Et voici notre deuxième héroïne, bien différente ;p
Chapitre 2
Assise à mon tout nouveau bureau, je me sens en osmose parfaite avec les astronautes. Propulsée de sa propre volonté sur un milieu longuement étudiée mais tout de même inconnu, et tout ça confiné dans une combinaison qui tient incroyablement chaud. Je ne sais pas si je vais tenir toute la semaine dans cette tenue... ou alors, il faudrait peut-être que je trouve un sortilège de ventilation ! C'est fou que je n'en ai jamais appris un de toute ma vie ! Je me demande si Mohvo ou Chad en connait un... oh, Gautier doit surement en connaître un ! Il est tellement brillant...
Je souris tendrement à la pensée de mon copain chéri à l'autre bout de la planète, puis me mets à pouffer. S'il me voyait comme ça ! Oh, il retomberait direct raide dingue de moi, ça c'est sûr !
J'entends alors le raffut singulier de toute une classe d'élèves poussés par l'enthousiasme d'une nouvelle rentrée scolaire et je me lève sur le champ pour me poster devant mon bureau, prête à les accueillir comme il se doit.
Paré à l'atterrissage ! Impact dans 3, 2,...
A travers mon scaphandre, je les vois entrer en troupeau par la porte que j'ai laissée ouverte et ils ont tous un bref mouvement de recul en me voyant dans mon incroyable réplique de combinaison spatiale. Je lève une main solennel et les salut :
« Bonjour, jeunes terriens ! Prenez place dans ma navette spatiale ! »
Très peu n'osent s'asseoir aux petites tables et je rigole de leur réaction, alors je lève la vitre, bien heureusement coulissante, de mon faux scaphandre.
« Ce n'est que moi, ne vous en faîtes pas ! Je suis votre professeur d'astronomie pour cette année, Anak Freeman ! Et c'est un magnifique voyage qui nous attend ! Dans l'ESPACE ! »
L'annonce de mon programme a fait mouche et c'est entre exclamations ahuries et fou-rires que mes chers élèves se répartissent les chaises. J'entends mon prénom déformés et réformés, et en riant, je secoue la tête, bien trop habituée à ça.
« Non, non, non, Anak, pas Hamac ou Anorak. A-NA-K. Je vous l'écris, indiqué-je en agitant ma baguette pour que sur le tableau s'inscrive mon prénom et nom. Mais vous pouvez m'appeler Capitaine Freeman, ça marche aussi ! Alors... attendez, je remets mon scaphandre..., dis-je en m'obtempérant, maintenant, qui peut me dire qui je suis ? Petit indice, je suis un homme et blond... »
Un brouhaha s'ensuit et j'attends patiemment que quelqu'un propose sa réponse, tout en me baladant dans la salle de cours. J'entends plusieurs idées, comme un troll à la fashion week, ou un alien, et je glousse derrière mon scaphandre. Quelle imagination ! Enfin, un petit se lève en dressant la main et je le pointe du doigt :
« Oui, petit terrien ?
-Neil Armstrong!
-Exact ! Bravo ! Comment tu t'appelles ?
-Lucas, Cap'tain Freeman !
-Lucas, enchanté ! Alors, oui, c'est bien Neil Armstrong, un homme fantastique. Le premier homme à avoir mis le pied sur la Lune. Comme vous le savez peut-être, seulement les non-mages ont réussi cet exploit... »
Je soupire d'un émerveillement jamais diminué et mon scaphandre se recouvre de buée. Faut vraiment un système d'aération...
Au même moment, quelqu'un frappe à la porte qu'un élève a judicieusement refermé derrière lui et je lance un « entrez ! » en me retournant vers la porte. Une fille de 13 ans comme tous les autres fait un pas dans la classe avant de se mettre à hurler comme un non-mage qui serait tombé face à face avec un fantôme. Bah ! Je lève la vitre de mon scaphandre mais elle s'est déjà mise à courir comme une dératée dans le couloir, sous les rires tonitruants de ma classe.
