CHAPITRE V

Une nouvelle mission

La nouvelle de l'évasion de l'officier impérial Sezzel Mitten avait fait l'effet d'une bombe au sein du Conseil gouvernemental provisoire d'Amorris. Celui-ci était logé dans l'ancien Musée National, un bâtiment dont les deux modestes étages étaient élégamment ornés par des statues dorées et des colonnes trahissant des influences diverses. Le Conseil était composé de douze membres, dix représentant d'autant de régions de la planète, un observateur de l'Alliance Rebelle et le Chancelier du Conseil. Celui-ci était en pleine concertation avec la caporale Ralli Lnne, la Sullustaine chargée de la sécurité de la base qui avait tenté d'intercepter l'Impérial alors qu'il volait le X-Wing :

- La perte d'un T-65 est très embarrassante, dit le Chancelier. L'Empire doit maintenant connaître les caractéristiques techniques de l'appareil. (Le vieil homme poussa un soupir.) Cela fait à peine deux mois que les premiers chasseurs de série sont entrés en service, et voilà que l'un d'entre eux a déjà été capturé...

Le caporal Lnne affichait une mine pleine de remords :

- J'aurais dû suivre les conseils de mes subordonnés : ils m'avaient recommandé de permettre aux artilleurs de laisser activées leurs batteries lasers tout le temps, juste au cas où... (L'officier poussa un cri bizarre, qui devait être l'équivalent d'un soupir de désolation humain.) Ils avaient raison.

Le dirigeant d'Amorris afficha un regard réconfortant :

- Vous saviez que maintenir en permanence activées ces batteries pomperait une énergie indispensable aux habitants d'Amorr : vous avez fait le bon choix. (Il reprit un air sérieux.) Pourtant, l'un de nos meilleurs atouts est entre les mains des impériaux... Il fit signe à Lnne qu'elle pouvait disposer. La petite Sullustaine quitta le bureau exigu du Chancelier. Cet homme avait 89 ans et s'appuyait dans ses déplacements sur une petite canne en bois de fabrication artisanale. Élu à plus de quatre-vingt pour cent par la population amorrisienne en tant que dirigeant du Conseil, Belis Egron - c'est son nom - avait contribué à reconstruire les cités détruites par Yatalar lors de son règne et s'était efforcé d'encourager l'engagement de jeunes volontaires dans les rangs de la Rébellion. Il avait également milité activement pour que la culture et les croyances de la planète soient préservées et que des fonds soient débloqués pour restaurer les musées, statues et autres monuments.

La prochaine personne qu'Egron devait rencontrer dans la journée était le contact de l'Alliance sur la planète : Ogis Caral.

Celui-ci entra dans le bureau du Chancelier et s'assit dans un des petits divans que le vieux dirigeant avait rapporté de sa demeure, située dans les vallées isolées du continent Farel, près du pôle nord d'Amorris.

- Bienvenue, Conseiller Caral, dit Egron.

- Merci de m'avoir accordé cet entretien, monsieur. (Le Shistavanien sortit de sa poche un petit projecteur holographique et le tendit au Chancelier.) J'ai reçu ce message ce matin de la part de Mon Mothma, la dirigeante de notre organisation. J'ai reçu une nouvelle mission et je dois vous quitter mais j'ai pensé que vous auriez aimé voir le message.

Egron afficha un regard étonné et prit l'objet entre ses mains. Il pressa sur le bouton d'activation et la projection d'une femme apprut. Elle paraissait relativement âgée mais son regard inspirait la sagesse et la compassion.

- Cher Conseiller Caral, vos états de service en tant qu'ambassadeur de l'Alliance à Amorris nous ont été d'une grande aide mais une nouvelle mission vous attend. Informez le Chancelier de votre départ et transmettez-lui de ma part mes vœux les plus sincères pour l'avenir de sa planète. Un vaisseau viendra vous chercher ce soir. Je pense que c'est l'un de vos amis qui sera aux commandes. L'image tridimensionnelle de Mothma sourit et fit un geste à l'un de ses subordonnés pour couper la transmission.

