Chapitre 13 : Apothéose

10 ans.

C'était ce que venait d'annoncer Lucius.

L'homme semblait défait mais pas autant qu'Harry qui n'avait toujours pas esquisser un geste, figé dans sa stupeur. Les sentiments, la plupart négatifs, se mélangeaient dans sa tête à une allure folle. Le blanchiment de ses doigts contre les bords de sa chaise était un indicateur de son tourment intérieur.

Il aurait dû se méfier quand il avait vu son père de substitution passer la porte avec son psychiatre. Les hommes lui avaient demandé de s'assoir mais il ne l'aurait pas fait s'il avait su que ce qu'ils allaient lui annoncer serait si insupportable.

Son Maitre avait pris dix ans et son monde s'écroulait. Il avait tout à la fois envie de vomir, s'écrouler, crier, pleurer, taper du pieds. Mais il restait la, immobile. Complètement incapable de bouger le moindre doigt.

-Je comprend ce que tu ressens Harry, tu peux pleurer si tu veux. Il n'y a aucun mal à ça.

Il n'eut pas la force de secouer la tête ou de se rebeller. Pourquoi ça lui faisait tellement mal dans le corps ? Il n'avait reçu aucun dommage physique pourtant. Et pourquoi est-ce qu'une part de lui était si soulagée ? Il se dégoûtait.

-C'est normal d'avoir besoin de temps pour encaisser. C'est une grande nouvelle. Mais je veux que tu sache que rien n'est ta faute. Tu n'as rien fait de mal Harry, tu comprends ?

Il aurait dû s'énerver. C'était comme ça qu'il aurait du réagir, il le savait. Il ne laissait jamais son psy lui dicter comment il devait se sentir ou ce qu'il avait le droit de faire ou de penser habituellement. Mais il se sentait trop mal à cet instant pour réagir de manière habituelle. Surtout que mine de rien, ces mots lui faisaient du bien. Un fait qu'il n'avouerait jamais devant Severus.

Une larme, unique, dévala sa joue. Se concentrer dessus l'aida a reprendre une respiration à peu près normale mais alors, les sanglots l'assaillirent.

-Voila, c'est bien, laisse tout sortir. Tu vas voir, ça te fera du bien.

Ce n'était pas comme s'il pouvait faire quoi que ce soit aux gros sanglots qui le secouaient. Impuissant, il se mit à hurler en plusieurs cris remplis d'émotions. Cela eut le mérite de l'aider à décrisper ses doigts et lui rendit l'usage de ses bras dont il se servit pour enfouir son visage trempé par les larmes.

10 ans, ça lui semblait à la fois énorme et court à la fois. Son Maitre aurait 52 ans lorsqu'il sortirait de sa prison. Il serait sûrement abimé par ces années et il allait beaucoup lui manquer. En revanche, cela signifiait qu'il glanait quelques années de plus avec Draco et cela voulait juste dire que la séparation serait plus difficile encore. En dix ans, on prenait des habitudes, on s'attachait très fort.

Et lui, qu'est-ce qui adviendrait de lui pendant 10 ans ?

Ce n'était même pas juste pour son Maitre. S'il avait bien compris, lui aussi avait enfreint la loi injuste sur le consentement. Lui aussi avait eu des relations sexuelles alors qu'il n'avait pas atteint l'âge pour le faire.

Le docteur Snape s'accroupît a sa hauteur.

-Dis moi ce qui te fait peur.

Incapable de taire ses sanglots, Harry fixa son regard dans les yeux noirs de son psy. Comment est-ce que l'homme savait que le sentiment qui le dominait été la peur ?

-Je veux le voir, parvint il a lacher entre ses larmes.

Il avait besoin que son Maitre lui donne ses instructions. Besoin d'avoir un but.

-C'est hors de…

-Bien sûr, je suis d'accord.

Severus avait coupé Lucius avant même qu'il n'aille au bout de son refus buté. Son patient n'avait pas besoin qu'on lui remette une couche. Il avait besoin de se stabiliser et c'était exactement ce qu'allait lui proposer le psy.

-J'ai une condition cependant, précisa-t-il. On en parlera quand tu seras plus calme.

Harry hocha la tête, maîtrisant mal les spasmes de sanglot qui lui parcouraient le corps.

-C'est bien, tu t'en sors très bien, le complimentait Severus alors qu'il travaillait sa respiration.

L'homme lui avait tendu un mouchoir et n'avait pas commenté quand le garçon s'était mouché bruyamment. Harry avait encore mal au cœur qu'il sentait serré dans sa poitrine. Il avait l'impression qu'il allait s'arrêter. Mais il ne pleurait plus et c'était déjà bien.

