Stiles collectionnait les insécurités et ce, depuis tout petit. Néanmoins, s'il y avait bien une chose dont il était certain, c'était que la folie ne le guettait plus depuis la disparition du Nogitsune. A vrai dire, il était étonnamment sain d'esprit, alors même que la possession l'avait affaibli mentalement durant des mois. On pouvait raisonnablement parler de potentielles fragilités qui avaient pu disparaître peu à peu grâce à un repos bien mérité et le soutien de ses amis.

Pour en revenir au sujet principal de son trouble, Stiles savait qu'il n'avait pas à douter de ce qu'il avait vu. Toutefois, la folie n'était-elle pas préférable à la réalité ? Parce que si l'hyperactif n'était pas fou, cela signifiait que l'individu ne s'était pas contenté de déposer la rose et la lettre dans sa chambre. Il était revenu pendant que le châtain s'était évanoui. Lui avait-il fait quelque chose durant ce laps de temps ? Stiles n'en avait aucune idée et cela le terrifiait. Et finalement, quitte à choisir, il préfèrerait être atteint de démence, pour le coup. Imaginer qu'un inconnu ait pénétré deux fois dans sa chambre dont une fois pendant qu'il était inconscient le faisait se sentir… Violé, dans un sens. On avait pénétré dans son intimité, son espace vital. Alors oui, peut-être que plaider la folie était préférable, mais Stiles ne pouvait pas l'accepter. Tant pis, quitte à avoir peur, autant rester lucide pour mieux prévoir la suite.

Pour se protéger.

Forcément, les mesures à prendre n'étaient pas les mêmes et Stiles en était bien conscient. Et là, des heures après que son père l'ait trouvé inconscient sur le sol de sa chambre, l'hyperactif continuait d'angoisser, à la différence près qu'il était en état de réfléchir. La nuit était tombée depuis un moment déjà et le jeune homme savait qu'il ne pourrait pas se coucher avant un moment. Alors Stiles inspecta sa chambre de fond en comble, juste au cas-où. Il y passa du temps, beaucoup de temps, fouillant chaque recoin, chaque tiroir, chaque cahier. Parce qu'après tout, peut-être que ce taré avait caché la lettre et la rose là, quelque part, juste pour le narguer. Pour qu'il retombe dessus en rangeant un objet quelconque, ou en cherchant quelque chose.

Après une bonne heure et demie, force était de constater que l'individu avait repris ce qu'il lui avait laissé, sans doute histoire de ne laisser aucune preuve de ses sombres desseins. Il avait peut-être également comme but de jouer avec lui, de lui laisser entendre qu'il était peut-être fou. Si Stiles était effectivement bourré d'insécurité, l'homme s'était toutefois trompé sur son compte. L'hyperactif avait un excellent instinct, qu'il suivait toujours. Et là, il lui soufflait qu'il était en danger et que tout ce qu'il avait vu était on ne peut plus réel. N'en déplaise à son père, Stiles n'en démordrait pas. Cependant, hors de question de lui faire part de ses doutes. Noah avait eu son lot d'émotions et l'hyperactif ne tenait pas à l'inquiéter davantage, du moins pas tant qu'il n'avait pas de nouveaux éléments à lui mettre sous le nez. Tout en rangeant sa chambre, le jeune homme se fustigea : s'il n'avait pas paniqué, il aurait pu au moins prendre une photo et l'envoyer à son paternel, ou même lui amener la lettre et la rose au commissariat. Au moins ça. Le minimum. Mais la terreur qui l'avait étouffé avait été si grande qu'il s'était retrouvé dans l'incapacité de faire quoi que ce soit. Ainsi, il s'était effondré, et sa violente crise de panique l'avait conduit tout droit sur le chemin de l'inconscience.

Oui, sauf que Stiles ne comptait pas en rester là. Si quelqu'un avait effectivement pénétré dans sa chambre à deux reprises et y était resté suffisamment de temps pour y déposer ces deux éléments puis les reprendre, il avait forcément laissé une trace, et pas n'importe laquelle.

Une odeur.

Honnêtement, Stiles ne comptait inquiéter personne. Néanmoins, sa nature humaine l'empêchant de vérifier cette donnée, il se retrouvait contraint de faire appel à l'un de ses amis. Enfin, celui à qui il pensait n'était pas vraiment un ami, mais… Soit. Il avait la tête froide et son « insensibilité » pouvait lui servir. Derek n'était pas du genre à se laisser submerger par ses émotions, au contraire d'Isaac, par exemple. Et puis, il était discret, aussi. Alors forcément, Stiles décida de lui envoyer un message. Quelque chose de simple, du style : « J'ai besoin de toi pour vérifier quelque chose qui me perturbe ». Mais finalement, ce n'est pas ce message-ci qui partit de son téléphone, parce qu'il le trouvait un peu alarmiste – à tort. Ainsi, il décida de mentir un peu, parce qu'il n'était pas non plus certain que Derek répondrait à son appel à l'aide silencieux. Sans doute lui demanderait-il de contacter plutôt Scott, ou quelqu'un d'autre.

Mais c'était bien Derek dont Stiles avait besoin. Un loup avec un bon odorat, de l'expérience et surtout, un loup capable de distanciation qui ne laisserait pas son jugement et sa vision des choses entrer en ligne de compte. L'ancien alpha était un as de l'analyse, un as objectif.

