Salutations :)
Merci à ceux qui ont lu le premier chapitre et à ceux qui nous ont laissé une petite review !
D'ailleurs, au passage, nous remercions Julie, revieweuse anonyme, et nous sommes soulagées que le style d'écriture ne te gêne pas !
Sur ce, très bonne lecture ! On vous laisse découvrir le deuxième personnage qui se trouve être une fille... mais vous allez le lire tout de suite !
Chapitre 2 :
Je me resserre avec appétit de la salade et je croise le regard gris métallique de celui qui, pour une de ces trop rares fois dans le mois, partage notre table et notre repas. Je lui lance un sourire rayonnant et il y répond.
Il est mon meilleur ami depuis maintenant près de cinq ans ! Enfin, mon seul véritable ami, pour être tout à fait franche. Il n'est pas exactement comme nous mais ce n'est pas bien grave puisque je ne suis pas exactement comme les miens, non plus. J'ai d'ailleurs souvent l'impression d'être dix fois milles plus proche de lui, à presque tous les niveaux imaginables, que du moindre de mes compatriotes elfiques.
Cela s'explique surement par le fait que je ne suis pas totalement une elfe. On n'a d'ailleurs jamais su comment classer les personnes de mon espèce qui sont rarissimes. Enfant d'un elfe et d'un humain, à mi-chemin entre les deux races, quelque part coincée sur le pont qui les relie. On ne connait pas vraiment mes spécificités, on ignore plus ou moins quelles sont mes vraies caractéristiques. Toujours est-il que j'ai grandi plus vite que les autres enfants elfiques de mon âge. Je suis à ma forme adulte alors que la majorité d'entre eux n'atteignent même pas ma taille, alors que je suis déjà moi-même bien plus petite que la moyenne.
Ca complique grandement les relations et la création de liens, croyez-moi !
Mais bon, on s'y fait ! Plus ou moins, en tout cas.
C'est une des raisons pour lesquelles je suis si heureuse, à chaque fois que je retrouve mon Etheol, mon meilleur ami. J'ai l'impression d'être si seule, sans lui, de manquer d'air.
-Tu reveux de la salade, Etho ? proposé-je, gaiement, en lui présentant le saladier brillant.
-Non, merci, Neffa.
-Doucement, ma fille, tu vas renverser le vin, me réprimande père sévèrement.
Je ne peux me retenir de rouler des yeux, ce qui n'échappe guère à père mais il ne dit rien. Je me sers en grommelant dans ma barbe qu'il faut toujours être parfait, dans cette famille. Et pourtant, j'ai bien conscience que mon père est plus souple que la majorité des autres parents elfes. Il n'en demeure pas moins toujours droit, maître de ses actes, de son attitude et de ses paroles, attendant de moi que je le sois tout autant. Comment peut-on l'être ? A chaque fois que j'en ai parlé à Etheol ou à mon père, de cette obsession de la perfection qui me dérange tellement, qui m'opprime tant, j'ai reçu le même type de réponses. C'est d'ailleurs bien le seul sujet à propos duquel leurs avis ne divergent pas. Mais leur ton, quand ils me répondent, est totalement différent. Père dit ça sur un ton de semi-reproche, critique, alors que la réponse d'Etheol s'accompagne toujours d'un sourire complice.
Ce qu'ils me disent, c'est qu'il s'agit de mon côté humain, que c'est de l'humanité d'où vient cette incapacité, cette quasi-allergie à la perfection.
Mais, ça, tout le monde le sait.
xOxOxO
-Alors, tu as finalement osé ?
-Oui ! assuré-je, très fière de moi. Je suis allée le voir et je lui ai tout bêtement demandé d'être mon cavalier !
Je cache, cependant, à Etheol que j'ai renoncé une bonne quinzaine de fois avant d'aller vraiment voir Azar, le grand et le bel Azar. Ca fait des années –je ne sais même plus combien- qu'il me captive et m'ôte le souffle dés qu'il apparaît devant moi. Je le trouve tout simplement magnifique avec ses longs cheveux noirs et son regard profond, insondable. Si on me demande, Azar est l'elfe le plus incroyable et beau de tout Rivendell ! Et je m'arrête aux frontières de Rivendell parce que je ne me suis jamais aventurée plus loin mais je suis certaine que si ça avait été le cas, je n'aurais pas trouvé plus hypnotique qu'Azar !
