Salut salut ! Je sais, je suis affreusement en retard. Pour tout vous dire, je suis à peu près autant désolée de mon retard que je le suis, en retard (vous suivez ?), mais j'ai une excuse, à savoir l'arrivée de mes partiels le 9 et 10 mai. J'en profite pour vous dire qu'il n'y aura probablement pas d'autres chapitres d'ici là, mais j'essaierai de me rattraper par la suite (3 mois et demi de vacances, le bon côté de la PACES). On se retrouve donc dans un nouveau chapitre flashbacks, mais moins étrange que celui de Lexa. Même principe, flashbacks en gras. Au début, je voulais vraiment intégrer les flashbacks au dialogue, mais c'était super lourd à écrire et à lire, donc j'ai un peu contourné le problème. Au programme : comment Clarke et Jules se sont rencontrées ! Enjoy !


Nous étions vautrées comme 3 gros dindonneaux rôtis sur le lit de Lexa. Aujourd'hui, ça faisait pile un an que nous avions débarqué sur Terre, nous les 100. A cette occasion, le Skaikru avait donné une petite fête, à laquelle le Trikru s'était joint. Cette soirée, même si elle nous avait permis de décompresser (surtout Clarke, Lexa et moi après la visite de la Lexa's family n'avait pas fini comme la dernière, avec Lexa sous herbe, mais s'était plutôt terminée par une sorte de concours de bouffe entre Clarke, Bellamy, Octavia, Raven, Lincoln (qui avait été contraint de participer par Octavia), Jasper, Lexa (contrainte par Clarke), Indra (contrainte aussi par Clarke, enfin plutôt par Lexa, ce qui revenait au-même) et moi-même. Monty avait préféré arbitrer. Le principe était simple, ingurgiter le plus de trucs au cours de la soirée. Lexa, Octavia, Raven et Jasper avaient abandonné en premiers (je soupçonnais Lexa d'avoir sauté sur la première occasion pour quitter la partie), suivis par Bellamy, Lincoln et Clarke. Il ne restait plus qu'Indra (qui s'était étonnement pris au jeu) et moi-même. Je croyais totalement en ma victoire, j'avais la réputation de manger à longueur de temps, ce n'était pas Indra, qui à la base ne voulait même pas jouer, qui allait me vaincre ce soir ! Eh ben si... J'avais voulu frimer en avalant une tarte entière, me disant qu'au fond c'était que des fruits et de la pâte, sauf que ce n'était pas une tarte normale. Indra m'avait regardée faire en souriant et en se contentant d'avaler un morceau de viande froide, sans évidemment me prévenir qu'il s'agissait d'une spécialité grounder, à savoir une tarte aux piments. Des. Putains. De. Piments. Résultat, je m'étais cramée la langue et n'étais plus dans la capacité de continuer la compétition, laissant la victoire à Indra.

C'était la raison pour laquelle nous étions, Clarke, Lexa et moi, à moitié morte sur le lit. Et non, je ne m'incrustais pas dans leur chambre pour une fois ! Enfin, elles ne m'avaient pas invitées, mais elles ne m'avaient pas virées non plus. Je poussai un soupir pour manifester mon trop plein de nourriture.

" - Je ne mangerai plus jamais de ma vie...

- Comme si c'était possible... me taquina Clarke.

- On va dire que je n'ai rien entendu... Je veux mourir, moi qui croyais dur comme fer en ma victoire...

- On a vu ça. "Je vous promets que je vais les défoncer !", m'imita Lexa.

- Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est raté, la tarte aux pim...

- Ne me parle pas de cette foutue tarte ! criai-je en retenant un haut-le-cœur. Mes amies, aujourd'hui est le jour où, pour la première fois de son existence, Jules Paxton a manqué à une de ses promesses."

La commandante me dévisagea, n'y croyant qu'à moitié.

" - Je t'assure, Lex. Je suis tout sauf une menteuse, j'ai toujours tenu mes promesses.

- C'est pas vrai, j'en connais au moins une que tu n'as pas respecté.

- Elle compte pas celle-là, répondis-je en me souvenant de quelle promesse elle parlait.

- Bien sûr que si !

- En plus, je l'ai plus ou moins tenue.

- "Je te promets de mettre une mandale à cette salope dès que je la croiserai.". Tu lui as mis une mandale, mais pas dans les temps ni pour la bonne raison."

Lexa nous regardait tour à tour, sans savoir de quoi on était en train de parler. J'eus pitié et répondis à ses questions silencieuses.

" - Après Mount Weather, juste avant que Clarke se tire au milieu de la forêt et que je parte pour Polis, j'ai promis à Clarke de t'en mettre une sévère si, ou plutôt quand je te croiserais.

- Vous vous connaissiez déjà avant d'arriver ici ?

- Bien sûr, on faisait parties des 100, me devança Clarke. Pourquoi ça t'étonne ?

- Le jour de la Saint Valentin, tu l'as appelé Julia.

- L'habitude. A l'époque, elle détestait pas son prénom. Toujours est-il qu'on s'est connues sur l'Arche, et disons que... comment dire ?

- Elle me détestait, finis-je.

- C'est à peu près ça oui.

- Et je peux pas lui en vouloir, j'étais pas des plus agréables à l'époque."

Lexa ne dit rien durant quelques secondes, puis elle s'appuya contre la tête du lit afin de mieux s'installer.

" - Racontez-moi. Comment vous êtes-vous rencontrées ?"

Je jetai un coup d'œil à Clarke, qui haussa les épaules.

" - Ok, si tu veux. On suivait le même cours de maths avancés.

- Contrairement aux apparences, Jules est un vrai génie des maths.

- Go float yourself (nda : je ne sais pas comment traduire cette expression) Clarke. Toujours est-il que je séchais ce cours environ un jour sur deux, comme tous les autres d'ailleurs, pour aller trainer avec Charlie. Du coup, le prof en avait marre de me voir que quand ça me chantait, du coup il me collait souvent les samedis après-midi."

La brune fronça les sourcils et pencha sa tête sur le côté.

" - Pour la punir, il la forçait à venir les après-midis alors qu'on avait pas cours pour rester dans une salle à rien faire.

- Yep, et il se trouve qu'un jour, miss Perfect ici présente a elle aussi déconné, et s'est retrouvé en colle avec moi. Je crois que c'est la première fois qu'on s'est parlées ce jour-là."

Je m'installai un peu mieux, émettant un petit cri plaintif suite à la douleur dans mon estomac à chaque mouvement.


J'étais en retard. Comme d'hab me direz-vous, mais en général, j'évitais d'arriver en retard à mes heures de colles, parce que se faire coller pour s'être pointée avec 20 minutes de retard à une colle causée elle-même par des retards ou des absences dans la majorité des cas, ça craignait. J'accélérai le pas et finis par enfin arriver dans la salle.

" - Mlle Paxton, je vous remercie de nous faire l'honneur de votre visite, je n'y croyais plus, me dit le surveillant.

- Jusqu'à il y a 10 minutes, je songeais sérieusement à sécher, mais je vous aurais trop manqué Will. Et en plus, vous auriez dû vous déplacer pour rien", plaisantai-je en retour.

Will, le surveillant dont j'avais oublié le nom de famille depuis bien longtemps, s'occupait de surveiller les colles le samedi. Ce qui impliquait que je le voyais presque toutes les semaines. Il était plutôt cool, et comme ça l'emmerdait autant que moi d'être là, on passait assez souvent mes 4 heures de retenues à discuter ou même à jouer aux cartes. Enfin, quand personne d'autre n'était collé. Ce qui n'était pas le cas ce jour-là.

" - Croyez-moi, non, vous ne m'auriez absolument pas manqué. Et pour une fois, je ne me déplace pas que pour vous et vos beaux yeux.

- Serait-ce une pointe d'ironie que je perçois dans votre voix ?

- Comment vous avez deviné ? Allez vous assoir, et en silence.

- Mais qu'est-ce que je vais faire pendant 4 heures si on ne peut pas parler ?

- Dormez. Bossez. Dessinez. Parlez avec votre camarade, je m'en fous. Ne provoquez simplement aucune catastrophe..."


" - Ai-je déjà rencontré ce Will ? interrompit Lexa.

- Non, répondis-je avec une pointe de tristesse, apparemment, il faisait parti des sacrifiés.

- Les sacrifiés ?

- 320 volontaires qui sont morts pour sauver les autres habitants de l'Arche. Là-haut, ils ne savaient pas si on était encore en vie ou pas, ces abrutis du conseil, après avoir voulu bazardé une des sections sans prévenir personne, ont fini par se raviser et par mettre au courant les populations de la situation, c'est-à-dire le gros déficit en oxygène. 320 personnes sont mortes ce jour-là pour économiser l'oxygène et permettre aux autres de tenir plus longtemps. Will en faisait parti.

- Et le pire dans tout ça, finit Clarke, c'est que nous avons réussi à contacter l'Arche peu de temps après, donc le sacrifice n'a servi à rien."

Nous nous tûmes quelques secondes, avant que je ne reprenne mon récit, ne tenant pas à ressasser tous ces événements.


Je jetai un coup d'œil dans la salle, espérant que mon ou ma codétenu(e) ne fasse pas parti des trois quarts de la population me détestant.


" - Pourquoi cela ?

- Pourquoi tout le monde me détestait ? C'est pas très compliqué, mes parents sont des salopards, ils étaient responsables des trois quarts des arrestations de notre station, un nombre incalculable de personnes sont mortes à cause d'eux. Etant leur fille, par extension, au regard des autres j'étais comme eux.

- Tu n'es pas comme tes parents.

- Et je ne l'étais pas non plus à l'époque. Mais bon, les préjugés ont la vie dure ! Tu vas continuer à m'interrompre ou je peux raconter l'histoire ?

- Je t'en prie."


Pas possible ! Clarke Griffin. La fille modèle de la brillante chirurgienne Abigail Griffin, meilleure amie de Wells Jaha, fils du chancelier, lui aussi modèle de perfection, était en colle un samedi après-midi ! Voilà qui allait être intéressant ! Je posai mon sac sur la table d'à côté et me mis assise sur la sienne.

" - Mes yeux me joueraient des tours ou la parfaite petite mademoiselle Griffin est bien en retenue ?

- La parfaite petite mademoiselle Griffin, comme tu dis, aimerait bien ne pas avoir à y retourner, alors si tu pouvais descendre de là...

- Si c'est de Will que t'as peur, il dira rien. Te recoller signifierait pour lui de se déplacer samedi prochain, et il a encore l'espoir que je n'ai pas à venir d'ici là. Il ne va pas se tirer une balle dans le pied ! Pas vrai Will ?

- Exactement, murmura-t-il sans quitter son magazine des yeux.

- Tu vois, je te l'avais dit. Alors puisqu'on est là toutes les 2, autant faire connaissance non ?

- Pourquoi ?