-C'est bien, je sais que c'était une nouvelle difficile pour toi mais tu l'as très bien géré.

Harry n'était pas d'accord. Pleurer et hurler à s'en casser la voix n'était pas ce qu'il appelait gérer. Mais il ne commenta pas, trop vidé de son énergie pour sortir la moindre réplique piquante.

-C'est quoi la… La condition ?

-Tu dois écouter tout ce que j'ai à te dire pendant la prochaine séance. Même si ce sont des vérités qui ne te plaisent pas. Je suis prêt à en débattre mais tu dois écouter. Tu es d'accord ?

Ce ne serait sûrement pas un moment agréable mais n'ayant pas d'autre choix. Harry acquiesça. Tout ce qu'il voulait, c'était être rassuré.

-D'accord, accepta-t-il.

Lucius n'avait pas semblé ravit. Pas plus que Narcissa ou même Draco lorsqu'ils avaient apprit cette future rencontre organisée. Néanmoins, tous avaient battu en retraite après une conversation avec le psychiatre d'Harry. Tous, sauf Draco qui rongeait son frein en attendant cette rencontre qui, il en était sur, affecterait beaucoup Harry. Il avait l'impression qu'il était le seul à comprendre vraiment à quel point Harry était atteint par cet homme. Il ne se touchait même pas lui-même sans autorisation ! Bien sûr, il s'était bien gardé de faire la remarque. Il n'était pas censé savoir ça et il ne voulait pas avoir à se justifier sur le sujet.

Severus avait eu beau argumenter sur l'importance d'une dernière confrontation pour dire au revoir dans le processus de guérison d'Harry, lui savait que c'était une mauvaise idée. Il craignait trop les manipulations dont été capable Jedusor. L'homme était trop intelligent et Harry trop épris.

-Tu me déconcentre, se plaignit il quand Harry vint de nouveau embrasser sa nuque.

Attablé à son bureau, il essayait tant bien que mal de comprendre ce qu'il lisait. La situation avec Harry ne l'aidait vraiment pas. Pas plus que le brun qui s'évertuait à tout faire pour garder l'attention sur lui.

-C'est trop long, geignît le plus jeune en s'éloignant, les bras croisés.

Draco soupira. Il n'arrivait à rien de toute manière. Il repoussa sa chaise de son bureau et se tourna vers Harry qui lui offrit l'un de ces sourires qui n'était que pour lui.

-T'as gagné mais il faudra vraiment que je rattrape tout ça ce week-end.

-Câlin ?

-Viens la.

Le blond ouvrit ses bras et c'est avec un enthousiasme non feint qu'Harry s'installa sur ses genoux. Il respira à pleins poumons son odeur et se détendit enfin complètement.

Draco de son côté, observa les traits délicats. La courbe du nez, lisse et adorable. La bouche dans sa propre teinte de rouge qui ne demandait qu'à être embrassée. Et ces yeux, d'un vert unique, lumineux, qui le fixait en retour. Ce tableau de perfection n'était que très peu impacté par la cicatrice qui prenait une partie du front de celui qu'il appelait désormais son petit-ami secret.

-T'es vraiment obligé d'aller le voir ? Demanda enfin Draco sans pouvoir se retenir.

-Il faut que je le fasse. J'ai besoin de le voir.

-Pourquoi ?

-Parce qu'il est… Il a été mon tout pendant très longtemps. Toute ma vie a toujours tourné autour de lui à partir du moment où je l'ai rencontré et… Et j'ai besoin qu'il approuve le chemin que je vais prendre.

-Mais… Et s'il essayait de te récupérer ?

Harry eut un sourire triste en passant son index sur la bouche de son blond pour caresser les lèvres douces.

-Je suis déjà à lui.

-Et si moi je te veux pour moi ?

Le blond avait envie de se mettre une claque rien qu'à s'entendre prononcer ces mots. En aucun cas il ne voulait remplacer le bourreau du garçon dans ses bras.

-Et toi, tu serais à moi ?

La réponse fut plus évidente que Draco ne l'eut cru jusque là.

-Oui.

-Juste à moi ? Plus de filles ?

-J'ai besoin de personne d'autre si je t'ai toi.

Draco reçut un baiser en réponse, recueillant le sourire d'Harry sur ses lèvres.

-Et si jamais… Si jamais il devait t'interdire d'être avec moi, tu obéirais ?

