NDA 01/07/24 : Bonjour, aujourd'hui, les chardons piquent mais demeurent en fleurs violettes magnifiques. Voici donc la suite ~

Bonne lecture à tous, et n'hésitez pas à donner votre avis sur ma vision de ce personnage si important et pourtant trop peu exploité.


Septembre 1953

Son cœur battait si fort, tandis qu'elle repensait à la demande de Dougal dans le champ de blé. Rien n'avait été plus naturel dans sa vie que de dire oui à cet homme. Et pourtant, sur le chemin du retour, elle avait pris conscience qu'elle avait fait la même erreur que sa mère… Si ses parents s'aimaient, à n'en pas douter, Minerva savait pertinemment que sa mère aurait voulu vivre sa vie avant que cette dernière ne devienne « leur vie. »

Et présentement, alors qu'elle était allongée sur le lit à baldaquin de sa chambre d'enfant, elle prenait conscience qu'il en était de même pour elle. Oui, elle voulait Dougal dans sa vie… Cet homme était si… Si doux, plein d'humour, et c'était comme si son sourire pouvait faire naitre le sien en un instant. Mais si cet amour était si fort, il pouvait bien tenir quelques années, non ? Juste le temps que, de son coté, elle sache faire sa propre vie…

Ses résultats de Poudlard étaient quasi exceptionnels, et elle savait qu'elle pourrait faire carrière dans l'enseignement, chez les aurors, au ministère ou même à son compte, il suffisait juste qu'elle se décide à faire quelque chose. Oui, elle l'aimait, à n'en pas douter non plus, elle ne s'était jamais sentie aussi bien que dans ses bras, et sa voix suffisait à la détendre, quand bien même elle se prenait la tête juste avant.

C'était une dispute avec Malcolm sur l'hérédité de leurs pouvoirs qui l'avait conduit dans le champ voisin, et elle avait ragé plusieurs dizaines de minutes sur cet abricotier, jusqu'à ce que la voix de Dougal ne raisonne, demandant si elle comptait payer les dégâts avec magie ou non. Elle avait sursauté, prise en faute, et persuadée de devoir effacer sa mémoire… Et puis elle s'était rappelée soudainement qu'elle était chez elle, et qu'en Ecosse, plus précisément dans les campagnes, c'était fréquent les sorciers et les moldus réunis en un clan.

Si cela avait été un serpentard, elle aurait répliqué directement en lui disant de se mêler de ses affaires. Mais face à lui, à ses yeux bleus félins, et sa chevelure brune bouclée, elle avait été incapable de faire quoi que ce soit à part bafouiller des excuses. Et puis, après avoir réparé l'arbre avec un peu de magie, ils avaient parlé. Enfin, il avait surtout parlé, de tout, de rien, des champs, du ciel, de la magie, de la guerre passée, des orphelins qui étaient rentré chez eux…

Elle était revenu le lendemain pour l'écouter, cela durant une semaine, et puis, elle avait réussi à lui répondre, et ils n'avaient pas cessé de parler. Elle lui avait raconté Poudlard, ses responsabilités en tant que préfète, en tant que future cheffe de clan, ses capacités. Elle lui avait montré, et il n'avait pas été émerveillé comme le serait tout moldu classique, il lui avait souri, disant qu'elle irait loin dans ce qu'elle voulait être si elle tentait quelque chose.

Ils avaient continué de parler. Jusqu'au bout. Elle de ses difficultés à se transformer en animagus, lui de devoir reprendre la ferme de ses parents suite à l'incident de son père avec une charrette dans les Highlands. Les jours s'étaient succédés sans que le temps ne semble se perdre, et puis, hier, il lui avait fait sa demande. Ce serait mentir que de dire qu'elle était restée sage en cet instant. Et Minerva se souvenait encore du goût de ses lèvres sur les siennes, et de cette sensation merveilleuse qui l'avait envahie toute entière.

Oui, elle était amoureuse. Cela ne lui était jamais arrivé jusqu'à lors, là où toutes ses camarades parlaient de leurs futurs maris, elle, n'avait rien vu venir. L'aimait-elle vraiment ? Oui. Oui sans hésiter… Voulait-elle l'épouser maintenant ? Entamer sa vie de femme au foyer alors qu'elle était faite pour être à la tête du clan ? Qu'elle avait encore toute la vie devant-elle ? Ils avaient trois ans d'écart… Ce n'était rien… Il pourrait l'attendre encore un peu… ? Oui… Elle ne doutait pas de sa patience…

Il devait être quatre ou cinq heures du matin lorsque Minerva se leva de nouveau, vêtue d'une longue robe d'été en lin verte et bleue, et d'un tablier, elle quitta le domaine pour rejoindre Dougal, qui elle le savait, s'occuperait de nettoyer les sols après le passage des ouvriers venus récolter avec lui les pommes de terre. Elle avait pris sa décision. Elle ne comptait pas l'épouser. Pas maintenant.

Elle ignorait alors que ce serait hélas, la seule fois où elle aurait pu lui dire oui.

