Jamais une fleur et un bout de papier n'avaient jamais provoqué autant de stress chez Stiles.

Une rose pimpante et un billet de cent dollars.

L'hyperactif eut la nausée, puis un vertige. La rose uniquement, il n'aurait pas fait le lien. Mais le billet, et plus précisément ce billet de cent dollars… Stiles fut incapable d'endiguer la panique qui montait en lui. L'angoisse. La peur. Parce que ce genre de scénarios… Il avait déjà vu ça dans des films, dans des livres aussi. Il savait que ça existait, que des détraqués commençaient un harcèlement démesuré avec des attentions comme celle-ci. Il n'était pas idiot et avait bien conscience que s'il ne disait rien, cela allait empirer et prendre des dimensions inimaginables. En toute logique, il devrait d'ores et déjà appeler son père, l'informer de cet évènement. Mais il était tétanisé et ses jambes perdaient en force.

Il était à deux doigts de vomir.

Il était si simple d'imaginer la perfidie de l'homme qui avait déposé la rose et le billet. Cet homme qui l'avait pisté, observé et qui avait trouvé son identité et son casier en un temps record. Cela lui fit comprendre que cet individu était profondément déséquilibré et qu'il était en danger. Il vaudrait donc réellement mieux qu'il contacte son paternel et que celui-ci ouvre une enquête tout en mettant potentiellement en place une protection pour son fils. Mais Stiles ne saisit pas son téléphone. Il ferma son casier sans même prendre ce qu'il était venu chercher, sans non plus jeter la rose et le billet.

C'était idiot, mais il était incapable de réagir autrement.

Un instant, sa vue se flouta et Stiles se sentit partir. Il ne s'évanouit pas, ne s'effondra pas, resta droit comme un piquet devant son casier ouvert. Mais dans sa tête, il avait déjà perdu connaissance l'espace d'un instant. Puis, il reprit vaguement ses esprits et referma son casier sans prendre ce dont il avait besoin. Livide, il recula de quelques pas et prit machinalement le chemin de la salle de son prochain cours. Le jeune homme ne songea pas au fait que ses amis allaient lui poser des questions. Il n'eut pas non plus l'idée de rebrousser chemin et de s'en aller au volant de sa sainte Jeep. Lorsque Isaac et Lydia, qui venait de le rejoindre, le virent, leurs sourcils se froncèrent et ils demandèrent aussitôt à leur ami ce qui n'allait pas. Stiles ne sut quoi répondre. Il était en état de choc, si bien qu'aucun des deux êtres surnaturels ne put rien tirer de lui. Mais lorsqu'ils eurent l'idée de l'emmener dehors pour discuter un peu, Stiles sembla enfin réagir. Oui, ça irait. Non, pas la peine de manquer le début du cours pour ça. Oui, il avait été un peu chamboulé. Non, pas besoin d'en parler. Il disait que c'était encore tôt et qu'il désirait garder ça pour lui pour l'instant. Il leur dit de ne pas s'inquiéter, que c'était simplement le bordel dans sa tête, comme il aimait à le dire, et qu'il avait juste besoin de faire le point sur plusieurs choses. Son cœur ne le trahit pas une fois, pour la simple et bonne raison qu'il ne mentait à aucun moment. Tout était vrai. Il omettait simplement ce qui le dérangeait.

Parce qu'il ne voulait pas y penser.

Difficile de décrire le bouleversement dans la tête de Stiles. Il était bien conscient que ce dont il avait été témoin était le début de ce qui pouvait s'apparenter à une forme de harcèlement des plus morbides, mais il était bloqué. Bloqué au point de se dire qu'il valait mieux garder ça pour lui plutôt que d'alerter d'abord son père, puis ses amis. Et puis il y avait autre chose. En soi, s'il n'agissait pas, s'il ne agissait pas, cet homme finirait par se lasser. Oui, sans doute passerait-il aisément à autre chose. Il suffisait juste… Que Stiles jette le billet et la fleur à la poubelle à la fin des cours. Oui, il ferait ça. Puis, il se laverait les mains. Parce que c'était sale, tout ça. L'argent peut-être encore plus que la rose.

