Oh là là! Je suis tellement désolée pour ce délai de publication inexcusable! J'ai eu beaucoup de difficulté à l'écrire, celui-là, extrait par extrait chaque soir en revenant du travail et après la routine du dodo des enfants pour finalement tout effacer et recommencer :'(
Je le publie aujourd'hui même si je ne suis pas tout à fait satisfaite du rendu, parce que si je ne le fais pas tout de suite, ça va finir par me rendre folle! Peut-être que je l'éditerai ultérieurement... histoire de satisfaire la perfectionniste en moi!
J'espère qu'il vous plaira, et surtout, n'hésitez pas à laisser des commentaires (bon ou mauvais, je les prends tous 😀)
Enjoy xx
Chapitre 14 – Bulma
Le cœur de Bulma battait furieusement dans sa poitrine et pour l'instant, il lui était impossible de savoir quelle en était la raison. Était-ce la colère? L'impatience? La peur? Ou bien simplement sa présence, à lui?
C'était difficile à dire.
Cela faisait un long moment que l'homme à la queue de singe la fixait. Debout, la main tendue devant elle, la jeune femme pouvait sentir ce désagréable sentiment de rejet lui coller à la peau alors qu'il devenait de plus en plus évident que la poignée de main qu'elle lui offrait serait ignorée. Il la regardait, complètement impassible devant son offre de paix, la laissant progressivement s'enfoncer dans un malaise qui s'amplifiait au fil des secondes qui passaient.
Les événements des derniers jours avaient donné à Bulma de nombreuses raisons de détester cet homme dont elle ignorait toujours le nom. D'ailleurs, la simple vue de son visage et de cet air condescendant qu'il affichait en permanence suffisait à la rendre furieuse. Elle le tenait officiellement responsable de ses malheurs récents et jugeait qu'il ne méritait pas toute l'attention qu'elle lui avait donnée la veille. Malgré cela, Bulma, animé de cet étrange appel qu'il lui inspirait, avait trouvé la force de lui dispenser les soins qu'il nécessitait. Et ce matin-là, après l'avoir trouvé à essayer de se lever avec témérité, le même sentiment s'était déclaré. C'était cette même curiosité, ce même désir inexplicable qui l'avait incité à se tourner pour lui tendre la main en espérant en apprendre un peu plus sur lui.
Un désir qui, décidément, n'était pas partagé.
-Tu vas rester là longtemps? demanda-t-il en se moquant ouvertement d'elle.
L'ombre d'un sourire en coin se dessina tranquillement sur la bouche du Saiyan et la jeune femme sentit ses joues s'enflammer. Elle fit un pas vers l'avant pour se rapprocher en s'assurant de garder sa main bien tendue dans sa direction.
-Quand quelqu'un nous tend la main comme ça, on est censé la serrer, dit-elle. C'est pour faire connaissance. Une simple règle de politesse pour nous, les Humains. Comme tu ne le fais pas, j'en conclus que tu es ignorant de nos coutumes. Ça ou bien tu es simplement mal élevé.
Elle pencha la tête sur le côté avant de terminer.
-J'imagine que la première option est la bonne, conclut-elle en espérant qu'il consente finalement à se présenter à elle.
L'homme leva un sourcil et jeta un coup d'œil à sa main. Puis, il posa de nouveau ses yeux noirs dans les siens.
-Je propose une troisième option, dit-il d'une voix basse.
Son demi-sourire s'étira et Bulma sentit son cœur accélérer dans sa poitrine.
-Je n'ai tout simplement pas envie de faire ta connaissance, Humaine. Maintenant, change ces pansements, qu'on en finisse.
Et sur ces mots, il s'étendit sur la table d'examen, ajusta le positionnement du dossier et s'installa confortablement en prenant soin de l'ignorer, elle et sa main vainement tendue dans les airs.
Bulma ouvrit la bouche de stupeur. Elle fut incapable de prononcer un seul mot, l'attitude grossière du soldat lui ayant cloué le bec. Mais quel con! Elle n'arrivait pas à croire qu'il venait non seulement de la repousser, mais aussi de lui ordonner de changer ses pansements, et tout ça avec la désinvolture la plus odieuse qui soit. Non, mais il la prenait pour qui celui-là? Sa servante? Une esclave? Après tout ce qu'elle avait enduré dans les derniers jours, par sa faute, et après tout ce qu'elle avait fait, pour lui, comment osait-il lui manquer de respect comme il venait de le faire?
