Mentir aux enfants à propos de la présence de la police fut aussi difficile que de leur annoncer le départ de James à l'hôpital. Globalement, ils n'en parlèrent qu'à ceux qui seraient susceptibles de le chercher, à savoir les siens. Le moins inquiétant qu'ils trouvèrent pour leur faire garder le moral, ce fut de dire que James avait oublié qu'il devait passer des examens de santé sur plusieurs jours. Et que l'hôpital concerné étant hors de la ville, il y dormirait. En fait, James était emmené au plus proche mais ils devaient garder cela secret, dans son intérêt. Les adolescents étant moins faciles à berner, ils ajoutèrent comme élément fiable que c'était dû à "l'addiction passée" de James. Les médecins devaient juste vérifier que son organisme fonctionnait de nouveau correctement. Finalement ils le prirent assez bien, mais ils allaient probablement réclamer des visites alors il faudrait les occuper. Quant à la présence de la police, il y avait juste une suspicion de cambriolage qui s'était révélée négative. Les parents se firent tout de même un devoir de les occuper dans la maison le temps que tout ne soit terminé, tandis qu'eux restèrent sur la pelouse. Par sécurité, la chambre parentale avait été verrouillée de l'extérieur.
Alors qu'elle vérifiait le calme du voisinage, Nora eut une dernière préoccupation.
- Et la fille de ton voisin, qu'est-ce qu'elle va devenir quand son père ira en prison ?
Alors qu'elle regardait les véhicules garés devant chez le voisin, Francesca soupira.
- J'évite d'y penser. Je n'aime pas ce qu'elle a fait avec mon mari, mais j'ai trahi James aussi alors on est tous les quatre coupables. S'il était au courant et qu'il a couché avec elle pour se venger, c'est à cause de moi. Alors j'ai une dette envers lui après ce qu'il a subi. Je ne peux pas le nier, cette gamine a presque grandi dans notre famille et j'ai toujours été la mère qu'elle n'a pas eue. Elle vient souvent fêter ses anniversaires ici, avec ou sans son père. S'il le faut, je l'accueillerai ici. Après, si Jamie n'était pas au courant, on est quand même quatre personnes mal placées pour se juger.
Sans le montrer, ses amis étaient heureux de voir une telle sagesse chez elle dans des circonstances pareilles. Elle avait raison, ils avaient tous leur part de responsabilités dans cette histoire.
Du côté voisin, la porte s'ouvrit sur une belle jeune femme dont Camden devina facilement l'identité. Des mèches bleues dans une chevelure blonde, une jupe en tartan jaune par-dessus un collant en résille, pas de maquillage... mais un t-shirt Metallica représentant James. "Elle l'a vraiment dans la peau" pensa t-il. Malgré cet aspect vestimentaire libre, elle semblait extrêmement timide. Elle avait de magnifiques yeux verts clairs, lui conférant malgré cette timidité un regard envoûtant. Inutile de tourner autour du pot, l'inspecteur l'appela immédiatement par son prénom et lui demanda où trouver son père. Hésitante, elle les interrogea à ce sujet mais Camden insista juste sur le fait qu'il devait lui parler pour le moment, n'accusant pas directement sans preuve. Becca tarda à les mener à lui car elle-même ne parvint pas à le trouver, alors qu'il était présent. Bud s'était tout bonnement assis sur son propre lit, comme s'il attendait les forces de l'ordre.
- Bud Lambert ? Je suis l'inspecteur Camden. Vous savez ce qui nous amène ?
Ce dernier ne prononça pas un seul mot et serra la mâchoire.
- Papa, qu'est-ce qu'ils te veulent ? demanda Becca.
- Nous devons l'interroger. Reculez, s'ils vous plait. Êtes-vous celui qui a agressé monsieur Hetfield ?
Becca tourna la tête vers Camden, paniquée alors qu'elle pensa immédiatement à son voisin et ami.
- James ? Papa, tu lui as fait du mal ?
Bud ne répondit pas à leurs questions, ni même à celles de sa fille. Mais malgré le fait que Becca était considérée comme adulte, l'inspecteur se refusa à lui donner le moindre détail de l'agression car elle était proche des deux hommes. Le téléphone de Camden sonna à cet instant : c'était le chef scientifique chez les Hetfield. Une de ses collègues avait trouvé une barre de fer assez large dans la gouttière sous la fenêtre de la chambre, couverte de sang. De plus, il y avait des empreintes partout. Bud avait donc agi sans la moindre prudence et n'avait pas cherché à couvrir ses traces. James s'étant armé au cours de l'agression, Bud avait involontairement lâché son arme pendant la fuite de peur de prendre une balle. C'était sûrement pour cela qu'il n'avait pas réagi à l'arrivée de la police. Il les attendait car il se savait condamné. Pour en être sûr, Camden lui fit part de ces trouvailles.
- Une barre de fer a été trouvée dans la gouttière de vos voisins, avec du sang et tout un tas d'empreintes dessus et sur la fenêtre. D'après les témoignages de la famille et des amis présents à côté, cela a débordé entre vous et James aujourd'hui. Si ces empreintes sont les vôtres, je vous conseille de nous faciliter la tâche. Pensez à votre fille.
- Une... une barre en fer ? Papa, tu as fait quoi à James ? Il n'est quand même pas...
- Il est à l'hôpital, mademoiselle. Mais je n'irai pas jusqu'à dire qu'il va bien ! révéla Camden.
- Oh non !
Voir sa fille s'inquiéter autant pour celui qui la lui avait prise fut trop pour Bud, et il éclata en sanglots. Il regrettait sa façon d'agir mais le mal était fait. Il se mit brusquement debout, entraînant une levée massive d'armes sur lui au cas où il n'en sortirait une lui-même. Mais alors que la tension croissait avec intensité, il s'approcha doucement de l'inspecteur et lui tendit docilement les poignets, avant d'entendre celui-ci lui lire ses droits.
- J'avais juste prévu un coup à la figure ! murmura Bud, les yeux dans le vague.
Il ne prononça plus un mot jusqu'à être parvenu à la porte d'entrée, où Becca le prit dans ses bras. Malgré ses mains liées, il lui prit les joues et l'embrassa très fort.
- Je t'aime, et j'aurai tout fait pour toi.
En larmes, Becca lui prit nerveusement le cou.
