Hetfield ne portait que sa blouse de patient avec un caleçon, ce qui faisait qu'il se sentait nu et exposé à un potentiel danger. De plus, les sangles en rajoutaient une couche et rendait sa peur constante. Mais afin qu'il ne se sente plus en sécurité, les médecins l'avaient recouvert entièrement par les draps, la couverture du lit et en avaient même rajouté une.

- Alors mon grand !

Lars rompit toute distance entre lui et le lit. Il avait envie de le serrer contre lui et lui demander comment il allait, mais il savait que c'était la dernière chose à faire. Son ami allait mal, bien sûr ! Décidant de ne laisser aucun silence s'installer de peur de perdre progressivement le courage de parler, le batteur en vint à l'essentiel. Il veilla à ne montrer ni douleur, ni pitié dans son regard. L'aîné étant calme, un analgésique avait déjà dû lui être administré il y a peu, par la force mais dans son intérêt.

- Jamie, il faut que tu te laisses soigner. Je sais que tu as peur, mais personne ne te fera de mal ici. C'est le seul moyen de sortir rapidement, tu comprends ? On veut que tu sortes nous aussi, mais on n'a aucune influence sur l'avis d'un médecin. Ta santé passe avant notre amitié pour eux. Je serais prêt à passer mes nuits ici si tu me le demandais, si tu pouvais me jurer que tu te sentirais rassuré. Si tu te laissais examiner...

À ce moment, son ami se braqua en tirant sur la sangle la plus proche de Lars. Par réflexe, ce dernier fit ce qu'avait demandé le médecin et jeta un œil à son poignet, dont la couleur avait une mauvaise teinte bleue. Il ne voulait pas voir cet homme reculer face à lui au point de se blesser davantage, fut-il sur un lit d'hôpital. Pour l'aider, et bien que ce ne fut pas une bonne idée, Lucy passa de l'autre côté du lit et James se retrouva encerclé, donnant de la tête des deux côtés avec une panique évidente. Mais au moins, il n'avait plus d'autre choix que de rester au milieu du lit. Elle s'abstint toutefois de poser les mains sur lui.

- Francesca a les enfants aujourd'hui, elle viendra te voir demain pendant les heures de cours. Écoute Lars ! Le temps passera beaucoup plus vite pour toi si tu laisses les médecins faire leur travail. Et au moins, ils te détacheront. Ce n'est pas humain d'être traité comme ça, mais tu étais dangereux hier. Il faut leur montrer qu'ils peuvent te faire confiance. Ils t'enlèveront peut-être les sangles aujourd'hui, qui sait ? Ce sera à la condition que tu te laisses faire. La seule chose à laquelle tu dois penser, ce sont tes amis et ta famille qui viendront te voir. Tu n'as plus rien à craindre pour ce type, il a été arrêté.

Ne sachant comment il allait le prendre, Lars repensa à Becca et lui révéla cet hébergement proposé par Francesca, malgré l'interdit franchi avec lui. Hetfield garda encore le silence mais sa bouche s'entrouvrit légèrement, ce qui était encourageant. Il les écoutait, c'était déjà ça. Il omit de parler d'éventuelles retombées psychiatriques de son traumatisme pour ne pas lui faire peur. Si tel était le cas, cela pourrait entraver son bon rétablissement. Maintenant, il décida de travailler sur le côté "contact physique". Il valait mieux qu'il tente le coup d'abord afin que son ami ne vainque sa peur, plutôt qu'un inconnu. Il se posa doucement contre lui, ne montrant aucune réaction lorsque son ami tenta de reculer. Au contraire, il resta calme et confiant.

- Je serai toujours avec toi. S'il le faut, je ferai semblant de partir et je dormirai sur la chaise.

Il pensait chaque mot mais avait dit cela sans réfléchir, car il savait parfaitement que son ami pouvait recevoir des soins en pleine nuit si nécessaire, ou même simplement un contrôle pour vérifier sa sécurité.

- Mes en...

Ses premiers mots moururent vite à cause de son mal de tête. Lorsqu'il ferma les yeux sous cette douleur aiguë, Lars se lança et lui caressa doucement les cheveux. James sursauta légèrement mais le laissa faire. Hochant la tête, Ulrich lui sourit en gardant la main sur lui.

- Tout va bien.

- C'est très bien, prends ton temps ! l'encouragea Lucy.

Dans son état rebelle et terrifié, le chanteur n'avait apparemment pas accepté d'aspirine. Ou alors était-ce risqué avec son antalgique ?

- Mes enfants... veux pas qu'ils viennent.

Ses deux amis furent au moins soulagés qu'il n'ouvre pas la bouche pour les menacer ou les insulter.

- Rassure-toi, les enfants ne savent pas ce qu'il s'est passé. On leur a dit que tu passais des examens sur plusieurs jours, pour voir si ton corps s'était bien habitué au sevrage. Ils l'ont bien pris.

- Oui ! D'ailleurs, ton fils a beau n'avoir que douze ans, mais il est un peu trop aux anges que Becca dorme chez vous. Je crois qu'il en pince pour elle.

- Le fils à son père ! souffla Lars avec un sourire en coin.

Le regard désespéré, James fixa chacun de ses poignets en tirant dessus et couina.

- J'ai envie de bouger...

Ses amis lui posèrent les mains sur les siennes afin de le calmer et l'empêcher de continuer.

- Je peux aller leur dire que tu es prêt, si vraiment tu me promets de les laisser faire. Tu t'en sentirais la force ? Je veux ta parole. Moi, si j'ose poser la main sur toi, c'est parce que je sais que tu as confiance en moi. Eux, c'est médical mais c'est vital pour toi. Crois-moi, comme Lucy l'a dit, tu sortiras bien plus vite si tu les laisses faire.

