Hello,

Me re-voili, me re-voilou : D

Petit OS sorti de nulle part !

Bonne lecture :D


Il le savait, et pourtant...

Il le savait.

Il le savait pertinemment et pourtant son corps entier refusait de l'admettre, et ne parlons même pas de sa tête et de son obstination malsaine. Il se savait têtu, on lui avait assez rabâché comme ça, mais ce n'est pas pour autant qu'il arrivait à mettre ce foutu caractère de côté. Il avait beau en prendre conscience, sa fierté mal placée était tenace, encore plus qu'une moule à son rocher, qu'un koala à son arbre, qu'un ... Bref, vous avez compris.

Il avait toujours été ainsi, et l'autre l'avait toujours accepté. Alors quoi ?

Il le savait.

Il savait qu'il avait tendance à exagérer, à pousser le vice toujours plus loin, mais c'était juste pour le faire sortir de ses gonds. Pour le faire râler, pour que son regard reste braqué sur lui, constamment, et pas sur un autre. Il avait toujours eu ce genre de doute persistant. Cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Cette angoisse sourde, cette peur qu'il s'en aille, qu'il se lasse, qu'il aille voir ailleurs.

Il le savait.

Il savait que ce sentiment était malsain, qu'il le poussait constamment à douter de lui, à vouloir toujours se prouver qu'il avait tort d'agir ainsi, de penser ainsi. Il n'y pouvait rien, cette non-confiance en lui était ancrée dans ses gênes, elle avait toujours été là, elle faisait partie de lui depuis son enfance. Était-ce mal de vouloir être certain que l'autre pouvait vraiment le supporter ? D'être sûre qu'il ne serait pas abandonné sur le bord de la route du jour au lendemain comme un chien ?

Oui. Oui, il le savait.

Il passait son temps à faire pire que ce qu'il était, juste pour voir jusqu'où l'autre pouvait le supporter, et il semblerait qu'il ait finalement dépasser les limites de l'acceptable.

Il se rendait plus grognon qu'il ne l'était en réalité mais l'autre revenait toujours vers lui pour le faire rire, pour le dérider. Il se faisait plus bordélique qu'il ne l'était, mais l'autre rangeait toujours derrière lui, râlant pour la forme. Il se faisait plus faignant qu'il ne l'était mais l'autre venait toujours lui faire des papouilles dans ces moments-là. Il se faisait plus susceptible qu'il ne l'était, mais l'autre le rassurait toujours, le taquinant.

Il le savait.

Il savait que ce petit jeu finirait mal un jour ou l'autre. Il avait trop poussé le vice. Il avait joué sur la corde sensible de l'autre. Il l'avait poussé dans ses retranchements. Il avait abusé de sa confiance tout ça pour se prouver quoi, au juste ? Qu'il pouvait partir ? Qu'il pouvait l'abandonner ? Qu'il avait finalement raison ? Evidement qu'il le pouvait...

Il le savait.

Il savait que ce moment viendrait mais comment aurait-il pu en être autrement ? L'autre n'avait pas tort, au final, c'est lui qui l'avait cherchée, cette situation. C'est lui qui passait son temps à lui chercher des poux, à le provoquer. C'est lui qui maintenait ce jeu malsain. Lui qui gardait sa main appuyée sur sa tête alors que l'autre coulait déjà. Lui qui restait obsédé par le fait d'être abandonné, quitté, largué, jeté.

Il avait trop joué... Mais ça n'avait rien de sérieux, il le savait non ? Il le savait qu'il ne pensait pas à mal ? Qu'il voulait juste vérifier la véracité de ses sentiments ? De sa confiance, de son amour ? Il le savait, non ?

Daiki plissa les yeux en soupirant. Prostré dans son canapé, les genoux repliés contre lui, les bras encerclant ces derniers. Sa tête, posée au sommet, légèrement en biais restait fixé sur les cadres du salon, les représentants à plusieurs moments de leur vie. Son regard passa sur les images, retraçant les moments de leur histoire, lui rappelant certaines anecdotes, mais là, il se sentait juste seul... Désespérément seul. Il n'avait pas envie de se souvenir de tout ça. Il restait fixé sur eux et sur sa propre bêtise.

Il le savait pourtant.

