Petit mot de l'auteure : écrit pour la 150e nuit du FoF : thème libre mais une contrainte, ne pas utiliser le mot "dire"
Marianne était arrivée en avance au salon.
Elle devait en effet exposer pour la première fois ses œuvres ; même si elles étaient signées du nom de son père, elle savait que c'était bien les siennes. Sa production, son talent enfin reconnu. Cette première exposition était donc un moment important, crucial même, celle qui déterminerait si elle connaîtrait d'autres présentation. S'assurer que tout était disposé correctement était donc la moindre des choses. Elle avait passé plusieurs minutes à regarder ses œuvres, s'approchant puis s'éloignant, afin de juger l'effet rendu. Elle avait beau savoir que de toute manière la disposition des tableaux avait été fixée et qu'elle ne pourrait protester, elle ressentait le besoin de contrôler. Tout ce qui lui permettrait d'oublier que d'ici une heure à peine, les portes s'ouvriraient et que la roue de son avenir se mettrait en route...
Après dix vérifications, Marianne dû se contraindre à arrêter, son petit manège ayant été repéré par les autres peintres venus plus tôt eux aussi – et il était hors de question de passer pour une jeune femme perdant complètement ses moyens.
Abandonnant donc ses productions, elle se dirigea vers les autres tableaux, afin d'observer ce qui se faisait autour d'elle. La première salle l'occupa une bonne demi-heure. Elle avait vu des choses plutôt intéressantes, mais ce fut la deuxième pièce qui lui réserva la plus grande des surprises.
Sur un mur était en effet exposé un portrait d'une femme blonde, aux yeux d'un bleu profonds.
Elle l'a reconnu immédiatement.
Devant elle se trouvait Héloïse.
La blonde était toujours aussi belle que dans son souvenir. Elle se tenait droite, son regard fier semblant transpercer la toile. Elle qui ne pensait jamais la revoir, la voilà qui était confrontée à son portrait... Elle n'arrivait à en détacher les yeux, alors que tous ses souvenirs remontaient à la surface. Elle ne fut sortie de sa trêve que lorsque le responsable du tableau ne vint l'interrompre.
- C'est une œuvre très réussie, n'est-ce pas ? Commenta-t-il négligemment. Je suis marchand, c'est moi qui ai déniché ce tableau à Florence. Je sens que ce Portrait de la comtesse Héloïse et de sa fille Marianne va me rapporter beaucoup.
Elle ne réalisa pas immédiatement ce que venait de déclarer le marchand.
- De sa fille... ?
- Marianne. Un nom qui ne fait pas très italien, ne trouvez-vous pas ?
Marianne ne put que balbutier un petit acquiescement. Ses pensées s'affolaient dans tous les sens alors qu'elle fixait l'enfant aux côtés de Héloïse.
Marianne...
Alors comme ça, Héloïse avait prénommé sa fille comme elle.
Elle s'était souvent demandé si leur histoire avait aussi marquante pour la blonde que pour elle. Mais avec ce portrait et le prénom qu'il transmettait, Marianne avait sa réponse : Héloïse ne l'avait jamais oublié.
Et ne l'oublierait jamais.
