Heya ! Je suis encore à la bourre !
Nous arrivons enfin au premier chapitre du livre 4 et je peux vous dire que c'est pour l'instant mon préféré dans tout ce que j'ai écris ! Certes, tout ça reste encore un peu maladroit, après tout je reste auteure amatrice, mais je m'amuse et vous semblez apprécier donc tout va bien :3
J'ai hâte de voir vos réactions aux nombreuses surprises qui se trouvent dans ce volume et sachez que j'ai fait réparer mon bunker, donc vous pouvez balancer la sauce !
Comme toujours, merci à Andromeda pour son travail de bêta-lectrice ! Et merci à Nitroshield pour son aide à l'écriture, c'est un plaisir de faire rebondir mes idées avec elle ^^
TRIGGER WARNING : Ce chapitre contient des scènes de violence pouvant choquer ! J'ai fait le maximum pour écrire d'une façon à ne pas donner de détails, mais soyez prévenus !
"Deux semaines sont passées depuis l'enlèvement d'Emerald Coldstone. L'adolescente de treize ans a été vue la dernière fois le premier juillet à Londres, à la gare de King's Cross par plusieurs témoins. Si jamais vous avez la moindre information, ou si vous l'apercevez elle ou son ravisseur, n'hésitez pas à appeler à ce numéro vert-"
Emerald retint une grimace alors que l'homme avachi devant la télévision changeait de chaîne. La jeune fille était assise à la table de la pièce à vivre, en train de repriser une pile de vêtements pour ses "hôtes". La famille Todd était très reconnaissante envers elle et son père pour les avoir aidé à libérer le fils aîné et les hébergeait depuis leur évasion. Enfin, pour être plus précis, ils hébergeaient son père, et celui-ci la gardait enfermée dans leur maison à la campagne.
Le voir à la gare avait été un choc, et lorsqu'elle était montée dans sa voiture, elle n'avait pas osé dire le moindre mot ou faire le moindre geste. Peut-être aurait-elle dû faire demi-tour et essayer de retrouver les Weasley, ou même l'oncle de Harry, au lieu d'obéir sagement.
Mais on ne disait pas "non" à Neely Edath.
La demoiselle retint un énième soupir. Le fils aîné et cracmol de la famille, Julian Todd, avait tendance à s'énerver très vite quand on le dérangeait. Oh, il ne la toucherait pas. Mais il se mettrait à crier, et alerterait donc son père et… Disons que ces derniers temps elle donnerait tout pour qu'il n'apprenne jamais tout ce qu'elle avait en tête. Et surtout, elle voulait lui montrer un comportement exemplaire pour avoir une chance de retourner à Poudlard.
C'était le pire été qu'elle n'ait jamais vécu. Craignant pour la vie de Hel, elle avait envoyé sa chouette chez les Weasley dans la nuit de son arrivée, avec un mot disant de ne chercher à la contacter par aucun moyen sous peine de ne possiblement jamais revoir leurs hiboux. En deux semaines elle n'avait pas reçu la moindre lettre de la part de Harry, Ronald et Hermione, donc le message était passé et ils avaient eu la sagesse de l'écouter. En contrepartie, elle n'avait plus de moyen de contacter qui que ce soit.
Ses amis lui manquaient, sa chouette lui manquait et elle avait peur de ne jamais les revoir. Mais même si elle pouvait revenir à Poudlard, tous les élèves né-moldus auront probablement entendu parler de son enlèvement. Et le trio de Gryffondor avec. Comment réagiraient-ils ?
La jeune fille se frotta les yeux d'une main avant de reprendre son travail. Les Todd étaient une famille nombreuse, à raison des chefs de famille, Marjorie et William, leurs cinq enfants, tous majeurs et vivants dans cette même maison. Et les petits enfants viendraient bientôt: les deux filles de la fratrie étaient enceintes. Julian était l'aîné, puis venait Grace, Robert, Louie et enfin Ella. Seul l'aîné n'avait aucun pouvoir magique, sinon, tous étaient des sorciers. Tous trempaient dans de drôles d'affaires, aussi.
