Au départ, Jackson n'avait pas pour intention de s'attarder au domicile Stilinski. Son idée se résumait en un point : prendre des nouvelles de l'hyperactif. En soi, c'était ce qu'il avait fait – il pouvait donc partir.

Mais Jackson était curieux et surtout… Il se retrouvait témoin d'une situation on ne peut plus rocambolesque et passablement inédite : son « ami » avait ses menstruations. Et aussi horrible que cela puisse être pour lui, le kanima devait avouer qu'il adorerait l'interroger à ce sujet. Ce n'était pas tous les jours qu'un représentant de la gent masculine avait la possibilité d'expérimenter un tel phénomène… Lorsque Lydia saurait ça, nul doute qu'elle irait en discuter avec lui des heures durant, heureuse d'être comprise par l'autre sexe – ce qui ne lui arriverait jamais plus après cela.

- J'aime pas cette espèce de début de sourire dégueulasse qui te donne l'air du pire tortionnaire qui soit, maugréa Stiles en détournant le regard.

- Je pensais simplement à Lydia, qui va être ravie de pouvoir discuter serviettes et tampons avec toi, rétorqua Jackson, bras croisés sur son torse.

- … Je n'arrive pas à déterminer à quel point ce que tu viens de dire est sexiste…

- C'est juste une remarque comme une autre. Objectivement parlant, tu ne peux pas vraiment me contredire, tu es un…

- Je sais, le coupa sèchement Stiles, et ce n'est pas vraiment quelque chose qui m'enchante !

Sa voix s'était quelque peu durcie sur la fin tant la colère qui grandissait en lui se voyait. Et oui, ce qui n'était au départ qu'un simple agacement se transformait véritablement en quelque chose de plus fort… Et qui enflammait soudainement le regard de l'hyperactif.

Malgré son émotion apparente, Jackson ne put retenir un petit rire. Voir Stiles s'empourprer de la sorte avait quelque chose de jouissif et savoir que c'était précisément à lui que l'on avait jeté ce sort ne faisait que rendre la situation d'autant plus drôle. Stiles était la personne qu'il valait mieux ne pas titiller dans la meute – et c'était exactement pour cette raison que Jackson adorait s'adonner à cette activité des plus singulières. C'était un vieil ennemi devenu « ami » … Alors il avait le droit, non ?

- Blague à part, c'est comment ? S'enquit tout de même le kanima en arborant un sourire en coin.

- Si tu es juste venu ici pour te moquer, tu peux débarrasser le plancher, j'ai pas la patience d'écouter la merde qui sort de ta bouche… Continua de maugréer l'hyperactif.

Il avait beau faire le fier et lui parler comme il en avait l'habitude, Jackson ne pouvait que constater sa faiblesse – elle se voyait tout autant qu'elle s'entendait. Stiles ne pouvait rien dissimuler de sa pâleur, ni même cacher ces cernes pas uniquement dus à une mauvaise nuit : son état le fatiguait en temps réel, à tel point que c'en était affolant. Alors même si la situation amusait Jackson dans sa globalité, une part de lui restait quelque peu… Inquiète. Oui, Stiles expérimentait un phénomène inédit pour un homme, oui, Lydia serait heureuse d'en discuter avec lui, néanmoins… Cela ne devait pas être si facile, surtout lorsque l'on n'y avait jamais été confronté.

Puis pour quelqu'un qui aimait bouger, faire mille et une chose, quelqu'un comme Stiles…

- Comment tu le ressens ? Insista Jackson.

Il avait perdu ce semblant de sourire qui lui donnait cet air passablement arrogant. Qu'on le croie ou non, il n'était véritablement pas dépourvu d'empathie. En ce jour, il avait envie de l'exprimer à sa manière. Lorsqu'il avait dû le secourir, Stiles lui avait tout de même fait peur… Et ça, ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait négliger. Pas complètement, du moins.

- Ça se voit pas à ma gueule ? Ironisa l'hyperactif sur un ton légèrement agressif. J'ai l'air de me sentir bien ? J'ai l'air de bien le vivre ?