Consternée, la jeune femme retira brusquement sa main et serra les poings le long de son corps pour éviter de succomber à l'envie de lui donner une bonne claque derrière la tête. Elle leva le menton avec fierté pour lui répliquer.
-J'essayais juste de me montrer agréable avec toi, mais apparemment, c'est peine perdue puisque ça ne fait pas partie de ton vocabulaire, dit-elle avant de tourner les talons et de se diriger vers le fond de la pièce pour y rassembler son matériel médical.
Elle revint rapidement à son chevet et déposa brusquement le plateau de pansement propre à côté de lui. Les lèvres pincées de mécontentement, elle disposa de son matériel, mais fit un temps d'arrêt avant de se mettre à travailler.
Elle leva les yeux vers lui et vit qu'il la regardait d'une drôle de manière. Ses sourcils étaient froncés et heureusement, le sourire en coin avait disparu. Il avait l'air perplexe.
- Quoi? Pourquoi tu me regardes comme ça? cracha-t-elle, furieuse.
- Tu as vraiment un sale caractère, annonça-t-il platement.
-Humf! Et toi, ton caractère, tu veux qu'on en parle? Tu pourrais au moins dire « s'il te plait », dit-elle avec obstination.
Il arqua l'un de ses sourcils.
-Et pourquoi donc?
-Parce que je ne suis pas ta servante, et que je mérite d'être traitée avec politesse.
Il souffla de l'air par ses narines, apparemment amusé par son attitude combative.
-Il te faudra t'habituer, femme. Parce que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne ici.
- Je m'appelle Bulma, répéta-t-elle en croisant fermement ses bras sous sa poitrine.
L'homme demeura silencieux quelques secondes, mais comme elle refusait de bouger, il finit par parler après avoir longuement inspiré par le nez.
-Bulma, souffla-t-il sans camoufler son impatience. Je crois qu'il est nécessaire de te rappeler une chose ou deux. Tu vis ici maintenant, sur le vaisseau impérial. Tu dois faire le travail qui t'est assigné. Et j'imagine que ce n'est pas la peine de t'informer que nous tolérons très mal les récalcitrants. Moi, en particulier. Alors tu ferais mieux de t'y mettre, parce que j'ai mieux à faire que d'échanger des banalités avec une faible Humaine comme toi.
- Faire mon travail sans rechigner, hein? répliqua-t-elle aussitôt.
Elle riva ses yeux dans les siens et se pencha pour s'assurer de lui faire comprendre qu'elle ne se laisserait pas intimider par ses menaces. Elle était si près de lui maintenant qu'elle pouvait sentir la chaleur irradier de son corps, et son rythme cardiaque accéléra encore d'un cran.
-Et tu vas aller te plaindre à qui si je ne fais pas ce qui te plait? À celui qui t'a fait ça? demanda-t-elle en désignant ses blessures d'un mouvement sec de la tête.
En entendant sa dernière phrase, les pupilles du Saiyan se contractèrent. Elle venait certainement de toucher une corde sensible en lui rappelant que les règles qu'il préconisait provenaient de la même personne qui lui avait brisé les os. Et comme pour confirmer ses doutes, l'homme serra la mâchoire avant de grogner un coup et de briser abruptement le contact visuel. Il s'empara du plateau de pansement qu'elle avait apporté et saisit les ciseaux qui s'y trouvaient. Une grimace déforma son visage lorsqu'il souleva tant bien que mal le t-shirt blanc qu'il portait pour avoir un meilleur accès au pansement souillé de sang qui recouvrait son torse. Puis, il se mit à le découper maladroitement pour le retirer. Bulma l'observa faire quelques secondes, résignée. Il était si obstiné à ne pas lui donner ce qu'elle désirait qu'il était prêt à faire le travail par lui-même.
Mais quelle tête de mule!
-Arrête de faire l'imbécile, cracha-t-elle en lui arrachant les ciseaux des mains.
Elle soupira de la façon la plus théâtrale possible pour lui signifier son agacement, puis enfila des gants propres avant de découper le pansement elle-même. Il se raidit lorsqu'elle approcha ses mains, mais il la laissa faire. Il l'observa un instant avec cet air perplexe qu'il avait affiché plus tôt. Il était méfiant, sans aucun doute, mais également confus face à son attitude de girouette. Bulma aussi d'ailleurs, car même après cet échange désastreux qu'ils venaient d'avoir, elle n'arrivait pas à se départir de cet étrange intérêt qui l'empêchait de l'abandonner à son sort.