On emprunte le chemin, éclairée par des champignons phosphorescents et des lucioles sauvages, qui traverse les Fourrés des Trolls, un petit bois dans lequel j'ai toujours aimé me promener quand je m'ennuyais –donc très, très souvent- et qui mène à la clairière de la Lune Chantante où se déroule toutes les grandes fêtes.
-Et qu'est-ce qu'il a dit ? raille-t-il. Un truc très pénétrant qui t'a transcendée, toute entière, je paris. Avec sa belle voix mélodieuse de moineau.
-Arrête, Etho ! m'énervé-je, vexée. Il m'a dit qu'il serait très heureux et que ce serait un honneur de m'accompagner ! Un honneuuuur !
-J'adore quand tu prends ta plus belle voix d'Ent pour marquer un point !
-ETHEOL !
Je m'arrête pour lui donner un coup à la poitrine. Bien sûr, ça ne lui donne pas une ride et ne lui arrache même pas un gémissement. Il doit avoir du métal sous la peau, ou un truc dans ce style ! Et ce n'est pas juste parce que je devrais être capable de lui faire regretter de se moquer de moi au sujet d'Azar ! Bon, d'accord, il ne m'a pas exactement dit que c'était un honneur… mais il m'a dit qu'il ne voyait aucun inconvénient à venir avec moi à la fête ! D'abord ! Ce qui veut dire que ça ne le dérange pas !
Il hausse un sourcil avec son petit sourire sardonique et fait cette tête que je ne supporte pas. Je plisse les yeux.
-Je vais appeler tous les écureuils et ils vont te dévorer, avec leurs sales petites dents ! le menacé-je, en mimant la dentition des rongeurs d'une main.
-Fais donc ça, t'as raison ! Ya toutes les chances pour que ce soit sur tes petits orteils, que ces tous mignons écureuils referment leurs jolies dents ! minaude-t-il, doucereux.
-Qu'est-ce que t'en sais ? J'ai peut-être fait des progrès !
-Bah, vas-y, montre-moi.
Je me mordille la lèvre pendant qu'il croise ses bras forts sur sa poitrine et patiente, sourire hypocrite dehors. Il n'a même pas peur un seul instant que je réussisse réellement à rameuter toutes ces saletés de bestioles de la forêt pour le grignoter, le sacripant ! D'accord, je n'ai jamais eu de très bonnes relations et échanges avec les animaux… d'accord, contrairement aux autres elfes, aucune espèce animale ne m'a jamais écouté, ne serait-ce que d'une oreille, et - d'accord !- ils ont plutôt tendance à me mordre ou à me grogner dessus qu'à vouloir que je les caresse, mais ce n'est pas une raison pour prendre cet air supérieur avec moi ! D'ailleurs, je n'aime même pas les animaux. Ils m'énervent et me font peur.
-RHA, d'accord ! capitulé-je, en croisant à mon tour les bras contre ma poitrine d'un air ronchon. Je suis pas Etheol, fils d'Eneth, grand dresseur d'étalons, amants de juments et galopeur du Rohan !
-On est d'accord, pose-t-il, satisfait.
Je me retiens à grande peine de grogner de frustration et de taper du pied. C'est pour ce genre de réactions si peu elfiques que mes orteils finiraient en pâture pour les écureuils !
-En attendant, on va être en retard et c'est moi, qui connais un raccourci, parce que c'est moi, Neaffa fille d'Orawin, qui connais ces bois par cœur !
-Je vais te laisser ton petit moment de gloire et ne pas dire que je les connais aussi bien que toi, et que je vois parfaitement de quel raccourci tu parles…
-J'espère bien que tu vas pas le dire, sale traître ! Jaloux, va !
xOxOxO
-Je suis vraiment très heureuse d'être avec toi, ce soir, dis-je à Azar pendant que l'on danse.