Neely passait beaucoup de temps avec les sorciers dans la cave de la propriété. Tout ce qu'Emerald espérait, c'était qu'il n'y avait aucun corps en bas. Depuis son arrivée, elle avait refusé d'avaler le moindre morceau de viande, et son impolitesse ne plaisait pas à son père, mais au moins il ne semblait pas juger que ça méritait une sanction.
Emerald sursauta et se retourna vers Julian qui la regardait par-dessus le dossier de son fauteuil.
- Désolée si je vous ai dérangé, dit-elle rapidement.
- Nah, je regardais juste comment on faisait de la couture façon moldue. D'habitude ma mère fait ça à la baguette et l'aiguille travaille seule.
Oui, ça elle s'en doutait bien. La demoiselle avait parfaitement conscience qu'on la surchargeait de travail pour l'empêcher d'aller fourrer son nez partout. Ce n'était pas comme si elle en avait l'intention, si on lui donnait le choix elle retournerait à l'orphelinat fissa.
- Qu'est-ce que ça te fait d'être célèbre ?
- Pardon ? fit Emerald, confuse.
- Tu passes sur tous les bulletins d'informations depuis que t'es ici, tout le pays te connait maintenant, dit-il avec nonchalance.
Emerald baissa les yeux.
- J'aurais préféré que personne ne s'intéresse à ça. Être au centre de l'attention apporte toujours trop de problèmes, répondit-elle.
- Moi je pense que ça te plaît, fit Julian avec un sourire goguenard. Au moins un peu. Les filles aiment bien qu'on fasse attention à elles.
Elle retint un soupir. Julian avait été incarcéré pour coups et blessures avec récidive, c'était un bagarreur qui débordait d'orgueil et disait toujours tout savoir mieux que tout le monde. Et si jamais vous aviez le malheur de le contredire, il explosait.
Bientôt le reste de la famille Todd revint mettre un peu de vie dans la maison et Marjorie dit à l'adolescente qu'elle pouvait arrêter la couture pour aujourd'hui. La demoiselle rangea donc les vêtements encore à recoudre et rejoignit le grenier de la maison dans laquelle deux chambres avaient été aménagées. La plus petite était celle qu'on lui avait donnée à son arrivée, l'autre était pour son père.
Le parquet de bois était vieux, gonflé par l'humidité et la poussière s'y était incrustée avec le passage du temps, rendant inutile le moindre coup de balai. Un sort placé sur les murs empêchait de sentir l'odeur de moisissure, et la fenêtre était vieille et branlante. Elle tremblait quand le vent soufflait dessus.
Emerald se laissa tomber sur le lit de camp qui occupait une bonne partie de l'espace, et plongea son visage dans ses mains abîmées par les diverses corvées qu'on lui assignait sans cesse depuis deux semaines. Après quelques secondes qu'elle passa à respirer calmement, elle leva les yeux vers sa malle qui était posée dans le coin de la pièce où il restait de la place, à côté d'un pupitre.
Sur le bureau de fortune il y avait toute une collection de croquis anatomiques. Le jour, son père était occupé à faire elle ne savait quoi avec les Todd, mais lorsqu'il sortait de la cave, il assurait son éducation en lui faisant étudier chaque soir les propriétés du corps humain, son fonctionnement, la meilleure façon de les embaumer…
Pour la plupart, c'était des choses que Neely lui avait déjà enseigné et dont il voulait juste s'assurer qu'elle ait retenu, mais récemment ses enseignements avaient pris une tournure morbide. La façon dont la peau ou la chair réagissait à une solution chimique précise, par exemple.
Depuis son enlèvement, La Serpentard se remémorait sans cesse la conversation qu'elle avait eue avec le professeur Lupin, le premier jeudi de sa troisième année. Notamment l'accent qu'il avait mis sur la "vraie Emerald". Et la demoiselle avait peur de perdre la vraie Emerald pour redevenir celle que son père voulait modeler selon ses désirs. Alors dès qu'elle pouvait être seule, elle s'accrochait à tout ce qu'elle trouvait pour se rappeler qu'elle n'était plus comme avant, le plus simple étant la Magie.
Se laissant enfin le luxe de soupirer, Emerald se leva et regarda le réveil mécanique posé sur le coin du pupitre. Elle avait une heure avant que le dîner ne soit servi. Neely lui donnait ses leçons après le repas, donc elle était tranquille.
