Et 4 chapitres d'n coup, histoire de lancer un peu les affaires de Sibéal et Anak ;)

Bonne lecture !


Chapitre 3

« Et si... on jouait à action ou vérité ?! »

J'ouvre de grands yeux en direction de Wanda qui, accoudée sur la table, a l'air très fière de son idée. Moi, j'avoue, beaucoup moins déjà... C'est pas que je n'aime pas ce jeu, mais ça finit souvent mal... ça remonte pas mal, la dernière fois où j'y ai joué, mais ça m'arrive d'en faire encore des cauchemars. Il faut dire que Chad était bien souvent de la partie et s'il y a un spécialiste pour les actions les plus mortifiantes, traumatisantes et humiliantes, c'est bien lui !

Heureusement que je n'ai pas emmené avec moi... pour me féliciter de mon superbe instinct, je bois de longues lampées de bière.

« C'est pas plutôt nos élèves qui jouent à ça ? fait remarquer Kenneth.

-C'est vrai que c'est un jeu de sur-hormonés mais nous insulte pas, riposte Murdok, on n'est pas encore en manque d'hormones ! Allez, qui commence ? Tiens, toi ! »

Et le large index du demi-nain surgit sur mon visage sans crier gare et m'écrabouille le nez. Sous l'assaut, je ferme instinctivement les yeux et il me flanque une tape bien costaude dans mon dos qui me les fait rouvrir fissa.

« C'est la p'tite nouvelle qui ouvre les hostilités !

-Ah ! On peut aussi jouer aux cartes, proposé-je, il y a un jeu vraiment super chouette, le Uno... voyez, c'est un jeu de non-mage mais c'est vraiment...

-Je choisis action, me coupe Murdok.

-Ah... oui, bon d'accord, » capitulé-je.

Wanda me fixe avec des yeux étranges, comme si elle essayait de me transmettre une de ses idées par la pensée, et c'est encore plus perturbant, parce que, évidemment je ne suis pas légilimens, du coup, au lieu de me d'aider, ça me déconcentre. Je suis vraiment nulle pour ça. Qu'est-ce que Chad ferait à ma place ? Un truc bien tordu et cruel... limite vicieux... avec un piquent de nudité et de danger...

« Chante un air de noël en faisant la vache ! m'écrié-je. »

J'ai paniqué.

« Ok, fait-il, on m'a jamais donné un défi pire que ça. »

J'aurais peut-être dû emmener Chad.

OoOoOo

Quel talent,quel bagou, quel charme ! Quelle finesse ! Non, faut que je l'admette, j'aimerais bien savoir draguer les gens comme ça... ma vie n'en serait que plus merveilleuse, j'en suis sûre. Quand on sait draguer, on a tout mieux et plus vite. C'est un truc que j'ai remarqué. Les gens vous laissent passer devant à la caisse du supermarché, même quand vous avez plus de dix articles ; ils vous font une réduction non-professionnelle sur les petits pains à la boulangerie ; ils vous laissent même entrer en classe quand vous avez un quart d'heure de retard, et sans même vous ridiculiser publiquement au préalable. C'est comme se balader dans la vie avec un compte premium gratuit !

Alors, ayant observé ce fait incontestable, je me suis exercée. Force est de contester qu'il y a certains domaines, où, quand on n'a pas le talent, on n'a pas le talent...

Je me retiens d'applaudir quand la serveuse devient rouge pivoine tout en se répandant en gloussements édition spéciale "joli flirt !", -dans Sims, quand quelqu'un rigole comme ça, t'as un bébé qui apparaît dans les trente secondes- et Nialh poursuit son petit épisode de drague. Hanabi lui a donné comme action de persuader une des serveuses de nous offrir une bouteille magnum de vodka, et je pense qu'il est pas loin de l'avoir...

Je me tourne vers Sibéal qui est assise un peu plus loin et lui dis, en pointant Nialh du pouce :

"Il est fort !

-Il l'a toujours été, me confirme-t-elle.

-C'est du beau, BEAU travail !"

Je finis ma énième bière pour foutre un dernier petit coup à ma sobriété. Grâce à Chad, j'ai une tolérance assez respectable à l'alcool et ça me coûte une fortune d'être bourrée pour du bon -mais comme une bouteille magnum va bientôt arriver en cadeau, on peut se lâcher sur la bière! Pour être honnête, je n'avais pas dans l'idée de boire autant en arrivant ici mais pour pas trop mal vivre cette partie d'Action ou Vérité, je n'ai pas trop le choix... enfin, de toute façon, j'ai pris l'initiative de ne choisir que Vérité...

