
« Mon Seigneur… Aurais-je manqué à une de mes obligations ? », s'enquit respectueusement Pandore, croisant les mains sur ses jambes.
« Nullement. », répondit l'Olympien. « Je ne suis ici que pour avoir l'honneur et le plaisir d'écouter ta musique. »
Hadès fit quelques pas pour admirer le décor très sobre de la pièce. Après la Guerre Sainte, il avait reconstruit les enfers et son palais. D'humeur moins sombre qu'autrefois et désireux d'offrir un cadre de vie plus plaisant aux êtres habitants ici, il avait modifié certains lieux, permettant à plus de lumière de s'infiltrer ici-bas et à plus de couleurs de prendre place en ces lieux sans pour autant dénaturer les Enfers. Et tant qu'à devoir reconstruire Giudecca, qui avait été détruit par les Saints d'Or d'Athéna lors de la bataille finale, Hadès avait essayé d'offrir à Pandore un cadre plus joli et plus vaste, lui permettant d'avoir son espace privé bien à elle. Après tout, la jeune femme était la seule à demeurer avec lui dans son palais. Hadès avait conscience des sacrifices et de la dévotion de Pandore depuis l'époque mythologique. Elle ne lui avait jamais fait défaut. Même si elle gardait très peu de réminiscences de ses vies antérieures au fil de ses réincarnations, Pandore n'avait jamais failli, se sacrifiant pour lui à chaque nouveau cycle de vie. Elle prenait soin de lui et de son hôte avec l'amour d'une sœur aînée, tout en gérant au mieux ses Guerriers sacrés. Et jamais elle ne s'était plainte ou n'avait demandé une quelconque faveur.
Non, Pandore agissait en sœur aimante et en prêtresse obéissante. Nul besoin de fouiller son esprit pour savoir qu'elle se raccrochait à ce supposé lien de fraternité entre eux. Cela lui avait été utile autrefois pour s'assurer de sa loyauté inébranlable envers sa personne. Aujourd'hui, Hadès désirait la récompenser d'une certaine manière. Pandore méritait d'avoir ce qu'on lui promettait depuis les origines. De plus, l'Olympien éprouvait une réelle affection filiale pour la jeune femme, l'appréciant comme une sœur. La famille avait toujours eu une certaine importance pour lui, même si ses actes et ses choix avaient été marqués par la désillusion et la rancœur face aux comportements de ses frères. Pandore était aux antipodes, représentant l'abnégation fraternelle, le sens du sacrifice et mettant en avant ce lien si précieux à ses yeux. Quelque part peut-être qu'elle apaisait l'envie de vengeance de Hadès en lui offrant une famille adoptive aimante. Mais créer réellement cette relation fraternelle n'était point simple. Et Hadès espérait que son présent, qui attendait dans une autre pièce, aiderait à briser un peu le mur de respect et dévotion qu'elle avait érigé entre eux. Et si cela pouvait faire sourire un peu Pandore, il estimait avoir fait le bon choix.
« Tu pourrais décorer cette pièce. », commenta Hadès en s'arrêtant près d'une des baies vitrées pour observer l'extérieur.
« Je ne voudrais pas abuser du privilège, qui m'est donné de séjourner ici. », répondit respectueusement la jeune femme. Elle avait conscience de l'honneur que représentait de vivre à Giudecca. Faveur qui était accordée à bien peu de monde.
« Ce sont tes appartements. », lui fit remarquer l'Olympien avec un léger haussement de sourcils. C'était toujours surprenant l'immense respect dont elle faisait preuve en sa présence, alors que son cœur et son esprit désiraient tellement le considérer comme son frère. « Libre à toi de les peindre, de les décorer ou de les fleurir comme bon te semble. Dis-moi ce qui te plairait et tu l'auras. », offrit Hadès avec un sourire relativement tendre.
« J'y penserais, Seigneur Hadès. », concéda Pandore dans un léger murmure poli. Elle se mit debout et observa le Seigneur des Enfers. Finalement, après quelques secondes, elle osa s'approcher de la Déité, curieuse de savoir ce qui pouvait autant le captiver dans ce paysage austère et vide.
« Peut-être désires-tu un jardin. », proposa Hadès en désignant de la main l'espace face à eux, pour le moment occupé uniquement de roches et pierres.
« Pardon ? », questionna avec surprise Pandore.
