Il peut sentir une odeur de fumée provenant de l'autre extrémité de l'établissement. Comment est-ce possible ? Ce n'est pas humain, c'est presque animal, ce flair... Attends, je crois que je commence à comprendre.
En tant que fan inconditionnelle de Pokémon, surtout de la licence Pokémon Donjon Mystère, j'avais toujours rêvé que quelque chose comme ça m'arrive, même si cela semblait impossible. C'était un fantasme, un rêve que je n'osais à peine formuler.
Mais maintenant, ici, cela semblait devenir réalité. Bien que ce ne soit pas un Pokémon, je ressens une transformation en cours. Mais en quoi ? Je pouvais être certaine que cela ne venait pas de la Terre, étant donné que j'étais désormais capable d'entendre les pensées des autres. C'était un pouvoir étrange et inexplicable. Si c'était issu d'une série ou d'un film, je ne pourrais jamais savoir exactement quelle transformation j'expérimentais. Ou peut-être le saurais-je trop tard, une fois que tout serait déjà accompli, sans possibilité de me préparer.
C'est à ce moment que j'entendis des sanglots provenant des toilettes à côté de moi. Impuissante, je subissais moi-même le même choc. C'est aussi à ce moment-là que je réalisai que quelque chose avait changé en moi. Il était temps de retourner en classe pour éviter que la professeure ne pense que je m'étais enfuie ou autre chose.
Je me levai, pris une grande inspiration et expirai profondément pour me calmer. Mon regard se porta sur la poignée, et avec hésitation, j'ouvris la porte.
Je me hâtai de retourner en classe, traversant les couloirs de l'établissement. Des murmures inquiets circulaient parmi les rare élèves qui passaient dans les couloirs, alimentant la tension déjà présente. Mon esprit était en ébullition, cherchant à comprendre ce qui pouvait bien se passer.
Croisant d'autres élèves dans les couloirs, je ne pouvais m'empêcher de me demander s'ils ressentaient également quelque chose d'anormal. Leurs regards étaient teintés d'inquiétude, leurs expressions trahissant une confusion partagée. Une atmosphère étrange régnait dans l'école..
Pénétrant finalement dans la salle de classe, je fus accueilli par les regards interrogateurs de mes camarades. La professeure, agacée, interrompit son cours pour me réprimander.
"Où étais-tu passée ? Tu ne vas pas me faire croire que c'était juste pour aller aux toilettes," lança-t-elle avec une pointe d'irritation.
Je pris une profonde inspiration, essayant de dissimuler l'agitation qui régnait en moi. "Non, madame, j'ai soudainement eu une envie de vomir, mais ça va beaucoup mieux. J'ai préféré revenir en classe car il ne reste plus que 10 minutes de cours, et en plus, l'infirmière est en réunion," répondis-je, espérant calmer les suspicions.
La professeure, bien que méfiante, me renvoya à ma place, et la classe reprit son cours. Toutefois, le mystère qui planait dans l'air était palpable, et je ne pouvais m'empêcher de jeter des regards furtifs autour de moi, cherchant des indices parmi mes camarades.
La fin du cours passa rapidement, et dès la sonnerie, je me précipitai vers la sortie. J'avais un objectif : rejoindre mes amis. Bien que rongée par l'incompréhension, je me sentais obligée de partager ce qui m'arrivait. Mais était-ce une bonne idée ? Comment réagiraient-ils ? Je ne voulais pas qu'ils commencent à avoir peur de moi.
Perdue dans mes pensées, je ne remarquai même pas que j'étais déjà à la grille. Mes amis m'attendaient, étant sortis avant moi de l'établissement.
Je leur fis signe et me hâtai de les rejoindre. Devrais-je vraiment en parler maintenant ? Peut-être devrais-je attendre un peu ? Oui, je me dis que comme apparemment, je ne suis pas la seule touchée, il serait peut-être judicieux d'attendre que le sujet soit abordé par les chaînes de télévision. J'optai pour cette décision, prévoyant de leur en parler plus tard.