L'hésitation du plus jeune fut visible, ce qui glaça Draco. Il avait la conviction intérieure que la réponse ne lui plairait pas, Qu'Harry obéirait coûte que coûte à son bourreau. Même si ça allait contre eux. Il passa sa main dans les cheveux bruns soyeux, enregistrant les minuscules détails du visage songeur.

-Il ne le fera pas, finit par trancher Harry fermement.

-Et s'il le fait quand même ?

Harry secoua la tête.

-Tu ne le connais pas comme moi. C'est vrai qu'il est très possessif mais… Mais il m'aime et il a toujours fait attention à mon bonheur.

-Même si ton bonheur est avec quelqu'un d'autre ?

-Ça je… Ça ne m'est jamais arrivé. Tu ne veux pas qu'on parle d'autre chose ? Je pourrais te faire du bien.

Draco dut intercepter la main qui s'était glissé sournoisement jusqu'à son entrejambe.

-Ne te sers pas du sexe pour faire diversion.

Le brun pencha la tête.

-Tu n'as pas envie de moi ?

-Tu sais que si. Mais j'ai surtout envie de réponses. Si je me donne à toi, je veux que tu te donne à moi. C'est comme ça que ça fonctionne une relation. On est censé se parler et… Et se faire confiance et… C'est la première fois que j'aime quelqu'un comme ça et ça me fait peur parce que si tu ressens la même chose pour quelqu'un d'autre…

Harry coupa le monologue de son blond d'un baiser.

-Les papillons dans le ventre, c'est juste avec toi. Tu parle de cet amour-là ?

Le regard gris sonda le visage du plus jeune.

-C'est ça, les papillons. Je n'aurais pas mieux dit. Je n'ai aucune idée d'où ça va nous mener mais j'ai aucune envie que ça s'arrête. Tu comprends ?

-Moi non plus, je ne veux pas que ça s'arrête. Je veux être avec toi pour toujours !

La déclaration enfantine fit sourire Draco. Parfois, il oubliait presque qu'Harry n'avait pas grandit de la même façon que lui. Il passa la main dans ses cheveux brun ébouriffés et donna un autre baiser joueur sur les lèvres de son amoureux secret.

Il avait fallu deux mois pour obtenir un droit de visite en prison à Harry.

Draco, qui venait de débuter ses examens de fin d'année n'avait rien su avaler ce matin la. Narcissa avait essayé de garder son sourire rassurant mais la ride d'inquiétude qui lui barrait le front la trahissait.

Severus était venu chercher Harry comme il avait convenu qu'il le ferait quelques jours plus tôt quand il avait enfin obtenu l'autorisation du centre pénitenciers. L'adolescent semblait nerveux. Il jouait avec les bords de sa veste et cela faisait plusieurs fois qu'il tirait sur son col et bougeait inconfortablement dans ses vêtements.

-Si ça ne va pas, on peut reporter, tu sais ?

Harry porta son regard sur son psy.

-Non.

-Tu as l'information, tu peux en faire ce que tu veux.

Harry n'avait aucune intention de se rétracter. Pour en arriver là, il avait dû entendre tout un discours sur le consentement et pourquoi ce qu'il avait vécu était mal. Pourquoi il n'avait jamais été en mesure de donner son consentement avec son Maitre et pourquoi le tribunal l'avait condamné. Que ce n'était pas de sa faute, que lui était un enfant et que c'était aux adultes de prendre soin de lui. Que même s'il pensait savoir ce qu'il voulait à 13 ans déjà, ce n'était pas une décision normale d'adulte que de l'écouter.

Harry l'avait écouté d'une oreille. Il avait bien tapé du pied, un peu. Mais le docteur Snape n'en démordait pas. Il y avait eu des larmes aussi. Il s'était bouché les oreilles pour ne plus entendre. Il avait supplié son psy de se taire quand il abordait des thèmes trop précis. Finalement, il avait été obligé de laisser l'homme aller jusqu'au bout de son propos. C'était la condition pour être là où il se trouvait aujourd'hui.

Dans le hall du centre pénitenciers, il avait du mal à tenir en place. Il avait eu droit à un contrôle d'identité à son arrivé. C'était la première fois qu'il avait une carte à présenter. Il n'avait jamais eu de papiers d'identité avant. Le vrai monde était quelque chose de fascinant qu'il expérimentait un peu plus chaque jour.

L'attente lui semblait interminable assit sur sa chaise inconfortable.

-Dans tous les cas, je resterai avec toi. Tu n'auras qu'à me dire si tu veux partir.

Son cou émis un craquement lorsque sa tête se tourna un peu trop brutalement vers son psychiatre.