C'est ainsi que, dans un silence complet, elle entreprit de retirer le pansement qui couvrait sa peau abimée. Le Saiyan, lui, se contenta de tenir son t-shirt surélevé pour lui permettre de travailler librement. Au bout d'un moment, il parut se détendre et ses muscles se relâchèrent. Il ferma les yeux, expira profondément, et laissa lourdement retomber sa tête sur le lit médical.
-Comment ça va ce matin? demanda Bulma en s'efforçant d'adopter une voix douce pendant qu'elle jetait le pansement souillé dans la corbeille.
Elle devait faire preuve d'indulgence. Il était vraisemblablement encore très souffrant.
-Fous-moi la paix, grogna-t-il, les yeux toujours clos.
La jeune femme serra les dents et ravala la réplique cinglante qui lui brûlait les lèvres. Elle préféra jeter son dévolu sur son travail, et se mit à analyser l'énorme plaie qui traversait le torse de l'homme. La lacération était profonde, mais les sutures qu'elle avait faites avec l'aide d'Idris tenaient bon. Le sang suintait encore un peu, sans qu'il coule à flot comme c'était le cas la veille. Déjà, elle pouvait voir que le processus de cicatrisation était amorcé à certains endroits. Décidément, cet homme n'était pas Humain, car si ça avait été le cas, jamais il n'aurait guéri aussi rapidement.
La jeune femme poursuivit son examen en observant les autres blessures. Telle une professionnelle prenant son travail très au sérieux, elle tâcha de ne pas trop s'attarder sur la contemplation de l'impressionnante musculature du soldat.
Mais bon sang… il s'agissait d'un exercice particulièrement difficile à réaliser.
Des pectoraux au bombement démesuré. Des abdominaux parfaitement découpés. La trajectoire indécente de ce V caractéristique qui menait directement sous le short d'entraînement…
Tout cela demandait tout sauf être ignoré!
Et c'était sans oublier cette peau, lisse, chaude et magnifiquement cuivrée, qui ne semblait qu'attendre d'être caressée. Bulma avait beau être une professionnelle endurcie, elle n'était pas faite de pierre. Elle était tentée de faire subtilement glisser le bout de ses doigts sur cet épiderme hypnotisant, et dut se mordre l'intérieur de la joue à plusieurs reprises pour réprimer cette envie déplacée.
Mais cette peau sous ses doigts gantés n'était pas que synonyme de tentation. Partout sur les parties exposées de ce corps divin qu'elle avait envie de couvrir de luxure, la jeune femme pouvait également voir d'innombrables marques de guerre; des cicatrices. Beaucoup de cicatrices. Parfois anciennes, parfois plus récentes, elles striaient la surface de sa peau pour témoigner du passé hostile du soldat qui était étendu devant elle.
Et c'est en contemplant avec fascination le corps de son patient que Bulma comprit pourquoi ce dernier se montrait aussi résistant à la douleur.
Cette séance de torture n'était sans aucun doute pas sa première.
Perturbée, la jeune femme arrêta de travailler un instant pour poser ses yeux sur le visage du Saiyan. Elle le découvrit en train de la fixer, ses pupilles noires l'observant avec attention. Bulma reconnut ce regard tout de suite. C'était le même qu'il avait posé sur elle pendant des heures, la veille, alors qu'elle pansait ses blessures. Quoi qu'un peu moins empreint de souffrance cette fois-ci, elle y perçut encore une fois cette même intensité qui l'avait alors tant embarrassé. Rapidement, une intimité difficile à ignorer s'installa entre eux et Bulma sentit ses entrailles se tordre d'une merveilleuse façon.
-C'est Frieza qui t'a fait ça, déclara-t-elle d'un ton neutre pour tenter d'apaiser cette tension qui s'insinuait inévitablement en elle.
Il ne dit rien, se contentant de la fixer encore plus longuement pour approuver silencieusement son accusation. Elle se tourna vers son plateau à pansement et prit un flacon d'eau saline.
-Ça fait longtemps que tu travailles pour quelqu'un qui te paie en te brisant les os? demanda-t-elle de but en blanc.
