Stiles se laissa tomber à genoux sur le sol sans en ressentir la douleur. Sous le choc de ce qu'il venait de faire, il avait lâché le pistolet et tremblait comme une feuille. Le pire, c'était ses mains. Elles étaient parcourues par une tonne de fourmis et il avait du mal à bouger ses doigts correctement. Le recul d'une si petite arme était impressionnant, si bien qu'il arrivait à peine à fermer ses mains. L'acouphène qu'il eut à cet instant était si fort et désarçonnant qu'il n'entendit plus rien. Ou alors sans doute n'y avait-il plus que le silence autour de lui, ou bien était-il trop sonné pour percevoir quoi que ce soit d'extérieur. S'il y avait toutefois bien une chose qu'il sentait avec une impressionnante acuité, c'était le roulis de ses larmes sur ses joues. C'était tel qu'il pouvait presque les compter avec une certaine précision et pourtant, dieu sait qu'il y en avait.
Complètement terrifié, Stiles était incapable de réfléchir correctement, ne se concentrait pas sur les bonnes choses et privilégiait les mauvaises. Il commençait doucement à entendre de nouveau, mais son bouleversement était tel qu'il ne s'en rendait pas compte. Avait-il touché son assaillant ? L'avait-il blessé, ou pire, tué ? Stiles n'était pas un assassin et n'aspirait absolument pas à en devenir un : Allison, Donovan… Il n'avait jamais voulu ça. Dans le premier cas, il était possédé. Dans le second, il tentait désespérément de survivre à un wendigo. Stiles détestait la violence, encore plus quand elle se déroulait devant ses yeux, fonctionnels ou non. La terreur lui fit pousser un cri et il mit ses mains sur ses oreilles en fermant les paupières, bien qu'il sache que cela ne changeait rien.
- Qu'est-ce que j'ai fait… Murmura-t-il.
Il était terrifié, tout bonnement terrifié. S'il n'avait pas vécu ce mois horrible, sans doute aurait-il réagi différemment. La perte de la vue était une chose, le reste de ses mauvais traitements en était une autre. Il avait dès lors compris que le plus horrible n'était pas forcément de se faire enlever par un tueur sociopathe. Servir de cobaye était sans doute aussi terrifiant, si ce n'est plus. Ne pas savoir ce qu'on lui injectait l'avait rendu malade, aussi bien au sens propre qu'au sens figuré. Il avait passé bien peu d'heures à dormir, attaché sur ce qui devait sans doute lui servir de lit et ça, c'était quand on le laissait en paix, lorsqu'on ne venait pas le chercher en pleine nuit pour lui faire subir diverses expériences. A force et sans la vue qu'on lui avait supprimée très rapidement, Stiles avait fini par ne plus savoir faire la différence entre le jour et la nuit. La fatigue lui suffisait à se dire qu'il devait essayer de se reposer, qu'importe à quel moment elle arrivait.
Mais là, déjà que ses nuits n'étaient pas extrêmement bonnes malgré son retour chez son père… Elles n'étaient pas près de s'améliorer. Il avait tiré sur quelqu'un. Tiré sur quelqu'un.
Si Stiles n'entendait plus aucun bruit même s'il avait recouvré progressivement son ouïe, c'était tout simplement parce que l'homme ne bougeait pas. Médusé, il regardait l'adolescent, debout sur ses deux jambes et non effondré au sol, parce que la balle ne l'avait pas touché. A vrai dire, Stiles n'avait pas extrêmement bien visé et dans tous les cas, sa rapidité lupine lui aurait permis d'éviter le tir plus ou moins aisément. Sous le choc mais pas pour les mêmes raisons que l'adolescent, l'homme fit quelques pas en avant, se pencha et attrapa le pistolet que Stiles tenait auparavant entre ses mains et qui avait glissé en sa direction. Ses yeux bleu-vert regardèrent l'arme avec stupéfaction. Qu'est-ce qu'il faisait avec ça ? On était aux Etats-Unis, mais quand même…Et pourquoi lui tirer dessus alors qu'il avait essayé de lui parler, d'enrayer cette panique incompréhensible ? Stiles ne l'avait pas écouté, il avait tout de suite paniqué et cherché à se défendre. Et pourtant… Il ne lui avait voulu aucun mal ! Juste lui parler… L'hyperactif ne savait-il pas que leurs querelles, c'était du passé ? Ne commençait-il pas à le connaître ?
- Ecoute, Stiles, c'est moi… Fit-il d'une voix aussi douce que possible.
