Chapitre 24 - Vérité dévoilée
Samedi 28 Mai 2022 - 22:15
Naruto regardait le plafond, les yeux dans le vide. Il commençait à broyer du noir et ce n'était pas dans ses habitudes, mais c'était de sa faute. Sa faute à lui et ses foutues drogues qu'il mettait dans ses boissons, dans sa nourriture. Ça lui retournait le cerveau, le mettait dans un état pitoyable et il reprenait à peine conscience de son environnement en ce moment même, et de ce qui venait de se produire. C'était différent d'avant. Après qu'il l'eut violé la dernière fois à son réveil, cette femme était venue le soigner rapidement, sans un mot avant de repartir après avoir fini ses soins.
Konan était revenu lui apporter de quoi se nourrir un peu plus tard. Rien de bien bon, comme d'habitude, mais il s'en contentait maintenant. Il en avait pris l'habitude. Il avait mangé sans rechigner, puis avait commencé à avoir chaud mais ce n'était pas la même sensation que la dernière dose qu'on lui avait donnée. Ce n'était pas un aphrodisiaque, il en était persuadé.
Rapidement la tête avait commencé à lui tourner et une nausée désagréable l'avait pris. Il avait vomi son déjeuner, ou son diner, peut-être même bien son petit-déjeuner, il ne savait même pas. S'en était suivis d'un état de léthargie : son corps lui avait semblé devenir aussi mou que de la guimauve, bien qu'il ait tout de même réussi à se mouvoir. Ses muscles avaient été comme du coton, et son esprit bien loin de son corps. Tout autour de lui semblait se dérouler au ralenti, comme si le temps défilait différemment. Il n'avait jamais pris de drogue, même pas les plus soft et cette sensation avait été étrange, nouvelle.
Malgré le fait d'avoir régurgité son repas, les effets ne s'étaient pas estompés, bien au contraire. Il avait eu l'impression d'être hors de son corps, comme bloqué entre un rêve et la réalité. Il avait mis un moment avant de s'y habituer. Puis Pain était revenu, l'avait choyé, caressé tendrement comme un enfant, lui susurrant des mots doux dans les oreilles, l'avait bercé contre lui. Il ne savait pas combien de temps ça avait durée, mais bien trop longtemps à son goût. Le rouquin l'avait fait boire, manger et la sensation était revenue de plus belle, encore et encore alors qu'il pensait s'en défaire.
Il avait une nouvelle fois était un pantin entre ses mains et il détestait ça. Il détestait sa faiblesse et les mots répétés du roux qui avait failli le faire flancher. Il s'était comporté comme un sauveur, un protecteur envers lui. Lui répétant qu'ils avaient besoin l'un de l'autre, de ne compter que l'un sur l'autre. Qu'ils n'y avaient qu'eux, que personne ne l'attentait en dehors, sinon, il ne serait pas rester aussi longtemps en ces lieux.
Il se souvenait d'avoir pleuré, d'avoir été réconforté mais l'image de Sasuke ne cessait de s'imposer à lui, celle de son père, de ses amis. Ces visages lui permettaient de tenir le coup, de ne pas succomber, de ne pas le croire, de ne pas oublier ce qu'il y'avait derrière ces murs. Puis Pain avait été convoqué, et l'avait laissé seul. Il s'était mis sur son lit, cherchant à reprendre ses esprits, loin de toutes nuisances qui pourraient le faire flancher.
Pain n'était toujours pas revenu, et lui, il commençait seulement à émerger. La notion du temps lui manquait et il avait l'impression d'être ici depuis des mois. Il imaginait sans mal l'inquiétude de ses amis, de Shikamaru et Kiba qui ne devait certainement pas réussir à le joindre. Et si Shikamaru était passé à l'appartement ? Il était le seul à connaitre son lieu d'habitation. S'il était tombé sur Sasuke ? Comment ça allait se passer ? Est-ce que son amant lui dirait la vérité ? Est ce qu'il nierait ?