Il détestait plus que tout être seul, mais c'était de sa faute s'il était dans cette situation. Sa faute s'il se retrouvait seul dans leur salon, sur leur canapé, dans leur appartement. Il avait abusé. Bien trop abusé.

Taïga lui avait toujours tout donné, peut-être même trop et il en avait profité. Il était resté axé sur ses propres peurs, sur ses angoisses au point de ne même plus voir tout ce qu'il lui avait apporté, sauf que là, il ne pensait plus qu'à ça. Il ne pensait qu'à la chaleur de son corps le matin, blottit contre le sien. Aux baisers dans son cou, léger ou appuyés, pour le réveiller tendrement. Il pensait à lui dans la cuisine, s'affairant, souriant devant les fourneaux pour leur préparer le petit déjeuné, son café déjà déposé sur la table. Il pensait à lui, l'attendant sur le pas de la porte lorsqu'ils sortaient. A lui, lorsque sa main se glissait chaleureusement dans le bas ses reins pour le guider dans les rues bondées. A lui, qui le laissait toujours choisir ses plats en premier lorsqu'ils étaient au restaurant. A lui qui lui ouvrait grand les bras dans ce maudit canapé lorsqu'ils regardaient un film et qu'il le laissait prendre les trois quarts de la place sans rechigner.

Il le savait

Il le savait qu'il finirait là un jour, seul dans cet appart à broyer du noir parce qu'il était trop stupide pour se laisser aimer sans se poser de question. Parce que qu'il laissait ses doutes prendre l'ascendant sur le reste. Taïga lui prouvait au quotidien son amour, sa tendresse, sa patience, et lui ? Qu'est-ce qu'il lui avait apporté tout ce temps ? En y réfléchissant bien, il n'avait pas fait grand-chose. Il s'était juste laissé porter par l'autre. Il avait juste profité comme le connard égoïste qu'il était. Et voilà le résultat.

Il le savait.

Il savait qu'un jour son comportement serait la goutte de trop. Que son obsession finirait par le blesser et il l'avait vu. Il savait quel jour ils étaient et pourtant ... Pourtant une fois encore, il avait voulu le tester. Il avait gardé le silence sur ce jour spécial. Il lui avait juste demandé de se préparer et il avait vu son regard étonné, surpris de sa demande, parce que Taïga savait la signification de cette date. Il savait qu'il ne l'aurait jamais oubliée.

Il avait vu son regard heureux se changer en déception lorsque pour fêter leur première année de couple, il avait choisi de l'emmener dans un bar pour rejoindre leurs amis au lieu de l'emmener dans un restaurant pour célébrer ça entre eux, de manière intime. Pourtant Taïga avait gardé le silence malgré la déception et il ne comprenait pas. Il était tout bonnement incapable de comprendre comment il pouvait garder une fois de plus son calme. Alors il avait continué son petit jeu, s'intéressant plus aux autres qu'à lui, mais Taïga avait discuté avec les autres, buvant, riant, comme si la situation lui convenait ainsi.

Alors il avait poussé le vice encore, juste pour voir. Allant danser sur la piste, se mêlant aux corps qui se déhanchaient déjà sur la piste. Taïga le surveillait d'un œil, et il le savait. Taïga le regardait toujours. Puis une femme c'était collée à lui, et il avait joué de son charme, comme d'habitude, juste pour jouer un peu, la séduisant, la faisant rire. Après tout, c'était toujours plaisant de savoir qu'on plaisait, non ? Puis il avait croisé son regard, plus noir qu'avant, le sourcil haussé comme pour lui demander ce qu'il faisait, ou ce qu'il comptait faire de plus.

Il avait juste souri, comme pour le provoquer une fois de plus et la nana s'était collée à lui de manière moins timide, posant ses mains manucurées sur ses fesses. Il avait vu le regard de Taïga se charger de colère mais malgré ça, il ne l'avait pas délogée pour autant. Il s'était contenté de fixer son amant, même lorsque la femme avait attrapé son visage, et que sa langue avait frôlée ses lèvres. Il avait vu les sourcils de son homme se froncer dangereusement lorsqu'il avait ouvert la bouche, laissant la fille l'embrasser sans pudeur, mêler leurs langues à découvert et le regard ancré dans ceux rubis de son homme, il avait lui aussi posé ses mains sur les reins de sa partenaire.