« Bougez pas ! Je vais chercher votre petite camarade ! les avertis-je avant d'ôter mon scaphandre quelque peu difficilement. Vous n'avez qu'à faire la liste de toutes les constellations que vous connaissez pendant que je suis partie ! »
Je me précipite donc dans le couloir mais celui-ci est déjà désert et je regarde tour à tour à droite, puis à gauche, en me demandant de quel côté elle a bien pu partir quand je me rends compte qu'une femme dans la quarantaine m'observe un peu plus loin dans le couloir. Je la reconnais quasiment immédiatement comme étant mon ancienne professeure de potion quand j'étais à l'école, Mrs Peters. Elle n'était pas là au rassemblement d'hier, je pensais qu'elle avait quitté l'école ! C'est elle qui m'a donné mon premier Troll... et en y réfléchissant, très certainement mon dernier également. J'étais vraiment une catastrophe en potion. Je me demande bien pourquoi, d'ailleurs, parce que je ne suis pas si mauvaise en cuisine...
« Mrs Peters ! Oh Merlin, ça fait longtemps !
-Alors, tu es vraiment devenue professeure...
-Astronaute demande trop d'études, je n'aurais jamais réussi ! Mais désolée, il faut que j'y aille, une élève a pris peur en me voyant et il faut que je la retrouve !
-Oui, j'ai entendu ! Je suis sortie de ma classe en entendant les cris, je croyais qu'il y avait un incendie... »
Je ris, brusquement assez gênée. Je ne comprends pas, sincèrement. Hier, j'ai eu deux classes de premières années et personne n'a réagi comme ça ! Mrs Peters s'approche vers moi en posant une main rassurante sur mon épaule bombée par ma combinaison.
« Ne te tracasse pas, Anak ! C'est Sabrina, un rien ne l'effraie... je l'avais, l'année dernière, et elle pleurait en faisant une potion sur deux. »
Comme je la comprends...
« Elle va aller se réfugier à l'infirmerie, c'est pratiquement là où elle dort toutes les nuits, me rassure mon ancienne prof.
-Ah, d'accord, et bien, j'irais m'excuser après mon cours, alors...
-Oh, surtout pas, malheureuse ! s'exclame Mrs Peters, horrifiée. Tu veux perdre le peu d'autorité que ton déguisement n'a pas déjà massacré ?! »
Je baisse les yeux sur ma combinaison avec surprise.
« C'est dans le thème, j'enseigne l'astronomie...c'est pour que ce soit plus ludique...
-Hm, hm. Tu comprendras bien assez tôt. Allez, reste forte ! »
Elle fait un geste du poing un peu guerrier et je la regarde retourner à sa classe, ne sachant trop quoi tirer de cette conversation.
OoOoOo
« Elle est partie en courrant ?! répète mon frère avant de redoubler ses rires. Oh non...
-Mohvo ! C'est vraiment pas drôle !
-Non mais je veux dire, reprend-t-il en faisant tout son possible pour essayer de ne pas s'éttouffer avec ses rires, oh c'est... affreux... comment on va faire ? »
Je grimace et inspecte du coin de l'oeil la porte de l'infirmerie. Elle n'aurait tout de même pas fait une crise de panique, n'est-ce pas ? Oh... et si elle était tombée dans les escaliers dans sa précipitations... ? Non. Non, impossible. J'aurais déjà été convoquée chez le directeur pour être virée.
« Mrs Peters m'a dit de pas aller la voir..., lui dis-je, mais je peux pas laisser notre première rencontre dans cet état ! Qu'est-ce qu'elle doit s'imaginer sur sa nouvelle prof d'astronomie... elle doit croire que je sors d'un asile...
-Mais non..., » tente-t-il de me consoler.
Mais les larmes de rire qui brillent encore dans ses yeux détruit toute la compassion de sa voix, ça ne m'empêche pas d'apprécier l'effort de mon petit frère pour me soutenir dans l'aventure terrifiante de ma deuxième journée à ilvermorny en tant que professeur. Ca fait bizarre d'être de retour, mais le fait d'avoir Mohvo avec moi me conforte dans l'idée que je peux trouver ma place ici. Ca fait huit ans que j'ai passé mes examens ici mais, avec chaque minute de ces deux derniers jours, mes années d'élève me reviennent et ça fait chaud au cœur. Pour la grande majorité, mon frère était avec moi, puisque nous avons que deux ans de différence, et être ici sans lui serait beaucoup moins excitant !