Le Saiyan claqua la langue pour signifier son agacement.
-Ne pose pas des questions à propos de choses que tu ne comprends pas, répondit-il.
Elle lui jeta un coup d'œil de biais et vit qu'il n'avait toujours pas cessé de la regarder.
-Et toi, ne sous-estime pas ce que tu ne connais pas, répliqua-t-elle.
Un sourire arrogant se dessina une fois de plus sur les lèvres minces de l'homme. Elle réussit à l'ignorer et se mit à nettoyer les blessures avec délicatesse. Elle avait perdu espoir d'établir une conversation avec lui lorsque finalement, il répondit.
- Je ne travaille pas pour Frieza. Personne ne me force à faire ce que je fais, déclara-t-il fièrement.
- Personne ne te force à attaquer, tuer et kidnapper les habitants d'une planète pour la leur voler? Dis donc, tu deviens de plus en plus charmant! dit-elle sur une note faussement impressionnée.
- Je ne te croyais pas aussi perspicace, Humaine, approuva-t-il d'un air mauvais.
Ce fut au tour de Bulma de souffler de l'air par son nez. Il venait de piquer son orgueil. Oh, s'il avait su à qui il s'adressait en disant cela… Elle n'en avait peut-être pas l'air à cet instant, mais il avait devant lui la riche héritière de Capsule Corp, l'entreprise la plus prolifique de la Terre. Avec toutes ses qualifications, ses diplômes universitaires et ses prouesses en mécanique aérospatiale, nombreux étaient ceux qui la qualifiaient de génie. En général, on avait plutôt tendance à l'admirer, pas à la discréditer!
La jeune femme brûlait d'envie d'étaler ses talents et de lui faire ravaler ses derniers mots. Cet homme était si arrogant, si sûr de lui, qu'elle fut tentée de vanter quelques-uns de ses accomplissements pour lui clouer le bec, même si cela mettait son identité et sa sécurité en danger.
Heureusement pour elle, il releva la tête pour mieux la regarder, et c'est lui qui parla en premier.
-C'est ce que nous faisons, nous, les Saiyans.
En l'entendant mentionner son peuple, la curiosité l'emporta sur son désir de vanité. Bulma oublia son orgueil et se mit immédiatement à penser à Goku. Les questions fusaient dans son esprit. Elle avait terriblement envie d'en connaître plus sur ces extraterrestres à la queue de singe qu'elle associait maintenant à son meilleur ami. Et la fierté qui rayonnait dans la voix de l'homme lui indiquait la présence d'une brèche dans son impénétrable armure.
Il serait facile d'exploiter son arrogance pour lui tirer les vers du nez.
-Qu'est-ce que tu veux dire? demanda-t-elle d'un air faussement désintéressé.
Sans grande surprise, l'homme pourtant avare en mots devint bavard.
-Les Saiyans sont un peuple puissant, révéla-t-il. Ils recherchent les planètes de grande valeur, et avec leurs talents naturels de combattant, ils en prennent possession pour ensuite les vendre à gros prix. C'est de cette manière que nous sommes devenus les guerriers les plus craints de toute la Voie lactée.
Bulma, attentive, absorba chacun de ses mots comme une éponge. Déjà, les propos tels que « talents naturels de combattant » expliquaient beaucoup de choses à propos de Goku.
-Vous êtes des envahisseurs alors. Et des voleurs aussi. Frieza doit être heureux de vous avoir dans ses rangs.
-Je préfère qualifier mon peuple de conquérants, se défendit-il d'un air narquois.
Bulma pinça les lèvres pour contenir sa désapprobation. Elle préféra changer de sujet pour éviter de s'opposer à lui alors qu'il commençait à peine à baisser la garde. Son regard glissa naturellement vers l'appendice velu qui reposait sur la table d'examen, juste à côté de la cuisse la plus musclée qu'elle ait jamais vue.
-Idris m'a dit que tous les Saiyans ont une queue de singe. Elle vous sert à quelque chose en particulier? demanda-t-elle.
Le regard de l'homme s'assombrit. Il plissa les yeux et se mit à fouetter rageusement l'air avec ledit organe.