La jeune fille ouvrit donc sa malle et souleva ses robes de sorcière qui dissimulaient, non seulement la cage de Hel, mais aussi un épais livre à la couverture de cuir. Des rivets de cuivre couverts de vert-de-gris enserraient les coins de l'ouvrage et dans une peinture d'or écaillée, un titre en runes y brillait.
Elle avait terminé ses devoirs de vacance depuis quelques jours et s'attaquait désormais à étudier le contenu de cet ouvrage trouvé dans l'Allée des Embrumes. Les pages avaient jauni et gondolé avec le passage du temps et tout était écrit en runes anciennes. La jeune fille était absolument fascinée par ce qu'il racontait, montrait et expliquait. Les enseignements qu'elle en tirait étaient précieux, non seulement car la pratique qui s'y trouvait lui serait sans doute très utile, mais aussi car c'était un secret supplémentaire qu'elle gardait de son père et l'empêchait de sombrer.
Après sa leçon du soir et un passage rapide dans la salle de bain de l'étage, Emerald s'était mise au lit. C'est donc au beau milieu de la nuit qu'elle entendit un choc contre sa fenêtre et ouvrit les yeux. Il y avait un hibou qu'elle n'avait jamais vu auparavant. La jeune fille se leva en cherchant à être la plus discrète possible: les murs ajoutés par magie étaient fins et Neely pouvait l'entendre. Elle ouvrit la fenêtre et le rapace leva une patte à laquelle était attachée une lettre.
La demoiselle prit le courrier et renvoya l'oiseau. Son cœur battait à tout rompre alors qu'elle retournait s'asseoir sur le lit de camp en regardant l'enveloppe. Son nom était dessus. Elle brisa le sceau de cire et ouvrit la lettre.
"Emerald,
Bien que le marché que nous avons conclu disait que je t'apprendrai à devenir Animagus la prochaine fois que je te verrai, j'ai décidé de prendre un peu d'avance. Les préparations prennent beaucoup de temps, donc je t'envoie de quoi les commencer. Seulement, fais attention, je ne te donne que la première partie des étapes nécessaires ! La deuxième partie comprend des étapes dangereuses et je préfère attendre que nous soyons face à face pour ça.
Sirius"
Avec la lettre, il y avait une liste d'instructions. Au vu des choses dont elle aurait besoin et les différentes étapes, elle allait devoir attendre d'être à Poudlard pour commencer.
Le cœur d'Emerald se serra à cette pensée. Elle espérait vraiment être en mesure d'y retourner pour sa quatrième année…
Vu le ton détaché de la lettre et la non-mention de son enlèvement, le fugitif devait l' avoir envoyée avant de tomber sur un journal ou de recevoir une lettre de Harry. Tant mieux. La dernière chose dont elle avait envie ces derniers temps, était de rendre des comptes à qui que ce soit. La situation était plus simple à gérer si elle restait seule.
- Emerald ! Lettre de Poudlard !
La demoiselle releva les yeux alors qu'elle briquait le sol de la salle de bain pour voir Ella et son ventre arrondi à la porte, qui lui tendait l'enveloppe en papier kraft… ouverte.
- Ton père l'a lue, expliqua Ella.
La jeune fille se contenta d'un hochement de tête et essuya ses mains dans son tablier pour prendre le courrier et le lire. L'adresse sur l'enveloppe lui était totalement inconnue, c'était étrange… Mais elle en sortit les parchemins pour lire la lettre qui lui disait d'être à la gare de King's Cross à onze heures le premier septembre, comme chaque année, accompagnée de la liste des fournitures à acheter…
La demoiselle haussa un sourcil.
- Une robe de soirée ? s'étonna-t-elle. Pourquoi est-ce que j'aurais besoin d'une robe de soirée ?
- Aucune idée, fit Ella d'un air rêveur en caressant distraitement son ventre. Mais ton père a dit qu'il laissera Grace t'emmener au Chemin de Traverse si tu acceptes de manger de la viande.
Emerald verdit un peu, mais fit de son mieux pour garder son air neutre.
- D'accord… Quand irons-nous ?