"Ton mec vit vraiment en Australie ? insiste Wanda.

-Bah oui !" rié-je.

C'est Action ou Vérité, pas Action ou Mytho. Ce qui serait assez inutile puisque tout le monde ment le reste de la journée, donc aucun frisson !

"Ca ne doit pas être super pratique, remarque Sibéal, vous vous voyez souvent ?

-Oh oui, oui ! Tout le temps !"

Comme je disais maintenant que c'est plus la question de la vérité, je peux mentir...

"Et il habite où ?! martelle Wanda. Il fait quoi ?

-Camberra,et il est l'assistant d'un architecte !

-Oh et ben, j'ai hâte de le rencontrer..."

Ahah. Moi aussi...

Je soupire, en me cachant subtilement derrière mon verre vide. Ca fait une semaine que Gautier n'a pas répondu à mes lettres... enfin, c'est peut-être qu'il a prévu de venir me voir en surprise ! Qui sait, après tout! J'ai bien passé tout le mois d'août avec lui, ça lui a peut-être donné des idées !

"Et Vodka pour les plus beaux profs d'ilvermorny ! annonce Nialh en revenant. Et je sers la plus sexy en premier..."

Se sentant visiblement très personnellement concernée, Hanabi lève son verre pour que l'énorme bouteille de vodka qui lévitait le lui remplisse. Je fais la moue. La plus sexy... c'est assez vexant tout de même pour nous autres ! Surtout avec un vélane parmi nous! Je suis trop bourrée pour ce genre d'offense...

"Je suis d'accord avec Anak, j'suis vexée ! s'indigne Wanda. C'est Valou et moi, les plus sexy !"

Je regarde Wanda bizarrement avant de comprendre que j'ai pensé tout haut, et que c'est pour ça que tout le monde a soudainement explosé de rire. Sauf Hanabi qui me fusille du regard.

"J'regrette, mais c'est les profs d'histoire, les plus sexy, intervient Murdok en passant un bras autour des épaules de Sibéal.

-J'ai dit que vous étiez les plus beaux d'ilvermorny, ça vous suffit pas ?! rappelle Nialh en nous servant tous, les uns après les autres.

-NON ! affirmé-je avec un geste de la main irrité. On veut aussi être sexy !

-Bon, Vokda pour les plus beaux et les plus sexy profs d'ilvermorny!" rectifie-t-il.

En mon fort intérieur, je ne suis toujours pas satisfaite -ce genre de choses doivent venir spontanément- mais je décide de passer l'éponge et de boire la vodka gratuite. Le jeu reprend son cour, et Kenneth doit nous avouer l'élève qu'il trouve la plus attirante de cette année, et Sibéal doit jongler avec des glaçons, et Nialh doit imiter sa supérieure Janine, et Hanabi doit embrasser Murdok, et je comprends que ça va être à mon tour quand Hanabi se tourne vers moi.

"Anak !

-Véri-...

-Après le dixième vérité de suite, y'a une pénalité, ma grande ! m'apprend Murdok. Faut faire dix action !

-J'ai jamais entendu parler de cette règle, contré-je.

-C'est une règle de nains, à mon avis, dit Sibéal avec un sourire en coin.

-Mais je suis pas naine !

-Moi, si, alors ça s'applique à tout le monde ! pose Murdok sans me laisser une seconde plus pour protester, c'est l'égalité des chances !

-J'ai même pas fait dix vérités...

-Donc une action pour la p'tite nouvelle !"

J'en ai un peu ma claque d'être la petite nouvelle...

"Embrasse Wanda," m'ordonne Hanabi.

C'est dit avec un tel commandment dans la voix que j'ai l'impression que c'est une punition. Tout ça, parce que j'ai dit qu'elle était pas la plus sexy... Wanda me regarde, comme si elle était résolue à son triste sort, et elle me fait signe de me ramener. Pour être parfaitement honnête, je ne suis pas sûre de vouloir embrasser quelqu'un qui n'en saute pas de joie à l'idée. Je pense que ma bouche mérite mieux que ça, mais je me lève quand même pour remplir mon devoir.

J'aurais vraiment dû emmener Chad, il m'aurait vengée ! J'aurais peut-être aussi souffert, mais ils auraient tous souffert avec moi !

OoOoOo

Quand la sonnerie retentit jusque dans les profondeur de mes tympans, je me sens personnellement agressée. Pourquoi pas un chant de colibri, ou une petite mélodie au piano ? Pourquoi ce DRIIIIIING qui paraît vriller directement entre les deux hémisphère de notre cerveau ? Parce qu'ils veulent que tu détestes l'écoles, voilà pourquoi !