Je finis par prendre mon courage à deux mains et nous entrons dans la grande infirmerie lumineuse qui n'a pas changé d'un pouce avec ses lits blanc séparés par des rideaux et la rangée de fenêtre donnant sur la cour. Les quelques employés de l'infirmerie nous jettent un coup d'oeil lorsqu'on rentre et on leur sourit en unisson pour les saluer, traçant notre chemin entre les rangées de lits. Je repère alors la tignasse auburn de la petite Sabrina et je presse le pas. Quand elle me voit approcher, emmitouflée dans les couvertures, repêchant son nez d'une bande dessinée, son teint devient blafard.
« Je-je retourne en cours ! s'empresse-t-elle d'assurer.
-Pas d'inquiétude ! Tu ne me reconnais sûrement pas sans mon scaphandre, mais je suis ta nouvelle prof d'astronomie, et je suis désolée de t'avoir fait peur tout à l'heure, tout va bien, n'est-ce pas ? tu ne t'es pas fait mal ? m'inquiété-je, avant de prendre en parti une infirmière qui passait par là, elle va bien, pas vrai ? »
L'infirmière ne prend même pas la peine de me répondre et roule des yeux en m'ignorant. J'échange un regard quelque peu scandalisé avec mon frère qui hausse les épaules, puis je tends une feuille à Sabrina.
« Tiens, c'est le cours d'aujourd'hui, j'ai demandé à un de tes camarades de faire une copie de ses notes pour toi alors, révise bien avant le cours de demain ! Il sera laaaaargement mieux que celui d'aujourd'hui, promis ! »
Sabrina acquiesce timidement en essayant de cacher sa bande dessinée sous ses couvertures et je décide de la laisser avant de lui faire encore plus peur. Sortis de l'infirmerie, je pousse un large soupir, encore un peu stressée mais soulagée, et Mohvo se met à applaudir avec un grand sourire.
« Quelle professeure coolissime tu fais, Nanak !
-J'étais vraiment cool, hein ? »
Il approuve avec énergie et me propose d'aller faire un tour dans son royaume de géranium et de mauvaises vertes à terrasser, jusqu'à la fin de ma pause.
OoOoOo
« T'écris à ton chéri ?
-Comment t'as deviné ?
-Ton seul autre correspondant, c'est le père noël ! »
Je rigole, sachant à quoi il fait référence. Noël dernier, j'avais un peu abusé du vin des elfes et de la bière, et j'avais entamé une longue lettre de remerciement au père-noël... Mais c'est de sa faute. Chad a deux passions dans la vie boire faire boire les autres. Et quand je dis les autres, c'est surtout moi, puisque je suis un peu sa dernière amie restante...
Quand j'y pense, il est un peu mon dernier ami restant, également... c'est étrange, c'est un phénomène que je ne m'explique pas. Autant je me fais des amis aussi bien facilement que rapidement, mais ils ont tendance à m'oublier tout aussi vite. Il n'y a bien que Chad pour se rappeler de mon anniversaire, même s'il insiste toujours pour que le lendemain consiste à redécorer la cuvette des toilettes. C'est pas grave, c'est après tout l'intention qui compte !
« On était toute une bande d'amis à ilvermorny, tu te rappelles ? On était au moins dix et on se quittait pas ! me remémoré-je soudainement, comment ça se fait qu'il reste plus que nous deux ?
-Les gens sont des bâtards d'égoïstes, me confie-t-il en s'avachissant sur la chaise d'en face.
-Hm, ça se tient, je suppose. »
Autour de nous, le café est quasiment vide, ce qui n'est pas étonnant, il vente et il pleut, on se croirait déjà en hiver. Mais ça arrange bien Chad qui déteste travailler, par principe. Comme ces quelques dernières années, il est serveur, et quand il n'est pas serveur, il est barman. Quand il bossait dans un restaurant, je ne mangeais plus que chez lui quand il était serveur dans un pub, je passais toutes mes soirées à son comptoir ; et quand il est dans un café, interdiction formelle d'aller boire un cappuccino ailleurs. Je remercie le transplanage pour rendre tout ce système si facile à réaliser !
Il sort une cigarette et l'allume, en faisant errer son regard vert amande sur la vitre contre laquelle s'abat la pluie acharnée. La rue de Chicago est grise et sale, quelques sacs en papier se prennent aux jambes des passants pressés qui se cachent sous leurs capuches et leurs parapluies noires, et les voitures éclaboussent les trottoirs. C'est drôle, pourtant, comme je trouve un tel décor apaisant.
