Comme promis, voici le premier chapitre !
Bonne lecture !
Il y a longtemps, un homme sage a dit que chaque être vivant était sur terre pour une bonne raison. Les plantes, les animaux. Tous. Et que chacun d'entre nous, Hommes, avait un rôle à jouer sur cette terre.
Beaucoup diraient que ce sage était un homme stupide, sinon il n'y aurait pas tant de division de par le monde, autant de guerre pour un bout de terre au milieu d'une mer ou pour quelques part d'or ou de nourriture, ou même pour simplement montrer qui est le plus puissant. D'autres, disent que ce sage était un génie, un érudit, un visionnaire, un homme qui savait tout et qu'il avait complètement raison. Que ce qu'il se passait n'arrivait pas sans raison et qu'il fallait laisser l'Histoire se dérouler sans chercher à la comprendre.
Avec un claquement sec, le livre se referma en faisant glisser au sol une feuille noircie d'une fine écriture. C'était un beau résumé de l'étude psychologique qu'il devait lire pour son cours de socio-truc. Encore un cours inutile, où il ne comprenait pas la moitié de ce qu'il lisait et qu'il ne devait sa bonne compréhension que par les petites notes glissées discrètement entre les pages qui lui résumait les chapitres de façon suffisamment simple pour les ressortir devant son précepteur.
Un petit soupir passa entre ses lèvres et les mains du jeune garçon attrapèrent l'ouvrage pour le glisser sur une étagère parmi d'autres livres tout aussi ennuyant les uns que les autres. Il prit ensuite son cahier et commença à noircir une page réalisant lui-même une analyse du résumé qu'il venait de lire.
C'était son quotidien depuis qu'il avait appris à lire et écrire à l'âge de cinq ans. Un quotidien auquel il ne pouvait échapper et qui se transformait mois après mois en un enfer dont il ne pensait jamais voir la sortie.
-Jeune Maître ?
Il releva la tête nonchalamment, reconnaissant la douce voix qui venait de l'interpeller. Il sourit en posant son crayon et recula sa chaise en faisant en sorte de ne pas faire de bruit, cela n'était pas convenable de se faire remarquer en déplaçant son assise.
-Approche Shannah ! Sourit-il.
-Je vous ai amené une tasse de thé glacé, je me suis dit que vous aimeriez boire une boisson rafraichissante par cette chaleur.
Une jeune femme rousse venait de s'approcher de lui, tenant un petit plateau avec une tasse remplie d'un liquide à l'odeur gourmande et bien froide en voyant les gouttes perler sur la porcelaine.
Le jeune garçon la prit de ses deux mains avec joie avant de la porter aussitôt à ses lèvres. Savourant le breuvage qui coulait dans sa gorge, lui faisant momentanément oublier ce qu'il était en train de faire. La jeune femme le regarda sans rien dire avant de tendre le plateau une fois la tasse vide.
-Merci beaucoup Shannah.
-Je vous en prie Jeune Maître, c'est mon devoir de prendre soin de vous. Et c'est un plaisir de le faire.
Le « Jeune Maître » soupira en tapotant sa main sur le bois de son bureau. Il regarda vers la fenêtre, le ciel était bleu, sans une seule ombre d'un nuage. Un beau ciel de fin d'été.
-Tu sais que je n'aime pas ça.
-Oh ? Je pensais avoir fait votre thé préféré !
-Je ne parlais pas de cela, répondit-il en reniflant.
Shannah rit doucement en s'approchant de la fenêtre, profitant aussi pour regarder ce qu'il se passait plus bas. La fenêtre du jeune homme donnait directement sur le devant de la demeure. On pouvait y apercevoir des arbustes savamment taillés et juste derrière une grille en fer forgé. Et plus loin encore des arbres couverts de feuilles vertes et une rue de pavés.
Après quelques secondes de silence, elle se tourna de nouveau vers le jeune garçon et en profita pour le regarder, d'un regard doux. Il n'avait pas encore dix ans mais un esprit qui en avait quelques années de plus. Des cheveux blonds coupés très court et coiffés à la perfection. Des yeux aussi bleus que le ciel.
-Allons Sabo, vous connaissez les règles.
Le jeune Sabo retrouva aussitôt le sourire et referma son cahier. Il ferait son devoir plus tard, pour le moment, il allait profiter de la présence de la jeune femme dans son bureau pour se changer les idées et penser à autre chose. Après tout, ce n'était pas le rôle d'un enfant de sept ans de passer tout son temps à étudier, étudier et encore étudier.
Et pourtant, c'était là, son quotidien, sa vie, la seule chose qu'il connaissait. Alors pourquoi ce sage disait-il que chacun avait un rôle à mener dans ce monde ?