-Vous n'allez pas rester ?

-Bien sûr que si. Tu as cru que je te laisserai seul ?

-Mais… Mais vous ne me l'aviez pas dit ça. J'ai pleins de choses à lui dire.

-Tu pourra lui dire tout ce que tu veux en ma présence. Je n'interviendrait que si c'est strictement nécessaire.

-Mais non, je dois lui parler de… D'une chose que je ne veux pas que vous sachiez.

-Je ne suis pas là pour te juger. Aborde les sujets dont tu as besoin, ne te gêne pas pour moi.

-C'est pas moi que ça gêne.

Harry savait que Draco n'était pas à l'aise avec leur situation. Le garçon se montrait toujours très affectueux avec lui en privé. En dehors, il rougissait chaque fois qu'Harry s'accrochait trop à lui et ne cessait de jeter des regards furtifs à ses parents dans la crainte de se faire surprendre. Harry avait très bien compris que leur relation devait rester secrète. Son psychiatre lui avait dit : la société était homophobe.

-Tu pourra rassurer Draco, je ne dirai rien.

Les yeux vert s'écarquillèrent.

-Comment…

-Je ne suis pas né de la dernière pluie. Je n'en n'ai pas parlé avec Narcissa mais je pense qu'elle se doute. Néanmoins, je suis bien placé pour savoir que ce n'est pas chose facile à assumer et je comprends qu'il faille du temps à Draco.

Les yeux ronds, Harry ne répondit pas tout de suite. Il avait trop d'informations à ingurgiter.

-Vous êtes… Vous aimez les hommes !

-Oui.

Il n'y a pas si longtemps, Harry aurait trouvé cet état de fait logique. Après près d'un an à vivre chez les Malfoy, s'il avait compris une chose, c'était que la norme se situait du côté des hétérosexuels. Il recula dans sa chaise.

-Je ne coucherai pas avec vous !

Le sourcil de son psychiatre se haussa d'étonnement. Cet enfant avait le don pour le prendre au dépourvu.

-Je n'en n'ai aucune intention. Je ne m'intéresse pas aux enfants.

Harry prit la pique envers son Maitre comme elle était et se renfrogna. Il était vrai que l'homme aimait ses amants très jeunes. C'était simplement parce que les corps jeunes étaient plus beaux. Harry pouvait le comprendre. Lui-même était plus attiré par Draco que par n'importe qui d'autre.

-Vous avez dit pas de jugement, reprocha le garçon avec colère.

-Envers toi oui, ça ne comprend pas Jedusor. Mais si tu as besoin d'un nouveau cour sur le consentement…

-Non, c'est bon !

Harry n'en pouvait plus de ces discours qui ne mettait pas son Maitre à son avantage. Il n'était pas sa victime. Il ne voulait pas être une victime. Une victime, ça souffrait. Lui s'était offert. Lui avait prit du plaisir. Il avait eu mal parfois bien sûr, mais d'une douleur méritée.

Non, il n'était pas une victime. Juste un garçon qui avait eu besoin d'être sauvé et qui payait sa dette. Rien de plus.

Quand on vint les chercher, enfin, Harry se répétait encore en boucle ces conclusions. Il devait tous ses moments de joie à son Maitre. Parce qu'il lui avait accordé. Personne ne comprenait. Personne ne comprendrait jamais. C'était entre lui et son Maitre.

La salle de visite ne comportait qu'une petite table et trois chaises. Le gardien qui les avait conduits referma la porte derrière eux après quelques derniers conseils de précaution qui avaient donné envie à Harry de rouler des yeux. Son Maitre n'était pas dangereux. Pas pour lui en tout cas.

L'homme n'était pas encore présent lorsqu'il s'installa, nerveux, sur l'une des chaises à l'armature en métal.

-Respire, lui conseilla son psy.

Harry prit conscience à cet instant que sa respiration était restée bloquée dans ses poumons. Il expira bruyamment et serra ses mains entre ses cuisses pour en cacher le tremblement.

Seul le bruit des respirations combla le silence de la salle pendant un moment. Et puis, le cliquetis des menottes, la clé tournée dans la serrure, des voix étouffées à travers le bâtant en métal. Enfin, son Maitre se tenait devant lui.

Vêtu de sa tenue de prisonnier, l'homme se laissa tomber avec élégance sur sa chaise, les poignets liés par la courte chaîne des menottes.

-Bonjour Amour, parla l'homme avec un sourire en coin.

Tom n'avait donné qu'un coup d'œil bref au psy de sa possession. L'essentiel de son attention allait à Harry.