Je me sens rougir horriblement. Encore un signe qui ne trompe pas. J'ai bien du sang humain qui coule dans mes veines. Un elfe ne rougit pas, ce qui est fort pratique !
Il me sourit mais ne répond rien, se contentant de rester le cavalier idéal, interprétant chaque pas à la perfection, au rythme des flutes et des harpes. Il me fait voler, tourner et je n'ai aucun mal à le suivre. La danse a toujours été l'un de ses dons que ma dose d'humanité n'a pas su effacer. Je suis peut-être plus petites que toutes les autres mais je danse aussi bien qu'elles.
La lune est reine du ciel, son trône cerné d'étoiles qui nous chantent leurs comtes, caressant nos oreilles pointues. Mêmes les miennes qui le sont moins. Et les lucioles sont toujours là, se frayant un chemin silencieux entre nous, éclairant nos pieds nus qui touchent à peine le sol.
Je croise alors le regard d'Etheol qui est appuyé contre un arbre, un ver de vin à la main. Ses assez longs cheveux brunes, malsoignés, encadrent son beau visage bronzés par ces heures de chevauchées quotidiennes sous tous les soleils de la Terre du milieu, par toutes ces aventures par-delà les plaines, les rivières, les montagnes et les forêts.
Il me sourit vaguement mais n'a pas l'air très heureux d'être là. Ce que je comprends tout à fait. Un être strictement humain ne pourra jamais danser une danse elfique, même s'il était doté de la même immortalité que nous. Comme un pur elfe ne pourra jamais rire et sourire comme un homme, ni se mettre en colère comme lui ou encore pleurer comme lui. Les elfes disent que c'est autant de défauts en moins mais je ne trouve pas. C'est beau de rire, c'est beau de se mettre en colère, de sourire ou de pleurer.
Ce sont ce genre de choses qui me manquent, ici, à Rivendell, quand Etheol n'est pas là. Ces choses que l'on partage et qu'ils ne peuvent pas comprendre. Je regarde Azar tristement. Même lui, il ne pourra jamais comprendre ça. Si j'arrête de suivre les pas de danse, si réglementées et précises, alors il ne me comprendra plus.
Alors, je continue de danser et j'essaye de laisser la musique me faire croire qu'il me comprend.
Mais ni la harpe, ni les étoiles n'ont jamais su très bien mentir.
Ce n'est que pour cette nuit, me chantent-elles.
xOxOxO
Azar m'a proposée de me raccompagner mais je me doutais bien que c'était par pure galanterie, parce qu'il y a des codes et des bonnes manières à respecter. J'ai donc refusé. En outre, j'étais un peu lasse de sa compagnie. Azar est tellement parfait qu'il est ennuyant, finalement. Jusqu'ici, je n'avais pas pu l'approcher. C'était juste un fantasme, une sorte d'oasis mouvante à l'horizon. Il m'impressionnait, m'éblouissait et, maintenant, bien sûr, il me fait toujours cet effet mais je sais qu'on ne pourra jamais être ensemble. Il est trop… je-ne-sais-quoi sur lequel je n'arrive pas à mettre le doigt.
-Désolé que ça se soit pas terminé comme tu l'aurais voulu, me fait Ethéol, marchant à mes côtés, sa veste nonchalamment posée sur l'épaule.
Il fait chaud, même au beau milieu de la nuit, quand le soleil ne va pas tarder à se lever.
-Boarf.
-Quoi ?
-Je sais pas si c'est vraiment quelqu'un pour moi, tu sais… il est si…
-Coincé, rébarbatif, ennuyant ?
-Ethooo…, geigné-je. Je vis un moment difficile, en ce moment. Un moment de deuil ! Je dis Adieu à mon amour de je-sais-plus-combien d'années !
-Quoi, il t'a marchée sur les pieds ? Ils sont pourtant super petits, faut vraiment le faire exprès !
Je lui donne un coup de coude vengeur, sans pouvoir m'empêcher de rire pour autant, et finis par passer mon bras autour du sien et poser ma joue contre.
Ca y est, j'ai trouvé. Elfique.
Azar est trop elfique.