L'homme regarda l'enfant devant lui avec un œil sévère. Le jeune garçon blond, baissait la tête et regardait ses pieds. Sur le moment, ses chaussures noires et neuves de trois jours lui paraissaient bien plus intéressantes que le regard froid et dur qui planait sur lui.
Des yeux sombres et sévères. Des cheveux aussi noirs que l'encre et une aura sombre qui contrastait avec sa peau blanche. Sabo était bien content de ne rien avoir en commun avec cet homme qui le toisait, celui qu'il devait appeler Père.
-Tu me déçois beaucoup Sabo, ton précepteur m'a encore parlé de tes manies.
-Père j-
Il ne put dire un mot de plus que sa joue commença à lui brûler. Seul un instinct le retint de porter sa main à sa joue, au risque de prendre une seconde claque. Serrant les dents sans montrer que sa mâchoire était tendue, il garda la tête basse. Il connaissait les risques et les limites.
Règle première, ne jamais, au grand jamais répondre à l'un de ses parents. Ses joues en avait suffisamment fait les frais depuis qu'il avait l'âge de pouvoir être en compagnie de l'un ou l'autre.
-Suffit ! Je ne veux pas d'excuses. Tu es consigné dans ta chambre jusque nouvel ordre.
Deuxième règle, subir toute punition quelle qu'elle soit. Et aujourd'hui son père devait être dans un bon jour pour le consigner uniquement dans sa chambre. Cela allait lui épargner de devoir travailler sur la pile de devoir que son précepteur lui donnait chaque jour.
L'enfant fit demi-tour en vitesse, plus de peur de recevoir une nouvelle correction physique que par les mots, et sortit du bureau pour rejoindre sa chambre. Son antre, son petit havre de paix. La seule pièce de cette immense demeure où ses parents n'étaient jamais entrés depuis sa naissance.
Une fois à l'intérieur, il s'appuya un instant contre la porte fermée, ferma les yeux en essayant de calmer les pulsions rapides de son cœur. Il détestait la sensation qu'il sentait en lui. Cette peur mêlée à de la colère. De la colère contre son père qui passait son temps à lui donner des ordres. De la colère contre lui-même de ne pas être capable de lui tenir plus tête.
Plutôt que d'y penser encore plus longtemps, Sabo s'accouda à la fenêtre en soupirant. L'extérieur avait l'air si attirant, si beau. Le vent qui caresse son visage, le soleil qui réchauffe sa peau. Les oiseaux qui volaient librement. Tout le contraire de cet environnement, de cette chambre richement meublée, de son bureau, à l'étage du dessous, remplis de livres et d'études qui ne faisaient de lui qu'un vulgaire pion pour ceux qui étaient ses parents.
-Un oiseau en cage, voilà ce que je suis ! Je ne veux pas de cette vie ! Je veux être libre, comme un oiseau, dit-il en voyant un couple de mésanges passer près de sa fenêtre. Si un jour je pouvais avoir un akuma no mi, ce serait celui d'un oiseau, comme dans les livres de Shannah-chan !
Il faisait les cents pas en cercle maintenant. Dans sa tête, un plan d'évasion se créait. Son précepteur l'avait attrapé en train de regarder à la fenêtre et à essayer de sortir de la maison par la grande porte.
Ce n'était pas la première fois que Sabo sortait de chez lui. Il aimait aller se promener en ville. C'était son petit échappatoire, son petit secret qu'il partageait avec Shannah, sa gouvernante. Il connaissait son quartier par cœur et pouvait déambuler les yeux fermés tout en évitant les différents gardes de la cité qui n'auraient jamais laissé un jeune de sang noble se balader seul dans la rue.
Seulement, depuis quelques temps, il était plus négligeant dans ses tentatives de sorties. Et surtout, il croulait de plus en plus sous les devoirs qu'il lui incombait comme fils d'une famille noble de la prestigieuse cité du royaume de Goa.
-Je veux sortir. Je veux voir le monde.
Il soupira, s'accoudant à la fenêtre avec un air triste. Il avait beau avoir que sept ans, il avait compris qu'il était plus prisonnier qu'un homme dans une prison de la Marine. En parlant de la Marine, il se redressa en voyant un homme s'approcher de la maison et courut entrouvrir la porte de sa chambre en entendant la sonnette de la grande entrée.
Sabo tendit l'oreille du mieux qu'il put mais perdit la conversation lorsque l'homme passa ce qu'il semblait être la porte du bureau de son père.
-Jeune maître !
Le blondinet sursauta et tomba sur ses fesses alors que Shannah se dressait devant lui, les poings sur les hanches. Les yeux plissés et le nez retroussé en le toisant. Il n'aimait pas beaucoup quand elle faisait cette tête-là, cela sentait les réprimandes à plein nez. La gouvernante pouvait être bien plus féroce que son Père.