- Pour que tu sortes de la secte "On déteste Julia Paxton", et pour que je te montre que je ne suis pas comme mes parents."

Elle ne dit rien, retournant à son carnet de dessin. Voyant que je ne tirerais rien d'elle, je m'avouai vaincu et m'assis sur ma chaise. Pour l'instant. 10 minutes plus tard, je m'ennuyais à nouveau.

" - Clarke ? l'appelai-je. Clarke ?"

Pas de réponse.

" - Très bien, je vais t'appeler jusqu'à ce que tu répondes, et je suis très douée à ce jeu ! Clarke, Clarke, Clarke, Clarke, Clarke, Clarke, Clarke, Clarke, Clarke, Clarke, Cla...

- Quoi ?!"

Elle avait cédé, un point de plus pour Julia Paxton.

" - Ah bah voilà, enfin ! T'as toujours pas envie de parler ?"

Silence. Chouette, on était là que depuis 14 minutes et 19 secondes (enfin, ça aurait été le cas pour moi si j'avais été à l'heure...). Je posai ma tête dans mes bras, attendant patiemment quelques minutes avant d'aller taper la causette à Will. Cependant, avant que je ne puisse me lever, miss Griffin réalisa que, la colle durant 4 heures, elle allait s'emmerder, et m'interpella.

" - Je ne pense pas que tu sois comme tes parents tu sais...

- Sérieux ? Donc tu ne me détestes pas ?

- Bien sûr que si, mais ça n'a rien à voir avec tes origines. Si je ne t'aime pas, c'est parce que tu es inconsciente, insolente, égoïste, prétentieuse, que tu ne fous absolument rien et que pourtant tu t'en sors avec des résultats plus qu'élevés, que tu passes la quasi-totalité des heures de cours à manger et que tu ne prends pas un gramme, que tu dragues tout ce qui bouge...

- T'as fini ?

- Et aussi parce que tu es très agaçante. Voilà pourquoi je ne t'aime pas, crois-moi ça n'a rien à voir avec mes parents.

- C'est donc l'image que tu as de moi ? demandai-je amusée. Très bien miss Perfect, on a maintenant plus de 3 heures pour apprendre à se connaitre, et tu verras que je suis quelqu'un de très attachant.

- Prétentieuse, qu'est-ce que je disais ? Et je ne suis pas miss Perfect."

Je ris doucement, puis bougeai ma chaise pour me rapprocher d'elle.

" - Très bien, dans ce cas, je te propose de recommencer à zéro."

Je lui tendis une main.

" - Salut, je m'appelle Julia Paxton, et je ne suis pas la même enflure que mes parents."

Elle me regarda un peu étonnée, mais rentra dans mon jeu.

" - Enchantée, moi c'est Clarke Griffin. Et ce n'est pas parce que ma mère est chirurgienne et mon père ingénieur que je suis miss Perfect.

- C'est noté. Alors Clarke, qu'est-ce que tu aimes faire dans la vie ?

- Dessiner."

Elle désigna la table du regard. Je tendis le bras vers le carnet qui y était posé.

" - Je peux ?"

Elle acquiesça. Je feuilletai les pages.

" - Wow ! Je suis impressionnée, t'as beaucoup de talent ! Et crois moi, je ne fais pas souvent de compliments."

Je m'arrêtai sur le dessin d'un garçon.

" - C'est le mec avec qui tu traines tout le temps non ? Wass, ou Watz, fils Jaha quoi !

- C'est ça, il s'appelle Wells au fait.

- Désolée, je suis pas douée pour les prénoms. Vous êtes toujours ensemble ?

- On ne l'a jamais été.

- Ah bon ? demandai-je étonnée. Le petit con...

- Je te demande pardon ?

- Charlie, mon meilleur ami, a proposé à Wells de sortir avec lui un soir, genre comme un rencard. Et petit Jaha a refusé sous prétexte qu'il sortait avec toi.

- Nan je te crois pas !"

Elle trouva ça plutôt amusant visiblement. Moi qui pensais que ça allait l'énerver et qu'elle allait changer de sujet, je ne pouvais pas plus me tromper. Elle rapprocha sa chaise de moi pour me faire face.

" - Sans rire ? Wells lui a vraiment dit ça ? Pourquoi ? Wells n'est même pas gay, c'était une raison suffisante pour refuser un rencard.

- Je sais pas trop moi, c'est ton meilleur ami, pas le mien. Peut-être qu'il a eu peur que Charlie le prenne mal s'il lui disait qu'il était pas intéressé, et qu'il lui casse la gueule.

- Charlie, c'est bien le mec qui mesure 1 mètre 90 ? Tout bl...

- Tout blond et tout musclé oui, la coupai-je, c'est bien lui. T'as pas très envie de dire non à un gars comme ça !

- Je connais suffisamment Wells pour te dire que ce n'est pas parce qu'il avait peur des représailles qu'il a menti, le défendit-elle, bonne amie qu'elle était.

- Je me doute, je plaisantais. Il avait juste pas envie de lui faire de la peine en lui mettant un râteau. C'est mal connaitre Charlie tout ça, s'il pensait qu'il allait lui briser le cœur. Il n'était même pas si intéressé que ça..."

Je me rendis compte de la gaffe que je venais de faire. J'espérai qu'elle n'y prête pas attention et tentai de changer de sujet. Bah c'était raté.

" - Vraiment ? S'il n'était pas intéressé, pourquoi il lui a proposé un rencard ?

- Oh... J'en sais trop rien en fait, peut-être qu'il était intéressé mais qu'il voulait pas me le dire ou je sais pas...

- Tu te souviens de ta liste de défauts ? Rajoute que tu es une très mauvaise menteuse dessus.

- Tu me lâcheras pas j'imagine ?"

Elle regarda sa montre.

" - Il nous reste encore 3 heures et 8 minutes à tuer. Fais le calcul."

Hum, hum. C'était long 3 heures et 8 minutes. Et je n'avais pas envie de savoir à quel point elle pouvait être casse-pied sur une échelle de 1 à moi.

" - Très bien, je vais te le dire, mais promets-moi que ça restera notre petit secret.

- Je t'écoute avec attention.

- Voilà, Charlie et moi on a tendance à faire des paris. Sur tout et n'importe quoi, et pour tout et n'importe quoi, rations, fringues, fournitures en tout genre. Et, un jour, j'ai fait un commentaire stupide en sous-entendant qu'il ne pourrait jamais réussir à mettre Miller dans son pieu...

- Miller ? Nathan Miller ? Je croyais qu'il était avec Bryan...

- Pas à l'époque. Enfin bref, toujours est-il que 2 jours plus tard, Charlie m'a prouvée que j'avais tort en se tapant le dit Miller. Et depuis, bien que j'ai conscience qu'éthiquement parlant, c'est moyen moyen, on a continué ce genre de défi. En plus light ceci dit, maintenant c'est plutôt "Je te parie 3 rations que tu ne peux pas décrocher un rencard avec le fils du chancelier".

- Et donc, grâce à Wells, tu as gagné 3 rations.

- C'est l'idée oui."

Nous continuâmes à discuter de tout et de rien pendant un moment, jusqu'à ce que Will ne vienne à notre table.

" - Griffin, Paxton ! Je dois retourner chez moi, apparemment il y a un souci avec le système électrique. Si vous voulez vous barrer, essayez de ne pas vous faire remarquer pendant les 2 heures à venir, sinon on va tous les 3 avoir des emmerdes."

Il partit sans demander son reste.

" - Très bien miss Griffin, j'ai 2 propositions à te faire. La 1ère, je me tire et toi tu restes bien gentiment ici, pour ne pas risquer de te faire prendre. La 2nd, tu viens avec moi et tu découvres le monde de la délinquance. Alors qu'est-ce que tu choisis ?

- Où tu veux aller ?

- Tu verras quand on y sera ! Aller viens !"

Nous rangeâmes nos affaires et nous précipitâmes dehors, vers la liberté. Quelques mètres plus loin, je m'engouffrai dans une petite brèche, suivie par Clarke, et frappai 3 coups dans une des grilles.

" - Grouille, ouvre moi ! chuchotai-je.

- C'est quoi cet endroit ? me demanda la blonde.

- Chut parle moins fort !

- Mais c'est toi qui hurles là !

- Mais baisse d'un ton bordel ! Et toi, dis-je en me retournant vers la grille, tu vas ouvrir oui ?!

- Mot de passe ? demanda cet imbécile.

- Tu te fous de ma gueule ? On n'a jamais eu de mot de passe !

- Et comment je peux savoir que c'est bien toi ?

- Arrête de jouer les abrutis et ouvre avant que je fracasse la grille."

Il finit par enfin bouger le morceau de métal pour que nous puissions pénétrer dans la pièce en contrebas. Une fois en bas, Clarke tourna sur elle-même pour contempler notre planque.

" - Wow...

- Bienvenue dans notre planque secrète !"

J'écrasai le pied de l'autre dinde pour qu'il se décide à la saluer.

" - Salut ! Ravi de te connaitre, même si j'aurais préféré que ce soit ailleurs que dans cet endroit qui n'a de secret plus que le nom, grâce à une certaine personne que je ne nommerai pas."

Je ne relevai pas.

" - Moi c'est Charlie, finit-il.

- Clarke.

- Clarke Griffin ? Genre la fille du docteur Griffin et la meilleure amie de Jaha Junior ? Bien joué Julia, je vois que tu as encore bien réfléchi avant de sélectionner tes nouveaux amis !

- Oh ta gueule. Clarke, te voici dans le lieu représentant la fierté de toute notre vie.

- Une pièce perdue derrière une grille ?

- Une pièce perdue derrière une grille renfermant tout ce qu'on a réussi à voler de l'Arche !"

Elle regarda à nouveau autour d'elle, admirant le monstrueux et tout aussi inutile butin que nous avions amassé. Charlie nous proposa une bière, ce que nous acceptâmes. Nous restâmes un moment ici tous les trois, jusqu'à ce que mon meilleur ami finisse par réaliser un truc plutôt important, dans le genre s'il l'avait pas remarqué on était vraiment mal.

" - Au fait Julia ? Ton frangin est pas supposé venir te chercher à la fin de ta colle ?

- Bah si pourquoi ? dis-je sans comprendre où il voulait en venir, parce que j'étais un peu abrutie sur les bords.

- Parce que ta colle finit dans..."

Il marqua une pause et se pencha pour regarder ma montre.

" - 47 secondes.

- Bordel ! Tu pouvais pas le dire plus tôt !?" râlai-je en empoignant mes affaires éparpillées dans la pièce.

Il but une nouvelle gorgée de sa bière en guise de réponse.

" - Clarke, tu restes ?" demanda-t-il.

Cependant, il n'eut lui non plus pas de réponse, puisque Clarke était dans le même état de panique et avait presque atteint la sortie. Elle expliqua rapidement que Wells était lui aussi censé l'attendre à la fin de sa colle, et qu'elle ne tenait pas à lui raconter en détails où elle se trouvait. Nous courûmes jusqu'à la salle.