Cette dernière tenta également un contact avec lui en lui prenant la main. D'abord sans réaction, James la regarda et finit par la lui serrer doucement en retour.

- Nous aussi, on veut te revoir hors de ces murs ! murmura Lucy.

- Mais j'ai peur. J'ai peur, putain !

Leur ami était sur le point de craquer. Sa migraine l'en empêchait pour le moment, mais il commençait à trembler et à transpirer.

- Jamie ! Cette partie de ton corps sera anesthésiée quand ils s'occuperont de toi, alors tu ne sentiras absolument rien. Ils veulent seulement vérifier que tu n'as pas d'infection. Si vraiment tu as peur, ils peuvent passer par l'anesthésie générale quand il s'agira de cette partie de ton corps. C'est par intraveineuse, tu ne risques rien mais il faut que tu y passes. Le docteur Salomon a parlé de plusieurs déchirures, mais c'est sûrement bénin. Et à ton réveil, ce sera fait et tu seras tranquille. Mais pour le reste, tu dois les laisser faire sans protester. Les antibiotiques, les médocs, l'observation, sans oublier l'hygiène pour le moment... Je sais que tu n'aimes pas qu'on te touche en général, mais là c'est différent. À toi de nous dire alors, anesthésie générale ou locale ?

Après avoir fermé les yeux sous la douleur, Hetfield sentit une remontée d'alcool poindre le bout de son nez. Salivant en gardant la bouche ouverte, il rattrapa sa salive et toussa, dégoûté. Touché, Lars sortit un mouchoir en papier et lui essuya doucement la bouche. Il en avait vu des gueules de bois chez son ami, mais le fait de le voir attaché comme un animal dans cet état, avec son dégoût de lui-même et la honte de ce qui lui était arrivé... Lars déglutit, craquant jusqu'à ce qu'il ne remarque le regard réprobateur et solide de Lucy, qui hocha négativement la tête en mimant une reprise de souffle.

- Je n'ai pas envie d'être réveillé quand ils me trifouilleront le derrière, ça me fout assez honte d'avoir été...

Lars lui avait posé un doigt sur la bouche tout en lui jetant un regard dur, juste dans le but de prévenir toute culpabilité insensée. Il savait ce qu'il allait entendre et avait jugé préférable de lui couper la parole.

- Je t'arrête tout de suite. Je ne veux plus jamais entendre le mot "honte" sortir de ta bouche. Tu n'as pas demandé ça, d'accord ? Maintenant, je veux entendre ta réponse. Celle qui décidera de la durée de ton séjour ici.

Le regard douloureux et empreint de peur, James détourna les yeux avant de hocher très légèrement la tête.

- Ok !

- C'est bien, c'est très bien.

Il regarda Lucy, qui partageait sa joie et se leva dans le but d'aller prévenir le personnel pour les soins à administrer à leur ami prochainement. Le plus dur était fait. Le batteur lui proposa ensuite une alternative pour combattre sa peur. Pour une partie des soins, il n'aurait pas le droit de rester dans la même pièce que James. Pour d'autres, cela ne devrait pas déranger le personnel soignant. Peut-être feraient-ils une exception ! Lars n'hésiterait pas à demander de rester auprès de lui. Dans le pire des cas, il était même prêt à se cacher un peu partout pour leur échapper s'il le fallait, dans le but de passer la nuit à l'hôpital pour rassurer son meilleur ami. Ulrich était prêt à tout pour s'assurer que tout se déroulerait bien pour lui. Pourtant, James décida d'assumer sa décision et refusa gentiment en demandant sa main.

- Lucy ! Ne la laisse pas seule.

Attendri par son intérêt envers elle, le batteur se sentit triste sans parvenir à le cacher. Mais après ce prénom, il sut qu'il devait des explications à son ami.

- En fait, Lucy et moi on a rompu.

Face à la réaction hagarde du chanteur, Lars lui caressa les cheveux.

- C'était il y a deux mois alors ne t'en fais pas, ça n'a rien à voir avec ce qu'il s'est passé hier.

Il avait préféré mettre les choses au clair étant donné qu'ils étaient venus ensemble la veille.

- On ne ressent plus rien, c'est tout. Un couple banal ou naïf aurait cherché une étincelle dans un tas de cendres, mais Lulu et moi on sait que ça ne marche jamais. Certains s'énervent à forcer les choses, mais ils finissent par vivre inutilement ensemble. Nous, on a préféré rester amis plutôt que se faire des illusions. Comme ça, on reste amis et on se voit encore. Je ne l'avais encore dit à personne, c'est pour ça qu'on est venus ensemble chez toi.

Hetfield lui serra la main avec une moue désolée, mais il savait que son ami n'était pas partisan de la compassion. Lars était de ceux qui poursuivaient leur chemin sans regarder derrière, et sans regret. De plus, ce n'était pas comme si leur rupture s'était mal passée ! Seulement, James n'aimait pas voir son batteur rester seul. Ce dernier paraissait solide, mais il était une feuille déguisée en roc. Il semblait le plus débrouillard du monde alors qu'il dépendait des autres. Bien sûr, il ne le reconnaîtrait jamais. Les membres de Metallica l'avaient remarqué il y a longtemps : son caractère grognon n'était qu'une façade dissimulant sa fragilité. Il était celui qui déclenchait des bagarres autrefois par manque de sang-froid, alors James le protégeait toujours des retombées sans même savoir se battre. Ce n'étaient pas des coups de poings qu'il donnait aux autres. Il se contentait de les immobiliser en les menaçant verbalement, bien que ce n'était pas crédible non plus avec sa gentillesse. Seule sa grande taille et son look de rock star dissuadaient les baroudeurs.