- Je t'aime aussi papa. S'il te plaît, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Fermant rageusement les yeux, Bud hocha négativement la tête. "Tu as choisi ta famille" pensa t-il. Il préférait abréger cet instant de pure souffrance mutuelle dans leur intérêt à tous les deux. Par protection et surtout par manque d'alternative, il décida de se montrer cruel avec sa fille afin de la pousser vers le seul qui pourrait veiller sur elle désormais, malgré le mal qu'il pensait de lui. De toute façon, il ne serait plus là pour voir leur futur.
- Ne viens pas me voir en prison.
- Mais papa, j'ai besoin de toi...
- Tu n'as pas besoin d'avoir quelqu'un comme moi dans ta... vraie famille. De toute façon, tu as un autre père.
Penchant la tête face au ton accusateur de sa dernière phrase, Becca demanda sans comprendre :
- Qu'est-ce que tu as dit ?
- C'est vrai, j'oubliais qu'il est beaucoup plus que ça pour toi. Hein ?
Ce fut à cet instant précis où le temps s'arrêta dans la maison, que la jeune fille se rendit compte que son père savait ce qu'elle avait fait avec cet homme marié et beaucoup plus vieux qu'elle. De même qu'elle réalisa que c'était à l'origine de l'admission de James à l'hôpital, ainsi que de l'arrestation de son père. Probablement pour ne pas attirer l'attention du voisinage ou faire peur à sa fille, Bud poussa l'inspecteur à le mener jusqu'à la voiture pour éviter de s'emporter sur la seule famille qu'il avait eue dans la vie. Les scientifiques ayant terminé leur travail, ils attendaient l'inspecteur près du véhicule.
Le plus dur était presque passé, mais Francesca vit son voisin la regarder et elle ne put s'empêcher d'aller le voir une dernière fois. Bien que Becca était accrochée à son bras, tout était révélé alors l'épouse ne mâcha pas ses mots.
- Comment tu as pu faire ça à un être humain, Bud ?
- Ton mari a souillé ma fille. Il me l'a volée et il l'a salie ! grogna Bud, l'expression mauvaise.
- Papa...
- Il ne t'a volé personne, et surtout il n'a sali personne. Becca restera toujours ta fille.
Le blond se pencha tout doucement à son oreille et lui murmura une chose à peine audible, mais qui fit froidement changer l'expression de Francesca. Elle déglutit après une grimace d'horreur mais se reprit.
- D'accord, James a peut-être fait une connerie avec elle, mais il a toujours été son ami avant tout. Et surtout, il ne lui a fait aucun mal, alors il ne méritait pas de subir une telle chose. Depuis combien de temps je le trompais avec toi, hein ? Je n'ai jamais compris pourquoi il ne t'aimait pas, mais tu n'avais pas besoin de tomber aussi bas que lui.
Stupéfaite de découvrir cela, Becca resta très attentive.
- Je ne l'ai jamais aimé non plus, mais je me retenais parce qu'il était le seul à être comme ça. Il a commencé à me regarder de travers après le départ de Sofia.
Chez les Hetfield, la tension commençait à grimper à force de voir le tortionnaire de leur ami rester sous leurs yeux. Trujillo serrait doucement les poings, Kirk la mâchoire et Lars ne savait que penser. L'arme du crime leur ayant été révélée également, ils tentaient à tout prix de rester calmes de peur de procéder eux-mêmes à l'application de la peine de mort. Ce sujet était flou pour eux tous, mais Lars était complètement perdu. Bud ne lui avait pourtant pas fait mauvaise impression. Il lui avait semblé être un voisin lambda, poli et agréable malgré son lointain conflit avec James. Ce n'était ni la première, ni la dernière fois que ce genre de choses se produisait aussi bien entre hommes que femmes. Quel avait été celui des deux qui avait fait exploser la durite chez l'autre en premier ? Et quand ? Qui avait la personnalité la plus sensible ou borderline quand il s'agissait d'amour ? James avait du caractère et une forte personnalité, et il était jaloux comme Lars avait pu le constater. Mais qu'en était-il de Bud ? Selon Francesca, il était solitaire depuis le départ de Sofia. Il était timide et renfermé au point d'avoir déteint sur sa fille. Mais même les autres en avaient - en apparence - pensé du bien. Ils avaient juste réalisé ce qu'il se passait entre lui et James au moment où celui-ci avait tenté de le chasser de chez lui. Cette scène s'étant déroulée sous les yeux de Francesca, il ne faisait aucun doute qu'elle était un des piliers autour desquels tournaient deux points qui n'auraient jamais du entrer en contact. Le second pilier étant Becca.
- James n'a jamais cherché à prendre ta place de père. Becca est là, juste à côté de toi. Ose la regarder dans les yeux et lui dire que tu lui as tout permis.
Lambert regarda tristement cette dernière, dont les bras ne le quittaient plus. Si la jeune fille l'avait pensé un jour, elle n'avait jamais eu le courage de parler contre son père. Elle l'aimait autant que lui l'aimait.
- Demande-toi plutôt pourquoi ta fille si jeune a été réclamer ça à un homme marié et bien plus âgé. Tu lui as tout donné, c'est vrai, mais c'était uniquement pour la garder à la maison tellement tu avais peur. Sofia ne valait pas le coup que tu sacrifies ta vie et celle de ta fille. James n'a fait que donner à ta fille ce que tu l'empêches d'avoir avec un garçon de son âge. Je ne cautionne pas ce qu'ils ont fait, mais je ne leur en veux plus. Regarde-nous ! Je comprends que tu veuilles protéger ta fille de ce monde, mais tu l'as privée de son adolescence.
Becca n'en revenait pas de découvrir cet adultère liant sa voisine et son père, après avoir elle-même fait ça avec James. C'était un véritable chaos entre les deux familles. De plus, le fait que celle qu'elle considérait un peu comme sa mère venait d'avouer ne pas leur en vouloir, lui avait donné un coup au cœur. En larmes, Bud commença à accepter la vérité.
- Je sais.
- Ses amies n'osent même plus venir chez toi à cause de ton comportement. Tu te rends compte pour elle ? C'est avec mon mari qu'elle a trouvé la seule personne pour combler ce vide.
Le moment le plus déchirant arriva lorsque Becca hurla pour que son père ne soit pas embarqué. Mais il fallait que cela arrive et son père disparut au loin dans le véhicule de l'inspecteur. Francesca dut maintenir durement la jeune blonde par les épaules alors qu'elle s'écroulait dans l'herbe. Bien que n'ayant aucune pitié pour le père, Kirk décida de venir donner un coup de main à Francesca afin de parler à la jeune fille. Il leur fallait la convaincre de prendre certaines affaires et venir s'installer chez les Hetfield. Comme l'épouse l'avait fait avec Bud après qu'il n'eut appris pour sa fille et James, elle ne devait pas la laisser seule. Peut-être pourrait-elle essayer de contacter Bud plus tard, s'il changeait d'avis. Camden lui avait laissé ses coordonnées, mais il allait les tenir au courant pour les analyses ainsi que le transfert de Bud.