Egron posa délicatement le petit appareil holographique et fixa Caral de ses yeux bleus, d'un air attristé :

- Ce fut un plaisir de travailler avec vous... (Il observa le sac de voyage que le Shistavanien avait déposé à côté du divan.) Avez-vous besoin d'aide pour quoi que ce soit ?

Caral remercia le Chancelier du regard ;

- C'est très gentil, mais je n'ai que ça.

L'homme-loup se leva et quitta la pièce mais, sur le pas de la porte, il se retourna et annonça à Egron :

- J'espère vous revoir bientôt.

Ogis Caral était shistavanien. Les membres de son espèce étaient en général des xénophobes et des guerriers sans cœur mais l'ex-Sénateur avait perdu tous ces instinct barbares et avait adopté une attitude plus posée et respectueuse. L'Empire les surnommait souvent «hommes-loup» car ils avaient une carrure humanoïde et une tête canine. Caral réfléchit à ce qui pouvait bien se passer sur Uvena III, la planète-mère de son espèce, qui avait été investie par les forces impériales peu avant la bataille d'Amorris.

Il était toujours dans ses songes lorsque le petit taxi qu'il avait emprunté arriva à l'astroport civil d'Amorr. Celui-ci avait été construit sur les ruines du Palais de Yatalar, car c'était une position très centrale qui permettait de rejoindre les différents points de la capitale très rapidement. Ce complexe était constitué d'un bâtiment à six étages dont la forme était légèrement incurvée et d'une aire d'atterrissage capable d'accueillir une douzaine de cargos légers en même temps. Des quais accrochés à l'étage le plus haut de l'édifice astroportuaire permettaient aux vaisseaux plus grands de s'amarrer sans gêner la piste au sol par leur taille imposante.

Entrant dans le terminal 6, celui où les navires de plus de cent mètres attendaient à leurs quais, Caral vit un humain à la tête très familière : Urtil Valderz. Il fit de grands signes de la main tout en approchant. L'homme concerné le regarda et sourit de toutes ses dents :

- Alors Caral, comment ça va ? demanda-t-il tout en invitant le Shistavanien à le suivre vers le quai 12.

- Bien, les Amorrissians sont des gens très accueillants. (Il regarda par les baies-vitrées mal lavées pour essayer de reconnaître l'appareil de Valderz.) À bord de quelle casserole vas-tu me transporter aujourd'hui ? demanda-t-il en grognant.

Le contrebandier Rebelle rit mais ne répondit pas, il se contenta simplement d'assurer à Caral qu'il ne serait pas déçu par sa casserole.

Il eut raison, lorsque les deux hommes sortirent du bâtiment pour s'engager sur la passerelle en plein air, Ogis, en voyant le vaisseau arrimé au quai 12, qui semblait lutter pour ne pas s'écraser sur le sol, s'arrêta, bouche bée. Devant l'ex-Sénateur, un grand et élégant yacht de plaisance Mon Calamari MC15 dévoilait ses lignes splendides.

- Alors ? Que penses-tu de ma casserole ? (Valderz se détourna de Caral et observa le MC15.) Pas mal hein ? dit le contrebandier en gonflant le torse.

- Mais... Mais où donc as-tu volé ce vaisseau ? balbutia le Shistavanien.

- Je ne l'ai pas volé, assura Valderz. C'est le gouvernement calamarien qui l'a offert à l'Alliance à titre d'acompte pour la livraison dont tu auras la charge.

Caral changea d'expression. Il devint beaucoup plus sérieux :

- Je ne te suis plus, dit l'ex-Sénateur.

- Mon Calamari a décidé de rejoindre la Rébellion et, pour prouver son allégeance, a décidé de nous fournir à un prix à définir quinze de ses immenses paquebots qu'ils sont en train d'armer dans le plus grand secret. Ces vaisseaux nous permettraient enfin d'oser engager en combat direct les destroyer stellaires de classe Impériale et de classe Victoire.

- Et j'ai la charge de la livraison de ces paquebots de guerre ?

- Non seulement ça, mais tu dois aussi marchander le coût de ces vaisseaux, dit Valderz.