Il le savait.

Il savait qu'il avait trop joué. Il l'avait su au moment même au Taïga l'avait regardé se diriger vers la piste. Il savait que Taïga ne laisserait jamais passer ça, parce que la trahison et le mensonge étaient les seules choses que Taïga haïssait au plus haut point. A peine ses mains s'étaient-elles posées sur le haut des fesses de la demoiselle qu'il avait bondit de sa chaise, les traits déformés par la colère. Le geste avait attiré tous les regards de leurs ami, surpris par la brusquerie du mouvement, puis ils avaient suivi son regard pour le fixer lui, étonné de le voir ainsi avec une autre.

Il avait rompu le baiser, l'observant fixement comme pour lui demander silencieusement si ça aussi, il laisserait couler. Il pensait sérieusement que le roux bondirait sur lui, le chopperait par le col, le frapperait, l'insulterait, mais rien de tout ça ne se produisit. Taïga avait serré les poings et les dents, il l'avait regardé avec une profonde déception avant de se détourner de sa personne. Il s'était tourné vers leurs amis, lâchant quelques échanges et avait quitté les lieux sans un regard pour lui, veste en main.

Il était resté comme un con, pensant vraiment créer une réaction chez lui, attendant un je-ne-sais-quoi, mais l'ignorance était tout ce qu'il avait pu recevoir en échange de sa bêtise. La déception qu'il avait lu dans les yeux qu'il aimait tant l'avait laissé tétanisé. Jamais Taïga n'avait regardé quelqu'un comme ça, entre le regret, la peine, le dégout et pire encore, la pitié.

Il avait repris contenance, prenant finalement conscience de son geste, de savoir qu'il avait dépassé les bornes, qu'il avait fini par blesser totalement Taïga.

Il le savait.

Il venait de réaliser qu'il avait été trop loin. Qu'il l'avait trop testé. Qu'il allait réellement le perdre. La panique c'était rependu instantanément dans ses veines et son regard s'était écarquillé en réalisant ce fait. Qu'avait-il fait ? Taïga ne s'était même pas mis en colère contre lui. Taïga n'avait pas crié. Taïga l'avait ignoré. Taïga était partit. Taïga était blessé.

Il avait laissé la fille en plan, souhaitant récupérer rapidement ses affaires pour rattraper son amant. Il devait s'excuser, s'expliquer, le supplier de le pardonner ! Il devait lui parler de son comportement, lui faire comprendre ses peurs !

Il s'était dirigé rapidement vers la table, attrapant sa veste mais une forte poigne avait attrapé son bras et il n'avait même pas eu le temps de se tourner vers l'importun qu'il se prit une droite magistrale, le couchant sur la banquette du bar. Des exclamations de surprises et d'indignation s'étaient fait entendre à travers le bar, mais il s'était contenté de poser une main sur sa pommette douloureuse et de foudroyer du regard le malade qui avait osé le frapper.

Il était alors tombé dans le regard froid d'Himuro, le meilleur ami de Taïga, son frère de cœur, celui qui le défendait corps et âme et qui avait toujours vu leur relation d'un mauvais œil. Il l'avait attrapé par le col et lui avait clairement annoncé la couleur de ses attentions. Sa voix n'avait jamais été aussi rauque et basse que cette fois-là et les mots l'avait atteint de plein fouet.

"Je t'interdit de le blesser plus que tu ne le fais déjà. Si tu veux jouer au con, fais le seul, mais n'embarque pas Taïga dans le bordel qu'est ta vie. Il t'a tout donné, sans filtre, sans pudeur et c'est comme ça que tu lui rends ? Tu es pathétique Aomine ! Ne t'avise pas de l'approcher de nouveau tant que tu n'as pas réglé tes problèmes avec tes démons."

Himuro l'avait lâché sans ménagement et avait quitté le bar sans un mot. Il s'était redressé sur la banquette, se rhabillant correctement et il était tombé dans les regards déçus de ses amis, et c'est Tetsuya, qui avait pris la parole.

"Tu me déçois Aomine... Je pensais que Kagami avait plus de valeur que ça à tes yeux. Qu'est-ce que tu pensais te prouver en faisant ça ? Tu voulais qu'il te laisse tomber ? Et bien tu as réussi.

- Tetsu ce n'est pas ...