« Ils se sont tous fait une belle vie, alors ils ont zappé les losers, ajoute-t-il de son perpétuel air sinistrement insouciant.
-On n'est pas des losers ! m'exclamé-je en riant. Je suis prof, et les enfants ont besoin d'apprendre, et tu es serveur, et les gens ont besoin de boire et de manger !
-Qu'une loseuse dirait un truc pareil... »
Il a un petit rictus qui est en réalité l'un de ces sourires les plus sincères, même si les gens ont tendance à prendre ça comme du mépris ou de la provocation, et je rigole avant de reprendre le fil de ma lettre dans laquelle je relate mes deux longues premières journées, sans omettre le moindre détail.
« Quand est-ce que tu vas le revoir ? Pour Noël prochain ? ironise Chad.
-AHAH !
-Nos vies sont tellement pourries...
-ARRETE, RHO ! »
OoOoOo
J'observe la quinzaine de boules de cristal qui brillent sur mon bureau et sur mon siège, et perplexe, je me demande quel genre de farce ça peut bien être. Mohvo m'a appris qu'on disait sur moi que j'étais soit folle, soit stupide, est-ce leur façon de me faire douter de mon équilibre mental ?
Parce que je suis quasiment sûre de ne pas avoir éparpillé une caisse de boules de cristal en partant hier soir ! Je barre ma poitrine d'un bras, et la main au menton, je réfléchis à ce que je vais bien pouvoir faire de tous ces machins...
"Ah, Anna, c'est ça ? lance-t-on derrière moi. T'es matinale !"
Je fais volte-face et regarde une assez grande femme blonde qui me donne l'air d'être un peu plus âgée que moi. Son maquillage très présent n'aide pas spécialement à lui donner le teint frais de la prime jeunesse mais je ne me permettrais pas de critiquer, vu mes connaissances très rudimentaires en matière de maquillage... elle prend en tout cas extrêmement soin d'elle, ça, c'est indéniable ! Ca doit être la professeure la plus fashionable que j'ai vu depuis bien longtemps !
"Ahah, non mais presque ! C'est Anak, avec un K, ça veut dire 'petit oiseau' en sioux, en fait, expliqué-je.
-Génial ! dit-elle avant de se présenter, Wanda ! J'suis la prof de Divination, en classe T43 ! Je viens récupérer mes bébés !"
Tout en suivant son déhanché jusque mon bureau, je fronce les sourcils en la voyant faire léviter les boules dans les airs. Je fixe un moment l'envolée, avant d'exprimer mon trouble :
"Pourquoi tu les as mises dans ma classe ?
-Oh, je faisais ça avec tous tes prédécesseurs, n'angoisse pas ! Tu as tout le grenier pour tes petites observations au stéthoscope, c'est pas comme si...
-Télescope.
-... t'étais en mal de place ! Alors que ma salle est ridiculement petite ! Ca te dérange pas, quand même ?
-Oh non, pas du tout ! Je ne comprenais pas alors, j'étais un peu...
-Désolée, faut que j'prépare mon cours ! Mais on n'a qu'à aller boire un verre, ce soir, pour faire connaissance ! D'accord, allez, ciao, ma biche !
-Oh, oui, avec plaisir ! m'enthousiasmé-je alors qu'elle s'en va avec son envolée de boules, Bon cours, Wanda !"
Je lui fais un geste de la main automatique mais incroyablement inutile puisqu'elle me tourne le dos, mais je suis de trop bonne humeur pour m'en soucier. C'est une bonne journée qui commence ! Peut-être n'y aura-t-il aucun élève qui partira de mon cours en prenant les jambes à son cou, aujourd'hui ! Je me retournais pour remettre bien en place mes affaires que Wanda a écarté pour y disposer ses boules, quand une nouvelle voix m'apostrophe :
" Je peux entrer ?"
Un autre professeur se tient à la porte de ma salle, mais un homme cette fois-ci, et je lui autorise amicalement de me me rappelle avoir échangé quelques mots avec lui à la réunion du premier jour, il était particulièrement poli et sympathique, et plus facile d'approche, en comparaison de beaucoup d'autres -je me souviens de la façon dont j'ai percuté une collègue, à moitié ensorcelée par le professeur vélane que j'étais.