-Ce n'est pas une queue de singe, siffla-t-il entre ses dents, insulté. C'est une queue de Saiyan, ou comme nous disons dans notre langue, Ozaruu,
Il avait prononcé le mot d'une drôle de manière, les syllabes roulant d'une façon étrangement plus fluide sur sa langue. Bulma sentit un frisson parcourir sa nuque, sa voix grave et gutturale interpellant quelque chose de viscéral en elle. Lentement, comme attirée par une force invisible, elle se tourna pour le regarder de face. Elle avait affreusement envie d'en entendre plus, et de l'écouter parler dans sa langue natale pour laisser ses mots la faire frissonner de nouveau. Brièvement, elle s'imagina même ce que ça ferait de sentir les tonalités basses de sa voix vibrer dans le creux de son cou.
Et c'est ainsi que, avec un simple mot prononcé dans une langue étrangère, Bulma perdit de nouveau le contrôle.
Les mains en suspens au-dessus de ce corps magnifique, son cœur battant soudainement de façon erratique, elle se mit à penser à comment ce Saiyan s'y prendrait pour la courtiser, et la conquérir, elle.
Elle s'imagina la sensation de ses mains rudes sur sa peau. Elle s'imagina la chaleur de ses lèvres sur les siennes. Elle pensa à ses dents aiguisées plantées dans sa cuisse, ainsi qu'à la douceur de la fourrure de sa queue contre son ventre.
Et, c'est complètement envahi par les idées perverses qui lui traversaient l'esprit qu'elle se mordit inconsciemment la lèvre inférieure.
Le Saiyan, à première vue insensible au désir évident qui brillait dans ses yeux bleus, remarqua ce détail pourtant subtil. Ce n'est que lorsqu'il la vit planter ses dents dans cette chair pulpeuse que sa discipline fut ébranlée à son tour, et il fut trahi par ses pupilles noires qui dardèrent furtivement en direction de la bouche entrouverte de la femme.
Et d'un coup, l'atmosphère se tendit.
La conversation visant à lui soutirer des informations. Les blessures à panser. Les autres soignants qui travaillaient de l'autre côté du rideau. Bulma oublia tout. Tout, sauf cette étrange connexion qui s'était établie dès leur première rencontre à l'extérieur de la boîte de nuit. Une connexion qui perdurait, qui prenait de l'ampleur et qui à tous les coups, trahissait un désir mutuel, incontrôlable, inévitable. Peu importait la situation. Peu importait leurs différends. La tentation physique trouvait toujours le moyen de prendre le dessus sur leurs tempéraments explosifs respectifs. L'attirance était là, puissante, irrépressible, authentique.
Elle n'avait même pas besoin d'être nommée. Elle était palpable.
Bulma pouvait la sentir dans son ventre qui se tordait d'envie de plonger sa main dans son épaisse chevelure de jais. Elle pouvait la sentir sur sa peau qui s'électrisait rien qu'à s'imaginer la sensation de son souffle chaud effleurer sa nuque. Elle pouvait la voir dans les yeux charbonneux de l'homme, ainsi que sur les muscles crispés de sa mâchoire anguleuse, signe qu'il réprimait quelque chose d'aussi indésirable qu'indomptable. Elle pouvait même l'entendre, le son de leurs respirations empreintes d'envie brisant le lourd silence qui régnait dans la pièce après qu'il ait prononcé ce mot dans sa langue natale.
Bulma fut incapable de dire combien de temps ils passèrent à se regarder, tous les deux perdus dans cette attirance impossible à contrôler.
-Tout va bien ici? demanda soudainement une voix derrière le rideau. Tu as besoin d'aide avec les pansements?
La jeune femme sursauta comme si elle venait de se faire prendre la main dans le sac. C'est Idris qui venait de la tirer de ses rêveries perverses.
-Oui! répondit-elle d'une voix un peu trop forte. Je veux dire... non! Je n'ai pas besoin d'aide.
La soignante, satisfaite de la réponse, s'éloigna d'un pas rapide. Bulma se tourna vers son matériel médical en se raclant bruyamment la gorge. Consciente que le Saiyan la regardait encore, elle posa la première question qui lui traversa l'esprit, histoire de détendre l'atmosphère et mener la conversation là où elle ne lui ferait pas perdre la raison.
-Qu'en est-il des femmes? demanda-t-elle. Ce sont des guerrières, elles aussi?
L'homme ne répondit pas tout de suite, les plongeant dans un silence un peu gênant que Bulma aurait préféré éviter. Puis, il tourna la tête pour regarder le plafond distraitement, et elle fut soulagée de l'entendre reprendre la parole.