" - Stop, arrête toi !" la coupai-je dans son élan.

Mon frère se trouvait au bout du couloir, se dirigeant lentement mais surement vers la salle de retenue, où il ne manquerait pas de m'engueuler s'il ne m'y trouvait pas.

" - Viens on va passer par la fenêtre de derrière."

Je m'approchai de celle-ci, et réalisai qu'elle était bien trop haut pour que je puisse l'atteindre.

" - Fais moi la courte échelle."

Elle s'exécuta. Je sortis mon tournevis de mon sac à dos et commençai à m'acharner sur la vitre.

" - Qu'est-ce que tu fous avec un tournevis ?!

- Ça sert toujours, la preuve !"

Un bruit sourd retentit, que je reconnus comme être celui d'une porte se fermant à quelques mètres de là. Le seul souci fut que Clarke, elle, se mit à paniquer et à bouger dans tous les sens.

" - Putain Clarke ! Arrête de bouger c'est rien ! Je vais me v... Ah !"

Oui oui, vous avez bien compris, je venais de me vautrer lamentablement sur la vitre que j'essayais désespérément d'ouvrir. Alors à la limite, si j'étais simplement tombée en arrière ou sur Clarke, tout se serait bien passé. Evidement, ce ne fut pas le cas et je basculai en avant et passai à travers l'encadrement de la fenêtre. Là où j'eus de la chance dans mon malheur, c'est que je l'avais déjà suffisamment amoché pour simplement l'emmener dans ma chute et l'empêcher d'éclater en tout plein de petits morceaux. Le souci maintenant, impossible que le bruit n'ait pas attiré Nevi.

" - Julia, ça va ?! demanda Clarke paniquée.

- Pas grâce à toi en tout cas ! Grouille, rentre avant que mon frère débarque !"

Je pris une table et montai dessus afin d'aider Clarke à se hisser et passer de l'autre côté. Bien entendu, tout ne se passa pas à merveille, et je me retrouvai une fois par terre, emportée dans ma chute par son poids.

" - Aouch, gémit-elle, étendue sur moi.

- Et moi qu'est-ce que je devrais dire ? Tu t'es affalée sur moi en tombant...

- Désolée..."

Un peu sonnée, elle ne parvint pas à se remettre sur pieds immédiatement.

" - Dis-moi Julia... dit-elle doucement.

- Oui Clarke ?

- Est-ce que j'en fais partie moi aussi ? De vos petits défis ?

- Ça se pourrait bien, répondis-je doucement. Tu voudrais en faire partie ?

- Combien ?

- Je gagne 5 rations si j'arrive à t'inviter à un rencard."

Elle sourit, et rapprocha son visage encore un peu plus de moi, bien que nous soyons déjà très très proches.

" - Et qu'est-ce qui te fait croire que j'accepterais de sortir avec toi ? continua-t-elle sensuellement.

- Sors avec moi.

- Non.

- Juste pour un café.

- Non.

- S'il te plait..."

Elle pencha sa tête sur le côté, et au moment où je crus qu'elle voulait m'embrasser, elle détourna sa route et chuchota à mon oreille.

" - Je ne veux pas être ton trophée Julia. Donc c'est moi qui t'invite.

- Quoi ?

- Si c'est moi qui te propose un rencard, tu perds ton pari. Je ne suis pas ton trophée, mais on sort quand même ensemble, c'est tout bénef pour moi non ?

- Tu es...

- Alors ?

- Ok. Demain, 16 heures, un café.

- Parfait. Tu sais, je ne pensais pas toutes les choses que j'ai dit à propos de toi.

- Tu parles de la liste de défauts ?

- Oui. Je trouve que tu es une personne extraordinaire et..."


" - Menteuse ! J'ai jamais dit ça, ne prends pas tes rêves pour la réalité !"

Depuis l'intervention de Lexa concernant le fait que personne ne m'aimait et bla bla bla, elle m'écoutait attentivement sans m'interrompre, même Clarke alors qu'elle connaissait cette histoire (fatalement elle l'avait vécu, j'arrivais encore à être surprise par ma débilité !). Lexa n'avait fait aucun commentaire à propos du passé que j'avais avec sa fiancée, mais bon, une fois l'histoire terminée, je n'avais pas l'intention de m'éterniser dans cette chambre bien longtemps. Enfin bref, là n'était pas la question. Tout ça pour dire que Clarke venait de tiquer, ce que j'admettais comprendre puisqu'il était vrai que j'avais légèrement enjolivé l'histoire. Mais bon, elle n'allait pas s'en tirer comme ça, mauvaise foi le retour !

" - C'est moi la menteuse ?! Tu ne m'as pas dragouillé sévère peut-être ?!

- C'est pas ce que je te dis ! C'est vrai que je t'ai fait du rentre dedans le jour là, mais j'ai jamais dit que je pensais que tu étais une personne extraordinaire et que la liste ne te définissait pas ! Au contraire, cette liste c'est la version papier de Jules, feu Julia, Paxton !"

Nous continuâmes à nous prendre gentiment, allégrement, joyeusement et tout un tas d'autres adverbes en ment pendant quelques minutes, jusqu'à ce que Lexa, qui venait de passer en mode Heda, m'ordonna de continuer, parce qu'elle avait pas toute la journée et qu'elle voulait connaitre la suite de l'histoire, suite qui je le savais n'allait pas trop trop lui plaire.

" - Très bien, je vais passer sur les dires de Clarke me concernant...

- Ou plutôt sur les non-dires de la dit Clarke, renchérit-elle.

- Et je vais reprendre là où j'en étais. Et arrêtez de m'interrompre toutes les 8 secondes !"

Je passai sur le commentaire de Clarke me faisant remarquer que, et je cite, si je ne transformais pas les faits, elle n'aurait pas à m'interrompre toutes les 8 secondes et repris min récit.


Je souris à Clarke, toujours allongée sous elle, et réalisai enfin que la vitre agonisait toujours sur le sol à quelques mètres de nous, et entrepris d'aller la remettre à sa place.

" - Hé Princesse, aide-moi à remboiter ce truc avant que mon frère débarque !

- Princesse ? Sérieusement ? C'est la première et la dernière fois que tu m'appelles comme ça !

- Tu préfères Miss Perfect ?

- Ecrase."

Je m'exécutai et soulevai la vitre. Pour la lâcher quelques millisecondes plus tard, quand mon frère entra dans la pièce comme un malade.

" - Putain ! Nevi ça va pas ?! J'ai failli avoir une crise cardiaque !"

Il s'apprêta à répondre, mais se ravisa en jetant un coup d'œil à la salle. Clarke et moi, près d'une fenêtre sans vitre, puisque celle-ci n'avait malheureusement pas survécu à sa seconde, et maintenant dernière, chute.

" - Qu'est-ce que tu as fait encore ? m'accusa-t-il, et pour une fois (enfin pas que pour une fois en fait) à raison."

Leçon du jour, comment bricoler en 2,59 secondes un mensonge qui tenait la route pour expliquer l'état de la vitre.

" - En fait, pendant notre colle, on a remarqué avec Clarke qu'il y avait un souci de fixation sur la fenêtre. Du coup, on a voulu jeté un petit coup d'œil, pour être sûres que ça ne présentait pas de danger. Et bah, maintenant on a la preuve que ça en représentait un, des dangers. Et toi, pourquoi t'es entré comme un dingue ?

- Ta colle a fini il y a plus de 10 minutes. Je ne te voyais pas sortir, et ensuite j'ai entendu un bruit à l'intérieur, alors je suis venu voir quelle catastrophe tu avais encore provoqué."

Bordel. On avait même pas réalisé le barouf pas possible qu'on avait provoqué en soulevant la fameuse vitre (c'était dingue l'importance que pouvait avoir un truc aussi insignifiant dans cette histoire !).

" - Et où est votre surveillant ?

- Heu..."

Merde, Will ! Je l'avais oublié lui !

" - Alors ? redemanda-t-il en constatant mon hésitation.

- Il est parti à la fin de la colle ! intervint Clarke. On est resté un peu avec Julia pour...

- Pour réparer la fenêtre !"

Il nous regarda chacune notre tour, l'air de dire "Nan mais vous me prenez pas pour un con là ?!".

" - J'attends depuis près de 15 minutes et je ne l'ai pas croisé.

- C'est parce qu'on a commencé la retenue plus tôt et...

- Ne vous fatiguez pas Miss Griffin. Je sais très bien ce qu'il en est. Je suis navré pour les ennuis quelconque que ma sœur a pu vous causer, et je tiens à vous présenter des excuses, puisque je sais qu'elle ne le fera pas. Ne vous inquiétez pas pour la vitre, je vais arranger la situation.

- Merci... hésita-t-elle. Enfin je crois...

- Bonne soirée à vous. Julia, on y va."

Je ne protestai pas, espérant que l'arrangement de la situation comme il disait sauverait aussi ma peau (je n'avais pas vraiment la foi de venir réparer la fenêtre), et le suivis, talonnée par Clarke.

" - Tu peux rajouter très mauvaise menteuse à ta liste de défauts", chuchota-t-elle pour que Nevi ne l'entende pas.

Je ris intérieurement.


Quelques minutes plus tard, mon grand-frère et moi étions dans notre salon. Jellal passait la nuit avec un des ses amis, aussi étions-nous seuls pour la soirée. Traduction, j'allais prendre cher.

" - Nevi... Lais...

- Non. Tu te tais et tu m'écoutes. Ne commence pas à essayer de m'embobiner avec tes histoires. Je sais très bien où tu étais et avec qui. Et je suis conscient que rien de ce que je ne pourrai dire t'empêchera de faire exactement la même chose la prochaine fois, je l'ai bien compris. Mais quand tu vas voir ce type...

- Charlie.

- C'est un garçon à problèmes. Je sais qu'il est charmant, les rares fois où je l'ai vu, je l'ai trouvé vraiment bien. Le problème, c'est que si sa petite manie à chaparder tout ce qu'il trouve vient à se savoir, il sera expulsé. Et c'est ce qui risque de t'arriver à toi aussi si tu suis ses traces.

- Ecoute Nevi, j'apprécie que tu te préoccupes de moi, mais je suis capable d'assumer mes choix.

- Je sais que tu peux. Mais cette fille, tu crois qu'elle le pourra elle ? Elle sait dans quoi elle s'engage ?

- ...

- C'est ce que je pensais. Alors s'il te plait, ne l'entraine pas dans tes délires. Je peux sauver ta peau, mais j'aurais beaucoup plus de mal avec la sienne."

Il partit dans sa chambre sans me laisser le temps de lui répondre. Je fis de même et m'allongeai sur mon lit.