L'hyperactif sursauta violemment et chercha à se reculer, mais il ne put aller bien loin : son dos buta assez rapidement contre le mur. Sa terreur inondait les narines lupines de l'individu face à lui, qui redoubla d'efforts pour être doux :
- Stiles, c'est moi, Derek…
L'adolescent eut l'air médusé et cela, couplé à ses larmes de peur brisa le cœur du loup. Stiles avait tout simplement l'air… Traumatisé. Il resserra ses bras fins autour de son corps, comme pour se protéger et il eut, à cet instant, l'air d'un petit animal effrayé.
- Tout va bien, Stiles, je ne vais pas te faire de mal.
Mais l'hyperactif se ratatina sur lui-même et braqua ses yeux larmoyants mais éteints plus ou moins vers lui et Derek s'interrogea : qu'avait-il fait pour que le jeune homme réagisse de cette manière en sa présence ?
- C'est… C'est vraiment toi ? Souffla-t-il.
- Evidemment que c'est moi, répondit Derek, passablement surpris en se rapprochant. Enfin, tu le vois que c'est moi, quand même !
Ne connaissant absolument pas le plus gros problème de Stiles puisque celui-ci avait fait promettre à son père ainsi qu'à Melissa de ne rien dire à personne, Derek ne pouvait pas être au courant de sa cécité. En conséquence, il ne fut pas vexé, mais le brusque rappel de son état lui laboura le cœur.
- Non, murmura-t-il douloureusement, sachant pertinemment que ce simple mot ne suffirait pas à faire comprendre la situation au loup-garou.
Mais les paroles de Derek lui faisaient mal, à tel point que les larmes se multiplièrent et dévalèrent la pente raide de ses joues. Oh, le lycanthrope n'avait pas fait exprès : il ne savait juste pas ce qui lui arrivait. N'avait aucune conscience d'à quel point sa vie était brisée. Il sursauta violemment en sentant la chaleur des bras de son aîné entourer son corps alors que celui-ci s'était accroupi devant lui pour être à sa hauteur. Autre fois, Stiles se serait sans doute éloigné, aurait directement repoussé Derek, mais pas là. Non, il était terrorisé et le choc de ce qui venait de lui arriver n'était pas encore passé. Il avait besoin d'aide, de soutien, de… De parler et cette étreinte… Elle diffusait une chaleur bienvenue dans son corps froid, si bien qu'il serra ses doigts sur le haut un peu rêche de Derek – comment pouvait-il porter un truc pareil ? – sans se soucier du fait qu'il allait le froisser, et posa son front sur l'épaule du loup, essoufflé. Toute cette peur, cette rapidité, cette adrénaline, cette horreur… Tout redescendait à la fois doucement et violemment. C'était tel qu'il devait se reposer sur quelqu'un et ce quelqu'un était, par la force des choses, Derek. Il le connaissait et malgré ses résolutions de rester loin de la meute, il avait besoin de l'aide d'une personne de confiance. Oui, il avait confiance en lui autant qu'il avait confiance en son meilleur ami. Sa vie, il pourrait la lui confier sans hésiter : ils avaient beau ne pas toujours s'entendre, il était déjà arrivé qu'ils se sauvent mutuellement la vie et c'était arrivé assez souvent pour que Stiles puisse croire en Derek.
Puis, d'un coup, Stiles se rappela d'une chose, se recula légèrement en s'affolant :
- Merde ! T'es pas blessé ? Dis-moi que c'est pas… Que c'est pas grave !
Derek écarquilla les yeux en serrant le jeune homme qui avait à nouveau posé la tête sur son épaule. Il ne vérifiait pas, ne regardait pas s'il avait une blessure. Il le lui demandait.
- J'ai rien, bredouilla Derek, désemparé par l'attitude de l'adolescent dans ses bras.
Il entendit alors l'hyperactif soupirer de soulagement et se serrer contre lui, encore tremblant. Il était dans un tel état de choc que le loup n'eut pas le cœur à l'interroger, pas tout de suite. Oui, il mourait d'envie de savoir ce qui lui était arrivé, la raison pour laquelle il était en la possession d'une arme, le pourquoi du comment de ses réactions mais… Stiles n'allait pas bien et il ne pouvait pas l'obliger à lui parler s'il n'en était pas réellement capable.
- Désolé, désolé, désolé… Murmura l'hyperactif à de nombreuses reprises avant de s'arrêter progressivement, ses sanglots montants l'empêchant de continuer sa litanie.