-Vous savez que vous ne devez pas écouter les conversations qui ne vous concernent pas.
-Go-gomen…
-Allez, debout !
Elle poussa la porte de la chambre alors qu'il se relevait et époussetait son short. Avant de se mettre droit et croiser les mains derrière son dos, comme ses parents le lui avaient appris quand un adulte s'adressait à lui.
-Je vous ai amené une tenue pour le repas de ce soir. Vos parents et vous êtes conviés au repas chez le Colonel Stamp, soyez prêt pour dix-sept heures quarante-cinq. Je viendrais vous chercher pour vous conduire à vos parents au moment du départ.
-Je suppose que je n'ai pas le choix…
Il prit les vêtements que sa gouvernante lui tendait et les posa sur la chaise de son petit bureau. S'il n'aimait pas vivre dans cette maison, ce qu'il détestait le plus, c'était d'assister à des repas avec d'autres familles de nobles et les voir se lécher les bottes les uns et les autres. Et en plus ce soir ce serait chez ce stupide marine qui ne faisait ça que pour s'attirer les bonnes grâces des riches et se faire des pots de vin.
Ceci dit, cette soirée était le moment parfait pour qu'il puisse s'éclipser quelques heures et faire une balade sous les étoiles. Après tout, il ne trainait pas trop avec les enfants de son âge et personne ne penserait à le chercher si il sortait dehors une heure ou deux. C'était toujours comme ça de toute façon avec les grandes personnes, ils ne s'occupaient jamais des enfants.
L'air frais sur son visage, Sabo ferma les yeux. Aujourd'hui il avait réussi. Aujourd'hui il était sorti. Assis sur les remparts de la ville, il ne pouvait s'empêcher de rire et se laissa tomber en arrière, allongé sur la pierre réchauffée par le soleil. Il ouvrit ses yeux aussi bleus que le ciel au-dessus de lui.
Un unique oiseau passa au-dessus de sa tête et il sourit, levant la main comme si il voulait l'attraper.
-Je souhaite être libre.
Sabo referma sa main et la passa sous sa tête. Il avait profité de l'absence de ses parents qui s'étaient rendu chez des amis à eux, sans lui. Il devait étudier mais grâce à Shannah, il s'était fait porté malade et en avait profité pour faire sa petite balade jusqu'à la limite de la ville.
Sabo se redressa et regarda vers l'extérieur de la ville, vers la forêt, et ses yeux tombèrent sur la montagne de déchet qui s'étendait entre lui et l'étendue boisée. Il sentit son cœur d'enfant se serrer.
-Aujourd'hui nous allons sortir de la ville.
-C'est vrai, Père ? Qu'allons-nous voir ?
-Le Grey Terminal.
Sabo se tenait juste derrière son père, impressionné de voir les grandes portes de la cité de Goa s'ouvrir sur ce qui était pour lui, l'inconnu. Il s'accrocha doucement à son chaperon, sa gouvernante, qui l'accompagnait et devait veiller sur lui.
Le jeune blond regarda son père sortir un mouchoir de sa poche et l'appliquer sur son nez, et la milice se tenir près d'eux, comme prêt à intervenir au moindre danger. Mais que pouvait-il y avoir de dangereux dehors ?
Le jeune noble ouvrit grand les yeux en voyant non pas de l'herbe verte comme il le pensait, mais des déchets. Pas juste quelques-uns, non, c'était carrément des montagnes de choses, empilées partout tout autour de lui.
-Voici le Grey Terminal. C'est ici que finissent tous les déchets de notre somptueuse cité.
-Pourquoi…
-Tout ce qui n'a pas la valeur et l'honneur de passer nos murs se trouve de l'autre côté des remparts.
Sabo allait dire autre chose qu'il vit plus loin une silhouette. Une enfant. Sans doute de son âge, habillée de guenille et tenant une sorte de tissus dans les mains, peut-être une peluche. Il allait s'avancer que la milice se plaça devant eux.
-C'est une petite fille Père ! Il ne faut pas qu'elle joue ici !
-Tout les déchets de la ville.
La milice les fit reculer et les portes se fermèrent de nouveau, cachant ce qu'il venait de découvrir. Outlook III s'arrêta de marcher et toisa son fils.
-Elle n'avait qu'à naître noble.
Le blond soupira. C'était la première leçon qu'il avait reçu de son père. La première qui allait débuter ses longues heures d'études enfermés dans son bureau. Il se souvient qu'une fois rentrer à la maison, il avait vu Shannah s'éclipser et l'avait discrètement suivit jusque sa chambre, n'osant pas entrer alors qu'il l'entendait pleurer.