Je me réveillai beaucoup plus tard. Je me rendis dans la cuisine afin de voir si mes parents avaient laissé une trace de leur passage, mais, comme à leur habitude, ils ne s'étaient pas dérangés pour voir si nous allions bien ou même pour constater que nous étions encore en vie. Ne pouvant pas me résigner à retourner dans mon lit, j'entrai dans la chambre de mon frère et me couchai à ses côtés.

" - Je peux dormir avec toi ?"

Il émit un petit grognement qui signifiait probablement que c'était ok, mais seulement si je la fermais et que je le laissais dormir. Ce que, pour une fois, je fis.


Je me levai le lendemain aux alentours de... 13 heures ?! Comment ça 13 heures ?! J'avais dormi 14 heures d'affilé, et mon estomac me faisait clairement comprendre qu'il n'était pas du tout d'accord avec ça ! Je bondis sous la douche, attrapant au passage le mot laissé par Nevi m'informant qu'il était parti résoudre le souci de la vitre, et qu'il récupérerait Jellal vers 20 heures, et que je n'avais pas intérêt à provoquer de catastrophe d'ici là. Je sprintai ensuite vers la cafétéria, pris une quantité de bouffe humainement impossible à avaler en une fois pour une seule personne et m'assis à une table vide, au pif. Je fus rapidement rejointe par Raven Reyes.

" - Yo ! me salua-t-elle. Seulement debout ?

- La ferme. J'ai un rendez-vous à 16 heures pour un café et je n'ai rien mangé depuis hier soir.

- Quel est le lien ?

- Le lien est que je dois là tout de suite ingurgiter tout mon plateau si je ne veux pas avoir l'air débile à mon rencard en prenant 8 brioches."

Raven rit et ne dit rien pendant quelques minutes, me laissant le temps de finir mon plat.

" - Qui est la ou l'heureux(se) élu(e) ? finit-elle par demander.

- Mouarke Gliffin.

- Pardon ?

- Clarke Griffin.

- Clarke Griffin ? répéta-t-elle.

- J'ai l'impression que cette conversation ne nous mène nulle part...

- Clarke Griffin, genre la fille d'Abby, la meilleure amie de petit Jaha ?

- Petit Jaha, ça c'est rigolo ! Qui est Abby ? lui demandai-je.

- Abigail Griffin, le docteur, membre du conseil, mariée à un ingénieur qui est super pote avec grand Jaha. Toujours pas ?

- Non. Et je m'en tape complet !"

Elle soupira en me voyant avaler un cookie de la taille de ma main d'une seule bouchée.

" - Je pensais vraiment pas que t'aurais une chance avec elle... Combien t'as gagné pour avoir réussi à l'inviter à un rencard ?

- Rien du tout, répondis-je honnêtement, c'est elle qui m'a invitée.

- Sérieux ?

- Bah ouais. C'est étonnant ?

- Assez oui. Mais bon, tant mieux pour vous. Je me tire, je dois aller bosser avec Sinclair.

- A plus !" la saluai-je.

Je mis un autre gâteau dans ma bouche avant de me tirer de la cafétéria pour aller me changer avant de rejoindre Clarke.


Rien d'exceptionnel ne se produisit durant la suite de mon après-midi, aussi rejoignis Miss Griffin à l'heure, ce qui je le reconnaissais tenait du miracle.

" - Hey ! Comment ça va ?"

Elle me salua et nous prîmes une table dans la petite pièce servant de café sur l'Arche.

" - Miss Griffin, avant d'officiellement commencer ce rendez-vous, j'ai une question à te poser.

- Je t'écoute.

- Pourquoi t'étais en retenue hier ?"

Elle baissa les yeux, rougissant légèrement.

" - Hum, je sens le truc embarrassant venir. Aller crache le morceau, de toutes façons tu ne peux pas avoir quelque chose que je n'ai pas fait moi-même.

- Je te trouve bien prétentieuse. Même si j'avoue que tu n'as pas tort, je n'ai pas fait grand-chose de grave."

J'insistai encore quelques instants, mais elle s'en sortit magistralement en détournant la conversation sur mon sujet préféré : la bouffe. Nous discutâmes quelques minutes avant que le drame ne se déroule. Alors que notre débat sur la domination (ou non selon le point de vue de cette blasphématrice !) du beurre de cacahuète sur les autres pâtes à tartiner faisait rage, une voix familière se fit entendre derrière moi.

" - Julia ?

- Oh merde..."

La voix avait beau m'être familière, son nom à cette fille ne l'était pas. De toutes façons, ça ne m'aurait pas servi à grand-chose puisque je n'eus pas le temps d'en dire plus avant de sentir un liquide froid et visqueux me dégouliner sous les vêtements.

" - Putain !

- Oui tu peux le dire ! Ça, c'est pour t'être barrée à peine 20 minutes après que l'on ait couché ensemble ! Et ça, prévint-elle en montrant son second slushie, c'est pour m'avoir ignoré depuis !"

Le jour de la seconde boisson fut moins rude, amorti par le froid mordant causé par la première. Les personnes présentes dans la salle me dévisagèrent, et je leur lançai un regard meurtrier leur enlevant toute envie de faire un quelconque commentaire. Clarke quant à elle n'avait toujours pas bougé, me dévisageant intensément. Je m'attendais presque à ce qu'elle me lance son café à la figure (ce qui aurait eu le mérite d'équilibrer la balance), mais au lieu de ça, elle se contenta de rire un moment avant de se lever et de me tendre la main.

" - Viens chez moi, je vais te prêter des fringues."

Je refusai d'abord poliment, mais me résignai vite lorsqu'elle fit remarquer que je pourrais croiser mon frère en route, ce qui serait très mauvais pour mon matricule. Une fois chez elle, elle me lança une serviette et quelques fringues.

" - La douche est dans la pièce du fond."

Je rinçai mon corps, puis m'attelai à la tâche d'enlever les morceaux de glaces de mes cheveux. Tâche qui s'avérait beaucoup plus compliquée que prévue quand on était seule et qu'on ne voyait par conséquent pas le haut de son crâne (ma perspicacité m'affligeait parfois...). Après une longue et éprouvante bataille de 5 minutes, je m'inclinai face à la supériorité du slushie et mis ma fierté de côté. J'enfilai rapidement le jean et la chemise que m'avait prêtés Clarke et retournai dans la pièce principale.

" - Dis, ça te dérangerait de me filer un coup de main, ce truc est une vraie saloperie dans les cheveux.

- Aucun problème, dit-elle en réprimandant un sourire moqueur. Viens."

Je m'assis et elle s'attela à son tour à la tâche, en silence. Silence qu'elle brisa quelques minutes plus tard.

" - J'y suis presque, encore un bout de glace ou 2 et ça sera bon. Qu'est-ce que tu as fait pour mériter ça ?

- Rien de plus, rien de moins que c'est qu'elle a dit.

- Tu lui avais promis le mariage ou quoi pour qu'elle soit énervée comme ça ?

- Non, je m'assure toujours d'être clair sur le fait que je ne cherche pas quelque chose de durable. Mais parfois, comme là, ça déconne un petit peu."

Elle enleva ses mains de mes cheveux, m'indiquant qu'elle avait terminer son travail. Je me remis debout face à elle, finissant de boutonner la chemise que j'avais laissé entrouverte pour éviter de la tâcher. Son visage s'approcha du mien sans que je ne l'ai décidé, ce qui me prit un peu ou dépourvu. Mais ce qui me scotcha littéralement et que je n'avais pas du tout vu venir, ce fut sa langue venant lécher l'arrière de mon oreille.

" - Qu'est-ce que tu fais ? demandai-je décontenancée, ce que je n'aimais pas (être décontenancée s'étend, pas le coup de langue). Du tout.

- Il te restait un peu de sirop.

- Clarke...

- Julia."

Les paroles de Nevi me revinrent en tête. Est-ce qu'elle savait dans quoi elle s'engageait, ou est-ce que dans 1 semaine elle serait celle qui me balancerait un granite en pleine figure ?

" - Clarke, tu sais que s'il se passe quelque chose, là, tout de suite, je ne changerai pas pour autant et je ne serai pas la fille qui te réveillera avec un petit-déj' au lit...

- Je sais, tu cherches des coups d'un soir. Et c'est exactement ce dont j'ai envie. Pas de prise de tête, rien. Alors tu es partante ?"

Je lui lançai mon sourire de prédatrice et l'attrapai par les hanches.

" - Miss Griffin, toi et moi, on a un accord."

Nous parcourûmes en même temps les derniers centimètres séparant nos lèvres. Elle déboutonna la chemise que je venais de finir de boutonner (elle aurait pas pu agir avant, ça aurait évité des efforts inutiles !) et la balança sur le sol.

" - Attends, attends... dit-elle en se libérant. Pas ici, c'est le canapé de mes parents.

- Où est ta chambre ?"

Elle désigna une pièce près de la salle de bain. Nous nous relevâmes difficilement, et fûmes obligées de faire une petite pause dans notre épopée sur la table afin que je lui retire sa veste et que celle-ci rejoigne ma chemise (enfin, sa chemise plutôt. D'ailleurs en parlant de ça, où diable étaient mes fringues ?!). Tout ça pour dire que c'était plutôt bien parti pour être un moment très sympa et agréable, et que ça aurait été un moment très sympa et agréable si l'ambiance n'avait pas été réduite à néant par une arrivée inattendue dans le salon. Ou plutôt 4 arrivées inattendues. Clarke laissa échapper un "Oh merde..." quand elle réalisa que nous n'étions plus seules, et que le chancelier Jaha en personne venait de nous surprendre à moitié nues. Tout comme ce qui devaient être les parents de Clarke, ainsi que petit Jaha. Il nous lança un regard désemparé, ses yeux oscillant entre Clarke et moi. Son expression faisait de la peine à voir, on pouvait presque entendre son cœur se briser en plus de petits morceaux que feue la vitre (qui d'ailleurs était un des facteurs qui nous avait mis dans cette situation à la base ! Elle avait bien mérité son sort cette saloperie !). Il quitta la pièce aussi vite qu'il y était entré, suivi de près par grand Jaha. Mon instinct de survie (et de sale traitresse invétérée !) me poussa à me rhabiller en 4ème vitesse (ce que Clarke avait déjà fait depuis bien longtemps) et à suivre les Jaha à l'extérieur.

" - Mr et Mme Griffin, c'est un plaisir de vous rencontrer. Cependant il semblerait que vous ayez des choses à régler, alors je vais vous laisser en famille. Mais encore, un honneur de faire votre connaissance, même si j'aurais aimé que les circonstances ne soient pas ce qu'elles sont."

Je sortis sans demander mon reste, et eus le temps de faire 2 mètres avant de réaliser que mes fringues plein de slushie était toujours là-bas. Je frappai donc à la porte, que Mme Griffin m'ouvrit.

" - Désolée de vous ennuyer encore une fois, mais j'ai oublié quelques habits chez vous, puis-je les récupérer ?"

Clarke me les balança en pleine tronche, visiblement très énervée par le faux bond que je venais de lui faire.