Avoir une femme dans sa vie avait toujours aidé à canaliser Lars, dans le privé comme le professionnel. Mais la vie avait ses aléas et il changeait facilement de personnalité lorsque son environnement était perturbé, comme en cas de rupture amoureuse. James n'ayant rien remarqué ces deux derniers mois, il savait maintenant que ce n'était qu'une question de temps. Lorsqu'il redevenait célibataire, Ulrich prenait de mauvaises habitudes. La pire était la solitude car il restait enfermé chez lui le temps de se faire au changement. Cela pouvait avoir des conséquences néfastes sur son état mental, lui faisant perdre son équilibre social. S'il restait trop longtemps seul chez lui, par exemple, il pouvait se couper du monde volontairement et même de sa famille, tout ça parce qu'il s'y habituait rapidement. Parfois, il disparaissait sans laisser de mot à quiconque pour aller errer dans les campagnes. Il se nourrissait mal, voire pas du tout, et pouvait même rester au lit très tard. Dans ces périodes-là, il montrait un caractère exécrable en cas de retour brutal en société. Il était pour ainsi dire infréquentable. Le groupe et tous ses proches le savaient. Le seul point positif était que cela ne l'incitait pas à boire.

Le batteur se pencha et lui posa doucement la tête contre la sienne en murmurant :

- Je sais que tu peux le faire. Je ne sais pas s'ils vont arriver tout de suite ou pas mais si c'est le cas, je verrai si je peux les harceler pour rester.

James fit le lien avec sa rupture. Rester ici pour se focaliser sur les "restes" d'une tragédie n'allait pas aider son ami à garder la tête haute. Ça allait lui occuper l'esprit avec des pensées négatives. Il allait trop s'inquiéter, mal dormir... De toute façon, James lui avait donné sa parole et voulait la tenir.

- Non, laisse tomber. Je vais essayer.

Avec un sourire satisfait, Lars le regarda dans les yeux.

- C'est très bien. Dans ce cas, je reviendrai te voir demain après-midi. Déjà, tu n'auras plus mal à la tête.

Au moment où le chanteur acquiesça, la porte s'ouvrit de nouveau sur Lucy, accompagnée du personnel chargé de leur ami. Bien que cela le démangeait de rester avec James, Lars lui serra de nouveau la main en la sentant trembler, mais l'aîné se rattrapa en croisant son regard. Chacun des deux l'embrassèrent pendant que les médecins entamaient une discussion avec lui sur la procédure. James accepta pour cette fois l'anesthésie générale, puis ses amis lui dirent au revoir en se penchant sur lui.

- Je t'adore. À demain, mon vieux.

- Oui !

Laissant sa place à Lucy, Lars s'éloigna vers la porte avec son inquiétude toujours vivace.

- Je reviendrai te voir aussi, dès que je pourrai.

Après un regard discret vers son ami, le blond murmura :

- Il m'a dit pour vous deux.

Tout en lui passant un doigt sur la joue, Lucy répondit :

- Tu sais, c'est la vie ! On reste proches, c'est ce qui compte.

Ignorant le coup de chaleur qui s'était emparé de ses joues, Hetfield continua :

- Essaie de le voir de temps en temps, tu veux bien ? C'est mauvais pour lui de rester seul.

Bien que c'était dans leurs prévisions à tous les deux, Lucy se retint de communiquer une telle information à James sinon elle savait qu'elle ne saurait retenir un sourire trop éloquent, voire pervers rien que de penser à leurs futurs rendez-vous "galants".

- Je vais faire ce que je peux, promis.

Elle s'éloigna ensuite afin de laisser les professionnels s'occuper de leur ami. Lars vit James les regarder, une brève lueur de colère se muant à son simple rappel à l'ordre, en expression rassurée. Lars leva le pouce en lui disant que tout allait bien se passer, ce que firent également ceux qui espérèrent que leur patient ne se laisserait pas submerger par la panique.

La porte refermée, le batteur ne put s'empêcher de rester plusieurs secondes derrière en rabâchant que James aurait du le laisser rester. Il avait peur d'entendre ses hurlements si jamais il venait à trop s'éloigner dans le couloir. Lucy dut lui rappeler que son meilleur ami venait de prendre une décision, et qu'il lui fallait l'assumer. Eux deux lui avaient témoigné toute leur confiance en lui afin de l'encourager, et c'était tout ce qu'ils pouvaient faire. Elle le rassura ensuite en lui rappelant qu'il retournerait le voir le lendemain. Finalement, Ulrich hocha la tête avec un sourire.

- Au fait, qu'est-ce que vous vous racontiez à voix basse, bande de cachottiers ?

- Ah ah ! Tu voudrais le savoir, hein ?

- Ben oui ! Surtout que tu lui as caressé la joue, petite coquine.

- Jaloux !

Elle le nargua jusqu'à la sortie de l'hôpital sans pour autant répondre à sa question. Au moins, il pensait enfin à autre chose et pourrait passer une nuit paisible. Il déposa Lucy chez elle en boudant de devoir repartir. Malgré la cassure de leur couple, chacun des deux restait profondément attaché à l'autre affectivement. Il la serra contre lui une minute au moins, avant de reprendre la route vers un endroit bien plus sombre.