Et cette leçon lui avait fait comprendre qu'il était totalement étranger à cette vie et dans cette famille. Cette leçon lui avait aussi donné l'envie de partir.
Et il le ferait. Il finirait par partir de cet endroit qui lui était si étranger. Faire sa vie ailleurs, voir le monde, voyager. Loin de la vie de noble qui lui était réservée.
-Bientôt je pourrais aller de l'autre côté, chuchota-t-il pour lui en regardant le Grey Terminal et plus loin la forêt. Dès que je serais assez fort pour me défendre seul je pourrais aller encore plus loin que les montagnes de déchets.
Le petit noble descendit des remparts et les longea jusqu'à trouver un buisson qu'il connaissait jusqu'à la moindre de ses feuilles. Il se faufila dedans, laissant alors apparaître sous ses yeux une ouverture à peine plus grande que lui.
C'était son tunnel de la liberté comme il aimait le nommer. Le tunnel qui lui permettait de rejoindre les montagnes de déchets du Grey Terminal, son aire de jeu. Imaginant tantôt être un explorateur ou un pirate, s'entrainant à se battre contre des ennemis invisibles. Parfois il parlait même avec des personnes qu'il croisait, toujours en se méfiant bien entendu, tous n'étaient pas des enfants de cœur dans cet endroit.
Il décida de rentrer lorsque le soleil commençait à baisser. Passant par les rues les plus discrètes, se cachant derrière un muret lorsqu'il était sur le point de se faire prendre. Il finit par atteindre la demeure familiale avant même que quelqu'un ne remarque son absence.
Une fois la porte arrière passée, il sentit des mains se poser sur ses épaules pour attraper sa redingote bleue et usée, celle qu'il mettait pour passer plus inaperçu quand il sortait de la ville.
-Vous n'êtes pas obligé Shannah.
-C'est mon travail Jeune Maître.
Il soupira, n'aimant pas beaucoup quand la jeune femme lui parlait ainsi. Après tout, elle avait été la seule à s'occuper de lui, à répondre à la moindre de ses demandes, à l'élever comme son fils. Elle était sa gouvernante depuis sa naissance, et avait plus d'instinct maternel que sa propre Mère qu'il ne voyait quasiment jamais.
Sabo considérait Shannah comme sa sœur, sa grande sœur sur qui il pouvait toujours compter, qui passait du temps avec lui, qui lui faisait se sentir enfant dans ce monde qui voulait qu'il soit déjà un adulte. Sans elle, il ne saurait pas ce qu'il serait devenu dans les mains de ses géniteurs.
Il se laissa guider à la cuisine, que le cuisinier avait quittée, n'ayant pas de repas à préparer en l'absence des maitres de maison. S'asseyant sur une chaise, il sourit en voyant l'assiette se poser devant lui et devant Shannah.
-Merci Shannah.
C'était ces petits moment-là qu'il aimait par-dessus tout. Des moments qui lui faisaient penser être dans une vraie famille. Et alors qu'ils étaient seuls, il en profita pour lui raconter tout ce qu'il avait fait durant sa journée, tout ce qu'il avait vu, tout ce qui l'avait à la fois émerveillé mais aussi blessé.
Et il ne s'arrêta de parler qu'une fois installé dans son lit, Shannah assise à son chevet avec un livre dans les mains. Le jeune blond aimait qu'on lui raconte des histoires, c'était un autre moyen pour lui de quitter cette chambre et de s'évader.
-Shannah ? Est-ce que tu peux me parler de toi ? Tu ne me dis jamais rien de ta famille, de là d'où tu viens, s'enquit-il.
Elle rit doucement et posa le livre sur la table de chevet. Sabo ne lui avait jamais demandé son histoire car il n'y avait jamais pensé avant. Mais de ce souvenir de la première fois qu'il a vu le Grey Terminal, plus tôt dans la journée, lui avait fait pensé qu'il ne savait absolument rien d'elle hormis qu'elle travaillait pour sa famille depuis sa naissance.
-Je suis née dans le quartier commerçant de Goa, commença-t-elle. Mes parents n'étaient pas nobles mais suffisamment riche pour avoir leur propre commerce. Je vivais dans une petite maison, et je partageais ma chambre avec mes deux frères.
Et c'est ainsi que le jeune noble appris comment vivait les simples gens dans cette cité où il fallait absolument être noble pour avoir un avenir. Il apprit que sa jeune gouvernante était la plus jeune des trois enfants, qu'un de ses frères aînés s'était engagé dans la Marine à sa majorité et l'autre sur un navire marchand, profitant ainsi de la seule possibilité qu'ils avaient de quitter cette ville qui ne leur permettraient jamais de vivre vraiment heureux.