Non, Shikamaru était intelligeant, il saurait lire entre les lignes... et puis Sasuke connaissait sa relation avec son ami y compris son implication dans ses recherches ...
"Bon sang ..."
Des pas dans le couloir résonnèrent et il ferma les yeux un instant. Était-ce Pain ? Ou bien Konan ? Allait-il une nouvelle fois devoir prendre ces merdes ? Il tourna la tête vers la porte de sa prison, attendant patiemment le nouvel arrivant. L'ouvrant métallique laissa apparaitre le roux, mais quelque chose semblait clocher. L'homme resta un moment dans l'embrasure de la porte, l'observant, les traits contrariés. En temps normal, il aurait certainement haussé un sourcil, et lui aurait lancé une pique pour le provoquer, mais il ne jouait plus depuis longtemps.
"Lève-toi. On est convoqué."
La surprise dût se lire sur son visage tant elle était grande. Convoqué ? Par qui ? Madara ? Quelqu'un d'autre ? Que se passait-il ?
"Dépêches-toi, il n'aime pas attendre."
Naruto se redressa dans son lit, se mouvant lentement, les idées pas encore totalement à leurs places. Il tangua un peu en se mettant sur ses jambes, manquant même de tomber. Il avait des questions plein la tête, l'esprit embrouillé. Pain se décala, l'attendant dans le couloir alors qu'il marchait lentement vers la sortie. Il n'avait plus de lien depuis un moment, mais l'autre savait pertinemment qu'il ne tenterait rien pour s'échapper. Il l'avait bien cerné depuis tout ce temps et il ne le savait pas totalement idiot, du moins pas suffisamment pour tenter ce genre de chose.
Alors qu'il arrivait près de la porte, il eut un éclair de lucidité et attrapa furtivement son stylo, le glissant dans l'une de ses poches arrières alors que Pain était dos à lui, patientant nerveusement. Il le rejoignit tant bien que mal et à peine fût-il à sa hauteur que ce dernier l'attrapa par le bras pour le tirer dernière lui. Il suivit le rythme autant qu'il le pût, trébuchant parfois.
Ils longèrent un moment le long couloir, partant à l'opposé de la direction qu'il prenait d'habitude et il tenta d'enregistrer le maximum d'information, son cerveau encore embrumé par les drogues ingérées. Il passa devant une salle ressemblant à une salle de restauration, ouverte sur le couloir par une sorte d'arche. Plusieurs tables et chaises étaient placées dans la pièce avec une vue sur les cuisines mais il n'eut pas le temps de s'y attarder, Pain le tirant fortement.
"Avance."
Son ton était sec, froid et nerveux. Il ne semblait pas à l'aise et cette convocation ne lui disait rien qui vaille, surtout si ça concernait sa personne. Allait-il mourir ? Etrangement, il ne ressentait aucun stresse, aucune appréhension alors que son cerveau surchauffait sous les questions. Peut-être était-ce dû à la drogue ? Ou bien peut-être qu'au fond, il s'était déjà résigné ?
Il n'eut le temps d'y penser plus longtemps car il tourna à gauche, puis à droite où le couloir semblait prendre fin. Une arche immense, creusée dans l'argile, laissa apparaitre une grande salle avec une table en bois en son centre où plusieurs personnes étaient assises. Elle semblait faiblement éclairée mais il distinguait parfaitement les silhouettes. Il voyait de mieux en mieux la pièce sous ses yeux une fois l'arche dépassée et leurs pas résonnèrent soudainement, faisant se tourner plusieurs visages vers eux.
Il observa dans un premier temps la pièce, ronde et aussi austère que les décors de cette grotte. Des torches étaient allumées et fixées le long des murs, donnant cet aspect encore plus sinistre au lieu. Deux portes étaient visibles de chaque côté de la pièce, similaires à la sienne, puis une sorte de trône dans le fond, taillé dans la pierre. Un lustre au-dessus de la table permettait de rendre moins sombre les échanges autour de la table.