Un frisson parcouru Harry lorsqu'il entendit finalement le son de la voix de son Maitre. Une nausée incontrôlable le prit avant qu'il ne se ressaisisse. Il était face à son Maitre et il devait lui faire honneur. Rapidement, il se leva et contourna la table afin de se laisser tomber à genoux sur le sol froid. Il posa son front sur la cuisse de l'homme en ravalant la bile qui remontait sa gorge serrée.

-Bonjour Maitre, chuchota-t-il.

Severus s'était figé tandis que les mains menottées se posaient dans les cheveux de son jeune patient.

-Je suis content de te voir.

Les longs doigts passèrent plusieurs fois dans la chevelure noir d'encre.

-Je suis tellement désolé Maitre, c'est ma faute, pardon.

-Ne dis pas de bêtise, tu as été parfait.

-Harry, reviens t'assoir, fini par trancher le docteur Snape un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

Le susnommé leva a peine la tête de la cuisse de celui qu'il appelait « Maitre ». Son visage était déjà strié de larmes et le pantalon de l'homme qui lui faisait face était humide.

-Harry, reprit Severus d'une voix plus sévère encore.

-Écoute ce qu'on te dit Amour.

Le garçon ancra son regard dans les iris chocolat étrangement chaleureuses contrairement à ce qu'il aurait pensé concernant l'homme qu'il avait envoyé en prison. Il croyait même déceler un certain amusement dans les yeux qu'il connaissait si bien.

Les pouces de son Maitre essuyèrent les larmes sur ses joues et il cligna bêtement des yeux. Il se sentait perdu. Perdu et tellement mal.

-Je suis désolé, répéta-t-il encore.

-Va t'asseoir mon beau, on est là pour ça, non ?

Tom jeta un œil au psy qui n'avait toujours pas esquissé un geste mais qui semblait prêt à sauter de sa chaise pour faire barrage de son corps entre son Harry et lui. Il retint un rictus moqueur et laissa son pouce bifurquer sur les lèvres pleines qui l'avaient tant de fois contenté. Lui et toutes les personnes qu'il désignait. Sans protestation, sans question. Il savait qu'il ne retrouverait jamais ce genre de servilité avez qui que ce soit.

Harry embrassa le pouce qui se présentait sur ses lèvres et se leva enfin pour regagner sa chaise en ignorant complètement son psychiatre. Il aurait besoin de nier son existence le plus possible pour trouver le courage d'aborder les sujets qu'il avait prévu d'aborder.

-Alors, dis-moi comment tu vas.

Harry n'avait aucune idée de la réponse à apporter mais se décida pour une banalité. Il ne voulait pas s'étaler sur ce sujet.

-Ca va Maitre. Je… j'étais impatient de vous voir.

-Moi de même Amour, je suis très fier de toi.

Harry déglutit. Il n'était pas sûr que son Maître serait fier longtemps lorsqu'il lui parlerait de Draco.

-Vous… Vous allez rester ici dix ans, commença-t-il.

-Oui, et tu vas m'attendre.

Harry jeta un coup d'œil vers Severus qui, fidèle à ses paroles, n'intervînt pas dans leur conversation.

-C'est… C'est long dix ans et... euh…

Le petit brun perdit ses moyens devant le froncement de sourcil de son Maitre. Il n'appréciait pas. Bien sûr qu'il n'appréciait pas. A quoi Harry avait pensé exactement ?

-C'est moins que ce que ça aurait pu être, intervint sèchement son Maitre.

Harry baissa la tête, clairement coupable. Il savait tous les risques qu'avait prit son Maitre juste pour lui. Une larme roula sur sa joue.

-Je tiendrai pas, finit-il par avouer.

-Il va bien falloir, tu ne peux pas m'abandonner maintenant.

Sa lèvre du bas tremblait quand il leva de nouveau les yeux sur le visage en colère de son Maitre. L'homme le sonda de ses yeux froids et il se sentit plus mal encore.

-Tu veux me tromper, c'est ça ? C'est ce blond hein ? Tu pense que je ne l'ai pas vu à l'audience ? Tu crois qu'il peut me remplacer ce gamin ? Je suis le seul qui t'aime vraiment. Le seul. Tu le sais ?

Harry trembla plus fort, un sanglot échappant à ses lèvres.

-Harry dispose d'une famille qui l'aime et je vous prierais de ne pas supputer la valeur des sentiments qu'ils nourrissent à son égard, intervint finalement Severus d'un ton plus calme que ce qu'il ressentait en réalité.