-Ma mère est décédée et mon père étant trop vieux, il dû vendre son commerce. Une fois que j'eu seize ans, j'ai pu me faire embaucher par votre père pour devenir la gouvernante de son enfant tout juste né.
-Et tes frères ?
-Je reçois des lettres de temps à autres, ils ont fait leurs vies.
Sabo sentait qu'elle omettait quelque chose mais il ignorait quoi. Il profita juste pour continuer à lui poser quelques questions. Il voulait tellement en savoir plus ! C'était bien le seul avantage à ses études, c'est qu'il était curieux, avide de nouvelles informations, avide de nouvelles découvertes.
-Et ton père ?
Il sentit un courant glacial dans la pièce et Shannah se leva brusquement de sa chaise pour lui tourner le dos. Il allait lui dire d'oublier sa question alors qu'elle tardait à répondre.
-Shannah ?
-Vous vous souvenez du jour où votre Père vous a montré le Grey Terminal ? Demanda-t-elle d'une voix chevrotante.
-Oui, pourquoi ?
-Mon père… il n'avait plus d'argent. Plus aucune valeur aux yeux des habitants de la cité. Il était devenu pauvre et je ne gagnais pas assez pour lui éviter cela.
Le jeune noble sentit son cœur se serrer. Il venait de comprendre ce que la jeune femme venait de lui dire. D'instinct, il se leva et couru pour la prendre dans ses bras en l'entendant pleurer.
Parfois il parlait avec les habitants du Grey Terminal. Il y en avait de tout âge mais surtout des adultes. Les anciens lui parlaient toujours de leurs vies, et il se demandait si l'un d'eux pouvait être le père de son amie.
-Je suis désolé Shannah, je suis désolé…
-Ce n'est pas votre faute Sabo, renifla-t-elle en s'agenouillant à sa hauteur. Vous n'y êtes pour rien.
Le jeune blond se serra contre elle. Aujourd'hui, il venait d'apprendre la meilleure et à la fois la pire des leçons qu'il aurait pu apprendre de toute sa vie. Et dans le plus profond de son esprit, il se fit une promesse. Il se fit une promesse de tout faire pour échapper à cela, qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour changer les choses, peu importe le temps que cela lui prendra.
-Bien, j'espère que tu as compris la leçon d'avant-hier.
Outlook III referma le livre d'étude. Sabo faisait face à son géniteur l'air sérieux et impassible. Aucune expression ne passait sur aucun visage, tel était la règle chez les nobles. Pourtant, le petit blond bouillait littéralement à l'intérieur de lui. Il avait envie de balancer ce foutu livre par la fenêtre, en faire des origamis ou le jeter dans la cheminée.
-Oui, Père.
-J'ai pris la liberté, et tu n'as pas le choix, de changer de précepteur. Voici Monsieur Heurnard.
Un homme entra alors dans le bureau. Grand et sec, l'air sévère. Sabo se fit alors une promesse, lui en faire voir de toutes les couleurs, comme à chacun des précepteurs choisit par son père. Il ferait de lui ce qu'il voudrait et pourrait au final faire ce qu'il souhaitait. Celui-ci ne dérogerait pas à la règle, il démissionnerait sans tarder.
Rare étaient les précepteurs qui restaient plus de six mois dans cette demeure, et ce, depuis le départ en retraite d'un vieil homme que Sabo avait beaucoup aimé et apprécié. Un vieux monsieur qui lui avait donné le goût de la lecture, de la liberté. Mais malheureusement pour lui, il avait dû partir et dieu seul sait où.
-Bonjour jeune homme, vous avez beaucoup de lacunes d'après votre père, nous allons y remédier de ce pas.
Sabo se retint de soupirer et suivit son nouveau professeur, la tête basse. Ils avaient gagné pour aujourd'hui mais la partie n'était que remise.
Il arrivait, de temps à autre, que Sabo soit exempt de toute heure d'étude pour une journée entière. Lors de cette journée, il pouvait faire ce qu'il souhaitait, tant que c'était raisonnable et qu'il ne dérangeait pour aucune raison ses parents.
Ce jour-là, le jeune blond profitait d'un petit coin de jardin que le jardinier avait aménagé à sa demande. Des plantes sauvages y poussaient, un banc était installé sous un grand chêne et surtout, bien caché de la terrasse où sa Mère prenait parfois le thé en compagnie d'autres dames.
-Jeune Maître ?
Sabo leva la tête pour voir Shannah s'approcher avec une étrange boite et s'asseoir à ses côtés. Ce lui était l'un de ceux où la jeune femme pouvait avoir un peu de familiarité avec le jeune garçon sans devoir en répondre à ses employeurs.
-J'ai un cadeau pour vous. Je souhaitais vous l'offrir pour votre anniversaire mais j'ai pris un peu de retard.