Pain s'arrêta, et il se cogna contre lui, ne lui prêtant plus vraiment attention lors de son observation. Il se recula un peu, se frottant la tête à l'endroit du choc et le roux lui jeta un regard noir avant de regarder de nouveau devant lui. Il resta un peu en retrait, observant enfin les visages tournés vers eux par-dessus l'épaule de son bourreau.
Il reconnut rapidement Konan grâce à ses cheveux bleus, puis à ses côtés, un garçon au visage enfantin. Il avait des cheveux rouges en bataille et des yeux marrons. A sa gauche, un autre homme, blond aux cheveux longs, retenu en une queue de cheval dont une mèche camouflait la moitié de son visage. Le seul œil visible semblait être aussi bleus que les siens. Deux sièges étaient vides et son regard se porta de l'autre côté de la table. Ses yeux s'écarquillèrent en apercevant l'homme en face de Konan.
Kisame !
Instinctivement, il fit un pas sur le côté, juste pour vérifier qu'il ne rêvait pas mais vu l'expression surprise de ce dernier en découvrant son visage, il fût certain que non. Les yeux écarquillés un instant, le vigile détourna rapidement les yeux, l'air soudainement crispé. Il n'y croyait pas ! Kisame faisait partie de l'Akatsuki. Ce type avec qui il avait rapidement sympathisé à l'entrée du Mangekyou était un mafieux … Il ne savait même pas quoi en penser. Devait-il le voir comme un potentiel allié ? Ou bien comme un ennemi ? Ce qu'il le rassurait un temps soit peu, c'était qu'il avait l'air aussi surpris que lui.
Il ravala son étonnement et sa déception avant de continuer son analyse, tentant de se reprendre. Il tomba sur Hidan qui semblait ravi de le voir devant lui, et apparemment de la situation présente. Un sourire machiavélique barrait son visage et il se doutait bien que ce dernier devait être à l'origine de sa venue dans cette pièce. Il allait regarder le suivant quand une voix retentit au fond de la pièce.
"Ce n'est pas trop tôt ..."
Un frisson d'angoisse lui parcouru l'échine. Cette voix... Aucun doute possible ! Madara.
Il se décala rapidement, cherchant le propriétaire de la voix et il le vit s'approcher de la table, sortant d'une des portes qu'il avait vu plus tôt. Son cœur loupa un battement en le reconnaissant. Aucun doute n'était possible. Le même visage que dans ses souvenirs, les mêmes traits que ceux de la vidéo qu'il avait prise sur les quais. Cette démarche qu'il n'avait jamais pu oublier accompagnée de son aura sinistre.
"Voilà donc celui qui squatte clandestinement mon repère …"
Sasuke sortit rapidement de la douche, à peine rincé. Son téléphone sonnait et il n'y avait pas mille personnes pour le contacter, surtout à cette heure-là. Il se passa une serviette autour des hanches et s'essuya rapidement les mains avant d'attraper son bien et de le mettre sur haut-parleur.
"Ouais ?
- Salut Sasuke. Tu es déjà parti ? Demanda Neji à l'autre bout du fil.
- Non, je prenais ma douche. Qu'est-ce qui se passe ?
- Ecoutes, c'est un truc de dingue ce qui est en train de se passer. Je suis avec ton frère et Yamato là. Tu devrais écouter ce qui se passe là-bas."
Sasuke fronça les sourcils. Que se passait-il pour que ce soit aussi urgent ? Il attrapa vivement une seconde serviette, et s'essuya sommairement les cheveux.
"Un problème ?"
Un léger rire se fit entendre.
"Non, une putain de bénédiction. Ton mec est un génie, frangin. Déclara son frère.
- Quoi ?
- Ecoutes, nous sommes en train d'enregistrer tous les éléments en ce moment même. Kyubi est avec Madara. Je ne sais pas comment il s'est démerdé, mais il est en train de lui tirer les vers du nez. Je suis en train de transmettre en ce moment même les éléments au procureur pour accélérer l'obtention les mandats de perquisition. Si tout va bien, demain, on les aura. Je te veux au bureau demain matin, dans la salle 5. On a mis en place tous les plans pour les trois opérations. On exposera nos stratégies avec les différentes équipes. Annonça Itachi.