- Tu es un imbécile. Tu cherches à démontrer qu'on peut t'abandonner, mais c'est toi qui pousses les gens à le faire. Si tu veux le retrouver, sois certain de ta prise de position, sinon je peux t'assurer que c'est moi qui t'en collerais une la prochaine fois."

Il s'était levé, et les autres avaient suivi et ils avaient quitté le bar, le laissant seul avec lui-même. Même Satsu n'avait su quoi lui dire.

Il le savait.

Il savait qu'il finirait par se mettre tout le monde à dos avec ses idées farfelues et masochistes et il ne pouvait blâmer personne d'autre que lui-même. Il avait été trop loin et depuis, il n'avait pas revu Taïga. Lorsqu'il était rentré, l'appartement était plongé dans le noir et seul le silence lui avait répondu. Depuis, son homme n'y avait pas remis les pieds. Il n'avait pas cherché à le contacter et il ne pouvait que le comprendre. Il avait merdé. Il avait grave merdé même.

Une semaine s'était déjà écoulée et seule Satsuki était venue lui rendre visite. Elle l'avait retrouvé dans un état déplorable, assis dans le noir, à même le sol avec des cadavres de bières et d'alcools vides éparpillés autour de lui. Elle avait eu peur de le retrouver mort sur le coup, elle avait pleuré, l'avait engueulé, frappé puis l'avait remis sur pied.

Il le savait.

Evidement qu'il finirait dans cet état sans Taïga. Il était sa bouée, son phare en pleine mer. Il était son repère, son plus grand soutien, celui qui le forçait à avancer sans se soucier du reste, celui qui lui faisait reprendre confiance en lui mais il sa peur avait pris le dessus, le forçant à agir de la sorte, comme pour se protéger.

Il le savait...

Que la chute serait plus dure sans lui et son instinct destructeur l'avait poussé à l'éloigner, juste par crainte de le perdre vraiment, par peur de se retrouver seul de nouveau, sans lui, et pourtant, il avait tout fait pour en arriver là, pour être dans cette situation. La peur de l'abandon était plus acceptable si ça venait de lui, non ? Alors pourquoi il avait l'impression de ne plus pouvoir respirer, de plus pouvoir bouger si Taïga n'était plus à ses côtés ? Pourquoi avait-il l'impression d'être totalement vide, sans vie, sans envie...

Satsu l'avait emmenée de force dans la baignoire pour qu'il se reprenne, qu'il ressemble un peu plus à un humain qu'à une loque. Elle l'avait lavé comme un gamin alors que son regard se perdait dans le vide et qu'il se laissait faire mollement. Il avait repensé à son homme. Lui aussi lui shampooinait les cheveux comme ça quand il était là... Il avait grimacé, et pleuré, se recroquevillant sur lui-même et Satsu l'avait couvert d'une serviette pour qu'il ne prenne pas froid, elle était montée dans la baignoire, elle l'avait serré contre elle, le berçant comme un enfant.

"J'ai merdé... J'ai merdé Satsu ... J'ai besoin de lui ... J'ai b'soin... de Taïga ... Satsu... J'ai peur ...

- ça va aller Dai...

- Pourquoi je gâche tout... J'ai besoin de Taïga ... Il r'viendra pas ... Taïga m'déteste...

- Il ne te déteste pas, j'en suis certaine... il est juste blessé... Profondément blessé...

- J'l'aime tell'ment... Bordel... Pourquoi j'ai ... Pourquoi j'ai fait ça...

- Parce que tu es terrorisé à l'idée de dépendre de quelqu'un. Tu as peur de tes sentiments envers lui et de ne plus pouvoir t'en détacher... Dai, Au-delà du geste, ce qui blesse le plus Taïga, c'est qu'il ne sait pas comment s'y prendre pour te mettre en confiance. Il a l'impression ... de merder lui aussi, de t'enfoncer dans tes idées noires, dans ton autodestruction, de te faire du mal.

- C'est pas vrai ... C'est grâce à lui que... que j'ai pu partager ma vie avec quelqu'un, partager des trucs, me laisser aller... C'est lui qui me sort de ma déprime. C'est lui que j'aime... et moi ...

- ça va aller... Je suis là... Tu dois te calmer...

- Il r'viendra pas ...