" - Merci ! On s'appel..."

Elle me claqua la porte au nez.


" - Et ensuite, je... Je vais me taire, parce que le regard que me jette Lexa me donne l'impression que je vais finir crucifiée."

Elle ne broncha pas, se contentant de me fusiller du regard, sans bouger d'un iota. Si je ne la connaissais pas aussi bien, je jurerais qu'elle allait me buter ! Quoique, tout bien réfléchi, c'était au contraire parce que je la connaissais bien que j'avais l'impression qu'elle allait me buter...

" - Lexa, je ne sais pas pour quoi tu es le plus en colère... Si c'est parce qu'on a eu un semblant de début d'aventure avec Clarke, je veux que je n'ai jamais eu l'intention de sortir avec elle, et qu'on aurait jamais pu être ensemble."

Clarke me dévisagea à son tour.

" - Enfin, bien sûr, pas que tu ne donnes pas envie de sortir, mais...

- Tu t'enfonces... constata la blonde.

- Je sais. Oubliez ce qui vient de se produire. Mais Lexa, si tu es fâchée parce que j'ai laissé ta fiancée, qui à l'époque n'était ni ta fiancée, ni ta copine, ni la fille qui a brûlé 300 de tes soldats, j'aimerais que tu te mettes à ma place 2 minutes et que tu réalises qu'étant donné la délicatesse de la situation, il aurait été plus que mal venu de ma part de rester lors d'une conversation qui s'imposait comme être strictement et très manifestement familiale. Je suis sûre que Clarke m'en est reconnaissante."

Aucune réaction. Je donnais discrètement un coup de coude à Clarke pour que celle-ci m'épaule.

" - Je ne vais pas dire ça Jules. Ce que tu viens de dire aurait été honorable si je n'étais pas sûre à 100% que tu as juste utilisé la technique du faible et pris la fuite."

Nouveau silence pesant. Brève analyse de la situation : je ne pouvais pas prendre le risque de fuir, déjà parce que je n'aurais probablement pas atteint la porte avant de me faire bloquer/attraper/rétamer par la commandante, et ensuite parce que ça aurait donné raison à Clarke. L'un comme l'autre étaient inenvisageables. Il était temps d'appliquer une des techniques favori du cambrioleur : le détournement d'attention.

" - Etant donné que toutes les personnes de cette pièce ont décidé soit de me lâcher soit de ne pas me parler et de me fusiller du regard, je vais reprendre mon histoire."


Je sais que vous imaginez déjà la suite : Clarke et moi ne nous sommes plus jamais reparlées avant de débarquer sur Terre suite à nos emprisonnements respectifs. Eh ben vous êtes pas loin. Sauf pour la partie où on ne s'est plus jamais reparlées. Après "l'incident", Clarke et moi avions repris le cours de notre vie. On se croisait en cours, il nous arrivait même de discuter ou d'aller boire ou manger (surtout manger) un morceau, mais notre relation ne dépassa jamais le stade de l'amitié platonique et, autant l'avouer, un peu distante. Nous ne reparlions que très peu de notre presque coup d'un soir, et ça me convenait à merveille, ça me certifiait qu'elle n'attendait rien de nous, de moi. Je continuais à trainer avec Charlie, elle avec Wells, tout roulait comme sur des roulettes. Jusqu'au jour de mon arrestation, et de l'éjection de Charlie. Je ne vais pas détailler ces événements, parce que honnêtement, je ne vois pas quel bien il pourrait en ressortir. Ce qui est plus intéressant en revanche, c'est comment j'ai à nouveau entendu parler de Clarke. J'étais en cage depuis près de 13 mois maintenant, et Raven venait enfin d'obtenir son droit de visite. Elle s'accroupit à côté de moi et me tendit un gâteau à la crème.

" - Je vois que tu sais comment me remonter le moral Raven, la saluai-je. Merci.

- Je t'en prie. Comment tu vas Julia ?"

Mon sang se glaça à l'entente de mon prénom, prénom que j'avais trop entendu par ceux qui avaient joué un grand rôle dans l'exécution de mon meilleur ami, prénom que maintenant je détestais.

" - Ne m'appelle pas comme ça...

- Comment tu veux que je t'appelle alors ?

- J'en sais rien. Trouve.

- Ok, je vais juste dire "Eh toi !" quand je voudrai te parler. Alors, eh toi !, comment tu vas ?

- Mieux que hier, et moins bien que demain."

Je reformulai cette phrase dans ma tête et réalisai que j'étais devenue très mais alors très morose et dépressive. Aussi, je dis à ma morosité d'aller se faire voir, le temps de laisser une bonne impression de moi si jamais je devais crever.

" - Sérieusement, je vais mieux. Hier, ce connard de Murphy s'est fait casser la gueule par ce connard de Pike, j'avoue que ça m'a fait sourire. Et selon ce connard...

- Murphy ? m'interrompit-elle.

- Pike. On est tous diplômés ! En habilité à se débrouiller sur Terre. J'avoue, ça sert à rien, mais ça me fait déjà un diplôme ! plaisantai-je. Et toi, quoi de neuf ?

- Moi, pas grand-chose, mais j'ai un truc à t'apprendre que tu dois sans doute ignorer.

- Tu m'intéresses.

- Clarke Griffin s'est faite arrêter."

Je m'étouffai avec mon gâteau et lui hurlai dessus.

" - Clarke Griffin ?! Miss Perfect Clarke Griffin ?! Comment ça se fait que je sois pas au courant bordel ?!

- J'ai voulu venir te le dire, mais tes parents...

- Appelons ça mes géniteurs pour l'instant.

- Quel que soit leur appellation, ils sont super restrictifs en ce qui concerne tes visites, ça a été un cauchemar de pouvoir venir te voir ! Son père a été expulsé il y a un peu moins d'un an, et elle est en isolement depuis.

- Quoi ?! Reviens en arrière, de quoi son père a-t-il été accusé ?

- Trahison apparemment, comme Clarke...

- Putain..."

Je me tus pendant quelques minutes, avant de parler de quelques banalités avec elle, son copain actuel, son boulot et toutes ces conneries avant qu'un garde ne lui intime de partir.

" - Eh toi ! m'interpella-t-elle une dernière fois. Jules, c'est sympa non ?"

Je réfléchis quelques instants. Jules. Ouais, ça allait carrément le faire !

" - La classe Raven ! Mais si quelqu'un me demande d'où je sors ça, j'en prendrai tout le mérite !"


Quelques jours plus tard, un garde se pointa dans ma cellule, m'arracha de mon lit dans lequel je dormais paisiblement depuis près de 21 heures et m'emmena avec lui, menottes au poignet.

" - Eh mon grand ! Si tu voulais que je vienne, t'aurais aussi pu simplement me secouer et me le demander, j'aurais pas fait d'histoires !"

Il m'ignora royalement. C'était le chaos dehors, nous étions tirés un à un de nos cellules, plus ou moins violement. Malgré la cacophonie ambiante, je distinguai une voix qui m'était familière, provenant de l'étage du dessus.

" - Maman !"

Clarke. Je frappai de l'arrière de mon crâne le garde qui me forçait à avancer sans penser une seconde que je venais de raccourcir significativement mon espérance de vie. Je me précipitai vers les escaliers.

" - Miss Perfect ! l'appelai-je pour qu'elle comprenne qu'il s'agissait de moi.

- Julia ? s'exclama-t-elle en même temps que sa mère.

- Je préfère Jules maintenant, m'enfin c'est pas le débat. C'est quoi ce bordel ?!

- J'en sais rien moi !"

Les cris résonnaient dans tous les sens, et je n'eus le temps de comprendre qu'une seule chose avant qu'un garde ne m'assomme. Ils nous envoyaient sur Terre.


Je me réveillai bien plus tard, ficelée dans une sorte de nacelle avec tous les autres blaireaux que j'avais dû me coltiner cette dernière année. J'aperçus Jasper Jordan et Monty Green dans un coin, Octavia Blake, connue aussi sous le nom de la fille du sous-sol, dans un autre, cette tête de con de John Murphy dans le fond et quelques autres dont j'avais oublié le nom ou à qui je n'avais volontairement jamais prêté attention. Je regardai à ma droite et y vis Clarke, encore dans les vapes, elle-même à la droite de Wells, qui lui ne l'était pas.

" - Petit Jaha ! Qu'est-ce que t'as foutu pour te retrouver là ?!" hurlai-je pour couvrir le bruit du vaisseau.

Il m'ignora, concentré sur sa meilleure amie. Ne souhaitant pas vraiment me taper la causette avec Wells, je flanquai un coup de pied dans le tibia de Clarke afin de la réveiller. Après 2 ou 3 essais infructueux, elle finit par sortir de sa léthargie.

" - Contente de te revoir Miss Perfect !

- Ne m'appelle pas comme ça Julia... grommela-t-elle.

- Seulement si tu ne m'appelles plus Julia ! Tu te souviens de pourquoi on est là ?

- On va sur Terre...

- Ouais ! C'est plutôt cool non ?!"

Elle releva la tête et me dévisagea.

" - Cool ?!

- Bah ouais, si ça craignait vraiment, tu serais pas là et petit Jaha non plus. Votre présence à tous les deux est la preuve que là-haut ils doivent penser qu'on peut survivre en bas ! Perso, ça me rassure !"

Je n'eus pas vraiment le temps de continuer, car le vaisseau commençait à partir sévèrement en vrille. Tout compte fait, peut-être que j'allais y rester.


" - On est de retour bâtards !"

Et non finalement, c'était la feinte ! Après avoir atterri en catastrophe, Bellamy Blake avait invité sa petite sœur à être la première à poser le pied sur le sol. Elle fut rapidement suivie par nous tous, moi y compris, et je me mis à courir dans l'herbe et rouler dans l'herbe, sensation aussi nouvelle que grisante. Inutile d'épiloguer 107 ans sur ce qui vint ensuite : fatalement, une organisation, une sorte de hiérarchie devait être imposée, histoire d'éviter que tout parte en vrille. Sauf qu'une hiérarchie, par principe, selon moi du moins, était supposée assurer une cohésion entre nous, et pas devenir totalement archaïque ! Malheureusement, la pseudo prise de pouvoir de tête de nœuds aka Bellamy Blake, fortement secondé par tête de con, aka John Murphy, n'était pas exactement ce que j'avais en tête. Enfin, nous étions quand même sauvés par le côté tête brulée de Clarke, aidé d'un garçon à la coupe de cheveux un peu voire beaucoup nulle, arrêté pour avoir flingué un mois d'oxygène en sortant du vaisseau pour marcher dans l'espace (raison pour laquelle je l'appelais Spacewalker, ne me souvenant pas de son nom), qui n'appréciait pas vraiment la prise de pouvoir de l'ainé Blake. Sans oublier que tête de nœuds et tête de con n'étaient pas très disposés à se bouger les fesses pour tenter une expédition vers la foutue montagne dans laquelle Clarke nous avait fortement conseillé d'aller. J'avais d'ailleurs jamais compris pourquoi il était aussi réticent. Tout était mieux que de rester au pied d'un vaisseau tombé du ciel rempli de carburant. Certes ça nous conférait un abri, mais, même en étant sûr à 99% que rien de vivant ne se trouvait sur Terre, dans le doute, je préférais foutre le camp. C'était la raison pour laquelle j'avais attrapé cheveux longs.