- Attend, attend. Comment ça il est avec Madara ?
- On n'en sait pas vraiment plus... Répondit Neji. Pain a débarqué dans sa chambre pour l'emmener ailleurs, et il est en ce moment même avec lui, et apparemment d'autres membres de l'organisation. Tout va bien pour le moment."
Sasuke n'y croyait pas. Son sang ne fit qu'un tour en entendant les paroles de son collègue et ami. Il attrapa rapidement son téléphone et se rendit rapidement dans le bureau du blond, rallumant les enceintes pour entendre la conversation.
"...Comment ai-je pu t'oublier ?
- Ok, je suis dessus. Je serais la demain. Envoi-moi l'horaire. A+"
Il raccrocha, se concentrant sur les échanges.
Naruto ne bougea pas d'un poil. Il avait du mal à croire qu'il avait enfin ce type sous les yeux. Depuis le temps qu'il rêvait de ce moment ... De l'avoir sous la main pour lui faire payer ses actes passés. Pourquoi fallait-il que ce jour précis, il ne soit pas en pleine possession de ses moyens ? Encore sous influence de la drogue, fatigué physiquement et mentalement, et non armé qui plus est.
La colère gronda en lui mais il tenta d'en faire abstraction. Il n'était certainement pas en position de force. La majorité des membres de l'organisation était autour de cette table, et il n'avait aucune envie de s'y frotter. Il serait perdant, sans aucun doute. Alors il se contenta de le regarder s'avancer vers lui, les yeux rivés dans le sien, l'autre étant dissimulé sous une mèche épaisse et il sentit Pain se tendre, se replaçant devant lui, tel un bouclier. Il continua malgré tout de le regarder avancer vers eux, par-dessus l'épaule du rouquin, silencieux.
Il serra les dents lorsque Madara s'arrêta juste devant Pain, attentif à chaque geste. Il ne disait pas un mot, mais il lui demanda d'un geste de la tête de se pousser pour lui laisser l'accès. Le roux sembla un moment retissant, mais il finit par obéir. D'un seul regard, cet homme était capable de faire plier n'importe qui, et il savait mieux que quiconque qu'il n'avait aucun problème à se salir les mains lui-même si le besoin s'en faisait sentir.
La vue lui fût dégagée, et le démon de son passé s'approcha de lui, suffisamment pour sentir son souffle chaud contre sa peau. D'une main, il empoigna son visage pour l'observer de plus près et son corps se tendit. Il ne voulait pas que ces mains tâchées de sang le touchent. Il pouvait aisément sentir son odeur, la même qu'auparavant, déclenchant une vague de souvenir de cette nuit là. Il serra les poings et se mordit l'intérieur des joues pour ne pas l'attaquer. Il ne devait pas laisser la rage l'envahir, pas maintenant. Il devait rester calme, docile. Il devait sortir d'ici vivant.
"J'ai malencontreusement appris qu'un homme était entré ici, sans mon autorisation. Apparemment tu serais chez moi depuis un moment, bien caché."
Le regard de cet homme semblait sonder son âme tout entière. Rien n'avait changé chez lui, et même si le temps avait marqué sa peau et que la moitié de son visage était dissimulé par une longue mèche noire, il lui faisait le même effet qu'auparavant. Cependant, il n'était plus cet enfant apeuré. Il était presque adulte et il avait pleinement conscience de la personne en face de lui et des atrocités qu'il avait faites. Il devait juste rester calme, se tempérer et croire en sa survie.
"Que fais-tu chez moi ?"
Naruto avala difficilement sa salive avant de répondre, cherchant ses mots, comment tourner sa phrase, mais il se souvint de l'intérêt qu'il lui avait porté à l'époque à cause de son tempérament. C'est pourquoi il décida finalement de la jouer franc jeu avec lui, de rester naturel.