Je rouvre les yeux que j'ai fermé face à l'assaut, et je vois mon armée d'élèves d'onze ans qui se lèvent en toute urgence pour quitter la salle, et je me rappelle que je suis désormais professeure. Ca m'avait un instant échappé... Sûrement les symptômes de ma gueule de bois. Et une sale gueule de bois bien puissante comme seule une soirée à mélanger les alcools peut produire -j'ai beau savoir pertinemment que mélanger va être désagréable, je ne peux jamais me camponner à un seul alcool.

Pour une prof, c'est con de ne jamais apprendre de ses erreurs quand même !

Je me lève un peu pitoyablement, en prenant ma sacoche et je me traine péniblement vers la sortie. Pénélope, une petite que j'aime beaucoup puisque qu'elle a une fois ri si fort à l'une de mes blagues qu'elle en a pleuré, m'attend à la porte et elle me sourit de toutes ses dents pas très bien organisées. Boarf, c'est normal à cet âge là, c'est même mignon.

« Je peux manger avec vous, Madame ?

-Oui, oui, Pénélope. »

Mrs Peters sort elle-même de sa classe et elle me fait des gros yeux en me voyant, avant de secouer la tête avec un air presque satisfait de me voir souffrir.

« Ca ne va pas mieux, je vois !

-Sans boisson anti-gueule de bois, ça risque pas de passer... »

Et ce matin, je me suis levée tellement à la bourre que je n'ai pas eu le temps de m'en confectionner une. On se dirigeait toutes les trois vers les escaliers pour descendre au rez de chaussée quand Mrs Peters se rend alors compte que Pénélope est avec nous :

« Mais qu'est-ce que tu fais là ? Dépêche-toi de rejoindre tes amis !

-Je mange avec Miss Freeman, lui apprend-elle en attrapant mon bras.

-Non, mistinguette, les élèves ne mangent pas avec les professeurs ! lui rappelle Mrs Peters.

-J'ai demandé et elle m'a dit oui ! »

Mrs Peters me lance un regard abasourdi et je hausse les épaules. A vrai dire, je ne me souviens même pas avoir accepté quoique ce soit...

OoOoOo

« Au fait, je ne sais pas si quelqu'un t'a prévenue... »

Wanda s'est tournée vers moi avec un tel air sérieux et important que je déporte toute mon attention de ma purée au petit pois sur elle. Des sueurs froides me viennent. Je ne me rappelle pas avoir fait quelque chose de particulièrement humiliant, hier, si ce n'est avoir explosé de rire juste après l'avoir embrassée -mais la sensation de son gloss m'a pris par surprise!-, alors la seule chose que j'espère c'est que je n'ai pas bu au point d'avoir complètement occulté une partie de la soirée... Je n'ai quand même pas bu tant que ça !

« Si tu es à un moment donné incroyablement attirée par moi, c'est tout à fait normal, ne t'inquiète pas. »

Les yeux exorbités, je la fixe sans comprendre.

« Je suis vélane, m'apprend-elle en hochant la tête gravement.

-Vé... lane ? répété-je.

-Oui, VELANE ! »

J'ai bien trop mal au crane pour étudier une telle révélation, et me contente d'acquiescer. Si elle est bien vélane, ça ne se voit pas vraiment... Mais bon, c'est peut-être le maquillage qui brouille la magie.

Hanabi, en face de moi, glisse un truc à Kenneth qui le fait s'étouffer avec sa nourriture tant il rit. Ce qui est étonnant parce que, moi, Hanabi me fait pas trop marrer...

Autour de nous, tous les autres professeurs prennent leur déjeuner dans une ambiance encore plus bruyante que celle dont je me rappelle quand je mangeais à la cantine. C'est à m'en faire exploser la tête ! J'ai l'impression d'être la seule à avoir une gueule de bois ! Si je me souviens bien, pourtant, je suis pas la seule à avoir bu !

« NANETTE !" fait une voix, et deux grosses s'abattent sur mes épaules.

Prévenez-moi quand je reviens à la vie, parce que je crois bien que je viens de décéder d'une crise cardiaque. Je lève les yeux pour trouver la tête de nain de Murdok juste au-dessus de moi et je dois avoir un truc qui cloche sur mon visage, parce qu'il éclate de rire.

« Quoiii ?! » geignis-je.

J'aurais pas dû me lever ce matin. Je séchais souvent quand j'étais élève, ça se passait plutôt bien avec une bonne fausse-excuse...