« Un jardin à la française, à l'anglaise ou japonais… Ou autre chose, il existe tellement de sortes de jardin à notre époque. », expliqua Hadès avec amusement sans perdre le fil de son idée : décorer de manière plus plaisante les abords des appartements de sa sœur. « Des bosquets, des parterres de fleurs multicolores. Et pourquoi pas un kiosque en marbre ou fer forgé, voire des statues et des fontaines. Bref, ce qui pourrait te plaire pour profiter de cette vue et de l'extérieur. »
« Ce serait dépenser votre Cosmos divin pour une chose bien futile. », déclara doucement la jeune femme avec beaucoup de respect et en secouant doucement la tête. Elle savait mieux que personne que les Enfers et Elysion dépendaient de la vie et du Cosmos divin de leur dieu protecteur, Hadès.
« Rien de ce que tu pourrais demander ne serait futile, comme tu dis. Et ce ne serait guère une perte d'énergie ou d'argent que d'agrémenter tes appartements et le palais. », rétorqua l'Olympien sérieusement. Il savait le chemin encore long avant qu'ils puissent tous les deux partager une réelle relation de frère et sœur. Mais il ferait tout ce qu'il pourrait pour y parvenir. « Nous vivons ici. Autant rendre ces lieux agréables pour tout le monde, ne crois-tu pas ? »
« Je ne suis pas la plus gradée de votre armée. », lui rappela Pandore avec douceur, consciente de ne pas être un Spectre, ni une Déité mineure servant l'Olympien.
« Non, effectivement, tu n'es pas un Spectre et tu ne possèdes aucun grade. », confirma Hadès. « Mais tu es ma sœur. » L'Olympien offrit un regard amusé à la jeune femme. Puis, il lui présenta la main. « Viens. J'ai quelque chose à te montrer. »
Sans aucune hésitation, Pandore prit la main d'Hadès. Et elle se laissa guider hors de la salle de musique. Ils longèrent silencieusement un vaste couloir décoré de flambeaux et de diverses statues rappelant les anciens mythes de la Grèce antique pour rejoindre les appartements du Seigneur des Enfers. La jeune femme s'étonna de la chaleur de la peau du Dieu contre la sienne plus tiède. Hormis quand il avait possédé Shun, Hadès lui avait toujours paru froid les rares fois où elle avait frôlé sa peau. Mais en cet instant, il émanait de lui un calme reposant, loin de l'impression de mélancolie glaciale qu'elle avait toujours ressenti en sa présence lors de la Guerre Sainte. Elle ignorait si c'était possible, mais Hadès semblait en paix avec ses propres démons. Il ressemblait plus à une Déité relativement bienveillante envers ses Spectres et les autres habitants des Enfers dépendant de lui. Cependant, il restait tout de même le Juge suprême des âmes, capable de n'avoir aucune pitié au moment de rendre son verdict pour certains crimes impardonnables à ses yeux.
Après tout Hadès ne pouvait pas changer radicalement de personnalité, restant lui aussi marqué par son passé bien long. Cependant, il avait évolué et revu sa manière d'être avec ses Guerriers Sacrés, leur accordant plus d'attention qu'autrefois. Peut-être Pandore n'avait-elle pas tort quand elle disait qu'Hadès aimait son armée et détestait les voir souffrir. C'était sans aucun doute ce qu'il était aux origines. De toute évidence, les derniers événements et côtoyer ses Spectres l'avaient adouci sur certains aspects. Et Pandore supposait que ses conversations avec la déesse Athéna et le dieu Poséidon lors des fameuses négociations pour le traité de Paix devaient aussi avoir un rôle dans ce changement de comportement, plutôt positif selon elle. Peut-être était-ce cela la vraie personnalité d'Hadès, quand il n'était pas rongé par la colère ou ses désirs de vengeance, quand il contrôlait ses émotions négatives.
Hadès s'arrêta face à une double porte qu'il ouvrit. Il pénétra dans la pièce silencieusement, suivi par Pandore. La jeune femme reconnut directement le salon – bibliothèque que l'Olympien s'était aménagé dans ses propres appartements, pièce qui lui servait de refuge quand il désirait ne point être dérangé, et où elle seule semblait avoir l'autorisation de pénétrer en temps normal. Le regard de la jeune femme fut directement attiré par l'objet insolite de la pièce : un panier en osier reposant sur le beau tapis persan face à une grande cheminée de marbre. Elle eut un regard intrigué pour l'Olympien, qui se contenta pour toute réponse d'un fin sourire énigmatique et légèrement amusé. D'un geste de la main, Hadès l'invita à approcher du panier pour en découvrir le contenu dissimulé sous une couverture. Intriguée et curieuse, Pandore s'approcha lentement et s'agenouilla face à la vaste corbeille. Et elle pinça des lèvres n'osant point soulever le tissu coloré. La curiosité avait joué un bien vilain tour à la première Pandore. Était-ce une si bonne idée d'ouvrir cette manne et d'en découvrir le contenu ? Prise d'un doute, elle suspendit son geste un instant.