Après dix minutes de larmes sur le gazon, Becca retrouva le courage de se remettre debout. Les arguments de Francesca ayant fait effet, elle était partie dans la maison se chercher des affaires pour la nuit. N'étant pas en état de faire le tri dans sa tête, elle ferait les choses correctement le lendemain. Lorsqu'elle retourna sur sa propriété avec les autres, Lucy ressortit de la maison avec Robert.
- Bon, on vient d'appeler l'hôpital pour savoir comment ça s'est passé.
Leurs amis se rassemblèrent de façon à pouvoir entendre sans qu'un son ne se répande ailleurs en cas de promeneurs.
- Ça a été l'enfer pour eux, mais ils sont en train de l'examiner. Trois agents de sécurité en plus du personnel n'ont pas pu en venir à bout. Ils ont du le sédater en utilisant la force mais le pire, c'est que James a réussi à se libérer un bras à un moment, et il a étranglé une infirmière.
Leur effroi fut palpable.
- Étranglé ? demanda Lars.
- Oh mon Dieu...
- Comment elle va ? demanda Francesca.
Robert tendit les bras avec un air rassurant.
- Elle va bien, rassurez-vous. Il lui a agrippé le cou, mais il n'a pas eu le temps de serrer au point de l'étouffer. Ils l'ont tirée de là à temps, plus de peur que de mal pour elle. Il hurlait et il pleurait, il attirait trop l'attention alors ils l'ont endormi. Et le directeur de l'hôpital lui-même a du intervenir quand le nom de "James Hetfield" lui a été communiqué. Quasiment tout le personnel l'a reconnu alors il leur a fait un speech sur l'anonymat. Ils respectent leur travail, alors personne ne parlera. Ils m'ont mis au courant pour ne pas qu'on s'inquiète là-dessus, il n'y aura aucun rapace devant l'hôpital.
Après avoir encaissé ces douloureux et rassurants détails, les invités décidèrent de mettre un terme à cette houleuse journée et de rentrer, hormis Lars qui devait d'abord raccompagner Lucy chez elle. Avant de partir, ils soutinrent une dernière fois leur amie, puis ils tentèrent aussi de remonter le moral à Becca. Ils précisèrent qu'elle n'était pas seule si elle avait besoin de parler, et que malgré les accusations de son père, ce qui était arrivé à James n'était pas de sa faute. Ils promirent de revenir durant la semaine, lorsque les enfants seraient en cours. Le seul autre problème qui commençait à se soulever, c'était qu'ils avaient bien remarqué qu'ils se passait quelque chose d'étrange puisque Becca venait dormir chez eux. Ce n'était pas rare, mais d'abord la police et ensuite leur voisine et copine... Karmen souhaita bonne chance à Francesca et chacun tenta de dire au revoir aux enfants avec leur grand sourire habituel, faisant comme s'il n'était rien arrivé.
ooOOoo
Lucy n'arrêtait pas de jeter des regards à Lars pendant qu'il conduisait. Il était si nerveux que sa conduite devenait un calvaire, d'autant qu'il se savait observé. Le reste du trajet se finit alors dans un silence morose. Lorsqu'il entra chez Lucy, il se gara sous le préau et attendit de voir le portail se refermer dans le rétroviseur. Il resta longtemps avec les mains sur le volant, à penser à James et à cette journée qui avait pourtant commencé dans la bonne humeur. Ses mains tremblèrent alors qu'il se demanda si la tournure dramatique de la journée allait lui ramener son meilleur ami déchiré psychologiquement, ou en un seul morceau. Il réagit en sentant les mains de Lucy se poser dessus.
- Il va s'en remettre, arrête de te torturer comme ça. James est grand et il est fort.
Pourtant, l'autre homme inspira difficilement.
- Pour toute autre chose, j'y aurai cru. Mais pas après ce qu'il a vécu aujourd'hui. Bourré ou pas, la douleur était réelle et personne ne peut s'en tirer sans séquelles. Putain, ce salopard l'a sodomisé avec une barre de fer ! Personne ne peut mériter ça, et encore moins Jamie.
- Je sais.
- De quel droit ce type a pu se permettre ça, alors que ça...
- Calme-toi, ça ne servira à rien de ressasser cette horreur ! coupa sagement Lucy.
Ulrich ferma les yeux et grogna en se cognant volontairement contre l'appuie-tête. Inconsciemment, ses pensées le ramenèrent à la raison du pourquoi ce drame avait pu se produire et il murmura :
- J'ai ouvert la fenêtre, j'ai ouvert cette putain de fenêtre...
- Arrête tout de suite ! Je ne veux plus t'entendre parler de ça.
Cette fois, la colère de son ancienne compagne s'était faite sentir. Lars ne voulait toujours pas reconnaître que ce qui était arrivé à son meilleur ami n'était pas de sa faute, et cela risquait de longtemps le perturber émotionnellement si personne n'usait de fermeté avec lui. Ce que fit Lucy avec un speech reprenant les conditions de l'agression. L'acte de Bud n'ayant pas été prémédité, le fait qu'il ait pu trouver la fenêtre ouverte à ce moment-là n'était qu'un malheureux hasard et il fallait qu'il l'accepte.
- Dès que les visites seront autorisées, il faudra aller le voir.
Lars répondit d'une voix attristée :
- En espérant qu'il veuille bien nous voir !
- Oui, c'est à envisager qu'il refuse mais on essaiera. Il ne doit pas se renfermer sur lui-même, ce ne serait pas bon du tout. Peut-être pas tous à la fois sinon il pourrait avoir un coup de stress, il faudra qu'on s'organise avec les autres. Francesca devrait être la première puisque c'est sa femme, et ensuite nous par duos.
Étonné d'entendre ça puisqu'ils n'étaient plus ensemble, Lars lui redemanda pour être sûr.
- Tu irais aussi ?
- Évidemment ! Ça me flanque un coup de le savoir seul là-bas après ça, et puis j'étais là aujourd'hui. Le pauvre, il est attaché comme une bête en plus. Nous sommes restés ensemble pas mal de temps toi et moi, alors je le connais suffisamment pour être bonne copine avec lui. Et quand ils sauront la vérité sur nous, ça ne changera rien pour moi. Ce seront toujours mes amis.