- Dans deux semaines, répondit Ella. Avec un bon déguisement tu seras plus difficile à repérer au milieu des autres élèves, qu'il a dit.
- Bien.
La demoiselle rangea la lettre dans une poche de sa robe et remit les genoux à terre pour recommencer à briquer le sol.
Au dîner, elle se servit dans le plat de viande comme tout le monde et mangea lentement, sous le regard insistant de son père.
Emerald releva la tête alors qu'elle était penchée sur la cuvette.
- Trois jours… souffla-t-elle. Dans trois jours c'est fini…
Il fallait qu'elle tienne juste un peu plus longtemps. Son père allait finir par remarquer qu'elle perdait du poids, sans parler du saignement de ses gencives à force de se faire vomir. Mais elle ne supportait pas l'idée d'avoir de la viande dans l'estomac, pas en étant sous le même toit que Neely. Elle volait de quoi manger dans la cuisine quand personne ne regardait, mais ce n'était pas suffisant pour remplacer des repas.
Le jour vint enfin, Emerald se présenta devant Neely avec sa lettre et il se contenta d'un hochement de tête avant d'entrer dans la cave des Todd. Grace en sortit au même moment et lui fit signe de la suivre. Sa grossesse était tout aussi avancée que celle de sa petite sœur, elle soufflait un peu en montant les escaliers. La demoiselle l'aurait bien aidée si elle ne partageait pas l'orgueil de son frère aîné.
Une fois qu'elles furent dans la salle de bain, la femme enceinte lui donna de vieux vêtements qui lui appartenaient lorsqu'elle avait son âge, et Emerald s'habilla. Après quoi, elle sortit sa baguette et transforma avec précaution certaines parties du visage de l'adolescente pour la rendre méconnaissable, notamment en effaçant sa cicatrice.
La situation qui durait depuis un mois et demi devenait de plus en plus difficile à supporter, mais la jeune fille tenait bon et voyait enfin ses efforts récompensés à la perspective de pouvoir sortir de cette maudite maison.
Bien sûr ce n'était pas la même chose que de retrouver sa liberté et un environnement sain, mais que Neely l'autorise à aller acheter ses fournitures voulait dire qu'elle avait des chances de pouvoir retourner à Poudlard, et ça, ça n'avait aucun prix.
Quand elles débouchèrent sur le Chemin de Traverse, Emerald faillit avoir les larmes aux yeux. L'environnement si familier et agréable changeait si drastiquement de ces dernières semaines…
Elle passa à Gringotts pour récupérer de l'argent dans son coffre. Fort heureusement, Grace était restée dans le hall, préférant éviter le wagonnet dans son stade avancé de grossesse. Vu que les Todd ne roulaient pas sur l'or, elle aurait sans doute dû la regarder baver sur sa petite fortune et, selon les exigences de son père, leur en céder une bonne partie. Non pas qu'elle soit particulièrement avare, mais vu sa situation, cet argent était précieux…
La demoiselle en prit bien plus que vraiment nécessaire, puis partit en direction de chez l'apothicaire pour racheter des ingrédients de potion, et surtout les éléments de la liste donnée par Sirius. Ensuite, passage à Fleury et Bott pour ses nouveaux livres, à la papeterie pour du parchemin, de l'encre et des plumes…
Emerald sentit son cœur se serrer en passant devant Le Royaume du Hibou. Elle espérait sincèrement que Hel se portait bien chez les Weasley.
Elle finit ses achats par un passage chez Madame Guipure. Malgré tout, elle avait poussé de quelques centimètres depuis son dernier passage et avait besoin de refaire ses uniformes. Une fois fait, elle regarda la liste une dernière fois et se mit à réfléchir.
- Vous auriez des robes de soirée ? demanda-t-elle à la couturière.
- J'ai quelques modèles dans le fond, répondit Guipure alors qu'elle ajustait l'uniforme d'un jeune garçon.
Emerald s'y dirigea donc et y trouva effectivement bon nombre de robes… Colorées, irisées, dans des formes variées, mais aucune qui lui plaise vraiment. Pendant un instant elle se fit la réflexion qu'elle venait de passer des semaines à faire de la couture et qu'elle n'était plus à ça près, donc elle se mit plutôt à regarder les rouleaux de tissus mis en vente. Son regard tomba sur du satin mat d'un noir profond. Qu'avait-elle à perdre de plus, après tout ?