« Tu t'es pas fait une potion anti-gueule de bois, ce matin ? me demande Sibéal qui est à côté.

-Je me suis rien fait du tout ce matin ! me plaignis-je.

-Oh, que c'est triste..., se moque Murdok.

-On voulait te demander si ça te dirait d'être accompagnatrice pour le voyage scolaire ?

-Oh, un voyage ? Oh oui ! »

OoOoOo

Les grasses matinées du premier week-end qui suit la fin des vacances, c'est tout à la fois une malédiction et une bénédiction ! C'est tellement bon de se rappeler qu'on a fait ça tous les jours pendant deux mois, et tellement, tellement douloureux de se dire que maintenant, c'est seulement deux fois dans la semaine quand on a de la chance...

« NANAAAAAK ! m'appelle Mohvo derrière la porte de ma chambre. Y'a du courrier pour toi ! Et ça vient de Camberraaaa... »

Je me lève tel un clown sur ressort et m'emmêle avec mes draps jusqu'à m'étaler et quasiment ramper pour sortir le plus vite possible de ma chambre. Quand j'ouvre brusquement la porte en bois banc, Mohvo qui m'attendait juste derrière sursaute affreusement en lâchant un petit cri. La main sur le cœur, il me regarde avec de grands yeux.

« Seigneur ! dit-il. Tu m'as fait trop PEUR !

-Oh oups, désolée, Moh ! Où est la lettre ?

-Tieeeens, roucoule-t-il avec un petit levé de sourcil malicieux.

-Merciiii ! »

Je lui embrasse la joue quand il me donne la lettre et il se tient dans mon dos pour lire par-dessus mon épaule comme il le fait tout le temps pendant que j'ouvre ma lettre. Oh Merlin, je suis soulagée, ça faisait neuf jours qu'il ne m'avait pas écrit ! Et il peur se passer tant de choses quand on est séparés par autant de distance ! Genre, une catastrophe, il pourrait être à l'hôpital et je ne serais même pas prévenue !

Après avoir retiré la lettre de l'enveloppe, celle-ci me tombe des mains quand le peu de texte me saute au visage.

Si j'ai arrêté de t'écrire, c'est bien pour une raison. Arrête de me harceler.

Quoi ? Non. Non... je recule mon visage un peu pour prendre de la distance parce que je sens déjà mon souffle s'accélérer, et mon cœur se serrer, et ma vision se brouiller, et ça commence déjà à faire si mal. Non, non. Je retourne la lettre alors qu'un mini gémissement m'échappe. Il doit bien y avoir une explication quelque part, il doit bien y avoir une justification, pourquoi est-ce que... alors que tout se passait si bien...

Mohvo passe ses deux bras autour de mes épaules, et pose sa tête près de la mienne, et je mords ma lèvre pour ne pas pleurer.

Pourquoi les gens deviennent-ils si méchants quand ils ne veulent plus de nous ?

OoOoOo

Chad repose la lettre aussi vite qu'il s'en est emparé. Il faut dire, vu le texte, ça ne peut pas prendre la journée. Rien que la vue de cette lettre me donne la nausée. J'en tremble tellement je suis triste, en colère, blessée, frustrée... j'ignore comment l'on peut ressentir tant d'émotions à la fois mais à chaque fois que je me fais larguer, ça ne loupe pas, j'en suis tellement mal que je me sens physiquement malade.

Des relations, oh j'en ai eu, et elles se sont toutes très bien passées. Tout du moins, de mon côté. On rit, on se balade main dans la main, on s'échange des cadeaux et puis, un beau matin, je me réveille pour recevoir une claque en pleine figure que je ne vois jamais venir assez tôt pour parer le coup. Gautier... ce Gautier ! J'ai dépensé une fortune pour passer tout le mois d'aout avec lui à Camberra ! Je lui ai payé le restaurant quasiment chaque soir pour le remercier de m'héberger ! Il m'embrassait chaque putain de seconde, et il disait à tout le monde combien j'étais géniale, et patati et patata... et je le harcèle ? Neuf mois pour me faire traiter d'harceleuse.

Un sanglot sec me fait sursauter.

« Est-ce que je suis si ennuyeuse que ça ?! Est-ce que l'on s'ennuie avec moi ? C'est pour ça ? demandé-je à Chad.

-Mais non, Anak, t'es très bien, grommelle-t-il.

-C'est vrai ?