Tournant mollement la tête vers elle, Lars sourit autant que son état le lui permit.
- Merci, vraiment.
- C'est normal.
Ils sortirent de la voiture, puis Lars ouvrit la porte de derrière pour prendre le manteau de Lucy sur la banquette, avant de lui donner lorsqu'elle le rejoignit. Ils gardèrent la tête baissée plusieurs secondes, mais ressentirent comme un déclic interdit lorsque leurs doigts se touchèrent. Ils évitèrent de se regarder mais s'étreignirent afin de se dire au revoir. Comme pour les pousser à agir, une force invisible les garda collés l'un à l'autre. Ils s'en étaient souvent amusés pendant leurs câlins amoureux, car Lars était bien plus petit que Lucy. Mais cette fois... un second déclic survint et un seul regard prolongé leur suffit pour craquer.
En ni une ni deux, Lars lui attira la tête pour prendre ses lèvres. Malgré leur rupture récente et la surprise évidente chez Lucy, sa réponse fut immédiate et positive. Elle plaqua Lars contre la voiture et ils se caressèrent dans chaque recoin, s'attardant particulièrement dans les zones érogènes. Leurs meilleurs souvenirs refirent surface et ils commencèrent à approfondir le baiser. Chaque claquement de langue, chaque choc entre leurs corps, chaque gémissement les poussait un peu plus vers l'inéluctable. N'en pouvant plus de sentir ses mains douces sur sa chair, le batteur grogna et rouvrit la porte arrière. Il allongea Lucy sur la banquette en se posant sur elle, et la déshabilla sans attendre. Son pantalon et sa culotte jetés sur le tapis, Lucy leva sa jambe libre et la glissa entre les sièges avant tandis que son ex abaissait son jean, son boxer et se repositionnait sur elle. Ils firent tout pour oublier cette journée, se touchant, s'embrassant, se caressant et se rappelant leurs doux moments d'avant.
Lucy eut à peine le temps de sentir l'organe du batteur durcir, que celui-ci s'enfonçait déjà en elle, allant et venant avec expérience et rapidité.
- J'ai toujours aimé que tu me prennes dans la voiture.
Ulrich semblait vouloir rester silencieux, mais il répondit après quelques secondes :
- Faut dire que vu ma taille, je ne m'y sens pas confiné alors c'est facile pour moi. Même si je tuerai pour dix centimètres...
- Tu n'as rien à envier aux autres. Tu es sensible, tu es fidèle, et toujours là pour aider tes amis. Pour le reste, tu as toujours été une bête au pieu et un amour quand il s'agit d'attention. N'importe quelle femme rechercherait un homme comme toi.
Réfléchissant avec regrets, il pencha la tête.
- Pourquoi on a rompu en fait ?
Ils éclatèrent de rire suite à ces compliments dignes d'une petite amie. Lars avait beaucoup de qualités à ses yeux, mais elle aussi. Ils avaient juste rompu suite à une perte réciproque de sentiments, et avaient pris les devants afin de rester de bons amis. Ils pensaient qu'innover dans leurs habitudes afin de forcer les choses aurait juste dégradé leur relation. Il se redressa sur ses bras pour pouvoir la regarder dans les yeux tout en la prenant. L'ouverture de la porte leur évitait d'avoir trop chaud, mais le t-shirt de Lars commençait tout de même à lui coller à la peau. Il balança sa casquette et retira le tissus collant avant de se sentir caressé sur tout le buste. À la fois amusée et émoustillée par son caractère, Lucy lui attrapa les fesses pour l'enfoncer plus en elle.
- Ah tu en veux plus ?
Il lui attrapa doucement la mâchoire et recommença à la pilonner, ralentissant afin de s'enfoncer davantage en elle.
- C'est excitant de faire ça entre ex, pas vrai ?
Lars s'arrêta et en admit aussi les bienfaits.
- C'est vrai. On pourrait continuer dans plein d'endroits ! Dans des chambres d'hôtels ou en pleine nature, en jouant les amants infidèles qui se voient en cachette. Ou encore dans une gare déserte, ou une cabine d'essayage...
- Espèce de gros coquin !
Ils rigolèrent en réfléchissant à cette pensée alléchante. Après s'être mis d'accord sur l'hypothèse de se revoir de cette façon, Lars reprit là où il avait arrêté. Bien que ce fut trop rapide à son goût, il s'agrippa au cou de Lucy et se mit à gémir très fort lorsqu'il éjacula, voulant être contre elle et en elle à la fois. Ils restèrent allongés plusieurs minutes avant de briser leur savoureux silence.
- J'espère qu'on n'en a pas mis sur le siège ! dit Lucy.
- On verra en se levant. Je nettoierai en rentrant si tâche il y a, ça m'occupera. Ce ne serait pas la première fois, hein ?
Après un rire en repensant à toutes ces autres fois, ils imaginèrent l'expression de leurs amis alors qu'ils montaient souvent dans cette voiture. Selon Lars, peu y prêteraient vraiment attention car nombreux étaient les couples à avoir des rapports sexuels dans leurs voitures de nos jours. Tant que c'était nettoyé après... Il imagina plutôt Kirk et James faire les gros yeux et se relever en panique, après avoir appris que "la chose" s'était déroulée juste avant qu'ils ne s'assoient. Ses deux amis n'étaient pas forcément tirés à quatre épingles tous les jours, mais ils avaient un sens de l'hygiène très sévère et ils étaient pointus sur les détails.
Alors que Lars se releva doucement pour permettre à Lucy d'en faire autant, il ramassa son t-shirt mais en l'enfilant, il eut la surprise totale de se sentir "au chaud" à nouveau. Lucy venait de refermer la bouche sur son organe reposé. Gémissant involontairement, Ulrich regarda par-dessus le portail d'entrée pour vérifier que personne ne passait, mais c'était calme. "Oh non, elle va me la réveiller" pensa t-il. Alors qu'il baissa la tête, il sut immédiatement ce qui l'attendait. Il n'allait pas s'en plaindre, il adorait les fellations et Lucy lui avait fait les meilleures. Mais il avait tendance à se montrer bruyant dans cette pratique car il adorait prendre les rênes comme un sauvage.
- Tu veux passer la nuit ici ? demanda t-elle d'un ton presque sage.