Chez les Hetfield, Francesca avait reçu un appel du docteur Salomon annonçant que son époux avait consenti à subir l'examen, et que celui-ci s'était déroulé sans aucun problème. Aucune infection n'avait été détectée, mais il restait les déchirures anales à soigner. Cela ne prendrait pas plus de trois ou quatre jours, à condition que James fasse tout pour sortir de l'hôpital dans les temps. Francesca avait pu exprimer son soulagement total, après avoir dû cacher son stress aux yeux des enfants toute la soirée. Quant à Becca, elle n'en avait pas eu le temps car elle était sollicitée de toute part par eux, trop heureux de sa présence. Mais lorsque tous furent couchés, Francesca avait eu une longue et difficile conversation avec elle. Il lui avait fallu rester diplomate, sans juger ni s'emporter contre celle qui, malgré son lien amical et quasi-familial avec eux, avait couché avec son mari. Après tout, elle venait aussi de perdre son père d'une certaine manière et en partie à cause de ce rapport que Francesca avait également entretenu avec Bud. Elle garda pour elle sa visite du lendemain à James car elle était persuadée que même par simple amitié, Becca insisterait pour y l'accompagner. Elle préférait le voir seule d'abord, et pas directement avec la jeune fille de peur qu'il ne se sente acculé de les voir arriver en même temps. De plus, elle devait se rendre à un autre endroit où la jeune fille ne devait surtout pas l'accompagner.

ooOOoo

Le surlendemain, Francesca se réveilla à nouveau avec des courbatures, résultantes de sa deuxième nuit de sommeil désastreux. Bien que le canapé angulaire était large et confortable, penser à son époux avait un impact négatif sur son esprit et avait raccourci ses nuits. Elle n'avait pu se résoudre à dormir dans le lit marital puisque le matelas était définitivement impossible à ravoir et en plus, l'odeur du sang emplissait la pièce, l'obligeant à rouvrir cette fenêtre qui lui rappela encore le drame. James non plus ne pourrait jamais s'y rallonger, elle devait donc s'en débarrasser le plus discrètement possible. Elle en avait pleuré en frottant de toutes ses forces après l'agression. Elle était amoureuse de son mari comme au premier jour. Elle voulait qu'il revienne auprès d'elle, ses pensées chaotiques dissipées et retrouvant l'amour de sa famille. La tête ailleurs lorsqu'elle s'occupa des enfants avant leur départ en cours, elle espéra qu'il ne serait pas traumatisé au point de fuir l'ambiance familiale enjouée à son retour. Il lui faudrait même veiller à ce que les plus jeunes ne lui sautent pas dessus. Becca avait bien tenté de lui parler aussi, mais elle était trop perturbée. Au moment de partir là où elle espérait obtenir des réponses, Francesca prétexta avoir reçu un message important de Karmen et s'assura que Becca était occupée. Cette dernière n'étant plus scolarisée, elle resterait à la maison. Elle était retournée chez elle la veille, avait récupéré sa guitare et travaillait quelques accords depuis que sa douche était prise. Elle lui avait d'ailleurs assurée qu'en cas d'ennui, elle irait récupérer quelques affaires chez son père s'il le fallait, mais qu'en aucun cas elle ne partirait.

Ce début de matinée se déroula très rapidement pour Francesca. Son "rendez-vous" avait consisté à se rendre au poste où devait être entendu Bud, en attendant son incarcération. Elle avait tout simplement eu l'autorisation de Camden d'y assister, car elle avait besoin de savoir ce qu'il en était vraiment venant de Bud. Sans trop de surprise, cela s'était fini sur de la frustration et encore plus de colère. Pourtant, elle estimait toujours que son mari avait sa part de responsabilité dans ce qui était arrivé il y a maintenant deux jours. Chacun l'avait.

Sur le parking de l'hôpital, celui-ci étant pourtant gigantesque, elle eut la surprise de croiser Lars, qui apparemment n'était pas garé loin d'elle.

- Lars ! Ça va ? demanda t-elle.

Ils s'étreignirent longuement tout en s'embrassant comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des mois.

- Ça peut aller. Toi surtout, ça va ?

- Bien et mal !

Elle recula la tête et évita son regard, mais il lui prit le menton.

- Je sais que c'est dur, mais on sera tous là pour vous aider toi et James. Kirk va aller le voir en début d'après-midi et il enverra un message à Rob dès qu'il pourra y aller. Si James semble en meilleure forme, je leur dirai s'ils peuvent y aller en même temps. Il faut juste faire en sorte qu'il rentre chez vous sain d'esprit, parce que le doc m'a foutu la trouille hier. Il sait que vous avez des enfants, alors il a dit qu'interner James serait une meilleure solution pour l'aider à se remettre, plutôt que de le laisser rentrer chez lui trop tôt. C'est vrai que s'il se mettait à avoir des sursauts de terreur au moindre contact avec les enfants...

- Je les comprends, ils font leur boulot. Mais mon amour n'ira pas dans un hôpital psy. Je vais faire tout ce qu'il faut pour lui et il rentrera tout pimpant.

Après un sourire partagé, Lars mit sa capuche par-dessus sa casquette pour se cacher le visage et ils se mirent en route vers le bâtiment. Malgré sa taille, Ulrich la tint par le bras pour la soutenir autant que pour tromper les apparences. Il avoua être allé voir James la veille avec Lucy. Il partagea chaque mot du médecin, allant de la violence de James à son arrivée aux précautions à respecter : distances, contacts physiques, sujets à aborder. Il termina par la douceur utilisée afin de persuader le blond de se laisser faire, ainsi que le soulagement de l'avoir vu récupérer un peu.