Tom tourna un regard noir sur lui. Ils engagèrent un duel silencieux de plusieurs secondes avant que le prisonnier ne soupire et ne redonne son attention entière à Harry.

-Je suis désolé Amour, je suis un peu à cran ici. Formule-moi ta demande, je t'écoute. Je ne m'énerverai plus.

Le petit brun déglutit. Il avait trop peur de décevoir son Maitre avec sa demande. Il jeta un regard en coin à Severus mais l'homme s'était visiblement remis en retrait de la conversation.

-Eh bien ? Parle.

-J'aimerais…

-Oui ? C'est ton blond que tu veux. J'ai bien compris ?

Se mordant les lèvres, Harry n'osa pas regarder l'homme qui lui faisait face. Il hocha simplement la tête en attendant le couperet de sa décision. Tom soupira de nouveau.

-Seulement lui ?

-Oui Maitre.

-Et quand je sortirai, tu seras de nouveau à moi ?

Le cœur d'Harry rata un battement. Il leva précipitamment la tête pour observer le fin sourire de l'homme. Est-ce qu'il comprenait vraiment ce qu'il était en train de sous entendre ?

- Toujours Maitre, je vous aime !

L'homme sourit un peu plus franchement. Il avait l'air triste malgré tout et cela faisait gonfler une boule dans le ventre d'Harry.

-C'est d'accord, seulement parce que je t'aime trop pour te laisser souffrir. Ne laisse jamais personne te faire croire le contraire. Compris ?

-Oui Maitre, merci. Merci beaucoup.

-Et je dois avouer que tu as plutôt bon goût. Il est à croquer ton… Draco, c'est ça ?

-Oui Maitre, sourit Harry jusqu'aux oreilles. Je savais qu'il vous plairait ! Et en plus, il est très gentil avec moi !

Severus laissa son patient babiller quelques instants tout en gardant un œil sur sa montre. L'entretien ne s'était pas du tout passé comme il l'avait prévu. Il avait pensé, visiblement à tort, que Jedusor ferait profil bas devant lui. Qu'il jouerait un rôle. Manifestement, l'homme était rempli de surprise. Il avait fait comme s'il était seul avec Harry dans la pièce. Comme si tout ce qu'il dirait devant lui n'aurait aucune répercussion. C'était en partie vrai. Son procès était bel et bien terminé, il ne risquait plus de condamnation supplémentaire pour les mêmes faits. Mais le jugement moral du pédopsychiatre, lui, ne semblait pas réellement l'affecter. Cela allait à l'encontre de la théorie qu'avait Severus sur le comportement narcissique du condamné.

Néanmoins, il pensait avoir récolté suffisamment de cartes dans sa manche pour orienter les prochaines séances de son patient. Il se le promettait, Harry sortirait de la prison mentale que cet homme avait battit tout autour de son esprit. Même si cela lui prenait plusieurs années.

Harry était encore sur son nuage quand il était rentré de la prison. Son sourire ne le quittait plus. Il avait même échangé quelques mots avec Narcissa avant de la laisser avec son psychiatre. Les adultes voulaient parler ensemble. Ça ne le dérangeait plus vraiment qu'on parle de lui. Il savait que les adultes réunis sous ce toit ne voulaient que son bien. Surtout, il avait eu l'approbation de son Maître pour le chemin de vie qu'il était en train de prendre. Un chemin de vie temporaire mais qui avait un goût de liberté qu'il n'avait encore jamais connu et cela le rendait plus heureux que tout.

A son retour chez lui, Draco se sentait exténué. De cette fatigue morale qu'il n'avait ressenti que peu de fois dans sa vie. Il aurait aimé mettre son état sur le stresse de ses examens mais il connaissait la vérité.

Harry était celui qui le mettait dans cet état. Il n'avait aucune idée de comment il allait retrouvé celui qu'il s'avouait aimer comme jamais il n'avait aimé auparavant. Et il avait peur de l'emprise bien plus forte que lui qu'exerçait le bourreau qui avait passé tant de temps avec Harry.

Pourtant, c'est un Harry très souriant qu'il retrouva à son grand soulagement. Le brun lui avait presque sauté dessus pour l'embrasser lorsqu'il l'avait vu, de petites larmes de joies perlant de ses yeux. Draco le serra fort contre lui en retour.

-Ca s'est bien passé ?

-Il a dit que j'avais bon goût ! Que… Qu'on pouvait vivre notre amour parce qu'il veut mon bonheur !