Comment résister à cette demande ? Lars accepta car même si c'était fini entre eux, ils avaient tous les deux besoin de chaleur humaine pour oublier la journée. Et de toute façon, il détestait ne pas finir ce qui était commencé. Pour preuve, il se repositionna dans l'antre chaleureux et se mit doucement à aller et venir à l'intérieur. Il écouta les gémissements osés et inconvenants émaner de la bouche qu'il régalait, et savoura la main qui le masturbait en même temps pour accentuer son excitation. La salive lui facilitant les mouvements, il immobilisa la tête de Lucy pour faire ce qu'il voulait. Commençant à durcir de nouveau, il pencha la tête en arrière en fermant les yeux, puis écouta le son de sa brusquerie qui variait selon sa vitesse en susurrant :
- J'adore baiser ta bouche... oh !
Il donna plusieurs coups rapides sans la relâcher et testa ses limites jusqu'à la faire suffoquer, puis la laissa se retirer après un couinement désespéré. Bien qu'elle haleta ensuite, Lucy sembla très excitée par son traitement.
- Moi j'adore quand tu me parles comme ça.
Sans prévenir, elle lui attrapa les fesses pour le rapprocher au maximum, récupérant son sexe dressé au passage. Rieur, Lars se rappela que l'endroit était légèrement visible et recommença à se faire plaisir. Malgré sa concentration, un autre visage s'imposa dans son esprit. Une silhouette grande, blonde et légèrement grisonnante, bien bâtie... mais tout ce qu'il y avait de plus virile. Il voyait le sourire de James, sa façon amicale mais délicate de poser les mains sur lui même en toute amitié. Mais par-dessus tout, il revécut le plaisir ressenti en sentant ses lèvres taquines dans son cou, au point d'en gémir. Gêné de ne pouvoir s'en défaire, il veilla juste à ne pas prononcer son prénom. "Qu'est-ce qui me prend ?" pensa t-il. Mais il reconnut que son orgasme approchait bien plus vite tellement il pensait à James et à ses lèvres, qu'il se mit à imaginer ailleurs. C'était bel et bien Lucy qui le suçait, mais il pensa à meilleur ami. Il imaginait Hetfield lui polir toute sa longueur avec ardeur et bestialité, comme si ça vie en dépendait, avant d'inverser les rôles et de l'allonger pour lui faire l'amour avec violence. Rougissant de penser à son ami en train de le sodomiser comme un ogre, en sueur et dominant, Lars secoua la tête et sentit son plaisir venir.
- Oh putain... Jam... oui...
S'estimant heureux d'avoir pu stopper son élan verbal sans terminer de prononcer le prénom interdit, Ulrich commença à se déverser dans la bouche de Lucy. Étouffant lorsque le fluide atteignit sa gorge, cette dernière tenta de se retirer pour le recracher mais Lars l'en empêcha, donnant de derniers coups de reins sans lui laisser d'autre choix que celui d'avaler. Entendant le sperme descendre dans sa gorge lorsqu'elle déglutit bruyamment, il grogna :
- Avale, c'est ça !
Mais Lucy s'étouffa plus encore. Quelques secondes plus tard pour lui, mais qui parurent une minute pour son ex, Lars se retira doucement. Reprenant durement sa respiration, elle toussa plusieurs fois alors que Lars réalisait à peine ce qu'il venait de lui infliger. Il lui caressa le visage et essuya la commissure de ses lèvres, avant de s'excuser en maudissant son égarement.
- Je te demande pardon. Tu vas bien ? J'aurai pas du... je suis désolé.
Impressionnée mais pas rancunière, Lucy lui prit la main.
- Ça va, je survivrai. Mais c'est vrai que... mourir étouffée par une bite serait risible dans les journaux.
- Oui, c'est... j'aurai voulu t'écouter, mais j'ai eu la tête ailleurs.
Lucy lui fit un sourire compréhensif mais suspect, puis elle le nettoya elle-même en le prenant une dernière fois dans sa bouche. Le batteur remonta son jean en la remerciant et après qu'elle ne fut sortie de la voiture, l'assista lorsqu'elle en fit autant. Ils laissèrent ouvert afin que la chaleur présente n'en sorte et vérifièrent enfin le siège. Rien à signaler sur la banquette, c'était déjà une bonne chose. Mais encore embarrassé, Lars baissa les yeux.
- Je crois que je vais rentrer, je te demande pardon pour ça.
- Laisse tomber, on ne va pas en faire une montagne.
Lucy savait qu'il s'en voulait, et qu'il craignait qu'elle ne lui mente si jamais c'était le cas pour elle aussi. Pourtant, elle insista sur le fait qu'elle voulait le voir rester et il accepta. Aussi chamboulés l'un que l'autre, ils en avaient besoin et s'enlacèrent le temps de laisser leurs hormones se reposer. Bien que cela prit quelques minutes, la voiture fut en cela libérée de tous leurs effluves corporels.
Le soir venu, ils proposèrent de s'allonger une fois qu'ils auraient grignoté un sandwich devant la télévision. Ils n'avaient envie que de calme et d'une présence réconfortante, rien que ça les comblerait du tout au tout. Par inquiétude constante, Ulrich envoya tout de même un message à Francesca afin de savoir si elle allait bien, ainsi que les enfants. Même si sa réponse positive fut assez rapide, Lars hésita à y croire mais il ne chercha pas à lui rappeler le pire en téléphonant. Elle aussi devait se reposer. Cependant, cette tournure des événements donna soudain une grosse envie de changements au batteur. Mais ils attendraient car il vit Lucy bâiller, alors il lui proposa d'aller se mettre au lit immédiatement. Une bonne nuit de sommeil entamée plus tôt les aiderait à se vider la tête. Néanmoins, ils se promirent d'appeler l'hôpital le lendemain afin d'avoir un bilan des dégâts physiques - voire psychologiques - sur James. Sa gueule de bois allait lui causer une douleur en plus, et probablement le rendre très caractériel avec les médecins.
Malgré cette pensée enviable, le batteur alterna les cauchemars et les rêves torrides... incluant James. Lorsque Lucy fut réveillée par des mouvements trop frénétiques ainsi que des sons intimement explicites, elle le réveilla en lui caressant le visage. Elle avait moult questions à lui poser mais décida de ne rien en montrer, et de le laisser respirer.
- Désolé si je ronflais ! s'excusa t-il.
Face à face, il adopta ce sourire qui la faisait fondre autrefois et s'approcha doucement d'elle en remontant la couverture sur eux. Lucy savait que ce sourire dissimulait une profonde douleur et qu'il tenait à la masquer en se réfugiant dans ce qui l'avait rendu heureux. Lorsqu'il fut pleinement conscient, il se lova contre elle et la sentit passer un bras autour de lui.