"C'est une bonne question… Pour servir de pute je crois bien..."
Le visage de Madara resta imperturbable avant qu'un léger rictus ne prenne place sur ses lèvres. Était-ce de famille ? En regardant bien, les traits de Sasuke étaient fort ressemblants, mais son regard n'avait rien à voir avec celui de son oncle, et dieu merci.
"Tu as du cran, gamin. Déclara-t-il avant de relâcher son visage et de se reculer d'un pas, ne lâchant pas d'une semelle son regard des yeux, comme s'il cherchait à y déceler quelque chose.
- Je ne suis pas le mieux placé pour vous répondre, je crois. Je ne suis pas venu ici par plaisir, vous pouvez me croire."
Ça lui arrachait la bouche de se montrer aussi poli envers lui, mais pouvait-il faire autrement ? Quitte à se mettre quelqu'un dans la poche, valait mieux que ce soit lui.
"Je vois. Tu dis donc que ce sont mes hommes qui t'ont amené ici, c'est bien cela ?"
Naruto coula un regard discret vers Pain, hésitant clairement à le dénoncer. Ce dernier avait le visage fermé, le regard braqué sur lui, ne laissant aucune expression filtrer. Il reporta son regard sur son ennemi et ouvrit de nouveau la bouche.
"Je me suis réveillé ici, je n'en sais pas plus. Je sortais du campus, et je me suis retrouvé là. Entre les deux, c'est le trou noir..."
Le rictus se transforma en sourire. Bien loin de ceux agréables à regarder. Madara baissa la tête et se remit à marcher, tournant lentement autour de lui. Pour sa part, il fixa un point au loin, attendant que l'autre termine son inspection avant de se replanter devant lui.
"Bien. Je réglerais mes différents avec mes hommes après cela, il est inutile que tu participes à cet échange, cependant... quelque chose m'intrigue..."
Le mafieux s'approcha de nouveau, et cette fois, il vit clairement le seul œil visible analyser son visage. Son cœur loupa un battement. Allait-il le reconnaitre ? Il avait toujours le même visage que dans son enfance, bien que ses traits se soit affinés et durcit avec l'âge. Ses marques étaient plus que visible sur ses joues en cet instant, et malgré la pénombre de la pièce, la proximité de l'homme avec lui ne pouvait pas les cacher.
"Vois-tu, j'ai l'impression de t'avoir déjà vu… mais mon esprit a tendance à divaguer légèrement avec l'âge…"
Naruto ne répondit pas mais l'angoisse commençait à le prendre. Si la drogue avait dissipé son stress, il n'en était pas de même pour ses peurs. Le brun se remit à lui tourner autour, parlant de nouveau.
"J'ai rencontré beaucoup de gens, ami comme ennemi, et je me souviens de chaque visage en général. Laisse-moi juste le temps de te resituer, tu veux ?"
Il sentait les battements de son propre cœur pulser contre ses tempes sous l'adrénaline, mais il n'avait en aucun cas envie de se démonter face à lui, de se cacher. Il serra les poings et ouvrit la bouche.
"Avez-vous besoin d'aide sur ce sujet ?"
Un rire s'éleva, le même que celui qu'il avait sorti de sa bouche lors de l'assassinat de sa mère et des sueurs froides le prirent mais il se fit violence pour pas laisser la peur prendre le dessus, enfonçant ses ongles dans sa peau pour garder le contrôle.
Soudain, il repensa au stylo dans sa poche et son estomac se noua. Il n'avait aucune idée de la tournure que prendrait cette discussion mais il refusait que son identité soit dévoilée de la sorte. Si son père venait à être mis au courant de sa situation, ça risquait de changer la donne. Il sèmerait la pagaille pour le sortir de là, il en était sûr. De plus, les collègues de Sasuke connaitraient son histoire, son passé, et ça ne les regardait aucunement. Il ne voulait pas que son père soit de nouveau confronté à cette histoire, surtout avec lui dans l'équation. Bien qu'il sache pertinemment que cette affaire ne l'avait jamais réellement quittée, il ne voulait pas lui faire subir ça.