- Il le fera quand tu pourras l'accepter. Vous accepter..."

Satsuki l'avait obligé à sortir de là, et il s'était endormi dans leur lit, serrant l'oreiller qui portait encore l'odeur de Taïga contre lui. Elle était restée avec lui, elle l'avait forcé à manger le lendemain, avait aéré l'appart et ils avaient discuté longuement.

Il le savait.

Il avait besoin d'aide. Il avait besoin de parler de ses peurs, de ses erreurs, de cet instinct destructeur qui le prenait quand le bonheur semblait trop présent dans sa vie. De ce besoin de ruiner ce qui semblait trop parfait. Elle avait téléphoné à Tetsu, et il lui avait conseillé de prendre contact avec un de ses confrères, un psychologue, ne pouvant lui-même pas assuré ce rôle auprès d'un ami proche.

Il s'était défendu, avait tenté d'argumenter mais au fond ...

Il le savait.

Il devait le faire. Il avait participé à la première séance dont il avait tenté de rester muet. Il ne voulait pas parler de sa vie à un étranger, mais il soupçonnait fortement Tetsu d'avoir préparé le terrain en amont avec ce mec. Voyant peu de coopération de sa part, le psy l'avait provoqué en mentionnant le prénom de Taïga et il avait tout lâché, tout déballé avec rage et force, tel un tsunami dévastant tout sur son passage. Il avait déversé sa rancune envers un père qu'il l'avait abandonné à la naissance, une mère décédée brutalement d'un cancer, de son incapacité à trouver un égal, de son désintérêt pour ce qui l'entourait, de Taïga et de la place qu'il avait pris dans sa vie, de sa peur constante de l'abandon.

Il avait évoqué les différents tests et provocation qu'il avait pu mettre en place, de se besoin constant de prouver que Taïga l'aimait, qu'il ne le laisserait pas jusqu'à ce qu'il le pousse lui-même vers la sortie en laissant ses doutes prendre le dessus sur le reste.

Il le savait.

Cette thérapie l'aidait à poser des mots sur des émotions, sur des ressentis. A calquer des images sur des besoins, des peurs. A trouver son chemin vers ce dont il avait besoin, sur ce qui l'aidait à avancer.

Trois semaines étaient passées depuis le premier rendez-vous et à coups de trois séances par semaine, il reprenait pied, il reprenait confiance, il se comprenait mieux. Il arrivait à mieux appréhender ses peurs et à les éloigner pour ne pas venir le parasiter. Il avait repris doucement contact avec ses amis qu'il avait ignorés depuis l'incident, s'expliquant, racontant ses déboires avec ce qui s'avérait être une dépression. Le diagnostic avait été posé et pourtant ...

Il le savait.

Sa dernière étape serait la plus dure et il la préparait minutieusement. Son psy lui avait demandé de prendre ses distances avec l'homme qu'il aimait afin de se concentrer momentanément sur lui. Il devait se comprendre et exorciser ses peurs pour affronter la plus grande de toutes : celle de perdre Taïga.

La route était caillouteuse et pleine de doute. La tentation de revenir sur un chemin lisse dont le destin le poussait avec les yeux bandés semblait plus simple mais sa volonté de retrouver Taïga était plus forte que ça. Tout le travail sur lui-même lui avait permis de comprendre à quel point ses sentiments pour le roux était fort et à quel point il voulait s'en sortir pour lui, pour eux.

Un soir, il avait douté. Fortement douté. Et s'il était passé à autre chose ? Et s'il était parti définitivement ? S'il ne voulait plus de lui ? Et si ça avait été la fois de trop, la goutte qui avait débordé le vase ? Il avait longuement hésité à lui téléphoner, devant savoir la vérité, mais sa raison pris le relais sur la panique grandissante, et il avait contacté Tetsu à la place, lui exposant ses peurs comme lui avait conseillé son psy.

Le bleuté l'avait écouté, conseillé et rassuré. Il lui avait demandé de prendre son temps et de garder la tête haute. Il devait se souvenir de faire passer d'abords ses besoins avant le reste et que Taïga saurait l'écouter le moment venu. Il faisait de son mieux pour ne pas flancher, pour croire en les paroles de son ami et il en eu confirmation peu de temps après.

Un message. Un simple message mais qui lui fit le plus grand bien possible.