- Je ne sais pas ce que tu voyais, mais tu penses tellement à James que tu rêves de lui.
Lars cessa tout à coup de bouger et de respirer.
- Hein ?
- Tu prononces son prénom quand tu dors, petit cœur.
Là, Ulrich devint blanc comme un linge. "Je suis cuit, elle va me bombarder de questions bizarres" pensa t-il.
- Non, c'est juste que quand on se dispute, je fais souvent des cauchemars où il me casse la gueule. Et comme ça a été le bordel aujourd'hui...
Un mensonge pareil, il le regretta tout de suite. Il se sentit stupide alors que lui-même n'y aurait pas cru à la place de Lucy. Il n'osa même pas reculer la tête pour la regarder et déglutit, honteux. Afin de clarifier la situation à sa place, Lucy déposa un baiser sur son front et passa doucement une main entre eux. Longeant le rebord du bermuda de soie beige qu'elle lui avait offert, elle descendit plus bas et trouva ce qu'elle cherchait.
- Alors tu as l'air d'aimer quand il te "casse la gueule" !
Ulrich avait en effet une monstrueuse érection qu'il n'aurait jamais pu cacher, même avec plusieurs couches de vêtements. Sans plus chercher à faire le cachottier, il hocha la tête en rougissant. Le voyant chercher à se cacher le visage contre elle malgré son humour, Lucy repéra un comportement nouveau chez son ex. Hommes ou femmes, n'importe qui dans un couple pouvait faire des rêves embarrassants et entendre les brimades de son conjoint après ça. Cela pouvait finir en rires s'ils avaient l'esprit large et c'était le cas de Lucy. Malheureusement, le batteur resta muet et se renferma. Sentant qu'il n'était pas près d'en arriver là, elle se serra contre lui en ignorant la grosseur de son bas-ventre. Écoutant sa respiration irrégulière au fil des secondes, elle lui embrassa à nouveau la tête.
- Tu sais que tu peux tout me dire. Je suis là pour toi.
Elle sut que Lars avait assimilé ses mots lorsqu'il se mit à trembler violemment contre elle, et pleurer. Cette fois, elle avait compris qu'il était amoureux. Compatissante pour celui qui avait un dur revirement à affronter, elle lui caressa le dos et le garda longtemps contre elle.
- Oh mon pauvre ! Comment est-ce que tu dois te sentir ?
Ce n'était pas une question nécessitant une réponse, puisqu'elle le sentait physiquement. Les pleurs de Lars s'étaient mués en plaintes dans son cou et il l'avait totalement entourée de son bras libre, passant même une jambe derrière les siennes. Pour la première fois depuis qu'il en avait pris conscience, il allait très mal d'être amoureux de son meilleur ami, en plus de se sentir coupable de ce qui lui était arrivé. Lucy passa par tous les sujets pour tenter de lui remonter le moral, mais rien n'y fit. Ce fut uniquement lorsque sa tête commença à faire les frais de ses émotions qu'il se calma, et se replaça de façon à se recoucher. Néanmoins, il était soulagé que celle avec qui il avait longtemps partagé des sentiments ne le juge pas. Les yeux rougis, il lui déposa un baiser sur les lèvres et la remercia.
Dès lors qu'il ouvrit les yeux, Lars songea à la longue journée qui s'annonçait. Il n'avait pas envie d'y mêler Lucie mais il savait qu'elle le ferait sans son aval. Surtout maintenant qu'elle savait ce qu'il ressentait pour James. Après avoir passé plusieurs minutes à se regarder et se caresser innocemment, ils se levèrent. Alors qu'elle s'occupait de leur préparer du café, lui attrapa le téléphone afin de savoir dans quel état était son ami. Dans la cuisine, Lucy délaissa un moment le micro-ondes en entendant son ami s'impatienter au téléphone. Elle le rejoignit et lui posa les mains sur les épaules.
- Ne te rajoute pas du stress, d'accord ? Reste positif. Déjà, James n'est plus bourré. C'est un poids en moins alors il se montre peut-être plus réceptif aux contacts qu'hier.
Elle le vit acquiescer, puis retourna dans la cuisine afin de finir de réchauffer le café. Malgré ses bons mots, cela traîna au téléphone et Lars perdit patience. Ils burent donc leur café en restant debout l'un contre l'autre comme ils le faisaient autrefois. "Café et câlins du matin" était leur devise, quand celle-ci ne se mélangeait pas avec autre chose. Lars n'y pouvait rien, d'autant que la soie ne permettait pas de plaquer son organe sur le côté. Il était à l'aise dans ce bermuda, voire trop. Son sexe était totalement raide et planté vers Lucy, qui en saliva.
- C'est un appel urgent, monsieur Ulrich ?
Rigolant, ce dernier resta serein sans rompre leur étreinte. Il délaissait souvent ses érections car il s'imposait de garder le dessus sur ses instincts naturels, chose que Lucy avait toujours grandement apprécié. Ce n'était que dans les moments où il la sentait envieuse qu'il se permettait de faire le premier pas. De temps en temps, c'était même elle qui le faisait sauf si bien sûr, elle ne le sentait pas d'humeur. Il y avait toujours eu de fortes similitudes entre leurs personnalités, ce qui faisait qu'ils se comprenaient parfaitement. C'était comme s'ils étaient le reflet l'un de l'autre, tels des jumeaux.
- Ça te dérange si je vais le voir après ? Ça m'angoisse de ne pas savoir.
- Lars, tu n'as même pas à me le demander.
- Merci ! Ce qui m'énerve, c'est que je pue.
- J'ai encore quelques vêtements à toi qui traînent dans ma penderie, tu n'as pas tout récupéré de tes affaires.
- Oh ma Lulu, tu me sauves. Je me voyais mal remettre le même boxer.
Reconnaissant, il la remercia encore et ils allèrent préparer le nécessaire. Alors que Lucy ouvrit l'eau pour remplir la baignoire, Lars trouva sa brosse à dents au même endroit et la vit lui faire un clin d'œil. Elle avait même gardé ses accessoires d'hygiène. Leurs soins buccaux effectués, Lars voulut attendre que Lucy s'en aille pour se déshabiller, de peur de paraître inconvenant, mais celle-ci le bouscula en lui tapant sur les fesses.