"Donc nous nous sommes bien rencontrés… Voyons, tu as quoi, la vingtaine ?
- Exact.
- Hm..."
Madara se repositionna devant lui, le scrutant de nouveau avant de s'attarder particulièrement sur ses joues. Son air sérieux et joueur se transforma en amusement, avant qu'un fou rire ne le prenne. Il se tint le ventre en riant à gorge déployé alors que lui se retenait de le tuer à main nue. Soudainement il se calma, essuyant de son index les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux.
"Mais oui, bien sûre … Comment ai-je pu t'oublier ?"
Son regard se fit presque nostalgique et le timbre de sa voix évoqua faussement de la tristesse, mais il n'y cru pas une seule seconde. Il fronça les sourcils et le foudroya du regard.
"Je m'en souviens parfaitement maintenant … Ton regard… Ce regard emplis de détermination et de fureur... Oui, celui-là ! Celui que tu me portes là.
- Ça vous étonne ?"
Madara ri de nouveau.
"Bon sang, tu n'as pas changé. Tu portes toute cette rage en toi... Toujours cette détermination ancrée dans le regard, mais tu es presque un homme maintenant. J'en serais presque ému...
- Ne me faites pas rire.
- Je te demanderais bien comment va ta mère, mais de mémoire, elle n'est plus de ce monde, n'est-ce pas ?"
Naruto serra les poings à s'en faire blanchir les phalanges et son regard se chargea de haine. Sa respiration s'accéléra sous la colère et il sentait son corps s'échauffer. Le mafieux leva les mains en guise de pardon.
"C'était juste une boutade voyons, ne le prend pas mal... Je vois que c'est un sujet encore sensible pour toi, je tâcherais de m'en souvenir."
Madara se tourna vers Pain.
"Je dois t'avouer que je pensais sérieusement à te tuer, Pain, mais le hasard fait bien les choses il faut croire ... Ce gamin et moi avons une belle histoire en commun, n'est-ce pas ? Demanda-t-il finalement en se tournant vers lui.
- Je n'aurais pas vraiment employé ce terme... mais peut-être que tuer est l'un de vos passe-temps favoris ? Grogna Naruto.
- Je ne tue jamais sans raison jeune-homme, tu as dû en comprendre la cause depuis le temps, non ?
- Il me semble qu'elle était justifiée, vous ne croyez pas ?
- Tout dépend du point de vue je suppose.
- Vraiment ? J'aimerais bien comprendre le vôtre dans ce cas."
Madara se détourna de lui et alla s'assoir en bout de table, se positionnant confortablement avant de porter de nouveau attention sur lui.
"Je t'avais dit qu'on se reverrait, mais je ne pensais pas que ce serait en de telle circonstance, tu m'en vois navré.
- Votre pseudo-sincérité ne me touche aucunement, Madara."
L'homme soupira, faussement déçu avant de sourire de nouveau.
"Tu te souviens de mon nom ? Je suis touché, vraiment ! Je savais que te garder en vie serait attrayant. Tu es devenu bien plus intéressant en grandissant, bien que beaucoup de chose n'ai pas changé. Ton tempérament par exemple, tu me sembles toujours aussi fougueux.
- La faute à qui ?
- Ne dis pas ça, tu m'as laissé un joli souvenir de notre rencontre..."
Le rictus reprit sa place et Madara leva sa main droite, dévoilant sous cette épaisse mèche son œil gauche rendu aveugle par une balafre lui barrant le visage. Naruto s'étonna de la marque bien visible, même à cette distance. Il se souvenait de l'avoir blessé au visage, mais pas à ce point-là... mais maintenant qu'il l'avait sous les yeux, les images de son visage ensanglanté au-dessus du sien lui revinrent en mémoire et pour la première fois depuis son arrivée, il se permit de sourire franchement.