Alors à la place, il lui dit simplement qu'il avait fait des recherches et qu'il avait besoin de son avis à lui, en justifiant cela par sa connaissance du monde surnaturel. Ainsi, Stiles s'assurait qu'il viendrait. Pour ce genre de choses, Derek avait toujours préféré se déplacer plutôt que de l'accueillir au loft. Ainsi, il avait le loisir et la liberté de partir quand il le voulait. Derek était, à sa façon, un électron libre qui détestait ne pas pouvoir se sortir d'une situation ou d'un espace qui le dérangeait. Venir était donc pour lui la meilleure option.

Stiles posa son téléphone sur son bureau. Derek possédait un portable et c'était tout récent. Il lui arrivait de répondre, mais il mettait parfois un peu de temps, alors l'hyperactif ne s'en formalisa pas. Simplement, il angoissa en silence, préférant s'occuper à ranger tout et n'importe quoi de manière complètement maniaque, histoire de ne pas trop penser à la peur qui l'étreignait.

Parce que savoir que l'on avait pénétré dans son intimité le rendait un peu fragile. Pour être honnête, il n'arrivait pas à se sentir en sécurité, même avec son père dans la maison. Si l'homme était venu et reparti sans laisser de trace « physique » de son passage et que son père, même après avoir fouillé la bâtisse, n'avait rien trouvé, Stiles se devait de rester des plus méfiants. Echapper à la vigilance d'un shérif, ce n'était pas rien. Et puis… Forcément, il se doutait bien qu'il y aurait une suite. D'abord cet incident au bar-café, puis la rose et le billet de cent dollars dans son casier et là… A nouveau une rose, avec cette fois-ci une lettre ? Ce n'était pas fini, non, ce n'était certainement pas fini. Bien évidemment, l'hyperactif se mit à réfléchir. L'extérieur, le lycée, sa maison et plus précisément sa chambre. On ne pouvait pas faire plus intime que ce dernier élément. Cet homme avait cherché à l'atteindre et à lui faire peur en lui montrant qu'il pouvait s'approcher de lui sans aucun problème et c'était réussi, puisque Stiles avait fait une grosse crise de panique jusqu'à s'évanouir. Et même là alors qu'il continuait de s'occuper, il avait peur. Maintenant, restait à savoir quelle serait la prochaine étape et l'hyperactif… N'était pas sûr de vouloir la connaître. Cette histoire l'avait rendu plus fragile dès lors qu'elle avait commencé, il le sentait. Une simple attitude et un simple geste, un billet posé devant lui, avaient suffi à casser quelque chose en lui. Si l'hyperactif avait traversé bon nombre de situations dans sa vie, celle-ci le mettait plus à mal que les autres, parce que pour la première fois de sa vie… Il se sentait clairement en danger. Il fallait être fou pour s'immiscer dans l'espace privé d'une personne, et il était clair que ce genre de folie n'avait pas de limite. Après le dépôt d'objet viendraient les actes.

Toc, toc.

Stiles sursauta et releva brusquement la tête en direction de la porte de sa chambre. Etonné que Noah prenne la peine de toquer, l'hyperactif lui dit d'une voix forte qu'il pouvait bien évidemment entrer. Oui, mais lorsqu'elle s'ouvrit, ce ne fut pas le regard rassurant de son paternel qu'il aperçut. Face à lui, un visage fermé, des yeux aussi clairs qu'une rivière translucide. Stiles avait toujours trouvé les orbes de Derek particulières. Pour lui, il était facile de se perdre entre le bleu, le vert, la rouille et parfois, quelques nuances de gris qui apparaissaient ça et là selon son humeur. Et sans doute se serait-il effectivement perdu à cet instant précis si un fait des plus surprenants – pour lui – ne lui sautait pas aux yeux actuellement.

- Depuis quand tu passes par la porte ? Ne put-il s'empêcher de demander d'un air ahuri.

Derek haussa un sourcil, sans répondre. A la place, il le poussa – doucement – et pénétra dans cette chambre si spéciale. Il était vrai qu'il entrait d'ordinaire par la fenêtre… Mais cette fois-ci, il n'en avait pas eu envie et il avait compris qu'il avait fait le bon choix lorsque Noah lui avait ouvert, en bas.

- Et toi, depuis quand tu me mens ? Rétorqua le loup en se retournant à nouveau vers l'hyperactif, qui s'empressa de fermer la porte.

Stiles le regarda un instant qui sembla flotter dans l'air durant quelques secondes.

- Bon, au moins, tu m'épargnes l'étape du « en fait je ne t'ai pas fait venir pour ça », soupira-t-il. Enfin, je sais pas si c'est mieux, mais bon…

- Vu la peur qui se dégage de ton odeur, je pense que oui, renchérit l'ancien alpha, pragmatique.

Stiles fut surpris et pourtant, il ne devrait pas l'être : Derek Hale était un homme cash, qui disait les choses avec une franchise parfois affolante. Un peu comme lui, dans un sens… Différemment toutefois. L'hyperactif eut un rire nerveux. Décidément, ce cher Sourwolf semblait réellement décidé à lui faciliter la tâche… Tant mieux, sans doute.

- Alors oui, justement, commença-t-il timidement, en parlant d'odeur…