"Salut, comment se sont passés vos cours ?" demanda Mathéo.
"Oh, comme d'habitude, une journée banale," répondit Élodie, qui avait pris l'habitude de parler à la place des autres, probablement pour éviter d'être mise de côté, me confirmais-je mentalement.
"Mes cours se sont bien passés, le seul point négatif, c'est de finir à 18h," dis-je avec une grimace.
"Et moi," ajouta Mathéo, "mon prof de français m'a donné un devoir pour les vacances," conclut-il avec un soupir.
"Mais attends, tu as bien trop de devoirs, moi je n'en ai que deux, alors que toi, c'est déjà ton quatrième. Tu vas réussir à tout faire ?" demandai-je, inquiet.
"Je vais devoir étaler tout ça sur les deux semaines de vacances, mais sinon, ça devrait aller. Le seul problème, c'est que je ne serai pas trop disponible," répondit calmement Mathéo, conscient qu'il ne pouvait pas changer les choses.
Nos discussions ne menant à rien de particulier, nous nous dirigeâmes vers nos maisons. Étant assez proches les uns des autres, à moins de 200 mètres, nous considérions cela comme une chance.
Mon amitié avec Mathéo était ancienne, développée grâce à nos parents qui, après des rencontres fréquentes, étaient devenus amis. Nos familles s'entendaient à merveille.
Je vivais le plus près du lycée, Élodie était à deux rues au-dessus de moi, et Mathéo vivait à 100 mètres de chez moi. Cette proximité renforçait notre amitié.
Cela facilitait aussi nos rencontres hebdomadaires du week-end pour discuter de notre passion commune, Pokémon.
En route vers chez nous, nos discussions étaient légères, principalement centrées sur des détails du fangame et d'autres sujets sans grande importance.
De retour chez moi, Mathéo et Élodie me dirent au revoir et à demain. J'ouvris la porte calmement, retirai mes chaussures pour ne pas salir le sol, déposai mes affaires et me dirigeai vers le salon où mes parents se trouvaient.
"Salut mon chéri, alors, comment s'est passée ta journée ?" demanda ma mère en me voyant entrer dans le salon.
Vêtue d'un pull blanc qui virait au gris et d'un jean noir, elle semblait normale pour un lundi. Ses cheveux étaient coiffés en queue de cheval.
Répondant en marchant vers le grand fauteuil en cuir noir et gris du salon, je dis : "C'est ma journée la plus longue de la semaine, donc je l'ai trouvée assez longue, mais à part ça, je n'ai rien à dire," avec une pointe d'agacement, chose rare pour moi.
Voyant que je n'étais pas d'humeur à discuter, ma mère changea de sujet. "Alors, ce week-end, c'est enfin les vacances. Ton père et moi avons décidé d'aller dans le sud de la France. Ça nous changera un peu les idées. Nous partons la semaine prochaine. Je suis sûre que tu pourras en profiter pour faire une pause bien méritée, et aussi pour décompresser, étant donné que ton épreuve de français est en fin d'année et que tu as beaucoup de travail."
J'étais légèrement surpris. Habituellement, nous partions en vacances en juillet-août, mes parents préférant poser leurs congés pendant les vacances d'été en raison de leur travail.
"Tu as posé des jours de congé, non ? Normalement, vous les gardez pour les vacances d'été," demandai-je.
Ma mère fronça les sourcils. "Chaque année, nous gardons quelques jours de congé non utilisés. On a décidé de les utiliser cette fois-ci. Ne te l'avais-je pas déjà dit ?" demanda-t-elle.
"Non, je m'en souviendrais. Peut-être que tu l'as dit il y a quelque temps, je ne m'en souviens tout simplement pas," répondis-je.
Je m'assis tranquillement dans le fauteuil, prenant une petite pause, ma mère à côté de moi.