- Je ne suis pas un marchand ou un vendeur de quelque sorte ! se défendit Caral. Je suis un diplomate !

- C'est ce que j'ai dit à Mothma lorsqu'elle m'a demandé de venir te chercher mais elle m'a confirmé que tu pourrais arranger l'affaire facilement... (Valderz tourna ses yeux vers le yacht calamarien.) Bon, on va pas rester ici l'éternité, montons à bord !

Les deux hommes furent accueillis dans le cockpit par le personnel commandant l'appareil. Il y avait là trois Mon Cals, deux hommes et une femme, un Quarren et une Duros. Valderz invita une Calamarienne à se lever et à se présenter ;

- Je suis la capitaine S'Looran, je suis aux commandes du vaisseau Mystère des Profondeurs. Voici mes subordonnés, dit-elle en désignant ses compatriotes.

Sous l'impulsion de Valderz, S'Looran présenta individuellement chacun des membres présents dans le cockpit :

- Le lieutenant Feness Rol, mon second, dit-elle en désignant le Quarren, les sous-lieutenants Treel, des jumeaux, et la major Nelrev, qui est chargée de la sécurité du navire et de son armement.

- Quelle est la fonction des jumeaux Treel ? demanda Caral d'un ton intéressé.

- Grroob Treel est chargé de la navigation et du pilotage et Delnar Treeb a la responsabilité des boucliers et de la propulsion, expliqua la capitaine. Les deux intéressés se retournèrent de leurs consoles et firent un signe de tête vers Caral et Valderz.

Celui-ci ordonna à la capitaine de mettre le cap pour le système Mon Calamari et invita ensuite le Shistavanien dans le turbo-ascenseur situé derrière la petite passerelle de commande.

Arrivés dans le salon transformé en salle de guerre électronique, les deux hommes s'assirent l'un en face de l'autre devant une table de dejarik. Activant la console de jeux holographique, Caral regarda autour de lui et posa un regard interrogateur sur Valderz :

- A quoi servent tous ces instruments ? demanda-t-il en montrant les innombrables consoles de différentes natures encastrées dans les parrois.

- Le Mystère des Profondeurs est à l'origine un vaisseau appartenant aux forces spéciales calamariennes. A notre demande, les équipements qu'ils avaient ajoutés n'ont pas été retirés. Maintenant, cette salle nous sert à intercepter des communications impériales ou à les brouiller. Ici se trouvent aussi des consoles permettant de contacter sans problèmes les différents agents en mission pour l'Alliance.

Valderz bougea l'un des monstres holographiques qui composait son équipe ;

- As-tu remarqué l'armement du navire ? demanda-t-il.

- Non, répondit Caral, je n'ai pas fait attention.

- Il n'est pas mal du tout pour un vaisseau de sa taille : quatres batteries légères quadri-laser, un turbolaser fixé à l'avant et deux lanceurs de torpilles protoniques contenant chacun six ogives.

Le Shistavanien émit un son que l'on pouvait apparenter au sifflement d'admiration humain :

- Pas mal du tout, dit-il en jouant son tour.

Un message de la passerelle les prévint qu'ils venaient d'entrer en hyperespace et que le voyage durerait un jour et trois heures. Caral regarda Valderz, surpris :

- Je n'ai même pas senti qu'on avait décollé ! s'exclama-t-il.

- C'est ça le luxe, se vanta gentiment Valderz.

- Mon croiseur diplomatique était luxueux, mais je sentais quand même quand il décollait ! plaisanta l'ex-Sénateur.

Urtil sourit et fit avancer ses monstres en une formation qui encerclait complètement ceux de son adversaire. Il vit son ami mordre imperceptiblement sa lèvre inférieure.

Coupant soudainement le plateau holographique du dejarik, le Shistavanien dit :

- Fais-moi visiter ce vaisseau.

Le contrebandier le regarda, surpris. Son expression se dissipa ensuite ;

- Bien sûr, dit-il en se levant. Mais je sais que tu as fait ça parce que je gagnais ! S'exclama-t-il ensuite sur un ton faussement fâché.