-Enfin, je te supporterais pas en copine, nuance-t-il tout de même. »

Un deuxième sanglot me prend et je le foudroie du regard. Il peut pas choisir un autre moment pour me dire ça ? Je suis une copine fantastique ! Je fais des cadeaux, je suis à l'écoute, j'accepte qu'il y ait 12000 km entre nous et qu'il trouve la saint-valentin trop ringard ! Je fais même des blagues !

Pour me défouler, je fais tourner magiquement la cuillère à toute allure dans mon grand bol de café latte à la crème chantilly que Chad m'a gentiment fait. Au moins, il me fait le café -il est payé pour, mais il a rajouté la crème gratuitement !

« En plus, je t'avais dit que c'était une connerie les relations « épistolaires », comme t'aimais appeler ça... t'es sorti avec lui à Noël, vous vous êtes pas lâché pendant deux semaines... et là, t'es resté un mois chez lui... ce qui fait qu'en fait c'est pas une relation de neuf mois, mais d'un mois-et-demi, résume Chad en se balançant sur sa chaise, personne chiale pour une relation d'un mois et demi ! Même pas à la maternelle !

-T'as jamais dépassé les trois mois, et pourtant je t'ai déjà vu pleurer, lui rappelé-je.

-Trois mois, c'est déjà le double, ma chère ! AH ! »

M'avouant perdante, je prends mon bol et me noie dedans. Le soleil est en pleine forme dehors, il éclaire Chicago avec un enthousiasme qui me vide totalement de mon énergie. Voir les gens sourire en regardant les nuages voler, ou fermer les yeux pour apprécier la chaleur de notre astre solaire préféré, a tout de même le don de me remonter le moral. Les gens sont heureux dehors, et ils doivent avoir leur lot d'ennui eux aussi, et pourtant, voilà, il fait beau, et ça va quand même mieux.

« Je sais que tu crois que t'as besoin d'avoir une vie sentimentale... moi aussi, ça m'arrive de le croire, de temps en temps... puis, je me trouve une meuf ou un mec, et je me rends compte qu'en fait, non, ma vie est tout autant pourrie..., » m'explique Chad.

Un moment surprise, je l'observe lui et ses cernes de dix mètres de long son teint un peu pâle et ses cheveux noir ébène rasés sur les côtés. J'aimerais le prendre comme une blague comme je le fais d'habitude, sauf que là je suis trop déprimée pour ça.

« Et c'est sensé me réconforter ?

-Bah oui. Tu sais, le corps humain est biologiquement fait pour survivre à un nombre infini de déception, tout particulièrement les gens comme toi et moi, ajoute-t-il, t'inquiète, tu vas t'en remettre !

-CHADEUH !

-Tiens, tu vois, tu vas déjà mieux. En plus, j'te connais, y'a pas meilleure que toi pour être super optimiste malgré ta vie de merde. Si ya bien un truc que je t'envie, c'est ça ! Moi, j'y arrive pas.

-Là... là, tu le fais exprès ! » l'accusé-je.

Il m'offre un large sourire hypocrite sans pour autant me dévoiler ses dents, et pour ma part, je me retiens de justesse de montrer les crocs. Mais à la place, je soupire et m'appuie sur le dossier pour regarder les autres clients qui papotent entre eux. Aucun autre que moi n'a l'air de s'être fait plaquer dans les dernières 24 heures. C'est dommage, on aurait pu partager.

« Allez, viens ! On va lui écrire une dernière lettre à ce fils de chien. »

Je n'ai qu'à peine le temps de me redresser un peu sur ma chaise où j'étais plutôt affalée qu'assise quand il l'a tire vers lui, m'emmenant dans un grincement à ses côtés. De surprise et d'interrogation, je lève mes sourcils mais il prend la lettre, débouchonne un stylo à bille qu'il avait accroché à la poche de sa chemise, et se met à écrire à son dos. Précisément là où j'avais cherché un pardon pour tes espoirs brisés, ou un merci pour tout quand même.

« Espèce de gros BATARD ! écrit-il. Je savais déjà que t'avais des petites couilles mais à ce point-là, tu devrais les léguer à la science pour qu'ils avancent dans leurs études sur la miniaturisation ! »

J'explose d'un rire si puissant que ça m'en fait mal aux côtes, et même si c'est sûrement plus dû aux nerfs qu'à sa blague d'un goût discutable, ça fait un bien fou de pleurer, mais de rire.

« Retour à l'expéditeur, m'annonce-t-il en me passant le stylo, écris-lui une dernière lettre d'amour. »

En cet instant, je pourrais embrasser Chad tant je l'aime mais je me saisis plutôt du stylo pour faire une croix sur le nom de Gautier. Une croix à l'encre noire.