-Mon anniversaire ?
Curieux, il prit aussitôt la boîte et l'ouvrit pour y découvrir le fameux cadeau qui l'attendait. Shannah était la seule à lui souhaiter son anniversaire. Il se souvenait qu'elle avait toujours un présent pour lui.
Il ouvrit grand les yeux quand il vit un chapeau. Un joli chapeau haut de forme de couleur noir.
-Je sais que vous regardez souvent les chapeaux dans la vitrine de ce magasin devant lequel on passe lorsqu'on va vous acheter de nouvelles tenues.
-Je…
Il ne savait pas quoi dire, pas quoi répondre. Il tenait dans ses mains un objet qui devait sans doute coûter une année de salaire à la demoiselle.
-Shannah !
-J'espère qu'il vous plait toujours, j'ai mis un peu de temps à pouvoir tout avoir, j'en suis d'ailleurs désolée, il aurait dû vous être offert pour votre anniversaire.
Elle sursauta en sentant des petits bras la serrer très fort et des sanglots secouer le jeune garçon. Elle sourit en refermant l'étreinte sur lui, le berçant avec douceur comme elle le faisait quand il était bébé ou qu'il allait très mal.
-Je suis si content Shannah ! C'est le plus beau cadeau que j'ai jamais reçu !
Ce qui ne pouvait pas être difficile puisque sa famille ne lui offrait jamais rien. De toute façon, ses parents ne lui souhaitaient jamais son anniversaire. Il n'y avait qu'elle pour penser à lui, pour penser à cette date.
Avec un rire, il se leva du banc et posa le chapeau sur sa tête. Il était un peu grand mais ce n'était pas grave, il pourrait ainsi le porter toute sa vie. Et avec amusement, il se mit debout sur le banc, les mains posées sur ses hanches, dans une fière posture, comme maintenant prêt à affronter le monde qui se dressait face à lui.
Il embrassa la joue de Shannah, ajusta son foulard blanc autour de son cou et passa dans la haie qui bordait toute la propriété. Son endroit secret renfermait un passage qu'il empruntait régulièrement pour aller se promener.
Un soupir discret, histoire de ne pas se faire taper sur les doigts par Monsieur Heurnard comme quelques minutes plus tôt. Une semaine, voilà une semaine qu'il supportait ce… cet homme ! Sabo ressassa ce nom dans sa tête, le nouveau visage de son enfer. Il tourna une page, puis une autre… Et ce livre, il n'en parlait même pas. Il parlait des lois et de la justice, prenant pour exemple des personnalités de tous cercles sociaux et les décrivant comme les pires êtres de leur espèce. Ce qui était partiellement faux concernant le fait que Gol D. Roger avait été le plus grand meurtrier de sa génération ou que les pirates n'étaient que des rustres illettrés qui ne savait que dire cinquante mots et n'aimaient que l'or. Enfin, c'était grosso modo ce que ce livre disait.
-Allons, faites un effort.
-Oui, Monsieur.
Raahh ! Il hurlait de rage dans sa tête ! Si seulement, un miracle, voilà ce qu'il fallait ! Un miracle qui lui permettrait au moins de souffler quelques minutes. Car avec lui c'était impossible, il était tout le temps sur son dos. Au moins ses anciens précepteurs étaient plus cool et moins stricte sur sa tenue à son bureau et ne regardaient pas toutes les deux minutes au-dessus de son épaule.
Fermant les yeux, au risque de prendre un coup de règle sur la main, il se mit à prier. Prier pour que n'importe quoi se passe, que quelqu'un entre dans la pièce, que la cuisinière prenne feu, qu'une météorite tombe sur la ville.
Toc toc
Bon, ok, ce serait la première option, c'était jouable. A partir d'aujourd'hui il se promettait de croire un peu plus en Dieu. Et puis non. La seule chose en laquelle il croyait était lui-même et la Liberté !
-Oui ?
-Pardonnez mon intrusion Monsieur, mais vous êtes demandé par le maitre.
Shannah s'inclina poliment comme elle se devait de faire. Sabo souriait de toutes ses dents en remerciant silencieusement son amie.
-En attendant mon retour jeune homme, veuillez lire cet ouvrage, lança-t-il glacial en tendant un livre plus gros qu'un oreiller à Sabo, nous continuerons sur les lois un peu plus tard.
Le précepteur sortit rapidement sans rien dire, les laissant tous les deux. Ils attendirent de ne plus entendre ses pas dans le couloir pour finir par se sourire mutuellement.
La domestique vint s'asseoir face au petit noble et regarda rapidement le livre qu'il venait d'ouvrir à la première page. Elle eût une pensée compatissante en voyant qu'il s'agissait des règles d'usages lors d'une cérémonie officielle, qui peut seulement être donnée par une classe de la noblesse très élevée à Goa dont les parents du jeune garçon rêvaient de faire partit.