- Il va sûrement mieux sans sa gueule de bois !

- Oui ! Par contre, j'aurai besoin d'aide avant son retour pour changer le matelas. J'ai bien essayé de le nettoyer mais il est fichu, je dois le dégager.

Comprenant de quoi elle parlait, le batteur acquiesça et murmura :

- Je vais le dire à Rob. Il viendra avec sa remorque demain et on ira jusqu'à la déchetterie la plus proche. Ou si tu veux, je peux le faire avec lui si tu ne veux pas qu'on te voit.

- Non, j'assume et je viendrai. J'irai demain après-midi en acheter un neuf. Déjà que ça pue le sang dans la chambre... j'ouvre la fenêtre tous les jours pour...

Elle s'était arrêtée en sentant Lars lui lâcher le bras, et ce dernier baissa la tête. L'embrassant, elle le serra contre elle en lui répétant plusieurs fois que cette tragédie n'avait pas eu lieu à cause de lui. D'ailleurs, une idée germa en elle et elle la lui communiqua : changer les meubles et la décoration de place dans la chambre, y compris le lit. Peut-être qu'ainsi James ne ressentirait pas de traumatisme à l'idée de pénétrer dans l'endroit où il avait subi cette torture ! S'il se sentait comme dans une pièce étrangère, peut-être serait-il plus à l'aise ! Très partant, Lars sourit et envoya un message collectif à leurs amis afin de se voir au plus vite pour régler ça, puis ils avancèrent vers l'accueil. Le préposé reconnut Lars mais les salua de façon neutre en hochant la tête, afin de ne pas dévoiler leurs identités. Le docteur Salomon lui avait dit que dès qu'il le verrait, il devrait immédiatement le laisser monter tout en le bipant. L'employé lui donna tout de même un papier où figuraient le numéro de l'étage ainsi que celui de la chambre, en cas d'oubli. Le remerciant, les amis montèrent et une fois qu'ils eurent plus d'intimité, la blonde parla mais assez bas.

- Au fait, il fallait que je m'excuse pour ce que je vous ai dit dans la cuisine. D'avoir prétendu que vous faisiez ça entre vous...

- Laisse, passe à autre chose ! coupa Lars, mal à l'aise.

- Non, je m'en veux. Je m'énervais de ne pas avoir le dernier mot alors j'ai dit ça au hasard.

Lars soupira contre son gré, mais il n'avait aucune envie d'aborder ce sujet aujourd'hui. Cela lui rappelait trop son "anormalité". C'était ainsi qu'il avait toujours défini son attirance envers James, pour qui lui devait être complètement indifférent. Il savait que c'était ridicule de penser ainsi, et qu'il n'était pas le premier ni le dernier homme hétérosexuel de base, à être tombé amoureux de son meilleur ami. Mais son attirance pour Hetfield le gênait étant donné qu'il était marié et père de famille. James aimait sa femme et ne devait surtout jamais l'apprendre. Comment le regarderait-il après ça ? De plus, Lars ne pouvait s'empêcher de se trouver stupide. Pourquoi James l'aimerait-il, lui ? Il était tout ce qu'il y avait de plus banal pour une femme, alors pour un homme... James était grand et beau, charmeur et tendre, parfois puérile... mais sensible derrière son côté macho. Il pouvait révéler un caractère impossible et dominant en cas de tensions dans le groupe, mais il finissait toujours par se reprendre après avoir claqué quelques portes. Les thérapies de groupe les avaient beaucoup aidés à consolider leurs liens et à vaincre les conflits. Pourtant, Hetfield était un mystère à lui tout seul car sa personnalité pouvait révéler bien des choses, comme récemment. James était le calme et la tempête, le feu et l'eau à la fois. Voilà pourquoi son meilleur ami avait craqué. Ulrich ressassait tout cela depuis longtemps et ne s'était jamais accordé le moindre espoir ou regard positif. Malgré ça, il ne pouvait pas s'empêcher de se torturer l'esprit à réfléchir sur le sujet. Il était amoureux, cela ne se commandait pas. Se focaliser sur ses sentiments l'aidait parfois à ne pas en vouloir à celui qui pouvait dépasser les bornes plus que de raison.

- Oh ! Lars ?

Perdu dans ses pensées mélancoliques, il s'était immobilisé dans l'escalier alors que Francesca était en haut à le regarder. Cette fois, elle sut que son trouble cachait quelque chose. Elle voulait savoir quoi, mais repensa à ses mots. Elle remarqua néanmoins l'air gêné et triste que son ami afficha en relevant les yeux. Il semblait complètement à l'ouest. Elle redescendit quelques marches au moment où il continua de monter. Parvenue à sa hauteur, elle lui prit les joues sans rien dire. En fait, elle avait toujours remarqué comme un lien privilégié qui unissait James et son meilleur ami, et elle s'était souvent posée des questions quant à sa signification. Mais peu importait ce lien en cet instant, elle savait avoir touché une corde sensible. Elle espéra ne pas avoir foudroyé ce lien juste en prétendant qu'ils couchaient ensemble pour passer le temps. Après tout, ils se connaissaient depuis si longtemps qu'ils avaient le contact très facile.

- J'espère que tu ne l'as pas mal interprété, cette référence. Je ne prétendais pas que tu es attiré par James ou que vous remplacez les groupies par vous-mêmes ! Je ne suis même pas homophobe, d'ailleurs. Je ne sous-entendais pas non plus que tu es homo... oh et puis je m'embourbe... Lars !