Bien qu'elle ait espéré que ce soit le cas, Emerald n'avait pas vu de visages familiers pendant ses achats. Mais au moins, elle avait ses affaires, une bonne réserve d'argent et serait donc probablement en mesure d'aller à Poudlard dans deux semaines, avec ou sans l'accord de son père. Quand elle fut descendue après avoir rangé le tout dans sa malle, le dîner fut servi. Elle s'assit et commença à se servir comme les autres, ne touchant pourtant pas à la viande.
Son père fronça les sourcils.
- Canari…
La demoiselle se tendit.
- Père ?
- Tu es trop pâle, mange de la viande.
Emerald regarda le plat de rognons et dût lutter pour ne pas rendre le peu qu'elle avait dans l'estomac. Elle trouva la force de s'en servir et de le manger lentement sous le regard attentif de Neely.
Quand à son passage à la salle de bain, elle se pencha sur les toilettes pour tout régurgiter, la porte s'ouvrit brusquement.
- C'était donc ça… siffla Neely, furieux.
- P-Père… fit Emerald en sentant les couleurs quitter son visage.
- Je t'ai dit de manger de la viande, Canari, et quand enfin je pense que tu te montres raisonnable, voilà qu'en réalité tu t'es moquée de ton propre père !
- Non, je…
- Silence !
La demoiselle s'arrêta net alors qu'il s'approchait et lui attrapait le poignet avec force pour la relever.
- Voilà donc ton vrai visage, ce que tu es devenue depuis qu'ils t'ont enlevée à moi : une petite garce qui ment à son père pour obtenir ce qu'elle veut !
Emerald regarda l'homme dans les yeux, terrifiée. Neely la tenant toujours par le poignet, il sortit de la salle de bain en trombe pour l'entraîner derrière lui jusqu'au grenier. Il la jeta par terre dans sa petite chambre misérable et ferma la porte derrière lui avant de croiser les bras.
- J'attends tes explications, jeune fille. Tu seras punie dans tous les cas, mais peut-être que je me montrerai magnanime si tu me dis la vérité.
La jeune fille se mit à trembler. À cet instant il lui paraissait si grand, capable de lui briser tous les os sous sa chaussure…
Elle se releva précipitamment pour se remettre debout, tête baissée.
- Je… Je suis désolée…
- Non tu ne l'es pas, répliqua sèchement Neely. Pas encore en tout cas. Maintenant cesse de me prendre pour un idiot et dis-moi pourquoi tu refuses de m'obéir.
Emerald inspira.
- Je… Je ne veux pas manger de viande… Quand je suis avec vous… avoua-t-elle d'une voix blanche.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que… Je… Je n'ai pas confiance…
Elle risqua un œil vers le haut et le regretta immédiatement quand elle croisa le regard furibond de son père. Il tenait un scalpel à la main.
Grace et Ella discutaient tranquillement, toujours à table pendant que leurs frères se chargeaient de nettoyer. Le rire de la plus jeune fut coupé net, cependant, quand ils commencèrent à entendre des cris venant du grenier.
C'était la veille de la rentrée et Neely ne la laissait toujours pas sortir. Pendant deux semaines elle avait tenté de négocier, demander, supplier, rien n'y faisait. Le haut de ses bras étaient recouverts de bandages, tout comme ses cuisses. La perte de poids due à ses vomissements répétés lui avait creusé les joues et commençait à laisser ressortir ses côtes. Ça et le bleu violacé autour de son œil gauche étaient un peu plus gênants car plus faciles à remarquer.
Au beau milieu de la nuit, un sweat à capuche sur le dos, baguette dans une main et malle bouclée dans l'autre, Emerald se tenait dans sa petite chambre miteuse. Peu importe ce qui pouvait lui arriver, il fallait qu'elle aille à Poudlard. Ou au moins qu'elle parte très loin de la maison des Todd. Peut-être même qu'elle rejoindrait Sirius Black dans sa cavale si ça pouvait lui éviter de se faire retrouver par Neely.