Shannah avait eût de la chance pendant son enfance, elle avait très vite appris à lire à cause de sa fratrie et avait pût parfaire son éducation et ses connaissances en ayant accès à la bibliothèque familiale de la demeure, elle connaissait donc presque tous les livres que son jeune maître devait étudier au quotidien, profitant de ce fait de l'aider autant qu'elle en avait la capacité dans ses études.
-Merci Shannah !
-De rien Jeune Maître.
-J'en ai déjà marre de lui, bougonna le blond, mais je ne peux pas m'échapper.
-Comme à chaque fois, sourit-elle.
Shannah sourie, frotta affectueusement ses cheveux, lui tendit une sucrerie qu'elle avait eu en cuisine, un petit réconfort pour aider le jeune garçon à tenir le reste de la journée, et sortit. Le précepteur n'allait sans doute pas tarder à revenir et il serait inconscient qu'il la croise encore ici. Elle ne fut donc pas surprise par l'arrivée du précepteur qu'elle croisa à peine quelques pas plus loin.
-Mademoiselle.
-Monsieur.
Un échange de regard froid, glacial même. La domestique tourna les talons avec un regard de dédain. Il était au même niveau qu'elle dans cette demeure. Il n'avait rien de noble, comme elle, il faisait partit du bas peuple et comme beaucoup dans cette ville il aspirait à s'élever au-dessus des autres. Shannah ne pouvait pas l'encadrer. Elle sentait qu'il furetait un peu trop de son côté et qu'il se méfiait d'elle. Il avait des oreilles partout et semblait toujours pressé à voir le maître de maison chaque jour à la fin des heures d'études de son élève. Au fond d'elle, bien qu'elle ait un jeune âge pour bien connaître autrui, elle savait qu'il n'allait apporter que des ennuis dans cette famille.
Le petit garçon souffla en s'appuyant contre la porte de sa chambre, il venait de rentrer d'une petite expédition après ses études forcées. Histoire de se détendre un peu il était partit jouer avec des enfants du quartier des commerçants, des enfants sans un poil de sang noble qui s'amusaient pour un oui ou pour un non et parmi lesquels il adorait se mêler. Il déposa son chapeau et son foulard sous son lit et attendit qu'on l'appel pour aller diner. Une grimace traverse son visage, il avait horreur de ça.
-Petit maitre ?
-Oui Shannah ?
-Le repas est près.
La servante sourit, le regard du petit noble en disait long et elle avait bien compris qu'il rentrait de l'extérieur. Pourtant, Sabo se résigna. Le seul repas que la famille partageait était le diner. Et encore, lorsque ses parents ne s'absentaient pas pour un quelconque diner chez untel ou untel. Mais lors des diners familiaux, le blond devait faire preuve de silence, de respect et ne s'adressait jamais à ses parents sauf si l'un des deux lui posait une question. Comme ce soir.
-Sabo, qu'as-tu étudié aujourd'hui ?
-J'ai étudié les différentes classes sociales dans la société actuelle Père ainsi que des notions algébriques.
-C'est tout ?
-Oui, Père, répondit sagement l'enfant.
-J'aimerais que dorénavant tu étudies plus, ce que tu as fait n'est pas suffisant. Je veux que tu connaisses les fondements complets de la noblesse à Goa et toute l'histoire de la création et des rôles du Gouvernement Mondial à la fin du mois.
Sans répondre Sabo se plongea dans son assiette. Si son père savait ce qu'il voudrait faire il en ferait une crise cardiaque. Mais là, ce géniteur lui imposait de connaitre plus de notions avant la fin du mois ? Savait-il qu'il lui restait à peine deux semaines ? Non, il ne savait pas. Ou alors, oui il le savait mais s'en foutait. Il finit le repas sans ajouter un mot et se leva pour rejoindre sa chambre.
-Allons Petit Maitre, je sais que vous avez été fureté à l'extérieur aujourd'hui !
Shannah venait d'entrer discrètement dans la chambre et pointa un doigt vers lui, se voulant sévère. Sabo la regardait avec un sourire d'enfant et à chaque fois elle craquait. La rousse s'assit sur le rebord du lit et tapota la place à côté de lui.
Comme d'un commun accord, le petit noble sauta dans les draps et s'installa bien confortablement sous les couvertures, près pour son récit du soir. C'était bien la seule chose qu'il voulait apprendre, savoir raconter des histoires et même en écrire !
-Haaa … Ma bonté me perdra ! Rit-elle en levant les mains au ciel.
-Mais non, ne dit pas cela ! C'est ce qui fait que tu es toi !