Sans même réaliser qu'elle venait de survoler le problème, elle le vit se renfermer davantage et détourna le sujet.

- Pour le reste, je l'ai dit, je n'en veux même plus à James d'avoir été infidèle. C'est juste le fait que ce soit arrivé avec une gamine qu'on a vu grandir qui me choque. J'espère vraiment qu'elle était majeure.

Alors qu'ils entamèrent le dernier escalier, qui parut encore plus long que tous les autres réunis, ce fut le batteur qui "se vengea" en posant une question gênante, mais pour laquelle il tenait à avoir une réponse. Celle-ci serait hypothétiquement une clé expliquant le comportement changeant de son meilleur ami.

- Dis, est-ce que je peux te parler de quelque chose d'assez personnel ?

- On est en plein dedans en ce moment, alors ne te gêne surtout pas ! répondit Francesca.

Ulrich s'arrêta avant de regarder derrière eux, pour être sûr que personne ne les suivait.

- Est-ce que ça va avec lui ? Pas par rapport à vos écarts conjugaux, je veux dire sexuellement. Tout se passe bien ?

La blonde le regarda avec un sourire - ou un rire contenu, il n'aurait su en juger - et se montra sincère avec son ami.

- Eh bien, si tu savais... Avec Jim, on peut juste dire que les choses "se passent". Je dirai même que ça y va, et un peu trop d'ailleurs ! Après, pour savoir si ça se passe bien ou pas, il faudrait être dans sa tête.

- Comment ça ? demanda Lars sans comprendre.

Sachant qu'elle en arrivait là où ça piquait dans leur vie intime, Francesca décida de se confier pour la toute première fois. Après tout, il fallait bien commencer par quelqu'un et peut-être que le meilleur ami de son mari était la solution adéquate. Lars était un homme fiable qui avait eu son lot de problèmes, mais aussi de confessions auprès d'elle et de James. Il était apte à encaisser et à conseiller, il avait toute sa confiance et son respect.

- James ne voit pas toujours les choses comme je les vois.

- Comme je te comprends !

Elle savait très bien que son ami évoquait les nombreux conflits d'ego traversés dans leur carrière. Dans son cas à elle, c'était très différent, bien que l'ego de James entrait sûrement en ligne de compte dans leurs problèmes sexuels. Il refusait toujours de se laisser raisonner et ne s'expliquait jamais après. Avait-il honte de sa conduite au point de tout gommer de la réalité à chaque fois ? Connaissait-il au moins son problème ? Ou refusait-il simplement de se laisser commander mais ne l'assumait pas ? Ces questions et bien d'autres encore s'amoncelèrent dans sa tête, et Francesca repensa au dernier moment où James l'avait prise de force dans la cuisine. Dernier, car c'était loin d'être un cas isolé.

- Hé, Francesca ! On aime James tous les deux, d'accord ? Je peux tout entendre.

Ne sachant pas du tout par où commencer, l'épouse tenta d'organiser ses pensées en partant de ses plus proches souvenirs.

- Tu sais, Lars, je suis allée au poste ce matin.

À en voir son expression, elle sut qu'elle avait toute son attention. Patiemment, il l'invita à s'asseoir au milieu des marches et Francesca entama son récit.

Elle avait eu l'accord de Camden pour assister à l'interrogatoire de Bud. De l'extérieur bien sûr, mais elle avait entendu tout ce qu'il avait à dire et savait qu'il n'avait pas menti. Cette barre de fer, il avait d'abord prévu de s'en servir pour tabasser son voisin. Voulant entrer dans la maison par la porte principale, il avait eu peur de croiser quelqu'un. Surtout James ! Il voulait l'assommer par derrière afin de ne pas être identifié par lui. Alors il avait contourné la maison par le passage de gauche, plus exigu que l'autre et qui était toujours désert. Celui où personne ne passait sauf dans le but de tondre. La grande terrasse arrière était divisée en deux parties par un haut mur végétal. Il y avait le côté où se trouvaient le mobilier de jardin et les invités, et celui où les parents faisaient pousser toutes sortes de plantes aromatiques et arbres fruitiers. Personne n'avait de raison d'y aller hormis eux. C'était donc par là que Bud était passé, escaladant le treillis mural tout près du mur pour atteindre la chambre.

"Putain de bordel de merde, on était à deux ou trois mètres derrière le mur" pensa Lars, les mains tremblantes de rage. Il approuva ces aveux tout en culpabilisant de nouveau.

- C'est vrai ça, le scientifique l'a dit. Mais je suis sûr que s'il avait trouvé la fenêtre fermée, Bud aurait fait demi-tour.

- Lars, je ne veux plus t'entendre t'accuser de ça. Tu n'as pas voulu ce qui est arrivé, il n'y a qu'un coupable dans l'histoire.

- Si tu le dis ! Au fait, votre treillis mène à quelle pièce ?

- Notre chambre à James et moi, directement. Il est juste en dessous. Avant que tu ne le demandes, je ne l'ai jamais fait entrer à l'intérieur. J'ai toujours été chez lui quand on couchait ensemble. Bud ne savait pas où il atterrirait en grimpant, il a juste eu de la "chance". James était profondément endormi et quand il l'a vu, il est entré discrètement. Il a vite su qu'il était bourré parce qu'il y avait encore l'odeur.

Ils attendirent un instant en silence, durant lequel Francesca passa un bras amical et rassurant derrière Lars. Ils pensèrent chacun à James différemment, à son calvaire, mais également à tout ce qui l'y avait mené.