" - Hé ! Spacewalker !

- Je réponds aussi au nom de Finn, mais passons. Qu'est-ce qu'il y a ?

- T'as vraiment la foi de laisser partir toute seule ta copine ?

- Clarke ? Pas vraiment.

- Parfait ! Toi et moi, on l'accompagne ! Et arrête de l'appeler Princesse au fait, j'ai déjà essayé, elle déteste ça."

Je ne lui laissai pas le temps de répondre et empoignai ma veste que j'avais posé sur le sol en débarquant. Il chopa les 2 junkies, Jasper et Monty, et les força à nous suivre.

" - Bon, Miss Perfect, on est partis ? lui demandai-je tandis qu'elle soignait la jambe de petit Jaha, qui de la secousse n'allait probablement pas nous suivre.

- Tu me dis de pas l'appeler Princesse, et toi tu l'appelles Miss Perfect ? s'étonna le garçon (Spacewaler, pas petit Jaha).

- "On" ? interrogea Clarke, ne me laissant pas le temps de répondre à Spacewalker.

- Bah ouais. On. Toi, Moi, Spacewalker, junkie 1 et junkie 2. Et mini-Blake aussi apparemment", ajoutai-je en la voyant s'engueuler avec son frère à ce propos.

Clarke finit par murmurer un "Maintenant" avant de se retourner vers petit Jaha.

Un cerf à 2 têtes, une presque-noyade, un monstre marin et un junkie empalé plus tard, nous étions tous de retour au camp, totalement paniqués. J'évitai de la ramener en soulignant que rester près du vaisseau était effectivement une mauvaise idée, parce que la situation craignait déjà bien assez et que j'avouais avoir été aussi surprise que les autres de découvrir qu'on était malheureusement pas tous seuls. Jasper revint au camp quelques temps plus tard. Il nous fut rendu quelques jours plus tard pour être exact, parce que vu l'état, il n'avait pas fait le chemin tout seul. Après cet incident, je me tins à l'écart de Clarke. C'était peut-être faible, mais je préférais rester en dehors de tout ça, après tout, elle était un leader, et moi, une survivante.


La première fois où je reparlai vraiment avec Clarke fut après le débarquement en catastrophe de Raven. J'avais insisté pour faire partie de l'expédition visant à trouver son vaisseau, et, à l'instant où je la revis et où je lui sautai dans les bras, plus qu'heureuse de la revoir, je fus frappée par l'évidence que j'aurais dû voir depuis un moment. Les petites sculptures en bois que Raven trimballait partout, c'était les mêmes que celle que Clarke avait autour du cou. Et Raven m'avait dit que son copain lui avait fait. Copain qui faisait du rentre-dedans à Clarke depuis un moment, copain auquel Miss Perfect s'était attaché. Je me retournai vers cette dernière.

" - Clarke, il a un truc que..."

Je n'eus pas le temps d'en dire plus. Raven sauta au cou de son petit ami et l'embrasse. Je vis le cœur de Clarke se briser. Où que l'on se trouve, j'avais l'impression que cette vitre en verre éclatée sur le sol nous poursuivait.

Après quelques minutes de recherches intensives, je finis par la trouver assise sur le sol.

" - Hé Clarke. Comment tu vas ?"

Elle ne dit rien. Je lus dans son regard qu'elle voulait me demander, mais n'arrivait pas à le formuler.

" - Je ne savais pas pour Finn et Raven. Si je l'avais su, j'en aurais au moins touché un mot à Spacewalker pour qu'il soit honnête avec toi."

Silence.

" - Raven n'a jamais prononcé le prénom de son copain, et même si elle l'avait fait je l'aurais probablement oublié. Elle et moi, on n'était pas si proche que ça là-haut. S'il te plait, crois-moi, ne sois pas en colère contre moi.

- Je ne le suis pas. Je sais que tu m'en aurais parlé si tu l'avais su. C'est à lui que j'en veux.

- Je sais."

Je m'assis à côté d'elle et elle posa sa tête sur mon épaule.

" - Je suis désolée pour Charlie, je n'ai jamais eu l'occasion de te le dire, finit-elle par confesser.

- Merci. Et je suis désolée pour ton père, et pour Wells, et pour ton isolement, et pour Spacewalker. Putain Clarke, désolée de te le dire, mais ta vie c'est vraiment pas la joie !"

Je réussis à la dérider. Elle releva la tête et posa ses lèvres sur les miennes. Je ne la repoussai pas, mais ne l'encourageai pas à aller plus loin non plus. Elle savait aussi bien que moi que ça ne lui ferait aucun bien. Elle se retira d'elle-même.

" - Merci, murmura-t-elle.

- Oui, c'est ce que la plupart des gens disent après avoir gouté à mes lèvres. Que veux-tu, je change des vies ! plaisantai-je.

- Je n'irais pas jusque là, rit-elle à son tour. Mais merci d'être là, et d'être toi. Ne change jamais surtout.

- Crois-moi Miss Perfect, aucun risque ! Je me manquerais trop !"

Je me levai et l'invitai à me suivre jusqu'au camp, lui promettant d'être là si elle avait besoin.


Les événements qui suivirent furent assez chaotiques. Nous avions gagné la bataille Grounders VS nous, mais à quel prix... Je ne m'étalerai pas là-dessus, surtout maintenant que nous étions tous bloqués comme des connards dans la putain de montagne en laquelle je n'avais aucune putain de confiance ! Et à ce que je voyais, Clarke aussi trouvait ce lieu assez moyen ! J'aurais voulu foutre le camp avec elle lorsqu'elle avait fui, mais ma foutue loyauté envers les autres crétins qui croyaient dur comme fer que la montagne était leur El Dorado, nous avions convenu d'un accord commun que je ferais mieux de rester là, puisqu'étant cambrioleuse de formation (pour peu que ce soit une formation), j'étais plus à-même de me faufiler discrètement et de choper quelques infos à droite à gauche si besoin était. Certes, je n'étais pas non plus le choix le plus sûr, puisque j'étais un boulet de première, mais Clarke ne faisait jamais dans la dentelle, donc j'avais été le choix par défaut. Après quelques jours passés ici, et pas mal de trucs un peu suspect à droite et à gauche, les 46 autres blaireaux bloqués avec moi avaient fini par entendre raison et décidé que sortir d'ici valait mieux pour notre matricule que d'y rester. C'était d'ailleurs là que je réalisai pour la première fois que rester ici avait finalement une utilité (parce qu'autant l'avouer, je commençais à avoir vraiment du mal à justifier ma non-fuite des lieux), lorsque nous vîmes Bellamy déguisé en garde dans les couloirs. Mes compétences me furent utiles, puisque je parvins à me faufiler subtilement afin de le rejoindre et de lui filer un coup de main. Bon, ensuite, je m'étais faite chopée comme une tanche et emmenée dans la salle de ponction de moelle osseuse (oui, je passe vite sur les événements, parce que je n'y ai pas eu un impact fou), où pas mal de gens tels que Griffin mère, Raven et Kane n'étant pas supposés se trouver là s'y trouvaient au final. Ça commençait à vraiment chauffer pour notre matricule, genre à carboniser même, mais contre toutes attentes, c'était les hommes de la montagne qui avaient commencé à fondre (assez dégueu dit comme ça). Nous étions sauvés, sauvés au prix d'un génocide.


Nous retournâmes au camp Jaha, dont je jugeais pertinent de changer le nom, puisque ce type avait - encore ! - survécu ! Clarke et Bellamy fermaient la marche, en silence. D'après les dires des uns et des autres, j'avais compris que nous avions raté beaucoup de choses à l'intérieur de notre montagne. Spacewalker avait craqué psychologiquement, et en était mort, tué par Clarke. S'en était suivi une alliance avec la commandante Grounder, Heda comme elle se faisait appeler, puis une trahison de sa part pour sauver son peuple. Au fond de moi, j'arrivais à comprendre pourquoi elle avait sonné le replis de ces troupes, mais j'estimais avoir le droit d'être en colère puisqu'elle nous avait vendu. Nous nous arrêtâmes quelques minutes dans ce qu'il restait de ce qui devait être le campement pré-bataille, afin de nous reposer et de récupérer quelques vivres, armes et vêtements abandonnés par les Grounders avant de se retirer. Un camp à fouiller, des trucs à piquer, une amélioration de la journée de Jules tout ça ! J'entrai dans la tente la plus spacieuse, et, au vue de l'emplacement, probablement celle occupée par Heda. Je vis Clarke s'en approcher au loin, mais elle se ravisa. Elle fixa la tente quelques instants, les yeux dans le vide, avant de verser une unique larme et de se retourner. Quelque chose n'était pas clair. Enfin, elle venait de commettre un génocide, évidemment qu'elle n'allait pas sauter de joie et danser partout, mais pourquoi craquer (si on pouvait appeler une seule larme craquer) devant cette tente ? Je décidai de tirer ça au clair plus tard et entrai dans la tente. Plus grand chose se trouvait à l'intérieur, une table, un lit, quelques bougies, des couvertures, un sac à dos... J'empoignai le sac et y glissai les couvertures et quelques bougies. Je m'apprêtai à quitter la tente lorsque je remarquai quelques feuilles de papier bloquées derrière le lit. Ceux-ci étaient écrits dans une langue que je ne compris pas, mais je trouvai tout de même une carte, au centre de laquelle figurait une grande tour, en bas de laquelle se trouvait inscrit un mot. Polis. Je retournai le lit et trouvai un couteau sous le matelas, que je glissai dans la manche de ma veste. Un signal se fit entendre, signe que nous allions nous remettre en route. La suite de chemin se fit dans la continuité du début, dans le silence. Je ne cessai de penser à cette carte dans mon sac à dos. Polis. Ce devait être la capitale, du moins la ville où résidait Heda, et même si ce n'était pas le cas, il s'agissait d'un lieu suffisamment important pour être inscrit sur une carte. M'y rendre seule serait suicidaire, m'y rendre accompagnée serait impossible - personne n'était assez fou pour s'aventurer dans le territoire de ceux qui nous avaient abandonné -, mais me rendre au Camp Jaha, y vivre ne serait qu'un pas en arrière, un retour sur l'Arche. Chancelier, règles à suivre, organisation particulière, et surtout encore et encore les mêmes personnes, encore et toujours les mêmes visages... Plus nous nous approchions du camp, plus mon désir de m'en éloigner se faisait ressentir. Une fois devant la grille, ma décision était prise. Je profitai des retrouvailles pour voler 2 gourdes et quelques trucs à manger, ainsi que des vêtements chauds et ressortis discrètement. Je me retournai une dernière fois, faisant mes potentiels adieux (mes probabilités de chance de survie étaient assez faibles il fallait l'admettre) silencieux à l'Arche et à ses occupants. J'aperçus Clarke et Bellamy, toujours près de l'entrée, se serrant dans les bras. Une fois le câlin fini, elle se dirigea vers la forêt. On dirait que je n'étais pas la seule à avoir eu cette idée !

