Jackson ne se considérait pas comme un bon samaritain ou quelqu'un de très gentil. Il se savait empathique, capable de compassion, mais pas à outrance non plus. Disons qu'il avait la capacité de trouver un intérêt dans la plupart des situations… Y compris celle qui l'avait conduit à se rendre au domicile Stilinski en ce jour. Sans hésitation aucune mais sans se presser non plus, Jackson appuya sur la petite sonnette au bouton vieillot qui mériterait d'être changé. En effet, il eut besoin d'exercer une certaine pression dessus à trois reprises pour que cela sonne vraiment – il remercia son ouïe lupine pour cela car même si les murs étaient épais, elle l'avait aidé à percevoir ce que pouvaient entendre les deux humains présents à l'intérieur.
Et quelques secondes plus tard, Jackson notifia la présence de pas se rapprochant tranquillement de la porte. Paresseux, un peu lourds – pas ceux de Stiles. C'est ainsi que la porte s'ouvrit sur le visage quelque peu fatigué du shérif, qui s'orna de surprise dès qu'il reconnut le visage parfait de Jackson Whittemore. Pour autant, celui-ci se retint de faire la moindre remarque à ce sujet : c'était une chose qu'il avait appris avec la meute. L'important dans la vie était de connaître sa propre valeur, pas de l'étaler sous les yeux de tout un chacun sans arrêt. Si sa manière d'interpréter la chose était particulière, le fait est qu'il était un peu plus vivable depuis qu'il l'appliquait de cette façon.
- Whittemore, articula le shérif, perplexe. Que me vaut… Le plaisir de ta visite ?
Bien que Jackson sache parfaitement qu'il faudrait du temps et une quantité certaine d'efforts pour qu'il soit « heureux » de le voir sonner à sa porte, il apprécia le fait que le shérif mette les formes malgré leur entente toute relative.
- Je viens juste voir comment se porte Stiles, répondit-il avec sa suffisance habituelle.
Appeler l'hyperactif par son prénom lui faisait un peu bizarre, certes, mais… Il trouvait que son nom de famille sonnerait très mal à cet instant, peut-être même un peu trop… « Trop. » Surtout face au shérif qui portait, logiquement, le même.
A sa réponse des plus simples, Noah Stilinski haussa un sourcil.
- Tu viens prendre… Des nouvelles de mon fils, reformula-t-il, comme pour être sûr de bien comprendre ce qu'il avait entendu.
- Parfaitement, shérif, confirma Jackson d'un ton qui se voulait légèrement agacé.
La réalité, c'était que son visage lui donnait envie de rire tant son expression lui paraissait comique. Le kanima pouvait comprendre son scepticisme… Mais dans la mesure où il était celui qui avait aidé Stiles au moment où celui-ci agonisait seul chez lui, sa visite était-elle véritablement surprenante ? Jackson faisait peut-être parfois – souvent – montre d'opportunisme, mais il n'avait rien d'un monstre.
Et, qu'on le croie ou non, il venait prendre des nouvelles de Stiles de bon cœur. Personne ne lui avait demandé de le faire, pas même Deaton, qui ne se sentait d'ailleurs plus responsable de ce cas, dans la mesure où l'hyperactif avait été victime d'un sort… Et la magie en tant que telle ne faisait pas partie du champ de compétences du vétérinaire. Il était un émissaire, un druide… Mais pas un sorcier. En somme, Stiles n'avait rien à faire, si ce n'est attendre que le sort s'estompe.
Jackson trouvait d'ailleurs cela un peu triste et il ne pouvait s'empêcher de se demander comment il vivait la chose – s'il l'avait digérée ou non. Car le sort dont il était victime n'était pas des plus communs et le kanima ne pouvait s'empêcher de se demander s'il était réaliste ou non, si dans son corps… Les choses s'étaient modelées de sorte à ce que ses règles soient « réelles ». Enfin il se souvenait fort bien de l'odeur du sang qui avait imprégné le pantalon de Stiles et de la douleur qui n'avait cessé de déformer ses traits jusqu'à ce qu'il perde connaissance et ce, à maintes reprises. Voilà bien une chose dont il ne doutait pas – Lydia vivait-elle vraiment cela chaque mois ? Jackson, alors que le shérif l'invitait finalement à entrer, s'estima heureux de ne pas avoir été la victime de ce sorcier quelque peu farceur. Car non, il ne l'imaginait pas méchant : mais d'une fourberie sans nom, oui, pour faire ça le soir d'Halloween… Au moins, il avait été dans le thème.
- Ménage-le, il a un peu de mal à accepter… Cette situation, l'informa néanmoins Noah en faisant un geste vague de la main.