- Tout va bien. Jamie n'est pas loin et on va aller le voir sans penser au reste. Pour en arriver à ce qui a poussé Bud à ça, c'est dans la chambre que c'est arrivé. Au début, il voulait s'en tenir à son envie et tabasser James, même dans son sommeil.

- Putain de lâche ! cracha le batteur.

- Oui ! Mais il s'est arrêté en voyant son... euh... excuse-moi, ça va devenir un peu gênant. D'après lui, James dormait sur le dos quand il est arrivé, mais il bougeait les jambes. Et surtout, il gémissait énormément et prononçait le prénom de Becca. Tu devines où je veux en venir ?

Rougissant, Ulrich sentit ses battements de cœur s'accélérer en même temps qu'il se mit à imaginer le blond dans cette position, émettant ces sons qu'il aurait adoré entendre dans d'autres circonstances.

- Même trop ! Il rêvait d'elle de façon assez crue apparemment.

- C'est ça ! Bud a regardé au niveau de son caleçon, et James avait une énorme érection. Et pire, il s'est mis à éjaculer. Bud a dit s'être mis a trembler en voyant ça et il a levé la barre à cet instant. Il voulait frapper à cet endroit, mais James a bougé et il s'est retourné. Une fois sur le ventre, il était en position de faiblesse. Bud a agi aussi vite qu'il a pu. Mais même s'il sait qu'il est condamné, il regrette ce qu'il a fait.

Les larmes aux yeux que son ami ait finalement subi tout ce mal au dernier moment pour un simple rêve érotique, Lars pleura et ne demanda qu'à pouvoir poser les mains sur lui.

- C'est vraiment lâche, c'est injuste. Tout le monde fait des rêves érotiques, c'est incontrôlable.

- Je suis d'accord.

Après l'avoir serré contre elle, elle lui proposa de se relever afin d'honorer le but de leur venue ici. Acquiesçant, le batteur la remercia et sécha ses larmes afin de ne pas les faire voir à son ami. Ils atteignirent finalement l'étage où se trouvait James, mais Lars vérifia le numéro pour ne pas se tromper de porte. Il se rappelait seulement que c'était tout au bout du couloir, car son ami était isolé de tous les autres patients. Bien que le couloir était extrêmement long, il s'étonna de ne pas voir de silhouette d'agent de sécurité comme la veille. Peut-être se relayaient-ils en ce moment même !

- J'espère que Bud se tiendra tranquille en prison. Il n'a pas voulu que Becca aille le voir alors je me demande si ce n'est pas parce qu'il prévoit de faire une connerie.

Le sort de l'agresseur ne présenta que peu d'intérêt pour Lars, mais pas le reste.

- Tu te soucis de lui ? Cette enflure a carrément violé ton mari, alors je m'en tamponne de ce qu'il peut lui arriver. Mais putain, il lui a carrément enfoncé quelque chose derrière pendant qu'il dormait. Imagine... La douleur l'a réveillé, et il a tellement bu qu'il a failli m'abattre en croyant que ce monstre revenait par la porte. Tu veux retourner voir tout le sang sur votre lit ?

Francesca le regarda méchamment pour lui avoir rappelé une telle chose. Elle rétorqua que lui-même s'était montré compréhensif envers Bud lorsque James l'avait verbalement attaqué avec les détails de sa journée avec Becca, et que lui avait souhaité à James de périr de la même façon que leur défunt ami.

- Buddy voulait seulement protéger Becca. Il n'a pas su l'élever correctement à cause de ce que Sofia a fait de lui. Pourquoi il a fallu que James fasse ça avec elle, hein ?

- Ne ramène pas encore le sujet. Tu crois que le moment est bien choisi pour t'en prendre à ton mari de cette façon ?

- Mais enfin, il s'est tapé une fille de dix-huit ans ! Dix-huit ! Si encore il dit vrai et qu'elle était majeure !

- Une fille dont tu t'es toi-même tapée le père, n'oublie pas.

Las de son laxisme, il s'arrêta une dernière fois et la disputa littéralement.

- Francesca, il va falloir que tu choisisses entre ton mari et ton amant. James a peut-être pété un fusible pour faire ça avec une fille aussi jeune, mais nous sommes en Californie et Becca est majeure, c'est le principal. Ton mari n'a pas commis de crime. Alors arrête de lui en vouloir pour une journée entière de parties de jambes en l'air, alors que toi tu couchais depuis très longtemps avec celui-là même qui lui a planté une barre de fer dans le corps. On peut largement dire que vous êtes quittes, vous avez tous les deux été infidèles. À toi de choisir si tu vas aller voir ton mari ici et maintenant, ou ton deuxième mec en taule. Moi, je vais avec mon pote alors si tu veux bien m'excuser...

Continuant sa route, il l'entendit le rejoindre et sourit inconsciemment. Ils terminèrent le reste du chemin dans le calme et la sérénité, jusqu'à ce que celle-ci ne se brise par des hurlements. Ils s'arrêtèrent instantanément pour les localiser, mais c'était inutile. Ils provenaient de la chambre de James au loin. Ils coururent en direction de celle-ci et constatèrent qu'en effet, là était la source. L'agent de sécurité canalisait le blond par une clé de bras et les médecins tentaient de lui parler, les femmes se tenant plus près que les hommes. James hurlait et lorsque Salomon les vit, il s'approcha rapidement pour leur demander de rester à l'entrée le temps que leur patient ne soit calmé. James hurlait encore et se débattait, il semblait ne voir personne autour de lui.

- Chéri ? appela Francesca.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce qu'il a ? Il était tranquille quand je l'ai laissé hier.

Lars était paniqué.

