- Tu veux que je renifle ton lit et… Le sol ? Répéta Derek, un sourcil haussé par la perplexité.

- Ma porte et la fenêtre, aussi, précisa l'hyperactif en riant nerveusement.

Dire qu'il n'était pas à l'aise était un euphémisme. En réalité, il était affreusement gêné d'une part d'avoir fait venir l'ancien alpha, d'autre part de lui demander de lui rendre ce service. Et encore, il risquait de l'être davantage si le loup ne trouvait rien. Une odeur, c'était son seul espoir de se prouver qu'il n'était pas dingue. Parce qu'il se pensait sain d'esprit, mais… Il apprécierait réellement d'en être certain. De pouvoir obliger son doute à s'envoler.

Parce que s'il n'y avait pas vraiment eu d'intrus, si la rose et la lettre n'existaient pas… Oui, vraiment, il devrait se faire du souci. Pour lui-même. De manière générale, il avait besoin de savoir.

- Et qu'est-ce que je suis censé sentir ? Demanda Derek, les bras croisés sur son torse.

Stiles prit le temps de réfléchir à la réponse qu'il allait donner, parce qu'il devait mettre toutes les chances de son côté.

- Une odeur… Celle d'un mec, quelqu'un qu'on ne connait pas et… L'odeur d'une rose, finit-il par répondre en baissant les yeux.

Stiles omit de lui préciser qu'il n'était absolument pas certain qu'il trouverait quoi que ce soit et que sa demande se basait sur un besoin, un accès de paranoïa. En fait, il aimerait éviter de lui expliquer les raisons de ce remue-ménage tant qu'il n'avait pas fait travailler son nez et ça, il osa le lui dire. Si Derek lui lança un regard soupçonneux, il eut la décence de ne faire aucun commentaire. Stiles lui en fut reconnaissant, mais il ne dit rien et regarda le loup inspecter d'abord sa chambre dans sa généralité et se pencher de temps à autres pour renifler certains objets. L'hyperactif ne sut s'il devait être soulagé ou non de la manière dont l'expression placide de son visage était figée. Derek ne laissait absolument rien transparaître et c'était… Perturbant. Sans doute le châtain devrait attendre la fin de son inspection pour savoir s'il avait décelé quelque chose ou non. Autant dire qu'attendre… Il n'aimait pas ça. N'ayant néanmoins pas le choix, Stiles regarda le loup s'accroupir de temps à autres sans jamais lorgner ses fesses comme il en avait pourtant l'habitude. C'était son petit péché mignon, son plaisir secret mais… Pour le coup, il n'avait pas la tête à mater le fessier tentateur de l'ancien alpha.

Au bout de quelques minutes qui lui parurent une éternité, Derek se releva et darda sur lui un air… Toujours aussi indéchiffrable, tant et si bien que Stiles se retint de le harceler pour connaître son verdict.

- Pourquoi tu m'as fait chercher ces odeurs ? Demanda le loup en croisant les bras sur son torse.

- Déjà, tu m'as pas dit si tu les avais senties… Releva l'hyperactif, un peu perdue.

- Avant de te le dire, je veux que tu me répondes.

Il avait parlé d'un ton qui n'appelait aucune contestation et ça, c'était mauvais. Si les deux jeunes hommes avaient quelque chose en commun, c'était ce côté têtu qu'ils mettaient souvent en compétition. Le plus souvent, Stiles gagnait à ce petit jeu-là mais pour une fois, il n'avait pas envie de se battre… Alors il choisit d'être cash :

- Ecoute, il s'est passé quelque chose mais je ne suis même pas certain que ça ait été réel, d'accord ? J'ai peut-être… Imaginé, alors si tu n'as rien trouvé, je préfèrerais garder ça pour moi, histoire d'éviter de passer pour un tocard fini.

Disons que Stiles n'était rien d'autre qu'un humain et qu'on évitait toujours de le faire aller sur le terrain en raison de sa nature. Il avait beau faire des pieds et des mains pour prouver qu'il n'était pas si fragile que ça, on trouvait toujours un moyen de le reléguer au rang d'informateur. De loin, de préférence. En sécurité. Parce que, bien sûr, monsieur était soi-disant trop faible physiquement pour se défendre ! Dans ces moments-là, il amenait toujours sa batte de baseball avec lui mais… Il n'arrivait jamais à convaincre. Et ce qui était idiot, c'était qu'il arrivait à sauver ses amis, parfois ! Parce qu'il choisissait d'outrepasser les ordres qui lui étaient donnés.

Par conséquent, on avait de lui l'image d'un humain faiblard ou en tout cas, incapable de se défendre. Même si Derek n'était pas du genre à colporter des rumeurs ou à se moquer, Stiles aimerait éviter de lui donner l'impression qu'il puisse ne pas être fiable mentalement… En lui avouant qu'il n'était pas certain d'avoir vécu ce pourquoi il l'avait appelé, c'était pourtant ce qu'il faisait, dans une moindre mesure seulement. Disons qu'il limitait les dégâts autant que faire se peut.