Harry continuait d'embrasser Draco, déboutonnant au fur et à mesure la chemise qu'il trouvait bien encombrante. Complètement sonné, Draco mit un temps à réagir. Il était déjà torse nu lorsqu'il plaça ses mains sur celles du plus jeune pour l'empêcher de déboutonner son pantalon.

-Attend, quoi ?

-J'ai obtenu le droit de coucher avec toi, je n'ai pas l'intention d'attendre plus longtemps !

Harry parsemait déjà le cou du blond de plusieurs baisers voraces alors que Draco restait figé. Il n'était pas sûr de comprendre.

-Tu veux coucher avec moi parce qu'il t'a dit de le faire ? Tenta-t-il tout de même d'éclaircir.

Cette idée le mettait profondément mal à l'aise. Il avait l'impression de devenir une marionnette de Jedusor à son tour.

-Non, je veux coucher avec toi parce que tu es magnifique et que je suis tombé amoureux de toi. J'ai envie de tout vivre avec toi, je pensais que c'était ce que tu voulais aussi.

Harry continuait de prodiguer des caresses sur les flancs de Draco, très près de l'entrée de son pantalon tandis que le blond semblait complètement perdu.

-Tu… T'es amoureux de moi ?

Harry hocha simplement la tête. Il pensait que c'était déjà clair pourtant. Ses mains parcoururent le torse imberbe de son amour.

-Et si tu couche avec moi, c'est pas qu'une fois ? Ça veut dire qu'on construit quelque chose ensemble ?

De nouveau, Harry hocha la tête, agaçant du bout des doigts les tétons qui se trouvaient à sa portée. Pour toute réponse, Draco tourna la clé dans la serrure de sa porte et laissa Harry l'entraîner vers le lit avec un sourire. Le brun l'allongea sur les draps et vint placer son bassin au dessus du sien. Sa bouche repris son chemin sur la peau blanche jusqu'à la limite du pantalon encombrant. Avec un petit sourire joueur, Harry commença à déboutonner l'un de ces derniers remparts vers ce qu'il voulait mais Draco l'arrêta de nouveau à l'aide de sa main.

-Je suis pas sûr de savoir comment faire.

-Tu as juste à me laisser faire, je m'occupe de tout.

Draco hocha la tête mais sa main ne lâcha pas les doigts qu'elle avait emprisonné.

-Est-ce que… Enfin euh, je veux pas être en dessous.

L'incompréhension gagna Harry qui fronça les sourcils.

-Je vais avoir plus de mal à tout gérer si je m'allonge maintenant. T'es sûr que c'est ce que tu veux ?

-Non tu peux rester comme ça, c'est pas ce que je voulais dire.

Les yeux verts observèrent la peau pâle virer au rose et enfin, un sourire amusé prit place sur les lèvres d'Harry. Cette situation ne lui était jamais arrivé. Il était heureux de vivre des nouveautés avec son blond.

-Te moque pas de moi !

-Je me moque pas, c'est juste que j'ai jamais eut besoin d'éclaircir ce point là. Évidemment que c'est toi qui va me prendre.

-C'est pas la manière la plus romantique de dire les choses.

-Et moi je trouve qu'on parle beaucoup. J'aimerais bien passer à l'action. Ce sera la première fois que quelqu'un d'autre me touchera comme ça et je suis très content que ce soit toi mais je voudrais qu'on accélère un peu. Ça fait trop longtemps que j'attend.

Harry bougea un peu ses doigts toujours emprisonnés mais une pression sur ceux-ci et son regard se refixa dans celui de Draco.

-Il faut que je te dise aussi d'abord… Moi aussi, je suis amoureux de toi.

Le brun répondit d'un grand sourire et d'un baiser profond. Il ne s'était jamais sentit aussi bien et avait hâte d'atteindre l'apothéose de tout ça. Sa main recommença à bouger, doucement. Il frotta d'abord l'érection contre le tissu du jean, puis parvint enfin à déboutonner le blond qui soupirait contre ses lèvres. Il empoigna la belle érection qu'il massa quelques instants et se redressa enfin pour retirer ses propres vêtements qu'il avait enfiler rapidement en attendant Draco. Un simple t-shirt qu'il fit passer au dessus de sa tête et un pantalon sans sous vêtement qu'il envoya à l'autre bout de la pièce d'un coup de pieds.

-Je me suis déjà préparé, je me suis dit que ce serait plus simple. Tu as une position préférée ?

Des positions, Draco n'en connaissait pas beaucoup. Il rougit de la différence flagrante d'expérience entre eux deux.

-J'en sais rien. Qu'est-ce que toi tu préfère ?