- Ne vous en faites pas, ça vient à peine de se produire. Restez juste à l'écart le temps que ça lui passe.

Vickers était la plus proche de lui en cet instant. Sans le toucher, elle murmura :

- Tout va bien, il n'y a personne. C'était un cauchemar.

Près des deux amis, Salomon expliqua comme il put.

- Il était calme depuis hier. Le problème, c'est qu'il a refusé de dormir cette nuit et il avait peur d'être dans le noir. En étant seul dans la pièce éclairée, il avait peur d'être observé depuis l'extérieur. C'est vrai que le couloir est sombre, il avait peur d'être observé derrière les stores. Et en étant dans le noir, il avait peur d'être attaqué. L'infirmière Hansen lui a proposé de rester à ses côtés et aussi de lui laisser la lumière, mais il n'avait pas confiance. Là, ça faisait à peine trois heures qu'il avait pu s'endormir, alors on pense qu'il a fait un cauchemar. Il s'est réveillé en bougeant dans tous les sens, alors Diego a voulu lui remettre ses sangles pour ne pas qu'il se blesse. Votre ami s'est débattu et il s'est levé du lit. Diego a déclenché le bouton d'alarme et il a fermé la porte le temps qu'on arrive. Entre temps, il a réussi à l'empêcher de s'agiter.

Diego était l'homme qui tenait fermement Hetfield entre ses bras, tout en lui parlant doucement pour le calmer. Étant un colosse de deux mètres, c'était une chose aisée pour lui mais il ne forçait pas sur ses muscles pour autant. Son but n'était pas d'utiliser la force sur un patient traumatisé.

- Shht... personne ne vous fera de mal. Shht...

- On peut vous aider, peut-être qu'il nous écouterait ! proposa Lars en fixant son ami avec désespoir.

Salomon hésita. À voir son expression, il n'était pas partant, mais Lars fut soulagé d'entendre son amie le soutenir.

- Je suis sûre qu'il peut nous entendre. C'est mon mari, je sais que je peux lui faire entendre raison.

Cette fois, une certaine lueur d'espoir scintilla dans les yeux du médecin et il accepta. Cependant, le personnel hospitalier était responsable de la sécurité des visiteurs en cas de patients agressifs. Il lui demanda donc de rester à une distance d'un mètre au moins, au cas où James ne libérerait un de ses bras avec violence. Les médecins formèrent un cercle en reculant alors que Lars et Francesca approchèrent doucement. Sans relâcher le patient, Diego murmura à son oreille la présence de sa famille. James toussa et pleura, mais ses hurlements perdirent en intensité. Lorsque Diego se répéta, il leva très lentement la tête sans pour autant regarder quelque chose ou quelqu'un. Il ne réalisait pas, mais son état sauta aux yeux des siens. Par rapport à la veille, l'homme n'était plus que l'ombre de lui-même. Il avait suffi d'un cauchemar pour faire vaciller son état mental. Ses yeux et son visage étaient d'une rougeur inquiétante et il s'était tellement mordu la lèvre qu'il saignait.

- Jamie ! tenta Lars.

Malgré l'avertissement du médecin, Lars eut confiance et il s'avança totalement.

- Monsieur, ne f...

Vickers s'était coupée dès lors que la main du batteur s'était posée sur la joue de son meilleur ami. Même Diego n'était pas rassuré, mais il continua de rassurer le patient.

- Regardez, James, votre ami est là. Shht... c'était juste un cauchemar, vous n'avez que des amis ici.

Les yeux terrifiés du chanteur se posèrent enfin sur Lars et il croisa son regard. Ce dernier lui caressa la joue du pouce et le rassura en silence. Plusieurs secondes furent nécessaires pour que James ne prenne conscience de qui il avait face à lui.

- C'est moi, mon pote.

Ce fut alors que Francesca imita son ami et s'agenouilla.

- Chéri !

Voyant les yeux du blond s'embuer à sa seule vue et sa bouche s'entrouvrir, elle sut qu'il la reconnaissait. Elle se précipita contre lui et le prit dans ses bras, écoutant ses pleurs. James pouvait sentir son parfum, ce qui l'aida à reprendre conscience de la réalité. Déglutissant, Lars passa sa main dans les cheveux de son ami. Rassuré, Diego décida de relâcher tout doucement les bras de James, ceux-ci finissant par se poser autour de son épouse.

- Oh mon amour ! murmura t-elle dans son cou.

Alors qu'il pleurait, il l'embrassa doucement dans le cou et murmura :

- Bébé ! Tu es venue, tu es venue...

- Évidemment ! Je t'aime tellement !

Les médecins, heureux de l'issue du problème, se retirèrent tout doucement pour leur laisser de l'intimité. Diego, lui, resta pour s'assurer que James allait se reposer sur le lit. Lars et Francesca l'y aidèrent sans rompre les contacts avec lui, puis ils se placèrent du même côté pour ne pas le forcer à se tourner. Lorsqu'il quitta la pièce, l'agent fut remercié mais il fit de même avec eux car leur présence avait été bénéfique.

Assis au milieu du lit, Hetfield leur tenait une main à chacun mais il était brûlant. Lars embrassa son ami sur la tête et partagea un sourire avec son amie.

- Je vais mouiller un gant et je reviens.

- Merci Lars !

Alors qu'il se rendait à la salle de bain, il se tourna vers le couple et sourit. Ils étaient accrochés l'un à l'autre comme s'ils craignaient que cet instant ne soit pas réel. En cet instant, il aurait adoré être à la place de Francesca pour pouvoir serrer James dans ses bras.

à suivre...