Et Pandore eut un regard pour Hadès qui était confortablement installé dans son fauteuil, non loin d'elle. L'Olympien l'encouragea d'un regard, sachant la confiance aveugle qu'elle lui faisait. Après tout, il n'était pas au nombre des Déités s'étant joué d'elle à l'époque mythologique. Et il savait qu'elle ne doutait jamais de lui. Finalement, la jeune femme se décida. Elle souleva lentement la couverture. Et un oh de surprise lui échappa alors qu'une boule de poils tentait d'escalader les bords du panier pour s'en échapper. Les petites pattes avant du chiot reposaient sur le bord de sa corbeille. Il jappait de joie. Pandore approcha une main que l'animal entreprit de lécher affectueusement. Un joli sourire se peignait sur les lèvres de la jeune femme, qui prit le chiot dans ses bras pour mieux l'observer. Quant à Hadès, il affichait l'air satisfait de celui dont la stratégie avait été payante et lui avait rapporté la victoire. Après tout cela n'avait guère été compliqué pour lui, apte à sonder tous les esprits, de savoir que l'animal préféré de Pandore était le chien. Mais l'Olympien était satisfait de constater que son cadeau plaisait à sa sœur. Au moins, affichait-elle une réelle expression heureuse loin de l'air mélancolique et neutre qui lui était habituel.
« Heureux que mon présent te plaise. », commenta avec un léger amusement Hadès.
« Merci. », murmura Pandore avec reconnaissance et émotion. « Je peux réellement le garder ? » Elle semblait avoir toutes les peines du monde à y croire. Mais après tout, c'était bien la première fois depuis qu'elle était devenue la servante d'Hadès, qu'elle recevait un cadeau et de la part du Seigneur des Enfers lui-même qui plus est. C'était surprenant cette ambiance presque familiale qui régnait entre eux en cet instant dans la pièce.
« Bien sûr. », confirma l'Olympien avec un sourire relativement doux. « Si sa compagnie te rend heureuse, il est plus que le bienvenu au palais… Tu trouveras un collier dans le panier. »
Pandore coinça le chiot contre elle, et elle fouilla de sa main libre le panier. Elle en sortit un joli collier en cuir gravé et orné de pierres précieuses. S'installant plus confortablement, la jeune femme appuya son dos contre le fauteuil où s'était installé Hadès. Le chiot sur les jambes, elle entreprit de lui passer tant bien que mal le collier autour de son cou. Le petit chien n'était pas des plus coopératifs, cherchant à lécher et mordiller par jeu les fines mains blanches de sa nouvelle maîtresse provoquant les rires de la jeune femme. La scène était touchante et amusante. Hadès profita du moment pour caresser affectueusement les longues mèches ténébreuses de sa sœur, qui lui offrit pour toute réponse un sourire comblé et heureux. Au moins avait-il illuminé un peu sa journée. Et peut-être était-ce illusoire, mais il gardait l'impression d'avoir fait un pas immense dans la construction de leur relation fraternelle. Certes, il restait encore un chemin infini à parcourir pour que Pandore agisse naturellement avec lui. Mais ils progressaient tous les deux. Et cela occupait ses longues journées. Peut-être au fil du temps aurait-il plus souvent l'occasion de partager des moments simples et familiaux comme celui-ci avec sa sœur.
« Il faut le baptiser. », suggéra Hadès.
« Je vais réfléchir à un nom parfait pour lui. », promit Pandore en caressant le pelage soyeux du chiot. Elle n'aurait jamais imaginé pouvoir à nouveau adopter un chien. « Et peut-être qu'un jardin avec un banc et une fontaine bordant la salle de musique serait agréable. », ajouta-t-elle sous forme de demande indirecte. C'était la première fois qu'elle prenait la liberté de quémander quelque chose à Hadès.
« Si cela t'agrée. On peut y ajouter des plantes et fleurs aussi. », concéda gentiment Hadès, satisfait de voir Pandore s'ouvrir un peu d'elle-même.
Finalement, ce chiot était une bonne idée. Il était sa meilleure stratégie pour parvenir à ses fins et offrir à Pandore cette illusion de fratrie, qui lui tenait tant à cœur. Et l'Olympien pouvait reconnaître qu'il désirait autant qu'elle cette fratrie. C'était peut-être ce qui lui manquait le plus, lui qui vivait aux Enfers loin des autres Olympiens.