Et Jackson comprit que c'était également son cas, au shérif. Il montrait inconsciemment tous les indices d'une préoccupation certaine. Il avait les traits tirés l'air fatigué et dans son odeur persistait quelque chose de piquant, une forme de… Tristesse, ou quelque chose qui s'y apparentait de près ou de loin. Stiles et lui s'étaient sans doute disputés, ou avaient eu une discussion déplaisante récemment, ou alors… Noah se sentait peut-être simplement mal pour son fils.
Jackson ne se doutait tout simplement pas du fait que ce mal dont était victime l'hyperactif avait amorcé un changement certain dans leur relation père-fils. Un changement qui avait toutes ses chances de s'avérer positif avec le temps.
- Vous me connaissez, shérif, répondit Jackson, pour la forme.
- C'est justement parce que je te connais que je préfère te le préciser, soupira l'homme de loi.
Jackson eut un rictus à la fois amusé et moqueur et s'engagea dans les escaliers. Il ne connaissait pas la maison Stilinski par cœur – il ne s'y était pas souvent rendu – mais il avait la chance d'être pourvu d'un odorat surdéveloppé. Ainsi, il fut aisé pour lui de trouver la porte de la chambre qu'occupait l'humain.
Il toqua pour la forme, histoire d'annoncer sa présence sans que Stiles ne puisse se douter qu'il s'agissait de la sienne. L'humain crut d'ailleurs qu'il s'agissait de son père et lui dit, suffisamment fort, qu'il n'avait pas besoin de toquer. Nouveau rictus, léger cette fois-ci, de la part de Jackson qui ouvrit tranquillement la porte.
Le plaisir de voir le visage de l'hyperactif se décomposer fut énorme. Pas parce que le kanima était particulièrement sadique – qu'on ne lui prête pas de mauvaises valeurs –, simplement… C'était si rapide que c'en était risible. Sa pâleur, ses yeux rougis et son air si peu en forme l'étaient cependant beaucoup moins. Si le shérif lui avait semblé avoir mal dormi, il n'était pas difficile pour Jackson d'en déduire que celui qui passait les pires nuits, ici, c'était bel et bien Stiles. Allongé sur son lit, ce dernier s'était légèrement redressé en prenant appui sur son coude. Dans sa main libre, une bouillotte, qu'il tenait pressée contre son bas-ventre. Stiles Stilinski n'était pas en capacité de se présenter sous son meilleur jour… Et c'était aussi étrange que satisfaisant. Jackson aimait bien l'idée de se trouver en position de supériorité… Question d'ego. C'était dire à quel point il l'estimait secrètement. Stiles avait toujours été capable de le remettre à sa place et ce, même si Jackson faisait au mieux pour montrer le moins possible ce qu'il ressentait dans ce genre de moments. Sur le plan intellectuel, l'humain avait le dessus sur lui – depuis toujours – et le kanima admirait sa vivacité d'esprit qui avait sauvé la meute de nombre de situations toutes aussi dangereuses les unes que les autres. C'était là une chose qu'il fallait reconnaître – mais il n'irait certainement pas l'avouer à voix haute. Ô grand jamais.
- Whittemore, vraiment ? Finit par soupirer Stiles.
Il lui semblait impossible de dissimuler la moindre de ses émotions puisque Jackson vit le désespoir succéder à l'incrédulité qui, déjà, avait quitté son visage. Le kanima en déduisit rapidement que le voir n'était pas un plaisir pour lui. Quel dommage… Jackson avait presque envie de le titiller un peu. Et dire qu'il était au départ venu sans intention aucune de l'embêter… Avec pour seule préoccupation son état.
Stiles était réellement passé à deux doigts d'une visite des plus cordiales.
Alors Jackson eut un sourire qui se voulait moqueur et croisa ses bras sur son torse après avoir fermé la porte derrière lui.
- Comment va la belle au bois dormant ? S'enquit-il, l'air de rien.
Un soupçon d'agacement naquit dans les prunelles noisette de l'humain, qui ne s'autorisa pas plus qu'une remarque de l'ordre du constat prononcé d'une voix assez posée :
- Je n'ai pas dormi à proprement parler, je m'étais surtout évanoui… Rassure-moi, tu sais faire la différence ?
Jackson cacha son plaisir de l'entendre lui répondre comme il le faisait d'ordinaire – à la différence que son ton s'avérait fort peu tranchant. Si Stiles ne semblait essoufflé d'aucune manière, chacun de ses mots traînait, comme si leur simple prononciation était un effort en lui-même. Cela ne lui paraissait d'ailleurs pas si extravagant que cela. Quand il voyait son état, il trouvait que cela faisait parfaitement sens.
Mais au moins, Stiles restait lui-même et ça, c'était tout ce que Jackson désirait savoir.