"Ne force pas Dai, je serais toujours là pour t'écouter... Peu importe quand, peu importe le moment. Prend juste le temps pour toi. Je crois en toi. Tai."

Il le savait.

Au fond de lui il avait toujours su combien Taïga était un homme de parole et dont l'empathie frôlait la charité, et la preuve était encore là, sous ses yeux. Il ne l'abandonnait pas, il lui laissait juste le temps de faire son deuil, de comprendre ses erreurs pour lui revenir serein et en pleine possession des moyens. Rien ne lui indiquait qu'il le pardonnait, il était juste prêt à l'entendre, à l'écouter, et c'était déjà beaucoup.

Il le savait.

Que Taïga prenait de ses nouvelles par le biais de leurs amis. Il le connaissait trop bien pour savoir qu'il aurait déjà voulu le confronté en face à face si telle n'avait pas été le cas. Satsuki lui avait dit aussi, la culpabilité qui dévorait son amant, ne sachant comment agir pour l'aider et son absence aujourd'hui était son aide, sa manière de lui laisser de l'espace pour prendre des forces et ça fonctionnait. Son absence le pesait aussi bien qu'elle l'aidait car malgré la solitude grandissante, cela prouvait à quel point il le voulait auprès de lui. Désespérément.

Il le savait.

Que ce jour arriverait enfin. C'était long, mais il y était. Il s'était fait mal à ne pas lui répondre durant ce laps de temps, mais il avait tenu jusqu'à aujourd'hui. Il était prêt. Il se sentait serein, droit dans ses bottes et sa tête n'était plus dans ce nuage brumeux constant. Son psy lui avait également donné son aval mais à la condition qu'il continue à décrire ses états d'âmes, soit de visu, soit par écrit. Il devait mettre des mots constamment sur ses ressentis pour les analyser et les maitriser au mieux. Au début, c'était difficile, mais au cours de sa thérapie, c'était devenu une habitude.

Il lui avait envoyé un message, et lui avait donné rendez-vous dans un lieu plus au moins neutre. Il ne voulait pas discuter chez eux, il voulait se laisser de l'espace, laisser la possibilité à Taïga de partir s'il le souhaitait, et quoi de mieux que sur un terrain de basket ? Celui de leur première rencontre. Habillé simplement, mais balle en main, il la laissa rebondir sur le bitume, faisant résonner le bruit du rebond entre les bâtiments alentours.

Il le savait.

Qu'il l'entendrait avant de le voir, parce qu'il avait toujours sentis sa proximité. Il avait toujours été attiré comme un aimant vers lui, sentant une sorte de magnétisme incontrôlable entre eux. Un sourire étira ses lèvres alors qu'il attrapa la balle entre ses mains, stoppant le rebond régulier, le bruit des pas derrière lui remplaçant ceux des dribles. Il se tourna vers lui, le regard humide mais soulagé de le voir enfin devant lui. La patience n'avait jamais été son fort, et il avait bien trop pris sur lui pour attendre une seconde de plus

Taïga n'avait pas changé et même s'il fuyait son regard pour le moment, il vit clairement ses traits fatigués, son visage terne, et il s'en voulu de mettre son homme dans cet état, parce qu'il n'y avait que lui pour le rendre ainsi. Aomine était le seul à impacter autant le comportement du roux, et la réciproque était la même

"Tai..." Souffla-t-il, comme pour prendre réellement conscience de sa présence.

Le surnom lui fit enfin lever les yeux vers lui et son souffle se coupa. Son regard de braise lui avait tant manqué, sa présence, son air renfrogné, ce petit tic de venir mordre de ses dents sa lèvre inférieur. Son corps entier ne réclamait que lui et il se fit violence pour ne pas lui sauter dessus pour l'enlacer. Il serra les dents pour retenir une quelconque impulsion. Ils devaient parler avant toute chose. S'il ne le faisait pas maintenant, est ce qu'il serait capable de le faire plus tard.

"Ne remettez pas les choses au lendemain" Avait dit son psy, et même si ça le faisait royalement chier de l'avouer, il l'avait bien aidé jusque-là. Il ne pouvait qu'écouter ses conseils.

Il le savait.