- Tous les Saiyans étaient des guerriers, que ce soit des hommes ou des femmes, révéla-t-il de sa voix grave.
Il prit une profonde inspiration et ses muscles se détendirent. Bulma se força à se concentrer sur ses mains pour éviter d'être de nouveau distraite.
- Même les enfants avaient leurs propres missions, poursuivit-il. Ils étaient souvent envoyés en éclaireurs sur des planètes lointaines, dans le but de rassembler de l'information à propos des endroits convoités.
Bulma se hérissa en entendant cette information. Exploiter des enfants pour mettre en œuvre la guerre était révoltant. Mais, d'un autre côté, même si cette pratique ne cadrait pas avec les valeurs Humaines de l'éducation, elle venait certainement expliquer l'arrivée de Goku sur Terre voilà plusieurs années. Elle réfréna donc une fois de plus ses répliques réprobatrices pour le questionner à propos d'un détail qui ne lui avait pas échappé.
-Pourquoi parles-tu au passé? demanda-t-elle.
-Ma planète a été frappée par un astéroïde, répondit-il platement.
Bulma s'arrêta net et se mit à l'observer. Elle arqua un sourcil pour lui signifier son étonnement. Il avait livré l'information avec un tel désintéressement qu'elle peinait à croire ce qu'il venait de dire.
-Mon peuple a été pratiquement annihilé au passage. Moi, Nappa et Raditz sommes les derniers représentants encore vivants. J'étais encore enfant. J'étais parti en mission quand c'est arrivé. Ce n'est que plusieurs années plus tard que je l'ai appris, de la bouche d'un imbécile que j'ai tué parce que je croyais qu'il me mentait.
Il lui fit un sourire mauvais. Bulma fut distraite par ses dents parfaitement blanches et beaucoup plus acérées que celles d'un Humain. Elle n'arrivait pas à savoir ce qui la perturbait le plus; le fait que le peuple auquel appartenait Goku était pratiquement décimé, ou bien le fait que l'homme sur qui elle fantasmait venait ouvertement de confesser le meurtre d'un innocent, en souriant.
-C'est affreux, souffla-t-elle doucement, son commentaire s'appliquant aux deux situations.
Le Saiyan ne répondit rien, incertain de ce qu'elle qualifiait d'affreux exactement. Il finit par hausser les épaules, apparemment indifférent dans les deux cas.
-Alors tu étais parti en mission d'éclaireur quand ça s'est passé? ajouta Bulma dans un élan de curiosité.
-Pas exactement, répondit-il en plissant les paupières et en fronçant les sourcils.
Son regard noir s'illumina de fierté et il releva le menton bien haut pour la toiser.
-On avait d'autres plans pour moi, conclut-il.
-Ah bon? Qu'est-ce qu'on t'avait assigné comme mission alors?
-Ça suffit, coupa-t-il fermement.
Bulma sursauta en l'entendant parler avec autant de vigueur. Son regard, qui s'était quelque peu adouci dans les dernières minutes, se fit de pierre et de glace.
-Assez de questions maintenant, dit-il en la regardant droit dans les yeux. Fais ton travail en silence. Tu commences à m'énerver et à me donner mal à la tête.
Il n'en fallait pas beaucoup pour enflammer le caractère légendaire de Bulma Brief. Et quiconque s'aventurait à lui donner des ordres de façon aussi disgracieuse jouait dangereusement avec le feu.
-Non, mais! C'est quoi ton problème?
La jeune femme sentit ses joues s'empourprer. Elle retira vivement ses gants et lui balança sur l'abdomen. Bulma fulminait maintenant. Il lui fallait mettre le plus de distance entre eux pour éviter que la flamme qui venait de s'attiser ne provoque une explosion. Mais comment avait-elle pu éprouver autant de désir pour quelqu'un d'aussi insupportable ?! Son attitude hautaine et arrogante avait tout de répulsif et la jeune femme allait sérieusement devoir remettre son jugement en question.
- Sale soldat ingrat! Tu refuses de te présenter poliment à moi et tu me donnes des ordres en plus? Après tout ce temps que j'ai passé à te soigner, tu me dois un minimum de reconnaissance. Je ne suis pas ta servante! Si tu n'es pas satisfait, tu n'as qu'à terminer toi-même! s'exclama-t-elle rageusement en se détournant de lui.