- Allez ! Le temps que tu te décides, l'eau sera tiède. Oh et puis qu'est-ce que je t'adore là-dedans...
La sentant passer les mains sur son bermuda en soie, y compris autour de ses parties intimes, Lars gémit et demanda :
- Tu viens avec moi ? On gagnerait du temps, mais c'est comme tu veux.
- C'est vrai mais je ne veux pas te brusquer, tu aimes prendre ton temps quand tu te laves. Comme autre chose...
Sans finir sa phrase, elle se laissa embrasser fougueusement par celui qui envoya leurs vêtements au sol, avant de l'entraîner dans la baignoire. Le jet étant puissant, elle fut vite remplie et ils commencèrent à se laver avec attention. Absorbés par les douceurs olfactives qui imprégnèrent la pièce, ils ralentirent leur lavage avant de se frotter mutuellement le dos en repensant à leur vie d'autrefois. Lucy étant plus grande, elle se plaqua contre le dos de Lars et ils restèrent un long moment à se caresser dans le silence.
- On est bien là.
- C'est vrai ! admit le batteur.
Sentant ses lèvres dans son cou, il passa un bras derrière lui et lui caressa les cheveux, en profitant pour les détacher au passage.
- Hum ! pesta Lucy.
Son ex se moqua car il savait qu'elle détestait avoir les cheveux détachés si elle ne les lavait pas. "Oh les femmes" pensa t-il, avant de se tourner pour l'embrasser dans l'espoir de se faire pardonner. Réceptive mais revancharde, Lucy balada une main entre ses jambes, taquinant ses bourses.
- Lulu, il faut aller à l'hôpital. Tu vas me la faire monter...
- Il ne fallait pas détacher mes cheveux, je vais devoir les laver maintenant. Alors si je dois perdre du temps, tu vas en perdre aussi.
- Chipie !
Chacun poursuivit sur sa voie, Lars lui caressant les cheveux pendant que Lucy le masturbait doucement.
- Je peux te laver les cheveux ? demanda t-il avec une mine suppliante.
Lucy accepta sans remarquer l'étincelle de malice dans les yeux du batteur lorsqu'il lui demanda gentiment de s'asseoir. Elle s'exécuta et lorsque l'homme s'abaissa face à elle, il tira sur ses cuisses et s'imposa sur elle d'un même mouvement pour l'empêcher de se relever. Tout cela pour la faire glisser en arrière de façon à lui plonger les cheveux dans l'eau.
- Et voilà ! dit-il en riant.
- Ouh alors toi, je vais te tuer.
À peine eut-elle commencé à rouspéter qu'elle attira Lars sur elle... et le reçut en elle quelques secondes plus tard. Surprise mais amusée de cette situation, elle l'embrassa avant de mettre ses jambes sur les rebords de la baignoire, l'encourageant à commencer ses mouvements.
- Tu avais quelque chose à me dire ?
- Tais-toi donc ! Essaie juste de ne pas me noyer.
Avec un ricanement, Ulrich murmura :
- Je ne te promets rien.
L'embrassant une dernière fois, il s'attela à faire partir son érection le plus rapidement possible car leur position inconfortable risquait de leur provoquer des douleurs. Il s'étala sur elle et la prit furieusement avant de sentir un bras sur sa nuque, accompagné de forts gémissements. Lorsque le reste de son corps était immobilisé, Lars pouvait faire preuve d'une puissance incroyable dans son bas-ventre quand il lui faisait l'amour. Ses coups étaient réguliers, rapides et douloureux à la fois. Sentir une partie de son corps prisonnière le rendait plus vigoureux sur le reste, mais l'excitait tellement en cet instant qu'il sentit que cela ne durerait pas. Après une minute de baisers mordants et de coups de boutoir à en inonder la salle de bain, il sentit Lucy trembler, habituel signe de sa jouissance.
- Oui, oui...
Y parvenant rien qu'à l'entente de ce son unique, il sentit sa respiration lui manquer lorsqu'il éjacula en elle dans un grognement rauque. Lui mordant le cou dans de derniers coups de reins, Lars regretta encore une fois leur rupture alors qu'ils passaient encore de bons moments tous les deux. Mais cela prendrait fin si l'un ou l'autre finissait par se trouver quelqu'un, et il le savait.
ooOOoo
À l'entrée de l'hôpital, Lucy écrasa cigarette en regardant son ex s'entretenir un peu trop fort avec le préposé à l'accueil. Cela faisait plus de deux minutes que Lars était à bout de patience et se défoulait sur le pauvre homme. Malheureusement, il y avait foule à cause d'un grave accident de la route, ceci ayant amené de nombreux patients dans un état grave. La faute n'était pas sienne, mais le jeune homme ne parvenait pas à joindre une des personnes s'occupant de "monsieur H", comme ils l'appelaient pour garder son anonymat. Il fallut attendre dix minutes pour qu'il réussisse à contacter un responsable et le faire descendre. Raccrochant son portable après avoir discuté d'horaires de visite avec Francesca, Lucy vit un homme en blouse s'approcher de Lars et s'adresser à lui de façon personnelle. Lorsqu'elle entra, son ami s'était calmé et l'écoutait avec attention. Les deux hommes s'étaient mis à l'écart pour parler. Le docteur Salomon, comme l'indiquait le nom sur sa blouse, semblait avoir du mal à canaliser l'agitation du batteur.
- Votre ami ne sortira pas avant plusieurs jours. Il a de nombreuses déchirures internes. On doit lui faire des examens pour être sûrs qu'il n'a pas d'infection. S'il ne souffrira pas d'amnésie traumatique, il aura quand même besoin d'un suivi psychologique. Et surtout de votre soutien, avec beaucoup de patience.
Plein d'assurance, Ulrich hocha la tête.
- Il aura tout de nous.
- Je suis content de l'entendre, parce qu'il y a un gros problème.
- Pire que ça ?
- Ça va être très difficile pour lui.
Les mots du médecin firent replonger Lars dans cette vive inquiétude de la veille. Bien qu'il s'en doutait, l'attitude du professionnel de santé le déstabilisait.
- Difficile comment ? Je peux le voir ? demanda Lars, las d'attendre.
- Bien sûr, oui ! J'allais y venir, il y aura plusieurs conditions à respecter.
Le batteur fut de plus en plus nerveux. Qu'y avait-il comme précaution à prendre pour voir son meilleur ami ? Ce n'était pas comme s'il allait le voir en prison tout de même ! Toute aussi impatiente, Lucy se mit en avant.
- Lesquelles ?