" - Miss Perfect !" l'appelai-je pour qu'elle sache de qui il s'agissait.

Elle se retourna.

" - Tu comptais partir sans me dire au revoir ?

- Toi aussi apparemment, répondit-elle avec un sourire, constatant que moi, contrairement à elle, j'avais été prévoyante.

- Coupable. Tu vas essayer de m'empêcher de partir ?

- Non, et toi ?

- Non plus. Tu ne peux pas rester, et je ne veux pas rester. Notre problème est le même. Où tu vas aller ? questionnai-je.

- Pas la moindre idée.

- Où tu veux aller ?

- Pas la moindre idée."

Elle ne prit pas la peine de me retourner la question. Je lui proposai de s'assoir quelques instants. Elle accepta.

" - Je peux te poser une question ?

- Tu vas la poser quoique je réponde.

- Exact. Pourquoi tu es aussi mal ?"

Elle me dévisagea comme si j'étais complètement débile.

" - Tu es au courant de comment tu as réussi à sortir de là ?

- Je ne parlais pas de ça. Quelque chose d'autre te préoccupe, quelque chose de plus profond. Je peux le lire sur ton visage.

- Elle m'a abandonnée... chuchota-t-elle.

- Qui ça ?

- Lexa.

- Qui est Lexa ?

- Leur chef, celle qui a ordonné leur départ, celle qui nous a laissé à une mort certaine, qui m'a laissé à une mort certaine."

Je ne dis rien.

" - Polis, ça te dit quelque chose ? questionnai-je pour changer de sujet.

- C'est la capitale. Elle doit s'y trouver actuellement.

- Vraiment ? Parfait.

- Parfait ? répéta-t-elle intriguée.

- C'est là que je me rends. Je ne te ferai pas l'affront de te demander de m'accompagner.

- Merci.

- Clarke, je te promets de mettre une mandale à cette salope dès que je la croiserai. A quoi elle ressemble que je ne me trompe pas ?"

Elle sourit devant tant que stupidité de ma part.

" - Long cheveux bruns, yeux vert émeraude, elle joue souvent avec un couteau de chasse, accompagnée par une douzaine de gardes dès qu'elle se déplace. C'est d'ailleurs la raison qui devrait t'empêcher de tenir ta promesse."

Je me levai et repris mon sac à dos, en sortis une gourde et une couverture et les balançai à Clarke.

" - Je me doute que tu peux te débrouiller toute seule, mais on sait jamais. Prends soin de toi."

Je n'étais pas quelqu'un de très tactile, mais j'étais prête à faire une exception et la serrai dans mes bras.

" - In peace may you leave the shore...

- In love may you find the next...

- A safe passage in your travels...

- Until our final journey to the ground...

- May we meet again.

- May we meet again", finîmes en chœur.

Elle m'embrassa doucement sur les lèvres, se retourna et partit. Et voilà, c'était fini, rien de plus, rien de moins. Je restai figée jusqu'à ce qu'elle disparaisse de mon champ de vision. Je secouai la tête en souriant.

" - Clarke Griffin, je suis sûre qu'on se retrouvera, ne fais pas de moi une menteuse en mourrant, même si au final, je ne me serai mentie qu'à moi-même, ce qui est déjà pas mal en soit et... Mais bordel à qui je parle moi encore ?! Je suis toute seule !"

Je sortis la carte de mon sac.

" - Polis, prépare-toi à rencontrer Jules Paxton !"


S'il y avait bien une chose qui me définissait, c'était que je ne doutais jamais de rien ! Voilà comment les choses étaient supposées se passer dans ma tête : j'allais sortir la phrase cool, ensuite il y aurait un zoom arrière qui montrerait l'étendue du chemin à parcourir, puis j'allais me retrouver comme par magie à l'entrée de la capitale. Ce que j'avais appris dans cette putain de forêt, c'était que la vie ne se déroulait absolument pas comme dans un des films que je regardais sur l'Arche. J'avais commencé mon épopée, marché pendant 2 heures avant de réaliser qu'il n'y avait aucune garantie que je me dirige dans la bonne direction, regardé ma carte, réalisé que ce n'était rien d'autre qu'un foutu dessin pas précis (en même temps, comment avais-je pu croire une seconde que le schéma du tiers du territoire de feues les Etats-Unis tenant sur un format A5 allait me guider sans encombre vers la capitale ?!). Après 3 jours à errer dans la forêt et crever la dalle (parce qu'évidemment, dans ma démarche de belle gosse, j'étais à fond dans la philosophie "Je marche maxi un jour et demi avant de me retrouver à Polis." et j'avais bouffé toutes mes réserves en l'espace de 8 heures !), j'avais fini par tomber sur un très gentil monsieur qui, en échange d'une couverture, acceptait de ne parler de moi à personne et de m'indiquer la direction de Polis. Evidemment, je marchais à contre-sens complet, et j'allais à l'opposé le plus total de mon objectif. 3 jours plus tard encore, je me retrouvai donc à peu près au point de départ. Je mis à l'oeuvre toutes mes connaissances pour chasser et enfin bouffer autre chose que mes plantes, et il s'avéra rapidement que ce n'était pas mon fort. J'avais tendu un piège pour choper une belle bestiole, et, à l'approche d'un cerf, m'étais cachée et avais gentiment attendu. Sauf que, pas stupide l'animal, il réalisa que piège il y avait, et que la seule buse assez débile pour tomber dedans, bah c'était moi après avoir oublié son existence en voulant pourchasser le cerf après avoir réalisé qu'il avait 3 têtes (New Record !). Résultats des courses, j'avais perdu 2 heures à sortir de mon piège, et j'avais la dalle. Je me remis en route, et atteignis enfin Polis. Afin de conserver mon honneur, je ne vais pas raconter tout ce qui m'est arrivé lors de mon périple, mais sachez que ça inclue une attaque de guêpes mutantes (les bordels faisaient facilement 5 cm de long ! C'était plus petits dans les bouquins !), une course poursuite avec un croisement entre un lama et une vache (je vous laisse imaginer qui était la buse qui servait de proie !) et un pied presque bouffer par une plante carnivore. C'était donc dans un sale état que j'arrivai à la capitale. Pour me fondre dans la masse, je volai des fringues un peu plus typique de la ville et y entrai comme on entrait dans un moulinet, ou dans un martinet, enfin bref, je rentrai quoi.


S'il y avait une chose à dire sur Polis, c'était que cette ville était indescriptible. Elle dégageait quelque chose de puissant, de rassurant, de magique et de fort, sans même que je ne sache pourquoi. A peine quelques heures après y être entrée, je me sentais chez moi alors que j'étais une clandestine. Je passai les jours suivants à explorer la ville de fond en comble, dormant dans un petit abri que je m'étais construit à l'extérieur des remparts. Les semaines succédèrent aux jours, puis 2 mois filèrent sans même que je le réalise. Polis n'avait presque plus de secrets pour moi, et je commençais à vaguement comprendre leur langue. La seule barrière me résistant était la tour de Babel où vivait Lexa. Je l'avais aperçu quelques fois, de loin. Je n'avais jamais réussi à la détailler de près, mais je n'avais aucun doute sur qui elle était. Elle dégageait quelque chose d'inimaginable. Bon, la présence de ces gardes m'avaient aussi aidé à la reconnaitre. Je devais la rencontrer, ou du moins rentrer dans cette tour. Déjà pour tenir la promesse que j'avais fait à Clarke, mais aussi parce qu'en un rien de temps et sans m'en rendre compte, ma colère envers Lexa avait totalement disparu pour laisser place à une admiration sans borne. Qu'elle soit en train d'entrainer des gamins, de discuter avec les commerçants ou de tenir un discours sur la place publique, elle avait la classe dans tout ce qu'elle faisait. En un mot (enfin plus, façon de parler), cette fille était l'incarnation de la grandeur et de la splendeur.


Je profitai encore quelques jours de Polis avant que le reste du Skaikru ne commence à débarquer. Putain, j'étais sûre qu'ils allaient encore tout foutre en l'air... Mais avant ça, avant que les choses ne partent en vrille, il fallait accomplir mon rêve : rentrer dans cette tour.

"J'empruntai" quelques vêtements à un garde et m'infiltrai en mode Mission : Impossible (un excellent film, si ce genre de trucs se passaient vraiment sur Terre avant, j'aurais adoré y vivre !) et chantonnai la soundtrack dans ma tête. Ce fut plus facile que ce que je croyais de me hisser au sommet, si facile que je me retrouvai dans la salle du trône en moins de 2. Je savais que c'était probablement pas la meilleure idée de la semaine (je parle ici des idées de tout le monde en général, les miennes étaient toujours du même acabit), mais je ne pus m'empêcher de m'attarder sur la terrasse et d'admirer la vue.

" - Qui es-tu et qu'est-ce que tu fais ici ?"

Et merde.


" - Et voilà toute l'histoire, vous connaissez la suite, Lexa m'a balancée dans le vide, puis sauvée la vie, et une chose en entrainant une autre, nous voilà ici toutes les 3 !"

Ni l'une ni l'autre ne dit un mot. Nous nous regardâmes en silence avant que Clarke décide de le briser.

" - Et c'est tout ?

- Bah oui.

- J'ai rien appris là à part que tu as galéré pour arriver ici.

- Je te rappelle qu'à la base, je racontais à Lexa, qui a d'ailleurs décidé de nous exploser dans un concours du plus silencieux, comment on s'est connues.

- Je sais, mais tout ce qui concerne la partie sur Terre sert à rien...

- Si ma vie était une fiction, tu serais la casse-bonbon qui me dit que tel ou tel truc n'a pas d'importance. Si je l'ai dit c'est que ça en a, de l'importance ! Ecoute, si tu veux, je veux bien continuer jusqu'au jour où vous vous êtes enfin mises ensemble, mais tu vas pas apprendre grand-chose non plus !

- Non ça va laiss...

- Trop tard, t'as demandé, alors tu vas écouter la suite maintenant !"