Il eut droit à un sourire solaire en réponse. C'était la première fois qu'Harry pourrait choisir de cette façon.

-Je veux une position où je pourrais te voir, c'est la seule chose qui m'importe.

-D'accord, repondit Draco sans réfléchir.

Il se redressa un peu pour embrasser son brun et inversa doucement leurs positions. Il avait déjà été dans cette situation avec Astoria précédemment et cherchait à retrouver certains réflexes pour être plus entreprenant. Il mordilla le cou à sa portée et lécha les tétons qui ne tardèrent pas à durcir sous sa langue.

Harry, très réceptifs, s'amusait à tirer légèrement sur les cheveux blonds à sa portée, provoquant quelques picotements dans le cuir chevelu de l'autre garçon.

-Je peux ? Questionna Draco après s'être redressé, les doigts au dessus du service trois pièces de celui qui deviendrait son amant.

-Oui s'il te plaît.

Prenant une inspiration, Draco toucha enfin ce qu'il n'avait jamais touché chez un autre garçon auparavant. Du bout des doigts d'abord, puis plus franchement lorsqu'il tira un soupir de plaisir du plus jeune. Il fit quelques mouvements de vas et viens, découvrant la peau lisse et douce, soupesa les testicules qui roulèrent entre ses doigts, tirant des sons de moins en moins discret du garçon sous lui.

-S'il te plaît Draco.

Les yeux gris remontèrent vers la bouche suppliante. Il pressa la base de son sexe à l'aide d'une de ses mains libre pour s'empêcher de venir trop vite et eut envie de se frapper le front quand il réalisa soudain ce qui n'allait pas.

-J'ai pas de préservatif.

-Quoi ?

-Un préservatif. J'ai pas pensé qu'il m'en faudrait un, j'ai rien prévu.

-Qu'est-ce que tu raconte ? On n'a pas besoin de ça.

-Bien sûr que si, c'est super important.

-J'ai été testé à l'hôpital et j'ai déjà avalé ton sperme alors je ne vois rien de plus accessoire qu'un préservatif là tout de suite.

Draco se tut, le sexe toujours dans la main. Harry marquait un bon point. Ils ne s'étaient pas montrés très prudent jusque-là.

—Aller, je n'attends que toi. S'il te plaît.

Sortant de son immobilisme, Draco dirigea enfin son érection vers l'anus qu'il trouva lubrifié.

-Je peux y aller comme ça ? Ça ne va pas te faire mal ?

-Vas y, je suis prêt.

Harry donna un coup de hanche vers le haut pour étayer ses propos et Draco se décida enfin. Se mordant la lèvre, il guida son penis à l'intérieur de l'entrée chaude et lubrifiée qui l'accueillit sans résistance. Il eut besoin d'une pause face aux sensations intense et se raccrocha aux hanches qui se trouvaient à portée de mains.

Des pouces, il caressa la peau fine du ventre nu et fixa son regard dans le vert intense qui lui renvoyait tout son amour.

Il était amoureux de ce garçon comme jamais il n'avait aimé avant et il était bien décidé à lui montrer.

D'un mouvement souple du bassin, il recula jusqu'à presque sortir de l'anus étiré autour de lui. Il rentra avec plus de force que précédemment, tirant un petit cri à Harry qu'il décida d'étouffer en l'embrassant et commença enfin à bouger de manière plus régulière.

La sueur perla vite sur son front tandis que les longues jambes Harry s'enroulaient autour de ses hanches. Il le maintenait contre lui grâce à ses mains contre ses fesses et ne cessa jamais de l'embrasser de ses petits baiser pleins de gourmandise et d'urgence.

—Je t'aime, lui murmura-t-il encore dans l'oreille alors qu'ils reposaient l'un contre l'autre, repus de leur amour partagé.


C'était le dernier chapitre. Il ne conclut en réalité qu'une petite partie de l'histoire et tout le reste sera éclairci dans l'épilogue.

Pour ce qui concerne la peine de prison de Tom, je me suis appuyée sur de vrais affaires anglaises et aussi surprenant que ça puisse paraître, 10 ans est une peine très crédible avec ce que j'ai pu trouver même si la loi prévoit la perpétuité pour les pedophiles. J'imagine que c'est comme partout et que justice n'est jamais vraiment rendu correctement.

Dans l'épilogue, on verra ce qu'Harry fera quand celui qu'il appelle son Maitre sortira de prison.

A votre avis, est-ce que sa dévotion sera toujours aussi forte ? Ou son amour pour Draco triomphera malgré tout ?