Que ce serait difficile de rompre le silence après autant de temps sans s'être vu, parlé et touché. Alors pour rompre ce malaise, il se contenta dans un premier temps de lui lancer la balle, et instinctivement l'autre la rattrapa. Etonné du geste, Taïga laissa un moment son regard se perdre dans le sien, la bouche légèrement entrouverte et la balle en suspens, entre ses mains. Il l'avait toujours compris sans qu'il ne parle, et une fois encore, il se surprit à voir finalement un léger sourire étirer ses lèvres.

Le basket saurait briser la glace entre eux, les détendre un moment avant d'avoir cette conversation indispensable pour qu'ils avancent, ensemble, ou séparément.

Taïga fit rebondir la balle avant de faire un pas, puis un deuxième, puis de prendre de l'élan pour s'élancer vers le panier derrière lui, le frôlant pour le narguer. Il ne bougea pas, fermant simplement les yeux et respirant son odeur si particulière lorsqu'il passa à ses côtés. Il lui avait manqué. Tant manqué. Alors il se tourna vers lui, tandis qu'il récupéra la balle, sans doute rentrée dans le panier avec une facilité déconcertante.

Il le savait.

Que le basket couperait momentanément la tension entre eux, les viderais de leurs doutes, de leurs peurs, de leurs énergies. Il ne savait même pas combien de temps ils restèrent là, à s'affronter du regard, à se frôler, se confronter, s'éviter pour marquer. Ils ne comptaient même pas les points. Ils avaient juste besoin d'évacuer tout ce qu'ils avaient en tête jusqu'à s'écrouler de fatigue sur le sol dur du terrain.

Le souffle court, étalé de tout leur long et côte à côte, ils reprenaient difficilement leur respiration, sourire aux lèvres. Le simple fait de s'affronter de la sorte les avait rapprochés en un instant, plus que n'importe quelle discussion aurait pu le faire. Daiki ferma les yeux un instant.

Il le savait.

C'était le moment. Celui où il devait se livrer entièrement et sans tabou. Il les rouvrit péniblement, et les yeux fixés sur un nuage, il ouvrit la bouche.

"Je suis désolé... Je savais que ça finirait comme ça, et pourtant ... Je nous ai conduit tout droit au bord du précipice..."

Taïga garda le silence, écoutant religieusement les mots sortir de sa bouche. Sa voix était calme, sereine et douce, comme il ne l'avait jamais entendu auparavant. Les yeux également rivé vers le ciel, il le laissa continuer.

"Tu me terrifies Taïga"

Cette phrase le blessa, et il ne put s'empêcher de tourner la tête vers lui, juste pour voir son visage, ses traits. Pourtant, contrairement à ce qu'il pensait, Daiki souriait. Ce n'était pas un reproche, juste un fait, une constatation. Il sentit les doigts de Daiki effleurer les siens, timidement jusqu'à ce qu'ils enfermement les siens dans sa main, certainement pour se donner du courage, et il le laissa faire.

"Tu me fais peur parce que tu es devenu le plus important. Tu es la personne qui m'apporte tout ce que je recherchais. La confiance, la douceur, la fermeté, la stabilité, l'amour... Tu me terrifies parce que toutes les personnes qui se sont rapprochées de moi à ce point-là, elles ont disparu..."

Le cœur de Taïga se serra douloureusement et il tourna la paume de sa main pour glisser ses doigts entre ceux du brun, les tenant fermement en guise de soutien. Il connaissait bien le passé de Daiki, ils en avaient déjà parlé une fois, mais il ne pensait pas que ça avait eut un impact aussi fort sur lui. Il ne pensait pas que cette souffrance endormie, tapie au fond de lui finirait par le dévorer tout entier au point de le pousser à s'autodétruire. Il avait été naïf, aveugle, et il s'en voulait de n'avoir rien vu.

"Et j'ai peur que tu disparaisses toi aussi... J'ai peur... d'être encore une fois abandonné, que tu partes volontairement ou non... Cette... angoisse me pousse à te tester inlassablement, à te faire fuir, à t'éloigner parce que je suis terrorisé à l'idée d'être abandonné encore une fois. C'est ce que j'ai compris ces dernières semaines... Je crois... non, je sais que... que j'étais persuadé que te faire partir de moi-même serait la solution. Ce serait moins douloureux, parce c'était mon choix, ma décision mais ... Mais la réalité, c'est que je n'arrive pas à vivre sans toi." Déclara t'il en tournant enfin le visage vers lui, plongeant ses yeux dans ceux humides de Taïga.