-Merci, vous êtes bien gentil pour un petit garçon.
-Pour un noble tu veux dire, corrigea-t-il en fronçant les sourcils.
-Oui …
La domestique finit par se lever et s'assit sur le rebord de la fenêtre pour regarder les étoiles qui se réveillaient seulement. C'était leurs secret à tous les deux ces visites chaque soirs. Sabo ne pouvait que l'aimer tellement elle était gentille avec lui, c'était sa bouée de secours dans cette cage en or.
-Alors, qu'avez-vous été voir ?
-La basse ville, j'ai joué avec d'autres enfants de mon âge, commença-t-il des étoiles dans les yeux. On a joué à un jeu qui s'appelle chat-perché, et au loup aussi ! Et puis on a été à l'arrière de la boulangerie, la vendeuse nous a donné des croissants de la veille pour le goûter. C'était génial !
-Je le vois à votre visage !
Sabo se releva, alla à son bureau et ouvrit un tiroir. Il en sortit un petit paquet parfaitement bien emballé qu'il présenta à sa gouvernante. Un grand sourire ornait ses lèvres et il paraissait encore plus impatient que s'il s'agissait d'un cadeau pour lui.
-Tien, c'est pour toi !
-Qu'est-ce que c'est ?
Elle prit le petit paquet et l'ouvrit sous le trépignement de l'enfant. Shannah le regardait du coin de l'œil, c'est comme ça qu'elle préférait voir son Jeune Maître et non comme un enfant déjà blasé par la vie. Revenant à la boite, elle put y découvrir un petit collier en argent avec un pendentif en forme de lune. Sabo souriait toujours de toutes ses dents, fier de son cadeau car il savait qu'il lui plairait énormément.
-Jeune Maitre ! C'est – c'est trop !
-Non, c'est pour te remercier de tout ce que tu fais pour moi.
-Je ne peux accepter ce présent.
Shannah tenta de rendre le bijou mais le petit blond recula les mains dans le dos et le sourire aux lèvres, fuyant en rigolant à chaque fois que la jeune femme s'approchait. Il retourna se réfugier sous ses couvertures et regarda son amie mettre le bijou autour de son cou. Oui, il avait finalement bien choisit.
-C'est pour toi un point c'est tout.
-Je … Merci Petit Maitre.
-Si tu veux vraiment me remercier arrête de me vouvoyer lorsque l'on est tous les deux et appelle-moi par mon prénom, répliqua-t-il en croisant les bras.
La domestique se mit alors à genou devant le lit et le serra dans ses bras. Le petit garçon lui rendit son étreinte. C'était l'un de ces moments de joie, l'un de ces rares moments de bonheur qu'il connaissait et dont il profitait toujours au maximum, ne sachant pas quand serait le prochain.
-Merci Sabo, merci beaucoup. Ce présent me touche beaucoup.
-C'est pour que tu penses toujours à moi, où que tu sois.
Shannah se releva et s'assit sur le bord du lit. Aussitôt, le petit noble sortit un livre de sous son oreiller et le lui tendit, attendant patiemment son histoire quotidienne. La fatigue de son escapade se fit rapidement ressentir et il s'endormit à la moitié de l'histoire, la terminant dans ses rêves, le sourire toujours sur les lèvres.
Il faisait beau aujourd'hui et Sabo se promenait une fois de plus dans le Grey Terminal. Il s'était mis en tête de trouver le père de Shannah depuis que sa gouvernante lui en avait vaguement parlé.
Le jeune garçon avait parlé avec des anciens, utilisé les informations qu'il avait subtilisées dans le bureau de son Père concernant son employée mais pour le moment ses recherches étaient infructueuses. Recherche qu'il stoppa quand il entendit des conversations derrière le tas de déchets qu'il se trouvait.
Il se trouvait proche de la limite qu'il connaissait et savait qu'au-delà des prochains tas de déchets se trouvait la forêt. Il se concentra sur le bruit, une sorte de course poursuite et des chiens. Ce n'était pas rare de voir des bagarres ici mais quelque chose lui disait qu'il s'agissait de tout autre chose. Il commença son escalade, sa curiosité prenant le dessus sur ce qui pourrait être une dangereuse situation.
PAN
Le blond se figea et termina de grimper à toute allure la montagne de déchet avant de culbuter par au-dessus et finir en bas en glissade, s'arrêtant devant deux enfants. Deux enfants bruns. Un de son âge et l'autre plus petit. Deux enfants qui semblaient ne pas savoir quoi faire ici. Deux enfants dont un tenait un fusil. Deux enfants dont un était couvert de sang. Et un cadavre juste à côté d'eux.
Qu'en dites-vous ? Je vous retrouve bientôt pour la suite !
Votre dévouée, Eva'