Avec un simple sort de lévitation, la jeune fille fit passer sa valise par la fenêtre, puis usa de la corde de draps qu'elle avait conçue pour sortir à son tour, descendant en rappel. Dès qu'elle toucha le sol, elle saisit son bagage et partit en courant pour rejoindre la route la plus proche où elle agita sa baguette. Bientôt, ce qu'elle n'aurait jamais cru être heureuse de voir arriva et Stan Rocade lui fit son speech habituel du Magicobus.
- Un billet pour Londres, dit-elle en lui tendant l'argent nécessaire. Pour la gare de King's Cross.
Elle fut amenée à l'un des lits sans réservation et s'y allongea. Le voyage dura un moment, mais elle était incapable de s'endormir malgré son épuisement. Sa peur d'être retrouvée et arrêtée en chemin par son père ou les Todd surpassait sa faiblesse physique. Quand après un temps interminable, on lui annonça qu'elle était arrivée, le jour était en train de se lever.
La demoiselle se traîna dans la gare qui ouvrait ses portes et aurait bien pris quelque chose à un distributeur, mais n'avait pas le moindre argent moldu. Elle se résigna donc à traverser la gare déserte pour passer le mur qui menait à la voie 9 ¾. Le quai était vide, absolument vide. Pourtant le Poudlard Express était déjà là, mais les portes des wagons étaient fermées. Emerald se laissa tomber sur un banc et attendit.
Le temps passait lentement. Très lentement. Mais elle ne s'endormit pas. Elle ne se sentirait en sécurité qu'une fois qu'elle serait montée à bord du train, en vérité. Là où ils ne pourraient pas venir la chercher. La jeune fille réprima un frisson à la pensée que son père devait s'être réveillé et avoir constaté sa fugue. Ou plutôt son évasion. Il devait être plus en colère qu'il ne l'avait jamais été…
Emerald sursauta violemment quand les portes des wagons du train s'ouvrirent d'un coup. Elle constata enfin que les gens commençaient à arriver et monta à bord, se dirigeant vers l'arrière du train. Pas la moindre chance qu'elle puisse soulever sa valise dans son état et avec le poids supplémentaire de cette année, alors elle la glissa sous la banquette et se laissa tomber avec un soupir tremblant. Elle y était arrivée. Elle l'avait fait.
Un nouveau sursaut lui vint quand elle entendit s'ouvrir la porte de son compartiment vingt minutes plus tard.
- Emerald !
Harry Potter fut la première personne qu'elle vit. Avec ses yeux verts et ses cheveux noirs en bataille, il avait bien grandi et semblait grandement soulagé. Il s'approcha d'un pas rapide en levant les bras et la demoiselle eut un mouvement de recul, faisant glisser la capuche de son sweat.
Les trois Gryffondor poussèrent des cris d'horreur en voyant son visage émacié et le coquard autour de son œil. Elle rabattit vite la capuche et se roula en boule sur le coin de la banquette, muette.
- Est-ce que… Est-ce ça va ? demanda Hermione d'une voix blanche.
Emerald hocha vaguement la tête. Oui, évidemment qu'elle allait bien.
La brunette s'approcha lentement, évitant à Emerald un autre réflexe malheureux, et posa une main sur son épaule. Mais ses doigts serrèrent peut-être un peu trop fort car la Serpentard ressentit un pic de douleur et ne put s'empêcher de grimacer. Hermione retira bien vite sa main et décida de s'asseoir sur la banquette d'en face, à l'instar de Ronald. Harry, lui, décida de s'asseoir à côté de la jeune fille, en lui laissant toutefois assez d'espace pour qu'elle puisse se sentir à l'aise.
- Euh… J'ai quelqu'un avec moi qui aimerait te voir…
La Serpentard tourna lentement la tête vers le Survivant pour voir Hel sur son bras. La jeune fille ouvrit de grands yeux humides et tendit le bras pour que la chouette vienne s'y poser. L'oiseau se mit à hululer doucement et lui passa une aile sur la tête. En se mettant à lui caresser le bec, Emerald ne prêta pas la moindre attention aux larmes qui se mirent à dévaler sur ses joues.
Merci aux mécènes qui me soutiennent : Andromeda, Clixia, Mariam Pizette et portgas yuwine !