Voyant que Derek restait muré dans un silence étrange, Stiles soupira et abandonna la partie. Il passa une main dans ses cheveux et ravala l'énorme bouffée de honte qui l'étreignit. Si le loup ne pipait mot, c'était sans doute parce qu'il n'avait rien trouvé. L'hyperactif devrait-il être étonné ? Merde, si son père n'avait retrouvé ni la lettre, ni la rose, c'était qu'elles n'avaient sans doute jamais existé… Maintenant, Stiles n'irait pas jusqu'à se dire qu'il était complètement dingue, mais… Le fait qu'il ait imaginé trouver ces choses-là sur son lit ne présageait rien de bon pour la suite. Il prenait définitivement cette histoire trop à cœur pour ce qu'elle était. Il eut alors une espèce de flash. Ici, une rose et une lettre. Dans son casier au lycée, une autre rose et un billet de cent dollars… C'est alors qu'il devint blanc comme neige. Ça aussi, il l'avait rêvé ?

- Tu peux rentrer chez toi, je suis désolé de t'avoir dérangé, finit-il par lâcher, un peu déboussolé.

Parce que si Derek ne lui disait rien, c'était qu'il n'y avait réellement rien. Qu'il avait tout inventé. Que tout était faux.

Et que Stiles se faisait toute une histoire d'une pauvre rencontre purement fortuite. La demande qui lui avait été faite était certes morbide, mais… Au final, il ne s'était rien passé. Et il ne se passerait rien. Le coup était un peu dur à encaisser, certes. Néanmoins, il fallait qu'il s'y fasse. La partie rationnelle du jeune homme lui hurla de ne pas abandonner trop vite la partie, tout comme elle hurla au doute. Mais l'autre, bien plus fragile, l'emporta et il ressentit le besoin d'être seul. Alors sans même attendre l'hypothétique réponse de Derek, Stiles se dirigea la porte de sa chambre. Il n'avait pas faim mais l'idée de manger pour évacuer son stress lui avait traversé l'esprit en long, en large et en travers alors… Pourquoi pas se sustenter un peu ? Au moins, ça l'occuperait.

- Stiles, attends.

Derek ne s'arrêta pas à une simple interpellation. Il lui attrapa également le poignet, histoire de l'empêcher de fuir. Stiles poussa un nouveau soupir et se retourna vers lui. Il avait un air las, l'air de celui qui ne voulait plus se battre, celui qui avait été trop déçu… Ou celui qui ne se faisait pas confiance. Qui ne s'était accordé qu'un peu de crédit, avant de revenir sur sa décision sans même avoir la patience d'attendre le verdict. Forcément, il baissa les yeux, évitant le regard de son vis-à-vis. Cette attitude, qui ne lui allait pas du tout, fit raffermir à Derek sa prise sur son poignet.

- J'ai trouvé une odeur. Une odeur de rose, finit par avouer le loup-garou.

Stiles releva instantanément les yeux vers lui. Dans son regard, du doute, de l'espoir, de la peur. Un peu moins de honte, peut-être, mais beaucoup d'incertitudes.

- Où ? Articula l'hyperactif.

- Sur ton lit, répondit Derek du tac au tac.

Stiles devint pâle comme un linge. Plus encore qu'auparavant, comme si…

- C'est vrai ou… Ou tu te moques de moi ? Osa-t-il demander.

- Je me moque souvent de toi ? Rétorqua Derek en haussant un sourcil.

Stiles prit la peine de réfléchir un instant. Autrefois, oui, parfois et ce, toujours de manière sarcastique. Cependant, cela faisait un bon moment qu'il semblait être monté dans l'estime du loup-garou, au point que celui-ci avait changé d'attitude envers lui. Il le respectait davantage et faisait appel à lui dès qu'il avait un doute par rapport à quelque sujet concernant le surnaturel, lui demandant également son avis dès qu'il comptait appliquer un quelconque plan que ce soit – quand il ne les faisait pas. Disons qu'avec le temps, Stiles était devenu une encyclopédie dans le domaine de l'étrange tant il avait amassé de connaissances et ses compétences de stratèges n'étaient plus à prouver. De manière générale, ils s'entendaient bien, en quelque sorte.

Alors non, Derek ne se moquait plus de lui. Si tel était le cas, il esquisserait un de ses rares rictus dont il avait le secret. Ceux qui lui donnaient un air à la fois cruel et sexy – et que Stiles adorait voir, paradoxalement. Mais pour une fois, il fallait avouer que le châtain était heureux de son air sérieux.

- Elle était légère, reprit le loup, imperturbable. Presque complètement estompée.

Stiles en trouva automatiquement la raison, tout simplement parce que son esprit, même profondément perturbé, restait d'une vivacité stupéfiante. Lorsqu'il était arrivé, la fenêtre de sa chambre était grande ouverte et sans doute depuis un moment, ce qui expliquait le fait que Derek l'ait à peine sentie.

- Et… T'as rien senti d'autre du côté de la fenêtre ? Tenta Stiles.

Pour son plus grand malheur, Derek secoua doucement la tête, sans lâcher son poignet. Stiles ne chercha pas à se dégager. La désillusion succéda à l'espoir mais, à la différence de son abandon quelques secondes plus tôt, il était un peu moins blanc.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda Derek.

Comme toujours, il n'avait aucun tact et ne s'embarrassait pas de pirouettes tant il trouvait ça superflu et Stiles se retrouva dos au mur. Nouveau soupir. Techniquement, le loup avait rempli sa part du marché, il attendait donc, à raison, son dû. De son côté, l'hyperactif n'avait qu'une parole et même si ça lui trouait littéralement les fesses d'exposer ainsi ses angoisses, il le fit.