Kenneth Miller, si mes souvenirs sont exact, et le jeune américain blanc typique des beaux quartiers . Si j'en crois les statistiques, son père doit certainement être avocat et sa mère ne doit même pas avoir besoin de travailler. Un grand brun avec des dents blanches et parfaites, et coiffé méthodiquement.
"J'espère que je dérange pas...
-Je faisais juste un brin de ménage ! lui indiqué-je.
-En fait, je viens pour t'avertir que les emploi du temps ont été légèrement modifié et du coup, tu n'as pas cours avant deux heures...
-Oh..."
Une minute de silence pour ma grasse matinée gâchée.
"J'ai pas cours non plus, donc si ça te dit, je peux te faire faire un tour de l'école ? Tu devais être élève ici, mais bon... ça peut pas faire de mal de se rafraîchir la mémoire !
-Je n'ai rien de mieux à faire, de toute façon !"
OoOoOo
"Tu fais souvent guide touristiques pour les nouveaux profs ? demandé-je.
-A vrai dire, j'étais un ancien préfet alors j'ai pris l'habitude de faire des rondes... les élèves se cachent dans tous les recoins qu'ils trouvent pour faire des conneries.
-Ah mais c'est pour ça que tu me disais quelque chose ! Je passais mes soirées à me cacher de vous autres préfets après le couvre-feu !
-Ah bon ?! fait-il mine de s'offusquer. Bah c'est du propre ! T'as quel âge ?
-26 ans !
-J'ai seulement deux ans de plus, donc c'st probable que je t'ai collé une ou deux fois !
-C'est du propre !" répété-je en riant.
On arrive devant le bien fameux mur à jamais impénétrable pour les élèves, le mur qui donne sur l'aile des appartements des profs -à mon époque, une fille était devenue une légende en ayant réussi l'exploit de s'y aventurer. Il faut réussir un sortilège que les professeurs tiennent précieusement secret et l'épais rideaux pourpre se lève pour dévoiler une porte qui s'ouvre seulement avec une clé. C'est donc un long périple pour traverser ce mur ! C'est après tout les quartiers du corps professoral, c'est pas n'importe quoi !
Ca me fait presque regretter de ne pas avoir pris moi-même un appartement, mais Moh' et moi préféraient en partager à Salem. Dormir sur son lieu de travail, ça peut vite devenir morose...
L'ancienne adolescente que j'étais s'émerveille de voir Kenneth se faire lever le rideau pourpre et la célèbre porte s'ouvre d'un tour de clé. Il me sourit en voyant mon air époustouflé et me laisse entrer la première. Un long et large corridor en plancher ciré s'étire devant moi, et je dois dire que c'est vraiment un joli endroit.
"Oui, c'est sympa ! concède-t-il.
-T'as pris un appartement ici ?
-Oui, c'est plus pratique, dit-il, mais j'ai heureusement mon propre appartement pour les week end !"
L'hypothèse du père avocat se confirme donc...
"Oh salut, Sibéal," dit-il alors.
Et je me rends compte qu'une collègue sortait d'un des appartement juste à côté de nous. Sibéal, oui, Sibéal O'Callaghan. Heureusement que j'ai une bonne mémoire des noms compliqués, grâce à ma mémorisation des étoiles ! Sibéal est justement la jeune femme dont j'ai malencontreusement renversé le thé, j'espère qu'elle ne m'en veut pas trop...
Je lui souris, légèrement gênée, et elle me rend mon sourire poliment. Comme Kenneth, elle me dit quelque chose, mais ce n'est pas très étonnant, elle parait être dans mes âges -toute une génération de prof ont dû partir à la retraite dernièrement, parce qu'il y a toute une infanterie de jeunes recrus pour prendre la relève ! Ses yeux sont grands et d'un joli bleu derrière ses lunettes aux verres rectangulaires, et ses cheveux bruns foncés sont coupés très courts, avec une frange diagonale.
"Anak, je te présente Sibéal, elle est prof d'histoire...
-C'est bien pensé, Kenneth, mais on a déjà partagé une tasse de thé, lui apprend-elle.
-Oh c'est cool, ça !" fait Kenneth.
Il se retourne vers moi alors que je m'excuse à nouveau silencieusement auprès de Sibéal qui m'observe d'un oeil amusé.
"Ahah oui, répondis-je, je suis une grande amatrice de thé."