Le docteur les conduisit dans un bureau près d'eux pour ne pas que les détails soient publiquement révélés.
- Votre ami est extrêmement agité et il panique dès qu'on l'approche. Il faut dire qu'il s'est réveillé dans un hôpital, attaché et allongé sur le ventre. Au moins, on a pu stopper l'hémorragie. Comme il a la gueule de bois, on a de la chance parce qu'il se retient d'exploser, mais on va en baver demain quand il aura complètement récupéré. Il refuse catégoriquement qu'un homme le touche, et ça se comprend. Il a peut-être perdu quelques souvenirs d'hier, mais il sait ce qui lui est arrivé. Il n'hésite pas à nous menacer, alors il reste attaché pour notre sécurité. Il a étranglé une infirmière hier, et moi je me suis fait cracher dessus.
Voyant les mines affligées du "couple" qui s'excusa, il leva les mains en signe de pacifisme.
- On est passés outre, on ne peut pas juger comme ça. L'alcool, la peur et la douleur sont une très mauvaise combinaison. Mais quant aux examens, je ne vous apprends rien... on n'arrive pas à le soumettre à une simple inhalation d'anti-douleur tellement il est agressif. S'il refuse de nous laisser faire notre travail, nous allons être obligés de procéder à des anesthésies générales à chaque fois, et en utilisant la force. Ce serait ridicule d'en arriver là et ce serait mauvais pour notre image. Vous voulez bien faire quelque chose dans son intérêt ?
Une lueur d'espoir dans les yeux en pensant à son meilleur ami, Lars ne se fit pas prier et accepta.
- Tout ce que vous voudrez.
- Il faut à tout prix lui faire entendre raison, le convaincre aujourd'hui de se laisser soigner. Si vous y arrivez, le plus dur sera fait. On ne peut pas l'examiner s'il y a un risque de lui causer des dommages à chaque agitation. La moindre piqûre serait dangereuse s'il remue. Les soins les plus basiques et innocents nous valent un flot d'injures, même si c'est une femme qui agit. Croyez-moi, s'il n'était pas attaché, il aurait déjà tué quelqu'un. Vous devriez regarder ses poignets. Les sangles sont très costauds mais il a tellement forcé dessus qu'il en porte la trace. Le problème, c'est que si son état ne s'améliore pas, il risquerait une mauvaise prolongation de son séjour ici, mais dans une autre aile de cet établissement.
Le teint blafard et le corps figé, Ulrich déglutit.
- Vous voulez dire psychiatrique ? Non, non...
Lars perdit son sang-froid et commença à tourner en rond.
- Monsieur, votre ami est gravement atteint par ce qu'il a subi. Je sais qu'il a une femme et des enfants, et il faut les épargner le temps qu'il se reprenne.
Stoppant Lars dans ses mouvements stressés, Lucy expliqua au médecin :
- Les enfants ne savent pas ce qui est arrivé, on a du leur mentir.
- C'est mieux pour eux. Il ne doit surtout pas les voir dans cet état. S'il s'emporte, il va les terroriser parce que croyez-moi, vous n'allez pas le reconnaître. J'imagine fort bien qu'il les aime, ce sont ses enfants, mais il pourrait leur faire du mal sans le vouloir.
Après avoir accepté cette nuée de détails perturbants, les visiteurs se laissèrent guider à l'étage concerné. "Heureusement qu'on a le visage caché, il y a du monde" pensa Lars. Avant de parvenir à la chambre, le docteur s'arrêta et ouvrit une porte sur leur droite. Excepté lui, le directeur et les agents de sécurité postés à cet étage, il y avait uniquement trois personnes dans le corps médical autorisées à s'approcher de la chambre. Salomon les leur présenta car en cas de problème, ce serait eux qu'il faudrait prévenir. Deux infirmières volontaires avaient été demandées mais malgré la nature de l'agression, il y avait tout de même un homme afin de compléter les compétences nécessaires pour soigner James. Malheureusement, l'hôpital ne comportait pas de praticienne de son niveau. Les infirmières se présentèrent : Hansen et Vickers, ainsi que le praticien, Blower. Lars apprit d'ailleurs que Hansen était celle qui avait subi la prise de James la veille. Elle était pourtant là, à se présenter poliment à eux. Ceci étant dans sa nature, Lars s'excusa de la part de son ami, mais fut heureux d'entendre que malgré son état impossible, James avait pris la peine de le faire également en la voyant.
Afin de garder son admission ici secrète, il y avait eu des consignes très claires et la moindre dérogation équivalait à un renvoi immédiat pour le contrevenant. Personne d'autre ne savait ni ne devait savoir pour le chanteur, y compris le reste du personnel. Voilà pourquoi ils étaient les seuls à prévenir. Certains ayant reconnu James et les autres étant renseignés sur-le-champ, ils avaient eu droit à un speech sur le serment d'Hippocrate, l'anonymat, la sécurité et surtout, ils avaient eu ordre de rester professionnels. Ils ne devaient pas laisser leurs émotions prendre le dessus. Salomon ne leur révéla pas ce fait, mais l'un des trois médecins s'occupant de James était un véritable fanatique du groupe Metallica, alors son visage avait immédiatement trahi sa haine et sa tristesse en apprenant ce qu'il avait subi. Mais en professionnel, il avait surmonté cela et il tolérait droitement de recevoir des insultes ou des menaces de la part de celui qui était son patient.
Lorsqu'ils retournèrent dans le couloir, ils parvinrent au niveau d'une porte coupe-feu où se tenait un agent de sécurité. Celui-ci se mit à les accompagner jusqu'à la chambre désirée. Sans surprise, les stores étaient baissés sur les baies vitrées comme la porte. D'après le médecin, si James était réveillé en cet instant, sa tête serait tournée vers la porte. Il veillait toujours à surveiller si quelqu'un allait entrer et l'approcher, au cas où il devrait se mettre sur ses gardes.
- Ne vous en faites pas, je suis derrière si besoin ! assura l'agent.
Ulrich hocha la tête. Le médecin repartit en les saluant et le géant ouvrit la porte, laissant effectivement voir un visage affaibli par les émotions et la souffrance. Il se braqua immédiatement, mais son vis-à-vis resta à l'entrée.
- Monsieur, deux de vos amis sont venus vous voir. Ils repartiront dès que vous en aurez envie.
Sa voix était calme et naturelle, pleine d'assurance, ce qui redonna du courage à Lars et Lucy lorsqu'ils se présentèrent à l'encadrement.
- Jamie !
à suivre...