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Octobre 1960

La matinée était plus fraiche en ce début d'octobre. Mais Minerva arborait toujours ses longues robes strictes noire et émeraudes. Etant assez jeune, elle craignait que certains élèves n'outrepassent leur statut comme elle en avait entendu parler dans certains romans de Pomona lorsqu'elles étaient plus jeunes. C'est pourquoi elle était toujours couverte jusqu'au cou, même sous forte chaleur, et avait appris à maitriser un sortilège de rafraichissement sur les vêtements.

Il était seize heure moins deux lorsqu'elle fit rentrer les deux groupes d'élèves dans sa classe, leur intimant le calme. Cependant, c'était le même effet que si elle avait parlé à un mur. Ces derniers ne cessaient de se chamailler pour une histoire de terrain de quidditch non utilisé. D'un côté, les garçons s'évertuaient à dire qu'ils étaient en droit de l'utiliser, de l'autre, les filles, se traitaient de groupies, et de tout autres noms d'oiseaux.

Elle essaya de faire cours. Sans succès, car il y avait toujours un élève de serpentard pour reprendre le conflit, et un gryffondor pour sauter dessus. Elle tenta ensuite de parler plus fort, mais là non plus, rien à faire. Il faut dire que parler plus fort que les jumeaux Prewett était quelque chose d'assez complexe, surtout qu'elle soupçonnait ces derniers d'utiliser naturellement un sonorus sur leur corde vocale pour se donner plus de présence.

Elle finit par elle-même user d'un sonorus, et le silence revient lorsqu'elle l'ordonne. Elle menace alors d'expulser quiconque ouvrir la bouche une fois encore, et retire 15 points à chacun des élèves ayant proféré des insultes et remarques juste avant.

C'est déjà plus agréable, et elle reprend son cours sur la métamorphose humaine lentement, avec plus de circonspection cependant. Il y a deux élèves au premier rang, qui semble écouter ce qu'elle dit, mais les autres continuent de se regarder en chien de faïence. Il ne suffit que d'une minute d'inattention de sa part pour expliquer le processus de métamorphose d'un membre, pour que Gideon, ou Fabian, ne vienne singer l'un de leurs camarades chez les serpentards, et c'est de nouveau la débandade.

« Madame… Vous voulez que j'aille chercher le professeur Dumbledore… ? » Demanda Susan Meadows.

Minerva voila son regard de ses paupières une seconde, avant de venir se pincer l'arête du nez et remonter ses lunettes sur cette dernière.

« Non, je sais quoi faire, miss Meadows, merci de votre sollicitude. »

Minerva conserva son silence, et vint se rendre derrière son bureau, avant de changer subitement d'apparence sous les yeux éberlués de la seule élève qui l'écoutait. Ce fut un professeur Dumbledore vêtu d'une robe rouge avec des bonbons flottant rose et dorés grimpant sur le velours du vêtement qui se présenta à sa place. Là, elle plaça un nouveau sonorus sur sa gorge, et usa d'un « silence » Assourdissant plus qu'identique à celui de son mentor.

Tous les élèves se turent, fixant en silence sa place. Minerva, toujours sous l'apparence du directeur se leva, et dévala les rangées des élèves avec le pas caractéristique du vainqueur de Grindelwald. Elle le connaissait par cœur, alors jouer son rôle, aucun problème.

« Vous me décevez, sachez-le. De telles disputes pour du Quidditch enfantin quand votre vie se joue ici. Il ne reste qu'un an avant les aspics, et beaucoup d'entre vous échoueront sans possibilité de repasser les examens plus tard. Pourtant, la métamorphose est un art plus que particulier et surtout dangereux. » Là, elle se tourna vers les jumeaux Prevett et changea brutalement d'apparence sans un mot, devenant le ministre de la magie sous les exclamations de surprise des élèves.

« Voyez ce que l'on peut faire lorsqu'on sait maitriser cet art. Voyez votre échec en devenir. Vous n'êtes que des idiots, des babouins illettrés qui ne dépasseront pas les trente ans de vie avant de vous noyer dans l'alcool et dans l'échec cuisant de votre existence. Vous me faites pitié, soyez en sûr… » Là, elle se changea en chat avec des lunettes inscrites sur son pelage et autour de ses yeux verts luisants, avant de rejoindre son bureau d'un bond impressionnant.

Et Minerva reprit son apparence d'origine, l'air sévère, mais plus que déterminé. « C'est très simple. Si vous désirez continuer cette dispute futile, vous ne reviendrez plus dans ma classe. Jamais. En revanche, si vous désirez poursuivre vos études, je vous conseille de le faire dans le silence le plus total, est-ce bien clair ? » Seulement des hochements de têtes vivaces lui répondirent, et c'est avec un sourire satisfait qu'elle reprit son cours, enfin.

Elle ne savait pas qu'elle venait de gagner le respect de tous les élèves présents.