Les membres autour de la table semblèrent s'étonner de cette découverte et les regards jonglèrent entre lui et leur chef mais il ne leurs porta aucune attention.
"Il me semble que vous m'avez rendu la pareille. Répondit Naruto en pointant l'une de ses joues du doigts.
- En effet..."
Naruto s'avança vers la table à la plus grande surprise des membres présents, le trouvant certainement culoté, mais à l'heure qu'il était, il s'en foutait royalement. Posant ses deux mains à plat sur la table, il fixa son opposant.
"Maintenant que nous nous sommes remémorés le passé, allez-vous me donner des réponses ?"
Madara posa sa jambe sur son genou, et les avant-bras sur les accoudoirs de sa chaise.
"Que souhaites-tu savoir au juste ?
- Je sais pourquoi vous avez tué ma mère, et je pense savoir que vous m'avez laissé en vie par simple envie, ou amusement, au choix. Ce sont vos motivations que je ne comprends pas, c'est quoi ? L'argent ? Le pouvoir ? J'aimerais savoir ce que la vie de ma mère vous a apportée.
- Ta mère se mêlait de mes affaires, elle avait tendance à mettre son nez où il ne fallait pas. J'ai trouvé cela amusant au départ, mais lorsque ça a impacté mes affaires, je n'ai pas eu d'autre choix que d'agir. N'est-ce pas humain de protéger ses biens ?"
Le sang de Naruto ne fit qu'un tour et il rit jaune.
"Humain ? Vous vous pensez humain ? Vous n'en avez rien ! Vous polluez l'humanité avec vos actes et vos manières. Vous privez des enfants de leurs familles, vous tuez des gens sans un seul remord ! Comment pouvez-vous croire une seule seconde que vous êtes humain ?"
Il se retint de lui balancer l'ensemble des informations qu'il avait en sa possession, bien que la liste soit longue. Un membre se leva violement de sa chaise, la faisant tomber en arrière dans un bruit fort, résonnant dans la pièce. Les mains de l'homme claquèrent sur le plat de la table en bois et il regarda l'importun sans aucune peur, il était bien trop en colère pour ça. Hidan ...
"Comment oses-tu parler de la sorte à notre chef ! Tu mériterais ...
- Il suffit ! Gronda sèchement Madara. Cette discussion ne te regarde en rien, Hidan, et ne crois pas être tiré d'affaire. Je sais pertinemment que tu as quelque chose à voir avec sa présence en ce lieu."
La brute blêmit à vue d'œil et ouvrit la bouche sans qu'un son n'en sorte. Il ramassa sa chaise et se rassit, s'enfonçant dans son siège pour se faire discret et cela amusa Naruto. Cette enflure était terrorisée par Madara et il ressemblait désormais à un lapin prit dans les phares d'une voiture, incapable de bouger. Le chef reporta son attention sur lui.
"Revenons-en à nos moutons. L'humain est ainsi fait, jeune homme. Il est égoïste, individualiste et avare. Ne connais-tu pas les sept péchés capitaux ?
- Je ne vois pas le rapport."
Madara se redressa dans son siège, posant les coudes sur la table, posant son menton sur ses deux mains liées.
"L'humain s'autodétruit, lui, ceux lui l'entourent et même son propre environnement. Je vais te poser une question. Sais-tu ce que nous sommes, moi et ceux qui sont autour de cette table ?"
Naruto haussa un sourcil et joua la carte de l'ignorance.
"Je ne suis pas certain que ma réponse vous plaise.
- Nous sommes une organisation nommée Akatsuki. Pain en était le fondateur, mais il n'avait pas les moyens de mener à bien ses objectifs, c'est pourquoi nous avons fait un partenariat. Depuis c'est moi qui tiens les rênes. Répondit Madara en ignorant sa réponse.
- Vous m'en voyez ravi. Ironisa le blond.
- Tu le devrais pourtant. Nous souhaitons tous la même chose. Un monde meilleur, n'est-ce pas ?