J'étais une rock-star. Non seulement j'étais entrée dans cette tour, mais j'y avais également rencontré Lexa, réussis à devenir amie dans un seul sens avec elle, et je vivais presque dans ce bâtiment ridiculement grand. Quelques jours après notre rencontre, Lexa avait envoyé un gars, un semblant de prince appelé Roar ou Toan ou Joan, récupérer Clarke toujours perdue dans la forêt. Quand Lexa m'annonça son retour, elle m'intima de la laisser régler l'affaire par elle-même. Evidemment, je refusai, elle me le redemanda, je rerefusai, elle me l'ordonna, me menaça de me balancer du haut de la terrasse puis de me trancher la tête, ce qui n'avait aucune utilité vu la hauteur de la tour il ne resterait pas grand chose de moi, je lui fis remarquer, ça l'agaça et je finis pas céder quand elle me promit 2 kilos de meringues rien qu'à moi si j'attendais tranquillement sans l'ouvrir. Sans déconner, j'avais vécu presque 18 ans sans connaitre le plaisir de manger de la meringue, ça me donnerait presque des envies de suicide si ma mort n'incluait pas le fait que je pourrais plus jamais en manger après. Enfin bref, toujours est-il que c'était la raison pour laquelle j'attendais patiemment dans la chambre dans laquelle Clarke devrait être emmenée après son entrevue avec Lexa, en boulotant ma meringue. Après avoir croqué mes 2 kilos de sucre, je m'étendis sur le lit et piquai un petit somme.

" - Julia ?"

Je me réveillai en sursaut, le regard du Clarke me dévisageant. Je sautai du lit puis dans ses bras.

" - Moi aussi ça me fait plaisir de te revoir, dit-elle. Mais qu'est-ce que tu fais là ?

- Il se trouve que je vis plus ou moins ici en fait."

Elle me regarda incrédule.

" - Elle te retient prisonnière ?

- Non, d'ailleurs elle ne veut qu'une chose, c'est que je foute le camp. Mais moi je suis pas emballée par cette idée.

- Attends, attends, attends. Reviens au début."

Je lui racontai mon arrivée ici, et comment j'avais plus ou moins sympathisé avec Lexa.

" - Sympathisé, c'est vite dit. Elle ne m'apprécie pas des masses, mais ça va venir !

- Tu es en train de me dire que tu veux sympathiser avec elle ?"

Je réalisai seulement à quel point la situation devait être déstabilisante. La dernière fois qu'on s'était parlées, j'avais promis à Clarke de mettre une mandale à Lexa, et là, elle découvrait non seulement que je n'avais pas tenu ma promesse, et qu'en plus je cherchai l'amitié de la fille qui nous avait laissé crever.

" - Les choses ont changé Clarke. J'ai eu le temps de réfléchir - oui je sais ça surprend - et j'ai réussi à voir la situation dans son ensemble. Je ne suis pas en train de dire que je suis totalement ok avec le fait qu'elle nous ait lâché, mais je comprends pourquoi elle l'a fait. Et maintenant que je la connais mieux, je réalise à quel point ça lui a brisé le cœur de t'abandonner.

- Ah ouais ?

- Elle tient à toi Clarke. Enormément. Elle ne le dit pas, mais sa souffrance se lit sur son visage dès qu'on aborde ton sujet. Je ne dis pas que tout d'un coup tu dois pardonner et tout oublier, mais ne fais rien que tu pourrais regretter. Tu risquerais des emmerdes, je risquerais des emmerdes, et si j'ai des emmerdes, il est probable que je n'ai plus de meringue, et il est inconcevable que je n'ai plus de meringue.

- C'est vraiment tout toi ça... murmura-t-elle en secouant la tête.

- Quoi ?

- Tout prendre à la légère. Rire de toutes les situations.

- Une minute de rire vaut mieux qu'une minute de silence.

- Tu vois ? Encore une fois, tu tournes la situation au ridicule ! T'as aucune valeur Julia, la preuve, Lexa a acheté ton pardon avec des vulgaires gâteaux !

- Je comprends que tu sois énervée, mais ce que tu viens de dire est très méchant. Pour moi et pour les meringues. Et je te trouve un tantinet hypocrite Miss Perfect, je te rappelle que c'est toi qui m'as dit de ne jamais changer.

- Je ne dis pas de changer, mais de grandir un peu. Arrête de tourner en dérision tout ce qui t'entoure !

- Grandir et changer ça revient au même pour moi ! Et crois-moi, si je ne tournais pas tout en dérision, j'aurais moi aussi beaucoup de choses à te reprocher !

- Vas-y je t'écoute ! hurla-t-elle.

- Tu m'as embrassé ! 3 fois ! 3 putains de fois !

- C'est vrai, mais je vois pas ce que ça vient faire là-dedans.

- Tu aurais pu me briser le cœur. Si j'avais pris au sérieux ces baisers, si pour une fois j'avais arrêté d'être une gamine égocentrique qui s'en fout de tout, tu aurais pu me briser le cœur. La première fois, tu m'as embrassé parce que tu voulais un petit peu d'action, la deuxième parce que Spacewalker t'avait menti, et la troisième parce que Lexa t'avait trahi. Et je t'en veux pas, ça me va, je veux dire je suis comme ça aussi, je ne l'entendais pas autrement. Mais j'aimerais juste que tu réalises que si j'étais justement un peu plus mature et moins j'm'en foutiste, alors toi tu serais une belle garce. Je ne ressens rien de plus que de l'amitié pour toi Clarke, et la seule raison pour laquelle tu en es persuadée et pour laquelle tu as pu agir comme ça, c'est justement parce que je suis moi, parce que je suis ce que tu viens de me demander de changer."

Elle n'osa pas me regarder. Elle savait que j'avais raison, mais elle était trop en colère, trop énervée, trop fatiguée pour l'admettre.

" - Et au fait, appelle-moi Jules maintenant.

- Go float yourself, Julia.

- Comme tu voudras, Miss Perfect."

Je secouai la tête et sortis.

" - Je sais que tu sais que j'ai raison. Je te laisse te reposer, je repasserai un peu plus tard."

Sauf que ce ne fut pas le cas. Nous n'en eûmes pas exactement le temps. Elle finit tout de même par entendre raison et accepta de renouveler son alliance avec Lexa, qui commençait à s'habituer à ma présence même si elle se refusait à l'admettre. Puis Mount Weather explosa (je détestais cracher sur les morts, mais il fallait avouer qu'ils avaient un peu tenté le diable en retournant là-bas). Puis la salope des glaces se pointa, pour récupérer son fils et l'envoyer combattre Lexa, ce que Clarke appréciait moyen. Elle tenta de me faire croire qu'elle ne se pointerait pas au combat, mais je ne fus pas surprise en la croisant dans le couloir.

" - Je croyais que tu ne voulais pas la voir se battre.

- Moi aussi. Au fait, à propos de la dernière fois, je voulais te dire que tu avais raison, sur toute la ligne. Et que je suis vraiment désol...

- C'est bon, je m'en fous de tes excuses, je sais que tu regrettes et que tu as dit des choses que tu ne pensais pas. Mais t'entendre admettre que j'avais raison, ça, ça me fait plaisir ! Amies à nouveau ?

- Oui."

Je passai mon bras sur son épaule.

" - Génial ! Bon, maintenant allons voir Louane se faire défragmenter par Lexa !

- Il s'appelle Roan, d'où tu sors Louane ?

- Les noms c'est pas mon fort ! On y va !"

Clarke se tendit toutes les 8 secondes pendant le combat, alors que moi je n'avais aucun doute sur la victoire de Lexa. Par contre, j'avouais ne pas avoir vu venir le coup de l'empalement. De retour dans la tour, j'installai le jeu de fléchettes volé sur l'Arche dans la chambre de Lexa. Celle-ci sortit de sa salle de bain, vêtue d'une robe de chambre qui en laissait voir quand même pas mal.

" - Jolis tatouages, commentai-je. Où tu vas ?

- M'entretenir avec mon ambassadrice.

- T'es sûre que tu vas juste t'entretenir ? Dans cette tenue ?

- Je ne vois pas en quoi cela te regarde. Sois dehors avant que je revienne."

Elle sortit. Je fis de même, ne souhaitant pas être là dans le cas hypothétique où elle revenait avec Clarke. Ce qui ne fut pas le cas.

Les jours passèrent sans nouveau drame, ce qui était plutôt sympa.

" - Heda souhaite s'entretenir avec vous", m'appela un garde alors que je me baladais tranquillement dans le marché.

Je le suivis docilement, une première pour moi. Il me fit entrer dans la salle. J'attrapai un bouquin quelconque dans la salle du trône et m'installai en travers sur ce dernier.

" - Heda apprécierait très peu de vous voir sur son trône vous savez..."


" - Voilà, là j'ai terminé ! Je pense que vous avez deviné que c'était le jour de la St-Valentin, quelques heures avant que vous vous mettiez officiellement ensemble."

Je fus à nouveau gratifiée d'un silence, ce qui commençait à être vraiment très agaçant.

" - Donc...

- Oh mon Dieu, ça parle ! criai-je en exagérant ma surprise. Clarke ! Ta fiancée, elle parle !"

Elle se contenta de rire doucement.

" - Donc, Clarke et toi avez presque été intimes, et vous avez échangé d'autres baisers par la suite...

- Attends c'est tout ce que tu retiens de mon histoire interminable ?! J'ai même avoué t'admirer depuis toujours, et toi tout ce que tu retiens, c'est 2 smacks et une presque nuit, enfin, pas nuit, on était en pleine après-midi, ensemble sur l'Arche il y a près de 3 ans ?! Tu te fous de moi ?!

- ...

- Non, ne retourne pas dans ton foutu mutisme ou je t'en colle une !"

Elle m'empêcha d'agir et me souleva de son lit. J'aurais pu me débattre, mais l'overdose de bouffe m'interdit de faire un geste autre que des mouvements de bras inutiles. Elle me balança de l'autre côté de la porte, sous les yeux de Clarke, qui était partagée entre l'étonnement et l'excitation que causait la jalousie de sa fiancée. Génial. Maintenant j'étais seule alors que Lexa allait bien montrer à Clarke toute la nuit qu'elle était à elle. Aussi rétrograde que cela puisse paraitre, Clarke ne sembla pas s'en plaire à entendre les rires s'échappant de la pièce.

" - Je rêve où elle m'a foutue dehors ?

- Il faut croire que Heda est revenue à la raison et a fini par comprendre que vous n'étiez qu'une catastrophe ambulante, répondit quelqu'un.

- Tu connais le principe de la question rhétorique Titus ?

- Il faut croire que non."


Voilà, fini ! Je suis à peu près sûre qu'il doit y avoir moult anachronismes et incohérences dans ce chapitre, que ce soit par rapport à la série ou même par rapport aux autres chapitres. J'ai essayé de faire au mieux, mais les premières saisons remontent à loin, alors j'ai oublié des choses entre temps, ce qui explique pourquoi je ne m'attarde pas trop sur les scènes qui ont réellement eu lieu dans la série. Sur ce, je vous laisse avec le rectangle d'en dessous, m'excuse encore une fois pour le retard monumental de ce chapitre, et vous fait plein de bisous ! A bientôt !

Kisses - DW.