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Fevrier 1978

L'hiver marquait les esprits, et de nombreux morts s'enchainaient sans cesse. Les mangemorts et Voldemort ne cessaient d'attaquer de toutes parts. Pourtant, si elle avait bien remarqué que les membres de cet ordre du phénix dirigé par nul autre que son ancien mentor étaient plus rapides que les aurors à se rendre sur place… Minerva était toujours loyale envers le ministère, et ce genre d'organisation pouvait nuire à l'autorité de ce dernier sur le monde magique.

C'est pourquoi elle était là aujourd'hui, dans cette ruelle sombre de l'allée des embrumes, suivant James Potter et Sirius Black, eux-mêmes en mission pour l'ordre. Sous forme de chat, mais dont elle avait maquillé l'apparence aisément, elle suivait ces deux-là avec minutie. L'avaient-ils vu ? Non, absolument pas, et elle ignorait l'objectif de leur mission, mais elle comptait bien le découvrir.

Ils débouchèrent sur une nouvelle avenue, plus sombre encore, et de la brume semblait s'échapper d'un chaudron en activité disposé en plein milieu de la voie. Mais cela n'empêcha pas la sorcière de savoir quelle direction prendre. Elle les suivait à la trace, et cet idiot de Sirius - quand bien même était doué - portait toujours autant de parfum que durant sa scolarité. Oh seuls les animaux le reconnaitraient, les animaux, et ses conquêtes. Mais Minnie doutait qu'il vienne à croiser une demoiselle de compagnie en ces lieux.

Elle grimpa sur une poubelle sans un bruit, atténuant le son de ses pattes grâce aux touffes de poils entre ses griffes. Puis, voyant qu'ils passaient la porte d'un pub malfamé, la sorcière se glissa au dernier moment entre leurs jambes pour venir elle aussi comprendre de quoi il s'agissait.

C'était un coin insalubre. Le papier peint grisonnant sentait l'urine et la colle, comme lorsqu'on tente de le replacer à chaque fois qu'il se décolle du mur. Les tables semblaient quasiment toutes bancales, et les chaises rongées par les termites. Le comptoir, à l'autre bout de la pièce, semblait encore plus sale que les verres qui se trouvaient dessus et étaient servi aux clients.

Il y avait quelques personnes encapuchonnées dans la pièce, possibles mangemorts, possibles malfrats… Mais ceux qu'elle suivait portaient le même genre de tenue. Cette filature commençait sérieusement à l'ennuyer… Les voilà qu'ils commandaient un whisky pur feu et s'accoudaient au comptoir, surveillant une table dans un coin près de la cheminée ronflantes et couverte de cendre. Cependant, en regardant de plus près, ce qu'elle vit lui fit remuer les moustaches.

Un grand homme, très blond, semblait discuter avec un autre, recouvert d'une capuche. Mais le blond, elle l'avait reconnu aussi. Lucius Malfoy, travaillant au ministère comme gestionnaire des comptes depuis trois ans maintenant. Cette surveillance ressemblait presque à un retour à Poudlard. Mais elle se contenta de suivre le duo, et d'observer leur propre cible avec attention. Elle eut donc l'occasion d'apercevoir Malfoy recevoir quelque chose dans un paquet par cet inconnu, se relever et partir…

C'est en prenant conscience que ce n'était pas lui que le duo suivait, mais bien l'homme sous la capuche que Minerva laissa poindre une légère irritation dans son comportement félin. Et voilà Severus sous sa cape, qui vient à commander une boisson à son tour, le regard perdu dans le vide… Elle pourrait presque prévoir l'altercation… Mais Sirius retient James, et les deux anciens lions quittent le bar après avoir payé.

Minerva se sent déçue… Non pas d'avoir aperçu cet échange, mais bien de constater que certains travers ont la vie dures… Elle sait que la plupart des gens n'ont pas le choix dans cette idée noire que de s'enrôler auprès de Voldemort, elle l'a bien vu avec certains élèves de serpentard, se torturant mentalement au départ de Poudlard. Et elle savait bien, dans le comportement de Severus, que ce dernier n'était pas à sa place. Persécutés et rejeter par la femme qu'il aime…

Un pincement au cœur vint étreindre celui du félin avec force en repensant à ses propres actes. Elle avait repoussé Dougal, pensant qu'il attendrait son retour… Mais non… Il avait épousé une autre femme, surement plus belle, et déjà prête pour lui… Elle lui avait donné des enfants… Et ils étaient tous morts dans la rafle anti-moldu de Voldemort, quatre mois plus tôt.

Minerva ne se posa pas plus de question, quitta le bar d'un pas vif, et partit faire son rapport au ministère, mais en son esprit, le doute persistait. Où était le bien, et le mal, dans cette situation ? Pourquoi ne voyait-elle que des âmes perdues et blessées ? Tout cela n'était qu'une histoire de choix et de persuasion… Quand le bonheur est trop complexe à atteindre pour nous seul, on commence à chercher d'autres moyens pour l'atteindre, et les premiers qui viennent ne sont pas forcément les meilleurs.

Elle en était parfaitement consciente, pour avoir choisi la facilité et le regard de ses parents, à l'amour de sa vie.