- Et vous pensez y participer ? Vraiment ?
- Tout à fait. Je soigne le mal par le mal. Je nettoie les rues de Tokyo de ses individus déjà corrompu, faible et avare. Je ne fais que mettre à leurs dispositions des outils pour faire ressortir leurs défauts, leurs noirceurs. Ils s'autodétruisent eux-mêmes, sans que nous ayons à agir vraiment. Seul les plus méritant resterons.
- Des outils ? Quels genres d'outils ?
- A ton avis ? Drogue, prostitution, argent… Tous les moyens sont bons pour éliminer la vermine. Le monde se portera mieux sans tous ses vices.
- Ma mère ne faisait en aucun cas partie de ces gens-là. Grogna-t-il.
- En effet, je l'admets... mais elle s'évertuait à me mettre des bâtons dans les roues. Elle ne comprenait pas ma vision des choses, tout comme mon frère avant elle ... Malheureusement, je ne laisserais personne se mettre en travers de ma route.
- Votre frère ?"
Naruto connaissait l'histoire, Sasuke lui en avait fait part, mais s'il pouvait contribuer un peu plus à l'enquête, il le ferait sans hésitation. Madara lui lâchait toutes les informations sans penser un instant au fait d'être sur écoute. Il était en train de se vendre lui-même, d'avouer tous ses crimes, son implication dans l'organisation, c'était du pain béni, mais il n'était pas dupe... Si Madara lui donnait ce type d'information, il ne sortirait certainement pas vivant de cet endroit. Jamais le mafieux ne le laisserait s'en sortir avec toutes ses informations, alors quitte à mourir, autant lui faire cracher toute la vérité.
"Mon frère était un homme intelligent, mais il n'a pas su mettre ses capacités au bon endroit, à mon plus grand regret. C'était d'ailleurs un très bon ami de ton père ... Est-il toujours de ce monde ?"
Naruto serra les dents.
"Il faut croire que vous n'êtes pas passé par là...
- En effet, mais j'ai mes sources... Ta mère était celle qui avait le plus d'impact sur mes affaires."
Naruto se redressa, regardant cet homme à la vision déformée par la folie. Il était persuadé d'avoir la bonne méthode, d'être utile à ce monde, de faire le ménage comme il disait, mais c'était pure utopie.
"Votre organisation est remplis de personne avec les vices que vous cherchez à éradiquer. Comment pouvez-vous croire en vos propres mots ?"
Madara sourit.
"Qui est le mieux placé selon toi pour connaitre les vices de l'humanité, si ce n'est les principaux concernés ? Ils me sont fidèles, et chacun d'entre eux est spécialisé dans son domaine. Ils me servent, et en contrepartie, je leur laisse les moyens de s'amuser.
- Vous êtes fou à lier.
- Les génies sont souvent les plus mal compris."
Naruto détourna le regard, sourire pincé aux coins des lèvres. Ce type était totalement timbré et personne ne pourrait le détourner de son idée première. Il restait fixé sur ses principes et écraserait tout ceux qui se mettront sur son chemin.
"Mais toi, jeune homme, je dois avouer que tu me surprends."
Il reporta son attention sur lui, attentif.
"Je t'ai pris l'une des choses les plus précieuses de ta vie, et tu ne daignes même pas lever la main sur moi. Je vois pourtant toute la fureur qui t'animes mais tu restes là, à discuter avec moi…
- Je ne suis pas suicidaire ... Vos hommes sont là, je ne suis pas armé et pas en état de quoique ce soit... A quoi bon jouer ?"
Madara se leva et s'approcha lentement vers lui.
"Tu es devenu un homme raisonnable... Tu ne laisses pas la colère prendre le dessus, c'est honorable. Dommage que nos intérêts ne soient pas communs, nous aurions pu faire de belles choses ensemble.
- Je préfère être de l'autre côté, vous voyez ?
- En effet, et c'est bien triste pour toi..."
A suivre...