Tout le long des cours de la journée, Isaac et Lydia gardèrent un œil sur leur ami qui restait étrangement pâle. Ils eurent la décence de ne pas le forcer à se confier, mais comprirent toutefois assez aisément qu'il ne fallait pas le laisser seul. Ainsi, à chaque pause, ils lui occupèrent l'esprit, l'inclurent dans diverses conversations et lui proposèrent même de les accompagner chez Derek le soir même. Stiles haussa les épaules. Enfin, il ne savait pas s'il avait envie d'y aller et finit par dire qu'il y réfléchirait. Isaac insista : il avait fait des pieds et des mains pour que l'ancien alpha achète une console digne de ce nom ainsi qu'une télévision qui valait la peine d'être regardée. Derek, qui vivait autrefois pour lui-même uniquement, s'était doucement ouvert à ces jeunes qui formaient sa meute et qui réclamaient de quoi s'occuper dans son vaste loft, qu'ils s'étaient doucement approprié. Il avait été décrété que, de par son espace, cet appartement serait le quartier général de la meute de Beacon Hills. Il y faisait bon vivre même si l'endroit manquait encore de meubles ainsi que d'une décoration chaleureuse – Lydia n'arrêtait pas de critiquer le côté impersonnel du loft – et Derek avait fini par avouer qu'il était d'accord pour y effectuer quelques changements. Après tout, il était revenu s'installer définitivement à Beacon Hills et ne désirait pas non plus continuer de vivre dans un endroit qui respirait le provisoire. Il gardait un visage dur, mais ses intentions étaient claires et plus que chaleureuses.

Toutefois, à la fin de la journée, Stiles finit par décliner l'offre de ses amis. En effet, le message que lui avait envoyé son père faisait pencher la balance : pour une fois, il avait sa soirée et Stiles devait avouer que cela n'arrivait pas souvent, alors autant en profiter. Le travail de Noah était si prenant que père et fils n'avaient pas la chance de se voir si souvent que cela. C'était d'ailleurs pour cette raison que l'hyperactif se rendait régulièrement au poste, histoire de gratter quelques minutes dans la journée. Avant qu'il ne se décide à mettre en place ce petit rituel, il pouvait arriver qu'il ne voie pas Noah pendant deux à trois jours consécutifs et à ses yeux, ce n'était pas assez.

Isaac et Lydia comprirent, mais se promirent de faire attention à lui au lycée, lorsqu'il fut parti.

Pour quitter le lycée, Stiles redescendit au rez-de-chaussée. Il avait adopté un air un peu sombre, qui allait parfaitement bien avec son visage des plus pâles. Il avait eu beau essayer de se concentrer sur ses amis et les distractions qu'ils lui apportaient, il n'avait pas réussi à retrouver les couleurs qui donneraient à son visage un semblant de vitalité. Parce qu'il savait que pour sortir, il allait devoir repasser devant la longue rangée de casiers aux tons foncés. Il marcha. Il devait s'arrêter, s'était dit un peu plus tôt qu'il irait jeter la rose et le billet. Mais ses pieds continuèrent d'avancer mécaniquement, passant sans s'arrêter devant son casier.

Stiles n'avait, pour l'heure, pas le courage nécessaire pour accomplir la basse besogne qu'il s'était lui-même confiée. Il fourra ses mains dans ses poches, dissimulant au mieux les tremblements qui les secouaient. Pourquoi diable n'y arrivait-il pas ? Pourquoi était-il incapable de prendre toutes ces choses à la légère ? Il ne devrait même pas faire attention à ces conneries ! Enfin, le fait est qu'un homme l'avait pisté et était allé jusqu'à trouver un moyen d'ouvrir son casier sans briser son cadenas et d'y déposer ce foutu billet et cette rose de pacotille. Et il n'arrivait pas à s'enlever ça de la tête. Comment pouvait-il relativiser alors qu'il avait devant lui la preuve qu'un type pas net s'intéressait à lui de manière assez poussée ? Il n'aurait pas dû avoir accès à son casier et cela rendait la chose d'autant plus glauque. Stiles eut la nausée et pressa le pas. Il voulait partir d'ici, quitter ce lycée de malheur et retourner là où il se sentait bien.

Chez lui.

Stiles se disait qu'au moins, il serait à l'abri. Personne n'irait tenter de s'infiltrer dans la maison de Noah Stilinski, shérif de Beacon Hills, encore moins pour terroriser son fils…

… N'est-ce pas ?

Fort de cette fragile certitude, Stiles pénétra dans sa Jeep et démarra en trombes.