Mais à peine eut-elle le temps de faire volte-face qu'elle fut stoppée net dans son élan. Une main brûlante agrippa son poignet, et elle fut brusquement ramenée vers le lit. Le mouvement avait été si rapide que Bulma perdit tous ses repères. Ce n'est que plusieurs battements de paupières plus tard qu'elle finit par distinguer le Saiyan, qui s'était redressé sur son matelas.
Il était dangereusement près d'elle maintenant, son corps meurtri penché vers l'avant pour lui faire face.
Il était furieux, lui aussi.
-Femme insolente, grogna-t-il sombrement en accentuant la pression sur son poignet. Comment oses-tu me donner des leçons de politesse? Tu devrais être plus prudente avec tes mots, surtout lorsque tu t'adresses à moi, le prin...
Mais il ne termina pas sa phrase, sa tirade étant interrompue par Bulma qui s'était mise à se débattre dans tous les sens pour tenter de se dégager. Une tâche qui, elle le réalisa très vite, relevait tout simplement de l'impossible.
Le salaud était vraiment fort!
-Ôte tes sales pattes de moi! tonna-t-elle avec conviction, nullement impressionnée par le renflement du biceps contre lequel elle se battait vainement.
Le Saiyan n'obtempéra pas. Au contraire, il s'approcha encore un peu plus d'elle, une lueur maligne brillant dans ses yeux sombres.
-Crois-tu vraiment pouvoir me donner des ordres, alors que tu ne tolères pas les miens? demanda-t-il dans un souffle menaçant.
Un demi-sourire s'afficha sur ses lèvres minces, et Bulma, qui s'était immobilisée en réalisant l'inutilité de ses gesticulations, pinça ses lèvres en plantant résolument ses yeux bleus dans les siens.
Ils s'affrontèrent, silencieusement, un combat hostile entre deux caractères particulièrement intempestifs. Intérieurement, Bulma se jura qu'elle ne le laisserait pas gagner. Même si elle savait qu'elle se trouvait devant un adversaire tenace, et qu'il était physiquement résolument plus fort, elle était beaucoup trop obstinée pour le laisser remporter cette manche.
Mais ce que ni elle ni lui n'avaient prévu, c'était qu'un adversaire beaucoup plus puissant se mêle de la partie. Et que la proximité qu'imposait leur altercation provoque l'inévitable.
Sa main sur sa peau.
Ses yeux ténébreux qui scrutaient sa bouche.
Son corps incroyablement robuste incliné vers elle, attiré par une force irrépressible.
Et qui s'approchait. De plus en plus près.
Si près, que Bulma put sentir son souffle chaud sur la peau de son cou.
Et enfin, sa voix, un ténor qui résonnait dans sa nuque lorsqu'il parla.
-Végéta, chuchota-t-il doucement à son oreille.
Bulma arrêta de respirer. Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, elle fut parcourue d'un frisson de la tête aux pieds. Le Saiyan s'écarta un peu, sa joue frôlant presque la sienne alors qu'il relevait lentement la tête pour que leurs visages soient en face l'un de l'autre.
L'homme posa ses yeux devenus de braise dans les siens et elle se sentit fondre sur place.
Il inhala doucement, longuement, comme s'il dégustait le parfum entremêlé de leurs peaux.
Son torse se gonfla pour laisser entrer l'air dans ses poumons, ses muscles puissants effleurant sa poitrine.
Distraitement, il caressa l'intérieur de son poignet avec son pouce.
Et il la relâcha, lui concédant finalement la victoire.
Mais Bulma ne s'écarta pas. Elle déglutit avec difficulté, incertaine de ce qui viendrait ensuite, incertaine de savoir si elle serait capable de s'éloigner de lui, comme elle aurait voulu le faire quelques secondes plus tôt.
Elle non plus, n'était pas victorieuse.
Voyant qu'elle ne s'était pas dérobée, le Saiyan approcha son visage encore plus près, testant les limites de l'attraction à l'extrême. Bulma répondit à son geste en relevant imperceptiblement le menton, et leurs bouches s'effleurèrent.
Il entrouvrit les lèvres, et parla de nouveau de sa voix rauque.
- C'est mon nom, dit-il finalement. Je m'appelle Végéta.
- Ravie de te rencontrer enfin, Végéta, murmura-t-elle.
Ils avaient perdu, tous les deux.