Il écarquilla les yeux et se redressa sur un coude, surplombant son amant, bien trop surpris de le voir pleurer ainsi.

"Taïga ... Ne pleure pas ... Pas pour moi, s'il te plait."

Il tendit la main pour essuyer sa joue de son pouce mais Taïga attrapa son poignet et le tira vers lui, le faisant s'étaler sur son torse de toute sa longueur. Les bras de son amant passèrent dans son dos, le serrant fortement contre lui.

"Pardon Dai... J'étais à mille lieux de m'imaginer tout ça. Je croyais ... Je pensais juste que tu en avais assez de moi... de nous... Que j'étais peut-être trop envahissant, trop ...

- Tu n'es rien de tout ça Tai ! Déclara t'il en se redressant suffisamment pour le voir. Tu n'as rien à te reprocher. Rien du tout. J'ai tout gardé pour moi, je me suis même mentis à moi-même ! Tu n'aurais pas pu savoir. Je n'avais pas conscience de mes propres peurs, de mes propres problèmes, alors comment tu aurais pu me comprendre ?

- Je suis désolé...

- C'est moi qui le suis. Je suis désolé de t'avoir blessé, désolé de t'avoir poussé à bout, désolé de te faire subir mes démons au quotidien..."

Daiki laissa son visage retomber contre l'épaule de l'homme qu'il aimait, le plongeant dans son cou pour respirer son odeur.

"Je vais continuer ma thérapie avec le psy... Je ne veux pas fermer les yeux sur mes problèmes encore une fois... Je voudrais... Je voudrais te montrer qui je suis vraiment, te dire mes pensées, même les plus sombre... Je voudrais être transparent avec toi, ne plus te cacher pour que tu me comprennes, pour ne pas repasser par-là..."

Il se redressa, s'asseyant et tira Taïga vers lui pour qu'il se retrouve dans la même position que lui.

"Je ne veux pas te forcer la main, et je ne veux pas non plus que tu te sentes obligé de recommencer tout ça avec moi mais Tai ... Ce que je souhaite vraiment, c'est tout ça. C'est ce bonheur quotidien que tu m'apportes, ton amour démesuré, ta tendresse, ton attention. Mais ce que je veux par-dessus tout, c'est d'être capable de te le rendre à sa juste valeur. Ca sera probablement long et... pas facile pour moi, je risque même de replonger parfois mais ... Je travaille là-dessus. Tous les jours. Taïga ... Si tu t'en sens capable... Si tu es capable de me pardonner, est-ce-que ... Est-ce que ..."

Les mots moururent dans sa bouche, étouffé par l'angoisse et les larmes qui emplissaient ses yeux, lui serrant la gorge. Il était terrorisé d'être abandonné là, sur le bitume froid et dur de ce terrain de quartier. Pourtant ...

Il le savait.

Taïga attrapa sa nuque et déposa ses lèvres sur les siennes, l'embrassant à la fois doucement et passionnément. Ce baiser était empli de pleins de choses : de pardon, de confiance, de blessure, mais surtout d'un semblant d'avenir à deux.

"Dai... Souffla t'il contre sa bouche, posant son front contre le sien. "Je t'aime. Je t'aime plus que tout et je te pardonne. Je te pardonne parce que je te connais, parce que ce n'était pas toi. Tes peurs ont pris le relais et je sais qu'il faudra qu'on soit patient, mais je suis prêt à passer par là si c'est pour te garder à mes côtés. Ces dernières semaines ont été les pires de ma vie... Je savais par quoi tu passais et je pouvais juste te laisser faire, juste te faire confiance. C'est toi qui à fait la démarche, c'est toi qui fait le premier pas vers nous. Je ne peux que te suivre Dai..."

Il prit en coupe le visage de son homme et l'embrassa comme si sa vie en dépendait, et quelque part, c'était le cas. Il avait besoin de lui, et la réciproque était la même. On lui laissait une deuxième chance, il ne la perdrait sous aucun prétexte. Ce serait long, ce serait dur, mais c'est cette route là qu'il choisissait parce qu'après tout ...

Il le savait.

Il n'y avait que Taïga pour lui.


Fin !