"Ne t'inquiète pas, ce n'est pas grave. J'espère que tu n'avais rien de prévu ?" continua ma mère.
"J'avais prévu quelque chose pour ce week-end, mais rien pour la semaine prochaine. Donc, je n'ai aucun problème à partir le week-end prochain," répondis-je.
"C'est réglé, le week-end prochain, nous allons nous reposer !" s'exclama ma mère.
Je m'apprêtais à partir et à me rendre dans ma chambre pour consulter les réseaux sociaux, mais je me souvins qu'il manquait un détail : la destination exacte.
Je la regardai, fronçant légèrement les sourcils. "Mais où allons-nous exactement ? Tu m'as dit qu'on irait dans le sud, mais tu ne m'as pas dit où exactement," demandai-je.
"Ce sera la surprise du voyage ! Ne t'inquiète pas, je suis sûre que tu adoreras !" répondit ma mère.
Voyant que nous n'avions plus rien à nous dire, je pris mon téléphone et consultai les réseaux sociaux. Aucune tendance ne semblait évoquer quelque chose de similaire à ce qui m'était arrivé.
Cependant, d'autres tendances semblaient plutôt alarmantes concernant le monde d'aujourd'hui.
Ne trouvant rien sur les réseaux sociaux, j'envoyai un message à mon groupe d'amis. "Bien rentrée ?" demandai-je.
Mathéo répondit : "Oui, je regarde les tendances X, mais il n'y a rien."
Adèle ajouta : "Je regarde actuellement YouTube. Et toi, Arthur, tu fais quoi ?"
Moi : "Je viens d'apprendre de ma mère que nous allons le week-end prochain dans le sud, en vacances ! Par contre, je ne sais pas du tout où exactement, ma mère veut garder la destination secrète, mais ça ne me dérange pas."
Mathéo : "Tiens, c'est la première fois que tu pars en vacances en dehors de juillet-août. Quelle en est l'occasion ?"
Moi : "C'est ce que je me suis demandé aussi. Ma mère m'a expliqué que c'était grâce à l'accumulation de quelques jours de repos, mais je me demande pourquoi maintenant. Mais bon, ce n'est pas grave."
Je regardai l'heure sur mon téléphone, il était 19h. Je montai au premier étage pour me laver. Vers 19h30, je sortis de la salle de bain et m'installai dans le lit de ma chambre.
Ma chambre, typique d'une chambre d'adolescent, comportait un lit simple, un meuble pour ranger mes affaires, et un bureau pour mes livres et devoirs. Je consultai YouTube et les réseaux sociaux, mangeai vers 20h, puis regardai YouTube jusqu'à minuit avant d'aller me coucher.
Pendant que je m'endormais, je me demandais ce qui s'était passé pendant les cours. J'avais compris l'essentiel, mais pourquoi et comment ? Ce qui me choquait le plus, c'est que personne n'en parlait ni sur les réseaux sociaux ni à la télévision. Une autre fille avait pourtant présenté des symptômes similaires au même moment que moi. Il devait y avoir une raison...
Je n'avais plus qu'à attendre et voir ce qui se passerait dans les prochains jours. J'espérais que tout s'éclaircirait. Puis, en repensant à tout cela, je me demandai quel monstre d'un film aurait des pouvoirs tels que d'entendre les pensées des autres. Il y avait de nombreux Pokémon avec ce pouvoir, mais je pensai aussi à Godzilla... Est-ce qu'un des monstres pouvait entendre les pensées des autres ?
Il était temps d'arrêter de penser à ça. Peut-être qu'un virus nous transformait en quelque chose d'inconnu, que nous n'avions jamais vu. Ce ne sont que des hypothèses, mais c'était peut-être quelque chose qui était dans ma tête, une expérience unique qui n'arriverait qu'une fois et qui ne serait que de passage.
Je m'endormis paisiblement sur cette pensée, espérant secrètement, au fond de moi, de devenir un Pokémon.