Il n'avait pas envie de voir Jackson et ne désirait qu'une chose : que celui-ci s'en aille de ce pas. Bien sûr qu'il lui était reconnaissant de l'avoir secouru et d'avoir pris sa douleur. Néanmoins, Jackson Whittemore restait Jackson Whittemore. Et Jackson Whittemore était détestable. Dire qu'ils faisaient partie de la même meute, qu'ils étaient obligés de se côtoyer aux réunions de celle-ci en plus du lycée… Stiles soupira bruyamment. La vie lui faisait régulièrement de beaux majeurs… La présence du kanima dans sa chambre en était un magnifique.

- Tu m'as l'air de t'en sortir, répondit Jackson, un nouveau sourire en coin ornant son visage.

- Si pour toi, s'en sortir signifie ne rien faire et attendre que ça passe… Ironisa à nouveau Stiles, les yeux baissés.

Au moins, il avait sa bouillotte – heureusement, d'ailleurs. Sa chaleur lui faisait un bien fou car si elle ne supprimait pas les douleurs, elle les atténuait suffisamment pour qu'il puisse… Vivre. En cela, il devait toujours faire attention à ne pas la laisser se refroidir trop, à en surveiller la température pour remettre l'eau à chauffer au moment adéquat. Enfin, cela ne changeait rien au fait que son champ d'action était limité et son confort… Des plus fragiles. Stiles détestait porter ces couches qui sauvaient néanmoins ses sous-vêtements, vêtements et draps : il n'arrivait pas à s'y faire, d'autant plus que ça faisait un peu de bruit quand il bougeait un peu trop et…

- D'après le véto, tu ne devrais pas en avoir pour très longtemps, lui rappela Jackson. Tu as de la chance, le sort qui t'a été jeté aurait pu s'étaler sur la durée…

Le kanima ne savait pas – Stiles non plus – mais il touchait la vérité du doigt. Qui pouvait néanmoins deviner que Deaton s'était trompé ? L'ignorance permettait toutefois à l'hyperactif de relativiser un peu… De se dire qu'effectivement, il se retrouverait vite libéré de ce sort infernal. A partir de là, il reprendrait le cours de sa vie comme si rien ne s'était passé, en faisant au mieux pour oublier sciemment cet épisode particulièrement gênant. A ce sujet, il n'appréciait vraiment pas l'idée que Jackson soit au courant… Ces regards, ces demi-sourires… Qu'est-ce qu'il avait envie de lui faire bouffer ses remarques et son arrogance, d'enfoncer son poing dans sa gueule d'ange capricieux… Etrangement, cette pensée revenait souvent lorsqu'il le voyait ces temps-ci…

Stiles leva au ciel et tenta de s'installer un peu plus confortablement sur son lit tout en essayant d'avoir l'air le moins pathétique possible. Jackson était peut-être venu pour se moquer, mais il n'aurait pas le plaisir de le voir complètement faible. C'était pourtant quelque chose d'inévitable, néanmoins Stiles essayait de ramener à lui le peu de dignité qu'il lui restait – il en avait besoin, surtout face à cet empaffé de Whittemore.

- Comme si je devais m'estimer heureux d'avoir mes règles peu de temps…

- Si tu parles de « tes » règles, ça veut déjà dire que tu t'y fais.

- Je ne m'y fais pas, je suis juste obligé de me les coltiner, c'est très différent, railla Stiles.

Il avait le ton un peu plus sec que d'ordinaire et cette flamme qui dansait dans ses yeux… Paraissait à Jackson différente de celle qu'il lui avait toujours connue. Plus forte, un peu comme les différentes émotions qu'il percevait au travers de son odeur.

Jackson hocha la tête, néanmoins… Il eut pitié. Sincèrement pitié. Parce qu'à côté de la colère, il y avait toujours cette fatigue plus que tangible, celle qui rendait les mots de Stiles un peu plus lourds, sa prononciation un peu moins nette. Alors, le kanima décida qu'il l'avait suffisamment embêté pour cette fois. Sans un mot, il se détourna de l'hyperactif et se dirigea vers la porte de la chambre. Néanmoins, il finit par soupirer et ne put s'empêcher de lâcher ceci :

- Je repasserai.

Il posa la main sur la poignée en bois taillé et entendit à ce moment-là quelques mots marmonnés qui l'amusèrent :

- Si tu pouvais t'abstenir…